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Horreur/Épouvante
socque : L’homme holographique
 Publié le 27/08/17  -  18 commentaires  -  20725 caractères  -  174 lectures    Autres textes du même auteur

La survie connaît des chemins.


L’homme holographique


À mon avis, les choses sont devenues irréversibles quand ils ont emménagé ensemble.

Ou peut-être le professeur était-il perdu dès qu’il a entrepris ses ultimes recherches obsessionnelles… Et il a fallu que j’assiste, impuissante, au désastre, que je le serve jusqu’à la fin.

Servir, le mot n’est pas trop fort. Subjuguée, pré-doctorante le nez sur ma thèse concernant la mémoire de l’ADN, avec comme directeur de travaux THE professeur à la pointe qui m’avait fait l’honneur d’accepter ma force brute de travail, je l’ai servi, suivi jusqu’au bout dans ses travaux délirants. J’ai avalé toutes les violations de l’éthique, l’ai secondé dans ses expériences sur lui-même. Bien sûr, il ne manquait pas de précédents : Hofmann et le LSD, Marshall qui se concocte son ulcère à l’estomac, Pettenkofer buvant le choléra à la bouteille… J’aurais peut-être dû réfléchir davantage sur le sort de ce malheureux Carrión, mort de la bartonellose après s’être appliqué du pus, et des deux Anglais voués à la science qui avaient étudié rigoureusement les effets de l’écrasement testiculaire.

Le docteur Halpro n’avait pourtant rien d’un masochiste. D’un obsessionnel, oui. D’un maniaque qui avait décidé que, selon l’expression consacrée, la nature avait horreur du vide ; je crois qu’il projetait sa propre détestation du néant. Il convenait donc de faire cesser ce scandale de l’ADN non-codant, même si des travaux antérieurs contestaient l’idée reçue de son inutilité… Non, nos chromosomes devaient juter jusqu’au bout, cesser de tirer au cul.

Je ne remarquais rien de cette tendance adjupète chez mon directeur de thèse. Tandis que je laissais celle-ci sombrer dans les oubliettes, j’écoutais comme une enfant au coin du feu – ou plutôt devant une paillasse – de brillantes analogies sur l’holographie ; puisqu’un hologramme contient en chacune de ses parts l’image de son tout, puisque nos gènes représentent l’individu tout entier dans chaque cellule, pourquoi la psyché humaine devrait-elle se confiner dans le cerveau, dans une empreinte neuronale unique ? Pourquoi ne pas la sauvegarder dans des configurations ajustées d’ADN non-codant situées dans chaque organe, chaque membre de notre corps ?

Ben oui, pourquoi pas ?

J’aurais dû me méfier devant la disproportion entre l’objectif affiché et les moyens mis en œuvre : de nos jours, plus personne ne tourneboule la science depuis son garage. Brian Halpro devait en fait avoir souterrainement conscience de son délire puisqu’il n’avait pas informé le centre de recherches de la direction donnée à ses efforts. Non, il amusait ses supérieurs avec un vague projet délégué à une équipe de post-doctorants tandis que, le soir et les week-ends, nous concoctions des solutions électrifiées dont nous imprégnions différents organes de souris martyres.

L’idée ensuite était de griller ce qui leur tenait lieu de cortex, le siège de la mémoire, des apprentissages, bref ce qui pouvait s’apparenter à leur personnalité, et de les lâcher dans un labyrinthe qu’on leur avait fait parcourir auparavant ad nauseam, récompense alimentaire à la clé.

Nous nous sommes livrés à une orgie de coca – sucre et caféine, les amis du chercheur – quand est apparue une différence, faible mais significative, du temps nécessaire pour nos muridés zombies décérébrés comparés à un groupe témoin.


— N’oublions pas, a pontifié à l’occasion le docteur Halpro, que le corps possède à la base une espèce de mémoire procédurale. Des vers alimentés par une bouillie de congénères dûment entraînés trouvent eux aussi plus vite leur chemin dans un labyrinthe… Il convient d’affiner nos données.

— Oui, professeur, ai-je roucoulé.


Ensuite, nous avons piétiné. Le labyrinthe, ça marchait bien – et il y aurait eu là matière à un article, pensais-je –, mais comment poursuivre, comment mettre en évidence des survivances mentales plus élaborées ? Il aurait fallu des animaux complexes comme sujets d’expérience, idéalement des singes. Seulement leur utilisation est désormais très surveillée.


— Vous devez mettre votre hiérarchie au courant, ai-je alors insisté. Leur montrer vos résultats préliminaires et un projet de nouveau protocole expérimental.

— Non. On me volerait mon idée, vous n’imaginez pas comme on m’a exploité toutes ces années ! De toute manière je n’ai aucune chance qu’ils m’écoutent…


Deux mauvaises raisons, surtout contradictoires, n’en font pas une bonne. Le professeur ne me répondait pas franchement, je me demandais pourquoi. Le sujet de ses recherches devait le toucher de très près, au point qu’il n’envisageait pas de le partager.

Alors que j’avais espéré une co-publication retentissante !

Pendant que grondait en moi un début de révolte, nous explorions une nouvelle voie : au lieu de simplement décérébrer les souris entraînées, nous les démembrions puis, dans la plus pure tradition film d’horreur, en greffions des morceaux sur des congénères zombies ignorantes du labyrinthe. J’ai pour ma part acquis une dextérité chirurgicale assez impressionnante (un foie de souris, ce n’est vraiment pas gros), ce qui pourrait toujours me servir – songeais-je.

Indéniable réussite ! À partir d’une certaine masse de chair greffée, organes internes ou membres, les animaux franchissaient l’épreuve avec brio. Ils ne survivaient pas longtemps ensuite, hélas, ce qui donnait un autre prétexte au professeur pour ne révéler à personne ses recherches.


— Il faudrait à présent carrément décapiter nos sujets pour évaluer la volonté propre des greffons, a alors décidé Halpro.


J’ai frémi. J’imaginais ces petits animaux en morceaux, troncs reposant sur de sanglants rajouts, en train de s’échiner pour un but aberrant, implanté en eux par un savant fou. Une telle démonstration risquait de rebuter.

Mais nous n’en sommes pas arrivés là. Deux jours plus tard, non loin d’un chantier, le professeur était éjecté de son vélo par un automobiliste distrait et s’écroulait, nuque brisée, casque en miettes, crâne perforé par un bout de métal non sécurisé. Personne n’a rien pu faire.



