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Aventure/Epopée
plumette :  Le souffle de l'invisible
 Publié le 06/12/20  -  15 commentaires  -  11040 caractères  -  126 lectures    Autres textes du même auteur

À partir de quel moment un horizon devient-il un paysage ?


Le souffle de l'invisible


Louis ne se sent pas à sa place sur ce bateau qui tangue juste avant d’aborder la passe de Lampaul, le port d’Ouessant, sous le regard amusé des iliens dont les propos en patois l’excluent.

Dans cette arrivée chahutée qui lui soulève le cœur, il ne distingue que la jetée, s’étonne de ne voir aucun bateau amarré, il ne connaît que les ports de Méditerranée.

Le pilote doit s’y reprendre à deux fois avant d’accoster, cris, odeur de fuel incommodante, la lourde corde tressée envoyée depuis le pont arrière est attrapée à terre par deux manœuvres, dernières secousses avant l’arrêt du moteur.

De la cale arrière sont déversées à toute allure quelques marchandises, puis l’unique camionnette qui a fait la traversée. Les piétons sortent en dernier.

Louis, dont la démarche est mal assurée, tire sa valise à roulettes, il est le seul touriste en ce jour gris d’octobre, il prend pied sur la jetée, découvre le village derrière qui s’étend un peu plus haut : des maisonnettes basses, blanches, coiffées de gris. Il faut grimper le long de la route sur quelques bonnes centaines de mètres, la lanière de sa sacoche d’ordinateur lui scie l’épaule, les roues de la valise tressautent sur le goudron irrégulier. Il frissonne dans son blouson de toile qui ne le protège pas de l’humidité et du vent, il n’a pas songé en faisant sa valise que l’automne à Ouessant aurait des airs d’hiver rigoureux pour un habitant du Sud.

Aucun autre piéton ne remonte vers le village, des véhicules l’ont dépassé dans une totale indifférence, les premières maisons ont les volets fermés. La route se resserre, devient rue, sinue, Louis cherche l’enseigne du café où il doit récupérer les clés. Il passe devant la boulangerie, puis devant une sorte de bazar-épicerie-restaurant avant de voir l’ancre rouillée sur son socle qui marque l’entrée du « café de la Marine ». Les volets de bois sont fermés, étonnement d’abord puis inquiétude. Au moment où il s’apprête à faire demi-tour jusqu’à la boulangerie, la porte s’ouvre sur un homme entre deux âges à la tignasse emmêlée qui le jauge des pieds à la tête :


– C’est vous l’écrivain ?


Louis a lâché sa valise, il avance une main, l’homme reste immobile.


– Oui, je suis Louis Danvers.

– Mmmm… moi, c’est Fanch ! Je dois vous donner la clé de la cabane à Marie-jo.


Le terme cabane surprend Louis qui n’en laisse rien paraître. L’homme rentre à nouveau dans le café sombre, ressort presque aussitôt avec une grosse clé simple munie d’une étiquette.


– Vous allez me laisser votre bagage. Je vous l’apporterai tout à l’heure avec la carriole. C’est pas tout près, vous savez ?

– Je peux peut-être faire venir un taxi ?

– Ma foi !!! répond-il avec un drôle de sourire.


Puis il reste silencieux, et semble réfléchir.


– Je peux peut-être vous trouver un vélo, d’ailleurs vous en aurez besoin pour faire vos courses.

– Va pour un vélo !


Le visage de Fanch s’éclaire, il invite Louis à entrer dans le café, passe derrière le bar puis ouvre la porte sur une cour où plusieurs vélos sont entreposés.


– C’est plus bien la saison pour la location, le magasin est fermé, mais je peux vous dépanner pour pas cher.


****


Louis n’est pas sûr d’avoir mémorisé les explications de Fanch mais il a retenu le nom du lieu-dit.

Il a dépassé l’église de granit ventrue, et pédale contre le vent dans la côte de Pen bar.

