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Sentimental/Romanesque
Popol : Une histoire sans fin
 Publié le 18/03/21  -  4 commentaires  -  15251 caractères  -  45 lectures    Autres textes du même auteur

Les histoires sans fin aboutissent souvent à une impasse. Les autres stagnent tels des nénuphars à la surface d'un lac.


Une histoire sans fin


Il faut que je vous raconte mon histoire. Pas parce qu'elle est plus intéressante que celle qui a marqué votre vie, non. Juste parce qu'elle est étonnante, rarement évoquée même au détour d'un roman.

J'attendais un coup de téléphone de Miranda. Elle m'avait promis de m'appeler si elle acceptait de venir au rendez-vous. Elle avait besoin de réfléchir.


– Appelle-moi même si tu refuses de venir.

– À quoi bon ?

– Pas envie d'attendre comme un ado.

– Tu n'as qu'à te comporter en adulte.


J'avais rencontré Miranda à l'occasion du vernissage de Raoul, un vieux pote des beaux-arts. Elle découvrait ses toiles, les yeux exorbités, et je m'étais vanté d'être son ami.


– Vous avez du talent, vous aussi, j'espère.

– Vous ne parlez qu'aux vrais artistes ?

– Je m'efforce surtout de ne pas perdre mon temps avec des barbouilleurs.

– Vous aimez ce que vous voyez ?

– Vous êtes son agent ?

– Non. Juste un ami. Je peins, à mes heures.

– Et vous avez exposé ?

– J'aimerais bien, mais le talent me manque. Je suis un barbouilleur, comme vous dites.

– Je voudrais voir vos œuvres. Vous avez une lueur dans le regard qui me rappelle celle de Picasso à ses débuts.

– Vous l'avez connu ?

– Et goujat avec ça.


Elle avait souri et j'avais trouvé sa réaction aussi paradoxale que noble.


Le téléphone a sonné quand j'ai traversé en dehors des clous parce que j'étais distrait. Je voulais juste qu'elle vienne voir mes œuvres. Nous avions sympathisé et il n'avait jamais été question de flirt. La sensation d'avoir soudain, surgie de nulle part, la grande sœur que mes parents ne m'avaient jamais donnée. Des freins ont chanté un affreux refrain. J'ai été mis en orbite autour de…

Deux mois de coma et l'incertitude de remarcher normalement un jour. Le chirurgien a été épaté quand je lui ai dit que l'essentiel, c'était que la main tenant le pinceau soit intacte. Que je puisse continuer de me prendre pour Monet.


– Vous n'avez même pas un ongle incarné.


Il m'avait arraché un sourire qui me fit mal aux zygomatiques. Miranda était souvent venue me voir, Raoul aussi, mais jamais ensemble. J'ignore pourquoi j'avais été rassuré.


*


Rose crépuscule.

Juste avant l'accident, j'avais commencé une toile qui m'obsédait jour et nuit. L'œuvre de ma vie ? Peut-être, car j'avais décidé de ne la montrer qu'une fois achevée. Les précédentes, je m'en étais débarrassé par le regard des autres. Raoul fonctionnait différemment ; lui, c'était un véritable artiste. Chaque dithyrambe, même la plus hypocrite ou intéressée, nourrissait son ego. Il n'était point habité par le doute, qui avait choisi de grandir sous mon toit.

La genèse de Rose crépuscule.

C'était avant ma rencontre avec Miranda. Cette femme avait motivé mon désir de lui montrer mon atelier où la toile trônait, magnifiquement inachevée et transformant les autres en ombres chinoises. Il m'arrivait de me lever, au cœur de la nuit, pour lui donner quelques coups de pinceau et retourner me coucher sans m'être lavé les mains. Mes draps bleus rosissaient à force.

Un dessin au pastel, et une lune rosissant dans un ciel mauve. Mais était-ce bien une lune, ou le fébrile soleil de l'aube ? Le titre ne donnait aucune réponse, il en suggérait une, improbable, cachée derrière les évidences.

Un crépuscule d'hiver ?

Je détestais l'été à cause des rayons d'or du père de Phaéton. Je rechignais à accompagner mes parents à la plage. Ma palette avait banni le jaune, couleur qui me faisait flipper. Gamin, je zappais les poussins. Il y en avait dans le poulailler de notre voisin. Le coq, heureusement, était muet. Sans doute parce qu'il n'avait pas été un citron sur pattes, à la naissance.


