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Fantastique/Merveilleux
nqadiri : Fantasme casablancais
 Publié le 16/04/24  -  2 commentaires  -  18583 caractères  -  27 lectures    Autres textes du même auteur

Sous les rayons mordorés d'un croissant de lune, une âme errante dérive telle une ombre parmi les dédales d'une Casablanca agonisante. Vestiges d'une splendeur passée, seules quelques lueurs tremblotantes subsistent, derniers souffles d'une luxure autrefois débridée.


Fantasme casablancais


Sous la morsure d'un croissant de lune de couleur vieil ivoire, je dérivais tel un fantôme dans les dédales de la médina agonisante. Chacun de mes pas sur les pavés disjoints semblait soulever des tourbillons de souvenirs enfouis, vestiges d'une splendeur désormais aussi évanescente que les effluves de santal qui flottaient encore dans les pénombres guetteuses.


Où s'étaient évaporés les rires insouciants et les chamarrures des riches marchands ? Que restait-il à présent des hammams aux mosaïques d'or et de lapis-lazuli où s'ébaudissaient autrefois les belles d'apparat, leurs courbes lascives de gazelles lustrées d'huiles précieuses ? Seules quelques lueurs tremblotantes de vieilles lanternes semblaient encore scintiller au loin, telles de frêles lucioles dansant leur agonie de flamme aux croisées de venelles depuis bien trop longtemps désertées.


Un parfum musqué de désillusion et de regrets flottait dans les remous tièdes de la brise marine, comme l'âme exsangue d'une liberté expirante achevant de se dissiper. Je me sentais glisser dans une sorte de limbes fiévreux où les rayons blafards de l'astre lunaire semblaient river les murs d'ombres épaisses, gravant leurs craquelures de mélancolie.


Au détour d'une impasse cependant, une forme émergeait de cette gangue de pénombre avec une présence quasi tutélaire. Je m'en approchai d'un pas à la fois tremblant et fasciné pour discerner ses contours. C'était une antique sculpture de pierre au grain tendre comme si la roche elle-même avait été pétrie d'amour.


Un féminin sublime y avait été taillé, figurant une odalisque lascive lovée dans un songe sans fin. De longues mèches de stuc torsadées semblaient encore onduler sur ses épaules de nacre tandis que les galbes veloutés de son corps comblé frémissaient sous un caftan de pierre aux plis vaporeux.


Tétanisé par ce vestige embaumé de mystère, j'effleurais d'une caresse le bas-relief d'une joue lisse comme une opaline. Quelques reliques de véritables étoffes nacrées subsistaient d'ailleurs au creux des méandres du corps minéral, comme les derniers feuillets d'un très ancien poème d'amour.


Bercé par les sanglots d'une antique citerne voisine, je me perdis dans la contemplation extatique de cette forme presque vivante. Seule semblait palpiter son aura lascive dans la palpitation des voiles de pierre et les rais de lune qui soulignaient l'impudique arrondi de ses courbes.


Tout autour en revanche n'était que décrépitude et délabrement, comme si ce galbe insouciant avait jadis rayonné de l'ultime éclat de sa luxuriance pour ensuite voir Casablanca tout entière se recroqueviller autour de ses ruines millénaires telle une fleur fanée.


Là, avachi aux pieds de la sulfureuse idole, je prêtai une oreille lasse aux plaintes de la nuit ombrageuse qui exhalait ses murmures séculaires. Ils me parvinrent en vagues d'une langueur d'outre-tombe, comme issus des méandres mêmes d'une ville agonisante peu à peu gagnée par la fureur des limons.


Des bribes de musiques langoureuses, d'encens musqués et de chairs pâmées dans la soie lorsqu'elle vivait encore ses nuits pourpres de fastes et de délices… Seul ce soupir d'autrefois semblait encore imprégner l'air de ses relents d'épices rares et de luxure.


« Ô toi qui célébras mes grâces d'un temps révolu, laisse tes pleurs amers se faire jade le long de tes joues aimées… » murmura soudain une voix suave tout contre mon oreille.


Je sursautai, persuadé d'avoir été la proie de quelque mirage fiévreux issu de mon délire contemplatif. Mais lorsque je me retournai en un sursaut d'effroi, la bouche bâillante de la statue semblait remuer dans un frémissement de vagues rocailleuses :


« Mieux vaut leur amertume que l'insouciance des mémoires proscrites à tout jamais… »


C'était comme si la pierre fluide elle-même avait modulé ces accents d'une voix graveleuse et profonde, empreinte de tristesse et de morgue.