Le centre de recherches, rattaché à un hôpital, encourage vivement ses membres au don d’organes, même si cette pratique est aujourd’hui dépassée. Avec les progrès des prothèses, seuls les patients sans assurance privée recourent encore à cette procédure qui les condamne à une vie lourdement médicamentée. L’électronique médicale coûte bonbon.

C’est ainsi que, trois semaines plus tard, vint sonner à la porte du professeur un individu plutôt rustre. Je mettais des papiers en ordre dans l’espoir de trouver matière à proposer un article posthume. Mais Halpro avait tendance à « classer tout dans la tête », comme il disait. Je n’étais pas d’excellente humeur.


—Bonjour mademoiselle, m’a-t-il saluée. Je suis l’ensemble cœur-poumons. Je cherche les autres.


J’ai amorcé le geste de lui fermer la porte au nez, mais il a tendu la main pour l’arrêter. J’aurais pu insister et le repousser car malgré sa carrure il paraissait faible, incertain sur ses jambes… Quelque chose m’a retenue, une espèce d’attendrissement informe et gêné, me suis-je dit alors. Je crois maintenant que c’était plutôt une terreur inavouée.


— Je ne comprends pas ce que vous dites, ai-je balbutié.


Pourtant j’avais tout compris.


— On m’a greffé.


Il devait reprendre son souffle presque à chaque mot. Pourquoi donc me sentais-je obscurément menacée par ce type au bord de l’effondrement ?


— On ne voulait pas me dire… Je me suis renseigné. C’est le professeur mon donneur. Où sont les autres ?

— Les autres receveurs ? Moi non plus je ne peux pas le savoir. Les dons sont anonymes.

— Vous êtes la seule à pouvoir m’aider. J’ai fait pitié à une secrétaire pour connaître mon donneur, mais elle ne veut pas continuer… Je dois les retrouver.


J’ai maudit in petto les garde-fous lamentables de l’hosto. Manifestement, n’importe qui pouvait accéder à l’info depuis un terminal !


— Je vous déconseille de vous poser des questions sur votre donneur, monsieur. Psychologiquement parlant, cela risque de vous empêcher de reprendre votre vie.

— Je dois savoir, a-t-il simplement persisté.


C’était curieux, ce mélange de vulnérabilité et de volonté infrangible, d’autorité. Il faut croire que cela me manquait, un projet, des directives. Après deux ou trois visites, après avoir laissé entrer ce malheureux parce qu’il semblait au bord de l’évanouissement, après l’avoir écouté, j’ai cédé devant son obstination. J’ai eu accès aux dossiers et nous avons vite identifié « les autres » :

- l’ensemble rate-pancréas ;

- le foie ;

- le rein gauche et le rein droit, à deux personnes différentes ;

- l’ensemble œsophage-estomac-intestin grêle ;

- le gros intestin ;

- le visage et les cornées ;

- la peau du torse, sur un grand brûlé ;

- les bras, sur un autre ;

- les jambes et l’appareil génital, sur un accidenté.

Ce corps avait décidément bien servi ! J’ai fourni les informations à « cœur-poumons » – j’avais immédiatement oublié son nom et il ne semblait guère disposé à s’en servir. Il a alors insisté pour m’emmener rencontrer tous les récipiendaires… J’ignore pourquoi je n’ai pas su résister. Curiosité morbide, fascination ? Après tout, qu’avais-je de mieux à faire, à part m’occuper enfin de ma thèse en souffrance et, accessoirement, de détails comme gagner de quoi manger ?



Ils étaient tous de la région. On ne se donne plus la peine de faire voyager les organes.

Nous avons entrepris la tournée, et c’est là que j’ai commencé à vraiment flairer du louche – ou à ne plus pouvoir décemment considérer la situation comme normale.

Notre troupe s’agrandissait à chaque étape, ou presque. Le plus souvent, c’était cœur-poumons qui sonnait au logis ; jusqu’au bout, il a été le meneur.

En général, un proche nous ouvrait, conjoint, frère ou autre parent. Non, la personne était en convalescence, nous expliquait-on.

Très vite, on entendait une cavalcade… enfin, j’exagère ; il y avait une hâte manifeste dans le mouvement, un essoufflement, mais tous n’avaient pas les moyens physiques de cavalcader ! Très vite, un remue-ménage se manifestait au fond du logis, une voix appelait : « Attendez, j’arrive… » Puis des pantoufles frottaient par terre et une face plus ou moins hâve apparaissait, où s’affichaient joie, surprise, exaltation. Le parent était écarté du seuil, on nous invitait à entrer malgré les protestations du malheureux débordé comme quoi « non, Doudou, le docteur t’a bien dit de ne pas te fatiguer ».

Rien à foutre. Nous envahissions la scène et j’assistais, de plus en plus effarée, à un rituel presque naturel de placement. Je ne sais pas comment le dire autrement : chacun se disposait en fonction de l’organe qu’il avait reçu, pour reconstituer plus ou moins l’homme-source, le donneur. Le visage dénichait un support quelconque pour se jucher et présenter au mieux sa participation. Il se faisait appeler « Gueule d’amour ».

Oui… chacun abandonnait son état-civil pour se désigner selon son rôle. Celui que je surnommais à part moi Cœur-poumons est ainsi devenu « Mon cœur », rate-pancréas « Ratounette » (la seule femme du groupe) et, bien sûr, celui qui avait hérité des jambes et de leur entre « Bibite ».

Ce mélange de crudité et d’affection sincère, voire mièvre, caractérisait leurs rapports. Je n’ai jamais vu groupe plus harmonieux, plus uni dans ses buts, plus respectueux de chacun. Mais peut-on seulement parler de « chacun » quand tous donnaient à ce point l’impression de partager une même vision du monde ?

Les visites ont été bouclées en trois jours. Les greffés des reins furent les seuls à ne manifester absolument aucun intérêt envers leurs frères et sœur en opérations. Le groupe n’a pas insisté et a renoncé à eux après quelques mots de commisération condescendante prononcés par Mon cœur. À la réflexion, je pense que leur refus résultait tout simplement d’un volume insuffisant de chair étrangère en eux, un volume inférieur à une sorte de masse critique indispensable pour que la présence de Halpro puisse influer sur leur comportement.

J’aurais dû sans doute, à ce stade… Je ne sais pas ce que j’aurais dû faire. Alerter un médecin, sans doute, mais qui ? J’identifiais bien l’origine du problème, au confluent du physiologique et du psychiatrique me disais-je. Mais chaque individu était en aussi bonne santé que possible et nageait dans le bonheur pourvu qu’il demeurât en compagnie des autres ! Devais-je vraiment dresser devant ce groupe d’autres difficultés ?

