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Sentimental/Romanesque
Pablo59 : Un amour déraisonnable [concours]
 Publié le 23/02/12  -  15 commentaires  -  19810 caractères  -  164 lectures    Autres textes du même auteur

Des inconvénients de l'amour quand on est riche, beau et célèbre.


Un amour déraisonnable [concours]


Ce texte est une participation au concours n°13 : L'amour, c'est mieux à deux ! (informations sur ce concours).


Le co-auteur de ce texte est Melilot.



Vendredi 12


Je m'en doutais, Wendy m'a demandé de l'accompagner en voiture, demain soir, à l'anniversaire de son amie Lucy et, comme toujours, au dernier moment, comme si je n'avais aucune vie personnelle et que j'étais forcément disponible. Elle m'agace. Si elle vivait avec son père, je doute qu'il accepterait aussi facilement de lui rendre ce genre de service.


Après tout, cela fait trois fois qu'elle rate son permis, cette bécasse.


On verrait alors si « Papa a été génial » comme elle le déclare à chaque retour de vacances passées avec lui. Quel manque de tact de sa part, mais est-ce étonnant, plus le temps passe, plus elle lui ressemble. Elle sait pourtant comme la séparation d'avec son père a été douloureuse pour moi.


Samedi 13


Dès que nous sommes arrivées devant l'immeuble cossu des parents de Lucy, Wendy s'est précitée hors de la voiture puis vers l'énorme porte vitrée décorée de lourds entrelacs en fer forgé et, après avoir fait le code, s'est engouffrée dans l'entrée en m'adressant un rapide bonsoir de la main. J'allais démarrer lorsque je me suis aperçue qu'elle avait oublié le cadeau qu'elle destinait à Lucy. Là encore, son père tout craché. On fonce, on ne réfléchit pas, ou trop tard.


Je suis donc sortie de la voiture à mon tour et me suis présentée devant l'entrée monumentale pour m'apercevoir que je n'avais pas le code. Après quelques secondes d'indécision et alors que je fouillais dans mon sac pour chercher mon portable, une voix douce et chaude m'a soufflé, tout près du visage : « Je peux vous aider ? ».


Surprise, je me suis retournée et je l'ai été encore bien davantage lorsque j'ai reconnu Bradley Covetted le jeune premier, comme on disait lorsque j'étais adolescente, enfin l'acteur à la mode dont toutes les filles de l'âge de Wendy sont folles.


Est-ce la façon étrange dont il s'y est pris – nous étions si proches que nos lèvres se sont presque frôlées – ou l'insistance de son regard sombre et dérangeant, mais j'ai ressenti un choc. Je suis restée quelques secondes avant de lui expliquer la situation avec une voix de petite fille que je ne me connaissais pas. Il m'a alors déclaré qu'il allait lui-même à la soirée de Lucy et s'est chargé du cadeau. Je l'ai remercié et je suis retournée vers la voiture.


Avant de démarrer, j'ai regardé vers la porte de l'immeuble et j'ai vu qu'il était toujours là, dans l’entrebâillement, me regardant.


Je suis troublée. Il m'a troublée et je crois bien qu'il l'a été aussi.


Quand mon portier m'ouvrit la porte de ma limousine, je remarquai aussitôt une femme qui semblait un peu perdue devant l'immeuble où avait lieu la fête de Lucy. Je connaissais le cousin de cette dernière depuis ma plus tendre enfance. Bien entendu, mon ami avait inéluctablement parlé à sa cousine de moi, Bradley Covetted, dont la renommée était mondiale. Bref, Lucy tenait tant à ce que je vienne à sa fête pour impressionner ses amis, que je m'étais retrouvé dans l'obligation d'accepter.


Mais revenons à cette femme. Elle tapait nerveusement du pied tout en cherchant quelque chose dans son sac. Elle était pressée sans aucun doute, et tout ne se passait pas comme elle l'avait prévu. Je sentis tout de suite un besoin irrépressible de lui proposer mon aide. Malgré ma célébrité, je doutais fort qu'une femme de cet âge eût un jour entendu parler de moi. Aussi, je m'engageai sans hésiter dans sa direction, afin de lui demander ce qui n'allait pas.


À peine lui ai-je prononcé ces mots que je les regrettai amèrement. La femme m'observa pendant une poignée de secondes, qui me parurent pourtant durer des heures. Elle bafouilla quelque chose qui ressemblait à :


— Ma fille… Wendy… Elle est à une fête… A oublié le cadeau pour son amie…

— Je me rends justement à cette fête, expliquai-je. Si vous voulez, je veux bien apporter le cadeau à Lucy.


