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Réalisme/Historique
pierre : Independence day
 Publié le 17/06/12  -  6 commentaires  -  18184 caractères  -  52 lectures    Autres textes du même auteur

Quelques jours d'une petite vieille.


Independence day


Elle ne voulait plus aller chez BIDEUL, le discount du quartier. Elle reconnaissait volontiers que les prix y étaient moins chers qu’ailleurs, et que les produits n’étaient pas si mauvais qu’on le prétendait… mais elle ne voulait plus y aller. Son jeune couple de voisins, et madame Legrand aussi, celle qui laisse un œil derrière la fenêtre, espérant la voir, dans le seul but de la harponner pour exister un peu, (blablas interminables et sans intérêt, si ce n’est que d’exister…) eh bien ils lui ont dit ! "On peut facilement faire vingt euros d’économie sur un chariot de courses !"

Oui mais voilà… qu’est-ce qu’elle avait bien à faire d’un chariot tout entier ? alors qu’elle est à pied, accompagnée de deux bras fatigués, et d’un cœur qui bat encore, mais pour combien de temps ? De plus, elle est plutôt du genre à passer le pain rassis au four, histoire de croire à une nouvelle fraîcheur, et un pot de confiture s’étale chez elle sur deux semaines. "Et deux semaines à mon âge… c’est une sacrée tranche d’avenir !"

Non non ! chez BIDEUL, on vous pousse, on vous expulse à la sortie. Ah… je n’dis pas… on n’est pas abruti par les brailleries de la musique, vu qu’il n’y en a pas ! C’est vrai… on peut faire ses courses tranquillement, dans une ambiance "Pays de l’Est"… et moi qui n’ai jamais voyagé, sauf une fois après la guerre au Luxembourg, pour le mariage d’une cousine, eh bien, je suis sûre que c’est un peu comme ça là-bas, dans les Pays de l’Est. Et puis une fois à la caisse il faut s’accrocher ! On a presque l’impression de faire partie du personnel ; et vas-y que j’te pousse, et que j’t’en fourre à droite et par-dessus, par-dessus encore, et puis à gauche… Elle lui a pourtant dit à plusieurs reprises, à la jeune percée et décolorée, d’aller un peu moins vite, parce qu’elle avait du mal à suivre pour tout bien empiler dans son cabas, mais bon… à part des sourires vides de vérité… Elle n’entendait que le scanner avaler les codes-barres, à la manière d’un métronome réglé sur cinquante, Tut ! Tut ! Tut !… Elle n’avait jamais rien obtenu, elle n’était jamais écoutée, à peine entendue. Et les p’tits scouts ou les minimes du club de foot ? où étaient-ils dans ces moments-là ? De toute façon elle n’aurait pas voulu… Enfin elle sortait de là, avec un sac trop lourd et l’impression d’avoir couru un cent mètres, d’avoir été gênante et de passer pour une vieille râleuse. Je ne suis pas une râleuse ! Seulement je ne suis pas encore morte… et ça… faudrait peut-être bien vouloir le comprendre. Alors BIDEUL… fini ! Elle n’y mettrait plus les pieds ! Ou alors juste pour un article, un jus de fruit qui viendrait à manquer ou une barquette de beurre allégé… juste le temps d’un… Tut ! Mais pour les courses de la semaine… c’est décidé, elle reprendrait le bus.


***


Il y a encore des gens qui se lèvent pour laisser leur place aux anciens ; c’est gentil d’accord… mais c’est surtout du bon sens ! Alors tant pis… elle ne choisirait pas. Elle aurait préféré être du côté de la fenêtre… mais comme ce n’est pas ce grand nigaud… Merci madame !… avec son casque sur les oreilles et le front collé à la vitre qui s’est dérangé… tant pis, elle s’accommoderait. Elle sent la vieille, il sent l’Hugo Boss. Elle soupire et sourit, il ne tourne pas la tête, peut-être ne s’est-il même pas aperçu qu’il venait de changer de cavalière ? Certains chauffeurs lui laissent même le temps de s’asseoir, et les voilà récompensés d’un "Merci" et du sentiment d’avoir fait quelque chose de "bon sens", et de gentil aussi. Peut-être étaient-ils autrefois scouts, ou minimes dans un club de foot ?


