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Policier/Noir/Thriller
placebo : La course
 Publié le 03/05/16  -  11 commentaires  -  5491 caractères  -  79 lectures    Autres textes du même auteur

Ne pas se fier à la catégorie ou au titre.


La course


Le pied raclait le sol, les talons sur le goudron, les orteils dans l'herbe.


– C'est dégueu, pourquoi tu ne mets pas de chaussures ?

– Tu crois que j'ai envie de répondre à ta question alors que tu me juges déjà ?


La voix s'apaisa, Louise entendit le bien-fondé de l'argument.


– Pourquoi tu ne mets pas de chaussures ?

– Parce que j'aime sentir le frottement du sol sous mes pieds. Je suis un sensuel.


Sensuel, c'était un joli mot. Un peu lubrique sur les bords, éduqué. Associer des activités sales avec des jolis mots faisait partie des plaisirs de la vie d'Étienne.


– On y va ?


Ils se mirent à courir à petites foulées sur le chemin goudronné, en direction du bois. Les maisons individuelles glissaient à leurs côtés, petits jardins, voitures rutilantes, enfants sur leurs tricycles ou concentrés sur leurs téléphones, ils faisaient penser à des adultes miniatures, Étienne les imaginait sans peine en costume dans un salon à discuter stratégie d'entreprise.

Déjà la ville s'effaçait, le soleil chauffait les corps, quelques oiseaux gazouillaient.


– Tu n'as pas mal ?

– Pas encore, je peux courir longtemps tant qu'il n'y a pas de cailloux, là je tiens moins longtemps.


Louise n'était pas très fine, mais très sensuelle. Ce mélange plaisait beaucoup à Étienne, et la pensée de leurs deux ébats quotidiens suffit à l'exciter quelques instants, avant qu'il se concentre à nouveau sur sa respiration, sur le frottement du sol sous ses pieds.


Il aimait tant toucher les choses que souvent, il fermait les yeux. Les aveugles compensaient soi-disant leur déficience avec l'exacerbation des autres sens. Il aimait marcher à tâtons dans sa maison, se masser, passer ses doigts autour du cou de Louise et serrer, peigner ses longs cheveux avec ses doigts, la plaquer contre des murs ou des portes.

La violence portait parfois une forme de beauté. Il ne doutait pas que certains criminels avaient été d'authentiques esthètes, peut-être pas des artistes, car il refusait de parler d'œuvre ou de création dans ce contexte, mais des amateurs aux goûts particuliers.


Autour d'eux, la campagne apparaissait par à-coups à chaque montée, les étendues d'herbes n'étaient brisées que par des arbres solitaires. Plus au sud, on aurait imaginé sans peine les grillons et le bruissement de la source invisible entre les pierres, les plantes odorantes et la poussière du sol si mince.

Ici, la terre était grasse et lourde, le grain abondant, on ne manquait de rien. La ville était à l'écart des grandes routes, on voyait rarement les barbares effectuer des raids.


Le bois approchait, avec lui l'ombre des arbres et une ambiance secrète, intime. La voix ne portait pas loin, alors Louise et Étienne murmuraient en continuant à trotter sans s'essouffler. Louise portait plusieurs appareils pour mesurer le temps, la respiration, les foulées, le rythme cardiaque et la vitesse, toutes choses indispensables à une bonne course, et Étienne, vêtu seulement d'un short et d'un T-shirt, se débarrassait de son T-shirt en l'accrochant à une branche ; il faisait si bon dans le bois.


Louise parlait des dernières attaques sur les villes de la fédération, les joues rouges, indignée et excitée par les histoires de meurtres et les défenses désespérées de certains lieux, tandis qu'Étienne parlait sans réfléchir de la douceur de l'air, des plantes autour d'eux, de projets pour la fin de semaine à venir.


Il vint à l'esprit d'Étienne qu'ils étaient décidément très mal assortis. Les propos de Louise résonnaient dans sa tête comme un babillage futile et chacune de ses remarques insipides la faisait paraître hideuse et le dégoûtait, tandis que le balancement de ses hanches laissait découvrir le bas de son dos et ses fesses et l'attirait terriblement. Ce va-et-vient entre attirance et répulsion le mettait dans des états de violence qui le déconcertait, même s'il y cédait sans rechigner, charmé par ce qu'il pensait être une pulsion primitive le rapprochant de sa nature animale.


Il avait envie de lui arracher ses vêtements, de la plaquer contre un tronc, de lui bloquer les bras tandis qu'il la prendrait violemment dans l'herbe, d'appuyer avec ses doigts partout sur son corps, mais il se contenait pour l'instant.


Pourquoi était-elle là ? Il lui jeta un regard féroce. Il venait chercher le calme et la nature, oublier les autres humains, et elle se tenait à ses côtés, dévorant son temps libre, s'incrustant chez lui, proposant ses propres activités. Mais, en même temps, il ne lui avait jamais dit non, et cette autre lutte interne fit frémir son cœur – c'étaient les premiers signes de l'impuissance de la raison, et d'une voie possible à travers les sentiments.