– Maman, maman, pourquoi ils ne sont pas noirs, les bébés poules ?

– La nature en a décidé autrement.

– Et pourquoi je n'aime pas le soleil ?

– Parce que tu es né un jour de pluie.


Ma mère avait toujours été incapable de répondre à mes questions d'enfant. Mon père, lui, n'avait qu'un seul souci dans la vie : gagner assez d'argent pour que sa femme soit heureuse. Il était agent immobilier et, très croyant, allait se confesser tous les mois car son métier lui imposait de mentir.


– Je ne mens pas, je force le trait.

– Change de règle !


Maman avait l'humour grinçant.

Raoul, à qui je commentais mon enfance comme si j'écrivais mes mémoires, avait souri du paradoxe.


– Un artiste peintre qui n'aime pas la lumière, c'est comme un hibou qui dort la nuit.

– La peinture a été ma thérapie, mais c'est plus fort que moi, au-dessus des plages, c'est la lune que je peins.


*


Je me suis remis à la tâche. La toile laissée en plan de longues semaines ne méritait pas d'être abandonnée. Ce fut comme si je reprenais le fil de ma pensée après avoir été interrompu lors d'un récit. Je l'avoue, cette soudaine motivation m'a surpris. Cela prouvait que je l'avais en moi, que le coma ne lui avait fait point peur, qu'elle était restée accrochée au radeau qui prenait l'eau.

Je me suis regardé dans la glace de l'armoire de ma chambre. À l'hôpital, j'avais eu droit au poste de pilotage d'un sous-marin. J'avais encore, dans les oreilles, le chant de ces baleines prisonnières d'une boîte de conserve.

J'ai fait quelques pas. Je claudiquais. Pas encore d'attaque pour singer Noureev. Double fracture, tibia et péroné, à la jambe gauche. Le reflet d'un homme meurtri dans sa chair mais au moral intact. Par chance, mes mains, mes très chères mains avaient été épargnées. Le coma avait été provoqué par un traumatisme crânien. J'avais une cicatrice dans le cuir chevelu, qui a disparu après que mes tifs sont redevenus une jungle. Miranda s'était amusée, du bout de l'index, à retrouver cette étrange lézarde. La première fois qu'elle avait un geste amical. Elle était plus douée avec les mots.

La rééducation avait été pénible mais le kiné m'avait laissé bon espoir.


– Un jour prochain, j'en suis sûr, vous rattraperez le temps perdu en courant.


Si j'évitais les efforts inutiles, je pourrais récupérer une démarche moins bancale. Miranda me soutenait moralement, mais je m'étonnais que Raoul fût à ce point insensible à mes tangages. Il m'appelait, de temps en temps, et lorsque je lui demandais pourquoi il se faisait rare, il me répondait qu'il préparait un nouveau vernissage. Il refusait de me montrer ses toiles achevées.


– Ce serait comme écouter un seul mouvement d'une symphonie.


Son prétexte tenait la route.

Et j'ai commencé à multiplier les rêves absurdes. Je luttais pour ne pas me lever, la nuit, et descendre retoucher quelques détails de Rose crépuscule, comme avant mon accident. Je buvais deux bols de tisane de mélisse, chaque soir, pour plonger naturellement dans mon sommeil. L'herboriste m'avait averti que si j'abusais de cet élixir, je m'exposais à des songes farfelus, peut-être même à de méchants cauchemars.

Cette nuit-là, j'ai rêvé qu'un poussin géant picorait la lune rose. Étais-je somnambule ? Avais-je ajouté ce gallinacé au cours d'une balade à l'aveuglette ?

Jaune citron, le poussin était jaune citron.

J'avais bien cru ne pas rêver. Je me revoyais maniant le pinceau avec une gestuelle digne de Dali. Et le poussin prenait forme sous mes doigts, et je le voulais réaliste au niveau de la couleur. Et la lune a explosé telle une bulle de savon. J'ai su alors que je me vautrais dans un songe contradictoire. Je me suis réveillé en grimaçant. Je m'étais appuyé sur la jambe encore douloureuse.