Le village est maintenant derrière lui, il compte les intersections jusqu’à un chemin de terre qui prend sur la gauche, s’engage et débouche dans une prairie où pâturent des moutons noirs et blancs, il revient sur la route principale, à plusieurs reprises le vent le déséquilibre, c’est qu’il faut pédaler ferme ici ! Et puis, il voit la petite girouette en bois colorée, sorte de goéland stylisé, qui s’agite en tous sens, sur laquelle il arrive à lire « Kerlan ».

Au bout du chemin creusé de rigoles, un groupe de trois maisons en pierre aux volets fermés, celle de Marie-jo est la plus petite, la plus coquette aussi avec ses volets bleu pervenche qui réveillent la façade grise. Deux gros massifs d’hortensias dans des tons de pourpre et violet encadrent la porte de bois brut patiné que Louis peine un peu à ouvrir sur une grande pièce dont l’humidité le fait éternuer. II trouve, à tâtons, un interrupteur placé logiquement à droite de la porte. Il commence par ouvrir les volets.

Le décor est vieillot, un peu rattrapé par la vue sur la mer, c’est d’ailleurs ce qui avait attiré Louis dans l’annonce trouvée sur Airbnb.

La maison est d’un seul tenant, avec une mezzanine pour le couchage, pas de surprise par rapport à l’annonce, un bout de cuisine et derrière un rideau la douche avec un cumulus. C’est sommaire mais suffisant pour son projet : la maison ne sera qu’un abri, Louis veut écrire ici comme les peintres paysagistes peignent, il arpentera l’île en tous sens, par tous les temps et à toute heure, muni de son carnet et de son crayon.

Il a besoin de ce retrait et de cette confrontation avec les éléments après ces mois passés sous les projecteurs, grâce à son livre « Vertige » qui a reçu le prix du premier roman.

À force d’avoir répété toujours les mêmes propos qui se sont affadis et décolorés d’interview en interview, il vient de vivre une indigestion de mots.

La griserie du début s’est transformée en écœurement, les séances de promo sont devenues de plus en plus pesantes, il n’en pouvait plus de ces pensées remâchées et lorsqu’il s’est mis à ne plus comprendre ses propres phrases, à se voir en surplomb, comme détaché de son propre corps, il a décidé de ne plus se forcer.

Évidemment, pendant tout ce temps, il n’a pu écrire la moindre phrase. Il a tellement peur que sa plume se tarisse ! Et de perdre pour toujours le bonheur des mots.


Son éditeur a accepté de couvrir sa désertion par un pieux mensonge et c’est même lui qui a conseillé « Ouessant » pour se ressourcer.

Alors que Louis ouvre les tiroirs et l’unique placard pour faire une sorte d’inventaire, Fanch apparaît sur le seuil avec sa valise.


– Je ne vous ai pas entendu arriver, dit-il étonné.

– Normal ! Aujourd’hui, c’est le vent du nord, il emporte le son.

Un vent qui rend fou... Y a qu’à voir les moutons, y courent dans tous les sens. On en a bien pour deux ou trois jours comme ça.


Louis se sent gauche, il ne connaît rien à cet univers, il se montre aimable en invitant Fanch à entrer mais réalise qu’il n’a rien à lui offrir à boire.


– Mettez-vous à l’abri un moment.

– C’est bon, mon gars, j’m’en vais retourner avant la nuit. Tu sais où me trouver s’il y a un problème.


Louis a noté le tutoiement, une familiarité qui lui fait du bien.


****


La première nuit, Louis a le sentiment de n’avoir pas fermé l’œil.

Le matelas trop dur, mais surtout les sifflements du vent, plus ou moins aigus, s’engouffrant dans l’interstice de la porte. Des cliquetis, des claquements, des gémissements, des hululements... Pour tromper l’angoisse qu’il sentait monter de cette langue nouvelle, véhémente, hostile, il a commencé à noter les mots du vent. Avec le lever du jour, le vent s’est calmé, ou peut-être est-ce lui qui a commencé à s’habituer ?

Après son café, il a étalé sur la table sa carte de l’île, a repéré le lieu de la maison et sa situation par rapport au chemin côtier.