Les entourages respectifs des membres de la gestalt, tout aussi dépassés que moi, se laissèrent eux aussi embobiner, en général par le porte-parole Mon cœur. « Après tout, comme m’a confié l’un d’eux, pourquoi j’empêcherais Albert de voir ses amis alors que ça lui fait tellement de bien ? Il est beaucoup moins malade ! »

En effet, les examens réguliers auxquels je soumettais chacun confirmaient une nette amélioration de son état général. Comme par magie, je me suis retrouvée en charge du suivi médical – de mon côté, je ne savais pas résister à cette volonté collective, et les toubibs respectifs des individus n’ont guère protesté. Surchargés de travail, peut-être.


Toute cette période, pourtant brève, reste floue. Parfois, je me sentais comme un gnou pris dans la migration générale, impuissant à l’infléchir ou à s’en échapper, qui voit terrifié approcher la berge de la rivière tumultueuse à franchir. Le plus souvent, je m’obnubilais sur les tâches quotidiennes pour ne pas réfléchir, ou m’efforçais de me convaincre que je prolongeais l’œuvre du professeur. Je remplissais un journal de bord en vue, fantasmais-je, d’un article retentissant. Quand l’attachement fanatique des éléments de cette gestalt se stabiliserait, comme il se devait au bout d’une certaine période de cohabitation, la situation se décanterait et chacun reprendrait une vie plus normale, non ?

En attendant, dans la petite maison de fonction de Halpro (que le centre de recherches tardait à réattribuer), une communauté savourait un bonheur fait d’activités insolites et s’employait à en exclure peu à peu une intruse perplexe. De plus en plus souvent, comme j’appris par la suite, ils passaient la nuit là après m’avoir gentiment mise à la porte en m’assurant qu’ils rentreraient bientôt chez eux.

Je dois avouer que je leur fournissais un bon prétexte pour se retrouver. J’essayais en effet de déterminer jusqu’où allait leur osmose ; je voulais voir si transpirait chez eux quelque chose des compétences de leur donneur : que savaient-ils du domaine de prédilection du professeur ? Étaient-ils en mesure de procéder à des manipulations biologiques ? Aucun d’eux n’avait reçu de formation en sciences, aucun n’avait jamais rêvé de jouer au savant.

Les résultats demeuraient incertains. En groupe, les greffés s’épaulaient et parvenaient à accomplir des tâches compliquées ; en revanche, pris isolément, les individus étaient trop distraits – voire angoissés – pour parvenir à quoi que ce fût de significatif. Avec le temps, contrairement à ce que j’avais espéré, ils se montraient de plus en plus dépendants les uns des autres.

En plus, ils faussaient le protocole en tâchant de s’instruire par eux-mêmes en dehors des séances… Tandis que j’élaborais des exercices et consultais les notes du professeur, ils s’installaient dans la cuisine, Gueule d’amour juché sur son éternelle chaise pour surplomber Mon cœur qui lisait à haute voix des ouvrages d’anatomie, flanqué de Gros bras, Bibite allongé à ses pieds. Pelisse, le greffé de peau de poitrine et du dos, le serrait dans ses bras, les greffés d’organes internes s’aggloméraient vaguement autour de lui. Je n’arrivais pas à les en empêcher, ils prenaient un air contrit et continuaient, puis me servaient une assiette de cette infâme ragougnasse qu’ils préparaient par quantités industrielles en faisant cuire ensemble n’importe quoi.



— Je ne fais qu’alimenter cette obsession communautaire qui vous possède, ai-je un jour annoncé à Gueule d’amour, et mes protocoles expérimentaux ne valent rien. Je crains d’avoir causé beaucoup de dégâts ! Il est impératif que vous alliez voir un psychiatre pour reprendre un minimum d’indépendance individuelle. Moi, j’arrête les frais.


Ils me regardaient tous sans ciller, disposés comme ils aimaient, se frottant les uns contre les autres comme une portée de louveteaux abandonnés dans le froid.


— Nous ne voulons pas voir de psychiatre, a articulé Mon cœur. Pourquoi remettre en question une situation qui nous apporte du bonheur ?

— Un bonheur malsain ! ai-je protesté.

— Nous ne faisons de mal à personne, nous ne créons aucun désordre public.

— Mais vos familles souffrent, elles s’inquiètent… Elles ne vous voient plus.

— Nous sommes en meilleure santé qu’on pourrait l’espérer dans notre condition, ce qui devrait les rassurer. Tout ce que nous demandons, c’est qu’on nous laisse nous voir.


Désarmée devant un discours aussi rationnel, j’ai sorti mon dernier atout :


— Le centre de recherches m’a avertie : ils récupèrent la maison la semaine prochaine, vidée de toutes les affaires du professeur. Je vais devoir m’en occuper, vous ne pourrez plus vous y retrouver.

— Mais c’est la maison !


La phrase absurde avait jailli à l’unisson, sans aucune divergence de rythme ni d’intonation. Même leurs voix me paraissaient similaires, elles faisaient vibrer l’air de la même façon.


— Vous devez reprendre le cours de vos vies ! ai-je insisté.


Ils ne me quittaient pas des yeux.


— Nous allons chercher un endroit où vivre ensemble, a repris Mon cœur. Un local à louer, quelque chose. Nous aiderez-vous ?

— Sûrement pas. De toute manière, ça m’étonnerait que vous en ayez les moyens avec vos malheureuses pensions d’invalidité. Écoutez, tout ce que je peux faire c’est vous recommander un psychiatre. Tenez.


J’ai tendu du bout des doigts une carte à Mon cœur qui n’a pas bougé. Je ne pouvais me résoudre à approcher davantage cette masse unie ; j’ai posé la carte sur la table et me suis enfuie.

Je voulais me laver les mains de toute cette histoire… mais c’était difficile. Il me faudrait au moins retourner dans cette maudite baraque pour mettre les choses en ordre. D’ici là, peut-être pourrais-je alerter les proches des greffés pour qu’ils leur fassent entendre raison ?

J’ai d’abord réservé un box pour stocker le matériel du professeur : malgré tout, je ne désespérais pas de pouvoir utiliser ses données. Je me suis adressée à une entreprise de déménagement. Que de frais pour mon peu de moyens !

Je me suis réveillée tard le lendemain après une mauvaise nuit. Mon groupe de barjots avait déjà une copie de la clé de Halpro, ils avaient dû se terrer là-bas, comment les convaincre de quitter la maison sans trop de casse ? Bien sûr, je me racontais des histoires. Tout était déjà accompli.

Après avoir saisi tous les prétextes pour traîner et retarder l’inévitable, j’ai fini par me diriger à contrecœur vers cette adresse que les journaux, jamais à court de clichés, dénommeraient plus tard « la maison de l’horreur ».