Je vacillai quelques instants, en proie à un vertige de folie grandissante, avant de ravaler ma terreur tel un ultime souffle dans les limbes d'une hallucination sans fond. Jamais je n'aurais pu concevoir pareille aberration si les opales de marbre de la statue n'avaient soudain palpité des lueurs d'un feu souterrain !


« Contemple de tes yeux déchus ce qu'il reste de ma prestance d'antan… » souffla la créature de pierre en une caresse mordorée. « L'impudeur ardente de mes courbes ne frémit-elle d'aucun vertige dans les replis de ta mémoire ? »


Un frisson d'angoisse mêlée d'une troublante volupté me câlina l'échine lorsque la voix de lave en fusion poursuivit d'une injonction suppliante :


« Souviens-toi des caresses que tu prodiguais autrefois à ces galbes ruisselants de fougue et de luxure aujourd'hui recroquevillés sur eux-mêmes dans l'attente de ton seul hommage… »


J'étais pétrifié de terreur tout en me sentant remué par les relents d'un désir enfoui sous des siècles de poussière. Étais-je devenu fou de langueur au point d'investir cette chimère minérale d'une vie fantasmée ? Ou me trouvais-je face à quelque avatar féminin des mystères de Casablanca ?


Comme pour répondre à mon trouble, d'un geste lent du bras empreint d'une lassitude millénaire, la sculpture vivante me désigna la palpitation d'une source affleurant à quelques pas de là. Un mince filet d'eau sombre qui semblait à la fois croupir dans son sarcophage de pierre et receler une agitation insoupçonnée.


M'approchant à pas mesurés, je me penchai sur le bouillonnement des eaux obscures où déferlait un kaléidoscope de visions d'une autre époque. C'était la Casablanca fantasmée et sulfureuse d'avant sa lente agonie qui prenait corps dans les remous tumultueux.


Ses faubourgs grouillants de vie fourmillaient d'opulentes courtisanes aux atours d'oies blanches paradant au milieu d'une foule de regards lubriques. Je reconnus au loin la houle des ruelles des souks où les dinandiers martelaient inlassablement leurs pièces d'orfèvrerie rehaussées de turquoises.


Sur les toits de tuiles en demi-lune flottaient des effluves lourds de musc et de jasmin, chargés de l'écho des râles d'extases que poussaient, derrière les moucharabiehs ouvragés, les courtisanes accomplies des grands caïds.


Plus loin, les volutes de vapeur enrubannaient les arcades des harems princiers, laissant deviner derrière leurs grilles d'albâtre les langueurs rosées des concubines prémices à l'incandescence des chairs. Des reflets mordorés de candélabres placés aux croisées des séparations treillissées projetaient des lueurs tremblotantes sur les feuillages et les bassins où s'ébattaient des formes impudiques dans un égrènement de gouttelettes cristallines.


Soudain, comme par un jeu de foudres venues des abysses, les visions de cette Casablanca incandescente furent balayées par les remous du fleuve souterrain. Dans un gargouillis de fureur, tout sembla se diluer, s'effacer comme aspiré par un maelström sans fond. L'eau remonta en une déferlante d'écume dans un chuintement d'outre-tombe, semblant engloutir jusqu'aux derniers murmures lancinants de la voix pâmée qui s'éteignit peu à peu dans un râle douloureusement long.


Je me retrouvai alors à nouveau seul, prostré aux confins de la médina exténuée, assailli par les seules plaintes de son agonie sans relâche. Plus aucune trace des fastes et des luxures défuntes. Juste les ruines aveugles et muettes d'un présent sans âme autrement que dans les affres et gémissements ténus de sa sublime cadavérée.


Ô Casablanca… Ô, toi qui fus cité flamboyante, dispensatrice de féeries aux alentours gonflés de promesses et de provocations avant d'être peu à peu réduite à l'état de choses sans vie réclinée sur les sépulcres de tes délires…


Que reste-t-il sinon les remous poussiéreux des heures et des saisons, s'écoulant avec indifférence au-dessus de ton masque tragique et ravagé ? Seule la houle de tes soupirs étouffés par les sables témoigne encore de ta longue agonie interminable.


