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Policier/Noir/Thriller
Pierrick : La nuit finira bien un jour
 Publié le 12/03/19  -  13 commentaires  -  10844 caractères  -  98 lectures    Autres textes du même auteur

« Je suis devenu le chaos d’une vie en une seconde. Pire, je ne sais toujours pas pourquoi j’ai eu, soudain, terriblement besoin de ce fracas monstrueux. Et aussi, bien sûr, terriblement besoin de cette béance irréversible entre Jeanine et moi. »


La nuit finira bien un jour


« La solitude à deux est l’enfer consenti. »

Michel Houellebecq (La possibilité d’une île, Éd. Flammarion, 2005)

« – Que faites-vous du matin au soir ?

– Je me subis. »

Emil Cioran (De l’inconvénient d’être né, Éd. Gallimard, 1973)



7 décembre 2018

Pleucadeuc. « La Guillerette ».


Je suis devenu le chaos d’une vie en une seconde. Pire, je ne sais toujours pas pourquoi j’ai eu, soudain, terriblement besoin de ce fracas monstrueux. Et aussi, bien sûr, terriblement besoin de cette béance irréversible entre Jeanine et moi.


Une vie toujours désespérément en ordre et chaque jour habillée d’un silence presque monastique, voilà, pour Jeanine, notre seul chemin possible depuis ses dernières larmes et son cri ultime il y a vingt-six ans. Un cri sauvage et long à éventrer le ciel et faire se relever les morts.


J’aimerais penser que cette femme est admirable tant elle semble rayer d’un coup sec et avec une force muette inouïe tout ce qui nuit ou peut nuire à notre vie de rats. C’est si vrai que ce mardi quatorze septembre l’année dernière, j’ai presque eu envie de traîner Jeanine au restaurant pour m’excuser. Oui, m’excuser de ce qui s’était passé à l’aube mais, surtout, remercier cette femme pour son si troublant silence et son regard patient ce matin-là. Un regard patient et calme, comme à l’orée d’une possible compassion. C’est, du moins, ce que j’ai voulu voir et ce regard calmement posé sur mon agitation obscène dans la cuisine m’a presque donné envie de pleurer.


Bien sûr, je savais que Jeanine refuserait d’aller au restaurant et qu’elle mangerait, sans doute, un croque-monsieur et des poires pochées au vin rouge devant la télé. Oui, je savais cela, mais pour la première fois depuis longtemps, j’avoue que cela m’aurait peut-être touché qu’elle se pomponne un peu et que, malgré ce jour salement amoché, on aille manger des cuisses de grenouilles chez la Lolo Ferchant.


Ce foutu mardi quatorze septembre, je me souviens que l’aube avait le teint sale mais, bien sûr, je me souviens surtout de cette agaçante escouade de corneilles jacassantes. J’étais dans la cour, en pyjama, soulagé de ne plus sentir la chaleur poisseuse du lit et notre sueur acide et infâme, qui, j’en suis sûr, m’avait brusquement tiré du sommeil. Pieds nus sur la terre grise et gobant un air vif dont chaque goulée me réparait, je me suis dit que c’était la première fois en vingt-six ans que les effluves de nos corps saccageaient mon repos. Entre nos peaux effondrées qui sentaient le soufre et le bal étrange de ces oiseaux noirs qui passaient là pour la première fois, peut-être aurais-je dû me douter que quelque chose couvait. Quelque chose comme une désolation avec un bout de mort qui brusquement dévaste le ventre et pille le presque peu de vie qui reste. Oui, peut-être aurais-je dû me dire, là, dans cette cour à la tristesse indécente et grêlée de trous, qu’il était grand temps de fuir et d’oublier la torpeur de toutes ces années. Oui, fuir sur-le-champ plutôt que, à mon insu, laisser monter lentement la fureur et lui donner ainsi le temps de s’affûter.