L’odeur, d’abord, et ce silence des choses révolues ; j’aurais pu croire qu’en refermant la porte derrière moi je m’étais téléportée dans des régions inexplorées ; seul un soleil oblique m’envoyait du dehors de lointains signes d’amitié.

Ils avaient violemment dégagé l’espace de travail de ses paillasses avant de se charcuter ; les experts de la police détermineraient plus tard dans quel ordre. Moi, j’ai tout de suite remarqué la grande plaque de peau de poitrine et de ventre qui tremblotait sur le plancher, à côté du corps exsangue de Pelisse. Il avait sûrement procédé à la dernière mutilation sur lui-même avant de s’écrouler. Sa greffe, dépourvue de moyen de ramper, n’avait pu rejoindre la communion… je ressentais presque sa frustration désespérée.

Les différents cadavres étaient étalés n’importe comment au milieu de flaques de sang bruni. Malgré les chairs déjà corrompues dans la chaleur de ce début fracassant d’été, flasques et suintantes, j’ai pensé à des coquilles d’huîtres, à des carapaces, des cocons ou des mues, des rebuts desséchés dépouillés de leur utilité.

Au milieu, bien à part comme un autel, les greffons disposés au mieux pour retrouver leur unité perdue, frais, roses, presque beaux dans leur abandon organique. Le visage souriait, je le jure. Les mains étaient détendues, les doigts tapotaient vaguement une mare rouge brillante et y éveillaient des lueurs douces, le sexe reposait dans une demi tension nonchalante. Et, niché entre les poumons qui s’enflaient et se désenflaient à un rythme berceur, le cœur, relâchant dans l’aorte une haleine rauque, comme un murmure heureux, battait de ses ventricules vides.


 
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   Tadiou   
10/8/2017
 a aimé ce texte 
Vraiment pas ↓
(Lu et commenté en EL)

Ca commence fort : « ulcère à l’estomac » « choléra à la bouteille » « mort de la bartonellose après s’être appliqué du pus » «l’écrasement testiculaire. » : bonjour l’ambiance !!!

Je me demande quel est l’objectif de l’auteur(e) : nous en mettre artificiellement plein la vue à l’aide d’expressions « savantes » (prétentieuses ?)

« ce scandale de l’ADN non-codant » : késako ? utilité ici ? (Sans explication !!!)

« tendance adjupète » :adjupète est présenté sur Internet comme un nom commun masculin ; ici, c’est un adjectif… Alors ????

« puisqu’un hologramme contient en chacune de ses parts l’image de son tout » Ah bon ?

Définition de hologramme. Cliché photographique transparent ayant enregistré un phénomène de diffraction de la lumière au contact d'un objet à trois dimensions, et qui, illuminé sous un certain angle par un faisceau de lumière, restitue une image en relief de l'objet photographié.

J’ai l’impression qu’il y a confusion avec fractale (que je connais UN PEU, car j’étais prof de maths).

Wikipedia : « Les fractales sont définies de manière paradoxale, à l'image des poupées russes qui renferment une figurine identique à l'échelle près : « les objets fractals peuvent être envisagés comme des structures gigognes en tout point – et pas seulement en un certain nombre de points, les attracteurs de la structure gigogne classique. Cette conception hologigogne (gigogne en tout point) des fractales implique cette définition tautologique : un objet fractal est un objet dont chaque élément est aussi un objet fractal (similaire) 3. »

« plus personne ne tourneboule la science depuis son garage » : alors là, on fait peuple, on se rabaisse au langage prolo..

« ad nauseam » pouquoi utiliser du latin. ? Je suis allé voir sur la définition surInternet.

J’ai arrêté la lecture à « Il faudrait à présent carrément décapiter nos sujets pour évaluer la volonté propre des greffons, a alors décidé Halpro. »

Je suis dans une totale expectative. Est-ce une tentative d’enfumage ? De délire pédant pseudo-scientifique ?
De délire tout court ?

Tadiou

   Anonyme   
27/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

En toute franchise, je pense que le commentaire précédent m'a incité à lire cette nouvelle plus que tout autre chose car je ne suis pas spécialement attiré par ce genre mais bref...j'ai aimé la construction rigoureuse de ce récit en dépit de la confusion soulignée par Tadiou concernant les fractales.
Peu importe.
Admettons — et dépassons — cette petite confusion et tout le reste passe aisément. La description de l'ambiance Professeur/Chercheur et Post-doctorants m'a amusé et n'est pas très éloignée de ce que j'entends autour de moi à ce propos.
je n'ai peut-être pas porté une réelle attention à la qualité de l'écriture mais ce serait plutôt un bon point puisque j'ai été emporté par le sujet.

Merci pour ce partage

   MissNode   
27/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai tout lu sur le registre de la dérision et du cynisme poussé jusqu'au ridicule, et je me suis bien marrée de la tournure délirante qui s'amplifie au fil du texte jusqu'à l'apothéose de l'horreur... d'un rire jaune, puisqu'il me semble que le propos est tout de même de dénoncer l'orgueil humain lorsqu'il se croit tout puissant car soi-disant doté d'un savoir scientifique phénoménal. Tout au moins, c'est ainsi que j'ai reçu le texte.
Pour moi, il s'agit d'une grosse farce philosophique. Bien aimé. Même si sans passion.

   Perle-Hingaud   
27/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour socque !
Je suis heureuse de te lire de nouveau en nouvelles. L'imagination est fertile, le verbe haut. J'aime ce style reconnaissable, teinté de détachement et d'humour froid.
J'ai eu un souci par contre avec le scénario, parce que j'ai été étonnée que le professeur meure par accident. La mort involontaire est, il me semble, en contradiction avec le passage préalable sur les "auto-expériences" des scientifiques. Pourquoi ne pas l'avoir fait se suicider ? et ne pas avoir laissé davantage d'instructions à son aide, pour lever la part "hasardeuse" très forte ici ? Justement pour marquer que l'homme ne sera jamais tout puissant face au hasard ? Que le corps dépasse ce que nous espérons lui imposer ?

