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Horreur/Épouvante
socque : Orientation
 Publié le 03/04/11  -  19 commentaires  -  9850 caractères  -  189 lectures    Autres textes du même auteur

Une obsession.


Orientation


Je l’appelais dans ma tête « le Chat du Cheshire ». C’était une fille, mais « la chatte du Cheshire », ça me paraissait… de mauvais goût, quoi. Il n’y avait rien de sexuel dans ce surnom ; il venait de son sourire, le sourire qu’elle m’adressait toujours quand on se quittait, qui me restait dans la tête.

Même si on s’était dit au revoir plus ou moins fâchés, comme les étudiants se fâchent quand ils n’arrivent pas à refaire le monde exactement selon leurs souhaits et accusent l’autre d’avoir tout gâché, elle me faisait la bise et me souriait avant de me tourner le dos pour prendre son bus. Nous nous séparions en général devant le café que nous hantions à l’époque, qui depuis a laissé la place à une de ces boutiques de gadgets coûteux pour bobos. Et j’avais un nouveau sourire pour ma collection.

Je ne me suis pas rendu compte tout de suite de l’existence de cette collection dans un coin de mon cerveau. Je connaissais la méthode qu’employaient les intellectuels de la Renaissance pour mémoriser des vers par centaines ou milliers : ils s’imaginaient leur esprit comme une demeure, dans cette demeure des pièces, dans les pièces des meubles où ranger ce qu’ils voulaient se rappeler. J’ignorais en revanche pouvoir employer cette méthode à mon insu ! Quand j’ai fini par en prendre conscience, je disposais déjà, au rez-de-chaussée (première pièce à droite), d’une charmante commode aux lignes pures, d’un bois blond brut, où s’ouvrait une série de tiroirs. Dans chaque tiroir, de petits compartiments recouverts de velours bleu roi contenaient chacun un sourire, un triangle de visage des paupières inférieures au menton. Les yeux ne m’intéressaient pas vraiment, j’ai mis des semaines à me souvenir d’une fois sur l’autre qu’ils étaient noisette.

Il y avait des nuances infinies dans ces sourires : condescendance parfois (elle se pensait beaucoup plus intelligente que moi, dans l’ensemble j’étais d’accord), amusement, complicité, affection, contrariété devant mon entêtement, douce mélancolie souvent causée par la météo – elle était très sensible au temps –, gourmandise, étonnement… Je pouvais reconstituer l’exacte proportion de ces sentiments et de bien d’autres dans les infimes variations de la posture que prenaient ses lèvres, de la manière dont s’arrangeaient ses joues ou se fronçait son nez. Chaque compartiment, avec le sourire, indiquait la date et l’heure de l’événement et comprenait, si je soulevais délicatement le contenant principal, une fiche avec en résumé l’essentiel à savoir sur cette rencontre-ci pour expliquer la composition du sourire. Dès la toute première fois, quand nous avions à peine échangé quelques mots parce qu’elle ne savait pas où se trouvait l’amphi du prochain cours, elle m’avait souri.

Oui, même quand nous ne nous connaissions pas, elle m’avait souri… peu à peu, cette idée a pris des colorations plus sombres. Le changement a été insensible et pourtant rapide, comme un rayon de soleil qui s’éteint : on ne peut isoler l’instant où l’ombre de la chaise, bien définie sur le sol, a cessé d’apparaître en contours nettement tracés mais, diffuse, a au contraire envahi le plancher terni. Ainsi, tout d’un coup, je me retrouvais à me demander si elle souriait d’emblée à tout le monde, si son affection qui pour moi avait la forme même, subtilement changeante et toujours affirmée, de son sourire, se répandait sur l’humanité, universelle et amorphe. Avais-je accordé une signification riche, profonde, subtile, à ce qui n’était peut-être que creuse sociabilité ?

Pour résoudre cette énigme, je me suis appliqué encore davantage, j’ai tâché de mieux remplir mes fiches journalières mentales, d’archiver plus précisément les sourires. Ils restaient grandeur nature, c’eût été absurde de me les représenter plus grands et plus détaillés que je les voyais ; mes yeux n’étaient pas des microscopes ! En revanche, peut-être pouvais-je m’attacher à fouiller par secteurs ce mystère. Ainsi, revenant après coup aux images de divers sourires, à des dates rapprochées où j’aurais été plus attentif tantôt à la courbe exacte de ses lèvres, tantôt à leur couleur qui pouvait révéler l’intensité de ses sentiments (elle ne portait pas de rouge à lèvres), ou à la minuscule fossette à leur coin droit, à son menton et son grain de beauté – à gauche –, qui la contrariait fort et qu’elle appelait son « grain de laideur », aux ailes de son nez, etc., j’espérais avoir une chance de reconstituer par ce patchwork l’image parfaite de son sourire.

