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Horreur/Épouvante
Pascal31 : La part d'ombre
 Publié le 15/12/11  -  16 commentaires  -  10738 caractères  -  217 lectures    Autres textes du même auteur

Nous avons tous nos secrets…


La part d'ombre


Hélène se réveilla subitement en pleine nuit. Elle jeta un coup d’œil au réveil. Les chiffres 2 : 25 s’affichaient en vert luminescent. Elle avait entendu un bruit. Tout près. Dans la chambre. Elle toucha machinalement l’autre côté du lit, vide, et se souvint que Philippe participait à un séminaire à Londres. Elle se redressa, s’appuyant sur les coudes, et attendit que son cœur retrouvât un rythme normal. L’obscurité était totale. Comme le silence. À peine percevait-elle le ronronnement paisible et familier du chauffe-eau, installé dans le placard du couloir. Elle soupira, la bouche pâteuse, et se recoucha, les draps bien remontés au-dessus des épaules. Elle avait dû faire un mauvais rêve, comme cela arrivait fréquemment quand son mari était absent. Elle détestait dormir seule, avec tout ce qu’on entendait à la télé, tous ces…


Toc !


Un coup sourd. Frappé sur le mur d’en face. Elle se crispa sous les couvertures. Elle n’avait pas rêvé, finalement. Mais qu’est-ce qui pouvait provoquer un tel bruit ? On aurait dit quelqu’un qui tapait contre le mur avec la paume de la main. Impossible, bien sûr. Elle s’était barricadée chez elle, enfermée à double tour, et si elle n’avait pas craint de se trouver ridicule, elle aurait bloqué une chaise sous la poignée de la porte d’entrée. Malgré tout, elle savait qu’elle ne pourrait jamais se rendormir sans en avoir le cœur net. Elle s’assit dans le lit, ses jambes recroquevillées sous les couvertures, comme si un bout de tissu pouvait la protéger d’un éventuel agresseur. Prudemment, elle sortit un bras de sous les draps – aussitôt hérissé de chair de poule – et le tendit dans le noir, vers le petit meuble sur lequel se trouvait la lampe de chevet. Sa main cogna contre le bois vernis, repéra facilement le réveil numérique qu’elle avait offert à Philippe pour son dernier anniversaire, et continua à avancer pour atteindre la lampe. Elle tâtonna un peu partout, ses doigts glissant le long des rebords du meuble, d’abord lentement, avec minutie, puis de plus en plus vite, comme le rythme des battements de cœur qui lui martelaient la poitrine.


La lampe avait disparu. Ses doigts ne rencontraient que le vide à l’endroit où elle aurait dû normalement se situer. À l’endroit où elle était posée quelques heures auparavant. Hélène fut prise d’une bouffée de panique. Fébrilement, elle chercha à comprendre ce qui se passait : aurait-elle pu faire tomber la lampe pendant qu’elle dormait ? Sa chute l’avait peut-être réveillée ? Ces réflexions, bien que confuses, la rassuraient. Elle devait reprendre le contrôle d’elle-même, sinon elle finirait de nouveau à l’hôpital. Crises conversives d’agitation hystérique. Voilà comment le psy avait appelé ça, quand elle était adolescente, juste après l’agression. Elle avait été internée neuf mois et douze jours. La pire période de sa vie. Une expérience éprouvante dont elle ne voulait pas se souvenir. Elle devait donc garder la tête froide. Ne pas céder à cette peur irrationnelle et insidieuse qui lui mordillait tout le corps de ses dents acérées. Pour s’empêcher de se rappeler cette pénible époque, elle se motiva et glissa ses jambes hors du lit. Elle allait ramasser la lampe, ouvrir la lumière et constater que rien ne faisait du bruit : tout ça, c’était seulement son imagination décuplée par le stress de se retrouver seule en pleine nuit, dans cette grande maison.


Elle descendit du lit et s’accroupit à côté de la table de chevet, adossée au matelas. Sa main gauche continuait à s’accrocher aux draps tièdes, réconfortants. De la droite, elle commença à chercher la lampe sur le sol, les doigts effleurant la moquette autour du petit meuble. Elle toucha un objet qu’elle identifia sur-le-champ : un roman de poche. Probablement le James Herbert qu’elle avait achevé la veille. Une histoire de rats mangeurs d’homme. Un roman d’épouvante ! Et après, elle s’étonnait de faire des cauchemars ! Irritée par sa propre bêtise, elle se hasarda plus en avant dans la chambre, en avançant sur les genoux : elle finirait bien par trouver cette foutue lampe ! Tout à coup, sa main buta sur quelque chose de mou et froid. Avant qu’elle n’ait eu le temps de comprendre de quoi il s’agissait, la chose se retira dans un chuintement.


