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Réalisme/Historique
plumette : Parenthèse
 Publié le 26/03/17  -  20 commentaires  -  9607 caractères  -  183 lectures    Autres textes du même auteur

Armand, coincé dans une existence routinière et triste, éprouve un étrange moment de bonheur.


Parenthèse


Armand ferme à clé son bureau. Il remonte le couloir silencieux. À cette heure-ci toutes les portes sont closes. Il prend l’escalier de secours, deux étages de marches en béton brut qui sonnent sous ses pas, salue le planton à la sortie puis va décrocher son vélo arrimé à la grille. Avec son tendeur effiloché, il attache tant bien que mal sa serviette en cuir sur son porte-bagages, pédale mollement jusqu’à la gare.


Les jambes de son pantalon sont resserrées par les pinces qu’il n’a pas quittées depuis le matin.


Le ciel est bas, d’un gris cotonneux, et déverse un très fin crachin qui se transformera en brouillard givrant.


Sur le quai, Armand hoche la tête çà et là en réponse aux saluts des habitués. Il se poste au repère F, celui où s’arrête en général le wagon des vélos. Il a juste le temps de se bourrer une pipe avant l’arrivée du train. Une jeune fille vient spontanément l’aider, elle accroche son collant dans le pédalier, refuse le billet de dix francs qu’il tente de lui mettre dans la main.


À la gare de Saint Romain, le quai est sombre et désert. Armand descend son vélo avec précaution, ajuste à son bras une petite lampe avec catadioptre, et part en direction du cimetière. Il passe devant l’auberge, la poste, longe l’église romane et s’élance dans la dernière côte sans changer de vitesse, si bien qu’il devra poser pied à terre dans la dernière épingle à cheveux. Encore un rideau d’arbres avant d’apercevoir la lanterne que Claire allume, tel un phare, au-dessus du portail, à la nuit tombée. Il se retourne pour un dernier coup d’œil sur le méandre de la Saône qui scintille dans les lumières des usines et des villages avoisinants.


Le portillon grince. Dans l’allée, il évite de justesse la petite girafe en plastique de Noémie, la ramasse et la glisse dans la poche de sa gabardine. La porte du garage est grande ouverte, il rabat les battants, se bagarre avec la serrure qu’il n’arrive pas à fermer, se dit qu’il faudra faire réparer, même s’il ne redoute pas les maraudeurs ou les voleurs. Tout est calme au rez-de-chaussée, la cuisine est allumée, ça sent la soupe, dominante poireaux.


Claire doit être à l’étage, en train de coucher Noémie. Armand s’apprête à monter lorsque sa femme apparaît dans l’escalier.


– Ah ! tu es rentré ! Je ne t’ai pas entendu… J’ai dîné avec la petite. Tu as de la soupe au chaud.


Ils sont face à face, au pied de l’escalier, Armand tente un geste, Claire recule et se détourne, son visage est fermé.


Armand monte quelques marches.


– Non ! Si tu veux la voir, tu n’as qu’à rentrer plus tôt ! J’ai eu un mal fou à l’endormir. Le pédiatre est formel. Il lui faut un rythme régulier, on doit la coucher avant 20 heures.


Armand renonce et se dirige vers la cuisine. C’est difficile avec cette petite qu’ils sont allés chercher en Colombie il y a trois ans maintenant. Il voudrait bien aider Claire qui se débat entre déception et culpabilité, mais se sent impuissant à adoucir ses tourments. Alors il se réfugie dans son travail qui est devenu prétexte, y passe beaucoup plus de temps que nécessaire, sans être dupe. Personne n’exige d’un greffier qu’il reste après 18 heures sauf les jours d’audience. Les reproches de Claire qui ne se plaint jamais pour elle-même viennent appuyer sur ce qui leur fait mal à tous les deux, mais ne peut ni se parler, ni s’alléger.


Les murs de la maison sont tapissés de photographies qui retracent un parcours aux apparences idylliques. Or beaucoup de pleurs viennent brouiller tous ces sourires figés sur papier, beaucoup de colères chez cette petite boule de nerfs qui ne supporte pas d’être lâchée cinq minutes. Claire a changé depuis l’adoption de Noémie. Elle a perdu sa légèreté, semble en vouloir à la Terre entière ! N’étaient-ils pas trop âgés l’un et l’autre pour accueillir cet enfant ?


Armand ne l’interroge plus sur le déroulement de sa journée, il a entendu maintes fois la réponse et peut aisément l’imaginer.