Mais, comme j’ai dit, elle ne souriait jamais tout à fait de la même manière, si bien que le puzzle rassemblé n’avait aucune chance de donner un tout significatif mais s’apparentait, en plus subtil, au résultat d’une opération du docteur Frankenstein. Pourtant j’ai fait plusieurs tentatives dans ce sens. J’avais établi un ordre systématique car, pensais-je, avec une routine bien établie je pourrais mieux maîtriser le processus. J’allais de l’extérieur vers l’intérieur du visage pour terminer par les lèvres. Au premier parcours je m’attachais à la forme, au deuxième à la couleur, au troisième à la disposition du duvet (sur les lèvres, ce critère était remplacé par le creusement des menus plis et sillons qui leur donnent du caractère ; s’ils sont absents, je trouve que l’expression de la personne a quelque chose d’inquiétant). Au total, sachant que je la voyais tous les jours sauf le dimanche qu’elle passait dans sa famille, il me fallait un petit mois pour boucler mes observations.

Il restait malgré tout un flou dû, je pense, aux variations journalières du sourire. Par ailleurs, dans ces images reconstituées l’affection diminuait, me semblait-il, remplacée par une nuance d’inquiétude ou d’exaspération. Les mots « Qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça ? » revenaient de plus en plus souvent sur ces lèvres que je m’épuisais à scruter !

Avec tout ça, les grandes vacances approchaient et je n’avais toujours pas tranché la question : avais-je une relation privilégiée avec elle ou répandait-elle sur moi sa bienveillance naturelle sans qu’on puisse y voir l’indice d’une préférence ? Il y avait désormais deux autres meubles de bois blond. Je parcourais ma collection et m’atterrais d’avoir encore et encore cette cruelle confirmation d’une dégradation, ces derniers temps, de la douce chaleur de ses sourires. Elle commençait à chercher des prétextes pour ne plus me voir aussi souvent, parlait de famille à visiter en semaine, de sorties avec des copines, etc. J’étais sur une mauvaise pente, je le savais.

Tel un skieur dépassé, je voyais s’approcher le précipice et n’y pouvais rien. Peut-être, face au désastre annoncé, n’est-il pas si inhabituel de vouloir s’y jeter afin d’en finir ; c’est ainsi que j’ai commencé à me montrer désagréable lors de nos rencontres, ironique, parfois blessant, que pendant nos séances de travail commun il m’est arrivé de relever avec jubilation les erreurs qu’elle pouvait commettre au lieu de chercher avec elle comment résoudre le problème, que j’ai même entrepris, moi qui m’en fichais complètement, de critiquer ses tenues.

Elle me souriait en partant, toujours – rien ne l’empêchait de sourire, décidément –, mais désormais je relevais des sentiments inédits dans son expression : tristesse, humiliation… peur. Désolé, furieux contre moi, mais aussi émoustillé, je contemplais ces nouveaux sourires.

Pour ranger ces produits de mon sadisme ou plutôt de mon tourment, j’avais ouvert un meuble d’aspect bien différent ; noir laqué, aux reliefs torturés d’inspiration chinoise, tout hérissé de pointes rebiquées, recourbées. Je devais l’ouvrir avec précaution pour ne pas m’écorcher sur ses barbelures omniprésentes.


Nous ne nous voyions plus tous les jours. Elle m’évitait en cours, s’asseyait à l’autre bout de l’amphi. À cause des projets en binômes qu’elle devait à présent haïr, nous devions encore nous rencontrer, mais elle s’arrangeait pour regrouper nos sessions en quelques heures groupées et planifiées plutôt que, suite à un coup de fil improvisé, nous retrouver au coup par coup. Nul doute qu’elle se préparait à l’avance à subir ces moments qui avaient tourné à la torture pour elle, au pénible plaisir pour moi. Et elle me souriait en partant ; c’était le soulagement que je pouvais lire sur son visage quand elle me quittait, c’était lui qui dominait tout.

