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Humour/Détente
Robot : Le VIP
 Publié le 01/05/18  -  10 commentaires  -  9791 caractères  -  58 lectures    Autres textes du même auteur

Un patient qui sort de l'ordinaire.


Le VIP


– Comment ça vous doutez ?…

– Tu me dis vous ? On se tutoyait autrefois.

– Je ne me rappelle pas ! Je vous ai peut-être parlé de loin en loin, si j’ose dire sans que nous ayons créé des liens intimes, mais c’est enfoui au cœur de ma jeunesse, dans mon enfance… parce que je m’entendais plutôt bien avec votre fils… mais sans vous avoir jamais rencontré.

– Bah, ça n’a pas d’importance ! On me parle de tant de manières que je ne sais parfois plus si le tutoiement est une incorrection volontaire pour me blesser, ou le vouvoiement une moquerie insidieuse.

– Alors, ces doutes…

– À force de consoler, paterner, punir, menacer, je me dis que je perds mon temps…

– En somme, après tout ce que vous m’avez dit, assis là, en confidence, vous renoncez… Vous lâchez tout !

– J’ai tellement donné de conseils, de directives, offert de ma chair et de mon sang pour en arriver à ce point ! Je n’ai plus l’envie. La foi m’abandonne.

– Allons, allons reprenez-vous, tout est encore possible pour redresser la situation.

– … Tu crois ?… docteur…


°°°°°


Tous les symptômes d’une dépression clinique. Sûr que je ne m’attendais pas à ça ! Je suis psychiatre, pas psychanalyste. Je me demande pourquoi il a décidé de venir dans mon cabinet. Besoin d’anonymat certainement. Il y a tant d’autres spécialistes plus éminents. Tous ces psys renommés qui accompagnent les présidents, les ministres, les dictateurs, les dirigeants du CAC 40. Il avait le choix bon sang ! Et ça tombe sur moi. Ce n’est quand même pas un patient comme les autres. C’est THE VIP, LE PDG ! Et il déboule comme ça, chez un thérapeute de province, sans prendre rendez-vous qui plus est ! Je n’ai aucune envie de notoriété moi ! Mais comment s’occuper d’une telle personnalité sans que ça s’ébruite. J’espère qu’il a été discret pour arriver jusqu’ici.


°°°°°


– Reprenons, je peux vous donner un traitement pour calmer vos angoisses. Je n’ose suggérer un arrêt temporaire de vos activités…

– Non, non, non, pas de cachets, pas de somnifère, pas de cure, je veux simplement avoir ton oreille, que tu expliques pourquoi on ne m’écoute plus… et même qu’on me ridiculise…

– Oui, j’ai bien lu un peu partout que vous étiez sur le déclin, que vos entreprises périclitaient, que vos facultés étaient mises en doute. Certaines personnes prétendent aussi qu’à vos débuts vous n’aviez pas hésité à éliminer férocement vos adversaires et concurrents.

– Certes, je reconnais une certaine jalousie, avoir revendiqué beaucoup d’exclusivité, commis et encouragé des actes que, pour d’autres, j’aurais qualifié de répréhensibles.

– On parle même d’une incitation à l’infanticide ?

– Oh ! là, il s’agissait d’un véritable malentendu !

– Mais vos préoccupations actuelles, ce sont peut-être uniquement les conséquences d’une mauvaise passe qui n’est pas irrémédiable.

– Tu veux me rassurer. Écoute, c’est parce que je te considère un peu comme mon fils que je suis venu vers toi. Et comme un père je voudrais te poser une question.


Allons bon, voilà qu’il se met à ma place. Il introduit une relation de père à fils. Freud mettait en garde contre ce type de transfert !


– Quelle question ?

– Mon plus grand souhait serait de revenir à la réalité quotidienne… J’aimerais savoir ce que tu es devenu depuis la dernière fois où nous nous sommes parlé. Je sais bien que j’aurais dû m’intéresser de plus près à ton parcours, mais j’avais tant à me préoccuper de tellement d’autres…

– Eh bien… j’ai fait des études de médecine, une spécialité en psychiatrie, je me suis marié, j’ai deux grands enfants, mais j’ai divorcé…

– Tu as divorcé, et tu te sens coupable ?

