Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
plumette : Dernier été
 Publié le 16/03/18  -  15 commentaires  -  14104 caractères  -  94 lectures    Autres textes du même auteur

Les promesses implicites, celles que l'on se fait à soi-même, sans les énoncer à voix haute, sont les plus difficile à trahir.


Dernier été


C’est notre dernier été. J’y pense jour après jour, presque à chaque instant. Comment retenir l’écoulement du temps, m’imprégner de tout ce que tu m’as donné ? Tu ignores cet abandon qui se prépare, à mon cœur défendant. J’y suis contraint. C’est pour moi une douleur qui diffuse lentement, irradie, me réveille la nuit.


Je me suis installé dans ta bibliothèque, dans le fauteuil aux accoudoirs râpés, calé dans ce coussin avachi qui accueillait les siestes de mon père, et je t’écris là, sur son vieil ordonnancier, au papier jauni. Je caresse d’un doigt son nom imprimé dans le coin droit, en lettres anglaises : Docteur Ivan Genevoix – ancien interne des hôpitaux de Paris.


C’est notre dernier été. Je refais un à un tous ces gestes dont j’ai été témoin, je veux les graver dans mes mains. Ce matin, j’ai coupé du bois avec la vieille scie circulaire, heureux à chacun de ses gémissements stridents. J’ai ramassé la sciure, rangé le bûcher. J’ai ratissé l’esplanade devant le perron, je suis descendu au potager, j’y ai savouré quelques framboises et admiré les pois de senteur, j’ai continué jusqu’au verger, j’ai ramassé à terre les petites pommes rabougries au goût acidulé, en évitant les guêpes, j’ai cueilli quelques dahlias, les ai assemblés dans le vase d’opaline sous le portrait de mamie qui m’a regardé tendrement.

À pas lents, je suis descendu jusqu’à l’orée du bois, j’ai pris sa canne, dont je n’ai pas besoin, m’en suis servi pour remuer les feuilles sous le chêne à l’endroit où grand-père trouvait des girolles. J’ai cru sentir leur parfum. Je me suis assis sur le banc et j’ai retrouvé sous mes mains la douceur de la pierre moussue.

Je l’ai caressée. J’ai fermé les yeux. Sous mes paupières est revenue mon enfance en liberté : la cabane dans le grand sapin, la descente en charrette à la ferme, le lait bourru dans les berthes qu’il fallait caler entre nos genoux pour ne pas les renverser, la cueillette des mûres le long des haies, les visites au clapier interdit où nous gavions les lapins d’herbe toxique, les courses avec les cousins jusqu’à l’église dès le premier coup de cloche pour avoir le privilège de sonner l’angélus du soir, les après-midi dans l’odeur des vieux habits militaires au grenier, les « pestacles » répétés tout l’été pour cette unique et magnifique représentation en présence de tous les oncles et tantes réunis.


Je viens de toi, tu es mon socle, je me croyais solide, voilà que je vacille.

Bien sûr, je n’ai pas toujours été reconnaissant, ni fidèle. Attiré par le vaste monde, je me suis éloigné à l’adolescence, je dois même te confier que pendant des années, je t’ai vécue comme un poids, un lieu assigné, que je n’avais pas choisi, où je venais contraint pour des rituels familiaux consentis, par devoir.


Et puis, subtilement, tu m’as de nouveau attiré dans ton aura. Je te suis revenu, plus souvent et avec de plus en plus de plaisir. Justine a facilité nos retrouvailles, elle t’a adoptée, a sublimé tes défauts avec bonne humeur et nous avons voulu ensemble que nos enfants connaissent tes merveilles.

Mon père, progressivement et en douceur, m’a cédé sa place. Nous avons arpenté ensemble les hectares de ton parc, il me consultait, l’air de rien sur les décisions à prendre : fallait-il vendre telle parcelle de bois pour faire restaurer le petit temple grec de la pièce d’eau ? Étais-je d’accord pour faire replanter des massifs d’hortensias ? Car nous aurions pu changer de décor, comme nous y incitait le paysagiste professionnel qui avait remplacé notre vieux Léon parti en retraite. Et le grand hêtre rouge ne devait-il pas être élagué ? J’ai partagé sa peine lorsqu’il fallut nous résoudre à abattre le grand sapin qui avait pris la foudre.