***


Elle regarde tout le monde mais ça ne dérange personne, c’est sans insistance, sans malveillance. D’un coup, elle s’aperçoit qu’il lui faudra au retour sortir la boîte à couture ; un bouton du manteau, le dernier tout en bas, celui qu’elle ne fait jamais en raison de ses manques de souplesse et d’équilibre, semblait avoir terminé un saut en élastique, attendant qu’on le décroche ou qu’on le remonte. Une dame est restée debout, dans l’interdiction, à côté du chauffeur qu’il ne faut pas déranger, mais ça ne le dérange pas. Ils discutent, ils se connaissent. On les entend à peine parce que deux Africaines les doublent à voix haute, à voix débridée, sans contrainte, comme seules savent le faire les Africaines ; et ça rigole, et ça fait des gros yeux, et des gestes avec la main, celle qui est libre et qui ne sert à rien, juste à parler. On ne les regarde que de temps à autre, mais on aimerait bien comprendre, et la langue, et le style, et rire un bon coup, puis descendre avec elles pour manger dans le même plat, entre les cafards et les gosses qui sautent partout. Les Africaines quand elles sont deux, ça va toujours… pourtant elles ont bien l’excision, les fins de mois difficiles et le mal du pays… Durant le trajet elle tentera, mais en vain, de récupérer son bouton, sous le regard amusé du gros monsieur qui fait semblant de s’imprégner du journal. Le grand nigaud décolle le front de la vitre en y laissant un rond de buée et se lève d’un coup pour s’approcher des portes de sortie. Elle, elle attendra que le bus soit complètement arrêté pour envisager la descente. Déjà se lever… ensuite on verra ! Les portes s’ouvrent, la rue avale le nigaud ; et un, et deux… et la voilà debout… puis elle atteint les marches, entreprend de les descendre, quand les deux Africaines, sans répétition, en une synchro parfaite, entonnent à l’attention du chauffeur un "attendez monsieur !" Ça ne le dérange pas non plus, au contraire ça le réveille, il rouvre les portes, dépose son paquet. Concentrée, sur le trottoir, parmi les passants qui s’évaporent, elle arrange son écharpe et tente à nouveau d’arracher ce bouton… mais en vain.


***


Les Pays de l’Est c’était bien pour ça… (sortant de la sono, fort) : "Allez n’hésitez pas une seconde messieurs-dames ! Pour deux saucisses sèches achetées, la troisième vous est généreusement offerte par votre supermarché ! Alors rejoignez-nous en tête de notre rayon charcuterie !!…" C’est notre supermarché, mais c’est leur rayon charcuterie, leur générosité et notre connerie qui font toujours de bonnes affaires. Ici on ne ressent pas la crise. C’est une chorégraphie contemporaine, un ballet de nanas en R.T.T. ou en congé parental, car bien sûr elles travaillent, d’ailleurs elles sont infirmières, instits ou secrétaires de direction. Les autres, elles sont chez BIDEUL. C’est un ballet de jeunesse, à situation et maris technico-commerciaux. Même si le prix de l’essence les pousse à préférer le coca de base au coca bio, avec des bulles gorgées de tradition et de respect de l’environnement, pour la viande et les légumes, leur choix s’abattra sans chipoter sur des producteurs locaux qui sourient sur l’étiquette et vivent en parfaite harmonie avec la nature. Tout en remettant derrière l’oreille une mèche de cheveux qui les gêne, bien dans leur peau qu’elles ont changée le week-end dernier chez ESPRIT, CAMAIEU ou ETAM, elles tiennent à préciser que le "coca de base", c’est quand même pas la sous-marque, Budget plus ou Vie meilleure, elles ne vont pas jusque-là… coca de base… la valeur sûre… celui qui évoque les "States". Non, on ne ressent pas la crise ici… de plus les chariots ou les petits paniers en plastique, rouges avec une anse noire, sont tous les mêmes et pour tout le monde. Oh bien sûr il y a toujours des rebelles, comme les "biololos" par exemple, qui veulent de l’authentique et qui militent en promenant leur panier en osier, mais pas made in China, p’t’être même pas made in manouche, plutôt made in "Musée des vieux métiers" à vingt bornes de là en pleine cambrousse.