La femme hocha la tête vivement et rejoignit prestement sa voiture.


La scène paraissait certes anodine, cependant j'avais le sentiment que je reverrais cette femme très prochainement. Et, curieusement, cette perspective me faisait froid dans le dos. Alors que je l'observai quitter les lieux, elle m'adressa un bref sourire timide. Je détournai hâtivement le regard et entrai dans l'immeuble de Lucy et de ses parents.


La soirée se déroula tranquillement. En réalité, j'avais plus l'impression de me rendre à une séance d'autographes plutôt qu'à une fête pour adolescents. Les jeunes filles me jetaient des regards aussi intenses que furtifs – ce qui me fit légèrement sourire. Les garçons invités semblaient me jalouser. Je ne pus que trop les comprendre, me rappelant la haine que j'aurais ressentie à leur place. Toutes ces filles qui étaient folles d'un seul et même homme, cela devait les faire enrager.


Je fis la connaissance de Wendy, la fille de la femme que j'avais croisée à l'entrée de l'immeuble. Elle était plus réservée que les autres, mais je devinai sans difficulté qu'elle m'idolâtrait tout autant que ses amies. En discutant avec elle, j'appris qu'elle était l'une des meilleures amies de Lucy. Son cadeau, une robe Guess achetée dans l'un des magasins les plus luxueux de la ville, avait fait fureur. Lucy s'était hâtée de l'enfiler, profitant de l'occasion pour me demander si elle lui allait bien. Une fois encore, je souris, et lui répondis qu'elle était ravissante. Mon compliment la toucha droit au cœur.


Je m'en allai aux alentours de trois heures du matin, une foule de jeunes filles m'adulant littéralement. Je priai pour que leurs hurlements ne réveillent pas les voisins ensommeillés. Je n'avais pas besoin d'autres fans pour me réclamer.


Évidemment, après mon départ, la fête n'avait plus lieu d'être. La plupart des jeunes se retirèrent donc en même temps que moi. Wendy faisait partie d'eux. Alors que ma limousine allait démarrer, l'adolescente semblait nerveuse. Les jambes tremblantes, elle ne cessait de pester sur son téléphone. J'ordonnai à mon chauffeur de s'arrêter quelques instants. J'ouvris la fenêtre pour qu'elle m'entende.


— Eh bien, Wendy, qu'est-ce qui t'arrive ? m'enquis-je.

— Je n'arrive pas à joindre ma mère. Je crois qu'elle a oublié qu'elle devait me ramener. Je ne sais pas ce que je vais faire…

— Pourquoi ne dormirais-tu pas chez Lucy ?

— J'aimerais bien mais… Ma mère risque de péter un plomb si elle découvre que j'ai dormi chez elle sans la prévenir.

— Mais si tu ne pouvais pas la joindre…

— Vous ne connaissez pas ma mère, Bradley.


Soudainement, les joues de Wendy s'empourprèrent. Je compris qu'elle était gênée de m'avoir appelé par mon prénom, moi, son idole. Je fis semblant de ne rien remarquer pour éviter de la mettre davantage mal à l'aise.


— Je suppose que ta mère t'a également demandé de ne pas monter dans la voiture de n'importe qui…


Une lueur naquit dans ses yeux.


— Vous n'êtes pas n'importe qui !

— Dans ce cas, laisse mon chauffeur te raccompagner chez toi, proposai-je. Une jeune fille de ton âge n'a pas intérêt à traîner dans la rue à cette heure-là.


Excitée comme une puce, Wendy ne se fit pas prier. Le portier lui ouvrit la porte de la limousine et elle s'installa aux côtés de son acteur préféré.


J'étais conscient qu'en la conduisant à son domicile, je prenais le risque de retrouver sa mère, que je n'avais aucune envie de revoir. Mais comme je l'avais dit à Wendy, je ne pouvais pas la laisser devant l'immeuble de Lucy. J'espérais simplement que l'étrange femme ne me voie pas à bord de la limousine.


Dimanche 14


Je m'étais assoupie et, lorsque je me suis réveillée, il était trois heures du matin passées.

J'ai consulté mon portable pour voir si Wendy m'avait laissé un message mais il n'y avait rien. J'allais me faire un café lorsque j'ai entendu une voiture qui s'arrêtait devant la maison. C'était une limousine avec, sans nul doute, Bradley Covetted à l'intérieur.


À nouveau, j'ai ressenti un choc et me suis précipitée vers la porte d'entrée, le cœur battant. J'ai vu Wendy descendre de la voiture. J'ai couru et j'ai eu le temps, avant qu'elle ne referme la portière, de me pencher vers Bradley et de le remercier chaleureusement d'avoir eu la gentillesse de la ramener jusqu'à la maison.