Il m’incitait à prendre soin de toi, m’initiait à tes failles, dont je n’avais pas toujours conscience : ce satané chauffage aussi coûteux qu’inefficace, la vétusté de ta toiture dont les élégantes petites tuiles bourguignonnes étaient devenues poreuses avec le temps.

Peu à peu, je me sentais responsable, tu me donnais du souci, je m’attachais à toi. Comment me défaire de cet attachement ?

En acceptant ta charge, j’avais pris l’engagement tacite de te conserver et de te transmettre, comme mon père l’avait fait pour moi et son père avant lui.

Les promesses implicites, celles que l’on se fait à soi-même, sans les énoncer à voix haute, sont les plus difficiles à trahir.


Vois comme je tremble sous le regard sévère de l’ancêtre dans son cadre ! Je scrute son visage austère, je l’imagine à cette même place, dans cette bibliothèque qui sent la poussière, regarder par la fenêtre ce paysage qui n’a guère changé depuis un siècle. Qu’ai-je fait pour être celui qui va défaire l’œuvre de quatre générations ? N’est-il pas temps encore de sauver le navire ? Mes nuits sont hantées par ce souci et je tente honnêtement, sincèrement d’y répondre. Je tourne et retourne toutes les solutions possibles pour arriver chaque fois à la même conclusion : je n’ai pas réussi à faire la synthèse entre hier et aujourd’hui.


Je croyais me moquer de cet hier pétrifié par les traditions, et au moment de te quitter, je mesure à quel point je suis aussi pétri de cette pâte-là.

Tu vas me manquer : ton odeur si singulière de feu de bois et d’encaustique, les coups de boutoir dans tes tuyaux, les pieds d’éléphants de ton énorme baignoire, le lino craquelé du palier de l’étage et ces chambres biscornues aux papiers peints jaunis dont Justine avait tiré le meilleur parti avec ses trouvailles de chineuse avertie.


Lorsque nous nous sommes séparés avec Justine, je n’ai pas vu venir tous les dégâts annexes. Nous avons pris cette décision, après plusieurs épisodes de très fortes tensions, je t’avoue que nous en avons d’abord été soulagés. Nous étions d’accord au moins sur une chose : nous n’allions pas nous contraindre à rester ensemble alors que l’amour avait déserté, que nos désirs n’étaient plus en phase. Nous ne ferions pas semblant, pour la galerie, nous refuserions d’infliger à nos enfants le climat de silencieuse rancœur qui avait eu cours entre mes parents et que ma sensibilité avait bien mal supporté. Nous serions une famille moderne, après l’inévitable crise de la réorganisation, nous saurions rester un « couple parental » intelligent, apte à conduire nos trois chéris à l’autonomie.


Il nous a peut-être fallu partager cet espoir-là, d’un avenir meilleur et plus épanoui pour chacun, qui nous rendrait à nouveau généreux, pour faire le pas du divorce pas encore banalisé pour nos familles enracinées dans une tradition catholique et bourgeoise.


Avec le recul d’aujourd’hui, je ne peux pas me mentir : nos belles déclarations d’intention se sont écroulées en joutes mesquines pour l’argent, et en puériles rivalités dont nos enfants ont fait les frais.


Bien sûr, je me suis étourdi quelque temps dans ma liberté sentimentale et sexuelle retrouvée, j’ai vécu l’adolescence dont j’avais été privé, me grisant de succès faciles et rejetant le cadre. Je n’ai pas voulu voir où me conduisait ce nouvel appétit, j’ai lâché les freins et me suis retrouvé la tête la première dans le ruisseau.


