Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Laboniris
Sidoine : Violences
 Publié le 06/05/12  -  12 commentaires  -  15288 caractères  -  360 lectures    Autres textes du même auteur

La question n'est pas comment vivre.
La question commence là où cesse le comment.


Violences


Promenade. Jeu de miroirs.


Une lumière ardente, crue, jaunâtre, tombait sur sa peau nue et mordait sa chair. C’était le printemps. Elle traversait la place de la Croix-Rousse, fourmillante d’odeurs. Toute une vie sourde bourdonnait dans les choses ; les insectes rayés faisaient vibrer leurs ailes veineuses, les fourmis rugissaient dans la pénombre de la terre, le ciel était zébré de grandes flaques de soleil, vaporeuses, aériennes, ondulantes, comme les fils d’une toile d’araignée. Elle portait une robe rouge, à petits pois blancs ; la sueur perlait sur son visage, des gouttes tièdes s’écoulaient sur ses joues, imbibant son menton et son cou d’une onde âcre et nauséeuse. Des enfants jouaient. Une petite fille, aux grands yeux légèrement bridés, mangeait une sucette couleur de mimosa.

Devant l’enfant, ses paupières se fermèrent. C’était l’été. La maison était chaude, brûlante ; dans le jardin, les roses tressaient des arabesques, les forsythias éclataient, l’herbe était une rivière parfumée, pleine de sauterelles et de ronces mouvantes. Elle aurait voulu dévorer le printemps, sentir la danse vertigineuse de la vie imprégner son corps inerte, voir s’écouler dans sa bouche enivrée la pulpe grumeleuse du fruit ; mais la lumière, atroce et triomphante, lui martelait le crâne ; mais ses membres toujours plus dégoûtants pleuraient de moiteur ; les regards la poursuivaient, les lèvres ricanaient, la nature l’assaillait ; des effluves d’essence heurtaient son être malade, et l’enveloppaient jusqu’à la mort. Suffocante, elle descendit les marches de la Grande Côte ; une brise invisible sifflait dans ses oreilles, le mouvement des arbres lui donnait des haut-le-cœur ; l’image de la petite fille glissait sur ses cils comme une larme ; elle aurait presque cru respirer la senteur du mimosa.


Les bruits s’enroulent autour d’elle, l’emprisonnent, la happent ; des milliers d’éclairs colorés s’incrustent dans ses yeux comme des flèches ; la foule, masse énorme, vacillante, souffreteuse, s’engouffre en elle et fait craquer ses os ; le ciel est une mer de clarté putride, déferlant sur sa face cisaillée, la dévastant de sa chute torrentielle ; tout brûle, tout flambe, tout la consume ; elle s’arrête : l’escalier branle avec une lenteur terrifiante ; bientôt, il fera nuit, bientôt, ses prunelles sombreront.


Elle ignore encore comment elle est rentrée chez elle ce jour-là. L’appartement fleurait l’ombre, l’humidité, la douceur verte des charmilles : cocon lyrique et préservé, tendresse de pluie, dorlotement, apaisement, après la toile arachnéenne du désert urbain. Dans le miroir, elle contemple ses yeux, grands ouverts, piquetés de faux cils ; elle y trouve des balafres, des griffures, des attouchements ; on dirait que le monde a mangé son regard ; désormais, il est trouble, informe, comme une planète entièrement composée de nuages.



Amour ? Mystère et perversion.


Le fleuve était lisse comme une peau de serpent. Tu me regardais. Nous discutions, assis sur le béton, grande surface plane où se jouait la lumière, hérissant, de temps à autre, les minces touffes d’herbes séchées. Tes yeux étaient un cercle, un âtre gorgé de braise sur le point de s’éteindre. Ce que tu disais n’avait pas d’importance ; j’écoutais surtout la brume sonore de ton souffle, dessinant autour de toi des nuées de vapeurs, et formant, entre nous, un mur invisible et fascinant. Je ne voulais pas t’approcher ; mais plutôt laisser s’épandre le fantôme de ta parole, jusqu’à ce que toute proximité nous devienne impossible.


