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Sentimental/Romanesque
socque : En haut de la falaise
 Publié le 23/06/21  -  8 commentaires  -  8453 caractères  -  59 lectures    Autres textes du même auteur

Une Bretonne, fière et têtue. Bretonne, quoi, ayons pas peur des clichés.


En haut de la falaise


Le temps ne permet pas toujours de voir loin, même d'ici, mais ce soir je suis gâtée : il fait clair, la Lune se reflète par morceaux dans une eau calme et je peux être sûre qu'aucun bateau ne sortira par surprise de la brume une fois que j'aurai tourné le dos.

Le vent souffle à cette hauteur, malgré le peu de houle en bas. Cela ajoute à mon plaisir car j'aime sentir mes mèches se rebeller contre la coiffe, filer du plus loin qu'elles peuvent pour échapper à ma tête puis, selon les rafales, revenir me gifler ou me piquer l'œil. La petite douleur me détourne un instant de Sornic.

Je vais bientôt rentrer maintenant. Comme tous les soirs, les deux heures de marche jusque chez moi me seront à la fois pénibles car le retour de mon mari n'aura pas lieu aujourd'hui, légères car au moins je n'ai pas eu de mauvaises nouvelles et vais retrouver mon foyer, savourer sa chaleur après le froid de la lande, le piquant de ses genêts. Bien sûr il est silencieux, mon foyer, mais je sais le tenir net, accueillant. Sornic sera content de m'y voir comme toujours pimpante.


Quand il est parti en campagne sur le chalutier, je ne savais pas que j'étais enceinte. Je me suis dit qu'il reviendrait juste à temps pour l'accouchement et que j'avais intérêt à travailler le plus longtemps possible à la conserverie histoire d'avoir un petit pécule pour l'enfant. Avec le produit de la pêche nous aurions un peu de quoi, peut-être le papa pourrait-il même sauter une saison…

Seulement il n'est pas revenu. Personne n'est revenu cette année-là – jamais –, le bateau a été déclaré perdu et j'ai touché une misère avec un bébé braillard pour seule consolation. Je savais que je n'avais pas droit au désespoir, il y avait à vivre pour Loïc, avant tout pour qu'il aille à l'école. Et je savais que je devais attendre Sornic. Ça s'est vu, ai-je un jour dit aux veuves pleureuses, un capitaine qui décide d'aller plutôt chercher la morue dans les bouges des ports étrangers et qui oublie sa famille ! Les raisonnables dans cet équipage s'arrangeront pour regagner notre terre, vous verrez, Sornic en tête.

Elles n'ont guère apprécié, surtout la femme du capitaine ; on m'a traitée de folle. Quelle importance, puisque je savais ? Mon devoir était d'assurer l'avenir de Loïc et d'attendre mon époux, de le guetter du haut de la falaise.


Oui, c'est idéal ce soir, le contrevent va bien fonctionner. Je sors doucement du sac la fine feuille de papier de soie (mon unique extravagance, ces choses coûtent cher !) tendue et collée avec délicatesse sur de menues, menues tiges que j'ai taillées au grand air et mises à sécher à la maison près de l'âtre. Collée au blanc d'œuf, à peine, à peine, mais bien arrimée. Je la tiens face à l'air sifflant, face à la mer et à la Lune, j'ouvre les doigts. À elle de décider.

Elle hésite d'abord, tel un oisillon apeuré par la liberté, puis s'éloigne d'un coup. J'allais dire d'un coup d'aile… Sans se déchirer elle glisse entre les courants, saumon du vent.

Debout sur la falaise, je regarde aussi les goélands. Face au vent, sans bouger, ils avancent. Le contrevent a la forme solide et subtile de leurs ailes, j'ai créé un frère aux oiseaux ; je les vois parfois s'en approcher, observer curieux ce parent muet aux riches couleurs qui jubile de l'air, qui n'a besoin de rien d'autre.

Quand je pense aux années qu'il m'a fallu pour mettre au point cet appareil ! Celui de ce soir porte bien sûr un message, tracé sans peser, tout petit, centré, équilibré.


tu sais que mon cœur

bat par simple lassitude

quand tu n'es pas là


Je vois rapetisser mon espoir, rêve que Sornic l'attrape au vol sur le chemin du retour. Il le déchire un peu sans faire exprès – les hommes sont maladroits –, puis il le lit, une larme s'échappe. Il sera bientôt là.