– Tu as déjà vu des animaux chasser ?

– Heu, mon chat, han, han, enfin le chat de mes parents, han, han, il avait attrapé un oiseau et jouait, han, avec, han, pourquoi ?

– Je trouve ça beau, fit Étienne, et ses yeux brillaient comme ceux des prédateurs. Les carnivores réussissent bien mieux à chasser en groupe, han, seuls ils ont peu de chance, mais ensemble, en un instant, la proie meurt, tout est fini pour elle, elle retourne à la nature.


La respiration d'Étienne hypnotisa Louise. Il donnait l'impression de voler dans les airs sans effort, de ne pas obéir aux mêmes lois que le reste du monde. Il n'avait pas besoin d'air, il semblait se nourrir d'autre chose.


Au-dessus d'eux, un drone des barbares tira deux fléchettes empoisonnées et les deux corps retournèrent à la nature.


 
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   hersen   
10/4/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une ambigüité tout au long du récit nous fait craindre le pire : serait-il un serial killer qui fit un jogging avec sa prochaine proie pour l'entraîner dans les bois ?

Non, il semblerait que ce ne soit pas ça du tout, mais le problème est que je n'ai pas d'hypothèse de remplacement.

Ces deux drones "barbares" ( dans le sens étymologique ?) qui tirent deux flèches empoisonnées et c'est fini me laissent perplexe.
Ils chassent en groupes ? Qui sont-ils (ou que représentent-ils) ?

Je n'arrive pas à interpréter la fin et donc me demande pourquoi cette ambigüité dans le texte.

Bref, je suis un peu perdue.

   jaimme   
11/4/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Il est rare de lire une histoire où le contexte, la background, apparaît aussi peu, en filigrane en fait. Et c'est une excellente idée.
Votre écriture est de qualité et l'ensemble ne laisse aucune place aux phrases inutiles, ce qui est indispensable pour un format aussi court.
Un seul reproche: la dernière phrase, que j'ai trouvée trop simple, vraiment d'une moindre qualité. Il faudrait vraiment la retravailler.
Merci pour cette lecture!

   plumette   
3/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien
ce sera mon premier commentaire après m'être familiarisée quelques jours avec ce site que je viens de découvrir.

ce texte à l'écriture fluide, imagées, a su capter mon attention jusqu'au bout.
j'ai aimé faire connaissance avec Etienne, dont on apprend beaucoup au détour des phrases et son ambivalence m'a parue très intéressante.
le climat oscille entre inquiétant et bucolique.
s'il faut apporter une note un peu moins positive, je dirais que
la chute est trop brutale a mon goût et que l'intro n'est pas à la hauteur du reste du texte.
mais globalement, un grand plaisir de lecture.

   Bidis   
3/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je ressens dans ce texte que des choses s'expriment que l'on n'exprime généralement pas sans difficulté. L'écriture est simple, agréable à lire, mais je la trouve quand même par moment un peu faible comme par exemple la répétition de "était" dans ce passage : "Ici, la terre était grasse et lourde, le grain abondant, on ne manquait de rien. La ville était à l'écart etc..."
Et, bien sûr, je n'ai pas bien compris. Mais ça, ce n'est pas un critère...

   aloccasion   
3/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bon je dois avouer que je suis un peu perdue. Je suis de ces personnes qui ont besoin d'avoir un cadre, un contexte bien défini. Et là, on est lâché un peu en plein d'on ne sait quoi. Mais passé la surprise, j'ai réussi à suivre la course des deux personnages. J'ai aimé l'ambiguïté introduite dès le début par votre petit "résumé". On s'attend à tout instant à ce qu'Etienne craque et se jette sur Louise mais finalement, l'attaque vient d'ailleurs.
La dernière phrase m'a un peu perturbée, j'ai pas vraiment compris le délire. J'ai trouvé ça trop... abrupt peut-être. Enfin, disons que ça m'a semblé pas assez "intégré" au reste de votre nouvelle.

   Anonyme   
4/5/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonsoir placebo,

J'aurais plutôt placé votre nouvelle dans la catégorie Science-Fiction (à cause du drone et de ses fléchettes empoisonnées), bien que je reconnaisse qu'il existe déjà des drones dans ce bas monde, et qu'on peut sans doute très facilement y ajouter un mécanisme pouvant tirer ce genre de chose... Mais bon, la fin est quelque peu surprenante et me fait plutôt penser à de la science-fiction qu'à du Thriller... encore moins du policier ou du "noir". Mais après tout peu importe...