Voilà, c'était un bon moment de lecture, merci ! :)

   caillouq   
27/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Ha ha, idée(s) excellente(s) ! Texte plutôt dans ta veine froide (pas trop d'émotion, la pédale sur le lyrisme poétique [edit : contrairement à d'autres textes que tu as fait disparaître d'Oniris mais qu'on peut trouver sur papier en cherchant un tout petit peu, et avis à ceux qui ne sauraient pas, ça vaut le coup !]) mais comme il est relativement court, l'ensemble est suffisamment dense pour qu'on y trouve son compte. J'adore le "scandale de l'ADN non codant", même si, comme le montre le comm de Tadiou, les références scientifiques relativement pointues te coupent d'une partie de tes lecteurs. Tant pis, moi, j'aime.
Au point de vue crédibilité (et compte tenu de la fameuse "suspension d'incrédulité", évidemment), je n'ai pas pu m'empêcher de me demander dans toute la première partie (= après la mort d'Halpro) comment on pourrait justifier que ce phénomène (= prise de contrôle d'un corps par un greffon) n'ait pas encore été effectif sur d'autres humains greffés (visiblement, il y en avait un paquet, en ce temps-là).
Est-ce que ça ne pourrait pas résulter d'une drogue quelconque mise au point par Halpro justement pour booster la réplication de l'ADN non codant qui contient les informations biographiques ? (nan parce que forcément il a dû essayer, Brian)
Par ailleurs (mais ça va se rejoindre), mon peu de goût pour les coïncidences me pousse à partager les réticences de Perle sur le côté totalement accidentel de cette mort, qui arrive comme un cheveu sur la soupe et c'est rigolo, mais quand même. En revanche un suicide ne me semble pas compatible avec la nécessaire recherche d'efficacité d'un scientifique. Est-ce que le décès ne pourrait pas être un accident résultant d'une tentative un peu extrême d'Halpro ? Genre il boit sa potion magique pour booster ses organes, se coupe un doigt pour le greffer sur un hôte quelconque et observer la prise de pouvoir (ou non) digitale, mais avant d'avoir pu greffer son appendice il meurt d'une septicémie suite à une souillure du scalpel due aux conditions d'hygiène douteuses de son labo-garage (depuis le temps que je lui suggérais de vider ce vieux bidon d'huile de vidange, ça lui pendait au nez qu'il allait se prendre les pieds dedans et voilà).

[edit : relativement au manque d'émotion, voire de chair (ce qui est un comble vu le sujet), est-ce qu'on ne pourrait pas voir vivre un peu plus le substrat des corps-hôtes ? On pourrait s'attendre à des petits conflits de gouvernance, non ?]

Bon, désolée Socque de m'emporter comme ça, mais c'est de ta faute, tu écris des textes que j'aurais aimé avoir écrits moi-même, dur dur de ne pas ruser pour se les approprier un peu.

Petites questions :
* §3 : pourquoi pré-doctorante, plutôt que doctorante tout simplement ? (on est bien d'accord : doctorant c'est celui qui prépare sa thèse, et une fois que la thèse est soutenue on est docteur) D'une part, la narratrice semble plutôt effectuer un travail de doctorante (d'ailleurs, elle parle de sa thèse), et d'autre part il est fait mention du "directeur de thèse" au §5.
* "adjupète", c'est quoi ? Je n'ai trouvé qu'une définition (mot d'argot pour "adjudant"), qui ne me semble pas convenir.
Adju-pète : tendance à en rajouter ? Cf les appétences au comblement du "professeur" qui a horreur du vide ?
* pourquoi Brian Halpro ? Ca sonne connu, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus et c'est toujours fructrant d'avoir l'impression de passer à côté de quelque chose. Homophonies : Ben Harper ? Brian Eno, étroitement lié à Windows ? Brian = brillant ? Halpro = Hal (2001 etc) + pro ? Halpro anagramme de HP oral ? Cette dernière précision en complément (adjupète, forcément adjupète) de (Bri)an Hal(pro) ? Ou alors, Halpro est une invocation à Aspro, le sacro-saint intercesseur post-prise de tête ? Et dans "Bri-", faut-il voir plutôt Van de Kamp ou fromage aux potentialités olfactives fortes ? Socque, au secours ou je me fais encore une blanche cette nuit.
* "(...) le corps possède à la base une espèce de mémoire procédurale. Des vers alimentés par une bouillie de congénères dûment entraînés trouvent eux aussi plus vite leur chemin dans un labyrinthe." : j'adore, du 100% Socque. Comment peux-tu penser à des trucs pareils ?! (la découverte de neurones dans l'estomac ?) (en revanche, je n'aime pas trop que l'étudiante roucoule, OK, elle peut être admirative de son directeur de thèse, mais faut pas que ça vire à la dinderie !)
Merci, Socque !!!

   stony   
27/8/2017
Je me méfie des textes "à idées", non pas que j'aie de la méfiance à l'égard des idées elles-mêmes, mais je crains que l'écriture en pâtisse, les unes ne pouvant être totalement prétexte à l'autre et réciproquement.

C'est bien écrit. Rien non plus de particulièrement remarquable, mais l'écriture est suffisamment précise et rigoureuse pour qu'elle ne soit pas submergée par l'idée. Tous comptes faits, l'équilibre est très bon et le style est sans doute celui qui devait convenir.

Quant à l'idée, je la trouve vraiment excellente. Je n'ai pas suffisamment de culture littéraire pour connaître d'éventuels antécédents, mais à moi du moins, elle me parait très originale et se démarque de ce que l'on peut lire habituellement. J’ai probablement dû lire quelques nouvelles à idée depuis « L’étable » de Jaimme, mais pas beaucoup, je crois.
J’ai de la chance car j’ai lu cette nouvelle quelques jours ou semaines après avoir vu un reportage qui m’a stupéfié (La Cinq, Arte ou National Geographic, sais plus). Je ne connais pas grand-chose en biologie et c’est heureux car je peux m’émerveiller de découvertes sans doute déjà bien intégrées dans la communauté scientifique. En gros, le propos ajoutait, à la liste des moteurs de l’évolution de notre biosphère, la possibilité d’acquisition de gènes nouveaux par le biais de l’alimentation et, qui plus est, en franchissant la barrière du règne car il s’agissait d’animaux marins acquérant des gènes de leur alimentation végétale. J’en fus tellement stupéfait que, même au beau milieu de la nuit, j’eus envie de réveiller mes voisins pour leur demander « Vous saviez ?! ». Et rien dans les JT ! Même pas une petite ligne entre les tribulations de deux peoples. Non, mais je vous jure… Il n’y a pourtant plus beaucoup de sujets nouveaux permettant de se désoler de l’humanité, mais je n’avais pas encore tout vu. Bref.
Si le propos n’est pas ici identique, il est tout de même suffisamment voisin pour que j’aie pu lire le texte en lui prêtant un niveau de crédibilité raisonnable.
La scène finale pourrait certes être en adéquation avec le titre, mais je me pose tout de même une question : dès lors que le tout peut être reconstitué à partir d’une partie, quel intérêt y a-t-il à ce que des parties soient réunies ?

