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Humour/Détente
silene : Édification
 Publié le 30/07/10  -  6 commentaires  -  47134 caractères  -  72 lectures    Autres textes du même auteur

Travail documentaire sur l'érémitisme des premiers siècles.


Édification


Le premier miracle de Saint Gobbo

D'après un document de l’abbé de Saint-Paradou dans ses notes préliminaires à une Vie des saints des premiers siècles.


L’aube se levait à peine sur la colline qui dominait la mer, en contrebas, par delà les rangs d’oliviers descendant en pente douce jusqu’au rivage, et entre lesquels les paysans-pêcheurs du lieu cultivaient des légumes dans des cuvettes peu profondes qu’ils avaient aménagées, et qui retenaient l’eau, versée avec parcimonie dans cette aridité prospère de la Gaule transalpine.


Levé dès avant les premières lueurs du jour, il avait procédé à ses ablutions matutinales dans la pierre creusée qui, posée sur deux grossiers corbeaux pris dans l’épaisseur du mur, tenait lieu tout à la fois d’évier et de lavabo, pour peu qu’un des occupants de l’humble logis ait pris la peine de remplir la cruche de terre couverte sur son arrondi, à l’endroit où le col fait sa jonction avec le corps, d’une engobe verte. Cette tâche incombait ordinairement aux deux femmes de la maison, comme toutes les activités domestiques, ainsi que l’entretien d’un jardinet qui fournissait les légumes qu’ils consommaient, et d’une basse-cour modeste, mais comprenant cependant un rare spécimen d’anas tyrannus, variété de canard qu’ils avaient reçu d’un saint ermite revenu d’Asie mineure, et qui avait pour particularité de ne condescendre à avaler sa pâtée que lorsque tous les autres occupants de la basse-cour s’étaient prosternés jabot à terre, et lui présentant leur croupion.


Les femmes de la maison, sa mère Pamphilia et sa sœur Eudoxie, gagnées à cette nouvelle foi qui baignait insensiblement, et sans qu’on y prêtât attention, le petit peuple des journaliers, des portefaix et des pêcheurs, comme une inondation, en avaient contracté une angoisse quasi permanente de pécher, soit en actes, soit en pensée, et s’efforçaient de combattre, avec une détermination farouche, ce que Saul de Tarse, dans une circulaire que toutes les communautés avaient recopiée, appelait les câlinages du Malin, définition vague visant principalement la tenue aguicheuse dont les femmes savaient se parer pour détourner les mâles candides de leur rédemption, suivie de gloire, éternelle. Aussi passaient-elles beaucoup de temps à confectionner, par de minutieux travaux d’aiguille, de petits couvre-croupions qu’elles exécutaient en filant patiemment de la ronce qu’elles rouissaient, puis effilaient.


Note du transcripteur : un phénomène semblable était observable à la cour de la reine Victoria, célèbre d’une part pour avoir découvert qu’un simple coussin sous les reins, au déduit, lui permettait de goûter des délices célestes, et même au-delà, les anges, malgré leurs innombrables qualités, n’ayant pas une réputation fort établie de grands jouteurs, et d’autre part à cause de l’extrême délicatesse de sa sensibilité, amenant ses majordomes à juponner les tables et à mettre de petits bas aux pianos - sans doute ceux, chers à Satie, pourvus d’une grosse queue - afin qu’à aucun moment ne fût visible un détail qui évoquât la chair, la jambe, et par extension, l’intersection entre icelles, l’Origine du monde.

Les dames, par un phénomène fort bien observé par Albert Cohen, trouvant un champ d’application à visée sanctifiante à la bousculade désordonnée de leurs montées hormonales, ouvraient de pieuses coteries dans lesquelles, par une surenchère continuelle, chacune s’efforçait d’être l’instigatrice d’une activité chrétienne : il y eut ainsi la confection, suivie de la distribution, de couvre-lanternes réalisés avec des débris de toile à sac, dont le but était de masquer la lueur de ces humbles luminaires, dont le verre, teinté en rouge dans la masse, technique provenant d’Antioche, signalait aux hommes de peine des bateaux de fret les lupanars du bas-port. La sainte tâche se compliquait évidemment de ce que les tenancières de ces lieux n’étaient qu’assez peu enclines à collaborer à l’extinction de leur négoce, et qu’il fallait donc que des sortes de commandos, comprenant une guetteuse, deux porteuses, pour faire la courte échelle, les lanternes étant situées en hauteur, et une acrobate, agissant nuitamment, dissimulassent la lueur obscène aux aspirants pécheurs. Il n’était d’ailleurs pas venu à l’esprit de ces vertueuses amazones qu’il eût été infiniment plus simple, tant qu’à occulter le fanal du péché, de le souffler tout simplement. L’équipement de ces expéditions obéissait lui aussi à de strictes règles éthiques : comme la grimpeuse courait le risque qu’un zéphyr insolent soulevât la longue jupe que toutes portaient, par un artifice de couture ces dames les transformaient en braies, en y cousant des sortes de molletières qui, maintenant étroitement les pans du vêtement, défendaient la redoute ombragée de tout regard. On peut y voir une préfiguration pieuse et modeste d’un des pièges les plus redoutables que le Tentateur ait pu imaginer par la suite, sous les espèces du porte-jarretelles et des bas. C’est en cela que l’Ennemi était redoutable, apte, avec une réactivité prodigieuse, à retourner contre ses assaillants les armes purificatrices qu’ils forgeaient pour le combattre, et les détourner de leur vocation première en en changeant la destination : préfiguration antique du recyclage.


Levé relatais-je, et lavé. C’était un de ces Ligures secs, tout en nerf et en peau, dont la lignée a perduré sur les terres de garrigue du haut pays, et pourrait s’être exportée vers la Corse. Hommes durs à la peine, d’une endurance de mulet, d’une frugalité de cénobites, contents et rassasiés d’une poignée d’olives et d’un grand coup d’eau claire. La race même des pourtours de la Méditerranée, celle qui édifia, après les temples des montagnes de Thrace, ceux de Sicile, avant d’être culbutée, ayant pris goût à l’ivresse des banquets et l’abondance des mets gras, par les légions romaines, elles encore dans la rigueur de la conquête et la rectitude du soldat, avant que de succomber, à leur tour, victimes des Germains dévoreurs de chair crue, et des hordes à cheval de l’Asie centrale. Sic transeunt.

Levé, lavé, ayant hâtivement avalé le reste d’un pain d’orge demeuré de la veille, il descendit vers le port dans le matin bruissant.