Je n’ai pas fui. Non, j’ai continué d’avaler la fraîcheur de l’aube en me disant que je devais absolument changer l’ampoule du frigo et, pendant que j’y étais, recoller les deux lattes à la con du plancher des toilettes. Puis, en même temps que passait un deuxième convoi de corneilles cette fois curieusement muettes, j’ai entendu un bruit de casseroles et Jeanine qui se raclait fortement la gorge. Bien sûr, elle n’est pas venue dans la cour me demander ce que je foutais là, dans ce froid piquant, pieds nus et en pyjama. Non, bien sûr. J’aurais été à poil avec le corps tout bleu tandis que cinq ou six corneilles me labouraient le crâne qu’elle aurait eu sans doute, comme chaque jour, ce même air éteint et détaché de tout. Finalement, c’est fou ce que la solitude à deux a de la ressource pour lentement rayer l’autre. Oui. Pourtant, cette lente agonie sans tapage a, semble-t-il, fini par nous aller. Enfin, surtout à Jeanine. Jeanine dont la douleur de vivre pour rien ni personne s’est, peu à peu, vidée de son pus. Une douleur inoffensive, en somme. Empaillée. Une douleur à qui cette femme a fini par couper le sifflet pour s’éteindre, jour après jour, sans rien d’autre que du vide autour d’elle. Du vide qui, peut-être, lui murmure des choses avec de la lumière dedans. Ou pas.


C’est après un troisième cortège de corneilles à nouveau piaillantes que je suis rentré dans la cuisine. Il y avait un silence étrange, loin de celui qui nous abîmait depuis si longtemps déjà mais avec, malgré tout, une certaine « délicatesse ». Non, ce silence qui empestait la cuisine ce matin-là dégageait quelque chose de nerveux et d’inquiétant. C’était un silence avec de la boue dedans et des dents pour dépecer. J’ai d’abord pensé que si ce silence-là sentait le sale et le sang, c’était à cause de ces corneilles de malheur. C’est vrai, depuis vingt-neuf ans que nous nous effritons dans ce trou, c’était la première fois que ces « pue-la-mort » tachaient le ciel. En même temps, mettre la sauvagerie de ce silence sur le dos de volatiles à la réputation sinistre m’arrangeait peut-être. Oui, peut-être.


C’est quand Jeanine a, plus que d’habitude, lamentablement traîné les pieds dans la cuisine avec ses vieilles savates couleur de pisse que le mille fois rien que j’étais est encore monté d’un cran. Là, brusquement, dans cette odeur acide de lait « ribot » et de café bon marché, le silence à la gueule de tueur a volé en éclats. Tout est arrivé comme ça, en vrac. Je n’ai rien pu contrôler : ni mes mots sales, ni mes bouts de rires suffoqués et poisseux, ni les embryons de larmes dans mes yeux agrippés soudain aux mamelles avachies de Jeanine. Sous son hideuse robe de chambre violette et peluchée, je n’ai pas pu contrôler non plus mes gros doigts de salaud qui, rageusement, ont tenté de réveiller sa motte froide et rugueuse, comme hérissée de ronces. Une motte avec beaucoup d’hivers dessus. Et sans doute est-ce un miracle si j’ai pu, in extremis, retenir mon autre main, main tremblante prête à frapper cette femme toujours incroyablement silencieuse.


À aucun moment de ma dérive, Jeanine n’a semblé avoir peur. À croire qu’elle à d’emblée accepté cette coulée de boue infernale et subite qui giclait de mes entrailles. Plus fascinant encore, son regard ne s’est pas modifié lorsque, en l’insultant, j’ai brutalement planté mon bout de mort dans son ventre. Je l’ai déjà dit, ce regard était patient, calme, comme à l’orée d’une possible compassion. En tout cas, je le répète, c’est ce que j’ai voulu voir. Oui, car une ordure a ceci de pitoyable qu’elle parfume toujours ses saloperies de mensonges séduisants. Ça la rassure ces petits arrangements crapoteux avec son âme vérolée. Oui, ça la rassure et, surtout, ça la dispense de toute honte.


Puis, après ce coup de tonnerre dans le silence de l’aube mais sans rien changer à nos habitudes, nous avons pris notre petit-déjeuner en écoutant, comme chaque matin depuis près de trente ans, les informations sur Europe 1. Au bout d’un moment, je me suis dit, et c’était la première fois, que j’en avais marre de me farcir la vie déglinguée du monde depuis tant d’années, marre de toute cette crasse empilée dans ma tête. Et, pendant que j’y étais, marre aussi des rots à répétition de Jeanine après son café au lait et ses deux tranches de lard. Et c’est là, juste après un flash de publicité stupide pour des cure-dents que, sortant de son silence pour la seule fois peut-être de la journée, Jeanine m’a dit d’une voix lointaine : « C’est quand que tu changes l’ampoule du frigo ? »

Voyant que je ne disais rien, elle a rangé le pain, le lard et la boîte à sucre avec la photo du Mont-Saint-Michel dessus et elle est sortie de la cuisine en traînant encore copieusement les pieds.