Moi aussi je rentre. Un nuage passe devant la Lune, je trébuche sur une racine. Cela me rappelle ce que m'a dit Loïc un jour :


— Tu ne vis pas vraiment ici. Comment tu peux seulement marcher, tu as du mal à penser à faire toucher terre à tes pieds !


Oh, il était amer… Je n'étais pas allée à sa remise de diplôme du Certificat d'Études, moi qui lui serinais l'importance de bien travailler à l'école. Il a toujours eu le sentiment que je ne m'intéressais pas à lui, que je ne pensais qu'à son père disparu.

Il n'a pas disparu mon Sornic, il est juste empêché.

Il n'y a pas longtemps, j'ai entendu au magasin un client parler d'un personnage important qu'il trouve trop loin des gens. « Celui-là, il est hors-sol ! » J'ai enfin compris les mots de Loïc et j'ai regretté de ne pouvoir le lui dire.

Enfin, je pourrais, j'ai sûrement son adresse quelque part. Il me l'a indiquée quand il a eu sa petite. Je n'ai jamais répondu, pour quoi faire ? J'avais honte de n'être pas allée à son mariage alors qu'il m'avait envoyé l'argent du train et tout. Mais comment quitter la côte ? Sornic peut revenir à tout moment.

Et puis Loïc est devenu un monsieur, il n'aurait que faire de sa vieille mère. C'est un citadin désormais, loin, à Paris. Les citadins, je les connais à force de faire leur ménage quand ils viennent l'été savourer le vent sur leurs faces. Ils se sentent moins ballonnés alors, ça compense, eux qui en sont pleins, de vent. Enfin, ils ne sont pas méchants, les dames me donnent parfois des vêtements. Je me débrouille grâce à eux et l'été j'ai plein à manger. Qu'est-ce qu'ils gaspillent !


De retour dans ma vieille petite maison, je tisonne le feu. Les flammes me chauffent le visage et sûrement y posent leurs couleurs. Je ne me vois pas souvent dans une glace, un peu chez les citadins, rarement dans les vitrines du village où je ne vais pour ainsi dire pas, mais je sais qu'il est resté beau mon visage, mes pommettes toujours nettes, je porte haut la tête, les cheveux sont épais, à peine un peu gris par endroits et c'est joli aussi. Ah, il ne s'embêtera pas Sornic, c'est que sous la robe je suis bien ferme, les seins drus ! Je ne lui en voudrai pas s'il me dit qu'il y a eu d'autres femmes, c'est un homme après tout. Moi je me suis gardée pour lui alors qu'il y en a eu, des prétendants sérieux. Et des « c'est trop difficile pour une femme seule, je t'aiderai », et des « tu pourras t'occuper de mes deux petits, c'est ce que ma pauvre Mawenn aurait voulu, Loïc et toi ne manquerez de rien », même une fois « ça doit te démanger quelque part, non ? Les femmes aussi elles en veulent, tu seras pas déçue ». Le malotru, madoué !

Mais non, je passais fière sans m'occuper d'eux. On m'a appelée comme cela aussi, « La fière ». Une fière folle, c'est mieux qu'une paillasse raisonnable, voilà ce que je dis.

À quoi je pense ce soir ? Cela n'arrive plus depuis longtemps, juste l'an dernier un citadin veuf qui m'a un peu tourné autour. « Vous ne vous sentez pas trop seule, Bélise ? C'est dur quand on perd quelqu'un après toutes ces années… Vous trouvez que je fais mes soixante-cinq ans ? »

Fais-les, va, tes soixante-cinq ans, tricote-les dans ton coin et ne m'embête plus. Quand il m'a parlé ce vieux je me suis regardée dans la glace au-dessus de la cheminée et je me suis dit qu'il ne doutait de rien. Il aurait l'air encore plus décati à côté de moi.


C'est pas tout ça, il se fait tard. J'étouffe le feu et vais rejoindre mon lit-clos. Je vais bien dormir et rêver de Sornic, le bruit ne me dérange pas. De nos jours il y a tout le temps une espèce de vague rumeur dans l'air, une rumeur humaine lointaine qui va parfois jusqu'à la clameur, quand il se passe quelque chose d'important pour tous ces gens que je ne comprends pas. Au moins je n'ai rien à craindre de ce brouhaha, ce n'est pas comme pendant la guerre quand les avions passaient au-dessus de nous pour bombarder on ne savait où. Les citadins allaient sous terre à ce qu'on racontait, tout à la surface était en danger. Ah, là plus que jamais il m'a manqué Sornic ! Je voulais ses bras autour de moi.