Surprise, Hélène bondit en arrière et cria ; un son bref, aigu, qui lui agressa les tympans. Elle se jeta sur le lit, saisit vivement les couvertures qu’elle remonta pêle-mêle jusqu’au menton, dans des mouvements maladroits et précipités. « Qui est là ? » murmura-t-elle, dans un souffle, d’une voix rauque qu’elle reconnut à peine. Silence. Pourtant, elle sentait une présence. Elle n’était pas seule dans la chambre. Son regard fut attiré par le seul élément visible dans les ténèbres : les chiffres verts. 2 : 32. Sept minutes ? Il ne s’était écoulé que sept minutes depuis son réveil ! Elle avait l’impression d’être réveillée depuis bien plus longtemps. 2 : 33 succédaient à 2 : 32 lorsque les chiffres luminescents se mirent à bouger. Un grattement sur la table de chevet… Les chiffres s’envolèrent !


Quelqu’un soulevait le réveil.


La jeune femme, interloquée, mâchoire crispée, roula sur le lit, chuta lourdement sur le sol et rampa vers la porte, sans plus se soucier du noir. Elle était passée en mode « instinctif » sans même s’en rendre compte. Elle ne put crier, cette fois, tant la frayeur lui coupait le souffle. Elle avançait dans l’obscurité, à quatre pattes, les sens aux aguets, haletant, horriblement consciente des pas qui frottaient sur la moquette, se rapprochaient, là, juste derrière elle ! Sa tête heurta le chambranle de la porte. Elle se redressa pour sortir ; ses yeux agrandis de terreur tentaient de distinguer la poignée dans cette oppressante noirceur. Déboussolée, elle fonça sur la commode, se cogna douloureusement, hagarde, cherchant juste à s’enfuir. Elle trouva enfin la porte, sa main se refermait sur la poignée lorsqu’un objet se fracassa sur le mur, à sa droite. Le réveil s’éparpilla en morceaux sur la moquette. Hélène s’immobilisa, tétanisée, tous les muscles contractés. Elle constata avec étonnement, dans un impitoyable instant de lucidité, que sa vessie l’avait lâchée : un jet d’urine tiède coulait entre ses jambes. Puis elle emplit ses poumons d’air et se mit à hurler.


Une main lui saisit les cheveux et plaqua son visage contre la porte. Les doigts s’enfoncèrent jusqu’aux racines et secouèrent sa tête, lui faisant heurter une fois, deux fois, puis une dernière fois le bois dur lambrissé. Son cri mourut aussitôt. À la place, elle pleura en silence. Des larmes acides roulèrent sur ses joues. Terrorisée et honteuse, elle se focalisait sur sa culotte souillée d’urine. Le souffle de son bourreau se mêlait au sien, indissociable.


Sa volonté vacilla et elle pensa, brièvement, à l’hôpital psychiatrique : les piqûres, les séances d’analyse, les groupes de parole, les médicaments, la camisole après chaque crise particulièrement violente. Ses souvenirs désordonnés firent un bond en arrière, plus lointain, plus profond, malgré elle, malgré la vague de panique qui menaçait de la noyer.


Elle ne voulait pas se souvenir de ça ! Surtout pas ! Mais les digues cédèrent et les images affluèrent d’un seul coup, avec une violence insoupçonnée…


L’établi de mon beau-père. Les outils méticuleusement rangés.

La chignole, le touret à meuler, le perforateur, la clé à fourche… Je les connais tous. Par cœur. Il ne m’a pas laissé le choix.

Je prends le marteau, bien sûr. Je sais que c’est lui qui fera le plus mal.

Je sors de sous l’appentis en courant. Le jardin, la niche, Jack qui aboie tout ce qu’il peut à mon passage, sa chaîne tendue au maximum.

C’est une chaude journée d’été ensoleillée. Ciel bleu, pas un nuage. Le patio, la cuisine. Elle est là, la tempête. À l’intérieur. Il gueule encore sur ma mère, ratatinée dans un coin. Sa voix gronde, les coups pleuvent. Maman encaisse l’orage sans broncher, comme toujours. Un fétu de paille pris dans une tornade.

Mais aujourd’hui, le sang a coulé. Aujourd’hui, j’ai vu maman recracher un long filet de bave rougeâtre. Lui, ça l’a excité davantage. Pour moi, c’est la goutte de trop.