Leur petite tenure se trouvait à quelques milles du port, lequel, quoique modeste par sa taille, accueillait un trafic considérable de marchandises de toutes provenances, du Caucase, d’où arrivaient des toisons d’agneaux, comme d'Égypte, où une industrie nouvelle avait vu le jour, et consistait, après quelques ensevelissements, à réhabiliter les sarcophages de bois peints de délicats portraits des défunts, artisanat dans lequel les artisans grecs autour d’Alexandrie excellaient, en les transformant en ce que la langue moderne appellerait bonheurs-du-jour, en les équipant d’étagères, de tiroirs, et, sur les exemplaires les plus luxueux, de lampes à huile fixées par des consoles de bronze, et de miroirs, sous le portrait du défunt. Le couvercle, qui lors de l’utilisation orthodoxe de cette pièce de mobilier, était cloué, ou simplement posé dans une feuillure ménagée sur le pourtour de la caisse, était articulé par des gonds de bronze, d’un raffinement remarquable pour les plus coûteux. Jusqu’aux systèmes de fermeture où se déployait le talent d’ouvriers remarquables, fondeurs, ciseleurs, orfèvres. Les adeptes de la nouvelle religion n’en parlaient pas, ou avec horreur, mais sur certains modèles, un silène, les joues empourprées et le membre tumescent, s’unissait étroitement, lorsque l’on poussait le vantail, à une nymphe figurée de dos, arrière-train saillant, les bras s’allongeant de part et d’autre de la paroi du meuble. Pour mettre un comble à l’ignominie, en examinant de près, comme on le fait pour un netsuke, les figurines de bronze, il était manifeste que le bachique amant avait, ignorance ou perversion, dédaigné le conduit ordinaire, et démontrait par là-même qu’il était pleinement grec.


Sa marche énergique le conduisit rapidement aux abords du port. Port marchand, comme cela a été dit, mais aussi de pêche. Les paysans-pêcheurs du lieu cultivaient tous quelques pièces de terre, parfois assez distantes les unes des autres, où ils faisaient pousser l’ordinaire des petites gens, fèves, lentilles, artichauts et cardons, pois chiches, choux, et des herbes aromatiques. Peu de froment, un peu d’orge et de seigle. La nuit, ils partaient tendre leurs filets, et, avant de rentrer, cabotaient non loin du rivage, en allumant de fumeuses lampes à huile de poisson protégées par des dames-jeannes irrégulières en verre soufflé, qui magnifiaient la lumière émise, et attiraient près de la surface des poissons alanguis, aux mouvements lents, comme tirés de leur sommeil, congres aux dents redoutées, merlans argentés, maquereaux en bancs serrés. Ils les harponnaient à l’aide de foënes, et les jetaient dans la barque.


Ces habitants de temps immémoriaux des rivages de cette côte vivaient entre eux, se connaissaient tous, les filles épousant les gars, les générations se succédant paisiblement. Peu de besoins, des maisons simples, quelques périls cependant, car, attirés par les marchandises stockées en grandes quantités dans les entrepôts du port, des pirates des mers, chevauchant des faucons à voiles blanches, ancêtres des chebecs dont le Roi Soleil eut tant de peine à se débarrasser, fondaient sur la côte, cherchant rapine et dégourdissement coïtal, après les épanchements pédérastiques imposés par la vie de prédateur loin de son aire. Ils n’allaient pas bien loin dans leurs incursions, hommes de l’eau surtout, peu agiles en milieu terrestre, et sachant qu’une embuscade quelque peu efficace aurait eu aisément raison d’eux. Mais si une jeune paysanne se trouvait dans les parages lors de leur débarquement, il allait sans dire que son compte était bon, qu’elle fût aimable d’aspect et pourvue d’attraits plaisants ou souillon en guenilles. Comme le répétait à l’envi avec un rire grivois, et fréquemment aviné, une recrue de ces équipages disparates, originaire des alentours d’Alicante, al hambre no hay pan duro, l’homme affamé ne trouve jamais le pain dur.


Les occupants des quartiers autour du port et des appartements construits au-dessus des entrepôts étaient quasiment tous des commerçants venus d’ailleurs, grecs de Constantinople, juifs ayant essaimé de Céphalonie et de Corfou, catalans et gênois. Ils tenaient le commerce, et toutes les marchandises qui transitaient par le petit port contribuaient à les enrichir. En lien avec toutes les autres places de Méditerranée, ils savaient organiser les pénuries, stocker les denrées au moment opportun, ne les négocier qu’au compte-gouttes et au prix fort. Ils employaient comme journaliers les plus pauvres des séculaires habitants des lieux, devenus quasiment paysans sans terre, qui déchargeaient leurs marchandises, les rangeaient dans leurs entrepôts, et parfois les livraient.


Gobbo connaissait chacun des habitants de la petite cité, et si ses attaches terriennes le rendaient plus proche des paysans-pêcheurs, il connaissait et entretenait des relations avec la plupart des négociants : il savait, par les circulaires abondamment diffusées et dupliquées sans cesse sur tout le territoire de la nouvelle foi, par l'exemple d'une certaine Lydie, marchande de pourpre de son état, et fort riche, qu'il n'y avait pas d'incompatibilité absolue entre le pouvoir financier et les aspirations célestes. D'autant que les possédants pouvaient rendre nombre de services. Bien loin de pousser à la révolte les classes soumises au travail, et même à la dureté du travail, car travailler signifiait éprouver amèrement dans son corps les contraintes musculaires résultant de l’inadéquation entre l’effort demandé et la constitution musculo-squelettique de l’homme de peine, la nouvelle foi asseyait les statuts en déclarant de manière péremptoire que toutes les hiérarchies - et le rabbin Shaul montrait là toute sa subtilité de pratiquant du pilpoul -, tant célestes, affirmation qui n’engageait guère, que terrestres, tiraient leur origine d’une décision unilatérale et souveraine de Celui qui ordonne aux jours et aux nuits Béni soit Son Nom.


En vertu de quoi la preuve irréfutable de l’adhésion à la vraie foi était la soumission absolue aux autorités instituées, en vue de la félicité céleste à venir. Préfigurant en un raccourci saisissant ce que déclarerait de nombreux siècles plus tard l’ingambe patriarche de Ferney, avec l’ironie que la statue de Houdon rend avec tant de génie, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.


Les négociants, pour certains, se laissaient mollement convaincre par la nouvelle croyance : gens réalistes, ils savaient avec une totale certitude que ce sont les réserves amassées qui ont raison des disettes, que celui qui tient commande, qu’il y aura toujours des miséreux pour vendre leur sueur ce que celui qui paye veut bien en offrir. Les juifs, éternels migrants de cette mer si aimable, gardaient une réserve souriante devant les allusions pataudes que ne manquaient jamais de faire les nouveaux profès, qui poussaient l’arrogance jusqu’à tenter de leur décrypter, dans leur latin de basse extraction, les mystères de la Thora, dont ils n’étaient pas capables de lire une seule ligne en hébreu. Peut-être, comme il l’avait fait à Bérée, Shaul le guematriste eût-il réussi à en circonvenir quelques-uns, excipant de sa formation sérieuse auprès du sage Gamaliel Qu’il Repose en Paix, ayant au moins la capacité de lire les prophètes avec une intonation compréhensible et non comme ces juifs d’Abyssinie avec leur charabia Que Le Nom Pardonne. Les Grecs, quant à eux, pratiquaient un joyeux syncrétisme utilitaire, admettant toutes les opinions sans en professer aucune en particulier ; de loin en loin, une pucelle, démangée par la montée de sa sève, croyait entendre, dans les paroles d’une servante acquise à la croyance, des voix célestes, et se joignait à une des assemblées qui se tenaient ordinairement dans des maisons particulières. Les pères voyaient cela d’un œil débonnaire, et se bornaient à ordonner à un esclave de confiance, et solidement bâti, de veiller sur la petite lorsqu’elle allait nuitamment - les réunions se tenant généralement de nuit, les participants étant quasiment tous assujettis à un maître qui les employait - recueillir la Parole, afin que nul ne pût l’importuner ou assaillir. Dans le train ordinaire de leur maison, ils continuaient les libations à Hermès, les péans en vieil ionien quand mourait un de leurs amis, condescendaient à masquer d’un rideau les figures de ce que la pitchoune appelait leurs idoles, souriaient comme à un caprice lorsque, lors d’un repas familial, la jeunette, au lieu d’invoquer la divinité tutélaire de leur lieu d’origine, remerciait, yeux fermés, visage levé vers les cieux, avec un air de ravissement qu’ils trouvaient adorable, ce rabbin qui, du temps de leurs grands-parents, avait trouvé la plus ignominieuse des morts, pendu sur quatre bouts de bois comme un vulgaire voleur de blé.


