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Humour/Détente
socque : La chanceuse ! [Sélection GL]
 Publié le 23/08/20  -  17 commentaires  -  9072 caractères  -  138 lectures    Autres textes du même auteur

L'empereur de Chine honore un notable provincial en offrant un magnifique cheval à son fils.

— Quelle chance ! dit-on.
— Nous verrons, répond le notable.

Le fils étrenne sa monture et se casse la jambe. Il en reste infirme.

— Quelle terrible malchance ! déplore-t-on.
— Nous verrons, répond le notable.

L'empereur entre en guerre. Le fils du notable, infirme, est exempté.

— Quelle chance extraordinaire ! s'exclame-t-on.
—  Nous verrons…

Conte zen


La chanceuse ! [Sélection GL]


J'ai toujours eu de la chance dans la vie, pour les grandes choses – santé, famille, confort – comme les petites – tracas du quotidien, trouver une place pour me garer, avoir la banquette de train pour moi seule, des bricoles qui font plaisir. Dans cette facilité permanente, gagner une croisière dans une tombola à la con ne m'a même pas étonnée. Pour deux personnes ; mon compagnon de toujours étant mort depuis quelques mois, j'ai associé à ma veine une copine du boulot et roulez petit bolide.

Il faut admettre que la cabine se révélait plutôt étriquée sur ce monstre HLM flottant. Au moins, en novembre, pas de foule importune. Mais Sylviane m'agaçait un peu – c'était en grande partie ma faute, j'ai parfois du mal à cohabiter. Je suis sortie malgré le vent froid de la nuit histoire de me calmer, accoudée au bastingage je savourais l'obscure clarté qui tombe des étoiles et le plaisir de plagier Corneille qui n'y pouvait rien. Il y a eu un brusque choc, une manœuvre imprévue, j'étais pompette voire plus, je suis tombée.

La chute a été longue – tout le temps d'avoir peur –, l'arrivée brutale. À moitié assommée, j'ai tout de même eu l'instinct de remonter ; je m'apprêtais à hurler au secours quand une vague m'a sèchement giflée et envahi mes poumons. La veste lourde sur mon dos n'aidait pas, j'ai coulé, suffoqué, je ne savais plus distinguer le haut du bas, j'ai paniqué et respiré de l'eau salée. La noyade, c'est affroce.


Certes, à cet instant je ne me sentais guère portée à louer ma chance… mais très vite je me suis sentie mieux puisque j'étais morte.

Aucun doute là-dessus : je ne pouvais plus bouger, ne respirais plus, ne sentais plus le froid, la douleur, l'oppression de ces milliards de tonnes de liquide où je sombrais en douceur. Un étonnement confus me submergeait lui aussi et il m'a fallu du temps pour l'identifier, périr semble rendre un peu bête au début.

J'avais toujours pensé que la fin, c'était la fin, qu'on plongeait dans le néant et basta. Constatant la survie de mon moi alors que, malgré l'obscurité totale, je sentais se rapprocher le fond méditerranéen, j'ai logiquement anticipé l'arrachement à ma dépouille, le tunnel de lumière, la lutte entre anges et démons qui se disputeraient ma précieuse âme, des défunts familiers m'accueillant à humérus ouverts, bref de l'action. Que dalle. Quelque chose ne fonctionnait pas.

Mon corps entraîné tête en avant par la foutue veste gorgée d'eau touchait entre-temps le sable, le cou se ployait sous l'effondrement du torse, je finissais en tas soutenu par un gros rocher qui devait avoir attendu des millions d'années pour remplir ce rôle. Il s'y était convenablement préparé car je me sentais coincée. Pas mal à l'aise toutefois bien que très courbée, le nez frottant presque l'entrejambe, bras et cuisses écartés ballant aux légers courants rigolards. C'est là qu'a déboulé le mérou.