Il m'a souri. Il avait l'air las et je n'ai pas insisté. La fatigue lui allait bien et je l'ai trouvé décidément très séduisant. Quand Wendy a été couchée, j'ai traîné un peu dans la maison, dégustant mon café à petites gorgées et réfléchissant. Pourquoi avait-il raccompagné ma fille ? Avait-il eu envie de me revoir ? Voulait-il connaître mon adresse ? Peut-être avait-il demandé mon numéro de téléphone à Wendy ? Allait-il me téléphoner dès aujourd'hui ? Ou préférerait-il me faire languir un peu ?


Toutes ces questions se bousculaient dans ma tête et il me fut impossible de me rendormir. Je restai là, devant la fenêtre, regardant le jour se lever, bouleversée.


Quand je m'affalai dans mon lit cette nuit-là, je ne parvins pas à fermer les yeux malgré l'heure fort avancée que j'avais à ma montre. Je ressassais les événements de la soirée.


J'avais retrouvé la mère de Wendy, à mon plus grand désappointement. J'avais pourtant prié mon conducteur de se dépêcher une fois que Wendy aurait regagné son domicile. Le chauffeur n'avait pas été assez rapide. La femme, vêtue uniquement d'une robe de nuit, avait accouru à la fenêtre de ma limousine. Dépité, je lui avais ouvert.


— Monsieur Covetted ! Je ne sais comment vous remercier d'avoir reconduit ma fille ! J'étais si fatiguée que je l'ai oubliée et me suis endormie. Encore merci !


La femme était si enthousiaste et radieuse que ce devait être le meilleur jour de sa vie. Je notai également que mes suppositions étaient fausses. La mère de Wendy savait pertinemment qui j'étais. Mais le plus gênant était certainement que cette femme semblait aussi folle de moi que toutes ces adolescentes présentes à la fête de Lucy.


En m'efforçant d'être agréable, je lui expliquai que j'étais pressé de rejoindre ma maison, car je devais me lever tôt le lendemain. C'était un gros mensonge, mais je n'avais pas de temps à perdre avec des remords.


J'en étais là de mes réflexions quand, épuisé, mes pensées devinrent incohérentes et mes paupières s'alourdirent.


Je me réveillai aux alentours de midi. On était dimanche ; je n'avais donc rien de prévu ce jour-là. Pas de nouveau contrat avec un producteur de film, pas de séances d'autographes, pas même de soirée V.I.P. organisée par une autre célébrité. Toutefois, je me souvins que le lendemain devait avoir lieu l'avant-première du dernier film que j'avais tourné, « L'amour, c'est mieux à deux ». Il s'agissait d'une sorte de parodie d'une comédie romantique. J'étais d'ailleurs assez fier de ce rôle, que je considérais comme l'un des meilleurs de ma carrière.


Mais je me remémorai également que j'avais promis à Liam, le cousin de Lucy, de l'y emmener, sans qu'il ait à payer. J'avais accepté, mais je craignais qu'il eût oublié la date et l'heure de l'avant-première. Par conséquent, j'entrepris de l'appeler après avoir avalé mon petit-déjeuner/brunch.


— Allô, Liam ?


Mon ami décrocha immédiatement.


— Oui, Brad ? Qu'y a-t-il ?

— Rien, mais je voulais m'assurer de quelque chose. Tu sais que l'avant-première a lieu demain, n'est-ce pas ?

— Oui, à vingt heures, c'est ça ?

— Tout à fait, acquiesçai-je. Bon, eh bien…


Il m'interrompit.


— Euh, Bradley… Cela ne te dérange pas si je viens avec Lucy ? Elle aimerait tant…


Je soupirai. Cette adolescente devenait un véritable pot de colle… Je soupçonnais qu'elle tente de se rapprocher de moi à cause du compliment que je lui avais fait lors de sa soirée.


— OK, Liam. Mais essaye de lui faire comprendre que ce n'est pas parce que j'accepte qu'il va se passer quelque chose entre nous…


Je l'entendis ricaner à l'autre bout du fil.


— Mais tu sais… Elle veut aussi amener une de ses copines… Je lui dis tout de suite non ou…?

— Comment s'appelle-t-elle, cette amie ?

— Wendy, si je me souviens bien.


Je réfléchis un instant.


— OK, ça va pour cette fois. J'ai rencontré cette Wendy à la soirée, elle est plutôt sympa. J'espère que c'est tout, Liam ?

— Oui oui, t'inquiète, gloussa-t-il avant de raccrocher.