C’est à dessein que j’utilise cette image un peu désuète qu’employait grand-père pour parler des filles de mauvaise vie, pour que tu comprennes la honte qui a été la mienne lorsque j’ai réalisé que j’avais détruit en quelques mois pour des pulsions d’adolescent attardé tout un équilibre professionnel et familial et qu’il me fallait désormais regarder en face des obligations à la traduction immédiate, en espèces sonnantes et trébuchantes :

La prestation compensatoire pour Justine, les frais des enfants, exponentiels dans cette période où ils allaient entamer les uns après les autres des études supérieures, mais surtout les conséquences désastreuses de ma désinvolture. Mes associés m’avaient foutu dehors et je devais réparer le préjudice financier causé à deux gros clients dont je n’avais pas certifié les comptes à temps.


Tu connais mon penchant optimiste, ma confiance dans le fait que « tout va s’arranger », ce que Justine appelait mon déni de réalité, ce que je pense être une excellente aptitude à vivre le présent pour en prendre et garder le meilleur.

J’avais cru que la vente de notre maison de Boulogne suffirait à éponger mes dettes.

C’était sans compter sur les représailles de mes anciens associés, qui t’ont hypothéquée pour garantir les risques liés à mes fautes professionnelles.

Lorsque j’ai reçu le recommandé m’annonçant la nouvelle, j’ai cru m’évanouir, j’ai compris soudain le caractère quasi sacré qui t’était attaché. J’ai vu mon père me regardant, sans colère, mais les yeux pleins de larmes, j’ai eu des envies meurtrières contre Thomas, mon associé et ami devenu traître, que j’avais reçu tant de fois ici, auquel j’avais dévoilé en confiance cette partie de ma vie, le seul à savoir ce que tu représentes pour moi et qui venait de m’atteindre comme jamais. J’ai osé penser que je souffrais plus de risquer te perdre que d’avoir perdu Justine.


Après quelques mois où je me suis débattu en me plaignant à droite ou à gauche de ce qu’on avait osé me faire, ne sentant aucune compassion chez mes proches, et même plutôt du triomphe chez ma sœur Alice qui n’avait jamais accepté la décision paternelle de te confier à moi, j’ai cherché des solutions pour te sauver.


Je me suis imaginé m’installer ici à l’année, alliant mon métier d’expert-comptable avec une activité de maison d’hôtes et de réception.

Je te voyais pimpante et ragaillardie, dans la splendeur de ton parc fleuri, accueillir des mariages, des cousinades, des séminaires professionnels, j’avais encore un réseau de contacts à Paris que je pourrais utiliser, je me suis vu te louer pour des films, organiser des parties de chasse à l’automne, et en intersaison, au printemps surtout, recevoir des vacanciers étrangers désireux de se reposer quelques jours dans une maison bourgeoise à la française.


Même si mon métier me pèse désormais, les chiffres me parlent encore et je me suis vite rendu compte qu’avant de pouvoir « t’exploiter » il eût été nécessaire que je te fasse une vraie beauté, sans lésiner sur les moyens. Et puis, seul, je ne pouvais pas mener un tel projet, il me manquait non seulement l’argent mais le savoir-faire, le raffinement et la débrouillardise d’une Justine qui avait durant de nombreuses années mis de la gaieté et de la couleur dans ton austérité.


J’ai cherché comment te « valoriser » sans trop t’amputer. Peut-être vendre une partie du terrain ou des parcelles de bois exploitables ? Mais l’expert foncier consulté m’a dissuadé de te démembrer, me faisant comprendre à juste titre que ta valeur venait de ton ensemble.


Coincé, d’horribles pensées me traversaient : je t’ai vu flamber dans la nuit, un court-circuit bienvenu aurait fait partir en fumée toutes ces strates de souvenirs empilées, j’aurai perçu l’indemnité d’assurance, abandonné les terres agricoles à mes créanciers, me serait enfui lâchement loin de tous et de toutes responsabilités. Dans un moment d’égarement, j’ai même pensé périr avec toi, nous réduire en cendres, mais laisser cet héritage-là à mes enfants m’a paru monstrueux et indigne de ce que j’ai reçu.