Je la suivais après les cours, j’essayais de la guetter devant chez elle. Si elle rencontrait d’autres personnes, je m’efforçais, de loin, d’observer son sourire pour éviter les trous dans ma collection. Je n’avais pas tranché le dilemme : au cas où une date (sauf les dimanches) n’avait pas de sourire associé, devais-je laisser l’emplacement libre dans le meuble, avec un résumé de la journée, ou bien occuper le vide ? L’honnêteté ou un illusoire réconfort dont j’avais de plus en plus besoin ? En l’absence de solution, déchiré, je m’acharnais à éviter que le cas se présente.

Les derniers partiels approchaient et je me sentais au bord du gouffre. Je rêvais souvent d’elle, humiliée, à ma botte, frappée, violée, poignardée. Je découpais au couteau son sourire, son fichu sourire ! Ensuite, ma collection était terminée, je pouvais fermer la porte à clef et m’en aller, quitter ce manoir plein d’ombre, d’échos lugubres et de toiles d’araignée.

Et puis un matin, miraculeusement, je me suis senti le courage de faire ce qu’il fallait : tout laisser tomber. J’ai renoncé à mes modules, à mon obsession ; avant l’été, je ne suis retourné à la fac qu’afin de changer mon inscription pour l’année suivante…


Désolé, je me rends compte que j’ai été un peu long. Vous devez avoir bien d’autres entretiens à faire passer pour le poste, je sais que les candidats ne manquent pas en cette période de chômage. Voilà donc ce qui m’a amené à suivre des études d’informatique, puis une spécialisation de webmestre.


 
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   Pascal31   
21/3/2011
 a trouvé ce texte 
Faible +
Une nouvelle classée à "Horreur/épouvante", moi qui suis fan du genre, je me suis précipité dessus !
Autant dire que ma déception a été grande.
Ce n'est pas un souci au niveau de l'écriture, fluide, qui se laisse lire aisément. Non, c'est vraiment au niveau de l'histoire en elle-même : qu'est-ce que je me suis ennuyé ! Le premier paragraphe, détaillant de moult façons les sourires de la demoiselle, m'a paru interminable ; et pas le moindre frisson à se mettre sous la dent.
Le second paragraphe essaie d'amener un semblant de suspense psychologique, mais là encore, pas une once d'émotion : tout est décrit de manière détachée, quasi indifférente.
Quant aux deux lignes de conclusion, elles tentent un twist qui relève plus du genre "comique" que "horreur", et qui, de mon point de vue, n'amène pas grand-chose.

   Pattie   
27/3/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
J'ai aimé le texte, le style, l'ambiance, le mélange de drôlerie psychopathe. Je trouve l'histoire originale, cette étude sur les sourires, le meuble mental. En revanche, je n'ai pas apprécié la fin. Elle est certes amusante, mais la progression du malaise est bien plus intéressante que cet aboutissement.

   Perle-Hingaud   
27/3/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
Une histoire originale et bien écrite, dans un style classique et efficace. Je trouve l'idée de cette collection de sourires très séduisante. J'aime les textes qui dérapent vers autre chose: ici, le fantastique, la névrose, quelque chose d'assez glauque, effrayant.
Malheureusement, je suis déçue par la fin: l'avant dernière phrase passe, limite, mais la dernière, non, je la ressens comme une pirouette, une imposture.
Dommage.

   doianM   
28/3/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
Une histoire sur un fond intéressant qui tourne à l'analyse, ensuite à l'obsession.
Est-ce que le narrateur nous présente un malentendu sentimental sous le prétexte d'une obsession du sourire du "Chat du Cheshire" ?.
Est-ce que le narrateur lui-même après avoir reçu toute cette gamme de sourires arrive a espérer recevoir davantage de sa camarade s'études et de binôme, disons son coeur ?.

Le final semble plutôt sec, s'inscrire dans une vieille boutade qui affirme que souvent la meilleure victoire en amour c'est la fuite.

Cependant dans ce changement d'orientation du narrateur il y a une explication.
Sa relation avec sa camarade d'études, à travers son sourire obsessionnel, se traduit en classifications, analyses, hypothèses. Tout cela frise les organigrammes, les tables de vérité, enfin les outils de l'informaticien.
D'où la logique de sa nouvelle orientation.