« J’ai dû me battre pour l’habiller, la traîner jusqu’à l’école, j’ai bien vu le regard compatissant de la maîtresse lorsque je suis allée la chercher à 11 heures et demie ! Depuis, pas une minute à moi. Elle hurle si je ferme la porte des toilettes. Je n’ai pas tenu 5 minutes au téléphone avec ma sœur, j’ai d’ailleurs refusé son invitation à la campagne, c’est plus simple comme ça. Si encore, je savais pourquoi elle crie ! »


Armand se sert une assiette de soupe. Claire s’installe à sa droite, leurs regards ne se croisent pas. Elle épluche une pomme.


– J’espère que tu as rappelé ta mère ! Sinon, elle pensera encore que je ne t’ai pas fait part de son appel.


Armand a oublié. Il ment. C’est plus simple, et sans grande importance. Aujourd’hui, ou demain… sa mère n’a plus vraiment la notion du temps.


Il n’y a rien d’autre après la soupe, mais il se tait, va chercher un yaourt dans le frigidaire, casse dedans quelques noix.


Claire reste là, silencieuse, les yeux perdus. Il tente de l’intéresser aux anecdotes du tribunal, cherche à la faire sourire en lui racontant que le Président s’est endormi en pleine audience et s’est réveillé brusquement à cause du bruit que faisaient ses propres ronflements.


Claire répond « ah bon… » d’une voix atone puis allume la télé. Armand attrape le journal sur la tablette du radiateur, défait le bandeau.


Claire semble captivée par l’écran. Il n’en revient pas qu’elle se passionne pour les péripéties de « Plus Belle la Vie » qui va bientôt fêter ses dix ans de diffusion ! Il voudrait ne pas juger, mais se dit que, décidément, elle a bien changé.


Il voit, sans vraiment regarder : sur un canapé de cuir blanc, un couple, une jeune et jolie femme brune, assise, souriante, se penche sur un homme, allongé à ses côtés, dont la tête est appuyée contre son ventre rond. Il lève son visage vers celui de sa femme, l’air extatique. Armand se détourne de ces niaiseries et commence à parcourir l’éditorial de son journal.


Puis il entend à l’étage des pas qui courent sur le parquet, qui se précipitent dans l’escalier. Il se lève, aperçoit la petite bouille caramel derrière la porte vitrée.


Il met un doigt sur ses lèvres, ouvre la porte avec précaution. Il soulève l’enfant qui accroche ses bras bien fort autour de son cou, il caresse la mousse de ses cheveux, picore de baisers les petites joues rondes et soyeuses, et lui parle bas à l’oreille.


– Alors ? Tu n’as pas sommeil ? Chuuut… Il ne faut pas déranger maman, elle est fatiguée… On va dans la chambre raconter une histoire…


Claire tourne son regard las vers eux, fait mine de vouloir se lever, Armand lui fait signe qu’il remonte avec l’enfant et dit « je m’en occupe ». Elle acquiesce d’un mouvement de tête. Son regard est de nouveau rivé sur l’écran.


L’enfant est calme, c’est un miracle, c’est si rare qu’Armand puisse la tenir ainsi contre lui, sans cris et sans concurrence.


Quand, après une journée terne, on s’est résolu à rentrer chez soi, qu’on n’attend rien d’autre que l’heure décente pour aller au lit, qu’on sait que l’autre, à vos côtés, vous tournera le dos, sans un mot ou avec un vague bonne nuit à peine audible, que demain sera la répétition d’aujourd’hui et qu’on est là, conscient de l’impuissance à faire bouger ce qui est depuis longtemps paralysé, quand c’est l’automne, que les jours raccourcissent et qu’on va vers du plus sombre, quand on est seul, qu’on s’est muré dans le silence par lâcheté, par tristesse ou par lassitude. Quand on sait confusément qu’on n’est pas à sa place, qu’on s’est trahi pour avoir trop écouté ceux qui disaient que nos rêves étaient trop grands pour nous, qu’on a décidé d’être réaliste, raisonnable, toutes ces choses tristes qui tuent le désir, et que tout ça vient de loin, de très loin, d’une enfance confinée, coincée, et quand, sans y penser vraiment, on prend dans ses bras un petit être qui s’abandonne avec confiance, qui vous rappelle l’enfant qu’on a été, alors, pris d’une impulsion brusque, d’une envie irrépressible de grand air et de liberté, en une seconde, tout simplement, on peut décider de prolonger ce moment de tendresse qu’on reçoit comme un cadeau, une surprise qu’on n’attendait pas, découvrant brusquement une source de joie toute simple. Alors on se sent important quand on se sentait invisible aux yeux du monde, alors on se sent responsable de cette petite vie qui palpite contre soi et on en est heureux !