Enfin, je dis le mérou, c'est pour la couleur locale… Pour ce que j'en sais, dans le noir aggravé par le nuage de fin sable vaseux soulevé par mon impact, il pouvait s'agir de n'importe quel gros poisson disposé à jouer les charognards, assez massif pour me déloger, m'arracher un sein et partir ailleurs le savourer. Mes sensations demeuraient ; je n'éprouvais aucune douleur mais avais la curieuse certitude qu'une portion de ma chair traversait à vitesse non négligeable le frais liquide marin qui glissait sur elle dans un gai friselis, puis s'immobilisait, se faisait déchiqueter, compresser par un conduit palpitant pour aboutir dans un milieu corrosif. Aucune douleur, je le répète, n'empêche que ça fait bizarre. Heureusement la digestion mit fin au lien absurde qui persistait entre mes téton, graisse, peau, glande et les zones de mon cerveau chargées de monitorer leur destin.

Bien sûr, ce n'était que le début. Mon copain mérou – restons sur cette hypothèse – revint bientôt avec des acolytes de moindre envergure et tout ce petit monde entreprit de rendre au centuple à la grande Nature tout ce qu'ensemble elle avait joint ; j'avais du mal à considérer la chose sous un angle philosophique ou poétique. Pour tout dire, s'il y avait eu le moindre sachet de moutarde dans le coin elle me serait sûrement montée au nez tant qu'il en restait un.

Il arrivait, voui ou merde, le tunnel de lumière qui me guiderait vers le Paradis ?


Il m'a fallu tout de même plusieurs jours pour admettre que ce serait merde. Ma proprioception intacte m'informait que j'étais mollement étendue sur un fond plat et doux piqueté de cailloux de moins en moins inconfortables à mesure que, dépouillés de chair, mes os avaient tendance à chercher le point de plus basse énergie potentielle, sur le sable. Une espèce de corail pénible qui me tenait auparavant le dos arqué s'insinuait désormais entre mes côtes dont il chatouillait la face intérieure.

Les nécrophages n'en avaient pas tout à fait fini avec moi, mais ne restait plus guère que du fretin que je n'imaginais pas déranger ma position de repos éternel. D'évidence, la faune marine s'était montrée très attirée par ma personne ! Même mes vêtements avaient disparu entre ses mâchoires, palpes ou tentacules, sauf une semelle dédaignée que j'apercevais non loin. Ah, le plastique, plaie des océans… celui-ci devait être dense.


Curieusement les bébêtes avaient plus ou moins dédaigné le visage, c'est une pieuvre qui s'intéressa à ce dernier chantier. La ventouse bien collée à mon œil gauche favori le rendait aveugle – tant mieux –, quand elle l'aspira j'ai pensé avoir atteint l'abysse de l'horreur. Je vis s'éloigner le mollusque ravi, sa grande sœur le remplaça aussitôt côté droit et opéra de même. Je me lamentais déjà lorsqu'une constatation m'a saisie.

J'y voyais toujours.


J'ai dû m'évanouir à ce moment. Oui, quand on s'éteint on continue à dormir, à rêver, et une forte émotion peut faire perdre conscience. Parfaitement.

À mon réveil, puisque réveil il y eut, j'étais toujours morte, de plus en plus décharnée, et la lumière autour de moi signalait la fin de l'après-midi. Le changement d'équipe se préparait, je voyais ramper des animalcules discrets encore plus bizarres que ceux du jour.

Je voyais. Sans yeux.

Sans cerveau non plus d'ailleurs – je sentais frétiller dans mon crâne des mâchoires avides bien avancées dans leur tâche.

Il y avait là une certaine cohérence : le support organique des sens ne peut servir à grand-chose sans les signaux chimiques et électriques qui le parcourent, tout comme un ordinateur débranché a l'exacte utilité d'un presse-papier. Si donc j'avais persisté à percevoir en l'absence de vie, l'absence d'organes ne devait rien changer, ça se tenait. Mais quand même.