Il trouve accroché derrière la porte un ciré jaune, un peu large pour lui, qu’il enfile par-dessus son blouson, il va commencer par aller au village se procurer des vêtements chauds et faire quelques courses pour ses repas. Bien qu’averti de la rudesse d’Ouessant, ce mot n’avait pas trouvé d’écho en lui, trop habitué aux Baléares, ou aux Cyclades, ces îles souriantes où l’on débarque sans bagage ou presque.

L’accueil des iliens est tout juste serviable, on répond à ses demandes, sans plus, il n’a pas réussi à engager une vraie conversation, s’étonne que sa présence ne suscite aucune curiosité. Il se surprend à éprouver un pincement de dépit alors qu’il se voulait anonyme.

Louis rentre à la cabane équipé d’un bonnet, d’une écharpe et d’un caban de laine, repart presque aussitôt à pied découvrir la côte nord, tournée vers le large.

Il arpente la lande rase et jaunie, il détaille les rochers, certains semblables à des dalles, d’autres découpés, dressés comme des forteresses contre lesquelles les vagues viennent s’éclater dans des gerbes d’écumes bouillonnantes.

Il descend au bord de l’eau, dans une crique où il espère se protéger du vent épuisant à force de rafales désordonnées, la mer est vert bronze, strié du blanc de l’écume, et dans le ciel plombé il observe les trouées de lumière comme des projecteurs sur l’eau.

Combien de temps est-il resté là à observer le spectacle du ciel et de l’océan, le jeu des oiseaux dans les courants d’air, la ligne d’écume se déplaçant au gré des flux et reflux de l’eau ?

Au retour, le vent frappe toujours autant. À l’abri dans la cabane, Louis a noté ces quelques mots « j’ai senti le cœur énigmatique de la mer ».

Puis il a parcouru le plan de son nouveau roman en cours, a vite refermé l’ordinateur avec un soupir d’ennui.

Allongé sur son lit, les yeux fermés, il a écouté la musique du vent jusqu’à l’hypnose.


****


La troisième nuit Louis s’est réveillé d’un coup, à cause du silence. Il n’y avait plus de vent !

Il est sorti dans la nuit et dans la clarté lunaire, l’île Keller, à quelques encablures de là, est apparue comme un vaisseau de pierre immobile.

Pris d’une soudaine envie de déambuler dans la nuit, il est allé jusqu’au chemin côtier, la forme des rochers comme une foule contemplant le large a fait venir des histoires de naufrages et de femmes de marins.

Il s’est laissé caresser un moment par la lumière du phare, tournoyant à intervalles réguliers. Lorsqu’il est rentré, la tête lui tournait un peu. Excité par les impressions de la nuit, il a mis très longtemps à se rendormir après avoir noté des mots dictés par le silence et la solitude.

Au matin, l’île était plongée dans le brouillard. Quelle impression étrange ! Une grande partie de la journée, Louis a dérivé au travers des brumes, dans un paysage évanescent, se laissant désorienter, captant ici ou là des formes.

Il est allé jusqu’à la plage principale de l’île, écoutant le clapotis des vagues et de la houle s’entremêler, observant le brouillard se fondre dans l’horizon.

À partir de quel moment un horizon devient-il un paysage ? s’ est demandé Louis.

Il a eu la réponse en fin de journée : le brouillard chargé d’humidité s’est déchiré sous l’effet du soleil et de la mer grise s’est élevé un immense arc-en-ciel.


Au fil des jours, les sens de Louis se sont affûtés, il n’a plus ouvert l’ordinateur, a noirci son carnet de notes enfiévrées, rassemblant des mots, et des images.

La puissance des éléments confronte Louis à sa part la plus vivante et peut-être la plus primitive. Il sent enfin sa place dans la nature et dans le monde.

La poésie est venue petit à petit comme une surprise au début, puis comme une évidence.