Au pied de l’escalier, Armand descend au lieu de monter. Dans la pièce qui jouxte le garage et qui sert de lingerie, il récupère son vieil anorak, des chaussettes pour la petite, une couverture qu’il met en double, dans laquelle il l’enveloppe. Il continue de lui parler à voix basse, tout contre son oreille, sort doucement dans le jardin, l’enfant silencieuse, lovée contre lui.


Les pas d’Armand sur le gravier de l’allée émettent des crissements, la haie qui entoure le jardin bruisse dans le vent, il fait sombre, la petite cache sa tête dans le cou de son père, elle se laisse bercer par la marche précautionneuse d’Armand.


Armand passe le portail, avance sur la route, descend vers le village. Il se redresse, plein d’énergie, dans ses bras, Noémie, petite caille chaude, est un poids plume. Il respire la nuit, l’immensité du ciel, à pleins poumons, sa cage thoracique s’est élargie, il se fond dans tout ce noir troué de mille feux. Il est un autre, parle à l’enfant comme il n’a jamais parlé à personne, lui fait des promesses, et se met à chantonner.


Dans la nuit humide, il chancelle un peu, c’est comme une danse ou une légère griserie qui ne sait pas encore jusqu’où elle va.


 
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   Robot   
4/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cette chronique d'une journée vide qui succède à d'autres jours sans intérêt, image d'une vie de couple qui s'est délité, de l'accoutumance à une vie rongée par l'habitude. Voilà les sentiments que je ressens à la lecture de ce texte dont j'ai apprécié l'écriture.
Encore plus ce beau paragraphe qui débute par "Quand, après une journée terne,"
La nouvelle se termine sur un petit moment de bonheur, sur l'incertitude de son prolongement, à l'instant où le récit nous abandonne.

   Tadiou   
27/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
(Lu et commenté en EL)

Ca commence comme l’histoire d’une tristesse, d’une monotonie, presque d’une déliquescence ; les mots sont bien choisis, on ne s’appesantit pas, tout est bien rendu avec des phrases courtes, avec quelques descriptions et indications concrètes (ciel bas, auberge, église romane....)

Puis ça continue comme l’histoire d’un couple qui se délite, s’étant lancé dans quelque chose de trop grand, de trop difficile
pour lui : adopter une petite Colombienne ; non seulement on ne se parle plus, mais on ne se regarde plus. Et c’est le refuge pour la maman dans l’abrutissement devant n’importe quoi à la télé : la petite fille crie trop fort et trop souvent.

La compassion du regard de l’institutrice, le leurre des photographies disent bien toute l’étendue de l’échec de vie : très bon choix de ces indications extérieures.

J’aime beaucoup la longue phrase « Quand, après une journée terne…..source de joie toute simple. » qui dit bien la médiocrité de la vie et tout à coup le miracle et le bonheur, totalement inattendus.

Cette fin est presque du domaine du fantastique : on pénètre dans un autre monde, une autre dimension : encore quelques mots et on est dans le « merveilleux ».

Je regrette un peu que l’auteur ne soit pas « allé plus loin » pour sortir carrément de ce monde terrestre. En tout cas c’est une très belle aventure qui commence, pleine d’amour entre le père et sa fille. Cela acte peut-être encore davantage la déliquescence du couple, car l’épouse-mère est absente de ce miracle.

Je regrette aussi un peu que l’écriture n’ait pas changé entre la peinture de la vie qui se traîne, la peinture du couple qui s’achève, et la peinture du « miracle ». Cela eût été une bonne illustration de cette mutation.

C’est très beau et très touchant.

Bien sûr, je verrais plutôt ce texte dans la catégorie
« Fantastique/Merveilleux ».

   socque   
5/3/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
refuse le billet de dix francs qu’il tente de lui mettre dans la main.
(...)
les péripéties de « Plus Belle la Vie » qui va bientôt fêter ses dix ans de diffusion !
Sachant que les euros sont entrés en circulation générale en Europe le premier janvier 2002 et que la première diffusion de "Plus belle la vie" (source Wikipédia) date de 2004, je trouve qu'il y a un net problème d'anachronisme.

Sinon, pour moi, les premières phrases sont très efficaces pour poser l'ambiance très très sombre ; cela m'a donné envie de continuer, et je dois admettre que j'ai été plutôt déçue.
Pourquoi la petite fille adoptée braille-t-elle en permanence ? Cela me paraît arbitraire, posé là histoire de marquer tout le récit de l'empreinte du malheur.