J'ai boitillé jusqu'au palier puis descendu l'escalier, accroché à la rampe. Quelque chose à vérifier dans l'atelier.


L'odeur de peinture m'enivra. Une agréable routine. Cette excitation quand ma main, fébrile, se pose sur la poignée de la porte. Celle d'un amant avant l'amour. Je déteste peindre quand je suis enrhumé. J'étais là, immobile dans la nuit, le doigt posé sur l'interrupteur pour faire toute la lumière. J'ai appuyé à regret. Pas de poussin, évidemment. Constatation qui m'arracha un sourire, suivi d'un bâillement.

Rose crépuscule, sur son chevalet, me fit l'effet d'une toile achevée, et pourtant, il n'en était rien, loin de là. Mon attention fut toutefois attirée par des reflets qui changeaient la lune rose en véritable lune, avec ses cratères en trompe-l'œil. Je me suis approché, intrigué. Je me cognai à l'ampoule, suspendue à son fil tel un pendule. Des ombres dansèrent une ronde folle avant de se figer, impalpables statues. Je me grattai le sommet du crâne. Non, ma plaie ne s'était pas rouverte. J'étais grand, il me suffisait de faire quelques nœuds pour éviter que l'ampoule fût à ma portée. La procrastination me hantait parfois. J'ai pensé à Miranda. Si elle me voyait, en short et torse nu, en pleine nuit, et traquant quelques détails sur ma toile, comme si cette dernière avait le pouvoir de corriger mes coups de pinceau après que j'avais plongé l'atelier dans les ténèbres. C'était l'assurance de tenir les ombres à distance, pourtant. L'image de statues se mouvant sous l'influence d'une ampoule, allumée ou éteinte, n'était guère inspirante.

La lune rose. Un visage s'y décalquait, maintenant. Un visage dont on ne pouvait encore reconnaître les traits. Quelqu'un s'était-il faufilé dans mon atelier pour saboter mon œuvre ? Il n'y avait que Miranda et Raoul qui…

Et si j'étais réellement somnambule ? À la suite du choc…

Non, le neurologue m'aurait annoncé la couleur, si je puis dire.

Alors…

Je n'ai pas touché à ma toile. Demain serait un autre jour. Peut-être que le visage inconnu ne le serait plus après que les ombres auraient mieux dessiné le contour du nez et la caresse du regard.

Les ombres.

J'ai éteint puis rallumé plusieurs fois. Rien n'avait bougé sur la toile. Je suis retourné me coucher et j'ai rêvé de mon accident. Ma mémoire, ébranlée, avait rangé un détail au fond d'un tiroir. Lorsque la voiture m'a percuté au niveau des jambes, j'ai pu voir le visage de celui qui m'avait foncé dessus. On ne roule pas aussi vite à quelques mètres d'un feu rouge.

Voilà que je devenais paranoïaque.

Un contrecoup ?

Les reflets sur la lune rose, s'ils étaient encore là demain, n'ont pas germé comme des chardons dans un champ de coquelicots.

J'ai appelé le neurologue pour lui en toucher deux mots. Il m'a conseillé de consulter un psy. Il était persuadé que j'avais des visions, pas moi.


*


Le lendemain, comme prévu, le visage était plus net sur la lune rose. J'avais décidé de n'en rien dire à Miranda. Raoul ne semblait plus très intéressé par mon travail. Il avait toujours été le plus doué des deux et sa tête avait légèrement enflé derrière les oreilles.

Au fil des jours, lorsque Miranda s'abstenait de me rendre une petite visite, je faisais la gueule et me retenais de l'appeler pour prendre de ses nouvelles. Une attitude d'ado qu'elle eût vannée avec les mots qui ne blessent pas, mais égratignent tout de même un peu.

On eût dit qu'elle se sentait honorée parce que je lui permettais de suivre l'évolution de la toile dont elle aimait tant le titre.


– C'est très poétique. La prochaine toile, ce sera Rosée de l'aube.


Elle gloussa comme une gamine avant de reprendre son sérieux. J'étais en train de devenir son grand frère. La sœur aînée rajeunissait à mon contact.


– Il me tarde de voir ton autographe, en bas, à droite.

– Non, à gauche.

– Même là, tu fais de la politique ?