Et c'est là qu'enfin j'ai mesuré à quel point la chance me restait fidèle. Cette noyade que je tenais pour une malédiction m'avait épargné un sort abominable, celui du cercueil.


J'aurais pu, j'aurais dû classiquement finir dans un hôpital, ou chez moi, ou dans la rue, bref de manière documentée. En nos temps modernes, rares sont les corps égarés. Le mien, selon mes propres instructions, aurait été relégué sous terre dans le noir complet, avec pour seule distraction les vibrations lointaines du métro. Mais quelle angoisse ! De quoi frémir si j'en avais été capable. Combien de temps avant de devenir fou dans de telles conditions ? Et que se passe-t-il pour les gens qu'on incinère ?

Au moins ici j'ai le privilège de contempler la vie, voire d'y contribuer selon mes modestes moyens en la nourrissant, pensais-je, le regard sur la trajectoire mollement erratique d'un gros machin repu que je n'identifiais pas. Côté recherche sur Internet ça pèche un peu, en revanche, continuais-je avec un gloussement bien sûr intérieur. Ou alors je fais comme Adam et baptise toute la faune.


Coquille sur le bernard-l'hermite (pas de cerise ici, pas de gâteau), je dispose d'un angle de vue idéal, de biais ; je peux voir une portion du fond où évoluent des créatures intéressantes, mais aussi, vers le haut – à quinze mètres je dirais –, de vagues jeux de lumière. Même la météo ne m'est pas étrangère !

Qui osera dire que ce n'est pas de la chance, ça ? Un petit regret cependant pour les grands arbres qui bruissent dans le vent. Bah, en quelques millénaires tout peut arriver, les terres émergent, les forêts poussent… D'ici là j'ai le repos, la stabilité et la confiance en mon étoile. Tiens, si je composais des vers après les avoir alimentés ?


Dans mon tombeau s'ébattent les poissons,

les poulpes et les baleines.

Manque une futaie à frênes

où le soleil rirait de ses frissons.


Mes yeux mangés – les chairs furent rançons

du vaste séjour sans peines –

scrutent les astres pérennes

tordus dans l'air comme le sont les sons.


Point n'ont corné les trompettes !

Les viandes furent extraites

de mon corps mort par tous les assistants


de cette force adepte en recyclage

qui peut paraître hostile, mais soulage :

l'éternité. Pour longtemps.


______________________________________

Ce texte a été publié avec des mots protégés par PTS.


 
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   plumette   
30/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une écriture caustique pour un sujet audacieux.Un texte qui tranche par rapport à ce que j'ai l'habitude de lire ici.

La vie après la mort ? ce serait une persistance de sensations et de capacités cognitives alors que le corps disparaît progressivement sous l'assaut du peuple marin ( en l'espèce) Ce que je trouve réussi et ce que permet ici l'écriture de qualité, c'est de rendre crédible pour le lecteur un tel parcours! Belle imagination que je salue.

la narratrice ( ou ce qu'il en reste) a du recul sur ses mésaventures et je trouve le traitement humoristique approprié pour faire passer le côté " horrifique" du dépeçage.

Merci pour le partage

Plumette

   ANIMAL   
1/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Si on n'a pas peur de l'après-mort, si on a le coeur bien accroché, on appréciera ce texte plein d'humour noir et bien grinçant.

Le style est agréable, l'aventure bien menée. J'ai craint un instant que la chute nous révèle qu'il s'agissait d'un rêve, mais non ; on boit la coupe jusqu'à la lie.

Un texte morbide et bien troussé, à déguster entre crabe et langouste, douce vengeance pré-mortem si on suppose que ce destin est possible.

en EL

   placebo   
6/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Jolie histoire, qui n'épargne rien dans sa description. L'absence de douleur permet un traitement plus réaliste.
Le conte zen est un très bon miroir.
L'éternité, quelle chance ? Mais peut-être saura-t-elle bien se débrouiller, en effet.