Je m’approche de lui par derrière, bras levé, marteau tendu. Maman me lance un regard effaré. Mon beau-père s’en aperçoit, se retourne.

Ses yeux sombres me foudroient, me jaugent et s’écarquillent quand ils voient la détermination sur mon visage. Trop tard ! Le marteau plonge. Une fois. Deux fois. Puis une dernière fois contre son crâne dur.

Le sang gicle, m’éclabousse en gerbes violacées. Maman reste figée, interdite, la bouche ouverte, muette et maculée. Le marteau tombe lourdement sur le carrelage, à côté de mon beau-père qui s’affaisse, au ralenti.

Ses yeux sont vitreux, à présent, ils ne lanceront plus jamais d’éclairs. Mon cœur bat à tout rompre. Mes jambes tremblent et j’ai un goût cuivré dans la bouche. Bouffées de chaleur, sueurs. Un voile noir s’abat sur le monde.

Puis vient le silence. Enfin, le silence. À peine perturbé par les aboiements incessants de Jack, au loin.

Si loin…


La main qui empoignait ses cheveux relâcha un peu son étreinte. La douleur sourdait dans sa tête, lancinante. Doucement, très doucement, elle se retourna. Elle redoutait d’autres coups, elle craignait un nouveau bain de sang. Pourtant, en son for intérieur, elle savait que c’était terminé. Sa main libre trouva l’interrupteur. Elle alluma la lumière, cilla pour adapter ses yeux à l’éclat incandescent du plafonnier. Elle abaissa son poing gauche, l’ouvrit ; une touffe de cheveux arrachés atterrit à côté du cadavre désossé du réveil. Sur le lit, s’emmêlaient piteusement draps et oreillers. La lampe de chevet gisait dans un coin, inerte. Sous les pieds d’Hélène, une tache sombre auréolait la moquette. Rien d’autre ne détonnait dans la chambre vide.


Elle se frotta les yeux. Sa respiration retrouvait peu à peu un rythme normal et ses larmes séchaient sur sa figure pâle. La crise refluait. Les souvenirs s’estompaient comme un brouillard épais chassé par un soleil d’hiver.


Philippe rentra en début d’après-midi. Elle avait shampouiné la moquette et ramassé tous les débris de plastique, machinalement, sans chercher à comprendre comment s'était produit cet incident. Elle embrassa son mari, minauda comme une adolescente et le supplia de ne plus la laisser dormir seule, parce qu’elle faisait toujours d’atroces cauchemars quand il s’absentait. Il la serra tendrement dans ses bras et lui demanda si elle n’avait pas eu trop peur. Hélène était sur le point de répondre lorsqu’elle eut la vision terrible et fugace d’un marteau rouge sang. Elle frissonna et, pour enterrer à jamais cette image, se fendit d’un merveilleux sourire.


 
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   socque   
27/11/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
J'ai trouvé convaincante la montée de l'angoisse de la femme, ainsi que la révélation de la crise d'angoisse et la dissimulation sous une façade souriante le lendemain. Un texte efficace, oui... mais, comme l'héroïne de l'histoire, je me demande ce qui a provoqué au juste la crise. Il manque peut-être un élément d'explication.

   jaimme   
5/12/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Une très très bonne montée en puissance. Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un texte aussi efficace sur la montée de la peur. Une crise déclenchée par "Les rats' d'Herbert, je comprends très bien, c'est un des rares livres d'horreur qui m'a impressionné. Et par un simple événement: le réveil qui n'est pas à sa place. Oui, le déclenchement me paraît cohérent, Tout est cohérent et c'est rare.
S'il n'y avait qu'un seul passage à écrire à nouveau ce serait celui commençant par "La main qui empoignait ses cheveux relâcha un peu son étreinte.". La révélation est un moment très important et je trouve qu'il manque de force, surtout par rapport au reste.
Bravo, belle maîtrise.

   monlokiana   
5/12/2011
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel +
Fluide écriture, j'ai tout simplement adoré votre texte. L'écriture est simple, on sent bien cette progression dans l'histoire. Et la frayeur, ça a bien marché, tant du coté de hèlene que du coté de la lectrice que je suis. Bravo pour le coup de frayeur, je n'ai rien à dire. On sent bien qu'on lit de l'horreur épouvante. J'ai adoré la façon dont vous avez fait ce flash back sur son enfance. Là aussi, très court, très concis, bien écrit... Avec seulement quelques lignes, vous réussissez à installez une certaine émotion et même de la peine pour cette femme (que j'ai trouvé dérangée un peu non?)

