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Science-fiction
socque : Pâte [Sélection GL]
 Publié le 29/07/20  -  15 commentaires  -  3458 caractères  -  118 lectures    Autres textes du même auteur

La fin de l'Histoire.


Pâte [Sélection GL]


Autrefois existait une matière dénommée pâte à modeler, qui se présentait en bâtonnets aux teintes franches. Sa structure souple, voire molle, lui autorisait des formes variées mais facilement vouées à l'effondrement, aussi était-il avantageux d'en constituer des boudins empilables réminiscents des poteries antérieures à l'invention du tour.

En roulant ensemble des couleurs contrastées, en les malaxant, les amincissant, les repliant, les triturant, on finissait par obtenir une morne masse grise parfois traversée de vagues reflets là où, par le hasard des écarts et rapprochements, subsistait une concentration résiduelle de nuance propre. Mais juste avant ce naufrage de la variété, de fines rayures éclatantes cohabitaient dans le boudin, se côtoyaient sans se mêler, ondulaient de concert. L'entropie régnante ne tardait pas à mettre fin à cet état des choses.


*


L'humanité, longtemps, se déclina en « ils » et « elles », monades chacune opaque à toutes les autres. Incompréhensions, fascinations, mépris mutuels, guerres, parfois découvertes passionnées de l'altérité. C'était chaud.


Puis vint une période brève et apaisée d'« iles ». Un programme général d'hormonisation gomma les genres et permit de trouver des terrains de plus en plus larges d'entente. Les querelles idéologiques et religieuses perdirent par miracle de leur mordant. Ce fut alors le temps du « nous ».


Coopération reine ! L'accomplissement en commun des projets devint tout naturel. Ce qu'il restait de projets.

Car l'euphorie de la paix, la résolution des problèmes planétaires millénaires, l'amour universel, avaient rendu les êtres prolifiques. On synthétisait la nourriture à partir de n'importe quoi, cailloux et déchets. Et on se serrait de plus en plus. La solution, bien sûr, ne tarda pas ; il suffisait de mutualiser les corps pour gagner de la place.

Grouillement des chairs. Promiscuité heureuse, rétrécissement de l'horizon. Plusieurs têtes, de plus en plus, rattachées à un même organisme digérant qui fournit l'énergie indispensable à leur léthargie béate. Migration des bouches en ouvertures béantes au plus près du sol absorbé par capillarité.


Lorsque les deux ultimes myriapodes aux dimensions hémisphériques se conjoignirent, ce ne fut pas le triomphe du « je » universel, car « je » doit penser pour être.


« Ça » n'a pas à se plaindre. Ça jouit de l'hégémonie planétaire et point ne souffre. La masse s'adapte au froid comme au chaud, surnage sans effort sur les océans grâce aux pales qui remplacent par automatisme les pattes de la terre ferme. Ça ne recouvre pas les plus hauts pics qui émergent tels des points noirs des plaines immenses de peau. Et ça voyage ! Un vaste mouvement fait migrer ça dans des directions aussi arbitraires en apparence, mais aussi inévitables, que celles adoptées par les éteints vols d'étourneaux.

Ça nourrit son propre écosystème de symbiotes et commensaux grâce auxquels ça reste propre et bien dans son enveloppe piquetée çà et là de charmantes touffes pileuses variées, derniers reliquats des têtes. Ça, immortel, semble en stase éternelle…


… Manque pourtant encore la fusion dernière de ces rayures de pigmentation épidermique du rose au brun, ces innombrables nuances prétextes antiques d'atrocités, caractéristiques individuelles en voie de disparition.



___________________________________________

Ce texte a été publié avec des mots protégés par PTS.


 
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   ANIMAL   
2/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Quelle horreur que cet avenir. Ce n'était pas la peine de sortir de la soupe unicellulaire et de suivre toute une évolution pour retourner à cet espèce de magma protoplasmique où s'est dilué toute individualité. Enfin pas toute, car la couleur de peau résiste et il y a là une certaine dérision. On aurait aimé que ce soit plutôt la créativité, l'imagination, l'intelligence... Mais tout cela a disparu dans le creuset du renoncement.

Cette nouvelle compacte décrit en peu de mots un avenir au long terme qui serait sans doute un soulagement pour notre planète. C'est concis, un peu trop peut-être. Quelques précisions au niveau de chaque étape auraient été un plus.

Bien que ce thème ait déjà été traité en SF, c'est un texte intéressant en ce qu'il décrit la disparition de tout ce qui fait l'humain en échange de la paix éternelle. Cela tentera peut-être certains. Mais qu'en est-il du reste de la création ? Il semble qu'en réalisant son ultime mutation, l'humain ait enfin accompli son vieux fantasme de détruire toute vie animale. On ne le félicite pas.

Je préfère décidément la philosophie de l'IDIC "Infinie Diversité en Infinies Combinaisons" à "Ca".

en EL

   Dugenou   
7/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Pas de doute, "ça" fait peur ! Plus d'individus, l'humanité faisant place à une masse unique... avec encore quelques nuances de "pigmentation" raciale à gommer ! On nage dans l'horreur là... mais l'horreur dans la SF.