Le poème est amusant.
Je ne suis pas certain de l'utilité de toutes les accolades / PTS ?

Merci,
bonne continuation,
placebo

   Dugenou   
6/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

La faune aquatique nécrophage s'en donne à coeur joie, ici !

Tant mieux, en fait : l'intrigue tenant dans une feuille OCB, on se sent plus proche de l'exercice de style qui semble cher à l'auteur(e).

Cette immersion (sans mauvais jeu de mots) totale dans le point de vue d'une noyée a au moins l'attrait de la fraîcheur (des abysses...).

Merci de cette lecture,

En EL.

   Donaldo75   
7/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Pour commencer, j’adore l’exergue, ce conte zen que je connaissais mais qui produit toujours son effet. La tonalité est impertinente. Je découvre l’expression « roulez petit bolide » qui m’a bien fait marrer tellement elle sonne années cinquante.

Cette phrase donne encore plus le ton : « mais très vite je me suis sentie mieux puisque j'étais morte. »

Le coup du mérou est bien écrit. Le clin d’œil sur le plastique est une bonne trouvaille. La suite enchaîne les réflexions décalées sur la mort telle que vue par nos contemporains dans une société où elle s’embarrasse de détails et simagrées inutiles. Le poème de fin clôt bien ce délire agréable à lire et dont l’écriture virevolte.

Une bonne surprise.

   Perle-Hingaud   
7/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quelle énergie dans ce texte ! J'ai beaucoup aimé le rythme, le ton, l'histoire, l'imagination : une nouvelle comme j'aimerais en lire plus souvent !
Une narratrice naïve ou finalement très sage, des descriptions qui sortent de l'ordinaire...
Je n'ai pas compris le "c'est affroce", puisqu'elle n'a pas de problème d'élocution ailleurs. Un jeu de mot qui m'échappe ?
Un délire plein de bon sens, donc, ce qui donne une lecture rafraichissante en ces jours caniculaires. Merci !

   maria   
23/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour socque,

Style littéraire, histoire étonnante, originale, humour caustique : que de qualités réunies dans cette nouvelle.

La narratrice m'a émue lorsqu'elle a dit que la vue des arbres lui manquait.

Je n'ai pas compris : "la noyade, c'est affroce"
Le net m'a envoyée à une rubrique de loisirs créatifs ! Des explications, peut-être, socque ?

La lecture fut courte, mais le dépaysement intellectuel fut total.
Merci du partage.

   Bellini   
23/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Passionnément+ pour le poème classique de la fin. Si vous choisissez cette voie, c’est clair, je me retire.

Pour le reste je redécouvre votre humour que je vous croyais avoir sacrifié dans Pépette est une salope. J’ai souri de bon cœur à toutes vos formules et cette sorte d’utopie morbide est somme toute une réflexion philosophique plus intéressante que bien des logorrhées poussives. C’est vrai que ça doit être affroce de raconter une noyade quand on a la bouche pleine d’eau de mer… Ça n’est pas la moindre de vos trouvailles narratives.
Bravo encore. J’en redemande.
Bellini

   Annick   
24/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un style saignant sans le sang. La narratrice se fait dévorer sous les yeux du lecteur avide de sensations fortes. C'est choquant à souhait, innovant (ça change de Stendhal et Balzac), cela se veut drôle, abrupt.

Mourir de manière originale, échapper aux conventions mortuaires, (cercueil, enterrement...), servir à quelque chose, continuer à contempler la vie, oui, c'est une chance en effet, (toute relative). C'est sans doute la visée du texte.

Même si je ne lis pas ordinairement ce type de récit bien éloigné de mes choix livresques, merci pour ce texte qui décoiffe.

   Corto   
24/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'auteur partage ici son énorme bagage d'humour.
Rien ne l'arrête, ni la construction du récit ni les descriptions détaillées dans une mise en scène portée par une imagination débordante.