Il y a aussi les petites vieilles… avec leur cabas.


***


Elle ne leur demande pas de sourire à tous ces bocaux de sauce tomate, elle veut simplement s’y retrouver. Certains se mettent un peu en avant pour se faire remarquer. Bolognaise, Napolitaine, au basilic, aux cèpes, au pur bœuf… "… Trois saucisses pour le prix de deux ! Trois saucisses pour Le Prix De Deux !!…" D’accord, d’accord… en tête de leur rayon charcuterie, dans notre supermarché !


***


Tiens ! la caissière a dû faire un stage de formation chez BIDEUL. Son métronome doit être réglé sur quarante-cinq, mais tout de même… on n’est pas loin du cinquante ! Elle ne dit plus rien parce qu’elle pense que le sourire sera presque aussi vide de vérité, alors elle empile dans son cabas. Puis elle s’octroie dix secondes pour mettre la main sur la carte de fidélité du magasin, le temps d’un sourire complice, entre la caissière et la jeunesse de derrière, qui attendent toutes deux qu’elle passe à l’action. Tiens ! Elle aurait pu lui demander de scanner un peu plus lentement alors…

"Non, ça c’est encore la carte bleue." Bon, ben tant pis, elle vérifiera une fois à la maison, t’avais qu’à être fidèle ma vieille ! puis elle se discipline :

"Insérer carte – code ? – code bon – patientez – paiement accepté – merci." Juste avant de partir elle reçoit un vrai sourire qui lui souhaite une bonne journée. Elle sort de là, avec la certitude de ne pas être une râleuse… et ça lui procure l’envie de vivre encore un petit moment.


***


Au retour, le bus la laissa de l’autre côté de la rue. Toute chargée de fatigue, d’un cabas plein et d’endroits probables où elle aurait pu fourrer la carte de fidélité. Elle se sentait prête à traverser. Oh bien sûr, dans le passage protégé. Tout en faisant attention de saisir le bon moment… parce que malgré les bandes blanches et le code de la route, c’était là, précisément, que madame Levasseur s’était fait renverser par un étourdi. Le trottoir d’en face avait un goût de terre promise même si sa chaussure droite la blessait un peu. (Penser prendre rendez-vous pédicure.) Allez ! encore quelques minutes à marcher dans ce Canaan, et elle pourra s’asseoir, déballer, ranger, mais seulement après quelques minutes interminables imposées par madame Legrand. "Je vous ai vue sortir avec votre cabas ce matin… vous êtes allée chez BIDEUL ?" Les chats qui font partout dans ses parterres de fleurs. "Ah booon, vous n’allez plus chez BIDEUL !" Tout en marchant elle s’entraînait : "Ne pas perdre la tête ma fille !" "Si je suis allée au club il y a deux jours… donc le club c’est le mardi… mercredi, jeudi ! nous sommes jeudi." Le test réussi, elle avance doucement fouillant dans ses placards pour mettre en valeur le reliquat des dernières courses. Il ne faut pas gâcher, et puis comme elle est bien… lui vint une idée lumineuse et revigorante : elle se versera un doigt de porto pour fêter l’événement… son divorce d’avec BIDEUL… et la partie adverse n’était pas commode : madame Legrand, ses petits voisins, son âge…

Brusquement, une paire de "Mephisto" l’arrête. Du coup elle rebouche le porto et refait surface.


– Vous permettez madame ?


Sans attendre qu’elle le lui permette – d’ailleurs quand on aborde les gens comme ça, on ne les laisse jamais répondre – il s’inclina précautionneusement, les mains tremblantes mais déterminées et décrocha gentiment le bouton qu’elle avait oublié.


– Vous risquiez de le perdre… Mais j’ai l’œil… Quand j’étais en activité, j’étais opticien, alors question d’yeux, j’en connais un rayon.