Une bien sombre prédiction. J'ai froid dans le dos. Non, partout !

Bravo à l'auteur(e) !

En Espace Lecture,

Dugenou.

   cherbiacuespe   
12/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je n'avais jamais rien lu de tel. Mais il est entendu que je ne suis pas à l'aube de tout savoir, étant toujours plus près du "rien" que du "tout". Chaque jour qui passe me le rappelle douloureusement.

Pour moi, c'est du neuf, du jamais fait! Du contestable dans son aboutissement, son concept, son histoire, sa négation du "je" tout-puissant, mais du nouveau dans le rayon pourtant surabondant de la SF. Rien que pour ça, ce texte mérite à mes yeux de paraître dans la liste des publications.

J'avoue l'avoir lu deux fois. C'est bien écrit, soigneusement composé, mais à la première lecture... bof! Et puis, en relisant et m'attachant un peu plus au texte, j'ai découvert la monade que je ne connaissais pas (merci, d'ailleurs). J'étais passé un peu trop vite sur de terme en pensant que l'auteur s'était trompé. "L'humanité, longtemps, se déclina en « ils » et « elles », NOMADES chacune opaque à toutes les autres", n'avait aucun sens. Heureusement, mon instinct m'a fait revenir pour une deuxième lecture.

Cherbi Acuéspè
En EL

   in-flight   
29/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Message politique fort qui semble vouloir montrer le paradoxe du libéralisme : des individus (se pensant chacun libre et unique) baignés dans un monde de plus en plus homogène et standardisé.

Notre époque qui promeut la diversité et le métissage aboutirait finalement à la création d'individus qui se ressembleraient tous, tant physiquement ("masse grise") que politiquement ("programme général d'hormonisation").
Mais la paix et l'amour, ça fait augmenter la natalité, il faut alors réguler la démographie en mutualisant les corps et pousser le concept à son paroxysme en créant un grand "ça" informe ; l'objectif étant d'anéantir tout particularisme individuel.

Un texte qui offre une prospective politique sombre : éradication des idéaux alternatifs et des pensées dissidentes face à la globalisation, métissage généralisé et fin des caractéristiques physiques individuelles pour aller vers un magma humain qui fonctionne en vase clos, sans contact avec son environnement. Une "boule" humaine vivant hors sol.

   plumette   
29/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
un texte très bien écrit qui conduit l'humanité vers l'indifférenciation, comme une sorte de boucle qui se boucle.

La métaphore de la pâte à modeler est vraiment attrayante pour démarrer ce texte vertigineux et très intéressant.

j'ai vraiment aimé la chute, ce résiduel sous forme "de fines rayures éclatantes qui cohabitent dans le boudin" !

bravo pour ce texte brillant

   ours   
29/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Socque

Voilà un texte surprenant et dense qui ne m'a pas laissé indifférent. A la fin de ma lecture je me suis dit que la pâte seule n'a aucune chance de se transformer en cette masse grise sans action de l'homme, cela est bien sûr évident. Mais je me suis demandé : pourquoi alors cette métaphore ? Peut être un éclairage nous sera-t-il donner par l'auteur...

Je lis dans tout cela une vision des effets de l'anthropocentrisme à la fois sur le monde qui nous "entoure" mais aussi ici sur l'humanité elle même.

Cela dit et même si je n'ai pas tout saisi, j'ai apprécié l'écriture fluide et précise, et j'ai appris qu'il est dangereux de fusionner des monades :)

Merci du partage

   placebo   
29/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Socque,

"iles" m'a fait penser au "iel" que je vois écrit aujourd'hui.
"C'était chaud" l'incursion m'a amusé.
"Migration des bouches en ouvertures béantes au plus près du sol" J'ai eu un souvenir du "voyageur imprudent" de Barjavel, qui m'avait assez marqué.

Une attention marquée pour le vocabulaire.
J'ai bien aimé, c'est frais et ça fait peur :)

placebo

   Donaldo75   
29/7/2020
Je suis désolé d’avance de ne pas chanter dans la même tonalité que les commentateurs précédents ; il se peut que je n’aie pas saisi l’essence même de ce texte, que je n'aie pas compris ce qui en fait une nouvelle de science-fiction. Parce que dans mon esprit, ce texte ressemble plus à une réflexion, une forme de dissertation qui ne passerait pas dans le cadre d’un devoir de français mais pousserait quand même le lecteur à réfléchir. Pas d’histoire, une exposition un peu compliquée d’un devenir possible, ce sont les premières constatations que rédigent mes neurones de lecteur. C’est court, certes, mais l’impact à la lecture ne m’a pas marqué. Peut-être que je manque d’esprit analytique pour apprécier ce texte.

Je ne sais pas.
Je passe mon chemin.
Demain sera un autre jour.

Lao-tseu disait : « des paroles carrées n’entrent pas dans des oreilles rondes ». Je vais réviser ma géométrie.

