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Humour/Détente
Simili-me : Déséquilibre de l’oreille externe
 Publié le 13/02/11  -  10 commentaires  -  24107 caractères  -  140 lectures    Autres textes du même auteur

De l’ouïsme ou comment traîner dans les bars nuit...


Déséquilibre de l’oreille externe


- Depuis que j’ai fait à Bernard cette recette de parmentier de canard, il ne veut plus manger que ça.

- Oui, moi, Jean-Claude m’a fait pareil avec la sodomie. Les hommes sont monolithiques, que veux-tu.


J’étais installée dans ce café depuis plus d’un quart d’heure, mon lecteur MP3 sur les oreilles et un livre sur les genoux. J’attendais Marie, en retard comme toujours. Il était dans les cinq heures, j’avais choisi cette place au fond du « Rendez-vous » quasi désert, pour sa tranquillité, sa banquette relativement confortable, quoique d’un marron désobligeant. À côté de moi, deux femmes d’une quarantaine d’années s’étaient posées autour d’un thé et d’un crème. Elles discutaient de petites choses quotidiennes, de recettes de cuisine, je ne les écoutais pas, ma musique couvrait leur conversation. Keren Ann venait juste de s’arrêter quand je captai cette bribe de leur échange culinaire. Inutile de préciser que ce moment volé me procura une jubilation intense. À l’évocation du menu sexuel préféré de Jean-Claude, mes sourcils remontèrent brusquement vers mon front, alors que mes yeux s’écarquillaient. Je sentis tout mon corps se tendre vers mes voisines dans l’espoir d’en entendre plus. Je m’interdis de tourner la tête de leur côté pour les dévisager. Je regrettai d’avoir négligé le potentiel divertissant de mon environnement direct. Je fis mine de me replonger dans mon livre, mais ouvris l’oreille.

Rien de plus ne se passa, à part un échange rageur sur le rapport entre la saveur d’un mets et sa teneur en calories.

Peu importait, j’avais l’impression d’avoir reçu un cadeau offert par des inconnues. Je m’émerveillai de ces pépites empochées par hasard. J’avais touché à un moment de grâce. Juste avant l’arrivée de Marie, je décidai de reproduire consciemment et consciencieusement l’expérience, de prêter l’oreille à ce que l’humanité de tous les jours pouvait m’offrir. J’allais devenir écouteuse.


Je compris rapidement qu’il fallait des conditions particulières pour que des sujets d’écoute m’exhibent par inadvertance l’intimité de leurs pensées.

Tout d’abord le lieu. J’ai testé toutes les brasseries et les bars du quartier. Les brasseries trop chics ne brassent que des conversations sans intérêt, des rendez-vous d’affaires, des pauses pour attendre une séance de cinéma. Les PMU miteux sont envahis du bruit de la télé, les échanges y ont une discontinuité qui freine tout aveu non maîtrisé. Seuls les cafés meublés de petites tables et de banquettes le long des murs permettent de s’attarder assez pour une vraie conversation.


Là, au « Rendez-vous », à « L’arrivée » au « Balto », je sais désormais choisir mes cibles. Il y a peu à attendre des groupes. Au-delà de trois personnes attablées, on ne se dit plus rien, du moins rien qui me fasse vibrer. Les hommes ensemble, même par deux, ne parlent pas, ils discourent, ils font le point factuellement, ils impressionnent. Un homme seul avec une femme constitue un assemblage intéressant dont il peut jaillir des perles, venant d’elle ou de lui. Les vrais couples, néanmoins, génèrent peu de jubilation du conduit auditif. Je suppose qu’ils se racontent ailleurs ce que je voudrais entendre ici. Les meilleurs pourvoyeurs sont les femmes, par deux ou trois, ou les adolescents, dans les mêmes quantités. Je n’ai cependant jamais rien entendu de bien excitant dans une discussion mère-fille, j’évite donc les duos qui me semblent trop éloignés en âge.


J’ai essayé d’étudier les postures, la façon de se pencher vers l’autre, les coudes sur la table, ou la position en retrait le dos contre la chaise… Je ne suis pas encore assez qualifiée, je crois bien qu’il y a là une piste. Mais j’écoute sans regarder ostensiblement, ce qui rend plus difficile la vérification statistique du lien entre attitude corporelle et ouverture verbale.


L’heure a son importance. Le soir, en général, les gens dînent socialement, il est rare que cela débouche sur quoi que ce soit. À déjeuner, j’ai eu quelques bonnes surprises à côté de tables féminines ou mixtes, mais il faudrait pouvoir éviter d’un coup d’œil les deux collègues en pause.

Au départ, j’avais donc plutôt exclu les déjeuners : trop hasardeux, et cela me revenait cher, un croque-monsieur écorné pour un résultat mitigé.