L’établi de mon beau-père. Les outils méticuleusement rangés.
La chignole, le touret à meuler, le perforateur, la clé à fourche… Je les connais tous. Par cœur. Il ne m’a pas laissé le choix.
Je prends le marteau, bien sûr. Je sais que c’est lui qui fera le plus mal.
Je sors de sous l’appentis en courant. Le jardin, la niche, Jack qui aboie tout ce qu’il peut à mon passage, sa chaîne tendue au maximum.
C’est une chaude journée d’été ensoleillée. Ciel bleu, pas un nuage. Le patio, la cuisine. Elle est là, la tempête. À l’intérieur. Il gueule encore sur ma mère, ratatinée dans un coin. Sa voix gronde, les coups pleuvent. Maman encaisse l’orage sans broncher, comme toujours. Un fétu de paille pris dans une tornade.
Mais aujourd’hui, le sang a coulé. Aujourd’hui, j’ai vu maman recracher un long filet de bave rougeâtre. Lui, ça l’a excité davantage. Pour moi, c’est la goutte de trop.
Je m’approche de lui par derrière, bras levé, marteau tendu. Maman me lance un regard effaré. Mon beau-père s’en aperçoit, se retourne.
Ses yeux sombres me foudroient, me jaugent et s’écarquillent quand ils voient la détermination sur mon visage. Trop tard ! Le marteau plonge. Une fois. Deux fois. Puis une dernière fois contre son crâne dur.
Le sang gicle, m’éclabousse en gerbes violacées. Maman reste figée, interdite, la bouche ouverte, muette et maculée. Le marteau tombe lourdement sur le carrelage, à côté de mon beau-père qui s’affaisse, au ralenti.
Ses yeux sont vitreux, à présent, ils ne lanceront plus jamais d’éclairs. Mon cœur bat à tout rompre. Mes jambes tremblent et j’ai un goût cuivré dans la bouche. Bouffées de chaleur, sueurs. Un voile noir s’abat sur le monde.
Puis vient le silence. Enfin, le silence. À peine perturbé par les aboiements incessants de Jack, au loin.
Si loin…

Si je peux me permettre, c'est le passage le plus beau du texte. Le personnage est rès bien décrit et on se l'imagine facilement.
Qui est cette personne qui était dans sa chambre? Etait-ce réel ou était-ce encore son imagination débordante ? C'est le seul point que je n'ai pas compris.
Merci pour cette lecture. Votre écriture m'a beaucoup séduit dans sa simplicité.
Au plaisir de vous relire
Monlokiana

   Margone_Muse   
12/12/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
Bonjour,
C'est un texte bien écrit. J'ai essayé de me mettre dans les baskets d'Hélène pour "jouer le jeu", au début, et j'ai trouvé les premiers paragraphes soignés et réalistes sans les réactions, l'enchaînement des ressentis... C'était assez prenant, sans être angoissant, mais quand on sait comment il est difficile de créer une tension à l'écrit, c'était pas si mal, vous vous en sortez bien.
J'ai aimé qu'au final, son "ennemi" soit elle-même, c'est original. Après, pas sûre que si je relis, tout soit concordant (un peu dur à imag(in)er toute cette scène de violence), mais je préfère dix fois ça à un intrus qui se serait introduit dans la maison. Bon point de ce côté là.
Pour le souvenir, l'italique c'est bien mais j'ai été dérangée par la première personne du singulier. Ce n'est pas grand chose, mais bon...
Au final, je dirais que l'exercice est réussi. Ce n'est pas vraiment une histoire mais un instant d'angoisse dont on connait les causes qui est exposé. Il n'y en a ni trop ni pas assez, autant dans les mots que dans le nombre de signes.
Bravo et bonne continuation, dans ce genre ou dans un autre,
Margone_Muse

Ah si, quelques mauvaises surprises à la lecture : "ouvrir la lumière", par exemple, est assez moche quand même... :/ Il y a au moins une autre chose mais je ne la retrouve plus, désolée (je devrais noter au fur et à mesure).

   widjet   
22/12/2011
 a trouvé ce texte 
Faible
Voilà un exercice bien difficile que celui de susciter l’angoisse, la peur…

C’est bien d’avoir osé.

Certes, je n’ai pas été convaincu (j’avoue être un public exigent – surtout dans ce registre - donc ne pas tout prendre au pied de la lettre) car trop parasité par des « manquements » dans la forme qui nuisent au climax. Je m’en explique sinon je vais avoir droit à « un pan-pan cul-cul » en bonne et due forme.