 
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   SaulBerenson   
9/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Merci pour la balade.
Tout la Bretagne s'appelle" Ker" quelque chose...
Ouessant c'est le bout de la fin de l'Europe, tout à l'ouest. Capitale du vent, à la pointe de la pointe. Bon, j'arrête là, le narrateur a tout dit, tout dépeint, caractère des iliens compris, et il l'a fait plutôt bien.

"Ecoutez le vent jusqu'à l'hypnose"...plus rien à dire après cela,
juste écouter.

PS: Je m'en vais quand même rajouter une buche dans la cheminée.

   socque   
13/11/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
« Allons bon ! que je me dis à la première ligne de dialogue. Le gars est écrivain. » Et je m'apprête à grognasser sur le fait d'écrire sur l'acte d'écrire, sujet ô combien rebattu, mais l'écriture coule plutôt fluide jusqu'à présent, je continue.

Un écueil sur la phrase
Deux gros massifs (...) l’humidité le fait éternuer.
que je trouve indigeste, mais pourquoi pas, c'est le pays du granit, on avance contre le vent, c'est rude.

L'autochtone breton, âpre comme son environnement, garde ses distances avec l'intellectuel qui s'en retrouve un peu piqué. Soit, et après ?
Après, la grande nature permet à Louis de retrouver les forces vives de son moi intérieur et de compléter son œuvre qui désormais, loin des artifices de la technologie, se bâtira sur l'authenticité du papier. La culture l'a échappé belle ! Et pis voilà, c'est fini.

Je ne dis pas qu'il faille s'interdire des sujets. Je dis que certains sujets ont été tant et tant ressassés qu'il devient difficile de sortir, quand on les aborde, du convenu et de l'enfoncement de portes ouvertes. Je n'ai pas le sentiment qu'ici vous y parveniez. L'écrivain éloigné du réel qui le retrouve dans la rudesse des hommes « vrais » et de la nature forte, pardonnez-moi, je trouve qu'on est dans la tarte à la crème.

En outre, à mes yeux, l'écriture ne parvient pas à transcender ce qui m'apparaît comme le convenu du propos. Elle m'a paru agréable dans l'ensemble, mais non exempte de clichés, par exemple
gerbes d’écumes bouillonnantes
rafales désordonnées
blanc de l’écume
le ciel plombé
les trouées de lumière
flux et reflux de l’eau

   maria   
6/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Plumette,

Comme Louis je n'étais jamais allée à Ouessant.
Comme lui, habitante du sud, je me suis étonnée de voir tous les volets fermés.
Je me suis détachée de lui quand il a été question de sa venue ici.
Mais après tout c'est son histoire qui est racontée.

J'ai trouvé l' omniprésence du vent très bien décrite, et sa puissance - si forte qu'on remarque son absence- bien rendue.

L'écriture est juste, fluide, la réponse à la poétique et intrigante question : "à partir de quel moment un horizon devient-il un paysage ?"est visuellement très belle.

Ailleurs Louis est une vedette, ici un anonyme ! A méditer...

Merci du voyage, Plumette.

   Luz   
6/12/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonsoir plumette,

C'est une très belle nouvelle sur le thème de la nature sauvage et son impact sur l'être, la solitude aidant. Je crois que de nombreux écrivains ont tenté ce genre de petite aventure (Jim Harrison par exemple).
J'ai beaucoup aimé la troisième partie qui se clôt avec « j’ai senti le cœur énigmatique de la mer ». Le personnage semble plongé dans un autre élément, entre la terre et l'eau.
Et puis, Louis "découvre" la poésie, peut-être seule à rendre compte de ce genre d'expérience, d'émotion intense.
J'aime cette nouvelle ; vraiment, bravo !

Luz

   dream   
6/12/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un récit entre le ciel et l’eau, entre les spots délaissés et la solitude présente qui a la profondeur d’une rédemption. Toute cette histoire se passe là, loin du monde et plus près de l’âme de la nature ; au cœur des tourments du vent et de l’apaisement, dans un dépouillement et un lyrisme mêlés. Car c’est bien le portrait d’un homme passé par les tourbillons du succès, puis le désenchantement des gens et des choses, jusqu’à atteindre la grâce, comme si soudain revenu de la réalité et des artifices du monde et atteignant l’essentiel, dans une sorte de rédemption créative aux souffles de la muse et du noroit.