Lundi 15


Aujourd'hui, j'ai eu l'envie de faire les magasins. J'y allais à reculons depuis quelque temps, je trouvais que rien ne m'allait mais je me suis sentie belle tout à coup et j'ai enchaîné avec des soins chez l'esthéticienne et une séance chez le coiffeur. J'irradiais de bonheur, je retrouvais des sensations enfouies depuis longtemps et c'est alors que j'ai compris : j'étais folle amoureuse de Bradley Covetted et j'étais certaine que c'était réciproque. Il y a des regards qui ne trompent pas.


Aussi, à mon retour à la maison, je ne fus guère étonnée lorsque Wendy m'apprit qu'elle avait reçu une invitation pour assister à l'avant-première de son dernier film. Ainsi donc, il avait trouvé ce subterfuge pour me revoir car il était évident que j'allais accompagner Wendy et il le savait parfaitement.


J'eus du mal à garder mon calme jusqu'au moment du départ pour la soirée. Ce fut enfin l'heure. J'avais mis une robe noire, toute simple, qui mettait en valeur mes formes encore parfaites.


À peine arrivée dans la salle, je l'aperçus et me précipitai pour le saluer et le remercier mais il y avait foule autour de lui. Il me fit comprendre qu'il était débordé et n'avait pas le temps de me parler. Par discrétion, je lui fis seulement un geste amical qu'il me rendit avec élégance.


Il était évidemment magnifique dans ce film et le fait de le voir sur l'écran et de savoir qu'il était tout près et sans doute fou amoureux de moi, me mit dans tous mes états.


J'étais donc impatiente que cette séance se termine car nous étions invitées à un cocktail où il serait bien sûr présent.


Enfin, le moment arriva et nous nous dirigeâmes vers le salon réservé à ses amis.


J'étais dans un état indescriptible, à la fois effrayée et fébrile. J'espérais qu'il allait enfin se déclarer. Sinon, c'était décidé, c'est moi qui le ferais.


Là encore la foule était dense mais, cette fois, je parvins à me faufiler pour m'approcher de lui.


Cependant, au moment où j'allais lui adresser la parole, je le vis qui se penchait vers une jeune femme qu'il embrassa tendrement.


Une douleur fulgurante me tordit l'estomac. Je me sentis vaciller et puis une colère indescriptible me submergea. Il m'avait trompée ! Il s'était moqué de moi. Il m'avait humiliée. C'était un goujat. Dans un état second, je me précipitai vers un vase rempli de fleurs et le lui jetai à la tête.


Pendant que des gens se précipitaient vers moi pour m'immobiliser, je vis qu'on l'emportait, ensanglanté.


Ce lundi, je me levai de bonne heure même si je n'étais pas particulièrement pressé. J'aurais dû rester quelques minutes de plus au lit ; la journée allait être longue.


Je passai donc la matinée au téléphone avec mon agent pour discuter de l'avant-première qui aurait lieu à vingt heures. J'appris notamment que mon producteur, grippé depuis une semaine, ne pourrait y assister. Je confiai à mon agent que j'avais l'intention d'emmener avec moi un ami, sa cousine et l'amie de sa cousine. Cela ne parut pas lui faire plaisir, car il me reprocha de favoriser mes fans.


Quelques minutes à peine avant l'heure, je grimpai dans ma limousine en direction du plus grand cinéma de la ville. Je m'arrêtai devant la maison de Liam, comme convenu, pour l'emmener avec moi. Je m'attendais à le voir avec Lucy et Wendy, mais seule la première était présente. Quand je posai la question à Lucy, elle me répondit que son amie viendrait mais que sa mère avait insisté pour la conduire. Je frissonnai à ces mots.


— Mais pourquoi ? Je veux dire, il aurait été tellement plus simple pour nous ainsi que pour sa mère qu'elle vienne avec nous…


Lucy haussa les épaules.


— Eh bien… Je suis d'accord, mais elle ne m'a pas dit pourquoi. Désolée.


Bien évidemment, je connaissais la réponse à ma question. Mais j'aurais fait n'importe quoi pour me tromper.


Nous arrivâmes juste à temps pour le début de l'avant-première, les embouteillages nous ayant ralenti considérablement. Au moins, ce retard eut l'avantage de me servir d'excuse pour éviter la mère de Wendy. Elle était bel et bien venue avec sa fille et avait la ferme intention d'assister à la séance. Alors qu'elle était partie pour discuter pendant de longues heures, je l'interrompis, lui signalant au passage que nous étions pressés et que si elle tenait réellement à assister à l'avant-première de « L'amour, c'est mieux à deux », elle devait se dépêcher.