– Pas du tout, elle m’a quitté !

– Il devait bien y avoir de ta faute, j’en suis certain…

– Brisons là, je ne crois pas que vous soyez venu pour me confesser. Je vous en prie, n’inversez pas les rôles.

– Pardon, pardon, ma nature inquisitrice reprend parfois le dessus.


°°°°°


Je dois réfléchir, ne pas me laisser conduire par lui. Il a une forte personnalité et malgré son état il reste encore très dominateur. Ma crédibilité est à l’épreuve. Et s’il venait à douter de mes compétences pour prendre son cas en charge, avec toutes ses relations il pourrait bien obtenir ma radiation de l’Ordre. Ce patient-là est capable de m’attirer les pires ennuis.


°°°°°


– Dites-moi, quand avez-vous commencé à éprouver ce mal-être ?

– Eh bien, c’est venu comme ça, progressivement. J’ai un peu détourné mon attention de mes grandes sociétés. Un jour j’ai découvert que mes chefs de service sur lesquels je me reposais tentaient de me supplanter. Et j’ai énormément de mal à reprendre la main. Sans compter que tout file à vau l’eau. Les plus fidèles sont de moins en moins nombreux ; au mieux ils m’ignorent, au pire ils n’en font qu’à leur tête.

– Je comprends…

– Non, tu ne peux pas comprendre. Je suis poursuivi par la colère et l’envie de traîtres bouffis d’orgueil. Certains créent leur petite entreprise pour me concurrencer sur mes meilleurs produits. On me copie, on me plagie, alors que j’étais parvenu à limiter les scissions, les rachats, grâce à la diversification, aux filiales.

– Vous aviez peut-être vu trop grand ?

– Trop grand ! Tu es en deçà, je suis incapable de me souvenir du nombre de succursales dont je suis le patron ! Mais je devine des détournements de fonds à mon préjudice et à celui de mes clients. Des appels à souscriptions malhonnêtes proposant aux plus avaricieux, aux plus gourmands de placer des capitaux dans des paradis douteux où faire fructifier leur paresse. J’ai découvert que l’on recourt à la luxure pour appâter les plus vicieux en leur proposant les services d’escort-girls. Partout on se sert de mon nom, on m’invente des identités. Je sens venir la catastrophe. On ne m’adresse plus que de vagues rapports sur la situation…

– On… on… N’auriez-vous pas tendance à imaginer une persécution ?

– … on me délaisse, on me néglige, comme si je n’existais pas.

– Comme si vous n’existiez pas ?

– C’est ça oui ! J’en suis venu moi-même à douter !

– À douter de quoi ?

– De l’existence, oui de l’existence de tout ce que j’ai créé, je doute de l’attachement de mes clients et de mes employés à suivre mes directives, à me conserver leur confiance. Je doute même d’être moi !



– Écoutez, votre cas me semble très délicat. Ce que vous me dites va au-delà de ce que je supposais au début de la consultation. Il faut que je contacte un confrère. Dans la plus grande discrétion je vous le promets. Restez allongé, essayez de rester calme. Juste une petite injection pour aider à vous détendre. Ne vous agitez pas ! Voulez-vous bien me laisser m’occuper de vous ?


°°°°°


Je n’ai pas proposé l’hospitalisation afin de ne pas révéler ce qui risque de devenir une affaire planétaire, universelle. L’avenir de trop de gens risque un véritable bouleversement. Depuis trois jours il dort. Mais son encéphalogramme ne cesse de démontrer une intense activité cérébrale. Il dort ! Une accalmie précaire qui m’a donné le temps de réunir un aréopage éclairé des meilleurs spécialistes. Cela m’a coûté d’avoir pris le risque de passer à mon tour pour un dingue. À cause de… « Lui ».


°°°°°


– Messieurs et chers confrères, je vous le présenterai tout à l’heure, mais il est là dans mon cabinet, léthargique et abattu.

– Vous dites n’importe quoi !

– Le grand VIP, chez vous, vous délirez !

– … Il délire.

– Comment pouvez-vous croire à pareille absurdité !