Ce n’était pas toi qui m’intéressais, ce n’était pas toi que j’aimais ; c’était ce parfum, c’était ce brouillard, qui constamment s’échappait de toi, t’entourant d’une auréole d’inconnu, d’un ailleurs au goût de soufre et de poussière. Je voulais palper ta douleur, ton âme vibrante et toujours dissimulée, s’exprimant seulement dans les modulations de ta voix, et dans les ronds bleuâtres du tabac émergeant de tes lèvres, dans un battement continu. Non, je ne t’aimais pas, peut-être même que je te méprisais ; ta présence charnelle me rebutait, le flot de tes pensées délivrait quelque chose de malsain, de trouble, et de marécageux.

Mais j’aimais, oui, j’aimais plus que tout cet incompréhensible qui pourtant m’inquiétait, ce fossé, cet abîme, cette vague d’étrangeté, que je prenais en pleine figure, qui m’étreignait, et qui me grisait.


Parfois, quand je traverse la ville, étrange, dérisoire, superbe et absurde, dans sa mer de cris et son vent de lumières, la ville détestable, saccadée, agitée de remous, d’écumes déferlantes, de passants mécaniques, je retrouve la même impression : le dégoût et l’envie de la connaître, de la percer, de la prendre, pour qu’elle me délivre encore ses orages mystérieux, ses beautés de bitume.


Tu étais pareil à la ville, tu me gênais, tu me mettais hors de moi, tu m’entravais, tu me blessais, et je n’avais qu’un seul désir : celui de te jeter, celui de te détruire ; te détruire pour mieux te happer, te briser pour mieux t’agripper, te tordre et te presser pour mieux te voir frémir. Incessamment, je buvais l’aura de tes mots, plongeant mon regard dans tes prunelles fixes, impénétrables, et appelant à être consumées. Tes lèvres, gonflées, brillaient sous le soleil ; un sursaut de désir, comme l’élan à peine perceptible d’un vol de papillons, s’échappa de ton être ; la Saône retroussa son long corps silencieux ; les vagues tremblèrent ; tu brûlais, tu vacillais, tes joues se couvraient d’un reflet de rose ; et moi, perverse, cloîtrée dans ma froideur, heureuse de t’observer si faible, heureuse de contempler les convulsions de ta chair, heureuse de n’adorer qu’une invisible frontière, enfin prête à faiblir, pour ton plus grand malheur, je riais, intérieurement, de la facilité avec laquelle je t’avais démasqué.


Tu voulus m’embrasser ; je détournai la tête : ton amour était à rejeter ; je te possédais ; ambiguë et joueuse, je fis virevolter mes cheveux, crinière fauve, aux arômes lourds, plus implacable et plus coupante que le métal.



Le tigre. Puissance.


Tigresse, j’ai voulu l’être ; prête à bondir dans l’effluve sacré des nuits ; prête à mouvoir mon corps souple, blafard, et anguleux ; prête à déchirer ton désir et à griffer ta tendresse ; j’ai fait de toi, en songe, l’objet de toutes mes tortures et de tous mes fantasmes. La chambre ployait sous les cris, l’humide senteur de ma bouche imprégnait tes soupirs ; tu te débattais, tu faiblissais, tu hurlais à la lune, comme un chien perdu sur les côtes sauvages ; et tes contractions, et tes bruissements, et tes supplications, me prouvaient que tu m’aimais. Avec orgueil, après l’amour, je lavais, telle une relique, mon instrument de combat : cette silhouette féline, meurtrie par ses assauts, blessée par son ardeur à remporter la victoire.


Toi, tu n’étais qu’une épave, rêvant dans les draps blancs, épuisée par ma croupe et mes férocités de savane ; sur les carreaux, le soleil fleurissait ; la ville, immense cadavre, s’éveillait à la vie ; je m’en allais me perdre dans ses rouages, et tu restais, sans même que je t’aie dit au revoir.