Difficile à faire mais même si le sourire est une obsession j'aurais préféré que le mot soit moins souvent évoqué.
Et, aussi que, en plus de ses observations précises allant jusqu'aux détails anatomiques des sourires, qu'il pousse ses hypothèses vers l'intérieur de la personnalité de sa camarade.
Ainsi le malentendu et le mystère serait plus intéressant.

Malgré mes remarques, une histoire assez originale.

Bonne continuation

   jaimme   
28/3/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien -
J'ai d'abord admiré votre art d'écrire. Je n'ai accroché qu'à "Oui, même quand nous ne nous connaissions pas, elle m’avait souri…". C'est le "même quand nous" qui empatte la lecture. Sinon les mots sont posés avec finesse, les images sont belles. Joliment littéraires.
J'apprécie énormément que la lecture soit intéressante en elle-même sans avoir à attendre la chute. Donc... la chute n'était pas indispensable, dans le sens où la nouvelle en elle-même est riche. Mais la chute est une plus-value. Je ne m'y attendais pas (malgré le titre) et mon plaisir en a été intensifié. Belle accroche aussi; mais ça c'est parce que j'aime Carroll!
Merci! Vraiment.

   toc-art   
3/4/2011
Bonjour,

Ah, voilà un texte qui m'intéresse. Parce qu'il me parle à plus d'un titre, dans la fine description psychologique du narrateur et dans l'évolution de ses sentiments, mais aussi parce qu'il appelle des commentaires sur l'élaboration du texte, commentaires dont vous ferez naturellement bien ce qui vous chante.

Donc, compliments en premier lieu, une histoire intéressante où il ne se passe pas grand-chose mais où le personnage plongé dans son monologue nous livre sans pudeur et presque un certain masochisme son rapport à l'autre et cette sorte de fétichisme qui "pollue" et enrichit en même temps ses sentiments.

L'écriture est aisée, mais me parait manquer parfois de naturel et être parfois un peu lourde. Ici par exemple :

"c’est ainsi que j’ai commencé à me montrer désagréable lors de nos rencontres, ironique, parfois blessant, que pendant nos séances de travail commun il m’est arrivé de relever avec jubilation les erreurs qu’elle pouvait commettre au lieu de chercher avec elle comment résoudre le problème, que j’ai même entrepris, moi qui m’en fichais complètement, de critiquer ses tenues."

La répétition des "que" me semble assez disgracieuse. Il suffirait de mettre un point après « blessant » et de repartir avec « Pendant nos séances… » pour que ce problème (selon moi) soit réglé et cela ne nuirait pas à l’effet d’accumulation voulu.

Le choix du démonstratif « ces » au lieu du possessif « ses » pour parler des sourires de la jeune femme ne me paraît pas toujours approprié et même source de confusion. Dans le même ordre d’idée, je trouve l’évocation de la collection de « ses » sourires » dans le deuxième paragraphe mal négociée. En première lecture, j’ai pensé que le narrateur collectionnait les sourires des filles en général et le retour aux yeux noisette a du coup arrêté ma lecture.

« Dans chaque tiroir, de petits compartiments recouverts de velours bleu roi contenaient chacun un sourire, un triangle de visage des paupières inférieures au menton. Les yeux ne m’intéressaient pas vraiment, j’ai mis des semaines à me souvenir d’une fois sur l’autre qu’ils étaient noisette. »

mettre par exemple « contenaient chacun un de ses sourires » et « Ses yeux ne m’intéressaient… » suffirait à pallier cette possible confusion.

« Je pouvais reconstituer l’exacte proportion de ces sentiments et de bien d’autres dans les infimes variations de la posture que prenaient ses lèvres, de la manière dont s’arrangeaient ses joues ou se fronçait son nez. »

Là, j’ai eu le sentiment, peut-être erroné, que vous manquiez d’aisance, que vous ne saviez pas trop comment évoquer les mouvements de son visage. Le « posture que prenaient ses lèvres » me semble assez lourd, tout comme « la manière dont s’arrangeaient ses joues ». Ce passage me paraît nécessiter un retravail d’allègement. Et là encore, le démonstratif « ces » ne me parait pas le bienvenu.

De même, ici : « plutôt que, suite à un coup de fil improvisé… ». La phrase me paraît manquer de naturel.

« creuse sociabilité ». Pas fana de l’inversion de l’adjectif ici. Ça donne un côté un peu maniéré inutile renforcé peut-être par la faiblesse de l’adjectif.