La fin rattrape un peu pour moi, j'aime bien cette mise en parenthèse de tout ; je me dis que cela ne pourra guère durer, mais donne un aperçu d'un instant de grâce volé au morne quotidien. Finalement, me reste de ce récit une impression mitigée.

   vendularge   
26/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour plumette,

Je trouve ce texte bien écrit (j'ai pensé au petit détail des francs, sans plus).

Très joli paragraphe que celui qui commence par "quand après une journée terne", vraiment touchant et qui pourrait résumer l'histoire, le tout s'articule autour des ces phrases, explique le comportement du personnage, quand la vie, la confiance et l'amour viennent le réveiller de sa solitude.

Cette idée de non explication rationnelle de la fin est tout à fait intéressante (voilà une jolie chute en suspension..;)

merci
vendularge

   Bidis   
26/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte simple et poignant, avec une fin ouverte un peu angoissante. Bref, un bref moment de lecture bien agréable.
Petites remarques :
- « ça sent la soupe, dominante poireaux. » : dans un texte aux accents si naturels, cette formulation me semble un peu bizarre ; j’aurais dit simplement « ça sent la soupe aux poireaux ».
- « Il voit, sans vraiment regarder : » Si on appelle un souvenir par des images visuelles, on regarde, je trouve. En tout cas, cette formulation ne me semble pas très heureuse. J’aurais préféré, par exemple : « Il regarde le canapé et se souvient de ce couple, etc. »

   Dupark   
27/3/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
L'ambiance générale et le détail. Tout est là.
Vous nous donnez à ressentir une atmosphère pesante avec un portail qui grince, un tendeur effiloché, une girafe en plastique, une soupe... De la belle ouvrage, ma foi.
Le minimalisme, le réalisme et la simplicité me rappellent un auteur de nouvelles américain que je n'ose nommer pour protéger votre modestie.
Pas de bling-bling, pas de gonflette dans l'écriture, c'est la vie que vous nous montrez, juste la vie.
Après, le lecteur se débrouille avec ce que vous lui avez donné.
Alors, parce que ce texte m'appartient désormais, merci pour ce cadeau, je choisis de dire que la gamine souffrait d'une rupture affective d'avec sa mère biologique, de l'abandon, et que les tourments de sa mère adoptive, déception et culpabilité, n'étaient pas les bons pansements pour ce qu'ils ont de contagieux. Et je choisis même de débarrasser le père de l'anxiété de sa femme, à la fin. Pas forcément avec une rupture, mais avec le calme retrouvé de l'enfant, parce que le moment n'est pas au clivage, mais au rassemblement et que je suis comme ça, moi, bisounours décomplexé et militant. Et je m'autorise même, essayez de m'en empêcher, une rencontre entre un libraire et cette femme qui ne regardera plus les séries télévisées aussi imbéciles que méridionales :)

Encore ♪ Encore ♪

   Anonyme   
26/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Plumette,

Ça y est, je vous appelle « l’écrivaine sans histoires ». Si je fais le pitch, on a un couple à la dérive. Claire « se débat entre déception et culpabilité » de ne pas avoir pu enfanter, et passe son temps à s’occuper de Noémie, qu’ils ont adoptée, ou à regarder «Plus belle la vie »… des autres. Armand, lui, a raté la sienne, et sa seule lucarne s’ouvre sur Noémie. Un soir, cette lucarne s’ouvre comme une fenêtre…


Vous m’avez ensorcelé. Je n’avais jamais ressenti ça avant vous. J’ai flippé tout le long, attendant qu’Armand se suicide, casse la gueule à sa femme, la tue, ou mieux encore, tue Noémie. Ou qu’il la revende. Qu’il brûle ses dossiers du tribunal, découpe ses collègues en morceaux après qu’ils lui aient signé un droit de garde exclusif…. Bref, que quelque chose change sa vie. J’ai flippé, flippé. Et puis j’ai remonté le texte jusqu’à votre pseudo, et quand j’ai vu Plumette, une sorte de joie intérieure m’a envahi.

Pour la première fois de ma vie, j’ai souhaité une non-chute, et je savais maintenant que je serais servi. Quel bonheur que de finir sur une journée ordinaire, oh juste avec une prise de conscience un peu plus aigüe d’Armand, dont il se débarrasse à merveille en serrant Noémie dans ses bras, plus fort que d’habitude. Car pas un instant vous ne nous laissez croire que ce type est capable de remettre quoi que ce soit en question. Je ne crois pas qu’Armand sache faire autre chose que des allers-retours dans son impasse.