   Shepard   
29/7/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Une blague classique de SF revisitée en 2020 (la fin serait un clin d’œil à la thématique du racisme aux U.S ?), qui n'est pas sans me rappeler les nombreux textes anglo-saxon sur le sujet. J'ai lu, pas plus tard qu'hier, une histoire similaire sur le reddit des auteurs d'horreurs (les humains en recherche d'immortalité, ne se reproduisent plus, mais poussent, sans limites, jusqu'à recouvrir la terre de chair, un peu comme là, mais sans la paix universelle).

C'est rigolo et c'est court, peut-être un peu trop anecdotique pour vraiment se démarquer des textes similaires. J'aurais aimé voir l'histoire projetée beaucoup plus loin : qu'advient t-il du vaisseau humain ? Pourrait-il voyager du façon ou d'une autre et accomplir son rêve de rencontrer une autre civilisation ? Des terres à explorer... Je pense que l'auteur aurait pu se risquer à faire plus.

   Arsinor   
29/7/2020
L'aspect très métaphorique partiellement rendu possible par le style relativement précieux, bien écrit, ne correspond pas à la vision d'une histoire que je pourrais comprendre. Quel est l'enjeu de ce texte, je ne saurais le dire. L'incipit est très drôle.

   troupi   
30/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Parmi les innombrables possibles pourquoi pas celui-là.
Je me doutais bien qu'avec socque l'histoire de la pâte à modeler allait vite dériver.

Comme scénario horrible difficile de faire pire. Quel cauchemar !

J'ai rapidement songé à un gigantesque Blob.

Sinon l'écriture forcément bonne et l'histoire bien trouvée.

Un peu court peut-être ?

   Harvester   
30/7/2020
bonjour,

Je lis ce texte comme un hybride coincé entre conte [mais sans fin heureuse] et dystopie ; je ne sais comment installer ma lecture au milieu de tout cela et pourtant j'aime vraiment l'inconfort et j'aime me sentir bousculé !
Ici je ne ressens pas vraiment de plaisir à cette lecture et pourtant le sujet n'est pas anodin et pourrait trouver une voie plus éclairée. Ce n'est pas le cas mais peu importe, l'intérêt est d'avoir essayé.

Merci de ce partage.

Ne sachant où cantonner ce texte, ce serait indélicat de ma part de le noter que ce soit en bien ou en mal. Je m'en tiens donc à une parfaite neutralité en ne notant pas.

   Pouet   
30/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Slt,

humanité golemisée, bonne pâte à modeler.

J'ai beaucoup aimé la première partie, la pâte et ses stries (du coup la toute fin aussi), les iles, la mutualisation des corps fondus dans le décor... Vous connaissez Petit-Bleu et Petit-Jaune de Léo Lionni?

Après j'avoue avoir eu plus de mal avec le "ça", pas forcément assez clownesque façon king ni assez tordu façon Freud... J'ai eu l'impression qu'on se perdait un peu avec le "ça", mais bon, ce n'est que moi, c'est sûr.

Demeure un texte ma foi très bien écrit - peut-être un peu "précieux" dans l'expression à mon goût- imaginatif, bien "barré' tout en restant "concevable", on sent bien le neurone malléable.

Merci

   Cat   
30/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Je ne sais pas si je dois rire ou si je dois pleurer de toute cette pâte. Rire jaune et pleurer de dépit, sans doute !

C'est bien vu, bien amené, cependant sur un texte si court, le ça aurait gagné a être plus enlevé, plus poétique, plus percutant. Peut-être en le rendant plus tranchant dans son intention. Car la fin se délite trop avec son étalage de vocabulaire pour asséner clairement sa morale. Si toutefois morale il y a, car il se peut que je n'ai rien compris à l'affaire.

Vite ! Rendez-nous les ils et les elles, que l'on puisse vivre bougons mais heureux dans nos différences. Et haro sur la tendance en vogue (quelle aberration!) qui voudrait neutraliser les genres !

Merci Socque pour le partage.


Cat

   David   
30/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour socque,

On dit une qu'elle est une "bonne pâte" d'une personne qui sait toujours arrondir ses angles, et ici le "ça" est bien présenté comme ayant transcendé tous les conflits. Il y a aussi qu'avec une origine du vivant à l'échelle d'une cellule, son aboutissement qu'imagine le récit est en quelque sorte une cellule aussi, le micro-organisme devenu un macro-organisme.

Il y a quand même: "parfois découvertes passionnées de l'altérité" car c'est ce qui disparait pour la paix dans le monde et l'équilibre retrouvé. Il est aussi écrit le : "ce ne fut pas le triomphe du « je » universel, car « je » doit penser pour être." et avec l'altérité, ou également, c'est la pensée même qui disparait.

Est-ce qu'un naufragé finit ainsi à se fondre dans le décor, à disparaitre faute d'altérité, un naufragé de la vie, sans autre humain mais aussi sans animaux, sans plantes, sans la moindre bactérie...

C'est bien curieux.


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