L'aventure est, dans son registre, menée de façon minutieuse, les 'personnages' sont crédibles et le lecteur, en toute complicité se laisse emporter par le courant.

La petite musique "je suis chanceuse" qui revient comme un refrain accentue le piquant dans un second degré dont on se régale.
Le poème final, jusqu'à son dernier vers reste dans le ton de la distance avec le réel ou le sérieux.
Bravo pour l'imagination et la qualité d'écriture.

   Arsinor   
24/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Pas mal pour ce qui est de la lecture, sans doute difficile à écrire vu la créativité. La comédie est un art difficile, vous vous en êtes bien sortie. Un texte monothématique cependant, une pochade.

   Alfin   
25/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Socque,
Ce que personne ne s’autorise à penser, vous en faites une nouvelle géniale. Le ton est donné, j’ai beaucoup apprécié cette nouvelle. Une idée iconoclaste et tellement évidente. Une mise en abîme pour chacun d’entre nous imaginant ce que doivent "vivre" nos êtres chers et disparus.

C’est osé, car personne ne veut se l’imaginer. La mort a perdu une part de tabou, mais pas tout à fait non plus et le risque de heurter le lecteur sensible est réel.

Personnellement, j’ai beaucoup aimé, je trouve le traitement de l’idée bien aboutie. C’est aussi une base idéale pour les écrivains amoureux de la description détaillée de paysages, ou de fonds marins.

De plus, l’éternité pour composer des poèmes… Le bonheur.
Je me dis que si la narratrice peut voir sans ses yeux, c’est qu’elle peut aussi se déplacer sans corps, c’est là la seule incohérence du texte à travers MA lecture. Le rendu de la descente en profondeur, la position grotesque de réception dans le fond-marin, le travail des nécrophages, tout cela est très bien amené.

Le message principal est de se dire que tant que l’on n’est sûr de rien, le pire peut arriver, l’option la moins souhaitable, la plus révulsive est possible… Bref du grand art qui aurait bénéficié d’un peu plus de description du fond marin.

C’est pour moi, une des meilleures idées (TOP 5) que j’ai lues sur Oniris

Merci pour ce partage jouissif !

   Yannblev   
25/8/2020
Bonjour,

On peut bien l’écrire et la décrire comme on veut, comme on peut, tragique ou comique, comme disait à peu près Céline (Destouches pas Dion) :
« La mort ? c’est bien la seule chose qui tracasse toujours les vivants ».

Ici on n’y échappe pas, l’auteure veut nous faire croire qu’a priori elle jubilerait de nourrir les bigorneaux plutôt que les asticots mais on sent quand même que c’est bien le trépas et ses conséquences, la métaphysique de l’après la chose charnelle, qui la préoccupe.
L’écriture est de circonstance, précision et humour, comme pour exorciser la préoccupation.

Techniquement et à mon goût elle est un peu trop hachée et l’avalanche de situations improbables, la fréquente recherche du « mot » à la fois drôle et juste pour bien faire vivre une scène pas si drôle que ça (« les bébêtes avaient dédaigné le visage, c’est une pieuvre qui s’intéressa à ce dernier chantier ») ne sonnent pas toujours obligatoirement comme elles pourraient avec juste ce qu’il faut de retenue et je ne sais pas si, pour le sujet installé, le récit n’y perd pas quelque peu.
Le sonnet épilogue, très bien amené, confirme mon impression. Ultime pirouette, et dernier sourire de quelqu’un qui n’en a peut-être pas envie et laisse courre alors à son imagination.

Et c’est encore Céline qui l’a dit :
« Quand on n'a pas d'imagination, mourir c'est peu de choses. Quand on en a, mourir c'est trop. »

   hersen   
27/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte truculent sur la mort, et son contentement de servir à quelque chose, ici nourrir les poissons, jusqu'à sa propre fin, qui finalement n'en est pas une puisqu'elle comble une faim.