A la fin j’ai pensé un instant, pov Claire, pov Armand, pov Noémie, et surtout pov moi, comme si j’avais tourné les pages du journal d’un mec ordinaire qui voulait le rester.

Oui j’ai failli vous écrire une lettre de réclamation. L’élément déclencheur pointe son nez à la fin de l’histoire. Noémie n’arrive pas à dormir et provoque chez son père toutes ces pensées : « on prend dans ses bras un petit être qui s’abandonne avec confiance, qui vous rappelle l’enfant qu’on a été, alors, pris d’une impulsion brusque, d’une envie irrépressible de grand air et de liberté, en une seconde, tout simplement », histoire qui au final n’en sera jamais une selon les règles traditionnelles de l’intrigue.

Je disais que vous m’avez fait flipper. Que de questions vous nous faites nous poser !
« N’étaient-ils pas trop âgés l’un et l’autre pour accueillir cet enfant ? » Quel âge quel âge ?
Et pourquoi ce « regard compatissant de la maîtresse ? » Oui pourquoi pourquoi, je vous en supplie !
Quels secrets cache cette petite fille adoptée à l’autre bout du monde ? Vous le faites exprès ou quoi ?
Quel âge a-t-elle elle aussi ? L’école primaire c’est de six à dix.
Pourquoi créer tous ces mystères si c’est pour ne pas les résoudre ? Alors on s’en fout de tout ça ?

C’est le plus beau texte que j’ai lu de vous. Le style et la caractérisation de vos personnages, par de fines trouvailles que je n’aurais jamais osées (« le temps de se bourrer une pipe avant l’arrivée du train. Une jeune fille vient spontanément l’aider » :) m’on fait avancer dans ce néant sans surprise. J’ai eu peur de penser que vous étiez en manque d’idées. Et puis j’ai percé votre secret : en fait je sais maintenant que vous n’aimez pas déranger la vie.

Ludi
abonné du tgv

   PierrickBatello   
26/3/2017
Bonsoir Plumette,

Votre délicatesse est toujours là, mais...

Claire est UNE femme au foyer. Armand est UN employé banal. Ils forment UN couple qui ne fonctionne plus. Ils ont adopté UNE fille.

C'est joliment écrit, doucereux, comme dans du coton, comme si l'auteur avait peur de faire du mal à ses personnages. Mais que sait-on d'eux? Ils restent tellement indéfinis... C'est UNE histoire de couple pour qui l'adoption est difficile.

A un moment, l'auteur doit prendre un parti pris, nous imposer son point de vue sinon je trouve que cela reste dans la généralité qui ne touche pas.

Qui est Claire? Pourquoi ont-ils adopté? Pourquoi Noémie pleure-t-elle?

Vous avez là un joli début. Mais je reste avec l'impression d'avoir lu l'introduction d'une nouvelle.

Cit: Quand on sait confusément qu’on n’est pas à sa place, qu’on s’est trahi pour avoir trop écouté ceux qui disaient que nos rêves étaient trop grands pour nous, qu’on a décidé d’être réaliste, raisonnable, toutes ces choses tristes qui tuent le désir, et que tout ça vient de loin, de très loin, d’une enfance confinée, coincée,...

Que c'est généraliste! Tout le monde peut s'y retrouver un peu. Dans le même genre, on peut faire un paragraphe entier avec des "Quand la vie vous a trahi, que les amis vous ont déçu, que les regrets sont plus forts que les remords, que la mort vous a surpris,... etc." J'espère que vous comprenez mon propos.

Je suis peut-être dur mais je n'aime pas la condescendance. Je vous trouve du talent mais vous n'osez pas assez secouer vos personnages et nous les rendre uniques, spécifiques.

Voilà, c'est tout. Pour le reste, les qualité nommées par les autres commentateurs sont là.

A une prochaine, très certainement.

Pierrick

   Anonyme   
27/3/2017
Je pense que le sujet, bien que ténu, est intéressant en soi.

Malheureusement, l'écriture inexistante n'arrive pas à soutenir le propos ( entendons-nous, je ne critique pas le fait que le sujet soit mince, simplement lorsqu'un sujet est aussi ténu il nécessite a minima d'être soutenu par une écriture solide.)

D'autres avant moi ont notamment mis en cause l'anachronisme des situations. Peut-être s'agit-il d'un texte ancien repris un peu à la hâte et pour lequel l'auteur a négligé de remettre les événements au goût du jour?
j'ai eu en effet le sentiment que ce texte était d'une écriture très antérieure à sa publication et qu'il avait subi des interpolations récentes provoquant ainsi par pure négligence de relecture l'anachronisme des situations en divers lieux de la narration.

