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Fantastique/Merveilleux
Palimpseste : Le tango des anges [Sélection GL]
 Publié le 31/08/12  -  11 commentaires  -  9344 caractères  -  79 lectures    Autres textes du même auteur

Ah ! Le Paradis ! Ses anges gentils, ses nuages blancs, son accueil impeccable !... Mais y songe-t-on encore quand on ne pense qu'au tango ?


Le tango des anges [Sélection GL]


Voilà déjà pas mal de temps que l'ange Sylviel est au service du transit des âmes. Évidemment, la notion de temps chez les anges est assez différente de celle des mortels et je ne saurais vous dire si ça représente trente ans ou deux mille. Toujours est-il que ça fait longtemps qu'on voit sa frimousse dans les contrées heureuses de l'Au-delà.


Sylviel est attachée aux Limbes et s'occupe plus particulièrement de vérifier le bon trajet des âmes de passage. Bien en amont, d'autres anges sont occupés à faire les premiers aiguillages entre les âmes noirâtres des damnés et celles d'un blanc vaguement lumineux des promis au Paradis. Les cas litigieux sont instruits par des spécialistes qui apprécient la vie des défunts et tranchent souverainement si leurs bonnes actions éclipsent les mauvaises accumulées par ailleurs.


Les âmes qui arrivent devant Sylviel sont déjà passées par plusieurs filtres et personne n'a encore jamais entendu parler d'une erreur dans le routage. Le contrôle est en fait purement formel. Son existence se passe donc au pointage de belles âmes immaculées, souriantes et coopératives.


Un job peinard dans un endroit paradisiaque : que demander de plus ?


Du tango !


C'est le seul désespoir de Sylviel : personne ne danse le tango au Paradis, alors que ce serait l'endroit idéal pour y tenir des milongas interminables. Quand on a toute l'éternité pour danser, pourquoi irait-on s'en priver ?


Inlassablement, Sylviel aborde d'autres anges et leur propose de venir tanguer.


Relevant le bord de son aube, Sylviel montre une chaussure confectionnée dans du bois de nuage. Une bottine élégante et bien cambrée, recouverte d'un peu de stratus bien souple et fermée d'une lanière de nuit.


Quand le désir de tango prend Sylviel, la pointe diabolique de la chaussure esquisse une rotation sensuelle vers le partenaire le plus proche. Le lacet s'enroule autour de la cheville de celui-ci et lie les anges.


Sylviel fait 33 tours de piste pour se rapprocher de l'objet de son invitation.


Mais hélas, les autres anges ont un peu de mal à comprendre cet engouement. La plupart se défilent et quelques-uns même, parmi les plus récents entrés dans les cieux, ne comprennent rien et pensent que Sylviel est malade.


Que fais-tu ? demandent-ils avec des yeux arrondis par ces appels du pied.

Je t'invite à danser. Ouvre tes bras et viens !

Ouvrir mes bras ? Comme à la prière du matin ?

Mais non, andouille ! Tu ouvres les bras, et tu les refermes sur moi. La main gauche dans ma main et la droite plaquée sur mes reins.


Souvent, les anges éberlués se tétanisent devant une telle proposition et même les plus bravaches se ratatinent comme des limaces sur du gros sel.


Régulièrement, Sylviel a de longues discussions avec Raphael, Gabriel et les autres messagers divins habitués à se promener sur Terre. Eux savent ce que danser veut dire, même s'ils ne pratiquent pas dans l'enceinte du Paradis.


Sylviel essaye d'expliquer comment la musique la prend aux tripes, colore son aube d'un rouge violent. Sa poitrine palpite alors d'une vie bruyante, veut s'échapper, courir sur les nuages, se bomber, se gonfler...


Les anges l'écoutent, et sourient de la façon agaçante qu'on réserve aux doux-dingues qui n'ont plus toute leur raison.


Seul, le vieux Jézabel comprend l'ange épris de tango.


Voyons, Sylviel. Pourquoi t'obstines-tu à inviter les autres anges ? Ils ne veulent pas danser !

Mais moi si ! Pourquoi n'aurais-je pas le droit à le faire ?

Mais... parce que les anges n'ont pas de sexe.