Quelques remarques (d’importance très variable) que je te donne « en vrac » :

Premier paragraphe : un peu de « elle » fait ceci, « elle » fait cela. Ecrire le prénom (ou dire « la jeune femme ») de temps à autre eut été préférable.

Beaucoup de rajouts inutiles à mes yeux…

« Elle n’avait pas rêvé, finalement » (merci, c’est assez explicite sans cela)

« Elle avait l’impression d’être réveillée depuis bien plus longtemps » (idem, la phrase précédente sous entend cela)

« Elle n’était pas seule dans la chambre » (Pareil. On avait pigé)

… qui en plus de ne rien apporter au récit, mâchonnent un peu le travail du lecteur et l’empêchent de s’immerger dans l’ambiance en le faisant participer lui-même à l’intrigue

« Mais qu’est-ce qui pouvait provoquer un tel bruit ? » aurait-elle pu faire tomber la lampe pendant qu’elle dormait ? Sa chute l’avait peut-être réveillée »

De façon générale, je ne suis pas fan des abondances de questions qui « infantilisent » bien souvent ou du moins sous estime le potentiel ou la capacité du lecteur à raisonner. Ah, un aspect important autant que difficile a retranscrire par l’écrit. Le bruitage. En effet, le « toc » n’est a mon sens pas franchement un bruit « sourd » mais plutôt creux. De plus, un « toc » n’est pas franchement inquiétant alors qu’un « boum » par exemple. Enfin, question d’appréciation et d’oreille, peut-être. Je sais qu’il est compliqué de sonoriser un texte, mais ici ce « toc » ne me semble pas adapté.

Coté style, c’est assez plan-plan, trop sage, quoi, trop en surface, trop explicatif à l’image de ce « donc » dans « Elle devait donc garder la tête froide » ou le bizarre « était passée en mode « instinctif » sans même s’en rendre compte » (le « sans s’en rendre compte » est inutile car généralement ce qui relève de l’instinct n’est pas analysé, il n’y a pas de lucidité ou de calcul, on les fait sans se poser la question). En d’autres termes, dans la forme, tu ne sors jamais véritablement des sentiers (re)battus comme si tu craignais de prendre des risques ou une certaine liberté pour créer une ambiance. Jamais tu ne te démarques (je parle toujours du style) de ce qu’on a l’habitude lire.

Encore un bricolo : « Rien d’autre ne détonnait dans la chambre vide » . Tu peux trouver un autre verbe que celui là, je pense.

Le « Je » de la partie en italique désarçonne un peu.

Voilà, tu en fais ce que tu veux.

Ce n’est pas un mauvais texte, non (je l’ai lu d’une traite) et tu distilles tout de même ton suspense, c'est juste ultra convenu et sans grande originalité sur la forme.

Bref, tu as été trop frileux (ce n’est pas un reproche, mais plus un regret). Qu'on secomprenne bien, le thriller en tant que tel c'est à dire dans son intrigue, n’a pas besoin d’être forcément original ou de se réinventer, mais en revanche, le traitement lui, doit donner la sensation au lecteur que si commune peut être l’histoire, celle-ci lui semble tout de même nouvelle car sublimé par un style innovant. Ici, ce n’est pas le cas, je regrette de le dire.

Sans vouloir t’offenser, ton texte n’est même pas "classique" (car à mes yeux faire du « classique » c’est plutôt une qualité), mais académique, il suit sagement des textes identiques mais sans saveur véritable. Pardon, mais il me donne l'impression qu'ilpeut-être écrit par n'importe qui tant il me semble impersonnel (encore une fois, je ne parle pas des efforts consentis et de la sincérité, mais bien de l'écriture). Peu d'images creatives, peu ou pas de fulgurances etc...

Mais, je le sais (pour m'être assez vautré) ce n’est pas simple tout ça ! Donc, une dernière fois, ne prends que ce qui te convient et désolé pour mes formulations un peu "brut de fonderie" mais c'est vraiment le genre (thriller) qui me tient à coeur.

Bon courage

W.

PS : je voulais commenter ce texte pour me faire pardonner de ne pas avoir (encore) lu "le cri des mouches" alors que j'avais promis de le faire. Je ne suis pas certain de m'y être bien pris pour être pardonné, moi...