J’ai aimé que les turpitudes de la communauté scientifique soient évoquées. Dans un format augmenté, la nouvelle aurait pu développer cette branche. Je me demande si, enfant, la science ne me faisait pas rêver surtout parce que je l’imaginais à mille lieues de cela, comme une sorte de mondialisation heureuse dans laquelle l’intérêt du sujet abolirait toute barrière géographique ou culturelle, et même l’ambition individuelle au profit de l’ambition collective, hors du mensonge et de l’escroquerie. Je ne me rappelle plus si j’ai cru au père Noël, mais ça, j’y croyais.
Cela étant, il est sans doute mieux que la nouvelle se soit concentrée sur son tronc et non sur ses branches.

Je suis très content de cette lecture.
Merci.

   Dupark   
28/8/2017
Une nouvelle implausible, vraiment :)



L'HISTOIRE :

Un délire sur la mémoire de l'ADN. Tout ce qui tourne autour de la génétique et de ses manipulations est vertigineux, enthousiasmant parfois, souvent flippant.
L'idée initiale, ici, est celle d'un chercheur fou. Elle apparaît au lecteur de façon confuse, parce qu'elle est double.

1. Prouver qu'il n'y a pas d'ADN poubelle. Et que toutes les séquences ont donc un rôle. La narratrice précise que des travaux ont déjà prouvé cela : "même si des travaux antérieurs contestaient l'idée reçue de son inutilité". Flou.

2. Agir pour augmenter leur potentiel. En parlant de la psyché : "pourquoi ne pas la sauvegarder dans des configurations ajustées d'ADN non-codant", ce qui suggère que le chercheur envisage un geste expérimental. Mais lequel ? Flou. Attendons. Patience.

Toute la première partie, jusqu'à l'accident, a amusé ma curiosité. C'est léger, ça se couvre d'un vernis de cohérence. Moi, depuis que je sais que le "blob" est capable d’apprendre, je gobe tout, même le coup des vers entraînés à sprinter dans un labyrinthe. Tu fais quoi dans la vie ? Entraîneur de vers.

Après l'accident, on assiste à un rapprochement de tous les greffés ayant reçu un morceau du chercheur. Pourquoi ? J'ai une amie muco, greffée cœur-poumons d'abord, et plus tard du rein. Elle n'a jamais cherché à se rapprocher de qui que ce soit. Alors, qu'a fait le chercheur sur ses propres cellules ? Comment a-t-il configuré son ADN non-codant pour que ses différents organes cherchent à reconstituer le tout?



LA LANGUE

En flirtant avec plusieurs têtes chercheuses, même si ce n'était pas la tête qui m'intéressait le plus, j'ai remarqué qu'il leur était difficile de parler de leur travail de façon pédagogique, avec, par exemple, des analogies et des métaphores. Elles utilisaient les mêmes termes que dans leurs thèses, dont je ne comprenais même pas le titre. Je salue donc votre entreprise, qui consiste à donner de la science au profane, à peine fictionnée, avec le goût des sciences, avec de vrais morceaux de sciences dedans, mais dans un langage accessible. Pas simple! Le pédantisme plane toujours sur ce type d'ambition, qui laisserait le lecteur sur le bord de la route, par manque d'empathie. Là, il y a la prétention, sans la prétention.

Le texte est bifide.
- La première partie est constellée de mots rares. Une giclée en rapport avec la psychiatrie {masochiste / obsessionnel / maniaque / projetait / obsession communautaire / psychiatre}, puis une autre plus populaire, à la F. Dard {juter / tirer au cul / adjupète / barjots / rien à foutre}, du latin comme dans Astérix {ad nauseam / in petto}, et du Proust, qui irait mieux avec le passé simple, comme {infrangible / hâve}.
- Après la double occurrence de "gestalt", la deuxième moitié du récit ne contient plus ces touches d'afféterie. C'est une autre langue. Plus de latin, fini Proust, exit le Dard, sinon celui en demi-molle de la fin. Parti pris ? Fatigue ?

Cavalcader = courir en troupe. Il n'y a pourtant, dans chaque logis, qu'une seule personne concernée, et donc aucune cavalcade possible. Sauf si ce mot prend un sens différent selon les pays.



LE STYLE

Chaque frein à la crédibilité est justifié aussitôt. Pourquoi tout justifier ? C'est une BD, une gaudriole, pas une thèse.
- "J'ignore pourquoi je n'ai pas pu résister" - justifié par - "je n'avais rien d'autre à faire" sauf qu'elle avoue avoir quand même, accessoirement, besoin de gagner de quoi bouffer. C'est drôle? C'est parce que ça ne veut rien dire que c'est drôle? C'est surréaliste? C'est belge?
- "Ils étaient tous de la région" - justifié par - "On ne se donne plus la peine de faire voyager les greffons." Où et quand se situe l'action ? Dans le futur ?
- "je me suis retrouvée en charge du suivi médical" – justifié par – "comme par magie". Argh.
- "les toubibs respectifs des individus n'ont guère protesté" – justifié par – "surchargés de travail, peut-être". La justification n'est même pas certaine.


"Je ne remarquais rien de cette tendance adjupète chez mon directeur de thèse. Tandis que je laissais celle-ci sombrer dans les oubliettes," Comment oublier ce que l'on n'a même pas remarqué? Mais non, elle oublie sa thèse. Ambiguïté.

"j’écoutais comme une enfant au coin du feu – ou plutôt devant une paillasse" J'ai trébuché car "j'écoutais comme une enfant devant une paillasse" ne fonctionne pas.

"de brillantes analogies sur l’holographie ; puisqu’un hologramme contient en chacune de ses parts l’image de son tout" C'est la phrase-clé, celle qui renvoie au titre. Je n'aurais pas mis "brillantes". Il s'agit simplement de citer un exemple où la partie contient le tout. Comme toutes les analogies, celle-ci a ses limites. La biologie cellulaire n'a rien à voir avec l'optique. L'ADN n'a rien à voir avec la lumière cohérente des lasers, pas plus qu'avec les interférences lumineuses. Et une thésarde ne peut pas être impressionnée par des notions d'optique de lycée.

J'ai été touché par la naïveté de la narratrice qui insiste pour nous persuader que nous lisons un texte de la rubrique "Horreur/Épouvante" : "dans la plus pure tradition film d’horreur" puis plus loin, "que les journaux, jamais à court de clichés, dénommeraient plus tard « la maison de l’horreur »." Voilà qu'elle dénonce son propre cliché. C'est une enfant, vraiment.