Et alors ?

Ben... ça fait sans doute perdre le goût du tango.

J'm'en fiche. Je veux danser quand même ! Il paraît qu'on doit s'aimer tous pour toujours. Pourquoi ça devrait se faire d'une façon aussi distante ?


Et Sylviel repart sur ses talons, chercher son corps-à-corps, sa danse d'amour sensuelle, son étreinte dansée, rythmée, cadencée, aimante et aimantée.


Sylviel tombe parfois sur un séraphin qui veut bien lui faire plaisir et laisse l'esprit de la danse s'enrouler autour de lui. Serpentine et impudique, Sylviel se transforme en liane, en ficelle, en boa... L'ange étrangle son partenaire d'un lien érotisé tiré d'un jeu de jambes ou de sa joue plaquée contre la sienne. Dans une senteur sulfureuse, Sylviel offre le souffle, l'énergie, la chaleur, le désir torride, la beauté ensorcelante, sauvage et animale. Son corps et son regard sont des poisons qui feraient fondre le plus congelé des mortels.


Hélàs ! Sylviel est parmi les anges et ceux-ci n'ont aucune idée de ces beautés subtiles où l'humain transcende sa condition organique pour s'ouvrir à de plus hautes communions.


Tout le monde l'aime bien, au Paradis. Bien sûr, ce n'est pas très orthodoxe comme comportement, mais les anges sont par définition de gentilles personnes. Si Sylviel veut danser qui irait lui reprocher ?


Sauf que les autres anges ne dansent pas.


Un jour que Sylviel assure son service avec le sérieux qu'on lui connaît, une âme comme on n'en a jamais vu à son checkpoint se présente. Ignorante de l'albe pure habituelle, l'âme arbore des habits voyants aux couleurs vives. Ses yeux flamboient de passion et pétillent d'un feu ardent, qui tranche sur le regard volontiers éteint de ceux qui s'en vont vers les félicités éternelles.


Le voyant ainsi complètement déplacé dans ce décor infiniment laiteux, Sylviel sent bien que le cas est spécial. L'apparition lui tend son billet de routage : une erreur !


Sylviel est en présence du premier cafouillage des mécanismes divins : cet individu devrait se trouver en ce moment plongé dans un fleuve de lave, aiguillonné par les fourches des diables et livré aux sévices les plus douloureux, sans doute pour expier une longue vie de péchés et de turpitudes.


Appliquant la procédure, Sylviel l'informe de la méprise. Le code est formel : il doit être déféré devant saint Pierre et reconduit aux portes de l'Enfer, où il sera pris en charge. L'ange et son damné se mettent en route pour le Guichet Central des Réclamations.


Saint Pierre les accueille avec surprise. À son souvenir, c'est la première fois qu'on repêche aussi tardivement un des réprouvés promis à séjourner dans les contrées infernales.


Après un interrogatoire sommaire où l'individu décline son identité, saint Pierre trouve enfin ses références : il est bel et bien promis à l'enfer pour avoir mené une vie de séduction et volé à de trop nombreuses femmes une virginité de chair ou d'esprit. Il doit être renvoyé illico vers un destin en rapport avec sa vie terrestre.


Sylviel est chargée de le raccompagner. Saint Pierre établit les sauf-conduits indispensables et trace un plan fort précis de la porte où le monsieur est attendu. Pour finir, il rédige un accusé de reconduite que Sylviel doit rapporter impérativement muni de la griffe du diable-portier, qui attestera avoir pris en charge sa recrue.


Le voyage n'est pas très long : le Paradis est plein de raccourcis pour expulser ceux qui s'y perdent. La communication entre les damnés et les anges étant impossible, aucune conversation ne vient troubler leur cheminement. Sylviel remarque simplement combien son compagnon de trajet marche avec plus d'aisance que la plupart des âmes, glissant sur les nuages plutôt qu'à y poser le pied.


Parvenus devant une des portes qui séparent le Paradis de l'Enfer, Sylviel signale leur arrivée en sonnant, un peu effrayée à l'idée de se retrouver face aux alignements de chaudrons de tortures que l'imagerie populaire associe au Royaume Infernal.