Tu restais, comblé d’assiduités, ruminant mes ébats créateurs et ma force inquiète ; te gorgeant, une nouvelle fois, en des rêves érotiques, de ma volonté de te faire ployer. Moi, seule, le cœur dans les talons, j’errais ; les pavés vacillants déployaient leurs mirages, l’écume de la foule me battait les tempes ; il faisait beau, les marchés ouvraient ; le fleuve était un lac immobile ; je m’arrêtai sur un pont et, de nouveau, je me mirai.


Tigresse, je m’étais faite et je t’avais fait tigre.


Dans les flots, ce n’est pas moi que je vois, mais ton ombre ; autour de moi, ce ne sont pas des voitures que je vois, mais ton rire ; tu t’élèves, tu te hisses, tu te dresses ; ta statue n’est pas celle du Commandeur, mais du Consommateur : ô toi que les plaisirs ravivent et qui suce ma chair !



Paysage. Absence. (Intermède).


La plage est nue. Serpentine, elle étend ses formes de belle femme le long de la mer, grande bête mouvante, dont les crocs écumeux mordent le sable. Le vent, plein de remous et de rumeurs, comme une voile tendue, glisse, incertain, nébuleux, charriant des bouquets d’étoiles. Les graines pleuvent ; graines salines, flocons marins, cristaux de nuit ; poussière chaude et nauséeuse, tourbillonnante, laissant dans les airs de larges traînées blanches. Piqûre de pollens, aigreur de printemps, moiteur rêveuse ; le village est un troupeau d’animaux sauvages, accroupis dans l’ombre. Soudain, le clocher hisse son chapeau pointu, les cloches battent : des zébrures de sons parcourent les cieux ; un feu s’allume sur les vagues : c’est l’aube, rebelle, rieuse, précoce, enjôleuse, qui vient danser entre les dunes, encore humides, encore chargées de la senteur mouillée des algues.


C’est l’aube ; ses longs cheveux cuivrés, aux boucles arides, ont fouetté les ténèbres ; la voici qui fait tourner sa robe aux arômes de miel ; à son approche, les campagnes frémissent et les poissons bondissent ; le ciel est un œil bleu où crépitent des flammes. La fourrure des forêts s’est tout à coup verdie ; les abeilles, minces taches de rousseur, ont grimé le visage des brises ; sous la terre, les vermisseaux s’abreuvent d’une chaleur nouvelle ; les rayons frappent les champs ; tout s’embrase, tout se serre et tout éclate, dans le mouvement infini de la fille du songe.


Dans la maison inerte, un carreau s’est brisé. Ses doigts se sont infiltrés dans le salon en deuil ; sur le parquet, la comète s’accroît ; les touches du piano semblent vouloir jouer ; les partitions éteintes sont multicolores.


Peut-être qu’en l’absence de tous regards, de toute présence humaine, les esprits, ces génies fantaisistes, se mettront à chanter ; l’instrument claquera sur un air parfumé, disséminant, tel un pistil, ses modulations suaves.



Le rire et la mort. Image.


Le clown avait souri. Les mouches bourdonnaient. Elles avaient de petits crocs pointus, et des yeux grands comme des amandes. Au loin, la terre tournait, piquetée de gratte-ciel et de baobabs. Le cercueil s’était ouvert, laissant paraître la figure fantastique et le tronc rayé de noir et blanc du vieil énergumène que les enfants aimaient. Chacun d’eux avait sa planète, son petit chez-soi, sa rose et son mouton. Mais tous regardaient la face ravagée de rire, éclatant comme un ballon dans les nuages stellaires. « Laissez place au cirque ! » hurlait la camionnette interspatiale. Et les parents rentraient chez eux, tout contrits, l’âme en peine et l’estomac chamboulé. Le clown n’était-il pas quelque peu dangereux ? Ils en avaient entendu, des rumeurs, et de belles, sur cet étrange acteur qui faisait fleurir le bonheur. Un bonheur à deux sous, un bonheur d’outre-tombe, du grand spectacle, certes, mais peu de morale, et peu de maximes. Seulement, ça réjouissait tellement leurs petiots qu’ils se seraient sentis coupables de les en priver. Alors, tant pis, on allait laver la voiture et faire le ménage. Leurs enfants leurs reviendraient bien un jour ! On ne rompait pas impunément le cordon ombilical.