Ce n'est pas très grave, ça peut se corriger très facilement à la marge mais en l'état je ne vais pas émettre de jugement péremptoire ni accorder d'appréciation qui ne saurait être que très injuste pour ce texte un peu négligé.

Si vous vouliez en reprendre l'écriture, je le relirais avec plaisir.

   Pouet   
27/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bjr,

Une petite histoire d'un quotidien qui se délite ma foi bien rendue, c'est assez émouvant.

Voilà c'est simple, agréablement écrit. Tout n'est pas dit, comme si on observait ces vies de l'extérieur, sans y entrer totalement.

Je n'ai rien à dire de vraiment intéressant je crois, désolé.

Je suppose que le "billet de dix francs" du début est une tite coquille...

Cordialement.

   hersen   
27/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Ah, je vois qu'un fil est déjà ouvert !
Je me dépêche donc de faire mon com' avant de succomber à la tentation de lire ce fil !

Bon. j'ai aimé votre histoire. Je n'ai pas tout aimé, mais quand même. je trouve que les "trous" sont trop gros, notamment en ce qui concerne l'enfant. En l'état, que l'enfant soit adopté ou non, je ne vois pas la différence, à priori, dans l'amour qu'on peut lui donner. Il y a une faille dans le couple, d'accord. la faille était sans doute là avant que l'enfant n'arrive. Néanmoins, je ne comprends pas l'importance dans l'histoire que l'enfant soit adopté.

Nous avons d'un autre côté un couple où rien ne semble aller (pas étonnant que l'enfant pleure beaucoup !). l'empathie va davantage vers le père que vers la mère, j'ai l'impression, ce qui peut-être n'est pas très juste pour elle qui, à priori, souffre davantage. Si le père arrive à trouver une lucarne, la mère semble en être incapable et se replie sur "plus belle le vie". Je ne connais pas l'émission, mais j'imagine...

Pour moi, les trois sont vraiment mal partis car l'escapade du père avec sa fille, plein de poésie, ne semble pas être fréquente; il y a comme un gros couvercle sur le chaudron et à force de bouillonner, ça va exploser.

Mais vous arrêtez avant. Vous nous affamez, Plumette, en nous retirant notre assiette que nous espérions bien vous voir remplir.

Et vous savez quoi ? je ne vous en veux pas, j'ai passé un bon moment de lecture d'une part et d'autre part, je vois les choses comme je veux.

Donc, à part que je ne comprends pas l'importance que l'enfant soit adopté, je trouve que l'ambiance délétère dans cette famille est bien posée.

Un petit truc parce que c'est bien de finir sur un détail qui n'a pas d'importance : que ce monsieur se fasse aider pour mettre son vélo dans le train, alors qu'il le fait soir et matin...je ne vois pas l'intérêt dans l'histoire.
Ah, et au fait, il garde ses pinces à vélo toute la journée ? au bureau ?

Merci pour cette lecture.

hersen

   Velias   
27/3/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Chronique de la vie ordinaire, du désespoir d'une vie remplie d'obligations et de renoncements. Fichtre, que cela est poignant ! Je suis entrée dans ce récit lentement et je me suis fait happée par l'humanité des personnages.

Un texte très bien écrit de mon point de vue avec une mention spéciale pour " Quand, après une journée terne,...alors on se sent responsable de cette petite vie qui palpite contre soi et on est heureux !"

Bravo et merci pour cette lecture.

   Pepito   
27/3/2017
Coucou Plumette !

Forme :
"Il remonte le couloir silencieux" à contre courant, je suppose. L'aval d'un couloir, je vois, mais l'amont, en revanche... ben, pas davantage. ;=)

"marches en béton brut qui sonnent sous ses pas" ha, que j'aime à entendre résonner le son des pas sur le béton brut. Gling ! Dlang ! Plong !

"Il a juste le temps de se bourrer ... Une jeune fille " j'ai eu du mal à suivre la scène, là ! Bien que l'envie de tout comprendre ne m'ait pas manqué. Par contre, 10 francs m'a semblé radin, vu le service rendu. ;=)

"sans changer de vitesse, si bien qu’il devra poser pied à terre" c'est un vélo "5 vitesses au plancher" je suppose ?