Cela faisait au moins trois cent fois qu’il plaçait ce bon mot, se procurant toujours autant de plaisir et se sentant toujours aussi drôle. Elle n’avait pas pu faire autrement que de le remercier à grands coups d’émerveillement. On aurait pu croire que ce bouton était toute sa vie. Du coup, lui, il se repassait le triple salto arrière qu’il venait de faire, juste avant de lui déposer ce trésor dans la main, celle qui était libre de cabas. Elle ne s’était pas sentie agressée… ça ne sentait pas le "mémé jacking".


***


Il portait sa gourmette, sur laquelle il est écrit "Jean-Michel", bien lisible. Bien visible. Quand elle téléphonait aux Taxis du centre, elle réclamait toujours Jean-Michel. Il était gentil, marié, il avait deux enfants. Elle n’en savait pas plus et c’était juste le prénom qui évoquait son fils. Autrement, ils n’avaient rien en commun. Le sien de Jean-Michel était parti trop tôt en 1973, dans un virage sur la route de Clermont. Il avait vingt ans. Le virage refaisait parler de lui de temps à autre, alors elle gardait les articles et rangeait les victimes dans un album photo à côté de Jean-Michel. Les premières années, la douleur était restée forte, les angoisses ne la quittèrent pas comme quand on habite un endroit que l’on déteste mais qu’on ne peut quitter pour diverses raisons. Elle aurait pu sombrer dans la folie, ou voler au destin par le suicide ce qu’elle n’aurait pas voulu lui laisser : sa personne, mais elle avait laissé faire le temps comme font les vagues sur les dessins dans le sable… Juste un souvenir. Elle n’avait pas eu de fille mais c’était pourtant Sylvie qu’elle réclamait tous les mois pour sa permanente, parce qu’elle était jolie et qu’elle comprenait tout ; sa vieillesse qui courait plus vite que sa jeunesse, les enfants morts dans un virage, les raisons pour lesquelles on ne veut plus aller chez BIDEUL et tout le reste…


***


Pas pour tout le monde, mais pour elle, il baissait toujours le volume de la radio. "Rires et chansons." L’essentiel. Du rire et des chansons. Ce genre d’endroit où l’on peut rire de tout ce qui fait tant pleurer d’autres. "Il est parti trop vite dans un virage… L’emmerdant c’est pour son permis… Oh remarquez là où il est il n’en a plus bien besoin, et puis les cercueils une fois que c’est stationné, on les bouge pas facilement…" Rires gras.


– Bonjour madame Cossonges.


En voyant arriver le taxi, madame Legrand venait de trouver la seule bonne raison de se taire et de retourner à ses crottes de chat.


– Bonjour Jean-Michel ! Vous êtes toujours à l’heure.

– Ah, c’est normal et comme j’dis toujours ou bien on est taxi ou on fait autre chose… Allez, installez-vous. Je ne suis pas devin, mais je peux vous dire que je ne vous emmène pas chez la coiffeuse, pas chez le docteur ni chez le dentiste…


Elle faisait toujours appel aux Taxis du centre pour ses rendez-vous. C’était plus confortable, elle n’avait pas à marcher, pas à transpirer, pas à s’inquiéter. À l’heure. C’est-à-dire toujours un peu en avance.


– Rue Georges Clemenceau… Je ne me souviens pas vous avoir déjà emmenée là-bas…


Il ne cherchait rien à savoir, juste souligner un soupçon de vie en commun. Elle ne voulait pas en dire plus et gardait en elle-même la raison du pourquoi. Elle se sentait comme une poule qui couve et que l’on dérange, rien qu’en ouvrant la porte du poulailler. Sans même aller fouiller sous ses plumes. Il ne fouilla pas mais il sentait bien qu’il y avait un œuf. Il referma la porte du poulailler.