Pendant ce temps, le clown faisait des siennes. Il avait amené son crocodile fluorescent, c’était un événement. Le crocodile était gentil, il mangeait des sucettes et des glaces à la pistache. On pouvait le nourrir et même monter dessus. Les manèges tourbillonnaient, les singes ricanaient, les girafes avaient des ailes ; on se roulait dans les paillettes ; on dévorait les couleurs et les pots de peinture. La grisaille du monde était un arc-en-ciel. Et on chantait ! Et on dansait ! « Les parents, c’est tous des cons ! » Et on suçait des dragées à la fraise, et on se barbouillait de chantilly.


Le petit prince était bien fatigué. Il avait trop dormi. Son rêve était pourtant joli. Joli comme un blasphème. Il regarda son clown en peluche, tout chiffonné. Sa mère l’embrassa. C’était elle qui sentait la mort.



Claque.


Il était tard. Le salon était vide, inerte. En son absence, il devait être toujours ainsi : immobile, vaste, pesant. Il y avait là quelque chose de terrifiant. Elle l’imaginait, ici, présent, sans personne pour le voir, sans personne pour le sentir, immergé dans son être, inconscient, absurde. Qu’une chose puisse subsister sans regard pour la faire apparaître était vertigineux. Plus de pourquoi, plus de comment, simplement la matière, dense, épaisse, ployant sous sa propre incompréhension.


Mais elle, y avait-il quelqu’un, à cet instant, pour la voir ?


Oui, le miroir était toujours une fuite devant le caractère insupportable de sa facticité. Et déjà, elle n’y songeait plus. Mécaniquement, elle fumait, rêvant aux longues nuits d’été, à la pluie légère se brisant sur les carreaux, à elle, fumant inlassablement, et notant ses états d’âme sur de petits carnets noirs, à elle, encore et encore, dévastée par l’humidité fleurissante de l’orage, qui lui rappelait, sans trop savoir pourquoi, l’innocence de l’enfance, l’ouverture de son corps au moindre vent, la candeur de la représentation, la plongée saine et mouvante dans le délire du monde. Elle était, en ce temps-là, un désir en avant, incessant, inéluctable, une percée dans les choses, un accueil, une envie ; elle pressait la saveur crépitante des vagues, elle saisissait, au vol, le grésillement oblique d’un rayon de soleil, elle se laissait emporter, naïvement, par la danse sauvage du printemps multicolore, brûlant, éclatant, en ses volutes de pollens et ses pétales extravagants ; aucun œil ne l’importunait, aucune blessure ne se faisait jour, aucun dégoût ne s’emparait d’elle ; malgré la peur et le malaise du soir plein de créatures fantasques surgissant dans la pénombre. Le piano se mettait à vibrer ; la lune, grosse et blafarde, collait sa face narquoise contre les carreaux ; le Maître du jeu, grand gaillard au chapeau pointu, venait lui donner des consignes : plus de trois pas jusqu’au lit, et le vampire te mordra. Le vampire était redoutable, il était sous le tapis, dans les murs, dans les pièces, dans l’armoire : invisible et toujours prêt à l’attaque, il la guettait, sans répit, n’attendant qu’un faux pas pour se précipiter vers elle et lui dévorer le cœur.


