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Sentimental/Romanesque
Pierrick : Maud-sur-Mer
 Publié le 09/04/19  -  8 commentaires  -  11973 caractères  -  64 lectures    Autres textes du même auteur

C'est si doux de se contenter d'effleurer une rencontre. Ça reste beau pour toujours.


Maud-sur-Mer


« C’est si doux de se contenter d’effleurer une rencontre. Ça reste beau pour toujours. »


À Yasunari Kawabata

À Bernard Giraudeau


23 novembre 2017


C’est votre phrase mal fichue mais si touchante qui m’a décidé. Oui, votre adorable « ça doit faire vachement pas de bien » a primé sur le reste. C’est troublant que cette petite phrase bancale ait pu s’imposer comme ça, d’un coup, sans laisser la moindre chance à de pourtant si superbes images et si merveilleux tremblements depuis quatorze jours. Donc oui, c’est, chère petite Maud, cette phrase mal fagotée qui m’a décidé à vous écrire cette lettre surprenante qui, peut-être, vous fera vous souvenir un peu de moi.


Le soir de mon arrivée, le 9 novembre, j’ai d’emblée retrouvé, comme nulle part ailleurs le long de la Côte d’Émeraude, cette odeur subtile et envoûtante de sable mouillé. C’est fou ce que, depuis l’aube pourpre, la plage de l’Écluse à Dinard draine derrière elle des effluves qui vous décollent du monde et de son vacarme. C’est pour cela que je suis venu ici une dernière fois : pour m’écouter m’éloigner de toute chose, m’éloigner des paroles et de ceux qui, désormais, m’en encombrent, m’éloigner enfin de ces femmes petitement aimées puis trahies parfois pour échapper à la glu des regrets. Comme chaque fois depuis près de dix ans, cette odeur de sable pétri par la mer m’enveloppe d’une tristesse qui ne m’abîme pas. Non, cette tristesse est comme un châle qui me tient chaud. Je peux la porter pendant des heures et parfois même jusqu’à l’aube sans que rien ne vacille en moi. C’est une tristesse bienveillante, douce, une tristesse qui me comble d’une joie simple : celle de ne plus rien attendre.


Pour cet ultime séjour, j’ai délaissé le luxe empesé du Grand Hôtel Royal et son ennui impeccable. J’ai passé là des heures feutrées et vides à regarder la mer depuis ma chambre, confit dans une indolence dont la fadeur aura fini par me lasser. Cette fois, j’ai voulu la chaleur du simple : des escaliers fatigués qui craquent, des bruits domestiques modestes et rassurants et cette odeur de propre un peu trop marquée, comme pour nous prouver maladroitement que nous sommes là dans un établissement sérieux. Après mon départ, d’ici une heure ou deux, je sais que ces vapeurs de lavande et d’encaustique de l’Hôtel du Parc feront encore quelques pirouettes dans ma mémoire. Finalement, cher ange, juste après vous et ces délicieuses touches de soleil d’hiver tremblotant parfois sur votre peau de neige, ce sont ces odeurs désuètes et bon marché qui me tiendront chaud jusqu’à mon rendez-vous avec Adèle, à quelques encablures d’ici. Oui, Adèle a subtilement insisté pour que je parte avec elle ce soir. Pour tout vous dire, maintenant que je vous connais un peu je serais bien resté quelques semaines de plus à me baigner dans vos yeux et me réjouir de votre petit air mutin lorsque vous m’apportiez mon café noir et mes œufs brouillés dans la chambre. Mais, bien sûr, je sais que prolonger ces matins bénis ne rimerait à rien. Oui, petite Maud, rester davantage finirait, sans doute, par mettre de la pluie dans nos vies. C’est si doux de se contenter d’effleurer une rencontre. Ça reste beau pour toujours.