Non, le meilleur créneau reste la fin d’après-midi. Le cinq à sept traditionnel.


Je m’assois au fond, sur la banquette qui peut encourager une proximité favorable. J’ai toujours été transparente, c’est vrai que j’ai un physique tout à fait moyen. Il est fréquent que je doive rappeler à quelqu'un que l’on se connaît déjà, et qui je suis. Pour ma nouvelle passion, c’est un avantage considérable. Aucun regard ne s’arrête sur moi dans ces bars. Je me pose avec un livre et mes écouteurs. Ostensiblement, j’attends quelqu'un, d’ailleurs au bout d’un certain temps, j’envoie faussement des SMS rageurs à ce rendez-vous fictif qui se fait désirer. Parfois même, j’appelle, avant de conclure que je vais m’en aller pour cause de retard désormais inacceptable. En moyenne, j’attrape une heure de conversation. J’ai le temps de faire deux brasseries avant que les dîners conventionnels ne commencent. Thés et apéritifs, mes créneaux favoris.

Parfois, je m’installe la première. Si aucune table ne me semble intéressante ou assez approchable, je laisse faire le hasard. Je prends place en attendant que mon air absorbé et mon casque en évidence attirent à mes côtés ceux qui cherchent l’intimité. J’écoute ainsi les divorces et les tromperies (cette mijaurée d’Anne, je te le donne en mille, avec son air de ne pas y toucher, ça faisait trois mois que ça durait), les recettes de régime miracle (la soupe verte, mais qui provoque des gaz effroyables, à réserver à un week-end en célibataire), l’accident de voiture dissimulé aux parents.

Je suis le réceptacle de leurs secrets, et leur vie est pleine de petits épisodes fascinants. Bien sûr, la révélation vraiment énorme est rare… mais bien moins que je n’aurais pu le croire avant de commencer à écouter réellement les gens.


C’est comme une chasse. Il y a la préparation (quel café, quel siège ?), l’attente, le guet. Littéralement, le choix de la cible : ce duo de filles semble prometteur, mais ne négligeons pas ces trois femmes qui baissent la tête en parlant.

Et puis, l’effet que cela me fait quand j’attrape quelque chose… Je pressens que ça monte, dans leurs attitudes, c’est clair, un élément majeur va être lâché. Alors, mon corps se raidit, ma respiration s’amplifie, mon ventre se serre, mes yeux se dilatent. Je suis concentrée vers la table en question, mais je ne dois rien laisser paraître. Je chauffe intérieurement, mes muscles sont durs, je pourrais fermer les yeux pour profiter de ce flux qui se déploie en moi.


Certains font durer le plaisir, annoncent leur sortie « Tu ne sais pas, tu ne devineras jamais, je vais t’en apprendre une bien bonne, tu dois jurer que tu ne le répéteras à personne, même et surtout à ta meilleure amie. » Dans ces cas-là, je respire plus vite, je pourrais presque haleter, mon esprit implore, vas-y, vas-y, jure, qu’il y aille, qu’il la sorte, sa nouvelle, arrête cette torture, donne-moi ce que tu as à dire, lâche tout. Et puis, le mot, la phrase, je savais que j’avais raison, parfois je dois me retenir de laisser échapper un petit cri.

D’autres se lancent à la hussarde et me prennent par surprise. Ils jettent sans préliminaires une phrase fulgurante, qui se plante au plus profond de moi d’un seul coup. Mon corps s’électrise. Je reste en éveil tout le temps de la conversation qui suit, je me repais de ce qui se dit, me remplis d’énergie et de plaisir. Ensuite, quand la table se vide, se tait, ou passe à autre chose, je décroche totalement et tombe dans l’hébétude. Je l’ai eu, ça valait bien tous ces efforts, c’est excellent, il m’en faut encore. Rien ne m’avait jamais procuré une telle sensation, un tel bonheur instantané.


Mais il y a aussi des jours de malchance, où s’enchaînent déboires et mauvais coups.

Hier, par exemple, je me suis trouvée coincée à côté de deux geeks qui échangeaient des formules informatiques incompréhensibles pour forcer je ne sais quoi. J’aurais peut-être pu apprendre quelque chose, si je n’avais pas démissionné dès le premier antislash.