Je les veux toujours, je me perdrai entre eux sans plus me soucier du reste. Ce sera un bonheur pur, blanc et doux comme le soleil sur la lande en haut de la falaise quand le vent souffle gentiment un voile de nuages. Il aura un peu vieilli mon époux, je ne me raconte pas d'histoires, pas plus que moi mais un peu.


Mine de rien, ça fait plus de cent ans que je guette son retour.


 
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   ANIMAL   
28/5/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le déni, la négation de la mort, l'espoir, donc, sont les moteur de cette histoire de femme qui refuse la disparition en mer de son marin de mari.

Une de plus qui attend sur la falaise que l'océan lui rende ce qu'il a pris. Toute une vie à penser que tous les autres se trompent et à espérer que Sornic en aura marre de faire la fête dans les ports du bout du monde et reviendra au foyer car elle est là pour lui, encore et toujours.

On se demande jusqu'à quel point, au fil des ans, la narratrice est satisfaite de passer pour un peu folle, excuse toute trouvée pour décourager les prétendants. Elle semble s'être faite à cette vie aux côtés d'un souvenir.

Les années passent, les cheveux blanchissent, mais l'obstination est là, se transforme en obsession. Jamais cette femme n'admettra que son homme repose par le fond depuis tant d'années. Certaines veuves se désespèrent ou dépérissent, d'autres se remarient et d'autres attendent jusqu'à leur dernier jour.

J'ai bien aimé cette histoire qui va bien au-delà de la fidélité que l'on doit à sa moitié.

   hersen   
30/6/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'est ce que l'on pourrait appeler un amour "durable" :)

Ce texte me fait beaucoup penser à la chanson de fado portugaise, certainement une des plus connues, "o barco negro".

Il y a cette même folie du déni à l'extrême.

Très bel équivoque de temporalité, j'aime beaucoup cet aspect.
par contre, je pense que chiffrer l'attente (cent ans) amoindrie cet impression d'équivoque, j'aurais préféré quelque chose de moins net, quelque chose qui me laisse encore plus fort dans cette notion d'ambiguïté.

Bon, faut pas râler, un grand bol d'air marin, ça fait du bien ! :)))

Edit : Je reviens sir ce point de cent ans. Si je comprends bien ce que tu dis dans ton mp de remerciement, et j'adhère, alors je pense que "mille ans" est... mille fois plus parlant si on parle d'éternité... humaine.
Car si j'avais lu mille ans, je fonçais bien plus dans l'éternité, d'un temps, en fait, qui n'existe pas pour l'homme.
Voilà. je ne sais pas si tu liras cet edit.

   Dugenou   
24/6/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Socque,

J'ai éte touché par cette histoire de bigouden, qui finit par ressembler au personnage de la carte postale, un peu à l'écart de la réalité, dans une attente sans fin, au point d'en oublier la vie et les vivants.

Sans oublier ce fameux langage parfois châtié, qui est votre marque de fabrique, un peu.

Un texte forcené, comme sa narratrice.

   Arsinor   
26/6/2021
Cent ans : est-ce une statue ? C'est un peu le scénario de Madame Butterfly de Puccini. Un monologue intérieur réussi, monothématique, développé. J'aime bien. Il me serait difficile d'écrire ce genre de textes.

   Louis   
30/6/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
« Cent ans de solitude », comme dirait Gabriel García Márquez, sont vécus par cette femme, en attente séculaire de son mari, un marin disparu en mer.
Quel intérêt à reproduire l’image-cliché de l’épouse éplorée du marin perdu en mer ?
L’intérêt du récit doit donc se trouver ailleurs.

Elle se tient sur une falaise chaque soir, en hauteur, à scruter l’horizon, à guetter l’arrivée d’un chalutier qui lui ramènerait son mari.
La hauteur n’est pas seulement ici ce qui favorise un point de vue, le plus vaste possible, c’est là où elle aime se tenir. Au plus proche des airs et du ciel, où elle peut apercevoir le plus lointain.
Elle est une femme des hauteurs, une femme de l’air. Elle est liée à l’air et au ciel.