Après, je ne l’ai revue que vers sept heures du soir, quand elle s’est installée devant la télé avec un croque-monsieur trop cuit, des poires pochées au vin rouge et, aussi, un bon paquet de brouillard dans les yeux. C’est à ce moment-là que j’ai presque eu envie de la traîner au restaurant pour m’excuser. Puis, la laissant à sa télé sans le son et son regard de noyée, je suis allé me taper une ventrée de cuisses de grenouilles chez la Lolo Ferchant. Oui, et je me souviens que, tout en me régalant, je n’arrêtais pas d’imaginer ma tête de raclure entre ses gros seins en sueur. Il était moins une que je lui en parle à la Lolo mais, pour éviter de la gêner ou de la mettre en rogne, j’ai préféré laisser l’incendie s’éteindre dans mon froc et ma caboche. Ensuite, je me suis envoyé trois cafés calvas pour bien digérer mes grenouilles et je suis retourné tranquillement à la maison par le chemin de Ker Ju. Je ne sais pas si Jeanine m’a entendu rentrer ou si elle dormait devant la télé qui, cette fois, n’était pas muette. Ce que je sais, par contre, c’est que, ce jour-là, je n’ai pas changé l’ampoule du frigo ni recollé les lattes du plancher des chiottes. Je ne me suis pas non plus excusé pour ce qui s’était passé le matin. Non, mais tout en me chavirant à nouveau la tête avec les gros tétés de la Lolo Ferchant, je me suis dit que je m’excuserais peut-être le lendemain.


C’est avec ce minable « peut-être » qu’après un dernier godet de calva, je suis allé dormir dans la chambre de Louis. Aujourd’hui, notre petit écrasé aurait vingt-neuf ans. Il n’y a pas de nuit où je ne revois pas ce corps de gamin disloqué sur la route et ces grands yeux ouverts avec tant de vie pétrifiée dedans. Oui, tant de vie pétrifiée un matin de plein soleil, un de ces matins d’été avec rien que du bleu au plafond. Un matin où personne ne peut mourir. Non, personne sauf un môme de trois ans. Un môme à qui, ce matin-là et parce que j’en avais terriblement besoin, j’ai soudain lâché la petite main nerveuse au bord de la grand-route. La grand-route des adieux.

La seule chose que j’ai vue, et très nettement, à cette seconde-là, c’était mon visage d’enfant nuisible et inutile qui souriait dans les yeux de Louis. Oui, moi, cet enfant nuisible et inutile qui, à trois ans déjà, dépeçait les oiseaux morts et faisait manger son vomi à sa petite sœur aveugle. Moi qui tentai, trois ans plus tard, de trancher la langue de ma mère pendant qu’elle dormait, bouche ouverte. Oh, mon Dieu, quel bonheur j’aurais eu de ne plus entendre cette femme et ses mots sales. Ses mots sales depuis le premier jour, la première seconde. Ses mots qui puaient sans que je les comprenne. Ses mots avec rien que de la mort dedans. Oui, quel bonheur j’aurais eu de poser enfin ma tête sur son ventre de muette. Maman, dis maman, on aurait tout recommencé à zéro, pas vrai ? Et cette fois, hein maman, cette fois, on aurait eu de la lumière dans nos yeux, une lumière de premier matin du monde.


 
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   FANTIN   
7/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte fort au style brut, aiguisé et coupant comme une lame. Un couple usé. Une femme fantôme. Un mari saccagé et saccageur qui n'en peut plus de s'enliser depuis un quart de siècle.
Il y a de la violence, de la souffrance, du dégoût, de la dérision, de l'amertume, du désespoir... et la mort, la mort qui a tout causé: celle du fils de ce couple écrasé lorsqu'il avait trois ans.
La question qui se pose et que posent par deux fois, au début et à la fin du texte, les mots "j'ai eu terriblement besoin", est celle de savoir si l'on a affaire à une tragédie de la culpabilité, ou bien à un aveu beaucoup plus trouble.
Un texte qui n'a rien de lisse, un texte dérangeant et sans fioriture, mais qui retient l'attention et mérite des lecteurs.