Malheureusement, l’intéressant s’est posé loin de moi. Je n’aurais pas parié un thé citron sur ces deux filles à l’air méchamment superficiel - trop à la mode, en général ne parlent que boutiques et cosmétiques. L’une d’elles, la blonde, au sac étiqueté it-bag du mois, a pourtant fondu en larmes sans préavis, dès que son cappuccino lui a été servi. L’autre, la brune, qui venait d’ouvrir entre elles un magazine à une page clef, s’est trouvée désemparée. Elle s’est mise à lui caresser le bras et à la faire parler. J’étais trop loin pour entendre de quoi il retournait. La gestuelle était là, pourtant. Brune hochait la tête, recaressait le bras, serrait une main entre les siennes. Blonde hoquetait des phrases mâchonnées. Une fois lancée, elle n’a plus pu s’arrêter, et reniflait dans son poignet pour ne pas perdre le temps de chercher un mouchoir dans son sac. Je ne pouvais pas me rapprocher. J’ai envisagé de simuler un esclandre avec mes deux voisins : renverser quelque chose sur leur table puis les accuser, avant de m’installer furieusement à une autre place plus propice à l’écoute. Mais cela m’aurait fait repérer, et je ne voulais pas compromettre mon statut de transparente dans un de mes bars préférés.

Et puis, je me suis consolée. Il est rare que de véritables pépites proviennent des gros drames. Non, les meilleures histoires sortent l’air de rien, elles ne sont pas grandiloquentes. Souvent même, ceux qui me les apportent ne se rendent pas compte qu’ils tiennent là un propos fondamental.


N’empêche, avec tout cela, il était vingt heures, et je n’avais rien eu de bien réjouissant à me mettre dans l’oreille.



*****************************************



Ma nouvelle activité commence à peser lourdement sur ma vie sociale. À commencer par le travail. Quand mon cinq à sept ne m’a rien donné, je passe dans un café le matin avant de prendre mon poste. Il y a deux mois, j’arrivais au bureau tous les jours à huit heures, j’en repartais à dix-huit. On ne m’en demandait pas tant, mais j’aimais mon travail, et je n’avais pas grand-chose à faire par ailleurs. Maintenant, je me sauve en courant une heure plus tôt. Les matins où j’apparais vers neuf heures, retardée par une petite conversation alléchante près de chez moi, je vois bien que cela ne plaît pas. Pas question de déguster ce réveil des sens près du bureau - ce qui me permettrait d'être plus tôt à mon poste - car on pourrait me surprendre tranquillement assise au fond du bar, à l’heure où les autres se dépêchent. Et rebelote le soir, je file retrouver un environnement propice à ma passion...


Il n’y a guère qu’à déjeuner que je m’accorde une séance dans le quartier. J’ai complètement cessé de fréquenter le restaurant d’entreprise. Je l’ai testé, il n’y a rien à en attendre. Malgré les banquettes et les tablées de deux ou trois, les gens se tiennent, ou, au mieux, lâchent quelque chose sur leur chef. Ragots de bureau dont je me contrefiche, à moins que ledit hiérarchique n'ait été surpris habillé en femme ou surfant sur un site porno, ce qui reste assez rare.

Je me rends donc à une brasserie du coin. C’est plus cher, et je change tous les jours. Je sais bien que le déjeuner en quartier d’affaires n’est pas le bon moment, mais je ne peux pas m’empêcher d’espérer. Au début, je ne m’accordais que le mercredi - à dix euros le plat du jour, c’est déjà bien - mais finalement, j’ai fini par tenter ma chance à chaque pause de midi. Parfois, je ne commande presque rien, juste un café, et j’emporte un sandwich dans mon sac.


Mes quelques amies du bureau ne comprennent pas. Je limite les pauses au bureau, pour pouvoir m’échapper plus vite vers ce qui m’anime. Je croise désormais à peine Cécile, Ghislaine, Nathalie, qui auparavant agrémentaient mes journées de travail. Depuis que j’ai découvert l’intérêt des conversations des autres, je n’arrive plus à me plonger sérieusement dans ce que nous pouvons nous dire. C’est morne et répétitif, ça raconte les petites choses de la vie, ça ne m’apprend rien. Quand les gens vous parlent, ils ne vous donnent que ce qu’ils veulent. C’est quand ils ne vous parlent pas qu’ils vous offrent le plus.


Mais aujourd’hui, sans que je m’en rende compte, Cécile m’a suivie et s’est installée en face de moi au restaurant. Elle m’a demandé si j’attendais quelqu'un, j’étais coincée. Si j’avais dit oui, j’aurais dû inventer qui, car elle n’aurait pas manqué de me questionner. Il se trouve qu’elle sait tout de ma vie, puisqu’avant, je participais à ces petites conversations de rien. Et mon rien à moi, elle en connaît l’ampleur.

Je lui ai donc dit de s’asseoir, et j’ai fait une croix sur mes attentes pour ce déjeuner. On a commencé à parler de mon nouveau comportement. J’ai inventé que je traversais une crise, qui nécessitait de m’échapper pour chercher du sens, que tout, mon travail, mes amis, me semblait vain et que j’avais besoin me retrouver. Elle a décidé que je faisais une dépression, et est partie chercher des idées aux toilettes.