Gobbo, dévoré par son zèle, depuis que, un jour qu’il effectuait des travaux de réparation au monument d’Auguste, l’administration en place, quoiqu’en déliquescence, s’efforçant de garder les apparences de la grandeur et de faire ce qu’on définirait plus tard comme bella figura, un carrier avec lequel il travaillait lui avait parlé de sa rencontre mystique avec un supplicié, qui de surcroît s’était envolé comme Icare, mais sans en expérimenter les fâcheuses conséquences. L’histoire était si ridicule, les exhortations du juif - car c’en était un - si opposées à tout ce que Gobbo avait reçu jusque-là comme viatique pour construire sa vision du monde qu’il n’en put dormir de toute la semaine, continua néanmoins de travailler, et, dans un état d’extrême agitation, due au surmenage, courut se faire baptiser, ce qui, l’eau étant rare, se pratiquait sur le rivage, au milieu d’une foule de nouveaux convers, détournant pudiquement le regard lorsque la tunique d’une jeune rachetée se plaquait étroitement sur son corps, moulant des seins semblant d’albâtre et révélant parfois même un buisson luxuriant, la vraie foi, comme sa doctrine l’établissait, ne distinguant pas entre les peuples, et la région étant peuplée de Grecs.


De ce jour, Gobbo devint le serviteur inlassable de la foi vraie, devenant peu à peu le juge de paix d’une petite communauté, qui était toujours informée de ce qui se passait tout autour du vaste monde, puisque celui-ci était borné par la pointe de l’Hispanie. Par vent portant, un gros navire de charge remontait l’Adriatique, venant d’Illyrie, en une dizaine de jours : les nouvelles allaient donc très vite, les marins se connaissaient - on s’ échangeait, à l’escale, les meilleures adresses, Chloé-Phallus-de-Cuir étant connue de tous, dans sa maison de Cesme, sur la côte d’Asie, où elle régalait les amateurs d’assauts d’une vigueur que les plus robustes des manœuvriers cypriotes qualifiaient de digne d’Artémis. En d’autres lieux, les petites ânesses, terme largement répandu, et qui évoquait bien leur grande douceur dans le regard lorsqu’elles embouchaient un priape amolli par de trop longues libations, répondaient au doux surnom de Polymnie (Note du transcripteur : nombreuses musiques pour l’une, car, fort gloutonne, les platées de pois qu’elle engloutissait lui donnaient des flatulences, notamment lorsque, agenouillée dans son office, son bedon se trouvait comprimé, et l’autre Canthare, d’une part car, à en croire les usagers, les vastes proportions de son hypogée équivalaient au vase à boire, trente litres, et d’autre part ceux qu’on appellerait plus tard soupeurs s’y régalaient, à même le plat, des généreux dépôts liquides - et glaireux - qu’y avaient déposés ses adeptes.


Comme nous l’avons vu, des lupanars égayaient tout le quartier du port, signalés par leur lanterne, strictement administrative et qui ouvrait droit à impôt, puisque aussi bien tout le monde connaissait parfaitement leur emplacement et leur spécialité, de jour comme de nuit ; pour les nouveaux gagnés à la foi nouvelle, la doctrine n’était pas tout à fait claire : si ce n’était pas un précepte imposé que d’aller dégorger les sucs qu’une alimentation saine et l’ardeur de la jeunesse amassaient dans les bourses des jeunes affidés, la condamnation en était molle, et presque désabusée : certes, ce n’était pas recommandé ; mais ce n’était cependant pas un manquement mortel, notamment pour ceux qui n’avaient point encore pris femme. De plus, avec un réalisme et un sens politique tout à fait aiguisé, les bergers, puisque c’était le nom qu’ils se donnaient, de ces groupuscules préféraient un péché circonscrit et connu, qu’on pouvait confesser et absoudre, à la germination sournoise de désirs inassouvis, dont on ne savait pas très bien à quoi ils auraient pu conduire.


Gobbo, outre son rôle de juge de paix, avait également une fonction de bureau de placement : à l’intersection de l’offre et de la demande, appartenant à une communauté de demandeurs, gens de peine et journaliers, étoffés, comme nous l’avons vu, de quelques patriciennes - la robe féminine s’attachant plus aisément à l’ombre des confessionnaux que la chlamyde, comme le Vatican l’a toujours compris - et d’employeurs, il recommandait l’un et l’autre, plaçait le fils du charbonnier - de charbon de bois - chez Aristide, envoyait la petite Aglaé nettoyer la taverne de Polycratès, et était connu de tous, même si son verbe parfois abrupt manquait de rondeur, et d’onction : infiniment plus proche de l’anachorète que du prélat, terre à terre dans ses raisonnements, homme rude habitué à un travail pénible et très peu rémunérateur. Il était en cela un allié fort utile des employeurs, trouvant toujours que celui à qui l’on offre la possibilité de travailler se doit d’aller jusqu’au bout de ses forces, évidemment sans la moindre récrimination, et en bénissant Dieu de lui avoir accordé ce privilège. Rémunération fixée à la discrétion du donneur d’ordre, comme de bien entendu. Non que les négociants fussent systématiquement chiches : un certain nombre savait faire la part des choses, et se sachant volé par les autres serviteurs, non adeptes de la secte, car c’est ainsi qu’elle était désignée, et que la règle infrangible de la communauté était une honnêteté sans faille, jusqu’à la sottise, si besoin était, il récompensait par quelques largesses, victuailles, vêtements ou tissus, la confiance que les recommandés avaient su établir.