Je la plaçai volontairement loin de moi durant toute l'heure et demie que durait la projection, prétextant la nécessité d'être à côté de mon agent et du metteur en scène. Du coup, la mère de Wendy me laissa en paix tout le long de la séance, et je l'oubliai presque en me laissant porter par le film.


Mais la tragédie que je pressentais eut bien lieu, inéluctablement. Après l'avant-première, un cocktail était organisé, avec la grande majorité des acteurs ayant participé au film et ouvert au public. Naturellement, Wendy et sa mère s'y joignirent.


Tandis que je me servais mon premier verre, en compagnie de Liam et d'un de mes collègues acteurs, évitant de mon mieux la femme, mon agent me fit une belle surprise. Il se pointa, avec Isabella Ringalong à ses côtés. Isabella n'était autre que ma fiancée, une actrice elle aussi qui devait rentrer de Miami où se déroulait le tournage de son prochain film. Mais elle n'était pas censée revenir de Floride avant la semaine suivante. À la fois surpris et joyeux, je m'élançai donc dans sa direction pour l'embrasser langoureusement. Notre baiser fut de courte durée : un choc violent vint l'interrompre, brisant ainsi la magie de cet instant merveilleux. Avant de m'évanouir, j'entendis une voix me hurler : « Tu m'as trompée ! »


J'appris plus tard que l'auteur du crime n'était autre que la mère de Wendy. La folle m'avait balancé un vase sur la tête, comme prise d'un accès de fureur. Les gardes du corps s'emparèrent immédiatement d'elle pour la sortir de la salle. Elle fut internée dans l'établissement public de santé mentale, ayant été identifiée comme érotomane. Je me suis renseigné, et je sais maintenant qu'il s'agit d'un syndrome qui atteint certaines femmes, convaincues d'être aimées par quelqu'un de célèbre.


Maintenant que cette femme est internée, je ressens de la compassion pour elle. J'ai envie d'aller la voir, à la clinique psychiatrique, pour lui parler. Mais on me l'a très fortement déconseillé. Du coup, j'en suis presque à culpabiliser. Cette femme était seulement folle de moi…


Depuis ce jour, j'évite de me faire des amis parmi mes fans. Je ne vois plus Wendy, et j'essaye de ne pas croiser Lucy quand je suis chez Liam. Désormais, les groupies me font peur…


Mardi 16


J'ai eu la visite du psychiatre ce matin. L'établissement où on m'a placée en urgence hier soir est correct mais je me demande ce que je fais là. Je n'ai pas manqué de poser la question au médecin qui m'a parlé d' « érotomanie ».


La sagesse populaire a raison : ces gens-là sont encore plus fous que les patients qu'ils sont censés soigner. Je ne me laisserai pas faire.


J'ai quand même obtenu qu'on me rende mon portable pour continuer mon journal. Je n'ai pas demandé de nouvelles de Bradley Covetted. Je le hais.


 
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   macaron   
15/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Une histoire sympathique qui démarre un peu comme une comédie américaine avec la pensée en alternance des deux protagonistes. L'écriture est alerte, les personnages crédibles dans leurs rôles, le choix du scénario...pas trop à mon goût! C'est une histoire qui parle d'amour-maladif- mais, où il n'y a pas d'amour et c'est un peu frustrant! Il y avait sans doute une piste pour finir dans la comédie...à la française!

   Anonyme   
15/2/2012
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Drôle de destins croisés, celui d'une femme ordinaire et d'un acteur présomptueux, mais qui manque d'expressions. Le ton est-il volontairement distant ? Je l'ignore. Des sentiments de papier froissé, c'est lisse sans aspérité.

Le Bradley Covetted est hautain, la mère de Wendy fêlée, les deux paraissent déshumanisés.

"Tandis que je me servais mon premier verre, en compagnie de Liam et d'un de mes collègues acteurs, évitant de mon mieux (la) femme,..." - cette femme
Le démonstratif évoquerait mieux l'agacement du protagoniste.

"Isabella n'était autre que ma fiancée, (une) actrice elle aussi qui devait rentrer de Miami où se déroulait le tournage de son prochain film."
Le prénom indéfini banalise la fiancée et coupe l'élan amoureux suivant.

Quant à la folie qui touche la mère de Wendy, elle n'est pas crédible, on ne ressent pas l'escalade émotionnelle qui l'a conduit à commettre cet acte.

Cette nouvelle manque de véracité, de sentiments, de profondeur c'est dommage car l'écrit n'a pas l'air de faire défaut aux auteurs.