Avant de partir, sachez que je vous dois les ultimes frissons de bonheur d’une vie désormais lavée de tout, sans mémoire, sans nul ancrage, sans vibration. C’est un long travail que de gommer tant d’années avec ce qu’il y a dedans, vous savez. Et c’est un autre long travail que de s’effacer soi-même peu à peu. Aussi, dans cette ville frappée d’une lenteur morne et d’un calme obsédant qui me sont familiers, rien ne laissait prévoir cette bouffée de joie secrète et soudaine. Sur le coup, j’ai voulu penser que c’était un piège du destin pour m’éloigner d’Adèle. J’ai même eu, je l’avoue, l’envie ridicule de changer d’hôtel dès que je vous ai vue. Vous, je me souviens, vous regardiez mon affreuse valise écossaise avec ce petit rire à peine étouffé qui, d’emblée, m’a conquis. Oui, j’ai adoré ce que d’autres appelleraient sans doute votre insolence là où, finalement, il n’y avait que votre courage d’être libre, vivante. C’est à cet instant sublime que j’ai voulu quitter cet hôtel car à vous boire chaque jour des yeux et me risquer peut-être à vous parler parfois de tout, de rien et même un peu bêtement de moi, je craignais plus que tout de souffrir de votre probable indifférence. C’est terrible de me dire que cette crainte infâme a failli me priver du miracle d’être encore un peu vivant grâce à vous. Oui, Maud, juste un peu avant que la magie ne s’estompe et qu’un matin tristement prévisible, vous ne me traitiez de vieux dégueulasse, de taré « grave » ou des deux à la fois. Vous voyez, mon ange, en partant rejoindre Adèle, je nous évite à tous deux le pire : gâcher la douceur et la beauté de l’éphémère.


Je vous fais aussi cet aveu : l’envie de vous toucher ne m’a jamais effleuré, pas même les trois fois où, je n’en reviens toujours pas, je vous ai timidement demandé de vous allonger près de moi, dans la chambre. À chaque fois, ma demande n’a semblé ni vous surprendre ni vous effrayer. Curieusement, c’était comme si vous vous attendiez à vivre cet instant-là, comme si, quel vieux prétentieux je fais, vous espériez secrètement offrir à mes yeux fatigués votre corps inerte, ce corps que vous avez dévêtu lentement avant de l’étendre sur le dos, tout près de moi. Par ce cadeau, j’ai envie de croire que vous avez voulu me remettre au monde, m’arracher au rien de mes jours. Et c’est très doux.


Ce jour-là, j’ai voyagé sans même vous effleurer sur votre corps de neige. Il y avait sur votre territoire offert cette lumière que l’on ne voit qu’en rêve, cette lumière nacrée qui donne envie de rester là des heures, sans bouger, sans abîmer le silence. Puis, juste avant de quitter la chambre avec le plateau du petit déjeuner, vous avez eu ce sourire comme un soleil et ces mots admirables : « Vous avez l’air beaucoup moins triste maintenant ». Et vous avez rajouté : « C’est sûr que ça doit faire vachement pas de bien d’être tout seul dans un hôtel aussi moche ! »


Dieu que je vous ai aimé à cet instant-là, ma petite bricoleuse de phrase mal foutue. Et comme j’ai ri du dedans quand vous avez quitté la pièce sans même attendre ma réponse. Oui, c’était drôle et délicieux cette façon de malmener les convenances et de traverser la vie avec des fleurs dans la tête.


Voilà, chère petite gazelle, je vous ai presque tout dit. Oui, presque. Avant de rejoindre mon Adèle, j’aurai donc eu cette chance inouïe de goûter d’exquises petites portions de vie. Merci, mon ange, pour ces précieuses miettes de lumière. Quel pur bonheur d’avoir eu, à bientôt soixante-treize ans, ce luxe inespéré de penser encore à quelqu’un et d’entendre, bouleversé, mon cœur cogner. Et bien sûr, tout à l’heure, en pleine nuit et mordu par un froid brutal, j’aurai aussi ce luxe envoûtant d’entrer dans la mer avec seulement ce souvenir sublime de votre baiser fugace dans mon cou. C’était il y a une heure à peine, juste avant que ne me vienne d’un coup l’idée de cette lettre. Oui, juste avant de vous confier mes ultimes mots dignes et heureux et de renoncer, sans regrets ni tristesse, aux bruits d’oiseaux et à la vie qui ment. Oui, cette vie qui ment sauf à côté de vous, petit trésor aimé sans doute plus que tout et tout de suite un soir de novembre, à Dinard, dans un hôtel moche où « ça doit faire vachement pas de bien d’être tout seul ».


Ce « vachement pas de bien » m’aura donc conquis au point de vous écrire cette lettre. Recevez-la comme une aube radieuse, une aube constellée de promesses et surtout, petit amour, allez toujours où votre cœur vous porte. N’écoutez que lui car lui seul a raison. Lui seul saura vous protéger des bavards, des souilleurs de rêves, des empêcheurs de vivre.


Adèle n’est pas loin de la plage. Je le sens à cet infime voile de froid sur mes os. C’est comme si mon apprivoisée venait de m’injecter son haleine pour me signaler son arrivée proche.