– Ça fait du bien ce soleil…


Et voilà, c’était parti pour un chapelet de banalités qu’elle s’efforçait d’écouter un minimum, pour pouvoir y répondre un peu. Sa tête était ailleurs, partagée entre les derniers jours passés et les heures qui venaient. Elle se consultait encore pour savoir si cela avait été bien raisonnable d’accepter l’invitation. Après tout, même s’il semblait très bien, elle ne le connaissait pas. Pourtant elle ne ressentait rien de malhonnête, pas plus dans sa personne que dans cette tentative de meurtre. Tuer la solitude, c’était forcément une affaire "d’association de bienfaiteurs ". Mais est-ce que cela se faisait ? Était-ce bien séant ? Lorsqu’il lui avait déposé "toute sa vie" dans la main (celle qui était libre de cabas) une conversation et un bout de chemin ensemble avaient vu jour. Bien que ni l’un ni l’autre n’étaient vraiment dans la nuit, ajouter du jour au jour, c’est profiter d’un soleil imprévu. Et puis elle n’avait de compte à rendre à personne, et désirait juste sourire en compagnie. Peut-être une main posée sur la sienne. Ça fait du bien une main posée sur une autre. De cette prise de thé en tête-à-tête, elle attendait "presque beaucoup", mais s’interdisait de se projeter. Toutefois, comme elle manquait de fermeté dans son interdiction, elle se projetait un peu, rien qu’un peu, pour soutenir son choix. De retour chez elle, elle s’était entretenue avec son verre de porto. Il lui avait conseillé de se calmer et d’envisager la chose sous son meilleur angle : elle se ferait disciple glanant quelques épis de blé, le long du chemin, un jour de sabbat… ça se fait… ça ne se fait pas… ça se fera.


***


La rue Georges Clemenceau était pleine d’anonymat, d’une foule de samedis après-midi à l’heure du thé. Jean-Michel, qui ne pouvait la déposer en double file, patientait, tout en faisant patienter les autres, que la place qu’il avait repérée fût entièrement libre. Elle n’avait pu empêcher son cœur de battre un peu plus vite ; celui-ci, pendant un instant, parut en compétition avec le clignotant gauche qui indiquait la manœuvre. Masquant son trac par un sourire si peu forcé, elle régla le taxi, jonglant un peu pour ne pas faire tomber la monnaie. Elle avait été livrée au pied même de l’immeuble qui l’attendait. Il reniflait à vue de nez l’ancien hôtel luxueux des années fastes de Vichy. Elle se sentait déjà bien. Son doigt était prêt à sonner, alors que ses yeux cherchaient encore un nom. Il n’y en avait pas. Juste une plaque dont elle n’avait lu que "les gros titres".

RÉSIDENCE LES MAGNOLIAS

Après lecture des petites mentions, son sourire se rétracta sans pour autant assombrir son visage. Son doigt attendait toujours, comme un chien en promenade, à une croisée de chemins, attendant que son maître lui donne le feu vert pour l’une ou l’autre voie. Le demi-tour fut rapide, emportant avec lui ce doigt qui avait bien fait de ne rien faire.

Cette fois, elle ne s’interdisait rien. C’était un principe. Une incapacité. Elle s’éloigna sans regret de cette maison de retraite privée pour personnes âgées autonomes et dépendantes, heureuse de découvrir que le taxi était encore là.

"Jean-Michel, ça vous dirait d’aller boire une bière au bord de l’Allier ? Bien sûr, je vous paierai votre temps."



 
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   socque   
30/5/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai eu du mal à terminer ce texte, il m'a fallu trois tentatives. Bien m'en a pris, parce que la fin me plaît beaucoup ! J'ai aimé que la petite vieille dont on ne connaîtra pas le nom refuse (qu'il lui soit impossible) d'entrer dans le mouroir.

Avant, donc, j'ai eu beaucoup de mal. D'une part, les textes "épopée du quotidien" ont tendance à m'ennuyer, d'autre part quelque chose dans le ton me gêne. Je crois que le "stream of consciousness" de la vieille femme me paraît trop lu et relu, la dénonciation des autres qui vont trop vite et font décrocher, de l'aliénation consommatrice, etc. Les parties "supermarché" du texte m'ont franchement agacée. Par ailleurs, les observations de la principale protagoniste sur les autres, si elles sonnent vrai, me paraissent empreintes d'un mélange d'attendrissement et de condescendance qui me mettent mal à l'aise ; le même mélange que je crois percevoir dans tout le texte. La narration, pour moi, invite à s'attendrir et s'apitoyer, et je n'aime pas du tout ça ; difficile de mettre le doigt sur ce qui me donne au juste cette impression (en dehors de l'épisode du fils mort dans un accident pour bien enfoncer le clou sur "la vie est dure ma bonne dame"), c'est du pur ressenti. En tout cas, le narrateur me paraît "au-dessus" des personnages qu'il décrit, condescendant, et c'est un sentiment que je déteste éprouver à la lecture.