Les juifs étaient plus difficiles, empreints d’une séculaire méfiance envers les gentils, d’une part, et les poissonniers, comme ils appelaient les tenants de la doctrine, de l’autre. L’exil forcé de Canaan, le sac de Ieroushalaïm n’étaient pas si loin que les péripéties n’en fussent parfaitement connues, et alimentées de génération en génération, certes pas célébrées comme le seder Pessah, c’eût été un comble, mais transmises de grands-mères à petits-enfants, vérifiées et vivifiées à de nombreuses reprises, ce qui assurait une qualité de transmission tout à fait fiable. Leur position se compliquait du fait que la Thora et ses commentaires établissaient clairement que dans l’histoire d’Israël les déportations étaient toujours des châtiments du Nom Béni Soit-Il, et que le sanhédrin avait peut-être bien fait une boulette en livrant le rabbi illuminé et partageur à la horde dégoûtante des mercenaires brutaux qui composaient les troupes d’occupation de Rome. Tant qu’à s’en débarrasser, il eût été plus habile de le faire entre soi, avec discrétion : le Livre des Rois abondait en strangulations, poignardages et décollations, et démontrait surabondamment que la fin peut justifier les moyens, tant pour les femmes que pour les hommes. Tamar, fardée en pute, et proposant des délicatesses inédites à son beau-père, Judith, après des soubresauts rythmés, décapitant l’imbécile aviné dans son sommeil, les peuples passés intégralement au fil de l’épée dans la conquête progressive des territoires des Amoréens, des Moabites, des Philistins, les précédents ne manquaient pas.


Aussi les juifs, gênés aux entournures, se tortillaient-ils en se dandinant d’un pied sur l’autre, emmêlant leur barbe entre leurs doigts, souriant, invoquant d’extraordinaires concours de circonstances qui les faisaient recevoir qui sa nièce de Patmos, qui une cousine en transit de Malte vers l’Hispanie pour débouter Gobbo des tentatives de placement qu’il faisait de ses protégés.


Des enclaves immatérielles séparaient les communautés : in fine, le message apostolique qui transparaissait en filigrane, et était clairement établi dans certaines lettres du voyageur de commerce des premiers temps, Shaul le rabbin déjudaïsé, prônait la séparation, avec la constitution d’un corpus sémantique particulier, qui empruntait de manière métaphorique à tous les champs de la réalité visible, pour leur attribuer un autre sens, entendable des initiés seuls : de tous temps, les obédiences, sectes, confréries et d’une manière large tout groupe qui revendique une perception de la réalité autre que ce que les sens ordinaires en perçoivent, est amené à procéder ainsi, soit en élaborant un vocabulaire spécifique, ce qui présente l’inconvénient, par l’intrusion de termes inconnus, d’attirer l’attention des non-initiés. Les mots à double sens avaient donc l’avantage, outre un décodage d’une enfantine simplicité, de ne se distinguer en rien, en surface, du vocabulaire courant d’une conversation ordinaire.


Le rabbi visionnaire avait initié la formule, créant un bestiaire imagé, où les loups dévorants le disputaient aux lions pour croquer avidement - et, on l’espère, avec discernement - les parties les plus tendres des agneaux et brebis que le berger, lui, en l’occurrence, faisait paître dans le monde. Le terme de monde signifiant l’extérieur de la communauté, concept qui avait fait florès par la suite sous la plume de l’apôtre épistolier, dont chaque lettre, ou presque, développait la notion du dedans-dehors : dans le monde sans en avoir aucun des stigmates. La faune, la flore, la pêche, et parfois les métiers largement représentés étaient mis à contribution, l’araméen du rabbi rédempteur étant une langue fort imagée, que les continuateurs, juifs de pensée, grecs et romains d’expression, avaient perpétuée : si un frère - évidemment pas de sang, mais de communauté - demandait à un autre si la pêche avait été bonne, il ne se souciait bien sûr pas du rendement de ses activités ichtyologiques, mais de la progression du nombre des nouveaux affidés. Une des particularités de l’humain étant la propension à perpétuer ce qui a fait signe, et porté du sens, même quand le contenu en a disparu, les vertus tutélaires attribuées par les textes fondateurs à tel et tel animal faisaient que, par superstition, les femmes d’Hispanie gagnées à la foi prénommaient leur fille Ormiga, la fourmi, celle-ci bénéficiant d’un préjugé scripturaire des plus flatteurs, auquel La Fontaine lui-même n’a pu que souscrire.


Gobbo, qui avait appris à lire dans les fragments de lettres détenus par les petites communautés de maison, fragments épars, peu organisés, s’y retrouvait à peu près dans les images empruntées à la nature ou aux métiers courants. Il se souvenait néanmoins de sa surprise et son embarras lors de la visite de deux frères qui avaient fait halte dans leur route vers l’Hispanie, un berger thrace gigantesque, bâti en Hercule, qui lui avait démembré les clavicules à force de bourrades fraternelles, et un africain, noir comme le charbon de bois, qui s’exprimait dans un latin correct, mais avec une prononciation inhabituelle, et lui avait demandé, comme entrée en matière, à brûle-pourpoint, et comme si c’était la chose la plus naturelle du monde :


- Alo’ mon f’e’, pas t’o d’iv’aie ?


Ahuri par la question, Gobbo avait marmonné que tout allait bien, avant d’aller dare-dare, dès que possible, quêter des informations auprès d’un vieux pilier de la communauté, expert en termes de cet acabit, qui, après avoir ri longuement, lui avait expliqué, avec force détails, que l’iv’aie, c’était cette herbe nuisible que le Malin, qui, à d’autres moments, revêtait costume de loup, de tigre, de crocodile, suivant les circonstances et l’adéquation à la tromperie à réaliser, avait semée dans le champ du monde, la parabole tentant de faire comprendre, sans doute, que rachetés et perdus croissent et se multiplient côte à côte, jusqu’à la parousie. Homme attaché au tangible, Gobbo n’avait mis guère de temps à s’assimiler la terminologie de référence, et évoquait avec sérieux et gravité le lion rugissant, avec poésie les lis, avec tendresse les brebis dont aucune ne manquerait à la fin. L’abondance de la pêche prophétisée par les recruteurs de l’évangile enchantait ce fils de la mer, et les allusions aux oiseaux, frugaux mais repus, le satisfaisaient assez.


Cohérent dans sa doctrine, il faisait bénéficier chaque corps de métier de sa sollicitude, et visitait également les petites pensionnaires des lieux de détente, conscient de leur utilité sociale, et de ce que les besoins masculins étant ce qu’ils sont, mieux valait ouvrière consciencieuse, appliquée, et sans vice, qu’épouse adultère, tourmentée par les rugissantes approches de la ménopause, qui n’aurait été qu’œillades coquines aux jeunots du port, frôlements aguicheurs aux employés de son mari, tenues indécentes lorsqu’elle serait sortie en litière, appliquant sans l’avoir lu le conseil d’Ovide de remonter haut sa robe afin de donner à voir sa cuisse.


- Seigneur Gobbo, lui demanda ce jour-là Mélissa, surnommée Ambroisie, tant les effluves qu’elle dégageait étaient entêtants, est-ce que nous devons changer d’emploi ? Si cela déplaît au seigneur Ieshoua, je pourrais travailler comme lingère dans la maison d’un marchand avec votre aide.

- Enfin petite, réfléchis un peu : tous les marchands du port ont eu commerce avec toi ; si tu entrais au service de l’un d’entre eux, il continuerait à visiter ton petit jardin, et de surcroît les autres en concevraient de la jalousie. Ce n’est pas une solution satisfaisante. De plus, tu sais bien ce que disait la dernière lettre d’Aristarque, qui répétait ce qu’il avait lu dans un vieux courrier de Shaul : que chacun demeure dans l’état où l’évangile l’a trouvé. Tu ne crois pas que c’est assez clair ?