Son élément n’est pas la terre.
Son fils le lui fait remarquer, lorsqu’il lui dit : « Tu ne vis pas vraiment ici. Comment tu peux seulement marcher, tu as du mal à penser à faire toucher terre à tes pieds ». Plus qu’une « tête en l’air », tout son être semble aérien.
L’expression qu’elle a entendu au village « être hors-sol » semble être adaptée à son mode d’existence. Elle n’a pas les pieds sur terre, mais pas en mer non plus, où elle ne va jamais, la mer trop amère, la mer, lieu d’amertume. Elle, elle n’est pas amère, elle est aérienne; elle n’a pas le pied marin, mais les pieds chaussés de souliers volants, des ailes au talon, « des ailes oniriques » comme dit Bachelard dans L’air et les songes. Comme Hermès, elle a des pieds ailés.

Comme Hermès encore, elle est messagère, non pas par la mer, mais toujours par les airs.
Elle envoie des messages à son mari au loin, ce pêcheur « empêché» de retour ; elle n’envoie pas de bouteilles à la mer, non, mais des sortes d’oiseaux de papier qu’elle a fabriqués, frères des oiseaux naturels, « parent muet aux riches couleurs qui jubile de l’air, qui n’a besoin de rien d’autre ».
Elle lance des oiseaux de soie, qui sont tout autant des oiseaux de soi. Elle s’identifie, en effet, à ces êtres volants, qui « jubilent » de l’air, et n’ont « besoin de rien d’autre ».

Dans sa longue attente, elle vit ainsi dans ‘’l’air du temps’’. Comme ces goélands qui la fascinent, et reflètent spatialement sa condition temporelle : « Debout sur la falaise, je regarde aussi les goélands. Face au vent, sans bouger, ils avancent. »
L’attente l’a immobilisée dans un blocage existentiel par lequel elle ne bouge pas, mais « avance ».
Toujours dans la même attitude, dans une répétition du même, ritualisée – chaque soir, elle se rend au bord de la falaise, dans la posture du « guetteur mélancolique » (Apollinaire), elle ne « bouge» pas, et, malgré le temps qui passe, comme les personnages de Beckett qui attendent Godot, elle ne change pas ; son expérience vécue, les épreuves endurées, ne l’ont pas transformée.
Elle vit dans ce temps suspendu dans l’imminence perpétuelle d’un retour de l’absent. Elle vit sans présent, et aussi sans avenir. Son temps se réduit à ce seul passé, dont elle est restée prisonnière, celui d’une vie avec son mari, et ne conçoit pas le futur autrement que par le retour de ce passé.
Ce passé figé n’empêche pourtant pas la durée. Ainsi, dans l’attente vécue, s’exprime le sentiment d’un paradoxe temporel insoluble, une contradiction permanente entre le changement et l’immuabilité, entre l’immobilité de l’instant et le flux de la durée.

Le temps ne semble donc pas avoir sur elle de prise, arrimé à un passé qui ne passe pas, même si elle « avance » en âge. Elle se perçoit jeune encore, et qualifie de « vieux » un homme de soixante-cinq ans. « Il aurait l’air encore plus décati à côté de moi » : ajoute-t-elle, en se regardant dans un miroir.
Elle affirme, à un autre moment : « je sais qu’il est resté beau, mon visage, mes pommettes toujours nettes, je porte haut la tête, les cheveux sont épais, à peine un peu gris par endroits, et c’est joli aussi ». Son esprit, pas plus que son corps, ne semblent porter les marques du temps. Elle a toujours ‘’l’air’’ jeune.

L’attente la place devant un désert.
Désert de l’océan semblable à celui des Tartares, tout de sable, lui, et de cailloux, dans le roman de Buzzati, immense étendue vide où ne vient jamais celui qui est attendu.
Désert dans sa vie, où elle repousse, comme Pénélope, tous les "prétendants’’ ; où elle reste éloignée de son fils, qui vit désormais à Paris, et de sa petite fille. "Bloquée" sur la côte, elle ne s’est même pas rendue au mariage de son fils.
Dans son interminable attente, elle subsiste suspendue dans l’air, isolée, sans vivre vraiment.
L’attente est son unique durée et son unique raison de vivre.