   Morfale   
16/12/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
Même si l'intrigue est justifiée par le fait que le personnage souffre d'un lourd traumatisme, le lecteur ne peut que s'identifier à lui (ou plutôt "elle") étant donné qu'il a forcément déjà vécu ce genre de situation (panique irrationnelle déclenchée par le moindre bruit quand on est seul la nuit). On est tous "obligés" de ressentir de la compassion pour cette femme, ce qui rend donc l'histoire un peu facile. Du coup, effectivement, heureusement que tout se passe dans sa tête et qu'il ne s'agit pas d'un vrai "voleur" (le texte garde ainsi tout son intérêt).
Pour ce qui est de l'écriture, c'est bien sûr très réussi puisqu'il n'y a rien de mieux, pour un récit d'épouvante, qu'un rythme rapide entretenu par des phrases courtes et précises. Mais là encore, rien d'exceptionnel, l'auteur n'a pas fait de folies, pas pris trop de risques, ce qui donne un récit tout à fait correct, mais pas vraiment marquant. Cela dit, on sent bien que cela ne faisait pas partie de ses intentions : il a voulu créer du suspens et de la tension en quelques lignes, ce qui a parfaitement fonctionné. Il n'y a donc pas grand chose à reprocher à ce texte.

En gros, je dirai donc qu'il s'agit d'un récit sans grande ambition, mais surtout sans prétention, qui parvient à susciter (en dépit de sa simplicité) toutes les émotions qu'un lecteur pourrait venir chercher dans la catégorie "Horreur/Epouvante".
Alors bravo !

(Et le titre est très bien, finalement.)

   Melilot   
17/12/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
Le début est très intéressant mais, comme souvent, il est difficile, pour l'auteur, de tenir la distance et la fin annule en partie les efforts du début.
Ça me fait penser à ces histoires qui tiennent le lecteur en haleine, lequel apprend un peu plus loin qu'il s'agissait d'un rêve. On est à peu près dans le même cas de figure.
J'aurais préféré de beaucoup la relation d'une vraie agression.

   caillouq   
18/12/2011
Tout le monde, certainement, peut retrouver du déjà-vu dans la peinture de cette terreur nocturne, écrite au couteau. En particulier lorsque l'héroïne cherche sa lampe dans le noir ... Mais vu la catégorie, j'aurais préféré que le texte aille plus loin, que la terreur débouche sur une scène bien gore que je n'aurais pas pu imaginer, et que l'auteur ne se contente pas d'un banal :-) dédoublement de personnalité. Là, je suis un peu resté sur ma faim ...

   matcauth   
19/12/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
bizarrement, j'ai trouvé la première partie du texte un peu ennuyante, comme si je ne parvenais pas à m'identifier au personnage, à l'histoire. Et puis, en deuxième partie, ça me semble mieux écrit comme si tu maitrisais mieux ton histoire, ta plume, ta confiance. Moins d'expressions éculées, plus d'émotion. On a l'impression que le début et la fin n'ont pas été écrit avec la même humeur, la même envie. Et, donc j'ai vraiment bien aimé la fin du texte, j'en aurais presque redemandé.

A vous relire

   Marite   
2/1/2012
 a trouvé ce texte 
Bien
J'avais déjà lu ce texte sans éprouver le besoin de commenter. En fait je n'ai ressenti aucune horreur, aucune épouvante, ni la première fois ni maintenant. L'écriture est certes bonne et se fait oublier au profit de l'histoire elle-même.
La première partie, le cauchemar, m'apparaît plutôt construite alors que la partie en italique me semble avoir été réellement vécue.
L'inquiétude que je ressens c'est plutôt à la fin du récit avec la capacité de dissimulation du personnage d'Hélène vis-à-vis de Philippe. A-t-il la moindre idée de ce qui se cache aux tréfonds de l'esprit de son épouse ? Je ne pense pas et c'est là que je commence à avoir peur ... pour une suite que peut-être l'auteur écrira ???

   LeopoldPartisan   
9/2/2012
 a trouvé ce texte 
Moyen
Je trouve le synopsis convainquant avec quand même de ci de là quelques réexamens nécessaires et explications supplémentaires pour donner plus de corps à l'histoire, plus de vérité aussi.

Pour le style, je suis beaucoup moins convaincu. C'est presque trop décrit, il faudrait me semble t'il, vraiment le retravailler, comme maitre W le suggère.

Mais vraiment le jeu en vaut la chandelle.

   MonsieurF   
11/2/2012
 a trouvé ce texte 
Faible +
Écrire un récit d'épouvante, puisqu'il s'agit ici plus d'épouvante que d'horreur, est un travail complexe parce qu'il faut suggérer au lecteur, sans trop le prendre par la main et lui dire: "Regarde là il faut avoir peur."