- C’est que j’ai parfois de mauvaises pensées : quand vient le seigneur Romero, son odeur est si forte que j’en ai des haut-le-cœur, et je souhaite qu’il s’écroule d’un coup de sang pour ne plus le voir revenir.

- C’est vrai qu’il est écrit de tout faire comme pour le Seigneur ; et qu’à la réflexion, le Seigneur, quand il parcourait la Galilée, il ne devait pas sentir très bon. Écoute, sois un peu habile, propose-lui de le masser avec de l’eau et de la saponaire, comme si c’était une nouvelle fantaisie : après cela, il te suffira de le parfumer, et tu ne seras plus envahie de mauvaises pensées.

- Quelle bonne idée, seigneur Gobbo, s’exclama-t-elle en battant des mains, vraiment le Seigneur vous inspire…

- Au feu, au feu, dépêchez-vous, de l’eau, entendit-on hurler pendant qu’elle parlait, par plusieurs voix dans la maison.

- Qu’est-ce qui se passe ? s’enquit Gobbo, sorti précipitamment de la chambre où il était en conversation avec Mélissa.

- Vite, monsieur, vite, par Dieu, monsieur Argyropoulos a mis le feu à la chambre…

- Mais comment ?

- Il voulait que je le transperce avec une grosse aiguille à larder les cochons… il l’avait mise à rougir sur le brasero qui me chauffe en hiver… quand j’ai commencé à le piquer, il a fait un bond et l’a fait tomber, et le rideau s’est enflammé… vite, vite ; les poutres commencent à brûler, et avec le vent, le feu va passer à la maison d’à côté

- De l’eau, vite de l’eau…

- Mais seigneur, nous n’en avons que pour nos ablutions, après chaque client, et la mer est bien loin…


Un brouhaha invraisemblable, galopades, portes claquées, patients en cours de soins interrompus, sortant affolés par les cris, la flamberge, que des soins attentifs étaient en train de redresser, entamant déjà une détumescence accablante.


- Seigneur Gobbo, Dieu vous écoute toujours, demandez-lui conseil.

- C’est ce que je fais, ma fille, mais l’idée qui me traverse l’esprit ne peut pas être de lui.

- Dites vite, le temps presse.

- J’ai pensé à Élie…

- À Élie, seigneur ?…

- Oui, et au temple aussi…

- De grâce, seigneur, dites, que faut-il faire ?…

- Eh bien pour Élie avec la veuve, l’huile dans la jarre ne s’est pas arrêtée de couler, et pour le temple l’huile a continué d’alimenter le chandelier…

- Et alors ?…

- Alors, accroupis-toi sur ce seau et pisse…

- Mais je n’ai pas très envie…

- Fais un effort, il le faut.

- Tenez-moi le seau, j’ai peur de le renverser… je n’aurais jamais cru cela, je l’ai rempli…

- Vite un autre…

- J’ai rempli celui-là aussi… tenez seigneur, levez votre tunique, cela me gêne de ne rien faire, approchez-vous de ma bouche…

- Préoccupe-toi de pisser, pendant que les autres utilisent les seaux…


L’hagiographe qui rapporte cet événement, abbé de Saint-Paradou, le fait d’une plume dubitative, dont on ne sait si elle est due à la quantité de seaux collectés, 343, relève-t-il - « et respandirent à foison siaux de belle eau dorée tant que coulait dans escaliers, retraits et galetas, et que plancher fut perdu. » - ou à la merveilleuse liberté de la véritable sainteté, capable, avec un égal bonheur, de bénéficier d’une turlute tout en sauvant un quartier.


Mais il va sans dire que les choses n’en restent jamais là, et que, de même que la foi nouvelle avait construit une vision du monde, comme il est relaté plus haut, empruntant métaphoriquement à la terminologie de l'élevage ovin, de la pêche, et même du bâtiment, chaque fait, si anodin soit-il, était consigné dans des annales qui étaient transférées en haut lieu, à ce moment-là à Antioche, à fin d’être étudiées, et que toutes les ramifications et conséquences spirituelles puissent en être tirées, à charge ou à décharge : pour exemple, celui, ancien certes, mais qui avait perduré comme exemple, d’un Shimon le mage, que la ferveur populaire, du temps de Shaul, avait encensé en sa qualité de thaumaturge, jusqu’à ce qu’un quarteron d’apôtres, excipant de l’autorité que leur conférait leur longue marche poussiéreuse aux côtés du Galiléen, dans leur jeunesse, le déclassa, en le ridiculisant à jamais devant ses adeptes. Préfiguration et raccourci des pouvoirs concentrationnaires et policiers, tout était archivé, et versé aux annales, afin de constituer un fonds de référence, faisant état de l’opinion des plus qualifiés devant une situation complexe.


C’est que l’affaire n’était pas si simple : main divine à l’évidence d’un côté, car une fontaine aussi inépuisable ne pouvait avoir d’origine que surnaturelle, et, de l’autre, le petit détail gênant, anodin certes, mais de nature à troubler les esprits faibles, la petite gâterie que la gentille Mélissa avait eu à cœur de dispenser à Gobbo, soucieuse de son confort, et s’efforçant de mettre en pratique, avec bon sens et réalisme, un des préceptes de base de la foi, qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir, et que le Très-Haut Béni soit son Nom - on voit que la synagogue collait encore assez étroitement aux basques - bénissait, avec son bon sens coutumier, l’offrande non de ce que l’on n’avait pas, mais évidemment, à l’instar de la veuve qu’avait distinguée le crucifié, le peu qu’on avait. Anticipant, par delà les siècles, ce que le bon sens populaire résumera en une formule lapidaire, qu’on ne peut donner que ce qu’on a.


Très vite donc, les bateaux marchands qui ramenaient les amphores consignées vers les ports d’Asie mineure, et en profitaient pour charger de la bimbeloterie produite dans les petits ateliers autour du port - les descendants des Ligures s’étaient fait une spécialité de recopier, avec une virtuosité et une réactivité proprement stupéfiantes tout artefact qu’on leur voulait soumettre, qu’ils exécutaient dans des matériaux de médiocre qualité, néanmoins patinés et vieillis avec un talent consommé qui permettait aux aigrefins de la côte d’Antioche d’escroquer les naïfs visiteurs, éblouis de découvrir, dans une échoppe de la basse ville, une paire de boucles d’oreille dont le marchand, bedaine déployée sous la tunique constellée de taches de miel, sourire comminatoire sous la moustache, leur glissait à demi-mot qu’ils provenaient de fouilles clandestines, et qu’il en avait eu l’achat par un sien cousin, fort introduit auprès des pilleurs.

Ce simple détail aurait dû inquiéter les acheteurs, mais la longue science du négoce du Levantin savait que l’objet introuvable, et de surcroît interdit, est un appât puissant, et que bien peu y résistent. Avantage supplémentaire, la cupidité aveugle, et, tremblant d’excitation à l’idée de rafler pour quatre drachmes une pièce antique dont le suant et adipeux marchand ne connaissait pas la valeur, dans son inculture, les clients se contentaient d’un bref coup d’œil, pressés de soustraire au plus vite la merveille à l’avidité d’un autre. Eussent-ils eu l’esprit de revenir, incognito, un autre jour, qu’ils auraient pu constater que leur merveille avait merveilleusement prospéré, et enfanté une ribambelle d’enfançons, pas exactement semblables certes, puisque faits à la main, mais d’un air de famille tout à fait troublant.