Voilà plus de quinze ans que je vis avec Adèle. Plus de quinze années que je lui parle tôt le matin, avant la défilongée d’idioties qui salissent une journée. Pour tout vous avouer, ma petite Maud-sur-mer, je ne fais qu’imiter un vieil écrivain américain qui, pour tisser un indispensable lien avec sa mort la baptisa du prénom de Melinda le jour de ses soixante-sept ans. De ce jour-là, cet homme empêtré dans une solitude sans fond et d’obscurs tourments connut le miracle de l’apaisement et de la vie défrichée, de la vie ouverte à la joie des jours simples, sans bouches agitées et fières de lâcher des mots qui éventrent, des mots qui aiment hurler, des mots qui aiment le sang et la dictature du mensonge. Oui, le vieil homme jeta tout ce cirque infernal et pitoyable par-dessus bord et Melinda devint le socle de sa vie, une confidente à la présence légère, bienveillante, aux antipodes de la tristesse. Il lui parlait chaque jour de tout et de rien, souvent à voix haute, parfois même en riant. Ils formaient, semble-t-il, un couple d’une douceur infinie, un couple lentement pétri par l’amour, le vrai, celui qui, toujours, éclaire l’autre et le fortifie. Un soir, dans une interview à la télévision, le vieil écrivain confia qu’il lui arrivait d’étreindre sa sauveuse et de danser avec elle sur un morceau de Col Porter ou de Benny Goodman. Serrer contre lui ce corps invisible mais rassurant le bouleversait. Quelquefois, il sentait derrière ses yeux trembler les larmes. Des larmes heureuses, « en paix ». Des larmes solaires.


Voilà, mon petit diamant, c’est presque l’heure d’aller danser avec Adèle. Ce sera la première et ultime fois que je danserai avec elle dans la mer. Plus j’avancerai en valsant lentement dans cette immensité froide et coupante, plus, je le sais, je penserai à vous. Vous serez collée à ma mémoire jusqu’au bout, jusqu’à ce que, sous l’eau glaciale et claquante comme un fouet, je sente une brève explosion me trouer les tempes.


Surtout, ma Maud, ne me faites pas l’affront d’être triste. Non, pas vous. Sachez, une fois encore, que je viens de vivre à vos côtés quatorze jours de fête, sans doute les plus précieux de ma vie. Grâce à vous, mon ange, je pars la tête nourrie de joie et avec de petits sacs de bonheur en bandoulière. Vous voyez, la tristesse n’a aucune place dans notre histoire. Non, la tristesse fait son nid dans les histoires qui durent, s’éternisent, n’en finissent pas de n’être rien, ou presque. Et puis, que je vous dise, mon bel amour, m’envoler avec Adèle était prévu depuis longtemps déjà. Je suis venu à Dinard pour cela, rien que cela. Et, croyez-moi, ce n’était pas la décision d’un homme triste et abattu mais celle de quelqu’un tranquillement habité par l’éloignement des choses, l’éloignement du bruit terrible des mots et de ceux qui les lancent au visage comme des grenades. Habité aussi par l’éloignement de ceux qui disent les mots comme ça, calmement, sans venin dans la tête, avec juste le besoin pathétique de parler pour tuer le temps. Vous voyez, cher ange, rien d’effrayant dans ma décision, je vous assure. Non, il y a seulement, bien ancrée en moi, cette faim discrète mais solide de danser dans la mer avec Adèle puis de tirer ma révérence au monde en ne pensant qu’à vous.


Je sais que je me répète, petit amour, mais après cette lecture, promettez-moi que la tristesse ne vous encombrera jamais. Non, jamais. Gardez intact en vous ce soleil qui m’a tant donné, tant éclairé sur le bonheur des petites choses et fait vivre, si merveilleusement, la grâce d’aimer. Aimer une dernière fois ou plutôt, comme je le sais sans le moindre doute, pour la première fois vraiment. Oui, vraiment, avec, comme jamais, cette joie infinie d’avoir senti des nuées de papillons dans mon ventre dès que je vous ai vue.


J’embrasse votre talent de n’être rien que vous et pose, ma lumineuse, mes lèvres tremblantes sur vos grands yeux mutins, ces diamants.


Robert Le Mezec


 
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   Corto   
16/3/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un texte remarquable, tout en finesse, en moments délicats.
Une lettre où le besoin de se confier mais surtout de remercier cette jeune femme pour ce qu'elle est, est d'une grande beauté.

Le plus fin passage est certainement "Oui, petite Maud, rester davantage finirait, sans doute, par mettre de la pluie dans nos vies. C’est si doux de se contenter d’effleurer une rencontre. Çà reste beau pour toujours."