Aujourd’hui, le vampire n’était plus un être imaginaire, une fantaisie de son esprit en quête d’événements ; le vampire, c’était le monde, et c’était elle : le monde qui l’égorgeait, l’agressait, dans sa vomissure de senteurs et de lumières ; et elle, qui s’égorgeait, s’agressait, se détruisait, à coups d’alcool et de tabac. Son corps était devenu un objet poisseux, suant la fumée et mordu par le vin ; ses yeux ouatés se mouvaient dans un brouillard, oscillant, avec la stupidité d’une pendule, de droite à gauche et de gauche à droite, perdus dans la répétition infinie du tapage infernal qu’ils ne cessaient d’absorber. Mourir, certes, elle y pensait de temps à autre, un peu au hasard, comme on pense à faire la vaisselle, à s’acquitter d’une tâche qui nous ferait le plus grand bien, mais aussitôt, elle discernait l’inutilité de cette idée : ce qu’elle voulait, désormais, c’était se hisser, se grandir, et voir l’être en face pour lui projeter en pleine figure tout ce qu’il avait déposé en elle, et lui rendre claque pour claque.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   socque   
20/4/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Je pense que vous avez bien choisi la catégorie de votre texte : Laboniris, oui, car l'ensemble me fait penser à un puzzle éclaté, qu'un enfant énervé aurait détruit et projeté aux quatre coins de la pièce sans le défaire entièrement. De gros morceaux subsistent où s'aperçoit un bout de paysage, et, si on pouvait se placer au plafond, nul doute qu'on pourrait reconstituer l'ensemble de manière fiable. Au ras des pâquerettes, on (je) perçoi(t)(s) quelque chose, une ambiance, une impression, sans bien tout piger mais c'est pas grave, je trouve.
Car votre prose est fort belle à mon avis. Intense, violente, chargée d'images et d'idées, elle joue avec la synesthésie, ce que j'adore. Le début, la traversée de la ville, représente une superbe claque qui m'a fait venir le rouge à la peau !
À partir de "Le rire et la mort", je retrouve cette superbe, cette grâce lourde d'odalisque parfumée, grasse et je me régale. Mais, entre les deux, j'ai ressenti une baisse de forme. Je m'explique.
"Amour ? Mystère et perversion" garde pour moi une grande beauté formelle, et j'ai beaucoup aimé cette description du souffle tabagique du bien-aimé (?), mais je râlais intérieurement que vous appliquassiez votre étonnante écriture au plus bateau des sujets, même si c'était pour faire ressortir un aspect insolite. "Le tigre. Puissance." est pour moi dans la même veine : bien foutu, réussi dans son genre, un zeste de banalité quant au fond. Et "Paysage. Absence.", je dois dire, je le trouve carrément raté. Quelque chose s'est déséquilibré, là, pour moi, votre prose a dérapé dans la caricature d'elle-même, j'ai remarqué la pléthore d'adjectifs qui ne m'avait pas gênée auparavant, que je trouvais participer de la densité de l'ensemble.
Ensuite, comme j'ai dit, tout revient et je retrouve ma fascination. J'ai l'impression qu'à mes yeux votre écriture si particulière supporte mal un sujet convenu... d'ailleurs, "Claque.", où on retrouve une exposition plus classique des terreurs enfantines, me paraît moins abouti que "Le rire et la mort. Image." où cette exposition passe par une évocation plus étrange, surréaliste. Formidable, ce "Sa mère l’embrassa. C’était elle qui sentait la mort."

Il y aurait beaucoup de formules à relever, je retiens celle-ci :
"Qu’une chose puisse subsister sans regard pour la faire apparaître était vertigineux.", où l'idée est parfaitement exprimée, lapidaire. C'est d'ailleurs un des nombreux charmes, pour moi, de votre écriture : ces moments denses, chargés, suivis d'une phrase sobre qui arrache.

Bref, un texte fascinant et inégal. Dans l'ensemble superbe.

   Lunar-K   
30/4/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

Alors là, j'ai été totalement scotché d'un bout à l'autre. Un texte tout à fait fascinant, assez difficile aussi, du fait de cette écriture non-linéaire, fragmentaire, mais aussi de ce thème profond et complexe et de l'horreur qu'il transporte. Quelque chose de terrible se joue ici, un mouvement, un effondrement progressif qui n'est cependant pas exempt de sursaut et de lumière, mais néanmoins sublime, par cela même et par la façon dont tout est dit.