Il est d’ailleurs à noter que ces petits ateliers, par des mues successives, se contentant d’espaces restreints et d’outillages rudimentaires, s’appuyant plus sur le talent, la sûreté de goût et une main-d’œuvre pléthorique que sur une logique tayloriste, ont perduré jusqu’aux temps modernes, et continuent, avec une élégance jamais démentie, à réaliser des pièces de fouille, petits bronzes érotiques, où Bacchus, gros bambin joufflu, lève sa corne à boire tandis que son autre main palpe les appendices mammaires d’une robuste matrone, où Diane se trousse haut, avec une coquinerie dans le regard qui ne laisse pas insensible, et dont le traitement de la toison pubienne, ciselée avec une délicatesse exquise, constitue un régal de choix pour le collectionneur. Les mauvaises langues allant jusqu’à soutenir que la moitié des fonds prestigieux des musées américains sont composés de pièces de cet acabit, ce qui prépare agréablement le visiteur aux faux Corot, aux Vlaminck plus fauves que des ocelots, aux Van Gogh tournoyants, mais sans l’éclair de folie, et l’École moderne en général dès qu’elle est négociable, dont les faussaires, avec leur bon sens d’artisans, ont compris depuis longtemps qu’on serait bien sot de s’échiner à tenter de contrefaire un bois peint du XVe padouan ou bolognais, scruté par la cohorte des Diafoirus experts, avec leurs lampes de Wood et autres impudiques lumières, quand il est si simple en quatre jets de bricoler un Dufy tout à fait honorable. La petite Graziella, dont les rotondités fessières suscitaient, un quart de siècle après, des commentaires émus de ceux qui avaient eu le bonheur de les côtoyer, avait ainsi une très jolie main, non seulement pour redresser une tige défaillante, mais pour croquer, d’un fusain précis, un Buffet plus vrai que nature, parti dans la collection d’un magnat mexicain : la famille lui devait la berline aux vitres fumées qui stationnait dans la ruelle sordide de San Remo où tous avaient grandi.


Le cas Gobbo était donc parti pour examen et analyse autorisés vers Antioche, dûment consigné et attesté par plusieurs témoins dignes de foi, qui évoquaient de manière évasive la contribution supplémentaire de la petite Mélissa au bien-être pastoral. Évasive car nul n’y trouvait à redire sur place, mais on ne savait pas très bien ce qu’en penseraient les théoriciens et exégètes dans leur contrée lointaine.


Quand la missive relatant les faits parvint, rapidement comme nous l’avons vu, quoique le bateau fît escale dans plusieurs îles en mer Égée, chargeant là des abricots secs, plus loin de la poudre de marbre, à Antioche, la réaction qu’elle suscita fut à la hauteur de la complexité de la situation. Miracle avéré il y avait, et le conseil voyait déjà le rayonnement que cet épisode allait susciter, attirant des pèlerins nombreux sur les rivages ligures, soucieux de contempler les lieux où s’était passé un tel prodige, et ramener, si faire se pouvait, une sainte relique : avec une présence d’esprit proprement stupéfiante, et signe de capacités remarquables, la matrone qui patronnait l’aimable établissement où s’était passé le signe avait fait soigneusement recueillir, à l’aide d’éponges que l’on pêchait encore, en ces temps, non loin de là, jusqu’à la dernière goutte du miraculeux liquide, et avait fort opportunément fait main basse sur la cargaison de fioles lacrymales en verre bullé, fraîchement arrivées d'Égypte, pour satisfaire une commande d’un groupement de pleureuses qui louaient leurs services lors des funérailles des Grecs et des Romains et qui, fortes de la stabilité indéfectible de leur activité, pouvaient se permettre une commande de cette ampleur. Mais une dame de l’envergure de Pasiphaé, ainsi surnommée du fait d’attraits d’un volume stupéfiant, tenait tout le petit port dans ses serres : qui aurait refusé à l’employeuse de Mélissa et Canthare, qui contrôlait, de près ou de loin, tout ce qui se commerçait de charnel dans le périmètre, la préemption de la cargaison à fins lacrymales ? Les pleureuses attendraient, voilà tout, et n’en pleureraient qu’avec plus de conviction. L’eau dorée du prodige avait donc été soigneusement transvasée dans la quantité prodigieuse de petites fioles, cachetées et pourvues d’un certificat reproduit à l’aide d’un morceau de buis gravé en intaille par un des oncles de Pasiphaé, talentueux sculpteur sur bois dont la spécialité était la fabrication d’olisbos splendides, dont ceux en bois d’olivier, outre les réconforts immédiats, avaient des vertus thérapeutiques, et assainissaient, au dire des utilisatrices, les moindres recoins des conduits ainsi écouvillonnés, pour peu, insistaient-elles, que l’on fût consciencieuse.

Rien ne se perd, rien ne se crée : Pasiphaé avait inventé également, par ces petits documents de papyrus imprimé, la traçabilité, puisque ceux-ci relataient, en grec démotique et en latin commun, les langues véhiculaires par conséquent, le lieu, les protagonistes, et les circonstances du prodige, ceci à des fins d’exportation vers toutes les places de pèlerinage du pourtour méditerranéen, en attendant une diffusion plus large encore. Elle avait d’ailleurs glissé entre deux à Mélissa qu’à dater du prodige, elle entendait conserver par devers elle tout écoulement de même origine, mettant à sa disposition un considérable réservoir de stockage en terre montée à colombins où l’on entreposait normalement des olives dans la saumure. La donzelle trouvait bien un peu malcommode d’accéder à ce qui jouait à présent le rôle d’un édicule, par une fort incommode échelle, et plus encore de devoir se tenir en équilibre au-dessus de l’ouverture, en équilibre précaire, mais, bonne fille, s’en accommodait sans trop rien dire.


À Antioche le cas parut suffisamment important, du fait de ses implications sous-jacentes, pour qu’un conseil, composé de membres éminents de la communauté des poissonniers, se réunît, et se concertât pour décider quelle serait l’attitude à adopter dans un cas similaire.