Puis j’ai fait une ultime démarche qui m’a énormément coûté. Je suis allé trouver Alice et ce péteux que j’ai toujours détesté : mon beau-frère. Je ne leur ai rien caché de ma disgrâce, j’ai proposé qu’ils te rachètent. J’imaginais un arrangement me permettant de te faire échapper à la vente à des inconnus. Nous aurions pu convenir d’un prix préférentiel, et j’aurais gardé un droit de regard sur ton destin. J’ai invoqué le souvenir de notre père, mon souhait de ne pas t’abandonner complètement toi le berceau de notre famille. Leur refus ne m’a pas surpris. Figure-toi qu’il m’a même soulagé. Alice a toujours joué les brimées alors qu’au fond, elle te revendiquait simplement pour la forme, en réaction à la décision paternelle certes influencée par des pratiques d’un autre âge. Alice se serait bien vue jouer les propriétaires mais sans aucune des servitudes et responsabilités attachées à cette condition. Cette idée d’un arrangement familial n’était pas une bonne idée, elle m’a sûrement été soufflée depuis l’au-delà par tous ceux qui ont fait des sacrifices pour toi, et a eu le mérite de me faire réfléchir à ce qu’il restait vraiment de cette famille au nom de laquelle je n’arrivais pas à concevoir pour toi un avenir sans nous.


J’en étais là de mes réflexions lorsque Thomas le traître m’a fait une proposition.

Il avait un acheteur potentiel parmi ses clients : une institution s’occupant d’enfants autistes venait de recevoir un legs très important pour ouvrir un établissement spécialisé, avec un cahier des charges précis. Il leur fallait un lieu à la campagne, avec du terrain pour pouvoir y accueillir des animaux.

J’ai accepté de recevoir le président de cette institution. Cette rencontre a été déterminante car je crois qu’il a eu un coup de foudre pour toi. Je ne sais ce que tu lui as évoqué mais j’ai senti tout le respect que tu lui as inspiré. J’ai senti qu’il était sensible à ton âme et qu’il conserverait ton essence autant que cela lui serait possible.

Il a eu le talent de me permettre d’imaginer ce que serait ton avenir au service de ces enfants différents. Il m’a parlé de sa mission avec une magnifique force de conviction. Mais comment avais-je pu vivre jusqu’à aujourd’hui en étant tellement loin des autres et du monde vivant, vibrant ?

Ce projet allait nous donner, à toi et à moi une chance d’évoluer, de faire bouger, de transformer ces valeurs dites de la famille pour les transposer dans quelque chose de bien plus large et universel.

Cette lettre a pris l’allure d’une confession. J’avais besoin de refaire avec toi mon chemin, te dire mon ambivalence, besoin que tu me comprennes au moment de passer le relais.

Vois-tu, j’écris tout cela pour que tu m’aides à te quitter. Ce n’est pas du désamour, c’est le mouvement de la vie qui s’impose, qui me déchire et me délivre peut-être, oui, me délivre.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Tadiou   
26/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
(Lu et commenté en EL)

J’aime beaucoup la lenteur avec laquelle les choses se dévoilent, sont révélées au compte-gouttes. Ainsi on apprend d’abord que c’est une propriété qui va être quittée, puis on apprend qui est Justine, puis le divorce, les relations familiales etc…

Précision des descriptions, sensations, couleurs.

J'aime cette interpellation directe de la maison, ce "tu" utilisé par le narrateur, cette personnification (on aurait pu penser au début qu'il s'agissait d'une femme).

Atmosphère de nostalgie, tristesse ; en même temps le narrateur se débat, à grand peine, pour réorganiser sa vie.

Il est suggéré, plus ou moins entre les lignes, que c’est son enfance-adolescence qu’il doit quitter (avec souffrance), pour tenter de se prendre en main, cesser d’être dépendant de Justine et cesser d’être irresponsable au niveau professionnel. Le narrateur nous livre ainsi ses faiblesses, sans se plaindre, mais sans beaucoup d’énergie.

Ainsi la fin, « heureuse », apparaît comme un beau cadeau de la « Providence » (ayant pris ici l’apparence de Thomas et son ami).

J’ai beaucoup apprécié l’écriture intimiste qui permet de pénétrer l’âme du narrateur et de faire corps avec lui.