Manque de chance, pendant son absence, je me suis aperçue de ce que je ratais. Ma voisine confiait tranquillement à son interlocuteur qu’elle vivait les trois quarts du temps nue. C’était extrêmement surprenant d’attraper une révélation pareille dans une conversation homme-femme, peut-être était-ce une technique de drague révolutionnaire. La femme qui s’exprimait portait élégamment sa cinquantaine, brushée et manucurée, un peu bourgeoise dans son loden bleu marine. Son aveu me sembla tout à fait extravaguant et délicieux. Elle fut obligée de donner force détails à son interlocuteur pour le convaincre de la réalité de son propos. Elle précisa ainsi qu’elle cuisinait nue, consentant parfois à porter un tablier quand elle risquait des brûlures sur le ventre ou les seins, la soupe, souvent, ça projette quand on la mixe.

Je savourais l’instant quand Cécile revint avec un plan d’action concernant ma déprime. Inutile de dire que j’étais peu concentrée sur sa liste de docteurs et sorties revigorantes. J’avais du mal à me contenir : sa litanie me dérobait à mon bonheur.


Depuis bientôt deux mois, je passe près de sept heures dans les bars et brasseries, tous les jours et plus encore le week-end : la plupart du temps pour rien. Un quart d’heure intéressant deux fois par semaine, peut-être… Mais je ne peux plus m’empêcher de me mettre en chasse jour après jour pour traquer ma dose de joie.

D’autant qu’à force d’en entendre, mon niveau d’exigence a augmenté. Maintenant, pour que la boule chauffe dans mon ventre, il me faut plus que du mari trompé. Ça rend les potentielles transes auditives de plus en plus rares. Et voilà que Cécile me prive d’une occasion de taille.


En face de moi, mon amie débite son programme de retour à la vraie vie. Je ne l’écoute que d’une oreille, réfutant toutes ses propositions pour qu’elle s’arrête au plus vite.


- Tu dois voir un docteur, je connais un très bon psychologue, je vais te donner ses coordonnées et je veux que tu prennes rendez-vous cette semaine.

- …

- Tu m’entends ?

- Un psy, je n’ai pas les moyens

- Tu gagnes la même chose que moi, tu peux parfaitement te payer une séance par semaine.

- J’ai eu des dépenses ces derniers mois.

- Tu n’as qu’à prioriser. C’est ta santé d’abord. Et tu dois t’appuyer sur tes amis.

- Je ne vois plus personne. Je préfère être seule.

- Tu files un mauvais coton. Je vois bien en plus que tu ne m’écoutes pas, tu réponds une fois sur deux. Je vais te le dire moi, je sais ce que tu fais.


Cécile adopte alors l’attitude de ceux qui vont annoncer un scoop, elle se penche vers moi, regarde autour d’elle et parle moins fort. Elle commencerait presque à m’intéresser.

Apparemment, elle appartient à la catégorie préliminaires et enrobage.


- Ne le prends pas mal, tu vas croire que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, mais je t’aime bien, alors, j’ai voulu comprendre…


Ensuite, d’une petite voix ferme, elle m’explique qu’elle m’a suivie hier en sortant du bureau. Elle m’a vue entrer dans un bar, elle est restée dehors, et s’est installée à la terrasse du PMU en face. Une heure plus tard, je suis ressortie, j’ai fait cinq cents mètres jusqu’à une brasserie. J’y ai passé encore une heure (avec mes deux geeks, mais je n’en dis rien).


Je regarde fixement Cécile, j’attends la suite, hésitante. Elle ajoute :


- Et puis, il n’y a pas que ça, tu sais, ton comportement a vraiment changé. Avant, tu faisais attention à nous, et maintenant, tout peut s’écrouler à côté de toi sans que tu ne remarques rien.


J’ai l’impression de m’être justement branchée sur le monde depuis deux mois, d’être à l’écoute de l’humain. Mais apparemment, j’ai raté quelques indices concernant les personnes les plus proches de moi.


- Tu n’as même pas vu que Nathalie dépérissait à vue d’œil. Tu es la seule à ne pas savoir ce qui se passe au bureau.


Il s’avère que Mr Duffin, notre patron à toutes, a fait plus que des avances à Nathalie. Elle l’a repoussé. En conséquence, il la harcèle, soufflant le chaud puis le froid. Parfois il la complimente sans raison précise, puis de « géniale et indispensable » et elle passe à « vraiment pitoyable, au bord de la faute lourde » avec force détails. Nathalie élève seule ses deux filles et ne peut se permettre de perdre ce travail : elle n’en dort plus. Si elle ne va plus déjeuner, ce que je n’ai pas pu remarquer bien sûr, ce n’est pas pour traîner dans les bars, c’est pour éviter Duffin. Lequel lui aurait d’ailleurs confié, dans un de ses moments « gentils », qu’il trouvait très louche ma nouvelle conduite. Nathalie se renferme, elle n’ose parler qu’à Cécile de ce cercle vicieux qui la menace en permanence.