« Au total, sachant que je la voyais tous les jours sauf le dimanche qu’elle passait dans sa famille, il me fallait un petit mois pour boucler mes observations. »

Là, j’aurais plutôt vu un passé simple «il me fallut un petit mois… »

« ce manoir plein d’ombre » / j’aurais mis « ombres » au pluriel, par souci d’harmonie pour ce qui suit et parce que je trouve ce pluriel plus évocateur, mais c’est un détail.

Sinon, la fin du texte n’a pour moi aucun intérêt, pirouette absolument inutile comme si l’auteur ne faisait pas suffisamment confiance à son pouvoir d’évocation et voulait à tout prix terminer par une chute. Je sais que les nouvelles doivent en posséder une pour certains puristes, mais je préfère quant à moi un moment de vie bien ficelé et bien raconté, et sans fin véritable, à ce qui s’apparente parfois dans sa conclusion à une farce potache, n’offrant aucune profondeur supplémentaire au texte.

Mais comme je le disais en entame, j’ai bien aimé la majeure partie de ce récit qui mériterait quelques ajustements selon moi. Mais ce ne sont que des suggestions.

Ah oui, une dernière chose, je n’ai pas compris le classement de ce récit dans cette catégorie.

Bonne continuation.

   Charivari   
3/4/2011
J'ai trouvé l'idée extrêmement originale. C'est très bien écrit, très poétique.

Cet étudiant essaie de quantifier, de classer, d'établir des séries statistiques sur les sourires de sa copine, parce qu'il ne parvient pas à comprendre et contrôler ses sentiments. C'est ainsi que j'ai compris la chute, lorsque le narrateur décide de garder l'obsession pour les chiffres et d'abandonner la dimension humaine. Ceci dit, à mon avis cette chute aurait dû être un peu moins abrupte, pour être plus facilement comprise.

Sinon, je trouve que le style n'est pas forcément adapté au narrateur : c'est en principe un étudiant, mais il s'exprime de manière très classique, très raffinée, du coup on a un peu de mal à le "sentir".

   Lunar-K   
3/4/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
Une nouvelle finement menée du point de vue psychologique avec cette lente dégradation qui va d'une petite manie assez charmante (la collection intérieure des sourires de l'aimée) à une obsession glauque et morbide.
J'ai trouvé la présentation de cette histoire très originale, grâce à cette belle idée de choisir le sourire comme centre de gravité, presque un trou noir aspirant progressivement le narrateur aux limites de la folie (meurtrière ?).
Un très bon texte jusqu'à, hélas !, ces deux dernières phrases, cette chute tellement brusque et décevante. Je suis convaincu que ce texte (amputé des deux phrases incriminées) pourrait constituer l'introduction d'une nouvelle plus longue et sordide...
En tout cas, j'ai aimé, si ce n'est la chute...

   David   
3/4/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonjour socque,

j'ai ris aux trois dernières lignes, et j'ai compris le titre, mais juste avant, au jeu de "imaginer la fin" je n'aurais jamais trouver celle-là, alors qu'il y avait quand même un indice avec "orientation", une légitimité à le prendre dans ce sens propre vu que le récit se déroule entre deux étudiants à l'université. Au début, je rapprochais plutôt "orientation" de penchant vu la trame qui se déroulait.

J'avais la catégorie en tête, mais cette obsession a bien quand même quelque chose d'angoissant, un romantisme malsain du narrateur, enfin stérile plutôt, tel qu'il le présente lui-même avec "Il n’y avait rien de sexuel dans ce surnom". Ce qu'il cherche semble... cérébral c'est un peu court, il observe ce sourire et l'étudie comme je pourrais l'imaginer d'un peintre ou d'un sculpteur. Il ne semble pas chercher une perfection, c'est plutôt encyclopédique, mais avec un seul visage à explorer, aux facettes innombrables à ses sens.

Il y a un vertige, une mise en abime avec cette "demeure, dans cette demeure des pièces, dans les pièces des meubles où ranger ce qu’ils voulaient se rappeler" une mémoire gigogne en quelque sorte, succession de contenant. C'est assez pour l'angoisse mais peu pour l'horreur, l'épouvante. Par la suite il y a des mots étrangers, alors que le narrateurs s'exprime dans un français policé :

"j’espérais avoir une chance de reconstituer par ce patchwork l’image parfaite de son sourire."