Malheureusement ce récit, même si l'écriture est assez fluide, n'échappe pas à ce "guidage" et ça le rend très moyen.

"aurait-elle pu faire tomber la lampe pendant qu’elle dormait ? " : pourquoi nous poser la question ? Ce n'est pas nécessaire, à nous de voir si oui ou non la lampe est ailleurs.

"Elle avait l’impression d’être réveillée depuis bien plus longtemps." il ne me parait pas utile d'insister ici aussi.

Et ça se poursuit tout au long du texte, ce qui a pour effet de ne plus laisser aucune liberté au lecteur que je suis, qui se sent donc prisonnier de votre narration.

En conséquence de quoi je me suis dit qu'il suffisait d'aller à la fin pour connaitre celle-ci, sans fournir le moindre effort d'imagination. C'est décevant.

Par ailleurs, vous abusez des adverbes; dans le premier paragraphe par exemple il y a : "subitement, machinalement, fréquemment". Je trouve que c'est trop, mais il faut dire que je n'aime pas cet artifice littéraire.

Finalement je suis assez déçu par ce texte.

   Haruka   
7/3/2012
 a trouvé ce texte 
Bien +
Pour moi, l'auteur a bien retranscrit la montée d'angoisse de l'héroïne. Le style est fluide et agréable et les deux premiers paragraphes permettent de s'identifier au personnage. Un personnage bien sombre, d'ailleurs. Tellement hantée par son passé que la violence l'attaque jusque dans ses rêves. Sur le coup, cela m'a fait penser à une histoire que j'avais entendu autrefois où un jeune garçon avait tué ses parents dans son sommeil (il était parasomniaque). Cela m'a paru d'autant plus effrayant. Donc on peut dire que le thème est respecté!
Bonne continuation

   Jagger   
7/3/2012
 a trouvé ce texte 
Très bien -
J'ai été tenu en haleine tout le long! Le rythme est remarquable est s'accorde parfaitement avec le style du récit.

Le concept est assez simple, une présence dans l'ombre, mais diablement efficace et probablement une peur que nous partageons tous. Qui plus est, elle est joliment utilisée ici.

Les réactions du personnage sont tout à fait convaincantes et très proche de ce que je pourrais ressentir et faire (sauf pour l'urine, je m'en passerai ;-)).

Un seul regret, il m'a manqué un sommet pour atteindre le paroxysme du récit. Cependant, je trouve la fin réussie.

Bravo

   jeanmarcel   
8/3/2012
 a trouvé ce texte 
Bien
J’ai trouvé le récit bien structuré, avec une solide charpente.
Le suspens est distillé de manière un peu classique, surtout quand le lecteur est habitué à lire des romans d’horreur, mais le savoir faire de l’auteur est indéniable.
Les phrases-souvenirs viennent à point pour relancer l’intérêt de l’histoire qui commençait à faiblir, le procédé est habile et très efficace.
J’avais compris depuis longtemps que la femme était seule et pourtant je suis allé au bout pour avoir l’explication, c’est la marque d’une nouvelle réussie.
Pour ma part je trouve que l’utilisation du passé simple alourdit un peu l’ensemble, en particulier les scènes mobiles (Elle se hasarda plus en avant dans la chambre…la chose se retira dans un chuintement…roula sur le lit, chuta lourdement et rampa vers la porte), c’est un temps qui favorise la description plus que l’action, mais c’est un choix qui se respecte.
Un texte divertissant, agréable à lire.

   Ninjavert   
23/4/2012
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Moyennement convaincu, je dois reconnaître. Y a de bonnes choses, dans le fond, mais finalement pas mal de petites erreurs ici ou là qui gâchent un peu l'ensemble.

J'ai beaucoup aimé certains aspects de l'angoisse d'Hélène. Les petits détails insolites, la lampe de chevet disparue, le réveil qui bouge "tout seul", l'impression d'avoir entendu un bruit qui la réveille... tout comme son comportement, dans lequel j'ai retrouvé plein de petits détails crédibles (la sensation -absurde- de protection des draps, le fait de rester collée au lit et de chercher la lampe à tâtons, etc.)

Il y a dans cette progression quelque chose d'intéressant, d'oppressant, et de plutôt bien géré :)

Mais malheureusement, j'ai buté tout du long sur pas mal de petits détails qui rompaient cette ambiance. Des maladresses pour la plupart, rien de méchant, mais au final cette sensation désagréable de trébucher sur un pli du tapis.

Widjet a cité pas mal de chipouilles (dans la forme) comme ça, je n'y reviens pas mais c'est de cet ordre là.