J’ai complètement cessé de prêter attention à la table de la cuisinière nue. Comment ai-je pu rater ça ? Je commence à m’excuser, à demander depuis combien de temps cela dure, etc. Cécile m’interrompt :


- Écoute, je sais pourquoi tu es devenue comme ça… tu vis coupée du monde, tu passes ton temps dans les bars, tu y claques toute ta paie. Je ne te juge pas, je veux juste que tu ailles mieux. Il faut que tu te l’avoues, tu es dépendante. Il y a des structures, on peut t’aider, tu n’es pas la première à qui cela arrive.


Je commence à émettre des doutes :


- Je sais que ça peut paraître spécial, mais je t’assure, ça va ! Je vais faire plus attention au bureau. Pas de problème ! Ça m’amuse pour l’instant, mais je maîtrise quand même.


Oubliant sa retenue, Cécile tape sur la table et crie presque :


- Tu ne maîtrises pas. Moi, je te le dis, tu es malade !


Je pense qu’on va nous remarquer… peut-être que nos voisins de table nous écoutent dorénavant.

Cécile se rapproche et ajoute, plus bas, à ma seule attention :


- L’alcoolisme, c’est une maladie !


Il me faut bien trente secondes pour comprendre pourquoi Cécile me parle d’alcool. J’éclate de rire et lui désigne mon thé au citron sur la table. Mais pour elle, le fait qu’elle ne m’ait pas pris la main dans le sac et le nez dans la vodka ne veut rien dire.


- Donne-moi une seule bonne raison pour le temps que tu passes dans les bars glauques que tu fréquentes, pour la perte de tes amis, pour tes dépenses inhabituelles ?


Évidemment, je ne peux rien lui dire…


Au fil du temps, j’ai noté mes trouvailles, et j’ai commencé à les classer. Comme si une étude quantitative pouvait donner à ma nouvelle passion une coloration sociologique.


Trahison : 10

Mensonge : 3 dont un incertain

Argent : 6

Sexe : 12

Comportement inavouable : 5

Étrangeté physique : 2


Je n’ai pas trouvé d’autre catégorie. Peut-être que j’ai une oreille sélective.

La plupart de mes trouvailles concernent plusieurs sections. Par exemple, ce garçon qui mangeait la peau de ses pieds, au point d’en déformer la couche cornée plantaire. Il ne quittait plus jamais ses chaussettes, même et surtout en présence d’une femme : comportement inavouable, étrangeté physique, ET sexe.


Alors que Cécile me demande ce qui m’occupe - puisque soi-disant ce n’est pas l’alcool - je pense à ma petite liste. J’appartiens aux comportements inavouables, je me dirige vers le mensonge, et quelque part j’ai trahi Nathalie en ne lui prêtant pas assez attention.


Et puis, il y a aussi cette conversation captée de loin, que j’ai choisi d’ignorer :


- Tu as vu la fille au fond du bar, là-bas ?

- …

- C’est normal, tu ne l’as pas remarquée, elle ne ressemble à rien. Elle passe son temps ici, à attendre quelqu'un. Elle appelle, elle envoie des SMS, elle commande un second thé. Elle a toujours la même conversation au téléphone. Personne ne vient jamais.

- Pas de chance

- Non, je crois qu’elle est folle, qu’elle n’a pas de rendez-vous. Elle se serait lassée depuis. Elle vient, elle fait semblant de lire et elle repart.

- Elle fait semblant de lire ???

- Tu vois son bouquin ?…

- « D’autres vies que la mienne », c’est un bon roman.

- Oui, ben elle en est toujours au début. Elle n’avance pas, deux mois qu’elle le promène.

- Peut-être qu’elle ne sait pas lire ?


J’avais souri, je me sentais supérieure, car moi, j’étais là pour une quête, une chasse qui valait bien quelques moqueries.


Pourtant, l’enquête de Cécile me confronte à ce que je suis en train de devenir. Non, je ne sombre pas dans l’alcool, mais je me repais du pire. Je n’entends jamais rien de bon, les conversations positives me passent à travers. Tout cela pour quoi ? Une photographie pessimiste de la nature humaine… réduite en catégories pernicieuses. Petit à petit, j’ai choisi de ne retenir que le plus dégradant. Je me suis promue ethnologue du sale et du honteux.

Je n’ai pas ouvert de catégorie pour les Cécile qui s’inquiètent de leurs amis. Je n’ai pas prêté attention aux Nathalie qui souffrent des trahisons que j’adorais entendre. J’ai préféré les petitesses des Duffin de ce monde aux peines de ceux qui m’étaient proches.