Un diable ouvre et les regarde d'un air sympathique.


Bonjour, je suis Belzébuth, commence-t-il avec urbanité.

Bonjour. Je suis Sylviel. Je ne savais pas que nous pouvions parler ensemble. Je viens reconduire ce monsieur qui, par une série d'erreurs incroyables, a perdu son chemin pour finir par arriver jusqu'aux portes du Paradis.

Je vois cela. Sois remerciée de ton dérangement. Francesco est un brave garçon, mais il sera sans doute mieux ici que chez vous. C'est très gentil de l'avoir raccompagné.

De rien. Saint Pierre m'a donné un accusé de reconduite que vous devez signer. Ça a l'air très important que je le ramène dûment rempli.

Oui. Le vieux est souvent assez tatillon sur les procédures, reprend le diable avec son bon sourire.


Et pendant que Belzébuth vérifie le document, la porte de l'Enfer s'ouvre en grand pour laisser entrer Francesco, la brebis égarée de retour au bercail.


Les yeux de Sylviel s'arrondissent en voyant, par-delà le battant, un grand espace dégagé où plusieurs couples dansent le tango au son d'une musique ensorcelante.


Berzébuth, la voyant ainsi bouche bée, lui fait son plus chaleureux sourire.


Entre donc quelques minutes, lui dit-il, je dois aller faire viser ton récépissé par mon chef de service. En attendant, viens te réchauffer à l'intérieur. Tu as bien mérité un cocktail offert par la maison pour nous avoir ramené Francesco, un des meilleurs danseurs de tango d'Argentine, lauréat des plus prestigieux concours de danse chez les mortels.


L'esprit émerveillé et le corps réveillé, Sylviel ne se le fait pas répéter deux fois.


Aux dernières nouvelles, saint Pierre est toujours en attente de son accusé de reconduite...


 
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   macaron   
8/8/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Une gentille histoire qui vous redonne le sourire. On devine un peu la fin mais une fois au paradis, il n'y a pas trente-six solutions, on est un peu coincé. L'écriture est vive, imagée, arrondie. Les personnages, tous fréquentables, me paraissent un peu trop sages, trop ternes mais bon, ça colle quand même. Et puis le tango, c'est plutôt sympa!

   matcauth   
31/8/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
bonjour,

une nouvelle légère, bien écrite.

Mais qui reprend trop de clichés du paradis et de l'enfer et qui prend un ton un peu trop... léger, justement.

En fait, si l'histoire et agréable et la plume aussi, tout cela ma paraît un peu trop en surface, manque un peu d'émotion et de profondeur.

Le tango au paradis, pourquoi pas, j'apprécie l'imagination. Mais les motifs restent un peu flou de mettre en scène le paradis et l'enfer pour une histoire de danse.

Les clichés des anges, du côté administratif adapté au paradis... c'est un peu trop vu et revu. Et puis, pas besoin de s'attarder si longtemps sur les anges qui aiment ou n'aiment pas le tango.

Il faudrait à mon avis développer ce que le tango peut avoir de passionné, de "bon" ou de "mauvais" pour justifier l'ensemble et également apporter du relief à ce texte qui en manque. Développer l'histoire de cette danse, son côté violent peut-être, son côté "démoniaque" !!! s'il existe !


Un texte un peu trop consensuel, finalement.

   LeopoldPartisan   
30/8/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
très amusant et distrayant. Cela glisse comme une danse parfaitement exécutée. Il n'y a ici ni grand message ni prise de tête et c'est tant mieux. Je me suis laissé promener par l'auteur et ses personnages tous on ne peut plus sympathiques. Alors ne boudons pas notre plaisir à cette lecture.

Bis

   Pimpette   
31/8/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très réussi!

Une histoire astucieuse et parfaitement bien menée dans un style bien net et sans bavure!
je me suis amusée comme une petite folle et je la garde pour mon mari!

