Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Science-fiction
socque : Ruralité
 Publié le 03/12/20  -  11 commentaires  -  4815 caractères  -  93 lectures    Autres textes du même auteur

Instantané du futur. Ça va bien se passer.


Ruralité


Nous ensemençons les terres irradiées avec notre herbe suce-poisons. Il faudra bien encore deux récoltes pour suffisamment drainer.

L'étranger arrive. On le voit de loin, sa voiturette électrique brille au soleil. Nous faisons une pause, étirons nos membres las.


— Ce sont vos champs, braves gens ? salue-t-il avec condescendance.


Rosso fait un pas vers lui. Il est costaud, bronzé, la sueur coule sur son torse nu. Je l'aime.


— Nous les mettons en valeur. Ce n'est pas bon pour vous ici, monsieur.


L'étranger sort un ioniseur et tire. Il a dû se sentir menacé. Rosso s'écroule, paralysé. Des spasmes musculaires le parcourent, il souffre. Nous regardons l'étranger sans bouger.


— Bande de ploucs, il grommelle. J'ai besoin de deux d'entre vous pour pédaler sur mon chargeur.


Je me demandais aussi comment il se débrouillait pour la batterie. Son véhicule tire une petite remorque, j'imagine qu'il a des réservoirs énergétiques dedans. Pas trace de panneaux photovoltaïques sur le toit, ça n'a aucun sens.

Il braque son ioniseur sur nous, je le vois déplacer la molette d'intensité. Il tirera pour tuer désormais.


— Allez, au boulot !


Il descend, va ouvrir sa remorque d'un geste assuré, sans cesser de nous braquer. Il sort facilement un appareil compliqué qui se déploie tout seul pour former un tandem rutilant.

Sylvia et moi nous approchons sans nous presser. L'autre siffle entre ses dents.


— C'est l'affaire de quatre ou cinq heures, il promet. Pendant ce temps apportez-moi des provisions pour une semaine. Pas la peine de vous fatiguer à pleurer misère ! Débrouillez-vous. Ensuite je repartirai, vous n'entendrez plus parler de moi.


Ils ne sont pas si fréquents ces voyageurs agressifs, en général les itinérants rapides évitent le coin. Celui-là n'a pas l'air de se rendre compte.

Rosso commence à coordonner ses mouvements, il se relève, un peu pâle. L'étranger tombe à genoux. Je prends Sylvia par le bras et m'écarte un peu. L'homme s'agrippe la gorge, un jet de sang jaillit de sa bouche presque à nous atteindre.

Il s'écroule face contre terre, bat un peu des pieds, ne bouge plus. Je cours vers Rosso, nous échangeons un baiser.


— Ç'a été rapide, commente Sylvia en retournant le cadavre d'un bon coup de botte. À quoi pensait ce crétin ? Aucune protection environnementale !

— Peut-être trois récoltes, rêvasse Rosso. Il faudra bien nettoyer ce terrain pour les génotypiques, vous avez vu comme ils ne tiennent pas le coup ?

— Non, mais celui-là était tellement con… intervient Malvina. Je pense que sa communauté l'a chassé précisément parce qu'il avait une tare quelconque. Nos employeurs, en moyenne, doivent être plus costauds que ça.

— On a toute la procédure pour les tests en cours de chantier, rappelle Rudolf. On verra déjà après la deuxième récolte. En attendant mettez le corps avec les résidus, dans la dernière cuve à sceller.


Pendant que nous dévêtons l'étranger – jolie étoffe, brillante, métallisée, de quoi fabriquer quelques minaudières à vendre lors de la prochaine foire entre assainisseurs –, Rudolf examine le matériel du défunt en secouant sa belle tête blanchie de patriarche.


— Et il croyait nous dominer ! s'exclame-t-il. Sa technologie est complètement dépassée. Je me demande d'où il pouvait bien sortir.

— Peut-être un de ces groupes familiaux qui se sont terrés et ont évité tout contact, je propose. S'il était le dernier survivant, si ses provisions étaient épuisées…

— La deuxième ou troisième génération, alors, réfléchit Rudolf. Possible, c'est vrai que ces gens-là, s'il en reste, ne doivent pas savoir grand-chose.


Il éclate soudain de rire et brandit un truc cabossé, tout terni.


— Non mais, regardez-moi ce compteur Geiger ! Années 2110 je dirais. Eh ben, il risquait pas d'aller loin, ce gars ! Bon, c'est pas tout ça, au boulot. Je vais mettre de côté ce qu'on peut récupérer, le reste va dans la cuve. Nos chers génotypiques en feront ce qu'ils veulent.


Rosso a encore les gestes un peu raides.


— Tu veux que je te masse ? je lui propose.


Il prend l'air vexé, pour rire, me répond d'une bourrade et d'un gloussement espiègle. Comme nous nous aimons ! Comme j'aimerais que nous ayons des enfants ensemble… Je rêve bien sûr, notre compatibilité génétique est médiocre.

Et puis deux hommes, ça complique les choses. Il faut penser à préserver nos machines, l'énergie exploitable n'est pas si abondante ; le Conseil préfère par défaut l'option FIV naturelle quand il y a bonne compatibilité pour une prochaine génération génoprotégée des poisons.

Rosso fécondera Malvina, moi Sylvia. Elles sont d'accord. À nous quatre, avec les petits, il y aura toute la place pour le bonheur.