"C’est difficile avec cette petite qu’ils sont allés chercher en Colombie" où elles étaient en promo à l'époque. Là, je coince sérieusement sur la formulation ! Cela sous-entend que si "la petite" était bien de chez nous, ils n'auraient pas de pb ?... Heureusement que je côtoie Plumette depuis un bon moment. ^^

"Claire qui se débat entre déception..." ça continue... Décidément, la "colombienne" ce n'est plus ce que c'était...

"mais ne peut ni se parler" ... > se dire

"un yaourt dans le frigidaire, casse dedans quelques noix." > ça c'est drôle, le yaourt qui croustille. Voir Chuck Palahniuk ;=)

"Quand, après une journée terne, on s’est résolu à rentrer chez soi, qu’on n’attend rien d’autre que... toutes ces choses tristes... qui tuent le désir, et que tout ça vient de loin, de très loin, d’une enfance confinée, coincée, " > oh putaingue ! Je m'en va me petit-suicider !

"Au pied de l’escalier, Armand descend au lieu de monter." un peu comme dans le couloir du début, en fait ? ;=)

"Dans la nuit humide, il chancelle un peu," > surement l'effet du "brouillard givrant" annoncé en début de texte. Elle a intérêt à avoir les poumons solides, la petiote.

Fond :
Si je comprends bien, ce brave Armand a mis trois ans à prendre la gamine dans ses bras, c'est ça ?
Ouais, ouais, ouais... J'me suis bien ennuyé (à part les blagues et l'anachronisme ;=). Ben c'est pas du Plumette de haut niveau, tout ça. Faudra voir à s'concentrer la prochaine fois ma p'tite dame ! ;=)

Pepito

   Novi   
28/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le court récit d'une monotonie qui semble tuer à petit feu le protagoniste. Remarquablement écrit, d'un style incisif et précis, le texte s'envole sur un paragraphe déjà cité, mais dont le sujet m'a permis de véritablement m'identifier ; ce flirt avec l'aliénation des gens par leurs habitudes précaires fut fascinant.

Court, peu de choses à dire si ce n'est que j'ai apprécié la lire pour sa fin, pour son milieu, et moins pour son début ; qu'il est difficile, de rentrer dans une nouvelle qui nous promet la même morosité des jours qui passent...

Passez votre chemin si vous voulez vous évader, restez si vous voulez voir l'espoir dans la sobriété d'un lien paternel.

   aldenor   
29/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une qualité d’écriture, faite de recherche de précision du détail et de concision.
La nouvelle est très bien agencée. Le soin mis au début pour créer l’ambiance qui préfigure le thème de la nouvelle. La situation qui s’éclaircit progressivement. Le long paragraphe de transition « Quand, après une journée terne ... », comme un tunnel qui amène le dénouement lumineux.
Tout de même, certains passages m’ont paru superflus et certains comportements obscurs.
« Claire semble captivée par l’écran. Il n’en revient pas qu’elle se passionne pour les péripéties de « Plus Belle la Vie » qui va bientôt fêter ses dix ans de diffusion ! Il voudrait ne pas juger, mais se dit que, décidément, elle a bien changé. » : Ils ont adopté la petite colombienne 3 ans plus tôt. On suppose que c’est alors que leur vie conjugale a périclité. Qu’est-ce que ca fait donc si l’émission remonte à dix ans ? Et que brusquement il n’en revienne pas que sa femme s’y intéresse, parait bizarre.
« Une jeune fille vient spontanément l’aider, elle accroche son collant dans le pédalier, refuse le billet de dix francs qu’il tente de lui mettre dans la main. » : je ne vois pas en quoi ce passage se moule dans la problématique du texte.
Comment se fait-il que l’enfant soit calme quand son père la prend dans ses bras et n’arrêtait pas de crier avec sa mère ? Miracle ? Je préférerai une forme d’explication.

   plumette   
29/3/2017

   silvieta   
29/3/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Les phrases qui se succèdent, uniformes dans leur simplicité ( à peu de choses près sujet + verbe + c.o.d ) ne sont pas pauvres en vocabulaire, non, leur charge lexicale est précise, au contraire. Elles contribuent à implanter, volontairement, une impression d'ennui qui est le quotidien de cette famille composée d'un couple d'un certain âge et d'une petite fille adoptée.

La disposition aérée soutient la lecture.

Ces tranches de vie ne respirent pas la joie. C'est l'histoire d'un couple qui se délite. ( Pour m'être farcie hier le recueil de Doris Lessing "l'habitude d'aimer", en particulier sa "chambre 19" qui traite du même sujet familial je ne trouve pas le propos bien original dans cette "Parenthèse" que je découvre aujourd'hui. ) La gamine adoptée, pas aussi docile que ses adoptants auraient pu la rêver, sert de catalyseur. Le mari part avec la gamine, se prenant pour le Grand Meaulnes.