L'ensemble du texte semble tourner autour de la relation sujet-monde ou altérité, du rapport de la narratrice à son environnement qui finit, du moins en projection, par se renverser. Une narratrice écorchée vive, sans barrière ni distance entre elle et ce qu'elle perçoit. Finalement, une narratrice qui est totalement absente, écrasée par ce monde qu'elle perçoit, précisément. Comme l'effacement du sujet sous les assauts de l'altérité, des forces étrangères qui la traversent et la modèlent finalement. C'est en tout cas, je crois, toute la thématique abordée dans la première partie au moins, avec cette angoissante traversée de la ville où les formes semblent se défaire, fondre sous le soleil pour ne plus devenir qu'une espèce d'abomination hostile. Un passage qui me fait un peu penser à une scène célèbre de "L'étranger" de Camus, où la chaleur, là aussi, fait preuve d'une agressivité extrême.

Ensuite s'opère un premier renversement dans cette relation univoque. Sous la forme du fantasme et du sadisme, où la narratrice se venge de la ville sur son amant, en lui faisant subir à son tour toutes les agressions dont elle est la victime. On retrouvera d'ailleurs cette toute-puissance réaffirmée à la fin du texte, à un niveau plus universel alors, comme rapport général au monde et non plus comme simple îlot de "liberté" (si on peut dire...).

La partie suivante, par contre, m'est un peu plus inexplicable. Une espèce de retour à l'enfance. A l'innocence peut-être ? Sans doute un peu, mais il me semble que c'est plus complexe que cela. En témoigne cette phrase : "Sa mère l’embrassa. C’était elle qui sentait la mort". Comme si, plutôt que chercher dans l'enfance son salut, la narratrice y cherchait l'origine de son mal. Un épisode qui revêtirait alors une signification éminemment psychanalytique : mère castratrice et perte du phallus, c'est-à-dire perte de l'omnipotence propre. Il est sans doute possible de se l'expliquer ainsi. Mais ce serait peut-être quelque peu réducteur, je ne sais pas. En tout cas, ce passage me laisse avec pas mal d'interrogations.

Et puis la fin dont j'ai déjà dit un mot...

Bref, un mouvement très complexe et, à mon avis, très profond. Beaucoup plus subtil, je crois, que ce que mon commentaire ne pourrait le laisser entendre jusqu'à présent, ne l'esquissant que d'une façon très générale, donc nécessairement réductrice. Il en ressort en tout cas une très grande cohérence, ce qui ne saute pas forcément aux yeux en première lecture, devant ces flashs, cette succession ininterrompue d'instants et d'impressions plus ou moins déconnectés les uns des autres. Mais la cohérence est bien là, je trouve, un même souffle sous une anarchie toute superficielle. Et je trouve que cette différence de niveau dans le texte, entre surface erratique et profondeur unitaire (c'est-à-dire, finalement, entre forme et fond), non seulement correspond merveilleusement bien au thème qu'il s'agit d'exprimer ici, mais surtout confère à ce texte une force et une originalité extraordinaire. Comme si, nous noyant dans une flux ininterrompu d'images, il nous rappelait sans cesse que c'est toujours la même chose qui se rejoue, toujours le même mouvement.

J'ai vraiment beaucoup aimé. Un tout grand bravo, et au plaisir de vous relire !

   Perle-Hingaud   
30/4/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Je n’ai pas réussi à entrer dans ce texte. L’écriture est maitrisée, mais me laisse en dehors, sans émotion. Peut-être trop « travaillée » à mon goût, je ne sais pas (ainsi, les changements de temps ou de point de vue m’ont paru lourds). Je reconnais un travail important, mais à aucun moment je ne me suis sentie touchée, désolée. Je pense que ce récit « résonne » chez certaines personnes, et en laisse d’autres à la porte. Je suis navrée d’avouer que je fais partie du second groupe, cette fois.

   brabant   
6/5/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Sidoine,


Et enfin elle décida de se prendre en main ; dommage que pour tuer l'imaginaire il faille rendre les claques.

Ecriture fascinante, ensorceleuse.