Je n'ai pas vraiment accroché avec cette nouvelle car je n'y ai pas vu de relation entre nos deux tourtereaux et ce fameux "drone des barbares" tirant ces improbables fléchettes empoisonnées... Je me pose la question de savoir pourquoi. Vous auriez du nous amener à comprendre ce qu'il se passe. Sommes-nous dans une espèce d'avenir improbable où les drones ont pris le pas sur les humains pour les exterminer un par un ? Je ne le pense pas, car nos deux tourtereaux ne sont pas sur le qui-vive et ne cherchent pas à se cacher. Alors quoi ? S'agit-il d'une guerre entre deux nations ? Ou bien d'une guerre entre djihaddistes de DAESH contre le reste de l'humanité ? Ce que je veux dire est que vous auriez pu nous dire exactement de quoi il s'agissait au lieu de nous laisser à notre propre analyse. D'ailleurs je suis sûr d'avoir fait fausse route, donc dommage.

Bien à vous,

Wall-E

   Lulu   
5/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Placebo,

j'ai bien aimé l'idée de cette course et de cette discussion lancée entre les deux protagonistes qui semblent vivre ensemble et qui, cheminant, s'interrogent - en tout cas, pour ce qui est du personnage masculin... On les suit et on se demande ce qui peut bien advenir. Vous nous laissez croire qu'il pourrait se retourner contre elle, vu les sentiments qui l'animent, mais on se demande simplement comment... Or, vous nous apportez une chute qui ne semble pas faire sens. Elle aurait pu être autre, car rien ne la lie à ce qui précède. J'aurais aimé un lien pour ne pas rendre la vie de ces personnages aussi absurde.

Côté écriture, je n'ai nul reproche à faire. J'ai aimé la fluidité du texte.

Cependant, concernant le fond, je suis perplexe. Une chute est sensée étonner, mais ici, ce n'est pas tant l'étonnement que la perplexité qui préside, je trouve. Peut-être faudrait-il étoffer un peu la dernière phrase pour la rendre abrupte, certes, sans qu'elle le soit... ? Je pense que j'aurais fait apparaître le drone plus tôt. Peut-être que Louise et Etienne auraient pu l'apercevoir sans y prêter attention... ? J'aurais peut-être glissé cela dans leur conversation.

Cela dit, l'idée des fléchettes empoisonnées est intéressante. Cela rappelle les philtres d'amour que prennent à leur insu les futurs amoureux, sauf qu'ici, il s'agit de poison...

En somme, je vous suggère de revoir la fin. A mon humble avis..., car elle déçoit, il est vrai, un peu.

Bien à vous.

   Tailme   
6/5/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L'écriture est plutôt agréable et sans surplus. Par contre, en ce qui concerne l'histoire, je n'ai absolument pas compris l'intérêt.
On suit le point de vue d'Etienne durant toute l'histoire et puis dans l'avant dernier paragraphe, c'est le point de vue de Louise qui prend le relais. Pourquoi ?
On voit au file de l'histoire le désir d'Etienne s’accroître. Finalement, ce désir s'apparente à l'instinct animal et puis paf ! les deux tourtereaux se font tuer. Encore, pourquoi ? Je n'ai ressenti aucune compassion pour les malheureux...
Dommage ! Peut-être faudrait-il développer la relation entre les personnages.

   carbona   
6/5/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour,

Des difficultés à saisir ce texte. On vole entre deux histoires, celle de cet homme, semble-t-il torturé, et celle de fond, d'un pays en guerre. Sans doute y a-t-il un parallèle à dresser mais ça ne me fait pas tilt. Des difficultés donc à m'immiscer dans le récit, à me l'approprier.

Les "han - han" des dernières répliques m'ont gênée. Des mots auraient été préférables pour traduire l'essoufflement et la différence d'essoufflement.

Le texte est par ailleurs bien écrit mais je reste sur ma faim.

Merci pour la lecture.

   Donaldo75   
7/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour placebo,

J'ai beaucoup aimé. Dès le premier dialogue, on sent la différence entre Étienne et Louise. La suite permet de planter le personnage d'Étienne, de mieux l'appréhender, dans un contexte pas trop présent même s'il aura une importance dans la chute. Le style, un mélange de douceur dans les descriptions des paysages et de violence dans les pensées, m'a emporté.

La fin, même abrupte, tape fort, la violence et la douceur restant côte à côte.

Bravo !
Merci pour cette lecture.

Donald

   matcauth   
14/9/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Placebo,

c'est un peu bizarre, cette fin, quand même. Alors, bien sûr, il ne faut pas toujours prendre le lecteur par la main, il faut le laisser avoir ses propres réflexions, le bousculer. Mais c'est quelque chose de difficile à faire, car il faut quand même donner quelques éléments pour le guider.

Je comprends que les pulsions d'Etienne sont vaines, achevées promptement par ce drone. Mais cette réflexion ne m'apporte rien, et je reste sur cette fin inutile et frustrante.

L'écriture est bien, il n'y a pas de superflu et ça se lit bien car le rythme est satisfaisant.


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