J’ai regretté que Justine n’apparaisse pas, ni le père, en direct,
autrement que par le filtre des pensées du narrateur.

Texte très touchant car il dépeint un homme à la fois dans sa force et sa faiblesse.

Merci pour cette belle sensibilité, cette humanité, et à vous relire avec plaisir.

Tadiou

   Louise   
16/3/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Plumette,

Je n'ai pas grand-chose à dire, si ce n'est que c'est un des textes qui m'a le plus touché ici. Une retrospective émouvante, qui nous emmène lentement jusque dans nos propres souvenirs, à travers ceux du narrateur. Dans cet écrit il y a plus que des mots, il y a des couleurs, des lumières, des sons, bref toute une atmosphère qui transpire et transporte le lecteur. Les réflexions sont très justes (à mon avis!) et le personnage "vrai", une magnifique réussite!

Merci pour ce moment de lecture que j'ai grandement apprécié!

   Hananke   
16/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

J'aime bien le cheminement inexorable et très réaliste du récit.
Tout y passe : le rêve, l'illusion puis l'achèvement dans une sorte
de compromis qui satisfait tout le monde, le lecteur y comprit.
C'est dur de ne pouvoir transmettre un patrimoine reçu mais les temps
changent avec une telle vitesse que les biens finissent par quitter
le pays pour des acheteurs étrangers.
On se sent prit du début à la fin du récit par le stress en pénétrant
l'intimité de l'auteur.

Un peu trop prévisible ? C'est le seul reproche que je peux faire
à cette lecture.

   vendularge   
17/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour plumette,

Je n'avais pas lu ce texte, je crois. J'aime beaucoup ce récit, bien mené, bien écrit qui sonne juste (et pourtant les conversations avec les lieux ou les objets ne sont pas du tout ma tasse de thé;). Là, il y a un véritable travail et je trouve d'ailleurs que c'est un de vos texte le mieux écrit et le plus abouti. Rien de mièvre (ça aurait pu) au contraire, une certaine authenticité se dégage de l'histoire et c'est plus l'attachement au lieu de l'enfance qu'aux pierres. Une grande sincérité chez ce personnage qui le rend touchant.
Bref, un moment de lecture très agréable pour moi
vendularge

   kreivi   
17/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Plumette
J'ai bien aimé cette histoire et votre façon de la raconter (je n'ai lu qu'une fois)
en personnalisant et tutoyant une propriété chargée d'affect et d'histoire.
L'écriture glisse parfaitement comme un filet d'eau dans la vasque, faisant un détours ici et là pour raconter un détail,
une berthe cabossée, une branche coupée, une tuile vernissée...
de nombreux contours dans l'histoire et les souvenirs chargés de nostalgie et d'humanité douce.

Par contre je n'ai pas aimé vos mésaventures professionnelles. Elles ne sont pas très intéressantes pour le lecteur. Trop long.

Je garde un très bon goût de cette lecture

   Shepard   
17/3/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Salut Plumette,

C'est curieux comme ce texte arrive maintenant, alors que j'ai du me séparer de la maison familiale, une grande baraque dans laquelle j'ai passé 20 années de ma vie... Je comprend comment le narrateur (et peut-être l'auteur ?) peu s'attacher autant à ces quatre murs et aux milles souvenirs qui y résident, jusqu'à l'intégrer comme une personne à part entière.

Maintenant, je dois admettre que personnellement, je ne suis pas adepte du style d'écriture employé, parfois un peu trop chargé pour dire des choses simples. Ex:

- une douleur qui diffuse lentement, irradie, me réveille la nuit.
-> j'aurais choisis irradie ou diffuser lentement, les deux c'est trop.

ou encore :

- je t’ai vécue comme un poids, un lieu assigné, que je n’avais pas choisi
-> même problème pour moi, la même idée est répétée trois trois.

Après je n'ai pas la prétention de dire comment cela doit être écrit, mais c'est ce que j'aurais fait. Quelques autres détails... Comme "graver dans mes mains" très étranges, pourquoi pas simplement "graver dans ma mémoire" ?? Ou encore "Peu à peu, je me sentais responsable, tu me donnais du souci, je m’attachais à toi. Comment me défaire de cet attachement ?" -> Le questionnement n'est pas utile à mon avis.