Un peu répétitif au début, probablement pour être hypnotique.
Trop d' "être" et d' "avoir", comme des points noirs et blancs ou des spirales pour endormir la vigilance, faire tomber les défenses et les réticences.
Paquets typographiques trop épais comme des vagues trop longues, encore pour endormir.

La technique d'éblouissement nihiliste fait rendre l'âme à l'esprit critique.


Bravo !

   Nachtzug   
7/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est étrange: il se dégage du style, de ces images parfois forcées, ces accumulations une sorte d'artificialité, pourtant elle-même donne au texte son air de clown en bois, de Casse-Noisettes.
Incontestablement, il y a une belle audace stylistique, une assurance, une assise de la langue et de l'imagination. On ne tombe presque jamais dans la facilité, on reste au niveau des images et les frontières de l'abstraction se floutent. Très intéressant.

   Renaud   
14/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Je n'aime pas ce genre de texte "pointless" et je souligne bien que c'est le genre que je n'aime pas, car je suis bien obligé de rendre les armes. "La prose doit être un vers qui ne va pas à la ligne" (Jules Renard) et c'est ici le cas. Si j'envisageais de recopier ce qui me plaît, je devrais tout citer. Une dernière citation, qui convient au jardin fleuri que vous avez composé : "La pureté du style fait son éclat." (Victor Hugo)
A relire pour le plaisir.

   Jano   
27/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai devant ce texte une impression mitigée. En premier je reste admiratif devant cette écriture haute en couleur, baroque, qui happe le lecteur par la puissance de ses images. Les différentes parties me donnent l'impression d'une succession de tableaux richement décorés illustrant le monde intime de la narratrice.

En second lieu, adepte de récits facilement accessibles, je suis perdu dans ce déferlement de sensations, de réflexions qui se mêlent les unes aux autres et s'enchevêtrent dans un canevas complexe dont je ne parviens pas à identifier les aboutissants. Au bout du compte je suis bien incapable de faire une synthèse de ce texte et d'en dégager un message. Mais y a-t-il un message ? Ne faut-il pas voir simplement le kaléidoscope d'une personnalité ?

Bref, je salue le style mais m'interroge sur le sens.

   Alfy   
8/6/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Même si le style m'a paru parfois trop lourd durant certains passages: Chapeau!

   Anonyme   
9/3/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je serai bref mais sincère: bravo! De la pure poésie en prose! Parfois pas évident à comprendre tant vous semblez vouloir aller loin dans le détail mais ce n'est justement, qu'un simple détail.
Une belle plume!

   Anonyme   
13/5/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'aime beaucoup ton style : les détails, l'emploie de certains mots, les descriptions. Sentiments, raisonnements.. tout est bien mené ! :) Il est vrai que certains passages sont peut être un peu long mais ce n'est qu'un détail face à l'ensemble du texte. Bref j'approuve et te dis de persévérer

   heavn   
30/9/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Woah ... Très très bien, vraiment, ça me fait penser à du Aragon, ce coté surréaliste surement. Je suppose l'écriture automatique. Bravo.

   Expos-ito   
4/5/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je vous parle, alors qu'en mon entrée, Oniris ne me donne encore ma parole. Cet empressement parce que voulais vous donner une plume contre l'aile qui m'a porté. Je lis mal, je lis vite, et ensuite en garde une impression que je ne saurais bien dire et moins encore décrire. Mais ici je n'ai pu traversé en ce pas comme en autres textes, faits de trop de mots qui veulent se plaire, de phrases qui s'assoient en gros culs sur la page, et dans lesquels l'échantillon suffit à la lecture. Je n'ai pu, retenu par la nécessité de chaque signe aux images qui se lèvent et nous soulèvent, au sens qui balance avant de nous décider. Oui, de la métaphore en métamorphose de mots, décalés et juxtaposés, mariés en nouvelles saveurs. Ecriture en touches, courtes images, mouvements en ces pointillés qui laissent une sensation plus qu'un récit. Ecriture en touches qui m'a touché, et me reviendra sur ce texte pour mieux saisir la magie de ce qui m'a impressionné.


Oniris Copyright © 2007-2017