Je regarde Cécile :


- Tu as raison, je me suis éloignée de vous. Mais je ne buvais pas, enfin, je ne bois pas d’alcool.


Comment avouer qu’en réalité, je bois, oui, mais je bois les paroles d’inconnus peu discrets. J’ai envie d’être franche, mais à quel point dire la vérité ?


- Je faisais des recherches, pour un livre. Mais je crois que le sujet n’est pas bon.

- Un livre sur quoi ?

- Les inconnus qu’on croise… ce qu’ils disent, ce qu’ils cachent.

- Comment sais-tu ce qu’ils cachent ?

- Je ne sais pas, j’observe, je devine.


Cécile ricane gentiment :


- On ne peut pas dire que tu aies deviné grand-chose pour Nathalie. Ça ne doit pas progresser beaucoup, ton bouquin.


Non, en fait, c’est vrai je n’ai que six lignes et quelques chiffres. Ça suffit à faire un dessin pas très joli. Je viens juste de réaliser que je pourrais positiver mon étrange addiction, avec cette idée de roman.


- Si tu sais écrire, tu ferais mieux de raconter ce qui se passe au bureau, ça c’est du réel. Et ça pourrait être utile à Nathalie, si la situation continue à dégénérer.


Je lui dis qu’elle a raison. J’attrape mon petit carnet.

Un instant, je suis tentée de lui parler de la femme à côté, nue dans sa cuisine.


Mais j’arrache ma feuille de décomptes en catégories et je commence à noter les faits que me raconte Cécile. Il y a de la matière. Son récit me montre une voie nouvelle, un seul sujet mais bien juteux, à explorer de façon plus profonde. Je vais pouvoir étudier en toute bonne conscience ce que j'essayais de chasser au hasard autour de moi.

Les contours d'une nouvelle émotion se dessinent, un plaisir peut-être moins intense, mais moins superficiel et plus satisfaisant. Finie la quête dissimulée, les stratégies de brasseries, la recherche éperdue parmi tous ces inconnus : je vais être la femme d'un unique sujet.


 
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   Pat   
27/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Le sujet est très intéressant. On se demande comment ça va finir... On en devient aussi "voyeur/écouteur" que la narratrice, en espérant capter à notre tour quelque chose de vraiment croustillant ou énorme. Du coup, le retournement de situation est étonnant, et pose des questions pertinentes, bien que la fin me semble un peu trop expédiée, et décevante. Dommage. Il y a quelques longueurs et des transitions pas toujours bien amorcées (comme le passage où elle cite les catégories). Je pense que c'est plus une question d'écriture, mais ça fait un peu abrupt. Le style n'est pas désagréable, mais pas très recherché et comporte quelques lourdeurs qu'il serait pas mal de retravailler (ex : "les conversations positives me passent à travers."). Le ton est, par contre, sympa avec cette pointe d'autodérision qui affleure.
Ce que je retiens le plus, c'est l'originalité du thème (tout à fait contemporain, avec cette question de l'intime, de l'écoute et en filigrane, la vie par procuration). Une phrase m'a beaucoup plu (l'idée sous-jacente) : "J’ai l’impression de m’être justement branchée sur le monde depuis deux mois, d’être à l’écoute de l’humain. Mais apparemment, j’ai raté quelques indices concernant les personnes les plus proches de moi." Le regard posé sur les autres, avec les tentatives de catégorisations ethnologiques est aussi tout à fait intéressant. Un texte qu'il faudrait peut-être peaufiner au niveau de l'écriture et de la fin, mais vraiment pas mal.

   costic   
29/1/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
La nouvelle se laisse facilement siroter. J’aime beaucoup l’idée de cette addiction à l’écoute, la description des délices qu’elle entraîne, le plaisir de la préparation.
J’aime un peu moins l’écriture un peu trop explicative, parfois un peu affectée.
Dans :
« Les hommes ensemble, même par deux, ne parlent pas, ils discourent, ils font le point factuellement»Je trouve le mot factuellement un peu lourd.
« Ils impressionnent » Ou bien ils cherchent à impressionner ?
Dans : « Je croise désormais à peine Cécile, Ghislaine, Nathalie, qui auparavant agrémentaient mes journées de travail »
Le verbe agrémenter ne parait pas très adapté …
« sa litanie me dérobait à mon bonheur. »manque un peu de naturel.

Je trouve la fin un peu moralisatrice, comme si pour chaque vice il existait une manière honorable de les exploiter…
J’aurais sans doute préféré une exploitation du côté plus incorrect, plus anticonformiste de cette inclinaison au voyeurisme auditif.