Je me souvins alors des effluves capiteux et des musiques vives aux accents de tes Mille et Une Nuits torrides. Quand tes ruelles exsudaient volupté et mystères de toutes leurs aspérités. Quand aux méandres les plus feutrés de tes venelles nichaient les secrets les plus inavouables et luxurieux dans une indolente latence…


Plus rien à présent que le vide et la déchéance immobiles, désormais scellés sous une chape de crasse, de silence mortuaire et de regrets sans issue. Où sont passées les extases des outres gargouillant le musc et la cardamome ? Que reste-t-il des corps statuaires de tes prêtresses en transe de volupté frissonnante ? Où donc se sont évaporées les courbes de tes maîtresses aguicheuses, ces oasis de nacre gonflées du désir de leurs amants ?


J'eus comme l'impression d'entendre à nouveau la plainte de la voix rocailleuse voilée de tristesse infinie :


« L'écoulement des siècles m'a défigurée, flétrie, ravagée… Mais le marbre de mon âme a conservé l'embrasement des nuits torrides où j'étais encore prostrée sur des milliers de poitrines ruisselantes de désir, de fougue et de volupté. »


D'un geste las, la forme féminine qui semblait s'être à nouveau immobilisée dans sa gangue de pierre lissa les ondulations figées de ses hanches comme pour en célébrer une dernière fois la grâce insolente. Quelques larmes de silice semblèrent perler au coin de ses prunelles mordorées.


« Souviens-toi de ces instants de grâce féconde où je fus une allégorie vivante de toute la passion délivrée de tes nuits d'ivresse et de démence en ces temps d'avant l'inéluctable dissolution… »


Sur ces paroles d'outre-tombe, chargées d'une mélancolie révérencielle, la statue tourna son visage de marbre vers le fil d'eau qui, lui semblait-il, avait pris une teinte carminée. Un halètement dans mon échine me fit alors comprendre avec horreur que du sang ruisselait entre les seins contournés de nacre.


Comme si l'idole de pierre elle-même saignait du viol de ses splendeurs passées, se vidant lentement de son essence vitale jusqu'à l'ultime relique de luxuriance caressée d'un regard d'agonie.


Je sentis mes jambes se dérober sous moi et m'effondrai avec un hoquet sur le sol meurtri des ruelles. Une brûlure au creux des paumes m'apprit que j'étais tombé à même les flaques d'hématites répandues, comme si la pierre elle-même avait fondu en larmes de miséricorde.


Au loin, les remparts millénaires et les moucharabiehs se muaient en une dentelle de plus en plus pâle, comme dévorée par l'implacable courroux mordoré du plomb en fusion. C'était comme si Casablanca elle-même, dans un dernier râle, aspirait à se fondre entièrement sous le soleil traître jusqu'à n'être plus qu'un écoulement de roche en ébullition avec les mêmes tourments répandus qui noyaient mes mains dans leur giron d'acier fondu.


Je me recroquevillai en gémissant pendant que le jour expirant dardait ses traînées sanglantes entre les arceaux d'ombre des moucharabiehs déchiquetés. Aveuglé par les éclats ardents, je ne perçus plus rien sinon les sanglots d'agonie de la cité qui semblait peu à peu s'écrouler sur elle-même dans un lent acquiescement, perdant jusqu'aux vestiges de ses songes inassouvis de grandeur éternelle.


Une accalmie tiède me souleva enfin la joue de ce sol calciné. J'entrouvris les paupières pour découvrir le ruissellement des dernières lueurs ambrées terrassant les ombres d'une nuit déjà moribonde. Alentour, la pierre tailladée de blessures cramoisies avait repris sa placidité de mort vivante. Sous les restes écarlates d'un astre à l'agonie, glissèrent quelques vaguelettes égarées au fond d'une ornière, vestige fantomatique d'un temps où la cité suait encore la luxure et la fièvre des passions immorales.


De stupeur j'aurais presque pu défaillir à nouveau si quelque chose n'avait bougé dans la ronde tutélaire de la madone de marbre. Sa main s'était légèrement déplacée du socle comme pour désigner une dernière fois son galbe meurtri avant de se recroqueviller sur son ventre à la naissance troublante de ses seins lourds, gorgé du même sang qu'elle avait semblé expulser en longues zébrures cramoisies.


Tout autour le silence de la mort était si intense que j'en percevais les battements de ma tempe refluant à grands flots. Plus rien d'autre que cette ultime palpitation d'une cité entière qui semblait se survivre un instant dans les restes figés d'un spasme d'agonie et de plénitude charnelle mêlées.