La construction de l'histoire est aussi très belle car la décision d'en finir avec une vie déjà bien longue est mise en symbole avec ce "rendez-vous avec Adèle". Une manière de montrer et confirmer que la mort est déjà ancrée dans la vie du personnage. C'est une mort conçue comme logique après un long vécu qu'on ne veut surtout pas voir abîmer.

Sur un thème qui pourrait être perçu comme dramatique, on se retrouve en pleine légèreté, presque en joie grâce aux beaux moments quasiment innocents passés avec la jeune femme.

La rédaction de ce texte est parfaite.

Du grand art ! Merci.

   plumette   
17/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
"...surtout, petit amour, allez toujours où votre cœur vous porte. N’écoutez que lui car lui seul a raison. Lui seul saura vous protéger des bavards, des souilleurs de rêves, des empêcheurs de vivre."

Pour moi, la nouvelle peut s'arrêter là, le narrateur délivre un message ( testament) à Maud, il y a comme une sorte de boucle qui se boucle et je nevois pas trop l'intérêt de la suite.

Sous cette réserve, c'est un texte qu ia bien fonctionné pour moi, j'ai bien aimé cette forme épistolaire.
L'écriture est assez classique, un brin désuète ( j'aime ça!) Je me suis d'ailleurs posée la question de l'époque. J'ai pensé à une histoire qui pourrait se dérouler dans les années 60, à cause du niveau de langage du narrateur et de la valise écossaise, et de cette relation qui s'instaure que je n'imagine pas possible de nos jours ( avec Me too et tout ça!) Sauf que "taré grave" est une expression contemporaine...

Le narrateur est déterminé, il est désabusé mais la vie lui offre une dernière douceur. J'ai tout pris, grâce à cette écriture plutôt raffinée qui m'a bercée.

Plumette

   FANTIN   
26/3/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Que dire de cette lettre d'adieu? Elle est longue, exaltée, et terriblement littéraire. J'entends par là, à la fois ouvragée comme une fine dentelle, "sublime" en quelque sorte, élégante, précieuse, etc., et, dans le même temps, comme une pâtisserie indigeste à force de crème, elle finit par lasser et devenir pesante par l'accumulation des effets mêmes qui la voudraient séduisante. Certes, il y a des passages réussis et de belles formules, mais l'écriture reste compassée et l'auteur se complaît dans le miroir de son style et une certaine attitude pseudo aristocratique. C'est un suicide bien snob pour finir dont cette lettre nous fait les confidents. Dommage car le sujet aurait pu être intéressant traité avec moins de grandiloquence.

   hersen   
9/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Adresser pareille lettre à quelqu'un qui dit "ça doit faire vachement pas de bien d'être tout seul dans un hôtel aussi moche" amplifie, en quelque sorte, la teneur de cette lettre; la comprendra-t-elle , la comprendrait-elle ? Un jour, sûrement.

Finalement, je crois que ce monsieur lui laisse un très beau cadeau. ces instants réels n'ont surtout de valeur que pour lui, il les raconte pour lui, finalement...sauf qu'elle saura, un jour, puisqu'elle aurait la lettre;

Il y a ce côté suranné qui connote fortement la lettre et son rédacteur.
Nous lisons comment deux mondes se sont rencontrés, comment d'un rien l'instant s'est transformé en diamant, alors que cet homme âgé n'espère plus rien.

Dans la démarche, ça me rappelle quelque chose en littérature japonaise mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus; c'est cette impression de légèreté malgré un vocabulaire à la limite ampoulé, quelquefois; il y a , par-delà la lettre, la limpidité de son âme.

merci pour cette belle lecture.


Euh le japon, bien sûr, c'est au début du texte ! je suis un peu distraite, peut-être ! Mais à la réflexion, mon esprit l'a zappé en entrant dans le texte et j'y ai retrouvé ce que l'auteur promettait, cette ambiance si particulière, raffinée et que j'avais déjà oubliée!
c'est encore mieux comme ça, finalement;

   senglar   
9/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Pierrick,


Je suis allé me documenter sur le premier mentor de cette nouvelle Yasumari Kawabata (que je ne connaissais pas) et rafraîchir ma mémoire à propos de Bernard Giraudeau (Qui ne le connaît pas. ? Enfin moi c'est surtout Annie Duperrey que j'aime. Ceci dit Quel couple !)
Effectivement tous les deux ont un lien très étroit avec la mort, épurée chez Kawabata, "apprivoisée" chez Giraudeau avec la méditation de pleine conscience.
Et on retrouve avec insistance ces deux influences ici.
"JE" ne touche pas Maud (il l'effleure) et il meurt en pleine conscience.