Le vécu de cette attente semble pourtant assez serein. Un réconfort semble être trouvé dans une projection cosmique. Du haut de la falaise, elle contemple le ciel et la mer qui cherchent à se rejoindre à l’horizon ; elle se sent liée au ciel, et se représente son mari au loin lié à la mer ; son attente est cet air qu’elle respire, entre elle et lui, l’absent au lointain de l’océan ; l’attente, c’ est cet air en lequel elle est suspendue : cet air dont elle vit, invisible, impalpable, insaisissable, mais cet air qui tente d’unir, toujours en attente de réunir ciel et mer.
L’attente se fait métaphore cosmique, elle est le mouvement et le temps même de la nature, et non la durée qui s’allonge infiniment faute d’événements.
Cette immersion métaphorique dans les éléments naturels rappelle l’attention portée au rythme naturel par Apollinaire, dans ses poèmes, comme dans ces vers d’une attente dans Calligrammes :

Petites forêts de sapins
La nichée attend la becquée
Pointe-t-il des nez de lapins
Comme l’euphorbe verruquée

Le CNRTL cite Gide et « l’attendante beauté de la brute nature », et
« Tout peut naître ici-bas d’une attente infinie », écrivait aussi Valéry, dans La Jeune Parque. En effet, le temps de la femme attendante n’est pas purement passif, il s’avère créatif. Les mots qu’elle écrit sur les papiers-oiseaux de soie constituent des poèmes, ou des ébauches de poèmes :

"tu sais que mon cœur
bat par simple lassitude
quand tu n’es pas là"

À l’instar de la tapisserie de Pénélope, création née de l’attente, le poème est tissé dans l’attente de l’être absent.
Poème-messager trouvera-t-il son destinataire-lecteur ?
Ses mots ne sont pas des paroles en l’air, mais des « Paroles dans l’air », comme dit le titre d’un poème de Jaccottet.
Poèmes sur papier de soie, comme les « chevaux de vent » : ainsi désigne-t-on les poèmes et les prières imprimés sur des petits morceaux de tissus colorés, lungta des pays de l’Himalaya, Népal et Thibet, qu’on laisse flotter sur des éminences pour que les mots courent dans les airs, galopent sur les chemins de nuages blancs.

Écrirait-on sans le sentiment d’une absence, sans l’attente indéterminée de ce qui ne vient pas, ne vient jamais, mais à quoi on ne peut pourtant jamais se résigner ?

   alvinabec   
5/7/2021
Bonsoir socque,
Ce texte charmant ne m'a pas émue, enthousiasmée, convaincue. Il draine (comme le précise l'incipit) tellement de poncifs que le lecteur n'y a aucune surprise et sait déjà, avant toute chose, que Bélise se raconte une histoire...L'attente du marin en haut de la falaise, vous socque, vous pouvez en faire qqch de tellement plus puissant.
A vous lire...

   Gouelan   
10/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une vie à attendre jusqu'à ne plus vivre, à oublier l'instant.
On pense aux légendes bretonnes, où les femmes de noir vêtues promènent leur deuil sur les falaises.
J'ai aimé suivre les pensées de cette femme "hors-sol", cette "fière" qui ne se contente pas d'être une "paillasse raisonnable".
On ressent sa douleur, sa solitude, son courage.
On ressent aussi le vent sur la falaise, la rage de la mer, cette vie de granit qui ne veut pas céder à l'espoir.
La femme ressemble au paysage, elle se mêle aux goélands, à la vague, à la voile, à la falaise et aux vents.

Merci pour cette histoire délicatement racontée.

   papipoete   
10/7/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour socque
Je suis là tout en haut de la falaise, et je regarde au loin si je ne vois pas pointer la proue de ce bateau, qui tarde à revenir... eh oui, je le guette ce chalutier, mon mari est pêcheur à son bord ; il va rentrer c'est sûr puisque je l'attends !
Et le temps passe, et les hommes seuls me voudraient ! pas possible, j'ai Sornic dans le coeur et la peau... et il va revenir bientôt !
NB combien de femmes de marins, passèrent ce temps à guetter le retour de leur homme, qui rentra un jour enfin alors que tout le port l'avait déjà immergé dans les abysses de l'océan !
Combien d'épouses attendirent le reste de leur vie, emportant dans la tombe cette conviction d'un retour, de bras qui enserrent l'aimée...
On passe par des moments d'espoir ; par ceux que les mâles convoitent... car ils savent que la place est libre ; par ces moments intimes où l'épouse garde sous sa robe, une chair désirable pour ce mari en manque ; et par le moment tragique où l'on comprend que depuis " cent ans " la pauvresse attend.
Un récit riche en émotions, comme en détails menus, en sourire quand on voit s'envoler ces " contrevents " portant un doux message...


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