– … C’est absurde.

– Messieurs, messieurs, je vous l’affirme : Le PDG suprême est là ! Dieu est venu me consulter !

– Impossible, puisque depuis deux siècles Dieu est mort ! Déjà Voltaire le disait bien malade ! Même son fils n’a pas réapparu, on dit qu’il a perdu l’esprit.

– Messieurs, j’admets vos réticences cependant, même s’il était mort ainsi que vous l’affirmez, pourquoi serait-il incapable de réaliser la performance deux fois millénaire accomplie pour son fils ? Il faut se faire à l’idée qu’aujourd’hui Dieu le Père lui-même « s’est » ressuscité…

… mais doux Jésus, dans quel état ! Résolu au licenciement général, au lock-out, sans se soucier de la clientèle…

… suicidaire, prêt à renoncer à sa vision,

à tout renvoyer au néant,

à se replonger au temps d’avant le temps, avant que la lumière fut.

– Quand la terre était informe et vide et que l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux* ?

– Hélas !

Et s’il vous fallait une preuve qu’il ne va pas bien du tout, je vous rapporte ses paroles : observe, m’a-t-il supplié dans un douloureux tutoiement, observe la marche du monde. Vois ce qu’est devenue ma création. Suis-je ou ne suis-je pas ? Admets que devant cet échec personnel j’ai des raisons de douter de ma propre réalité !


°°°°°


Je suis bien certain que si Dieu est venu me consulter je dois être une sorte de Saint-Esprit. Depuis cette confrontation je me sens comme une colombe, comme une langue de feu, prêt à accomplir des miracles. Me voici en pleine ascension ! En mesure de le supplanter « Lui ».

Mais mes éminents confrères ont jugé préférable de m’écarter et de me placer en isolement. Il me sera donc impossible de vous informer depuis mon nouvel asile de la suite qu’ils donneront à cet événement extraordinaire. Bien qu’ils avancent un dédoublement de personnalité je ne saurais préjuger de ce que sera leur diagnostic ni quels traitements ils vont mettre en œuvre pour la guérison. Je ne peux que vous renvoyer aux informations des autorités médicales responsables de mon internement.


°°°°°


* Genèse Chap.1 La création - Verset 2.

Pour l’incitation présumée à l’infanticide voir Genèse Chap. 22 Le sacrifice d’Abraham - Verset 1 à 12.


 
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   plumette   
11/4/2018
 a aimé ce texte 
Pas
j'ai deviné immédiatement l'identité de ce patient particulier si bien que l'histoire a vite perdu son intérêt pour moi.

le parallèle entre l'oeuvre de création du monde et le modèle économique moderne était également assez prévisible.

C'est assez alerte et plutôt bien écrit mais je ne devait pas être dans un bon jour car l'histoire ne m'a pas fait sourire.

Désolée, peut-être une autre fois sur un autre sujet

Plumette

   papipoete   
1/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Robot
Un psy peut voir défiler devant lui, toute sorte de patient ; le déprimé, le suicidaire, le gentil cinglé et le fou démoniaque !
On se demande si le docteur n'en sera pas à la longue impacté ? Eh bien voici qu'un beau jour, il passe de l'autre côté du divan et reçoit en confession le VIP, Dieu en personne !
Un arroseur arrosé qui ne voit pas qu'il devient son propre confessé ; et ses nobles confrères dans leur haute bienveillance, le placent en internement, que dis-je en lieu sûr, en attendant le jour de sa guérison .
NB une incursion dans l'univers de la " nouvelle ", pour notre poète multi-plumes, dont la faconde fait plaisir à voir !
Poésie classique, libre, prose et maintenant " nouvelle ", voici l'exemple de ce que l'écriture peut inspirer, sans appréhension de mal faire !

   BlaseSaintLuc   
1/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Contrairement à Plumette, je n'ai rien vu venir (mon coté athée) sans aucun doute.
Du coup, le client m'a surpris, je n'ai guère était présenté, agréable à lire, j'ai aimé, court, bien écrit, avec même beaucoup d'informations sur le personnage, comme si Robot l'avait rencontré quelque part...