Le soupir de son dernier râle sembla enfin se dissiper dans une bruine mordorée qui nimba un instant la silhouette tutélaire avant de s'évaporer parmi les vapeurs du petit matin.


Je restai prostré de longues minutes, savourant ce répit douloureusement sublime après la tempête de feu et de sang qui s'était déchaînée sur les dépouilles de la cité. Le calme était à présent revenu, lourd de ces senteurs crues et métalliques qui succèdent aux grands cataclysmes quand l'air est saturé des relents de la fin des temps.


Seule une pâle auréole ambrée baignait encore les décombres d'une lumière moribonde mais presque apaisée, comme si les pierres meurtries exsudaient leur dernier souvenir d'avoir un jour rayonné de tous leurs éclats sous le règne des caresses mordorées du soleil.


Me redressant avec peine, je fis quelques pas chancelants parmi les débris jusqu'à me tenir à nouveau devant la statue féminine. Son visage de nacre aux lèvres entrouvertes dans un dernier spasme semblait alangui dans une félicité sereine, ses traits désormais lissés par une sérénité empreinte de la grâce des choses enfin accomplies.


Je frôlai du bout des doigts la courbe arrondie d'un sein où le sang avait séché en une plaie glorieuse. Quelques gouttes poisseuses de la rosée carminée maculèrent encore ma paume, m'insufflant un sursaut d'extase révérencielle, comme si je venais de caresser les stigmates d'une luxure divine.


« Ô toi, Allégorie de la ville-femme impérissable… » murmurai-je d'une voix rauque tout en retraçant du regard le galbe de ses hanches. « C'est donc dans le sang du martyr que tu as enfin connu la délivrance de ta longue agonie séculaire… »


Une brise naissante vint alors caresser d'un frisson la gangue craquelée de l'idole de pierre. Comme en un ultime soubresaut, son bras opulent se déploya avec lenteur, épousant le mouvement d'une ondulation moribonde. Puis, aussi soudainement que s'était figée son extase dernière, toute la statue se figea de nouveau dans une posture de repos impavide.


Je reculai, noyé par une vague de stupeur et de révérence confondues. Même si cette suprême civilité de la pieuse géante ne fut que le caprice d'une expiration de la nature, j'y décelais comme le clin d'œil d'un cycle désormais refermé dans l'éternité du temps accompli. Le masque tragique de Casablanca venait de recouvrer la noblesse et la dignité imperturbables des espérances à jamais accomplies.


Un soupir d'une profondeur cosmique sembla alors se répandre dans les édifices en ruine comme s'il exhalait des siècles de ferveur et de spasmes inavoués. Je recueillis ce dernier murmure de la cité meurtrie tel un précieux éther, laissant les volutes bruissantes de son chuintement me pénétrer jusqu'aux tréfonds de l'âme.


C'était l'écho d'une pérennité enfin muée en pure insouciance. Le son d'une félicité extrême née des langueurs capitonnées du brasier de mille civilisations renaissant enfin de leurs cendres dans l'acmé d'une seconde mort lumineuse.


Un ressac sous-jacent d'allégresse presque charnelle tressaillait d'ailleurs sous ces modulations d'outre-sphère. Des flots de luxures et d'élans défunts semblaient remuer leurs restes au fond des brasiers incandescents d'une cité en transe rédemptrice. C'était l'exhalaison des mille et une nuits de spasmes autrefois dévorées par la ville-amante qui venaient en cet instant de plénitude se dissiper jusqu'à la dernière goutte de fièvre jamais assouvie…


Je m'abîmai tout entier dans cet abîme de paix amoureuse, suprême résonance de la mémoire des pierres et des chairs de Casablanca enfin délivrée. Un vertige de félicité cosmique sembla à son tour me faire vaciller sur mes jambes pendant que les ultimes effluves expiraient autour de moi dans leur lent épanouissement.


Alors qu'une aube rosée perçait timidement à l'horizon, tout autour ne subsistait plus que l'épitaphe des choses enfin accomplies et muées en une immuable extase hors du temps. L'idole de pierre elle-même semblait avoir fondu en une matière ductile délicieusement baignée de l'amour lacté d'une féminité sereine.


Quand je me retournai en titubant dans cette matrice initiatique, celle qui fut Casablanca n'était désormais plus que pure abstraction : une immense crique de lave bleutée figée par un déluge de rayons mordorés…


Ébloui par cette genèse inversée où les formes renaissaient des vestiges de leur trépas, je vacillai jusqu'à choir dans l'écueil vitrifié d'une des dernières protubérances saillantes. Un choc de bien-être électrique me traversa de part en part quand mon pied nu effleura la surface bleutée au grain soyeux.