Tu es né poussière et tu retourneras poussière. Comme dirait Concours ces temps-ci. Sauf que là, c'est dans l'eau.

Une inventivité fort plaisante, une idée que tout va pour le mieux dans la meilleure des morts, un texte en prose plus un poème, ça fait de ce texte de quoi nourrir beaucoup de monde !

L'originalité maîtrisée par une bonne écriture paie. Incontestablement.

   Gouelan   
29/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

Un récit décalé sur la mort, à mourir de rire. Mais pas vraiment, on voudrait rire, c'est drôle, mais c'est la mort. Alors comment faire ?
J'ai adoré toutes ces situations où le personnage de cette histoire se dit veinarde.
Voilà la morale de cette "fable" : Ne jamais se plaindre, il y a toujours plus malheureux que soi. On peut mourir dans son sommeil, dans son lit, puis mis avec soin dans entre 4 planches, prêt à nourrir les vers. Ce n'est pas jouissif.
Sinon il y a l'option de se remplir les poumons d'eau de mer, se coincer le corps sous un rocher, dévorer par des êtres tout froids tout en regardant cette après-mort en face. Bah ! c'est pas si mal.

Non, ce n'est pas drôle mais je me suis bien marrée, parce que de toute façon, on va mourir alors... autant imaginer le pas pire que...

Merci pour le partage et bravo pour l'écriture maitrisée.

   Tiramisu   
6/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Socque,

J’aime beaucoup le premier paragraphe très enlevé qui présente en quelques traits bien brossés la situation et qui donne envie de lire la suite.
Ceci dit cette femme qui se croit chanceuse au départ a perdu son compagnon, c’est pas vraiment un coup de chance pour le coup.

La description de la chute est parfaite, on s’y croirait.
Toute une série de phrases que je trouve très drôles : « très vite je me suis sentie mieux parce que j’étais morte », « périr semble rendre un peu bête au début », « je finissais en tas soutenu pas un gros rocher » « Il arrivait voui ou merde le tunnel de lumière qui me guiderait vers le paradis »
C’est très rare un bon texte d’humour, je trouve celui ci particulièrement réussi car il allie un phénomène dramatique possible avec une aventure irrationnelle totale.

On peut se demander si elle est vraiment chanceuse ou simplement profondément positive, quand elle apprécie d’avoir évité le cercueil !

En résumé, c’est drôle et original, et captivant, je n’en ai pas perdu une miette, si j’ose dire ;-) !

Merci pour cette lecture rafraichissante !

   tundrol   
27/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Socque,

Critique intéressante des normes sociales par rapport à la mort, rendue plus acceptable à cause du fait que ça raconte une histoire à la première personne : évidemment on peut traiter de sa propre mort comme on veut, mais aussi à cause du fait qu'il n'y a pas de douleur puisque « je » suis morte. En gros, ça donne un coup de pied aux sentimentaux de la mort (tous ces gens chez lesquels il est interdit de dire simplement que « mon père est mort », il faut toujours dire qu'il est « décédé » ou qu'il est « parti » ou même pire). Tout cela est formidable. Sans simplicité du language toute vérité est impossible.

Le ton presque gai, un peu « langue dans la joue » sied parfaitement au sujet, et il y a une invention considérable en déroulant tant de mots sur un sujet tellement maigre. Mais tout est possible avec les mots. Accorder ces mots avec ce qui se passe (« la réalité ») est autre chose.

Finalement, qu'est-ce qu'on apprend du narrateur par rapport à la mort et la suite ? Trois options. 1. que dalle 2. reçue par les anges 3. attente indéfinie.

Ah, oui ! Vous avez de la chance !

Quelques délices :

M’accueillant à humérus ouverts
mais très vite je me suis sentie mieux puisque j'étais morte.
périr semble rendre un peu bête au début
rare sont les corps égarés
l'éternité. Pour longtemps.

Meilleurs vœux,

T


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