   Donaldo75   
1/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Robot,

Ambitieuse, cette courte nouvelle l'est. Une petite crise de foi ? Ou juste l'envie de se confronter à un absolu ? L'usage du terme VIP et même plus, PDG, permet de voir ce texte comme une critique du pouvoir et de la peur de ne plus contrôler ses propres créations, de se voir supplanter par d'anciens émules devenus trop gourmands. Dieu est un absolu qui peut rendre fou. C'est la morale que je retiens de cette histoire.

Merci pour la réflexion.

Don

   Perle-Hingaud   
2/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai trouvé ce texte un peu long mais amusant, et l'écriture est enlevée et rythmée. La chute est dans le même ton, et est relevée par le fait que finalement, on ne saura pas si:
- le psy est fou depuis le début et a inventé la nature de son client,
- le psy est devenu fou après avoir fréquenté le VIP,
- le psy n'est pas fou, ce sont peut-être les autres qui le sont !
Un bon moment de lecture pour moi, c'était bien sympa, merci !

   Hananke   
2/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour

Le sujet de cette nouvelle est originale : Dieu consultant un psy.
Mais la rédaction m'en a semblé un peu embrouillée, au bout d'un moment de lecture on ne sait plus qui est qui. Mais c'est peut-être voulu.
Avec un sujet pareil, il me semble qu'on aurait pu aller plus loin,
beaucoup plus loin dans la dérision. Mais bon d'un autre côté,
la nouvelle eût été bien plus longue et ce n'était, peut-être, pas souhaitable.

Donc au final, un texte honnête sans plus sur un sujet original
qui méritait mieux.

   Eccar   
4/5/2018
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Bonjour,
Bonne écriture, bonne documentation, quelques passages bien vus comme: "des paradis douteux où faire fructifier leur paresse".
Mais voilà, cette histoire était perdue d'avance, avec cette idée usée jusqu'à la trame, c'est l'histoire du fou qui se prend pour Napoléon, avec en prime ce préjugé si répandu qu'il n'y a pas plus fou que les psys.
Désolé.

   Jmeri   
4/5/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Robot,
j'ai déjà lu il y a qqs jours votre nouvelle mais je me suis abstenu de commenter.
Maintenant je le fais. En toute franchise je n'ai pas trop aimé l'idée, Dieu en psychanalyse. Ouais. Pourquoi pas. Mais...
Ou plutôt c'est le scénario que je n'ai pas aimé.
Par contre l'écriture m'a plut, aisé, agréable à lire. La preuve, j'ai lu jusqu'au bout en croquant des petits palmiers.

C'est drôle. Personne n'y croit en Dieu mais tout le monde parle de lui d'une façon ou d'une autre... comme pour le faire exister !!!!

   Robot   
4/5/2018

   GillesP   
13/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Dieu en PDG, pourquoi pas?

Le dialogue et l'histoire se lisent sans difficulté; différents indices sont donnés dès le départ pour que le lecteur puisse deviner l'identité de ce patient très particulier.

Dans le détail, ce qui m'a un peu gêné, c'est l'imprécision de certaines allusions et références:
- A propos de l'infanticide, Dieu dit "c'était un malentendu". Dans la Genèse, l'épisode n'a rien d'un malentendu: Dieu veut éprouver la foi d'Abraham.
- "Impossible, puisque depuis deux siècles Dieu est mort ! Déjà Voltaire le disait bien malade !": c'est Nietzsche qui proclame "Dieu est mort", à la fin du XIXe siècle. Et surtout, Voltaire était profondément déiste. Ce qu'il remettait en question, c'était l'intolérance religieuse et les erreurs contenues dans la Bible, jamais l'existence de Dieu. Pour Voltaire, le monde était une grande horloge, et il ne pouvait concevoir que cette horloge n'eût pas d'horloger.

Mais votre but n'était pas, je pense, de se situer dans l'exactitude en ce qui concerne les références. Il s'agissait de faire sourire votre lecteur. Et dans mon cas, cela a globalement fonctionné. Une mention spéciale pour "même son fils n’a pas réapparu, on dit qu’il a perdu l’esprit".

Au plaisir de vous relire.


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