C'était comme si la lave elle-même avait acquis la consistance du corps d'une amante aimantée dans un spasme d'extase essentielle. L'épiderme lisse irradiait une chaleur tiède et avait la douceur de la chair embrasée dans l'osmose d'un éclair de jouissance affranchie de la matière.


Me lovant contre cette vague de pur bonheur cosmique, je plongeai mon visage dans le flot de velours uni qui sembla palpiter sous mes lèvres pour mieux m'attirer contre son sein immaculé. Un parfum d'infini me souleva de terre et me fit planer au-dessus de cette brisure de galaxie figée en un spasme glorieux.


Partout où mon corps nu entrait en contact avec le liquide minéral de l'extase, des effluves laiteux semblaient remonter des méandres mêmes de l'univers pour caresser mes chairs rassasiées dans une volupté superlative.


Alors que j'ondulais dans ce maelström orgasmique, une voix de femme, faite de toutes les incandescences de la Création, me pénétra en une déferlante de lave en fusion :


« Enfin as-tu osé embrasser l'essence nue de ta rémanence au creuset même des forces vives initiales… Ô toi, l'amant langoureux d'une passion de Casablanca réinventée au labyrinthe ardent du spasme originel… »


L'aura suave m'étreignit en une houle d'écumes enivrées, ses remous stellaires affleurant les galbes éperdus de mon extase insoupçonnée. Une incandescence d'un bleu de rêve palpita au creux de mon corps transfiguré tandis que les ultimes volutes d'un brasier de libido défunte se consumèrent dans le rugissement d'un soleil primordial…


 
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   Cox   
3/4/2024
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Bonjour !

Je suis assez partagé sur ce texte dont l’écriture ne m’a pas toujours convaincu, mais qui laisse à voir malgré tout une vraie force de l’imaginaire.


Je commence donc par expliquer pourquoi je n’ai pas aimé l’écriture, en 3 points :

1) une lourdeur du style. C’est vraiment, vraiment surchargé. J’ai eu l’impression de sentir un auteur qui essaye de « faire littéraire » et de justifier ses émoluments en surécrivant tout. Ce qui me frappe en particulier Pour ce premier point, c’est la surabondance constante d’épithètes. Quelques exemples :
- Un parfum musqué de désillusion et de regrets flottait dans les remous tièdes de la brise marine, comme l'âme exsangue d'une liberté expirante -> Les seuls noms qui ne sont pas affublés d’un adjectif c’est désillusion et regrets (mais ils sont eux-mêmes utilisés comme complément d’un autre nom).
- « De longues mèches de stuc torsadées semblaient encore onduler sur ses épaules de nacre tandis que les galbes veloutés de son corps comblé frémissaient sous un caftan de pierre aux plis vaporeux » -> pareil (je ne mets pas en gras tous les épithètes ou les génitifs)
- aux pieds de la sulfureuse idole, je prêtai une oreille lasse aux plaintes de la nuit ombrageuse qui exhalait ses murmures séculaires
- L'épiderme lisse irradiait une chaleur tiède et avait la douceur de la chair embrasée dans l'osmose d'un éclair de jouissance affranchie de la matière.
- une matière ductile délicieusement baignée de l'amour lacté d'une féminité sereine. »
Mon avis, c’est qu’il faut vraiment alléger l’expression : en l’état, je trouve ça très lour et indigeste. Il y a d’autres moyens de développer et d’évoquer que de claquer des adjectifs sur tous les mots. Ici ça rend la lecture assez laborieuse, et ça a un côté mécanique et surjoué.