Ce dénouement, qui pourrait convenir à un roman, me paraît artificiel pour une nouvelle et c'est une solution de facilité. J'aurais préféré une fin moins spectaculaire, toute en subtilités, qui aurait pu confirmer le naufrage de ce couple en évitant les débordements histrioniques.

   Cat   
30/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il y a un contraste saisissant entre l’histoire douloureuse d’un quotidien qui se délite et le ton simple adopté pour la narration.

Tout ce qui se laisse deviner derrière les phrases construites sans pathos, a la douceur amère des sentiments qui se sont élimés au fil du temps et des déceptions accumulées.

Au sortir de vos mots, j’éprouve une empathie profonde pour Armand, touchant avec ses pinces de vélo oubliées. Il se dégage de lui une vraie gentillesse, comme il se dégage de Claire, une tristesse pesante d’un poids bien plus grand que la simple culpabilité, la simple déception.

Ce que j’aime dans vos histoires, Plumette, c’est que vous laissez la porte ouverte à la lectrice que je suis. J’arrive chez vous et je n’ai plus qu’à ouvrir mes valises.

Un grand merci pour ce petit bonheur.

Cat

   Jano   
9/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Au niveau de l'écriture c'est propre et précis, rien ne vient entraver le cours de la lecture si ce n'est cette phrase ("Quand, après une journée terne...") excessivement longue à mon goût. Peut-être manque-t-il un peu d'audace dans les formulations, le tout reste quand même très académique.
Sur le fond je sais que l'adoption est une entreprise compliquée qui peut déstabiliser des parents pourtant plein de bonnes volontés. Le caractère de l'enfant est crédible et ne nécessite pas d'explications, ça demeure une enfant déracinée avec toutes les conséquences.
Je suis moins convaincu par le refuge de la mère dans un feuilleton télévisé. Pas très original comme idée.
Manque d'imagination également dans le choix du métier paternel. Pourquoi faut-il qu'on colle toujours à ces pauvres greffiers l'image d'une vie terne et peu reluisante ? Une profession valorisée aurait a contrario renforcé le récit, introduisant un contraste entre une situation confortable et une détresse sentimentale. Nul n'est à l'abri.
Très bonne fin qui donne véritablement son cachet à l'histoire, qui la sort de quelque chose d'assez banale finalement pour l'emmener vers d'autres rivages.

   jfmoods   
27/8/2017
La nouvelle se décompose en trois parties.

Par le décor, la première partie ("Armand ferme à clé son bureau." à "lorsque sa femme apparaît dans l’escalier") installe progressivement l'ambiance (paysage état d'âme : "Le ciel est bas, d’un gris cotonneux, et déverse un très fin crachin qui se transformera en brouillard givrant.", éléments du décor véhiculant tour à tour l'usure, la lassitude, l'image de la nuit intime : "son tendeur effiloché", "le portillon grince", "pédale mollement", "la lanterne que Claire allume, tel un phare").

La seconde partie ("– Ah ! tu es rentré !" à "Son regard est de nouveau rivé sur l’écran."), axée sur l'échange entre les partenaires, avalise la distance affective (mise en perspective assimilable à une didascalie : "Ils sont face à face, au pied de l’escalier, Armand tente un geste, Claire recule et se détourne, son visage est fermé.", processus d'évitement du conflit : "Armand renonce et se dirige vers la cuisine.", "Armand ne l’interroge plus sur le déroulement de sa journée, il a entendu maintes fois la réponse et peut aisément l’imaginer.", "Il n’y a rien d’autre après la soupe, mais il se tait.", "Il tente de l’intéresser aux anecdotes du tribunal", recours au discours indirect : "Il voudrait ne pas juger, mais se dit que que, décidément, elle a bien changé.")

La troisième partie ("L'enfant est calme..." à la fin) s'inscrit dans la logique du titre ("Parenthèse"). Un réseau dense de phrases complexes ponctuées de subordonnées de temps ("Quand" x 5) prépare une ouverture inattendue (connecteur de conséquence : "Alors" x 3), l'image d'une plénitude à cueillir à deux. Au bout de la route, le village se présente comme le point d'appui d'une clarté, d'un comblement provisoire (hyperbole : "tout ce noir troué de mille feux", thématique de l'ivresse passagère : "il chancelle un peu", "une légère griserie").

Merci pour ce partage !


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