Je me suis tout d'abord dit : ça fait très Nouvelle Vague tout ça, parler pour ne pas dire grand-chose, s'ennuyer avec délectation, penser que les petites choses sont plus importantes que les grandes. D'ailleurs l'héroïne, franchement, quelle insignifiance !

Et puis quand j'ai compris que le héros avait nommé sa mort Adèle et qu'il avait décidé de la rejoindre après un dernier coup de coeur, un dernier rêve d'amour, une petite idiote fait un bon catalyseur, et lui ben il se sentait nettement en âge de partir avec le plus mauvais devant lui, chacun ses choix hein, alors la nouvelle a pris une autre dimension avec une fin en apothéose quand "JE" est parti danser avec sa propre mort (Adèle) la tête emplie d'amour (Maud) en se noyant dans l'océan.

Mais quelle superbe idée quand même que de nommer sa mort du nom d'une femme avec qui l'on vit ses dernières années...

Et comme le héros est "JE", ce peut être le lecteur... ou la lectrice qui inventerait une rencontre masculine et puis aussi un nom d'amant comme support.


Alors est-ce de la Nouvelle Vague ça ? Je ne sais pas, on n'y fait même pas l'amour (pourtant elle est accorte la demoiselle), on se parle beaucoup, on se tait beaucoup aussi, on s'y ennuie un peu...
Mais la vague ici est meurtrière (au moins on ne rentre pas à la maison) et ça c'est nouveau.


Une nouvelle intéressante avec "ça doit faire vachement pas de bien" en coquelicot.


Senglar de Branbanciel :)

   Castelmore   
9/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir Pierrick

J’ai le plaisir de retrouver la très belle plume de « La nuit finira bien un jour » qui nous offre une harmonie totale entre le style, le côté suranné du vocabulaire et des tournures, et la psychologie du personnage principal qui apparaît au fur et à mesure du déroulé de sa lettre.
Ce testament épistolaire nous donne quelques leçons de vie sur un ton et dans une forme qui touchent souvent à la perfection:
Je ne citerai que mes préférées
« rester davantage finirait, sans doute, par mettre de la pluie dans nos vies. C’est si doux de se contenter d’effleurer une rencontre ...

...Je ne peux poursuivre dans l’instant et compléterai mon commentaire demain mais je ne peux résister à vous dire dès ce soir le très grand plaisir que j’ai eu à lire votre texte d’une très grande richesse d’analyse et de langue.
Bonne soirée

   Donaldo75   
20/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Pierrick,

Sans conteste, ce texte est très bien écrit. Personnellement, je ne vois pas cette lettre comme un cadeau, ou alors empoisonné, mais plutôt comme un acte narcissique. Qu'est-ce que Maud en a à faire de ce vieux bourgeois ? Elle est jeune, a toute la vie devant elle, ne peut pas se permettre de plonger dans un spleen de vieux. Cette analyse, que je répète toute personnelle - je préfère préciser car d'autres commentaires vont dans le sens inverse - est justifiée par la qualité de l'écriture qui permet de sentir la tonalité de la lettre, de cerner le personnage qui l'a écrite. Même sa longueur est symptomatique d'un acte narcissique.

Je ne vais pas enfiler un gilet jaune et invoquer la lutte des classes pour enlever cette lecture à Maud; je fais confiance à ceux qui découvriront la lettre, la liront et finalement décideront de ne pas la délivrer à la jeune femme. Ma réaction, mesurée et surtout symptomatique d'un certain prisme de lecture, est là aussi liée à la qualité de l'écriture qui rend l'ensemble réaliste.

Bravo !
Et encore bravo !

Donaldo.

   Iktomi   
25/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je ne vous infligerai pas une exégèse aussi longue voire plus que votre texte.
Ce que j’ai à dire tient en peu de mots : c’est un texte magnifique écrit dans une langue superbe et pleine d’élégance.
L’approche est très littéraire (au sens noble du terme) et c’est justement ce qui me plaît : on pourrait trouver hautement improbable cette rencontre une jeune femme de chambre délurée et un vieux futur suicidé mais ça fonctionne à merveille. Parvenu au terme de la lettre, le lecteur (moi en l’occurrence) n’est plus conscient que de sa propre réaction : voilà qui porte la marque d’un vrai écrivain.
Kawabata, bien sûr, mais en lisant j’ai également pensé à Dazai, un autre familier de la proximité de la mort. Et puis, allez savoir pourquoi, peut-être à cause de ce passage sur le vieil écrivain américain, je n’ai pu m’empêcher de penser aussi à Faulkner lorsqu’il écrivait : « Entre le chagrin et rien, je choisis le chagrin. »
Merci pour cette très belle œuvre.


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