Dieu que c’est beau et comme la nature est belle ! Peut-être que c’est simplement cela que de vivre et aussi aimer.

CLAP ! CLAP ! CLAP ! pour cette belle page si sensible.
dream

   Malitorne   
8/12/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Ce n’est pas un joli titre qui peut faire une nouvelle. Je me suis ennuyé, profondément ennuyé, et même les descriptions bien rendues d’Ouessant ne sont parvenues à me faire sortir de cet état. L’écriture, comme à son habitude, est propre et soignée mais, hélas, repose sur du vide. L’histoire souffre d’un manque criant d’imagination. Je ne cherche pas à coller aux basques de socque mais partage entièrement son avis que j’aurais formulé de la même façon : l’écrivain en panne d’inspiration qui rejoint la nature sauvage pour se ressourcer, non, par pitié ! Ou bien alors il aurait fallu trouver un épilogue qui sorte du déjà vu. Par exemple l’écrivain, en flânant sur le port, rencontre un vieux pêcheur. Celui-ci l’emmène plusieurs fois en mer. Subjugué, l’écrivain balance sa plume aux oubliettes et rachète le bateau de pêche du vieux qui part à la retraite et lui a appris le métier. Il devient lui-même marin pêcheur. Et vous finissez avec une belle image de cet homme nouveau à la barre de son bateau qui fend les flots. Quelque chose qui détonne, quoi !
J’ai l’impression Plumette que vous n’osez pas quitter votre zone de confort, vous en avez pourtant largement les moyens.

   Alfin   
7/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un moment suspendu que l'on aimerait vivre. L'auteur ajoutera-t-il de la poésie dans ses écrits ? Oui, évidemment il n’est pas insensible à son environnement.
Je ressens dans tes mots toute la solitude de l’auteur au moment ou il débarque du bateau, l’inconfort auquel il n’est plus habitué, se demandant sans doute aussi pourquoi il s’est fourré là-dedans. Puis il se pose, s’enracine pour se retrouver finalement.
Contrairement à d'autres, je ne pense pas que tout écrit doit tendre vers une avalanche d’action ou d’intrigues, se fardant de superlatifs à chaque instant pour captiver son lecteur. Les plus belles histoires s'écrivent aussi dans la lenteur, comme le dirait Farinetti pour le slow food, j'aime le slow writing dans lequel tu nous emmènes Plumette.

Merci pour cette promenade au grès des embruns ou de la brise, qui insuffle l'inspiration (ça fait beaucoup de souffle invisible ça :-) ).

   Pouet   
8/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut,

j'ai particulièrement apprécié l'écriture avec ses petits éclats de poésie, sans doute n'est-ce pas pour rien qu'elle est évoquée à la dernière phrase. De nombreux passages charment, subtils et évocateurs... "L'ambiance" y est fort bien campée.

Alors bien sûr, le thème de l'écrivain "lassé" par le succès et se confrontant aux éléments naturels par peur de "perdre l'inspiration" n'est pas particulièrement original, encore faut-il bien le traiter. Pour moi, c'est le cas ici.

Je ne sais trop qu'ajouter d'autre si ce n'est que, encore une fois, l'écriture m'a convaincu et que je me suis laissé agréablement embarqué avec Louis Danver sur l'île d'Ouessant.

Au plaisir.

   ferrandeix   
8/12/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Nouvelle remarquable, très bien écrite. Le thème du récit et pourtant simple: un auteur arrive dans une île de l'Atlantique et retrouve l'inspiration. L'atmosphère de cette solitude au milieu des éléments se trouve très bien suggérée. Pas vraiment de chute à la fin de cette nouvelle, mais une fin logique qui réalise bien une unité d'action, notamment avec l'idée au départ de cet auteur stérilisé par la vie mondaine, et en mal d'inspiration. Le style, très sobre, est élégant, imagé. On reste sous le charme. Cette page démontre que l'adhésion du lecteur à poursuivre sa lecture, le suspens créé, peuvent être obtenu par une grande économie de moyens.