– Tu sais bien que je tire à la courte paille avant de voter. Avec les menteurs, il faut toujours s'en remettre au hasard !


Raoul, lui, espaçait de plus en plus ses appels. Il ne venait carrément plus. Il me trompait avec la gloire. Je n'étais point jaloux tant que Miranda multipliait ses visites.

J'ai eu l'idée de photographier l'évolution du visage dans la lune rose. Mais c'est Miranda qui a trouvé à qui il appartenait. Elle m'avait fait la surprise de se pointer dans l'atelier alors que je lui avais demandé d'attendre encore un peu. La toile était presque terminée. J'avais accepté la présence de ce visage surgi de nulle part. J'étais somnambule, dans mon esprit, c'était désormais avéré. Parce qu'il n'y avait aucune autre hypothèse qui tienne la route, ou le pinceau. Pas grave, ma toile était crédible même avec la « figuration » de la lune.


– Tu veux lui faire une blague ? Ou c'est un hommage ? Un clin d'œil, peut-être ? C'est savoureux, et si gentil de ta part.

– De quoi parles-tu ?

– Ne me dis pas que tu ne l'as pas fait exprès. Que c'est le hasard qui a guidé ta main.

– Comprends rien. Tu veux bien m'expliquer ?


Je lui coupai la parole, comme si je venais de me souvenir d'un message à lui transmettre de la part de…

De la part de qui ?


– Je t'avais demandé d'attendre un peu.

– L'impatience est un vilain défaut. Alors, tu veux savoir ou pas ?

– Oui, vas-y, je t'écoute !

– Ce visage… C'est Raoul. Tu as même peint ses rides au coin des yeux et ses cernes d'insomniaque.


Un silence de plomb tomba sur nos têtes et je lorgnai du côté de l'ampoule, au bout de son fil, comme si elle allait se balancer pour détourner l'attention de Miranda. Le temps de récupérer celui de mes pensées.

Pourquoi Raoul aurait-il voulu m'assassiner ?


– Tu sais, Franck, tu ne devrais pas penser tout haut. Pourquoi Raoul aurait-il voulu t'assassiner ? Peut-être parce qu'il est amoureux de moi, et parce que j'ai été insensible à son appel muet. J'ai quelqu'un d'autre en tête.


Je devins livide.


– Mais alors, je suis en danger. Et si je ne le vois plus, c'est parce qu'il prépare une seconde tentative…

– Il n'oserait pas.


La porte s'ouvrit dans un grand fracas et un coup de feu fut tiré sur ma toile qui se transforma en confettis. Je me retournai après m'être assuré que Miranda allait bien, et tombai nez à nez avec Raoul qui, maintenant, s'apprêtait à m'assommer avec la crosse de son fusil.

Il n'en eut point la force. Il tomba à genoux et se mit à pleurer. Miranda le gifla à la volée et il sanglota de plus belle.

Il me demanda pardon en s’accrochant à mon pantalon. Il était pathétique. Je me refusai à le juger.

Je l'aidai à se relever tandis que Miranda quittait l'atelier, en colère.


*


Miranda a disparu définitivement de nos vies.

Raoul a consulté un psy. Avec bonheur. Il allait mieux, il n’était plus cet équilibriste sans perche qui veut franchir l’abîme de son désarroi. Son nouveau vernissage m'avait amusé. Une suite de poussins couleur citron dans différentes postures.

J'ignorais toujours qui avait peint le visage de Raoul dans la lune rose.

J'ai recollé les morceaux de Rose crépuscule dans ma tête, puis sur la toile, et j'ai commencé Rosée de l'aube.

Raoul m'a demandé pourquoi j'avais reproduit son visage dans la lune…


– Tu as besoin de lunettes, mon ami. Ce n'est pas toi, c'est Miranda.


Alors, pour démontrer toute la confiance que j'avais en lui, maintenant, j'ai levé les bras au ciel.


– Vas-y, tire ! Bute-moi !


Et il éclata d'un grand rire.


Une semaine plus tard, j'ai appris qu'un chauffard l'avait écrasé alors qu'il traversait le boulevard, devant chez moi. Des témoins ont affirmé que c’était une femme qui conduisait.

Raoul est mort et j'ai décidé de cesser de peindre. Mon voisin m'a proposé de guérir ma phobie des poussins.