Bref, un texte qui m'a parlé dans son fond, on sent une réelle émotion mais l'écriture m'a empêchée de m'y investir complètement, du coup je suis un peu resté sur le seuil de cette maison.

   Louison   
17/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour plumette;
j'ai aimé cette façon de s'adresser directement à la maison, comme à une vieille amie. J'avance lentement dans ce lieu et le découvre, j'en sens la poussière, je vois le cadre de l'ancêtre. Il est possible que je sois touchée parce qu'une telle maison est dans ma vie, avec le poids qu'elle représente, mais pas seulement ! Votre écriture est émouvante et c'est surtout ce talent qui m'a émue.

   Mokhtar   
18/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Pour avoir vécu le même déchirement, je suis sensible à ce thème de l’abandon d’une maison familiale. C’est l’évocation des souvenirs, des êtres qui y sont mêlés, et des communions avec l’espace naturel qui constitue le point fort de ce texte. L’écriture est sensible, émouvante, prenante. Sans tomber dans le mélo, parce qu’elle sonne juste. On croit deviner des retranscriptions qui ne sont pas inventées. Le nid est aussi une transmission de la lignée, si celle-ci a encore un sens…

Le texte s’enfonce alors dans la description de querelles familiales, de trahisons professionnelles, de défaillances personnelles. Cela a déjà été dit par d’autres ici : ce chapitre est pour moi aussi de moindre intérêt. Il détonne. On se doute bien que ce sont des aléas de la vie qui conduisent le narrateur à sa douloureuse décision. Ces imbroglios préparent mal la chute, et la dévalorisent.

Si je peux me permettre de suggérer, je crois que j’aurais imaginé un scénario plus centré sur la maison. J’aurais par exemple mis en scène un gros promoteur mieux-disant, projetant de tout raser pour construire un ensemble immobilier, ou une zone commerciale. J’en aurais fait des tonnes en évoquant la démolition, l’abattage des arbres etc…

Surviendrait alors la chute, qui a beaucoup d’intérêt. Le coup de chance de l’institution, le leg miraculeux qui sauve la maison, lui redonne une seconde vie avec une mission noble. Il y avait même là matière à développement : le rôle d’une maison et d’un jardin pour l’épanouissement des autistes.

Malgré mes réserves sur une partie de l’histoire, je trouve ce texte attachant et servi par une belle écriture.

   Pepito   
18/3/2018
Bonjour Plumette,

Kriture : très sympa, agréable au palais. Pour chipoter,

- "cet abandon qui se prépare" "abandon à venir" évite un "qui", désolé pour mon allergie. ^^
- "Je refais un à un tous ces gestes dont j’ai été témoin" ou je "fais" ou "je suis témoin"... ^^
- Pas compris "lait bourru" merci pour "berthes" que je ne connaissais pas ;-)
- "je m’attachais à toi. Comment me défaire de cet attachement" trop de taches ? Penser à utiliser l'eau écarlate ! ;-)
- " cet espoir-là, d’un avenir meilleur" > " espoir d’un avenir meilleur" tout simplement, non ?
- " pour l’argent, et en puériles" virgoule en trop
- " J’ai osé penser que je souffrais plus de risquer te perdre que d’avoir perdu Justine. " ... quoi ça y'en vouloir dire ? ;-))

Et plein de jolies choses...

Fond : Pas très d'accord avec l'incipit, rien de plus facile que de trahir les promesses évoquées en catimini. Je fais ça tous les jours... ;-)
"mes anciens associés, qui t’ont hypothéquée" ? c'est le droit de quelle région, ça ? ^^
Le coté enfant gâté inconséquent du narrateur nous empêche de le plaindre. Du coup j'ai trouvé le texte un poil longuet.
Normal que les propriétés changent de mains, il en faut pour tout le monde. Sur ce, hériter de ce genre de maison, c'est pas vraiment un cadeau. Il me semble, du moins, n'ayant pas une grande expérience en ce domaine. ^^

Merci pour la lecture.