   Lulu   
8/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Plumette,

Un vrai régal que cette nouvelle qui nous emporte vers des contrées qui nous insufflent une certaine évasion, tout comme pour Louis.

Je me demandais ce qui pouvait bien se cacher derrière ce titre énigmatique "Le souffle de l'invisible". Sans doute chacun peut-il l'interpréter comme il le souhaite, mais à la lecture de tes mots, au-delà des derniers où tu évoques l'évidence de la poésie de façon claire, on perçoit surtout, ou à tout le moins, je perçois, à te lire, une écriture affirmée de qualité qui nous fait vivre auprès des personnages et de cet horizon qui s'ouvre finalement...

L'écriture semble ainsi comme une mise en abyme de ta propre écriture où, nous, lecteurs, et auteurs aussi, souvent, sommes peut-être amenés à lire et à vivre l'écriture dans un certain détachement.

Bravo pour cela !

Bien sûr, ce texte m'a rappelé des souvenirs - personnels, donc - mais tu as réussi à m'entrainer ailleurs, et ton propre récit.

La prégnance des éléments est majeure, tout comme la présence humaine dans mon ressenti, suite à tes mots.

Je me suis demandé pourquoi tu avais écrit que le personnage - Louis - avait recherché d'abord l'interrupteur sur sa droite... Car, plongée dans la narration, j'aurais peut-être recherché à gauche... C'est ton adverbe "logiquement" qui m'a interpellée.

Les mots que tu as mis en exergue m'ont beaucoup plu, et j'ai aimé les retrouver dans le récit, dans leur contexte.

Je me suis arrêtée sur cette formulation :
"C’est plus bien la saison pour la location". J'ai eu du mal à la saisir, comme si elle avait été mal formulée. Mais j'ai aimé prendre du recul et voir que ces mots faisaient partie intégrante d'un dialogue. Les mots parlés ne sont pas nécessairement les mêmes qu'à l'écrit...

Merci du partage et au plaisir de te relire !

   Anonyme   
8/12/2020
Bonjour Plumette,

L’écriture est principalement soignée et coule paisiblement, ce qui sied sans doute très bien à l’ambiance de la nouvelle. Au début, toutefois, il y a un certain nombre de phrases nominales. Plus curieux encore, un mélange de portions de phrases verbales et de portions de phrases nominales, séparées seulement par des virgules. Je vous avoue que cela m’a parfois été désagréable, parfois moins, mais quoi qu’il en soit, puisque ceci se démarque du reste du texte, bien écrit, c’est qu’il doit s’agir d’une recherche de style et, en cela, c’est à saluer.

L’ambiance est bien rendue et j’ai pu m’y projeter.

Bon, j’essaie de retarder la partie moins agréable de mon commentaire, mais il faudra bien que j’y vienne :)

Je vous l’écris tout net : si le sujet est l’histoire d’un écrivain qui se ressource au contact de la nature, dans le plus parfait anonymat salvateur, ça ne m’intéresse pas du tout et le texte m’a paru fort long juste pour ça.

Cependant, je peux supposer que la dernière phrase, l’une des plus importantes d’une nouvelle sinon la plus importante, en donne l’orientation. Dans ce cas, il s’agirait d’un écrivain basculant de la prose vers la poésie. Ceci me paraitrait déjà plus intéressant. Le problème, c’est que je n’ai pas senti ce basculement. Je comprends bien sûr que vous marquez ce basculement par les deux phrases suivantes :
À l’abri dans la cabane, Louis a noté ces quelques mots « j’ai senti le cœur énigmatique de la mer ».
Puis il a parcouru le plan de son nouveau roman en cours, a vite refermé l’ordinateur avec un soupir d’ennui.