   Coline-Dé   
8/2/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Peut-être un tout petit peu trop démonstratif, mais c'est vraiment pour chipoter !
J'ai beaucoup aimé cette réflexion sur l'aspect "affectophage" des gens qui écrivent, sur l'addiction que cela peut représenter et sur la (nécessaire ?) coupure que cela peut entraîner avec la realité de l'entourage.
Le texte est agréablement écrit, assez convaincant dans son déroulement et dans ses personnages. Il ne me manque qu'un petit brin de folie dans une écriture trop sage.
Le titre est excellent.

   Anonyme   
13/2/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Le thème est vraiment original, et a attisé chez moi le voyeurisme ou l'ouisme (si j'ose dire) plutôt ..J'avais envie d'écouter les conversations avec la narratrice.
Les deux premières phrases du texte sont extra et nous donnent envie de nous atteler à la lecture du texte.
Malheureusement, j'ai trouvé qu'il y avait des longueurs, voire des répétitions, ce texte gagnerait à être élagué. Par exemple toute la partie, au début, explicative sur le choix des cafés, les postures etc ... Il me semble que le texte aurait gagné en force en les traçant rapidement, cela finit par prendre beaucoup de places. Une certaine frustration aussi, je trouve que l'idée première de l'écoute dans les cafés n'a pas été poussée au bout.
En revanche, lorsque l'on est à l'écoute des autres c'est extra.
La description du plaisir ressenti aussi est bien analysée.
Des remarques qui questionnent :
" Quand les gens vous parlent, ils ne vous donnent que ce qu’ils veulent. C’est quand ils ne vous parlent pas qu’ils vous offrent le plus."
Cela prends une forme d'addiction, un peu maniaque, il y a du plaisir bien rendu, une forme de jouissance même.
Le retournement avec le harcèlement de Nathalie est intéressant..
Parfois on peut aller chercher loin ce qui est tout près.
En bref : une idée originale, plein de petites trouvailles (comme le comptage sociologique), et puis pour un texte humour détente, il y a du fond comme l'idée d'aller chercher loin ce que l'on a à sa portée avec un peu d'attention.

   Pascal31   
13/2/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Une bonne histoire au sujet original, que j'ai rarement vu traité. Peut-être manque-t-il à mon goût plus de ces bribes de conversations qu'essaie de capter l'héroïne. Du coup, on attend ces petits morceaux de vie volés ça et là, et on regrette de ne pas en avoir davantage (finalement, comme l'héroïne !).
La fin, modérée, m'a un peu déçu, je m'attendais à un coup d'éclat, un "pétage" de plomb... Mais dans l'ensemble, j'ai apprécié cette nouvelle.

   Anonyme   
20/2/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Quelle publicité mensongère !!!
Non, je plaisante, mais j'y reviendrai.

J'ai bien aimé cette errance de bistrots. N'y trainent pas que des poivrots. Lorsque sa propre vie n'apporte rien de bien réjouissant, la tentation est grande d'aller voler ailleurs des bouts d'existence.
Je l'ai parcourue de début en fin sans m'ennuyer, et même le sourire aux lèvres, tant je pouvais y reconnaître des choses.

Les préoccupations de planning, de choix d'emplacements, de culpabilité, me paraissent tout à fait bien croquées.
J'ai un gros gros regret... et nous voilà à la publicité mensongère : j'ai vraiment été alléché par le petit bout de dialogue d'entame. J'espérais que le texte serait jalonné de pareils. Mais je suis frustré sur ce point. Cela aurait permis, je crois, d'achever ce qui est déjà entamé dans ce texte : l'effacement de la narratrice aux aspirations littéraires naissantes, mais néanmoins mat(h)euse, au profit des existences matées. Ce n'est pas absent, mais j'aurais aimé que cela soit plus présent.

L'écriture est agréable. On la suit sans heurts. Il y a même quelques petites fantaisies pour rester en alerte (exemple: "Brune" et "Blonde", comme pseudonymes de sujets observés dont on ignore le nom).

Ah... oui... j'ai bien aimé ce passage où l'on voit que les gens préféreraient vous savoir malade (alcoolique, déprimé, ...) plutôt que d'accepter qu'on leur porte moins d'attention pour de saines raisons. D'ailleurs, tout le monde vous veut malade. Ne leur en voulez pas, ils ont besoin de ça pour se rassurer sur leur propre sort.

Il me manque peut-être quelques éléments pour un plaisir plus intense, mais la promesse est là, réelle.
J'aime le fond et cette manière discrète de l'aborder. J'aime assez la forme, et il me suffirait en somme de peu en plus pour
l'aimer davantage.

Curieux, donc, du reste de votre production, passée et à venir.