   Neojamin   
8/2/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Waouh... si je pouvais donner un autre mot à la place de un peu, bien ou beaucoup, ce serait : Intense.
Je ne peux pas dire que j'ai aimé... mais j'ai tout lu, une partie de moi-même s'est laissée entraînée, presque malgré elle. Je pense que j'aurais pu arrêter très vite si je n'avais pas été guidé par une certaine curiosité.

Le ton me paraît un peu trop forcé et incohérent. Des grandiloquences qui se succèdent à des phrases familières, un mélange qui peut être séduisant quand il est cohérent tout au long du texte. Ici, je trouve que ça porte plutôt à confusion.
Plein de phrases qui m'ont vraiment fait tiquer, j'imagine que c'était voulu par l'auteur. Pour ma part, je préfère la parcimonie pour mieux apprécier une figure de style. Ici, on est inondé par les métaphores et autres comparaisons... qui souvent n'ont d'ailleurs pas fonctionné pour mon esprit qui, il est vrai, est assez cartésien. (gobant un air vif dont chaque goulée me réparait, dévaste le ventre et pille le presque peu de vie qui reste, etc...)
Bref, il y a un style unique, ça c'est sûr... et le style, ça ne devrait pas se discuter, mais là, c'est vraiment trop alambiqué pour moi.
Sur le fond, j'ai trouvé ça tout aussi chaotique que le style... la fin est un plus, mais tout le début sur Jeannine... e nj'ai vraiment pas accroché. J'ai eu le sentiment que vous vouliez vomir une histoire plus qu'autre chose.
Une autre fois peut-être.

   plumette   
12/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un parti pris bien sombre, bien noir, bien glauque pour une histoire bien racontée!

Mais pour mon genre de sensibilité, c'est un peu trop! J'ai lu, attirée vers le dénouement, souhaitant avoir une explication sur les causes de cette désespérance humaine. Et je l'ai eu mon explication, mais là aussi, c'est trop. si j'ai bien compris, on a un père qui envoie son fils à la mort par haine de lui-même?

l'auteur a un vrai talent de plume pour faire dans la noirceur , le narrateur est "dégoûtant" à souhait, mais je trouve que pour un horrible rustre, il s'exprime peut-être un peu trop bien!

La flèche en bas, c'est à cause du fond qui me met bien mal à l'aise.

Plumette

   toc-art   
19/2/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Je n'ai pas été convaincu par ce texte pour une raison principale : je trouve que la recherche du glauque à tout prix nuit à l'histoire : on a droit au délitement du couple avec des portraits dignes du 19e, à l'évocation d'un enfant mort mais, comme si ça ne suffisait pas, on rajoute une petit sœur (aveugle, hein, sinon ce serait pas drôle) et le portrait d'un narrateur rendu un brin psychopathe par une mère maltraitante.

Rien que ça, déjà, ça aurait fait beaucoup (trop ?). Mais en plus, la plupart de ces faits sont regroupés en toute fin de nouvelle, dans les deux derniers paragraphes qui font apparaître le narrateur comme un psychopathe en puissance (le rapport aux animaux, sa violence envers sa sœur et sa mère, l'ambiguïté sur la mort du fils), au lieu d'éclairer le comportement du narrateur, le déséquilibre au contraire (à mon sens bien sûr), rendant l'ensemble du texte peu crédible : un tel personnage, aussi perturbé, ne se serait pas contenté durant près de 30 ans d'une vie aussi terne, sans aucun épisode de violence.

C'est dommage parce qu'il y a une vraie capacité à créer une atmosphère sordide. Mais je pense qu'il faudrait juste ajuster le trait pour le rendre moins appuyé et plus authentique.

Sur la forme, des petites choses à corriger mais rien de grave : un abus d'adverbes en "ment" et un "moi qui tenta" qui m'a vrillé un tympan.

Bonne continuation

   Palrider   
12/3/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ça c’est de la littérature qui a des tripes, c’est du glauque ancré dans le réel, c’est la vérité livrée sans fards de ces personnages, les descriptions psychologiques sont rudes et savoureuses, bravo pour le style, l’audace, la profondeur.

   izabouille   
12/3/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Woaw ! Quel style ! J'ai vraiment adoré ! Vous avez l'art de décrire les choses sans mettre la moindre paire de gants "l'aube qui a le teint sale", "... planté mon bout de mort dans son ventre", "le silence à la gueule de tueur", etc.
Je vous tire mon chapeau. C'est une écriture forte, puissante qui raconte un drame aussi fort.
Merci pour cet excellent moment de lecture

Iza

   Corto   
12/3/2019
 a aimé ce texte 
Pas
Un texte en 14 paragraphes.