"Mais, comme j’ai dit, elle ne souriait jamais tout à fait de la même manière, si bien que le puzzle rassemblé n’avait aucune chance de donner un tout significatif mais s’apparentait, en plus subtil, au résultat d’une opération du docteur Frankenstein."

le déroulement de ces trois là, étranges étrangers, ont en commun le découpage, morcelage, qu'ils évoquent, qui pousserait peut-être en suivant ce collectionneur, à imaginer les pires suites à ces pérégrinations, quelles distances va-t'il garder entre ses pensées et la réalité, d'autant que la relation se tend avec sa protagoniste, qu'il constate sa cruauté à son égard. Elle reste évanescente d'ailleurs, il n'y a pas de mise à plat de sa part, ou bien il ne la rapporte pas ici, je l'imagine éberlué, silencieux devant les remarques, tout à fait potentiellement futur fou meurtrier.

Mais il restera tout à fait sensé, innocent, il ne se fondra pas dans le personnage qui semble pourtant lui être promis, qu'il imagine lui-même : "Je rêvais souvent d’elle, humiliée, à ma botte, frappée, violée, poignardée. Je découpais au couteau son sourire, son fichu sourire !" C'est bon, il sait ce que c'est qu'un psychopathe, il est... normal ! C'est cela l'horreur-épouvante du récit ?

Je n'ai pas saisis aussitôt l'image de ce passage : "Tel un skieur dépassé, je voyais s’approcher le précipice et n’y pouvais rien." j'ai pensé un skieur dépassé par un précipice ? c'est plutôt vraisemblablement un skieur ne contrôlant plus sa vitesse, un sens figuré de "dépassé".

   socque   
4/4/2011

   victhis0   
5/4/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
De la belle ouvrage...Hormis ce classement incongru et cette dernière phrase en cheveu sur la soupe (là, franchement, qu'est ce qui vous a pris ??? c'est quoi l'intérêt ??? pourquoi cette pseudo pirouette pourrie ! bien inutile pour moi...)
Donc, j'ai beaucoup aimé le style travaillé de ce texte flatteur à l'oeil et la vraie originalité du propos. C'est une prouesse que de "tenir" 10000 caractères sur une idée aussi simple sans ennuyer une seule ligne un lecteur qu'un rien peut faire fuir.
good job

   Bidis   
8/4/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien -
J'ai lu ce texte sans éprouver d'ennui à aucun moment. Je trouvais cela légèrement surréaliste et cela ne me déplaisait pas du tout. Ecriture simple, agréable... La chute, à mon avis, sort du surréalisme et m'a semblée simplement tirée par les cheveux. Il eût fallu à mon sens quelque chose de plus léger et qui demeure dans le ton décalé de la nouvelle, mais je ne puis pas dire quoi.

   styx   
11/4/2011
 a trouvé ce texte 
Bien -
Je dois bien reconnaître que j'ai attendu éperdûment le passage d'horreur, gore, la frayeur ... Il n'est pas venu car je pense également que cette nouvelle est peut-être mal classifiée. Ceci dit j'ai passé un bon moment de lecture. J'ai aimé les passages décalés, l'obsession mais évidemment je reste sur ma faim. Un bon style. Merci socque !

   aldenor   
14/4/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
L’idée est belle de classer les sourires dans des tiroirs. C’est écrit avec finesse et recherche.
J’aime moins sur quoi ça débouche. Ni noir ni blanc. Ni l’horreur ni la tristesse. Du pas clair. Et tant qu’a faire, une bonne fin triste siérait mieux au style que l’horreur.

   widjet   
15/4/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Ecriture plaisante et fine par certains moments, même si un peu trop proprette à mon goût. Mais j'apprécie l'effort, l'auteur a travaillé, ça se voit. Je regrette la fin, décevante, et son retournement dispensable qui rend tout ceci guère crédible. Une oudeux formules un peu convenues ("je me sentais au bord du gouffre"), mais encore une fois, l'auteur a soigné son écriture. Pour ma part, j'aime lorsque le travail est visible.

Pas trop mon genre de texte, mais pas désagréable, donc.

Widjet

PS : pourquoi en "horreur" ?

   Anonyme   
5/5/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
Eh ! Mais comment savez-vous tout ça ? On ne s'est pourtant jamais parlé. M'auriez-vous donc espionné, toutes ces années.
Bon, vous l'aurez compris, j'ai pu m'identifier complètement à ce texte. A ce titre, je puis éclairer mes camarades oniriens : finir informaticien justifiait amplement le classement en Horreur/Épouvante. Il n'y avait pas de meilleur choix possible.