Sinon, l'écriture en elle-même me paraît vive, alerte, observatrice. Et, comme j'ai dit plus haut, j'ai aimé la fin.

   Marite   
8/6/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai adoré cette nouvelle qui retranscrit, à merveille je trouve, tous les états d'âme qui peuvent traverser l'esprit d'une personne âgée solitaire et ayant déjà pris de la distance avec le mouvement de la ville et des voisins qui l'entourent. Le texte est truffé d'humour :

" Enfin elle sortait de là, avec un sac trop lourd et l'impression d'avoir couru un cent mètres, d'avoir été gênante et de passer pour une vieille râleuse. Je ne suis pas une râleuse ! Seulement je ne suis pas encore morte... et ça... faudrait peut être bien vouloir le comprendre. "

" Elle soupire et sourit, il ne tourne pas la tête, peut être ne s'est il même pas aperçu qu'il venait de changer de cavalière ? "

" De retour chez elle, elle s'était entretenue avec son verre de porto. Il lui avait conseillé de se calmer et d'envisager la chose sous son meilleur angle : ..."

" Son doigt attendait toujours, comme un chien en promenade, à une croisée de chemin, attendant que son maître lui donne le feu vert pour l'une ou l'autre voie. "

Cette nouvelle est un régal à la lecture. Merci à l'auteur.

   macaron   
14/6/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une nouvelle tendre et mélancolique sur la vieillesse aujourd'hui. Est-t-elle différente maintenant? selon vous , pas vraiment. Bien sûr, il y a le super marché, le discount, le Bideul mais pour le reste...Votre écriture est sincère, un brin ironique et c'est ce qui donne au texte toute sa profondeur. Le style populaire, un peu bourru convient parfaitement à votre histoire; j'ai l'impression de vous entendre. La fin oscille entre la possibilité de vivre encore -une rencontre, un amour- et l'irrémédiable fin qui nous attend. Votre héroine préfère s'en éloigner, lui résister encore un peu, quitte à manquer peut-être une belle aventure: c'est son choix!

   LeopoldPartisan   
14/6/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Voici un texte qui mériterait vraiment d'être éclairci. Je m'explique, la présentation est trop serrée. On passe en plus dès le second paragraphe du "il" au "je" sans aucune transition.

Il y a de l'idée, mais c'est à la fois trop condensé et confus. Le nom du magasin aussi est un rien tiré par les cheveux "BIDEUL", pourquoi pas tout simplement "Dild".

un seul conseil, aérez et marquez mieux les différentes scènes, ce serait tellement plus lisible.

   phoebus   
17/6/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Au début, lorsque la discours du narrateur se confond avec les pensées de la petite vieille, j'ai eu l'impression de vivre dans sa tête. J'ai eu l'image du film "Le chat" avec Gabin et Signoret. Puis les pensées se dédoublent, celle de la vieille avec sa hargne et son caractère bien trempé, et une sorte de pensée seconde qui est plutôt celle de l’omniscient qui vient comme compléter le manque de profondeur de la première, elle est plus moralisatrice et elle se décentre du personnage.On sent bien la boite à souvenirs qui réagit à la moindre association d'idées et qui part au quart de tour. Je me suis demandé si elle a toujours été comme ça ou si c'est de croire que les autres souhaitent sa mort qui la rendue aussi corrosive.Elle n'a aucun recul sur ce qu'elle pense et semble habiter que par un sentiment unique , à de rare exceptions où surgissent les regrets et les tristesses liés à sa vie passée. J'ai bien aimé la petite vieille qui s'en laisse pas conter.

   Pepito   
21/6/2012
J'ai trouvé que l'histoire trainait. Je me suis fait violence pour la finir. Les répétions de Bideul et de queues en caisse m'ont gêné. Je ne suis pas entré dans le rôle de la petite dame, désolé.

L'idée d'une Mamie qui, malgré les difficultés, ne veut pas quitter son "chez soi" pour un lieu impersonnel est très vraie.

Bonne continuation.

Pepito


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