Pendant les 12 premiers on sent la fabrication forcenée pour décrire un tableau glauque, avec pas mal d'inventions qui n'arrivent pas à convaincre: sans doute l'influence de Michel Houellebecq revendiquée en exergue.

Le texte nous dit donc des choses aussi passionnantes que "Ce foutu mardi quatorze septembre, je me souviens que l’aube avait le teint sale mais, bien sûr, je me souviens surtout de cette agaçante escouade de corneilles jacassantes".

On espère toujours un soupçon de sincérité, réelle ou feinte et arrive le 13ème paragraphe qui éventuellement pourrait entrer dans cette catégorie.

Mais l'auteur se ressaisit vite et le 14ème paragraphe nous ramène au glauque, encore renforcé avec le désir soi-disant enfantin de
"trancher la langue de ma mère pendant qu’elle dormait, bouche ouverte."

Cette technique littéraire semble correspondre à une mode qui espérons-le sera vite démodée.

Du malheur, du glauque, donnez m'en encore ! C'est ainsi que les gens sensés doivent conduire leur vie !!

Non merci.

   senglar   
12/3/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Pierrick,


Bravo pour les dédicaces du début ; on devine d'emblée que l'on va être en bonne compagnie. En même temps c'était un pari difficile à tenir.

Plume pittoresque, plume de caractère, insolite ; nouvelle qui a une couleur, un monde est ici composé qui a une gueule. C'est de l'ultra réalisme, de l'hyper réalisme provincial, un autre monde répugnant et sublime, sublime parce que sublimement répugnant. Noir désespérément. Rien ne pourra le réveiller dont l'homme était déjà mort-né. Au fond j'ai l'impression qu'il ne méritait pas d'être heureux. Mais était-ce au prix de la mort d'un enfant ?

Sa femme m'a paru Sainte Thérèse de Lisieux, stoïque, finalement affidée à Gros Dégueulasse. Reiser ! Reviens saluer Pierrick, un compère !

Affreuse belle plume alors que la nuit ne finira pas.

senglar

   Castelmore   
12/3/2019
 a aimé ce texte 
Pas
« J’aimerais penser que cette femme est admirable tant elle semble rayer d’un coup sec et avec une force muette inouïe tout ce qui nuit ou peut nuire à notre vie de rats. C’est si vrai que ce mardi quatorze septembre l’année dernière, j’ai presque eu envie de traîner Jeanine au restaurant pour m’excuser. Oui, m’excuser de ce qui s’était passé à l’aube mais, surtout, remercier... »

Qui parle (ou pense) ainsi ?

Ou encore
« Oui, peut-être aurais-je dû me dire, là, dans cette cour à la tristesse indécente et grêlée de trous, qu’il était grand temps de fuir et d’oublier la torpeur de toutes ces années. Oui, fuir sur-le-champ plutôt que, à mon insu, laisser monter lentement la fureur et lui donner ainsi le temps de s’affûter. »

Un professeur d’université, un romancier au succès déclinant, un « juif new-yorkais-pote-de-Woody-Allen-pendant-que-son-psy-est-en-vacances »?

Monsieur l’auteur, vous voulez nous faire croire qu’il s’agit du narrateur ? Alors que tous les éléments de contexte que vous posez, les prénoms des personnages, le paysage rural, les habitudes alimentaires, le décor intérieur, la télé... montrent que vous situez l’action chez un couple de ruraux, dans une ferme ou le pavillon d’un petit village.

Désolé je n’y crois pas.
La plume est précise, mais elle écrit une fable, non une nouvelle

À une prochaine lecture.

   Pouet   
13/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bjr,

j'avoue avoir été attiré par le contraste des appréciations et par le titre, particulièrement bien vu dans le style "Ce que le jour doit à la nuit".

(Autant je ne suis pas fan de Houellebecq, autant j'ai découvert Cioran vers 15 piges et il m'accompagne depuis plus de vingt ans, auteur dont je pense avoir pratiquement tout lu, j'aime me replonger dans ses aphorismes de temps en temps...)