   Donaldo75   
19/3/2018
Bonjour plumette,

J'avoue ne pas être client de ce type de narration où le narrateur parle avec une maison, une propriété pour être exact, afin de raconter sa propre histoire.

Le style est impeccable, la narration permet de bien appréhender le passé, les protagonistes, la situation. Cependant, et c'est là mon impression de lecture, la manière de raconter reste artificielle à mes yeux, comme dans un exercice de style réussi mais sans âme.

Une autre fois.

Don

   in-flight   
20/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un bel hommage au bâti, au patrimoine en héritage. Le fait de s'adresser à une maison (un foyer) aurait pu être casse-gueule et vous vous en sortez très bien. Juste la dernière phrase qui me semble trop pathétique. j'aurais vu "c’est le mouvement de la vie qui s’impose, qui me déchire. Qui me délivre."
Oui je pinaille. Un bon moment donc qui me rappelle une belle chanson écrite par Burt Bacharach, "A house is not a home".
https://www.youtube.com/watch?v=hVja1nONzv4

   Eva-Naissante   
20/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Plumette,

Le premier texte de vous que je lis. Un très beau texte, à mon humble avis. Avec un parfum de poésie.

Un rythme adapté au style employé, aux descriptions minutieuses, de souvenirs qui ne doivent pas disparaître. Comme si cette lettre était écrite, non seulement à cette maison mais encore à lui-même. Comme un témoignage.

Pas de lourdeurs, même si certains phrases, à mon sens, auraient pu être ponctuées davantage...ou scindées pour certaines (...j'ai tenté une observation potentiellement constructive...).

Je me suis laissée emporter. Me suis installée auprès de lui dans cette bibliothèque et puis je les ai vu ces framboisiers et senti ces dahlias....

Merci,

Au plaisir de vous lire à nouveau,

Eva-N

   hersen   
20/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Plumette,
Ton choix du narrateur qui s'adresse à la maison est déstabilisant en ce sens que la maison est un point zéro autour duquel la vie a gravité.
Par contre, l'évolution du narrateur dans ses tribulations hasardeuses appelées "la vie " sonne assez juste : que faire d'une grosse baraque qu'on ne peut plus entretenir ? c'est le lot, je crois, de beaucoup de maisons de famille. les habitudes ont changé, on ne se retrouve plus dans une maison familiale pas assez aerée et qui sent peut-être le moisi, on va plutôt au ski ou en trekking, ou on se fait un we dans un lieu plus en vue.

Je me suis sentie malgré tout un peu loin du sujet, tout simplement parce que je ne sacrifierais rien de ma vie pour une maison. Mais naturellement, ceci est très subjectif.

Sinon, j'ai trouvé ton histoire bien construite, cette évolution inéluctable qui va mener vers la vente est vécue par le lecteur comme un soulagement; le style est bon, dans ton choix de la maison comme interlocuteur, même si je ne l'aurais peut-être pas choisi. Mais à y réfléchir, c'est sans doute que tu fus attachée à une maison et moi pas ?

Merci pour cette lecture !

hersen

   plumette   
22/3/2018
En réponse à vos commentaires, c'est là:


http://www.oniris.be/forum/retours-sur-dernier-ete-t25450s0.html

   Cat   
16/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Plumette,

C'est une belle histoire, et j'aime beaucoup l'angle pris pour nous la raconter, sous forme de longue lettre à "l'être" aimé (au début, je pensais que le narrateur s'adressait à sa mère).

Une lettre à l'écriture impeccable qui a su donner le charme suranné qui convient à l'ambiance générale.

Au-delà d'une bâtisse, d'une propriété, c'est tout l'humain qu'il y a autour, le vécu, qui lui forge réellement ces valeurs dont on a du mal à se détacher. Tu as su très bien mener la narration pour nous donner envie de connaître la suite.

Tout sonne juste. Pas une seule virgule qui ne soit pas à sa place.

Merci, et à te relire.

Cat


Oniris Copyright © 2007-2018