L'idée initiale est bonne. Je souhaite un bel avenir à cette histoire, avec des lecteurs en pagaille :)

   David   
28/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour socque,

Je me demande si l'histoire méritait cette fin, ou plutôt, je me dis que cette fin est un cliché de film d'horreur un peu mécaniquement posée là. Je l'ai saisie, pas totalement comme elle se révéla mais globalement dès cet indice gros comme un camion :

"Après avoir saisi tous les prétextes pour traîner et retarder l’inévitable, j’ai fini par me diriger à contrecœur vers cette adresse que les journaux, jamais à court de clichés, dénommeraient plus tard « la maison de l’horreur »."

Tu l'écris presque toi-même : "je vais finir sur un bon gros cliché"

Alors que le moment où arrive "— Mais c’est la maison !" m'a laissé toute sa surprise, je pensais le lieu commode, pas organique comme il se révéla, dans un cliché de film d'horreur. Donc il me semble que c'est déjà plié, la suite est fun mais ça ressemble à un excès de zèle d'un bon élève, dans le contexte, d'un auteur qui remet les clés, le porte-clés et montre la serrure du doigt à son lecteur.

C'est une histoire que j'ai trouvé intéressante et fun à lire, j'ai adoré ce point de vue d'une narratrice disciple d'un savant fou, pas vraiment parfaite, un peu hantée de cupidité, mais avec un talent de conteuse très plaisant.

C'est génial cette idée qui vient creuser de façon inattendue le mythe de Frankenstein, en l'ancrant au plus près de la science actuelle - on a recousu les bras tranchés d'une femme à son torse, à Grenoble, il y a peu de temps pour la première fois, visiblement après que le récit soit écrit - c'est quand même, sans aller aussi loin que l'histoire, très troublant sur les possibilités des greffes aujourd'hui.

Le "— Mais c’est la maison !" pour y revenir, ça aurait fait une super fin d'histoire à la veillée, avec une lampe de poche sous le menton, c'est cette émotion là que j'ai vu passée et disparaitre.

   Cristale   
28/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Socque,

Je dois dire qu'il faut avoir l'estomac solide pour lire votre nouvelle de bon matin en prenant le café au lait (de soja sans OGM ni ADN). Mais bon, j'ai surmonté et l'aventure scientifique en valait le coup.
Il en sort une agitation de mes neurones complètements incoercible et je ne pourrai plus regarder mes prétendants sans me demander s'ils sont faits d'organes dotés de pensée humaine. J'imagine dans l'intimité, ce pourrait-être gênant tous ces brins d'ADN doté de psyché...les organes discutant ensemble, de quoi ? diantre de quoi ?

Quoi qu'il en soit, ce récit est du "Socque" pur jus et mon commentaire n'apportera rien de nouveau à l'auteure qui est parfaitement à l'aise dans son (l'un de ses) domaine de prédilection à savoir la science-fiction.

Le paragraphe final est d'une poésie à tout casser ! Si si, je vous assure que c'est sur ces mots là que j'ai enfin pu finir mon café :

"Au milieu, bien à part comme un autel, les greffons disposés au mieux pour retrouver leur unité perdue, frais, roses, presque beaux dans leur abandon organique. Le visage souriait, je le jure. Les mains étaient détendues, les doigts tapotaient vaguement une mare rouge brillante et y éveillaient des lueurs douces, le sexe reposait dans une demi tension nonchalante. Et, niché entre les poumons qui s’enflaient et se désenflaient à un rythme berceur, le cœur, relâchant dans l’aorte une haleine rauque, comme un murmure heureux, battait de ses ventricules vides."

C'est croquant, salé à volonté, d'une imagination débordante et mon café est resté non sans peine dans mon estomac d'hologramme au réveil vaseux.

Un récit pareil mériterait un minimum de plumage pour souligner le travail d'écriture.

Je vous salue bien bas Socque, bravo !

Cristale
en mode reconstitué

   Alcirion   
28/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai vu cette nouvelle comme un pastiche d'un thème historique de l'Epouvante (Frankenstein ou Herbert West, réanimateur de Lovecraft...). Il y a un ressort moral : la modernité permet à l'homme de prendre la place de Dieu et il est invariablement puni pour son orgueil.

Ça fonctionne bien parce que la première partie est ultra-classique, y compris dans le style, et reprend tous les codes attendus pour une telle histoire. Il y a une rupture et une plongée vers le pastiche après la mort du professeur, l'histoire devient délirante et tourne en dérision les codes respectés dans la première partie.

Il ne faut pas porter beaucoup d'importance à l'aspect scientifique - de très bonne tenue dans la première partie, comme attendu - qui s'efface au profit du ton humoristique. L'ambition de cette nouvelle est bien de casser les clichés propres au genre et de laisser libre cours à une écriture jubilatoire.

Un bon moment de lecture.

   Cat   
28/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Socque,

Quelle riche imagination ! Du Frankenstein à la sauce Socque.

Je ressens cependant la césure entre la première partie, bien cadrée biologie, qui explique les divers protocoles et la seconde, où tout tourne à la bonne et grosse farce du genre, gore à souhait, presque pas croyable même s'il s'agit de SF.

C’est à partir de l’accident du professeur que les choses sont devenues moins limpides pour moi. Je ne saisis pas vraiment le mécanisme, la pièce essentielle, donc, entre les receveurs et leur envie de regroupement. Je comprends bien que tous les receveurs ont un même donneur, le savant fou, et que c’est là où réside l’énigme, mais je reste dans le flou total sur ce qui les a motivés. Est-ce le résultat d’une expérience menée sur son propre corps par le savant avant son accident ? Ou simplement pour démontrer le bien-fondé de ses manipulations ?

Bon après, la qualité de votre plume sait tenir son lectorat en haleine. Même si je ne sais que penser de la chute qui me déçoit un peu tant elle se délite sans vraiment donner de sens, outre l’horreur dont va se goberger la Presse. J’aurais aimé quelque chose de plus… entier, si j’ose dire. :))

A vous relire.