2) Dans l’idée du surjeu, il y a plusieurs images que j’ai trouvée excessives, voire que je n’ai pas comprises du tout. Je disais ci-dessus qu’on voulait « faire littéraire », ici j’ai l’impression qu’on cherche à « faire poétique »en introduisant au forceps des métaphores dont on aurait pu se passer et dont la pertinence ou la clarté me paraissent franchement débattables. Quelques exemples :
- La voix de la lave en fusion, pas très évocatrice.
- Quant aux méandres les plus feutrés de tes venelles nichaient les secrets les plus inavouables et luxurieux dans une indolente latence -> image que je trouve à la fois vague et surjouée avec son double superlatif : on fait beaucoup de pas grand-chose.
- qui noyaient mes mains dans leur giron d'acier fondu -> j’ai du mal à me représenter le giron et la brûlure au quatorzième degré me distrait du propos
- le silence de la mort était si intense -> l’idée d’intensité est étrange pour du silence et de la mort
- Un soupir d'une profondeur cosmique -> surjeu encore, sur une image assez floue
- C'était comme si la lave elle-même avait acquis la consistance du corps d'une amante aimantée dans un spasme d'extase essentielle -> formulation un peu lourde, et j’ai du mal à réconcilier des images qui ne se marient pas très bien pour moi (la lave, la consistance d’une amante, le magnétisme, les spasmes, l’existentialisme)
- sanglots de la citerne : Pas compris. Une citerne qui sanglote ? Est-ce un sens exotique du mot citerne que je ne connais pas ? Je n’en trouve pas trace dans mon dico.
- souffla la créature de pierre en une caresse mordorée . Une caresse mordorée, je ne vois pas. Une caresse qu’on souffle, je ne vois pas.

3) L’écriture essaye de se tenir à un registre très soutenu. Ce n’est pas trop mon goût personnel, mais peu importe. En revanche, elle ne s’y tient pas très bien... Il y a plusieurs maladresses d’écriture qui ne donnent pas l’impression d’une maîtrise impeccable. De ce fait le ton soutenu m’apparaît un peu comme prétentieux, forcé, parce qu’il n’est pas justifié par une plume au style naturellement « élevé ». J’ai oublié de relever des exemples au cours de ma lecture, alors en voilà quelques-uns, extraits d’une relecture très rapide en diagonale pentue :
- pénombres guetteuses -> pour autant que je sache, « guetteur » n’est qu’un substantif, pas un adjectif. Peut-être une erreur de ma part, mais encore une fois, mon dictionnaire semble confirmer cette idée.
- Je m'abîmai tout entier dans cet abîme -> ui, effectivement, logique !
- muées en une immuable (…) -> pas très habile non plus
Bref, quelques petits dérapages qui contrastent avec un registre qui se veut plus apprêté.



Cependant, on peint un tableau intéressant, mort-vivant, cohérent, et assez sensuel (même si j’ai un peu de mal à me mettre dans l’ambiance quand je prends du recul sur ce type qui s’excite autant sur une statue. Mais je suis d’un naturel prosaïque).
Même si le style fait obstacle, on se laisse prendre au jeu des rêveries de l’auteur qui nous amène dans un fantasme excessif mais distrayant.
J’ai parfois regretté que l’érotisme du texte, dans les passages qui seraient plus explicites, se limite souvent au choix d’un lexique de la sensualité un peu convenu, plutôt que sur une suggestion évocatrice en soi : « la Casablanca fantasmée et sulfureuse », « des râles d'extases », « l'incandescence des chairs », « des formes impudiques », « Casablanca incandescente », « Nuits torrides », etc… Je comprends qu’on ne peut pas faire dans la pornographie, ceci dit.
Pour le reste, il y a des images intéressantes qui jouent sur les sens et un récit assez poétique qui nous emmène dans un pays des merveilles à la fois sensuel et désolé. Les ruines d'une culture féminisée prennent une vie et une chaleur qui nous font sentir en un grand souffle poétique un passé presque oublié.


Une lecture plutôt agréable, quoiqu’il y ait des éléments à parfaire selon moi !

Cox

   jeanphi   
16/4/2024
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime un peu
Bonjour,

Cette nouvelle extrêmement bien soignée me laisse l'impression d'un style emprunté (ex. "...ne subsistait plus que l'épitaphe des choses..." "...l'amour lacté d'une féminité sereine." ...) Un vocabulaire très riche et très original y sert une forme impersonnelle à force d'application. Le recours systématique aux adjectifs dépossède hélas vos descriptions du réalisme/surréalisme dont il se veut imprégné.

Si je devais n'écouter que mes travers personnels, je saluerais cette surcharge et cette recherche de beauté, d'enluminures permanentes.
Mais il me faut bien avouer que cela a fini par m'ennuyer, par me donner l'impression que l'auteur n'effectue pas ce petit pas vers le lecteur afin de l'embarquer dans son voyage.
Pourtant le principe même de votre récit supporte la mise en œuvre du procédé. Lyrisme poétique, prédominance de la symbolique, sentiment d'ineffabilité, hors temps.
Élaguer la forme afin d'atténuer l'hermétisme ne signifierait pas forcément que le texte perde en contenu.
Merci pour ce beau travail.


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