   Charivari   
15/2/2012
 a aimé ce texte 
Pas
La chute, plutôt sympa, n'a pas réussi à me faire oublier le reste, c'est à dire
- une écriture plutôt plate, et parfois poussive (un exemple : J'allais démarrer lorsque je me suis aperçue qu'elle avait oublié le cadeau qu'elle destinait à Lucy. -> beaucoup trop de subordonnées ici. En général, il faudrait essayer d'éliminer au moins les trois quarts des pronoms relatifs. Le style deviendrait plus dynamique)
-Une histoire qui, sans la chute, semble tirée tout droit d'une série B pour adolescents.
-Une atmosphère VIP pleine de clichés. Ceci dit, c'est voulu, mais cela aurait dû être raconté de manière beaucoup plus ironique - parodique. Là, on a l'impression que c'est du premier degré... Jusqu'à la fin.
-Absence de recherche sur la façon de parler des deux narrateurs. Des formules du type "m'enquis-je" ou "j'acquiesçai-je" paraissent très alambiquées, d'autant que le reste du style n'a que peu de relief.

La même histoire, racontée avec plus de verve, éventuellement m'aurait plue, mais tel quel, j'avoue ne pas avoir apprécié.

   widjet   
23/2/2012
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Le titre déjà fait peur et ne nous prépare pas au meilleur.

Mais le reste est... pire.

Pourquoi le nier ? La lecture a été très difficile pour ne pas dire douloureuse dans le sens pénible du terme.

Rien ne m’a plu. L’écriture, plate, convenue, incolore, inodore mais chargée en saccharose que je fus rapidement écœuré. Des constructions bancales (« Bien entendu, mon ami avait inéluctablement parlé à sa cousine de moi », La folle m'avait balancé un vase sur la tête, comme prise d'un accès de fureur »), sans parler des phrases comme « Excitée comme une puce », ou « Mon compliment la toucha droit au cœur » m’ont achevé.

Mais surtout, le texte est le champion du monde des adverbes : du jamais lu en 4 ans de lecture Onirienne.

L’histoire ? Traitée au marteau piqueur.

Le traitement des personnages ? Tellement poussé à l’exagération qu’on frise la parodie. Pourtant le texte n’est pas classé en humour/détente…donc se veut être pris un petit peu sérieusement. Certes, la femme (maman adulescent) à l’excuse de la maladie (maladie traitée sans nuance), l’ado est (forcément ?) niaise, la vedette de ciné est imbuvable. Alors oui, des caricatures ça existe, mais ici tout le monde est logé à la même enseigne, c'est-à-dire sans nuance et dans un grand bain de miévrerie: bref, pour la profondeur même infime, on repassera.

J’espère au moins que les auteurs se sont amusés.

Fatalement je me pose la question suivante : les textes de concours peuvent ils être refusés de publication ou sous couvert d'inscriptions, les textes sont ils automatiquement admis ?

W.
(auteur qui déchante)

   brabant   
28/2/2012
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,


J'ai trouvé que les liaisons, enchaînements étaient lourds ; en ce sens la collaboration des "écrivants" n'a pas très bien fonctionné. Beaucoup de redites donc ; le texte ressasse et assène. Il veut trop expliquer et trop rappeler et trop insister.
Par cette accumulation de redites, ses charnières sont trop longues et laborieuses.
Il n'était pas nécessaire d'expliquer non plus "érotomane", le mot n'est pas si rare ; ou alors il fallait en donner la définition technique, proprement psychiatrique.

Pour autant les chassés-croisés de cette histoire sont plutôt bien agencés, bien répartis.

Les personnages adultes sont moins bien vus que les personnages adolescents.
Bien pour Wendy, Lucy et Liam : naturels.
Moins bien pour la mère de Wendy : peu cohérente par rapport au personnage du début où elle apparaît sensée, mais qui devient cohérente dans la continuité de sa folie érotomaniaque, cela c'est bien, notamment la fin où elle retombe dans la logique de sa folie douce.
Moins, moins bien pour Bradley Covetted : guindé, distant et froid. Plutôt et froid. Mais après tout, cela c'est votre choix d'auteurs.


Bon, je ne le cache pas, j'ai un peu pataugé.

Texte appliqué, le caractère de la "fofolle" est finalement le plus réussi.


Merci pour ce récit

ps : le titre ne manque pas d'humour...