Cat

   Acratopege   
28/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un récit bien dans votre style. J'ai beaucoup aimé le sérieux du discours scientifiques - ADN non codant, holographie - et celui, presque clinique, de la narratrice pour conter une si invraisemblable histoire. Le début décrit bien l'individualisme presque paranoïaque de certains chercheurs et leur manière de traiter en esclaves leurs thésards. Ce qui m'a moins convaincu, c'est que la narratrice poursuive "comme si de rien n'était" son œuvre en collaborant avec les parties cherchant à constituer un tout. Elle se pose bien quelques questions, propose l'intervention d'un psychiatre, mais elle ne ferme pas la porte. Pour y croire, je crois, il aurait fallu que vous la concevissiez moins acratopège, peut-être davantage obsédée par la reconnaissance scientifique.
Quant au style, rien à dire, il tient la route. J'ai seulement regretté quelques tournures familières incongrues dans l'ensemble, "ben oui, pourquoi pas" ou "rien à foutre" par exemple.
Merci pour cette lecture.

   plumette   
28/8/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Socque

Ce texte me laisse une impression mitigée. N'étant pas du tout scientifique et ne connaissant la médecine et la biologie qu'en tant que patiente ou proche de patients, j'ai lu avec intérêt le début et m'attendais à découvrir en Halpro un de ces savants fous se livrant à des expériences sur lui-même. Le début de la nouvelle le laisse entendre d'ailleurs " J’ai avalé toutes les violations de l’éthique, l’ai secondé dans ses expériences sur lui-même. Bien sûr, il ne manquait pas de précédents : Hofmann et le LSD...." A quelles expériences Halpro se livre-t-il sur lui même? Et en quoi permettent-elles d'aboutir à cette démarche de reconstitution qui nous est exposée à parti du moment ou Mon Coeur fait son apparition? Le lecteur est-il censé deviner ou imaginer, grâce à la fin, à quelles expériences le professeur a pu se livrer ? C'est trop "impalpable" pour la lectrice ignorante que je suis.

C'est comme s'il manquait un liant, un lien entre l'idée de départ fort attrayante et le point d'arrivée. mais peut-être que quelque chose m'a échappé.

Quant à l'écriture, elle est claire, et se promène dans différents registres; Cela participe pour moi à un certain plaisir de lecture même si je m'en suis étonnée car il n'y a qu'une seule narratrice.

Contente tout de même de vous avoir lu en nouvelles!

Plumette

   jaimme   
28/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
"Horreur/épouvante"? Pour moi c'est en catégorie humour. Mais... les catégories. Bof.
Oui, c'est bourré d'incohérences, de raccourcis impossibles, de noms ridicules (ceux des "morceaux"), de pseudo-scientifisme. J'ai beaucoup souri (ça ne m'arrive plus si souvent depuis la disparition de Terry Pratchett). Pour finir en boucherie lovecraftienne (bon, d'accord, sans les références aux Grands Anciens!). Bonne utilisation du terme très vague de "psyché".
Mais pourquoi a-t-il fallu qu'elle s'en occupe jusqu'au bout? Là je ne suis pas totalement convaincu. Peut-être aurait-il fallu qu'elle soit non seulement subjuguée par son mentor, mais aussi raide-dingue d'amour. Pas grave. Il faut se laisser porter par la loufoquerie.
Un détail: "pré-doctorante" c'est être en DEA, DESS ou en Master 2 comme on dit maintenant, non?
Brian... Aldiss? Hal...9000?
Un dernier truc: la toute fin. Peut-être finir par une phrase encore plus choc, ou encore plus loufoque (ex: l'héroïne va faire un petit bisou sur le "coeur", s'immoler avec lui, lui déclarer sa flamme...).
Un bon moment, merci donc Socque.

   Jean-Claude   
29/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Socque,

J'ai bien aimé l'idée, surtout la seconde partie.

Le ton truculent, certes lié au parti-pris de l'humour, me parait inapproprié dans la bouche d'une doctorante et, en fait, dessert l'histoire, l'humour inhérent à l'histoire.
Je concède que je ne suis pas fanatique du ton truculent qui donne un côté un peu forcé à l'humour, d'autant plus qu'ici il y a de la matière.

La première partie m'a moins plu. Surchargée de détails, je trouve qu'elle n'apporte pas grand-chose à la seconde partie. Au contraire, certains éléments de la seconde partie en deviennent téléphonés. Il aurait suffi, éventuellement, de placer brivèment la nature des travaux du docteur Halpro. Il y a la vague suggestion d'une préparation mais elle ne sert pas vraiment par la suite car on peut parfaitement comprendre sans.

En fait, la nouvelle aurait pu commencer à la seconde partie, quand Mon Cœur sonne à la porte. Je trouve d'ailleurs que le rassemblement des parties va trop vite. Des informations auraient pu être distillées au fur et à mesure et, du coup, il y aurait eu du suspense. Je reconnais que je suggère une histoire un peu différente mais je crois que ce serait intéressant de tenter le coup.

Au plaisir de vous (re)lire.

   Donaldo75   
1/9/2017
Bonjour Socque,

Je suis mitigé par cette nouvelle. Le registre de l'horreur et de l'épouvante n'est pas usurpé dans le cas présent, tellement elle est bien écrite dans le gore, le visuel, avec une fin complètement dans le genre.

L'humour est également une des grandes forces de ce récit. Le monde des scientifiques est dépeint avec force et brio, jusqu'à montrer ses aberrations.

Qu'est-ce qui ne colle pas, alors, me demanderait une auteure en mal de comprendre un commentaire ? Je ne sais pas. L'histoire ne va nulle part précisément, pas de message, pas vraiment de suspense, malgré une narration aboutie. Juste de la bonne rigolade un peu morbide. Voilà l'impression que j'ai eu à cette lecture.

   SQUEEN   
3/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bien aimé l'ambiance, si on se laisse aller sans chercher l'incohérence, la faute... Pas de prétention réaliste ici et c'est partait, le crescendo vers le gore teinté de burlesque est bien dosé. La "demi-tension nonchalante" du sexe couronne , si j'ose dire' ce texte d'un humour absurde et noir édifiant. A vous relire.

   Jano   
3/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Excellente idée ces organes dispersés d'un même être qui s'attirent grâce à une rémanence obscure. Totalement saugrenue scientifiquement parlant mais fascinant à imaginer. Je regrette juste que tu n'aies pas osé franchir le pas de l'horreur véritable pour tomber dans une sorte de pastiche. J'ai parfois remarqué que tu ne pouvais t'empêcher d'introduire une pointe de dérision dans tes œuvres, comme s'il ne fallait pas trop te prendre au sérieux. Dommage, en jouant sur deux registres ton histoire perd de sa force à mon goût. « Bibite » fait sourire mais ça ne va guère plus loin. Ça aurait été bien plus flippant, par exemple, d'avoir des greffons autonomes envoyant des injonctions à un cerveau affolé. Il y avait vraiment matière à faire quelque chose d'horrifique avec ces amalgames de chair.
Rien à dire sur une écriture solide, un peu laborieuse dans ses tentatives d'explications scientifiques.


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