Le conseil des sages, composé des autorités spirituelles de l’assemblée, et qui avait une très grande autorité, du fait des membres qui le composaient, fut convié dans la demeure d’Aristobulle, fameux pour détenir une relique illustre et qui lui était enviée dans toutes les communautés, le véritable lange de Ieshoua ben Ioussef, qu’il détenait car la servante du petit métayer qui avait hébergé dans l’urgence Youssef et Myriam son épouse, dans le coin d’étable qu’il avait dégagé, était la grand-mère de son épouse, l’authenticité de la pièce de lin ne souffrant par conséquent aucune discussion. Certains esprits chagrins s’étonnaient de ce que le tissage évoquât irrésistiblement le travail égyptien, mais les familiers de la geste considéraient que c’était un point supplémentaire en faveur de l’authenticité du linge, l’épisode égyptien étant avéré, et Myriam ayant fort bien pu se procurer une pièce de tissu local en prévision de l’heureux événement. Qu’il fût brodé en grec, de caractères grenat et or, qui affirmaient solennellement que c’était l’habit de bébé de celui qui était appelé à régner sur tout, inscription naturellement très postérieure à l’objet, ne changeait rien non plus. L’absence de toute trace organique ouvrait deux champs d’explications possibles : soit la récipiendaire du linge l’avait lavé soigneusement, ce qui était dommage, car la possession de tout dépôt d’une origine aussi prestigieuse aurait valu à son heureux détenteur une gloire universelle, et aurait justifié la construction d’un réceptacle à la hauteur de la qualité de la relique, preuve irréfutable de l’humanité dans le divin, soit, encore plus étonnant, mais dans le droit fil des évangiles apocryphes, l’enfançon ne déféquait pas, par divin privilège et délivrait ainsi sa mère de tâches contraignantes.


- Comment voyez-vous les choses, frères ? demanda l’hôte, s’adressant au petit groupe. Vous savez tous aussi bien que moi que, même si les visites d’entretien dans les lieux idoines sont salutaires, les écrits de Shaul ont verrouillé cette porte, et qu’il ne faut ni l’évoquer, ni encore moins en faire l’apologie…

- Déjà qu’il nous a empêchés d’avoir plusieurs femmes…

- Parce que nous sommes les chefs de la communauté, tu le sais bien ; il nous en permet une, mais il nous a sucré les concubines…

- Je ne l’aime pas à cause de ça, s’écria Eusèbe, je préférais mes petites Éthiopiennes à mes épouses, elles étaient jeunes et rieuses…

- Je ne serais pas étonné qu’un jour certains prennent au pied de la lettre ce qu’il écrit, qu’il voudrait que tout le monde soit comme lui, sans femme ; vous verrez, ça sera peut-être interdit à vos petits-enfants… dit Origène sans avoir l’air d’y toucher.

- Revenons à ce pourquoi nous sommes réunis : le Très-Haut a accompli un miracle par ce Gobbo à propos duquel nous avons des témoignages tout à fait favorables : l’ennui est que cela ait eu lieu dans un endroit que les textes nous conseillent d’éviter…

- Nous conseillent d’éviter ? Tu plaisantes, ils nous disent de les fuir à toutes jambes, oui. Heureusement que nous savons, nous, que c’était l’idée fixe de Shaul, et qu’il vaut mieux ne pas en tenir compte ; mais l’ennui, c’est qu’avec sa manie d’écrire à tout le monde, c’est devenu la doctrine officielle : nous ne pouvons pas la contredire…

- Passe encore pour le bordel : Rahab aussi était une pute, et c’est pourtant l’arrière-arrière-arrière-grand-mère de Ieshoua ; mais c’est le fait que la petite, comment elle s’appelle déjà, Mélissa, n’ait pas su tenir sa langue et l’ait utilisée pour réjouir Gobbo qui nous ennuie : il y a eu des témoins.

- J’ai trouvé : il suffit d’en faire l’élément de foi du miracle…

- L’élément de foi ?

- Mais oui, vous savez bien, enfin : quand Ieshoua dit à l’aveugle d’aller laver ses yeux au réservoir, c’est l’élément de foi…

- Alors, l’élément de foi, ce serait le petit câlin de Mélissa ?… Difficile…

- Non, ce serait que Gobbo a eu la révélation de toucher de son membre la miraculeuse ; il suffira de dire : toucher, sans plus, et sans préciser ni quoi ni où…


Les membres du conseil se regardèrent en souriant, et, conscients de tenir la solution, rédigèrent immédiatement la communication qu’ils expédièrent, par voies maritime et terrestre, dans les plus lointaines communautés, et qui établissait comme point de foi que « frappé de compassion devant la détresse d’une jeune prostituée d’Antipolis, Mélissa - il était important de donner des détails, et situer le contexte, afin que le récit eût valeur d’exemple archétypique -, qui hurlait de son impuissance devant l’incendie qui avait commencé dans son lieu de travail, Gobbo, presbytre de la communauté, s’approcha d’elle, et la touchant avec douceur, lui dit : « Ma fille, crois-tu que c’est l’Éternel qui a envoyé le déluge ? Bien sûr, répondit-elle ; et que Ieshoua a multiplié les amphores de vin à Cana ? Assurément, seigneur Gobbo ; alors ma fille, le Seigneur m’a montré que l’eau que tu rejettes, il la multipliera, et que si tu crois, tu en produiras assez pour éteindre l’incendie ; et qu’ayant cru, elle remplit 343 seaux de bonne taille de l’eau qui est ordinairement jetée aux latrines, qui permirent, une fois l’incendie éteint, d’arroser le jardin attenant ».


Copie en fut faite séance tenante, et le document fut transmis à la longue chaîne des petites et grandes communautés de fidèles, jusqu’à l’abbé de Saint-Paradou qui, tombant sur la retranscription du miracle, la réactiva, pour la plus grande édification des fidèles.





 
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   jaimme   
29/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une très belle connaissance du monde romain, du judaïsme et du christianisme primitif. C'est indéniable.
Mais le style choisi: phrases très longues et érudition démontrée à chaque ligne empèse l'histoire.
Pour qui connait les Pères de l'Eglise et l'hagiographie, cette nouvelle ne peut être que réjouissante. Son côté humoristique est basé sur la présence permanente du sexe dans une micro-société (au départ) qui, effectivement, rejette l'emprise du diable inhérente au Monde. L'hypocrisie est relevée de façon amusante.
Je retiendrai quand même un point: les sources seraient hagiographiques? J'imagine mal un tel auteur formaté donner les détails salaces à l'origine de ce texte.
La forme est quand même trop lourde, elle s'adresse à des bac+4 au minimum et ayant sucé le sein l'alma mater en Histoire ou en Lettres Classiques. Le lectorat en est donc restreint. Il reste aussi un arrière-goût de démonstration pédagogique qui assassine les premiers rangs des volontaires. Le propos est trop condensé.
Mon conseil: la même en 80.000 signes et avec des phrases qui proposent une respiration plus saccadée.
Au final un coup de chapeau à l'auteur qui a réussi vers la fin à s'éloigner de ses fiches comme on dit dans le milieu. Je vois ici de belles qualités littéraires et un fond aussi riche que mon tube de lait concentré sucré.
Mais pitié pour les lecteurs. Il faudrait passer de 2.000 à 20.000 voire plus, non?
Bonne continuation

   florilange   
19/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Texte très riche, foisonnant, plein d'humour. Très amusant, mais...
Très difficile à lire, les phrases qui n'en finissent plus en sont les premières responsables. À la fin, on ne sait plus où on en est et il faut revenir un ou plusieurs paragraphes en arrière pour s'y retrouver! D'autant plus que le vocabulaire, ultra choisi, pourrait en rebuter plus d'un.
Il n'empêche, c'est un bon texte, que je suis ravie d'avoir lu jusqu'au bout, mais comportant tout de même son lot de petites imperfections.
Par exemple, quand on commence par "soit blabla...", le lecteur attend forcément le "soit blibli", qui ne vient pas toujours. Idem pour les incises annoncées par un tiret, faudrait penser à mettre le second, ça faciliterait la lecture.
D'ailleurs si l'auteur veut être lu, il lui faudra raccourcir ses phrases et les ponctuer pour laisser respirer le lecteur.