Edition : désolé pour le "F", j'ajuste mes évaluations au fur et à mesure de l'étude des textes du concours.

   zenobi   
24/2/2012
 a aimé ce texte 
Pas
Je vais en rester à ma réception. Je ne suis pas parvenu un seul instant à rentrer dans le récit, mon regard est demeuré extérieur. La faute, selon moi, en incombe d'une part à un récit convenu mais surtout à un style qui ne parvient guère à donner corps aux deux narrateurs (en dehors de l'incipit où j'ai ressenti cette volonté, plus ou moins aboutie mais évidente, de prêter vie à la narratrice).
Point positif: les coutures entres les deux mains ne sont pas sauté aux yeux.

   jeanmarcel   
24/2/2012
 a aimé ce texte 
Pas
Le début m’a intrigué par sa banalité. Cette manière anodine de raconter une histoire sans aucun intérêt m’a rappelé Bret Easton Ellis et je m’attendais à un soubresaut du récit, voire un rebondissement.
Tous ces prénoms américains, Lucy, Wendy, Bradley, Liam, ce matérialisme ambiant lui aussi tellement américain, que je commençais à sourire en attendant mieux.
Le vendredi passa, puis le samedi, puis la suite et rien ne vînt, à part l’attentat au vase d’une érotomane ( !) jalouse.
Au final j’ai l’impression de n’avoir rien lu, tout du moins rien de consistant, comme quand on a très faim et que l’on grignote du pop-corn.
Ce récit vide, creux, inodore, m’apparait presque comme un prototype, une sonde expérimentale destinée à tester le lecteur et à le faire réagir en le sortant de la torpeur crée par l’absence de contenu.
Quelquefois l’attraction du vide emporte le lecteur, mais là cela ne fonctionne pas du tout. Un petit grain de folie ferait le plus grand bien à l’histoire et au lecteur.

   matcauth   
25/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
j'ai été un peu déçu par ce texte, surtout par ces personnages, plats, peu travaillés, aux réactions "clichés". Leurs réactions sont navrantes de banalité, sans finese, sans subtilité, leur façon de penser totalement irréaliste.

après, l'histoire se laisse lire, il y a quelques idées.

Mais surtout, j'ai été déçu par la "démarcation" flagrante antre les deux écritures. néanmoins vous avez réussi à concilier vos idées, à harmoniser vos pensées pour en faire une histoire, et c'est déjà un beau travail en soi.

   monlokiana   
25/2/2012
 a aimé ce texte 
Vraiment pas ↓
Hum, l'histoire m'a plu. Je veux dire par là que l'idée m'a plu. C'est assez délirant de croire en des choses qui n'existent pas comme croire profondément qu'une personne est follement amoureuse de nous alors qu'il n'en est rien ou c'est totalement le contraire. L'idée est bonne mais le traitement est mauvais.
C'est bizarre que les autres commentaires n'en aient pas parlé, mais moi, j'ai nettement distingué deux écritures: une écriture correcte, simple et juste et une autre remplie de maladresses et d'adverbes. Et je ne suis pas parvenue à les imaginer ces personnages. Ils sont aussi superficielles que le récit (ou plus).
Bref, pour que l'histoire me plaise à cent pour cent, il aurait fallu peut-être un peut plus de sérieux dans l'écriture (oui, je l'ai trouvé légère, bonne d'un coup, horrible dans un autre moment, cela étant l'effet des écritures distinctes.)
L'idée est bonne mais l'écriture reste à revoir, les personnages aussi. Je ne les ai connus que de nom. Pas plus. Désolée, mais c'est comme ça. Je me dois d'être honnête dans ma note. Désolée encore...

Et je crois que certaines fautes sont passées sous l'œil vigilante des correcteurs comme:

Samedi 13: Wendy s'est précitée (c'est: précipitée.)
Elle sait pourtant comme la séparation d'avec son père a été douloureuse pour moi (comment)

Et si j'ai tort, pardonnez-moi.

   caillouq   
4/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
J'aime assez l'idée de l'érotomane vu de l'intérieur, mais le traitement ne m'a pas vraiment convaincu. L'emploi du passé simple donne un ton guindé à l'ensemble, que j'aurais bien vu beaucoup plus "oral". Je n'ai pas non plus trouvé dans le texte la justification de l'intérêt que Bradley peut avoir à rester aussi longtemps à une soirée d'ados (OK, il a accepté de passer pour faire plaisir à son cousin ... mais rester jusqu'à deux heures du mat', est-ce raisonnable ?). L'ensemble gagnerait à être raccourci, pour gagner en punch. En bref, j'aurais apprécié un peu plus de folie dans cette histoire de folle.