Mais ça ne me suffit pas du tout. Je sais bien sûr aussi que Louis Danvers n’est pas le narrateur de la nouvelle et cela pourrait paraître audacieux de confondre les deux, mais j’aurais bien vu le style de la narration évoluer progressivement et basculer lui-même de la prose vers la poésie, par exemple par l’utilisation de figures de style, de métaphores ou que sais-je. Une personnification de la mer dans la phrase clef du basculement, c’est beaucoup trop léger. Après tout, c’est peut-être un processus que vous aviez entamé par l’utilisation de phrases nominales, pour rendre le début plus abrupt, mais, même si le reste du texte est très correctement écrit, il demeure peu inventif et n’échappe pas aux clichés, ce qui me parait tout de même être l’antithèse de la poésie.

Votre intention pourrait donc être intéressante, mais tel quel, j’ai trouvé le texte fort long pour ce qu’il raconte.

Au fait, je suppose qu’il n’y pas de taxis à Ouessan ? :)

   Charivari   
9/12/2020
Bonjour Plumette,
un chouette "carnet de voyage". C'est à la fois la critique positive et la négative: c'est très bien écrit, décrit avec précision et ça se laisse lire très bien, malheureusement, je trouve qu'il n'y a pas grand chose au-delà de cette description de Ouessant: le personnage principal est juste esquissé, les descriptions un peu trop terre à terre à mon goût. J'aurais aimé en filigrane avoir plus de renseignements sur le vague à l'âme de l'auteur, et des images plus frappantes, plus osées. Je retiens tout de même les deux reflexions que notre écrivain note sur son carnet : l'horizon est-il un paysage et "j'ai senti le coeur énigmatique de la mer". Très bon.

Mais, malgré mon bémol, c'est un bon texte, bien écrit. Au plaisir de vous relire

   hersen   
11/12/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
La nouvelle vaut par l'aquarelle qui se déroule sous nos yeux, l'ambiance y est assez bien dépeinte.
Par contre, le personnage n'a pas de consistance, et c'est là le problème, puisqu'il est acteur principal.
J'ai attendu qu'il lui arrive un super gros truc, du genre de ce qu'il n'aurait jamais attendu, qui, soit le fait se remettre à écrire comme un forcené, soit (et j'ai un penchant pour cette version) l'éloigne à jamais de ce monde de l'édition car finalement, il a trouvé bien plus marrant, bien plus excitant, bien plus "vrai", de se lancer dans autre chose que lui aurait fait découvrir Ouessant. Du genre un coup de baume qui le réveille.

Car, et c'est là où le bât blesse le plus pour moi, sa vie à Ouessant à l'air tellement ennuyeuse à attendre que les embruns le fouette, que je ne lui trouve pas vraiment de consistance... et que je me demande bien ce qu'il peut écrire (ou a pu écrire) de décoiffant.

il me reste donc, en fin de lecture, une déception de ce personnage principal. Je pense que tu aurais pu le faire plus "vivant" en changeant de temps à autre le registre de ton écriture.
(Bon, on m'a reproché de la platitude dans ma dernière nouvelle, je ne suis donc peut-être pas la mieux placée pour te faire cette critique-là.)

Mais la balade à Ouessant fut dépaysante, ce qui est appréciable en ces temps figés !

Merci de la lecture, en espérant que tu ne sois pas chagrinée de mon com qui, à défaut d'être rude peut-être, n'en est pas moins très sincère.
J'aimerais bien te lire, un jour, dans du plus déjanté. Ou en tout cas, du un peu moins sage.

   ANIMAL   
12/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une nouvelle d'ambiance que j'ai bien aimée, avec la métamorphose de Louis qui s'adapte au climat local tout en douceur. Il accepte l'île et elle l'accepte aussi, en toute quiétude malgré la rudesse des éléments.

Il n'y a aucun coup de théâtre et il n'en est pas besoin. L'exergue pose une question et le texte y répond, tout simplement.

Une jolie balade contextuelle dans ce milieu fermé alors que géographiquement il n'y a pas plus ouvert qu'une île sur le monde.

   plumette   
17/12/2020


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