   Flupke   
30/7/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Silene,

J’ai beaucoup apprécié le fond, mais la forme m’a parfois gêné, notamment la longueur des phrases.
Donc, conseil en or ? Ou conseil inapproprié (si votre style est immuable) ? : des phrases plus courtes amélioreraient la compréhension immédiate du texte.
En tant qu’auteur vous comprenez tout, mais qu’en est-il du lectorat ?

Le texte a un potentiel énorme, de par la richesse du champ lexical et de par le thème traité avec humour, mais je trouve qu’il y a beaucoup de digressions et que parfois l’auteur crie si fort qu’on entend plus la narration. Je m’explique. Il m’est plus aisé de m’immerger dans un texte si la « voix narrataire » est en arrière-plan plutôt qu’au premier plan, car dans le dernier cas cela rappelle qu’il ne s’agit là que d’un texte.

J’ai été gêné par cette problématique qui se manifeste de deux manières :
1 – incursions de la voix de l’auteur dans le texte :
Port marchand, comme cela a été dit, mais aussi de pêche = > le « comme cela a été dit, »
Comme nous l’avons vu, des lupanars égayaient
Mais il va sans dire que les choses n’en restent jamais là
Quand la missive relatant les faits parvint, rapidement comme nous l’avons vu,
Il est d’ailleurs à noter que ces petits ateliers (là, j’entends presque la voix d’André Castelot))
Etc.

2- incursions indirectes par anachronisme, vu l’époque supposée de l’action
un rare spécimen d’anas tyrannus, cette notation scientifique en latin des animaux n’est pas si antique que cela me semble-t-il
ancêtres des chebecs dont le Roi Soleil eut tant de peine à se débarrasser
al hambre no hay pan dur, les wisigoths parlaient-ils déjà l’espagnol (même archaïque) du futur ?
Netsuke !!! Ainsi, la phrase "Tsunami kamikaze, Toyata Hara-kiri" date bien du moyen-âge et non pas du 21e siècle comme je le pensais :-)
Gobbo, outre son rôle de juge de paix, avait également une fonction de bureau de placement (style ANPE ou Manpower ?)
auquel La Fontaine lui-même n’a pu que souscrire
par la suite sous la plume de l’apôtre épistolier, il me semble que St-Paul a pondu ses épitres bien après le VIe siècle, date à laquelle la plume d’oie commença a être utilisée.
Les mauvaises langues allant jusqu’à soutenir que la moitié des fonds prestigieux des musées américains sont composés de pièces de cet acabit - Back to the future et en plus j'imaginais que dans la sculpture antique et classique, l'appareil génital féminin n'était jamais reproduit.

En vrac, quelques passages (peut-être à améliorer) servis dans leur sauce suggestive :

le reste d’un pain d’orge demeuré de la veille (demeuré ?)
" Qu’il Repose en Paix ", "Béni soit son nom" et autres "Praise the Lord" laudatifs ne devraient-ils pas être précédés d'une virgule ?
depuis que, un jour qu’il effectuait, ah que Johnny est passé par là ?
qualifiaient de digne d’Artémis. => imaginaient digne d’Artémis.
Gobbo n’avait mis guère de temps => Gobbo n’avait guère mis de temps
la constitution musculo-squelettique => la morphologie ou la constitution morphologique ?
qu’il y aura toujours des miséreux pour vendre leur sueur ce que celui qui paye veut bien en offrir ??? Construction correcte ?

dans l'optique de l'abus de phrases trop longues, celle-ci l'est, mais me semble correcte néanmoins: "Aussi les juifs, gênés aux entournures, se tortillaient-ils en se dandinant d’un pied sur l’autre, emmêlant leur barbe entre leurs doigts, souriant, invoquant d’extraordinaires concours de circonstances qui les faisaient recevoir qui sa nièce de Patmos, qui une cousine en transit de Malte vers l’Hispanie pour débouter Gobbo des tentatives de placement qu’il faisait de ses protégés".


J'ai beaucoup apprécié l'humour et certains raffinements m'ont fait rire ou sourire, notamment:
Globalement, la "transformation officielle de la légende", le fond de l'histoire est excellent et l'intention iconoclaste très louable.
Le passage avec les coussins sur Victoria, (z'auriez pu rajouter "allonge-toi sur le dos et pense à l'Angleterre)
cherchant rapine et dégourdissement coïtal, excellent !
lorsqu’elles embouchaient un priape amolli par de trop longues libations, LOL
tourmentée par les rugissantes approches de la ménopause,
patients en cours de soins interrompus,
avec bon sens et réalisme, un des préceptes de base de la foi, qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir, excellent détournement sémantique
Mais une dame de l’envergure de Pasiphaé, ainsi surnommée du fait d’attraits d’un volume stupéfiant

Globalement, j'ai davantage apprécié la deuxième partie, car dans la première l'action en pointillé émerge rarement des flots descriptifs, et j'aurais aimé - si le style avait été plus concis (phrases moins longues), moins d'interventions du narrateur - donner une meilleure note, car j'ai été enchanté par ce festin historique, les détails et la richesse du vocabulaire. Un régal de fin gourmet.

Bonne continuation sur Oniris.
Amicalement,

Flupke

   Yaya   
30/7/2010
La structure particulière des phrases, leur longueur, le choix d'un vocabulaire très spécifique ont été, pour moi, totalement rédhibitoires. Malgré des lectures en boucle (reprises de chaque phrase), je ne suis pas parvenue à entrer dans le texte, à le comprendre tout simplement. L'aspect fastidieux m'a finalement découragée avant la fin.
Je n'ai aucune suggestion à faire, car il me semble qu'il s'agit là d'un choix d'écriture volontaire, que je ne remets pas en question même s'il m'exclut totalement en tant que lectrice, ce que je tenais néanmoins à signaler par ce commentaire. Pour cette raison, je donne pas d'appréciation.

   Anonyme   
30/7/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Silène, ce n'est pas avec ce genre de texte que tu feras de gros tirages mais je te souhaite de trouver ton lectorat qui t'attend sûrement quelque part.
Texte élégant, érudit, généreux, époustouflant d'un auteur qui ne prend pas ses lecteurs pour des imbéciles, ce qui est rare finalement.

   doianM   
31/7/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Belle écriture, parfois un peu prétentieuse, mais l'ironie la sauve.
J'ai aimé aussi l'humour habilement inséré dans des phrases assez longues pour le garder à moitié caché.
Une petite remarque: la richesse du vocabulaire, qui rend des arrêts fréquents obligatoires - afin de distinguer le sérieux de l'ironie -, des phrases ambitieuses par leur longueur, freinent un peu la lecture, rend le chemin trop orné pour savoir où on va..
Ce qui me semble paradoxal: écriture dynamique, progression difficile - pour le lecteur.


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