Il n'avait pas bien compris mon aversion.


 
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   cherbiacuespe   
5/3/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un ami demande toujours plus de circonspection qu'un ennemi déclaré, la preuve.

Une nouvelle menée tambour battant. Pas de passage ennuyeux. Cohérent, écrit de façon limpide, simplement, habilement bâti, juste ce qu'il faut de dialogues, d'introspection, le texte est plaisant. "Un artiste peintre qui n'aime pas la lumière, c'est comme un hibou qui dort la nuit" m'a bien amusé.

Deux remarques, cependant. Un : "le coma ne lui avait fait point peur", j'aurais préféré "le coma ne lui avait point fait peur". Deux,plus loin : "...mes coup de pinceaux après que J'AVAIS plongé..." m'a grattouillé l'oreille. "...Après avoir plongé..." n'est-t-il pas plus correct ? Mais bon, le chat peut dormir tranquille.

Cherbi Acuéspè
En EL

   socque   
18/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Je n'ai pas commenté ce texte en Espace Lecture parce qu'il me semblait bien en avoir identifié l'auteur ou l'autrice. En effet, votre univers est très reconnaissable je crois : l'alter ego dénommé Raoul, déjà, puis surtout cette ambiance étrange, à la fois loufoque et sourdement menaçante...
La menace ici n'est pas si sourde, peut-être est-ce pour cela que cette histoire m'a un peu moins séduite que les précédentes de votre main publiées sur Oniris. Je salue toutefois son caractère comme inéluctable, la passivité habituelle chez vous du narrateur qui vraiment subit les événements, et la qualité de l'écriture. Par exemple, j'aime vraiment cette notation juste et d'une insolite beauté :
À l'hôpital, j'avais eu droit au poste de pilotage d'un sous-marin. J'avais encore, dans les oreilles, le chant de ces baleines prisonnières d'une boîte de conserve.

En y repensant, je me dis que dans cette nouvelle, l'articulation entre ce qui arrive au narrateur et ses souvenirs d'enfance "grince", les remarques sur son histoire familiale, à mon avis, arrivent sans transition, nuisant à la cohérence générale qui sinon, malgré la trame rêveuse de l'histoire, m'apparaît bien réelle.

   placebo   
18/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J’aime bien le titre, et le « une », au lieu de « L’ ».

« Le téléphone a sonné […] en orbite autour de » Le passage pourrait être réécrit pour plus de clarté.
« La genèse de Rose crépuscule » C’est intéressant comment c’est posé comme ça dans le texte, ça me fait penser à un plan de cinéma ou de théâtre, quand on annonce le tableau.

Ça se lit très facilement en tout cas.
Je n’ai pas accroché à la fin, le fusil, la toute fin, désolé. J’ai du mal à y croire vraiment.

Pour le visage qui apparait dans la toile, j’aime bien l’idée, mais pas certain de qui c’était l’œuvre au final :)

Bonne continuation,
placebo

   Corto   
19/3/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le style de cette nouvelle est un régal.
Que ce soit dans les dialogues, dans les rapports humains, dans les fantasmes, les souvenirs d'enfance, la vision de l'accident et ses conséquences, l'auteur nous promène dans un monde au second degré. La distance maintenue avec les situations ou les événements est construite sur l'humour, le "pas grave", le "pourquoi pas", le "même si" etc., bref tout est disséqué mais relativisé.

Il faut je crois du talent pour gérer ainsi une suite d'événements et de souvenirs, d'angoisses venues d'on ne sait où (les poussins !) et garder toujours pour horizon cette passion pour une oeuvre qui se croise intimement avec ses relations amicales qui voudraient (ou pas) devenir amoureuses.

Le narrateur erre ainsi dans son monde qui se heurte au monde réel, mais il ne le regrette guère puisque ses pulsions et son talent l'imprègnent irrémédiablement.
Un grave accidenté qui sort de son coma au bout de deux mois et qui s'exclame "l'essentiel, c'était que la main tenant le pinceau soit intacte / Que je puisse continuer de me prendre pour Monet" est évidemment un personnage habité par une énergie puissante et un destin dont on ne se détourne pas.
C'est à mon avis une très grande qualité vraiment bien mise en scène et captivante pour le lecteur.

Bravo.


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