De plus, ce texte m'a réconciliée avec le chapitre Fantastique/Merveilleux qui me rase souvent...je crois que c'est parce que le décalage avec la réalité est subtil...on peut imaginer qu'au paradis et en enfer de telles situations peuvent se produire...pourquoi pas?

   misumena   
31/8/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour, Palimpseste,

J'avais lu ce texte en EL, mais tardé à le commenter (voilà ce que c'est de lire à la pause...). Le soir même, il avait disparu.
Mon commentaire rejoint celui de Matcauth : c'est mignon, sans plus. Le thème est assez rebattu : il m'a toujours semblé qu'on devait s'ennuyer à cent sous de l'heure, au Paradis. Une publicité pour je ne sais plus quoi a repris l'idée récemment (on y retrouvait des diables et des anges festoyant ensemble dans une ambiance terrienne). Bref, pauvre Sylviel, il va mal finir, on le comprend dès les premières lignes. Peut-être même qu'il se mettra au flamenco.

Sur la forme, j'ai peu de choses à dire. Voici quelques remarques cependant :
"glissant sur les nuages plutôt qu'à y poser le pied." : la formulation est étrange ("plutôt qu'à") ;
"L'ange étrangle son partenaire d'un lien érotisé tiré d'un jeu de jambes ou de sa joue plaquée contre la sienne" : à mon avis, "érotisé" est en trop. La description est suffisamment suggestive.
"Sylviel est en présence du premier cafouillage des mécanismes divins : cet individu devrait se trouver en ce moment plongé dans un fleuve de lave, aiguillonné par les fourches des diables et livré aux sévices les plus douloureux, sans doute pour expier une longue vie de péchés et de turpitudes." : le "sans doute" est également en trop. C'est un fait, on ne finit pas en enfer pour avoir fait la charité sa vie durant.
A la fin : "Belzébuth", pas Berzébuth (faute de frappe !)
Bon, voilà, des bricoles dont nous pourrons reparler en mp.

Misumena

   brabant   
31/8/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Palimpseste,


L'humour ne se dément pas tout au court de cette merveilleuse nouvelle, légère à souhait, comme un nuage au paradis, sulfureuse aussi, comme un soupçon de tango en enfer.

Bravo !

   alvinabec   
1/9/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Palimpseste,
Bon, la chute, je l'attendais, mais elle m'a fait plaisir qd même. J'apprécie toujours vos histoires tant quand elles sont loufoques que tendres. Et là c'est le cas, un mariage réussi et sensuel en diable dans la deuxième partie du texte.
Le changement de sexe de Sylviel me paraît superflu et gêne un peu la lecture à mon sens.
Me rappelle une nouvelle de M. Aymé où les soudards morts à la guerre prenaient le pas sur les dévotes dans l'estime de St Pierre.
Pour ce qui est de la stylistique de la prose...euh, vous pourriez...
A vous lire!

   Pepito   
1/9/2012
Forme : impeccablement sautillante, comme d'habitude. Pas de faux pas, de contre temps ou de faute de rythme. Un vrai ballet.

Fond : alors là, haaa ... haaa ... haa, c'est vide, hide..., ide... ...de...

Mais bon, l'histoire a au moins le mérite de nous débarrasser d'un ange, toujours çà de pris.
Même s'il n'est pas très original, un texte agréable à lire.

Je ne désespère pas, Palimpseste, j'attends bien tranquillement ;=)

Pepito

   AntoineJ   
7/9/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
plaisanterie légère et bien écrite qui se lit gentiment ... un peu de mal à y croire et à m'intéresser à cet(te ?) ange frustré(e ?) et je trouve la ficelle de l'erreur un peu facile pour l'emporter vers l'enfert de sa passion ...
suggestions : y mettre de l'humour ? de l'autodérision ?

   Tankipass   
10/9/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Une histoire sympathique, un peu trop gentillette à mon goût. On voit venir la chute dés qu'arrive le damné, il y a d'ailleurs un petit air de déjà vu dans le thème "au paradis on se fait chier et en enfer on s'amuse", mais comme l'écriture est agréable ce n'est pas très grave...

Et puis j'aime bien les histoires d'anges, d'ailleurs Raphaël est le sain patron des voyageurs, c'est Gabriel qui est le messager, et puis ce sont des archanges... Désolé je suis très tatillon mais on m'a demandé de développer mes critiques...

   Palimpseste   
14/9/2012


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