On est ici dans une tranche de vie bien noire, décrite sans concession aucune.

Pour ma part, j'ai été convaincu par l'écriture, originale et d'une grande noirceur poétique. Des descriptions tenaces et un côté lancinant s'accordant très bien au propos.

Peut-être sommes-nous un brin dans la surenchère avec la toute fin et l'évocation d'une certaine "psychopathie" du narrateur, je ne suis pas persuadé de la nécessité de cela, la perte de l'enfant et la déliquescence du couple suffisaient probablement. Ce n'est bien sûr que mon avis.

Je n'ai pas bien compris pourquoi le papa lâchait subitement la main de son fils au bord de la route, le "parce que j’en avais terriblement besoin" me laissant un peu dans le flou: une envie de pisser?

Enfin on insiste beaucoup sur "depuis 26 ans" pour passer à "depuis 29 ans" et je n'ai pas saisi la transition, sans doute moi qui ai loupé quelque chose. (le troisième cortège de corneilles représentant les années?) Il y a bien entre les deux les trois ans du fils défunt mais je n'ai pas bien appréhendé la chronologie. Sans doute est-ce dû à mon manque d'attention.

Voilà, je retiens surtout l'écriture donc qui, je le redis, m'a bien convaincu par son originalité et sa poésie.

Au plaisir de vous lire.

   hersen   
14/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un texte noir, dont cette noirceur est la marque de fabrique, revendiquée.
je ne dirais pas que j'aime, question de gout tout simplement, trop c'est trop, mais le texte vaut par son écriture, que j'aime beaucoup.

j'aurais beaucoup pardonné si la surenchère de glauque finale avait été placée ailleurs.
ici, je me sens comme prise en otage. j'ai plus ka. je n'ai plus ma place en quelque sorte, je subis (c'est une image...)

ceci dit, c'est un texte que j'ai malgré tout trouvé intéressant à lire.

   jfmoods   
18/3/2019
Placé sous l'égide de deux écrivains au demeurant peu enclins à l'optimisme béat (Houellebecq et Cioran), cette nouvelle, d'une noirceur absolue, forte et dérangeante, décrit une véritable descente aux enfers.

Dans cet univers conjugal étouffant, enténébré, tragique, où les exigences les plus triviales du quotidien se heurtent invariablement à l'inertie du narrateur ("je devais absolument changer l’ampoule du frigo et, pendant que j’y étais, recoller les deux lattes à la con du plancher des toilettes", ""C’est quand que tu changes l’ampoule du frigo ?"", "je n’ai pas changé l’ampoule du frigo ni recollé les lattes du plancher des chiottes"), où le silence, l'hébétude et la solitude ont pris toute la place, la sexualité du couple apparaît comme une affreuse et grossière pantomime ("Sous son hideuse robe de chambre violette et peluchée, je n’ai pas pu contrôler non plus mes gros doigts de salaud qui, rageusement, ont tenté de réveiller sa motte froide et rugueuse, comme hérissée de ronces. Une motte avec beaucoup d’hivers dessus. Et sans doute est-ce un miracle si j’ai pu, in extremis, retenir mon autre main, main tremblante prête à frapper cette femme toujours incroyablement silencieuse.", "en l’insultant, j’ai brutalement planté mon bout de mort dans son ventre").

L'horizon d'attente est bien ménagé ("pour Jeanine, notre seul chemin possible depuis ses dernières larmes et son cri ultime il y a vingt-six ans" / "Louis", "un môme de trois ans", "notre petit écrasé aurait vingt-neuf ans", "parce que j’en avais terriblement besoin, j’ai soudain lâché la petite main nerveuse au bord de la grand-route").

Ombre maléfique, l'hérédité plane comme un oiseau de proie au-dessus de ces deux vies réduites en lambeaux.

Le titre de la nouvelle ("La nuit finira bien un jour") résonne de sa grinçante, de sa désespérante, de son implacable ironie.

Merci pour ce partage !

   Iktomi   
19/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
On dirait du Donald Ray Pollock à la mode de Bretagne.
Il y a de très bonnes choses, un style vif et expressif et un vrai sens de l’image.
J’ai été moins emballé par la surenchère dans le glauque et dans le sordide : au-delà d’un certain point ça n’apporte plus grand-chose au récit et risque de le faire tomber dans la caricature.


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