   Calissonne   
15/2/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J’aime beaucoup l’idée, originale, et le dialogue d’accroche est génial. Le tout se lit avec plaisir et d’une traite.
J’ai adoré les cas cités, la femme qui se ballade nue, Blonde et Brune, la catégorie préliminaires et enrobages, et j‘en passe.
Et sous la dérision il y a une jolie peinture de la société actuelle, des personnages vivants et visuels et une assez bonne analyse ce qui peut pousser à ce genre de comportement, le rendre addictif et les conséquences qui en découlent.
Il y a vraiment du très bon.
Pour les moins, j’aurais aimé un meilleur équilibre, je m’explique : je trouve qu’il y a une trop grande place accordée à la narratrice, ce que ça change dans sa vie, son ressenti, et pas assez de place aux bribes de secrets, de vie, d’intimité saisis.
Il y a des passages longs, au début par exemple, sur la mise en place des habitudes, la recherche des lieux.
Je pense que ce texte mériterait d’être resserré, épuré, il n’en aurait que plus de force.
Notamment parce que je trouve important de laisser un peu de place au lecteur, de suggérer au lieu de tout dire et montrer, de laisser des blancs à remplir soi-même pendant la lecture. Cela permet de ne pas seulement être aux côtés de la narratrice mais d’éprouver avec elle, et ici cela m‘a parfois un peu manqué, j‘ai été trop prise par la main.
Quant à la fin elle m’a laissée sur ma faim, ce retour sage à la normale est un peu décevant face au grain de folie qui précède, j’aurais aimé une fin absurde, folle ou extrême.

   Selenim   
2/3/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Le tout début un peu lourd, l'écriture pèse de tous ses adverbes.

Avec l'exégèse des lieux d'écoute ainsi que de leur faune, le style se fluidifie et gagne en percussion. L'auteur prend plus de plaisir à décrire, il lâche un peu la bride à sa plume.

Le passage sur les symptômes que provoquent les écoutes m'a parut rédigé assez maladroitement. C'est trop direct, ça manque de ressenti. On est dans le registre médical, scientifique. La narratrice nous assomme de faits alors qu'un peu de légèreté aurait pu embellir la chose. A mon sens, il aurait fallut diversifier l'écriture pour rendre ce passage moins compact. Un peu d'imagination, de métaphores, de poésie. De l'inspiration ?


J'aime bien cette idée de vie par vampirisme. La narratrice est un vampire psychique, elle se nourrit de la vie des autres pour combler la sienne si désespérément vide.

Quand les gens vous parlent, ils ne vous donnent que ce qu’ils veulent. C’est quand ils ne vous parlent pas qu’ils vous offrent le plus.

Il y a de l'idée dans cette phrase même si je trouve la forme un peu grossière. En tout cas, c'est une belle clef de voute.

J'ai trouvé déplacé la conversation expliquant l'attitude de la narratrice par deux habitués. Le dialogue en italique. il manque de crédibilité car ça sous-entend que la narratrice est elle-même espionnée depuis deux mois. Un peu trop non ?

Le final avec ce recentrage, je vais être la femme d'un unique sujet est une bonne fin. Elle s'inscrit en opposition avec la volonté précédente de la narratrice.

Le cas Nathalie est parachuté. Ça colle pas avec le reste. Je trouve maladroit d'invoquer une pseudo collègue par le biais d'un tiers pour jouer sur la conscience de la narratrice. A la limite, ça aurait pu passer si le cas Nathalie avait été mieux amené. la fracture est trop brutale et on décroche.


Pour conclure, je trouve que ce texte est parsemé de petites idées vraiment intéressantes mais trop dispersées. L'auteur survole sans jamais vraiment approfondir les vraies raisons de ces écoutes pirates. Et c'est bien dommage car l'auteur a d'évidence beaucoup de choses réfléchies à raconter.


Selenim

   aldenor   
6/8/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J’aime beaucoup l’idée. Ce jeu avec les statistiques, les horaires, les habitudes et les attitudes des gens. Cette plongée dans un monde parallèle, qui est j’imagine une forme de folie, avec toute sa logique qui tourne à vide.
La première partie fourmille d’observations et se lit avec beaucoup d’amusement.
La deuxième me déçoit. L’intérêt tombe. Et puis, elle ne me satisfait pas ; je reste avec une impression d’inachevé.

   Palimpseste   
9/8/2011
Déjà les deux premières phrases m'ont emporté...

J'ai beaucoup aimé. Antonio Tabucchi, dans l'Ange Noir (je crois bien), parle de l'importance de tous ces petits bouts de phrases volés au gré des non-rencontres, de ces improbables croisements.

La fin est "pas mal" mais quelque chose me dit qu'elle pourrait être plus fournie... Mais c'est une sensation fugace que je n'arrive pas à mieux étayer.

Merci de ce moment à vous lire...


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