Autre chose, on est à la croisée des chemins entre le fantastique et le "simplement inquiétant". Le truc mou et froid qui se sauve, le réveil que quelqu'un lève... C'est un mélange intéressant, mais pour autant j'ai eu du mal à me représenter qu'on puisse -même dans cet état de crise- être à la fois acteur et spectateur d'une action.

Qu'Hélène soit confrontée à une situation, et ne se souvienne pas qu'elle en est responsable, ça m'allait très bien (ex : la lampe disparue, qu'elle retrouve finalement cassée dans un coin, et s'en étonne, persuadée que "quelqu'un d'autre l'avait fait" alors que c''est elle, ok c'est très bien.) A l'inverse, j'ai eu du mal à visualiser (à posteriori) le fait qu'elle se "voit" soulever le réveil et le jeter contre le mur.

C'est peut être médicalement possible (pas vérifié j'avoue) mais j'aurai plus vu une sorte de "black out" dont elle sort en voyant que le réveil est cassé, et en déduit que quelqu'un l'a fait.

Je chipote et ça aurait peut être nui au "direct" de l'action, mais ça m'aurait paru plus crédible, arrivé à la fin.

Même chose pour la main qui lui attrape les cheveux et lui cogne le visage contre la porte. Là encore, c'est peut être possible ce type d'hallucinations et d'auto-violence, mais ça ne m'a pas convaincu. Qu'elle se prenne le pied dans le tapis et se fracasse contre la porte (par exemple), et s'imagine que c'est une main qui lui a saisi la cheville pour la faire trébucher (ou autre artifice en ce genre) m'eût semblé plus "logique". (Ou garder la même idée, mais la faire juste un peu plus suggestive : qu'elle tombe ou trébuche, puis sente les coups pleuvoir, mais tout ça de manière moins claire, moins explicite)

La logique n'a pas (forcément) sa place en épouvante, mais là pour le coup on n'y est pas vraiment : ta fin se veut rationnelle et il m'a manqué un peu de cohérence / crédibilité dans ce rationnel.

Aussi un peu de mal à croire que le simple retour de la lumière suffise à faire passer la crise. Son traumatisme n'a rien de lié à l'obscurité, et vu la violence et l'intensité de la crise, on aurait pu s'attendre à ce qu'elle dure encore un instant, (une fuite, peut être, l'impression d'être poursuivie, etc. avant de reprendre ses esprits pour de bon)

Mais là encore, c'est peut être médicalement crédible, j'ai juste eu du mal à appréhender l'ensemble de ces éléments.

Un détail quand même concernant le truc "mou et froid" : c'est le seul élément qui ne trouve pas d'explication. La lumière revenue, on comprend la lampe, le réveil, la main de l'agresseur (la sienne)... mais rien sur ce "truc mou et froid qui chuinte". Un peu frustrant aussi, pour une histoire qui se veut au final parfaitement crédible, sans élément surnaturel.

La fin est sympathique, mais là aussi je suis un peu resté sur ma faim (sans jeu de mot ^^). On suppose que Philippe n'est pas au courant de son passé, et qu'elle ne veut pas qu'il le soit. La fin est bien coupée en ce sens où elle ne parle que d'un cauchemar.... pour autant, on peut se demander en toute logique ce que Philippe va dire de la lampe (qu'on suppose cassée, même si seul l'adjectif "inerte" est donné), du réveil (pulvérisé, lui, sans doute aucun), sans compter qu'elle est chanceuse de se fracasser la tête (on suppose violemment) sur une porte en bois et de s'en tirer sans le moindre bleu, la moindre écorchure visible (saisie par les cheveux, il serait logique que les coups aient porté au front ou au visage... et laissé un minimum de marques)

Là encore, ce ne sont que des chipouilles, mais le texte n'est pas long et le moindre détail bancal prend une importance d'autant plus grande.

L'écriture est globalement maîtrisée, on entre bien dans l'action, c'est visuel, précis, et agréable à lire. Quelques maladresses ici ou là, quelques adjectifs pas toujours les plus heureux, mais rien de bien dérangeant à ce niveau là.

La construction elle, est bien fichue. L'intensité qui va crescendo, jusqu'au Flashback et au retour du mari. Rien à dire là dessus.

Voilà voilà. Beaucoup de chipouilles, donc, mais une histoire malgré tout bien sympathique, que j'ai parcourue avec plaisir.

Merci pour cette nuit angoissante, Pascal, tout le début m'a vraiment fait me prendre au jeu :)

Ninj'


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