   Margone_Muse   
5/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bravo aux deux auteurs pour avoir relevé le défit, pas évident du tout.
J'ai bien aimé le clin d'oeil à l'intitulé du concours et c'est vrai que le thème correpsond complètement pour le coup, s'en inspirant même :)
J'ai repensé à "A la folie, pas du tout" (bon film avec Audrey Tautou) mais le côté ping-pong empêche toute crédulité au lecteur. Mais même sans ça, j'ai envie de dire, il y a trop peu d'éléments sur lesquels s'appuie la femme pour penser que Bradley est amoureux d'elle pour qu'on y croit. Le premier regard ne me suffit pas et ça aurait été sympa qu'il y ai beaucoup plus d'ambiguïté dans les actes, les gestes (tout en les balayant d'un revers de plume quand on passe sur le point de vue de l'homme, peu importe), pour que la folie de la femme soit "fondée", un petit peu plus. Là, c'est trop rapide, je trouve.
Alors, bien sûr, j'ai bien compris que le but n'est pas de faire croire au lecteur que Bradley est amoureux de la femme mais j'aurais aimé un glissement plus subtile qui me fasse me dire "ok, je vois pourquoi elle pense ça, ça peut paraitre plausible vu l'ambiguïté de la scène... etc" et y croire vraiment, quand je suis dans les pompes de cette femme, que Brad est amoureux.
Sinon, pour l'écriture, je l'ai trouvée assez pompeuse et lourde, pas à mon goût - et je n'ai pas vu assez de différence entre la narration de l'homme et celle de la femme. Ca aurait été un plus, je pense.
Margone

   Pattie   
7/3/2012
Message des Organiris : Avec l'accord des deux co-auteurs Melilot et Pablo59, le nom de l'auteur a été changé.

   Anonyme   
14/6/2012
Je trouve que l'auteur survol un peu trop la personnalité des personnages, qui de ce fait, ne sont pas très attachant. Cela manque d'un peu d'émotions, j'aurais eu envie de compatir un peu plus à leur sort qui ne m'a pas vraiment touché. Je n'ai pas assez ressenti, par exemple, la colère de cette femme qui "pète un plomb", peut-être aurait-on pu s'attarder un peu sur la colère qui l'enivre subitement, en mettant d'avantage en avant la nature et l'intensité de ses émotions, qui font que de rage, elle lui jette ce qu'elle a à porté de main en pleine figure...

Sinon j'ai lu et accroché le texte sans difficulté, rien ne m'a vraiment gêné dans le style ou dans l'écriture, les angles de vues de chacun des personnages sont assez bien géré et je trouve le concept intéressant.

   Anonyme   
16/9/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce texte est vraiment très agréable à lire; dès lors que j'ai commencé, je n'ai plus pu m'arrêter jusqu'à la fin !! Je trouve l'idée de dérouler l'histoire sous les deux points de vues très originale !!
Un grand bravo aux auturs :)

   Anonyme   
20/2/2013
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Mon avis est partagé ; je vais donc essayé de faire une critique aussi constructive que possible.


Tout d'abord les bons points :

L'idée est intéressante. Je veux dire l'amour à sens unique entre quelqu'un de célèbre et une femme non célèbre.
La fin surprend, ce qui est un très bon point. Alors là on ne s'attend pas du tout à cela. J'aime donc beaucoup la fin, et j'aurais appris un nouveau mot de vocabulaire aujourd'hui (érotomane).
L'idée de relater les faits en adoptant deux points de vue différents est une bonne idée :
- en effet, c'est intéressant car on connait tout des deux personnages alors qu'eux ne savent pas ce que l'autre pense. On en sait ainsi davantage qu'eux et on voit se profiler une fin dramatique, contrairement à ce que pense la femme.
- on est dans la tête de deux personnages différents, et en principe raconter une histoire à la première personne permet entre autre de se lier plus facilement au narrateur. C'était donc un bon point pour tout ce côté attachant. De même, c'est plus facile pour ressentir des émotions.
- on a les deux points de vue, ce qui est toujours utile.


A présent les points moins bons !

Mise à part la chute, j'ai trouvé le texte assez banal. La fin est originale mais le reste du texte manque de cette originalité justement.
On a du mal à s'attacher aux personnages. En effet, les personnages me semblent assez clichés ou au moins pas assez creusés pour vraiment se démarquer. Il aurait été intéressant, pour y remédier, de par exemple développer un peu plus les émotions de chacun et ses pensées quant aux évènements. On aurait pu ainsi éventuellement s'identifier à eux et qui sait les apprécier. Ici ils manquent de profondeur.


Voilà donc ce que je pense de ce texte. Sinon, dans l'ensemble, je l'ai trouvé quand même relativement facile à lire, et l'idée est bonne, de même que la fin, mais peut-être que le reste est un peu trop cliché et pas assez émotif.
Ah, et je trouve ce travail aussi assez admirable car il était à faire à deux, et que je sais qu'il est toujours difficile d'écrire quelque chose à deux.
J'espère que ce commentaire vous sera utile,
kimi-ebi


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