Comment justifier, lors d'un entretien d'embauche, une année perdue un fac ? Un exercice jamais évident. Pour le recruteur, c'est que vous êtes con, tout simplement. Enfin, pas forcément, mais dans ce cas, il s'agit de se justifier au millimètre. Vous pourriez bien lui expliquer que vous avez rencontré une personne qui a fait passer au second, troisième, dixième, centième plan, tout le reste, que votre mobilier mental était bien trop encombré pour accueillir encore toutes ces formules et théorèmes, et que blabla... blablabla... Vous passeriez évidemment pour un farceur. Sauf que, parfois, c'est la vérité. A moins, bien évidemment, que vous ne soyez capable de lui faire saisir toutes les nuances de votre tourment d'alors.
Donc, pour moi, la chute ne me parait pas si incongrue que ça, voire pas du tout, et qu'elle peut être en parfaite adéquation avec le développement.

Le développement est servi par une écriture bien plus qu'honorable, dont j'aurais sans doute extrait quelques formules plus lourdes :
"Tel un skieur dépassé, je voyais s’approcher le précipice et n’y pouvais rien." par exemple

Dans l'ensemble, c'est un texte que j'ai lu jusqu'à la fin avec plaisir, qui m'a fait sourire à la fin, d'une écriture de bonne facture.
Un texte très plaisant, quoi.

   caillouq   
19/5/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
J'ai tout à fait apprécié ce texte au titre mystérieux, où on ne sait pas très bien où on va mais la lecture coule de source ... Un très joli petit texte, dont le thème sort des sentiers battus. Délicatement inquiétant au fur et à mesure qu'on avance (un peu plus inquiétant ou gore ne m'aurait pas gêné, d'ailleurs). La dégradation est amenée progressivement de manière convaincante.
Quelques points mineurs de ponctuation: il me semble qu'un texte ne gagne pas spécialement à être agrémenté d'un point d'exclamation. Voire même, l'inverse. Et les séquences tiret/virgule et point/virgule (après le "etc") sont assez laides. Mais bon, c'est juste pour dire, hein.
Et j'aime beaucoup la fin, qui rend la relecture savoureuse pour qui fréquente suffisamment d'informaticiens :-)))

   Thorbjorn31   
16/10/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
Idée originale et bien ficelée, j'ai particulièrement apprécié l'évolution des sentiments, perturbés par cette grandissante passion, obsession, du sourire.

Dans l'ensemble la lecture fut agréable et fluide, mais certains passages(voir le commentaire de toc-art, qui en donne les principaux exemples) m'ont arrêté dans ma lecture, cassant le rythme et la fluidité.

"Et puis un matin, miraculeusement, je me suis senti le courage de faire ce qu’il fallait : tout laisser tomber. J’ai renoncé à mes modules, à mon obsession ; avant l’été, je ne suis retourné à la fac qu’afin de changer mon inscription pour l’année suivante…"
Ce passage m'a perturbé, il m'a donné une impression de bâclé. Quel dommage de voir se terminer une passion si étrange et profonde par ce si court paragraphe auquel je n'ai trouvé aucune profondeur et linéarité avec le reste du texte.

Et que dire de la dernière phrase... inutile au possible à mes yeux.

J'ai adoré le fond, mais la forme est encore à travailler.

   Lunatik   
17/3/2012
 a trouvé ce texte 
Bien +
A la première lecture, je n'ai pas compris la chute.
J'étais là, comme deux ronds de flan, me disant : "M'enfin mais qu'est ce que ça vient foutre là, cette histoire d'entretien d'embauche ??"
J'avais complètement oublié le titre et ce n'est qu'en lisant les commentaires que j'ai vraiment tilté. Je pense que pour les accros à l'informatique le lien est évident mais pour les autres, c'est pour le moins nébuleux...

J'ai lu la fin alternative : pas vraiment plus explicite mais par contre excellente en ce sens qu'elle permet de comprendre que le narrateur n'est pas du tout délivré de ses obsessions...
Elle m'a arraché un sourire, du style : "Bien joué, l'auteur" car la tension va crescendo tout au long du texte, puis est brutalement désamorcée par une fin en pirouette alors qu'on s'attendait au pire... et remonte en flèche juste à la dernière phrase qui laisse supposer que la prochaine fois, peut être, le narrateur ira jusqu'au bout de ses fantasmes.


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