____________________________________________

Ce texte a été publié avec deux mots protégés par PTS.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Eclaircie   
10/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Complètement ignorante des nouvelles de sciences fiction ( la dernière que j'ai dû lire a bien 50 ans), je me suis risquée à lire celle-ci.
Je ne regrette pas ma prise de risque.
L'écriture me semble claire, efficace. J'ai aimé l'alternance des dialogues et du récit, bien plus court mais suffisant pour ne pas me perdre.
Un ou deux détails ont attiré mon attention :
"Bande de ploucs, il grommelle." et "C'est l'affaire de quatre ou cinq heures, il promet. " me semblent trop porche pour bien passer dans ce style très familier.
"C'est l'affaire de quatre ou cinq heures, il promet. Pendant ce temps apportez-moi des provisions pour une semaine. Pas la peine de vous fatiguer à pleurer misère ! Débrouillez-vous. Ensuite je repartirai, vous n'entendrez plus parler de moi." -> manque un peu de naturel.
"Nos employeurs, en moyenne, doivent être plus costauds que ça." ->je n'ai pas trop saisi le rapport avec la communauté de l'arrivant.
Globalement, j'ai apprécié car pas de manichéisme, de vraiment gentils ou de vraiment méchants (si j'ai bien saisi l'histoire) et des projections sur l'avenir assez sympas, merci.

Merci du partage,
Éclaircie

   Donaldo75   
17/11/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
L’exergue me rassure. Je sais désormais que ça va bien se passer. En effet, ça ne se passe pas mal même si j’ai du mal à trouver l’intérêt de ce texte qui effleure plusieurs thèmes de la science-fiction ; je ne vais pas en faire la liste mais l’essentiel est que seule la surface de ces thèmes apparaît dans le récit. Je ne demande pas une analyse sociologique des années 2100, certes, mais la narration semble ne pas s’encombrer de détails qui sans sonner explicatifs pourraient donner de la matière au lecteur. Du coup, tout ceci me parait bien embryonnaire ou squelettique, par exemple la mort de l’inconnu. L’écriture passe même si elle me semble parfois un peu molle.

   Perle-Hingaud   
17/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai bien aimé.
C'est direct, pas non plus sur expliqué. Une vraie tranche de vie, en fait: quelques personnages, une situation bien définie, de l'espace pour le lecteur, une écriture nette. Je n'ai pas eu envie d'en savoir plus, j'ai pensé aux nouvelles très brèves d'Asimov et ça me va.
Merci !

   fugace   
3/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
On dirait la "brève" d'un journal local d'un futur, peut-être pas si lointain.
C'est simple, clair; on accroche directement au quotidien de cette communauté du futur.
J'ai beaucoup aimé la fluidité du récit et surtout la chute optimiste: "il y aura toute la place pour le bonheur".

   Cat   
3/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je vois l'histoire comme une esquisse qui dirait tout. À charge pour le lecteur de fignoler les contours et les arrondis avec ses propres couleurs.

J'ai aimé être surprise par le renversement de situation, quand celui que l'on croit le méchant de service est éclaté en deux temps trois mouvement. Brr... la ruralité de demain !...

Le futur, ici, dépaysant comme il se doit, est taillé à coups d'un style-serpe, net et précis. Ce qu'il laisse présager, ce futur, file la trouille, surtout à partir des données que nous avons déjà en mains.

J'ai aimé lire aussi que le mélange des genres s'est bien intégré dans la société à venir, qu'il est devenu monnaie courante, et que malgré le froid glacial et aseptisé des campagnes du futur, c'est le bonheur qui va l'emporter in fine. Touche d'espoir posée comme une caresse de papillon sur nos craintes actuelles.

Il fallait ça au moins pour me rabibocher momentanément avec le genre SF, trop souvent à mon goût, menthe à l'eau ou too much.

Merci pour cette nouvelle qui se boit d'un trait gouleyant.


Cat

   Charivari   
3/12/2020
Bonjour socque.

Une plongée en apnée dans le futur, dès le début on est happé, bien écrit mais peut-être un peu raide, dans le sens où tout va droit au but, le lecteur doit s'accrochoer pour entrer dans le récit dès le départ. Mais une fois qu'il est dedans, ça va à toute allure, tous azimuts, de trouvaille en trouvaille. Jolis retournements de situation, j'ai beaucoup apprécié.

   Corto   
4/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce texte est efficace.
Dès la première phrase avec "Nous ensemençons les terres irradiées avec notre herbe suce-poisons" on plonge dans un monde inconnu/inquiétant. Avec l'arrivée de "l'étranger" l'action démarre aussitôt, sur des bases et des conditions étranges: la violence et la domination sont présentes, elles sont retournées avec habileté et le rythme s'accélère.

Par petites touches rapides les conditions de vie dans ce futur extrême se dessinent. On en vient sans fioritures aux conditions de survie et de reproduction jusqu'au final plutôt déconcertant "il y aura toute la place pour le bonheur."

Bien sûr j'aurais aimé plus d'étoffe, des descriptions s'attardant un peu sur les conditions d'existence de ce petite communauté, comprendre le passé et le futur. Mais l'auteur a fait le choix d'une extrême concision, une sorte de super-zoom sur un 'ici et maintenant'.

Je trouve ce texte très bien travaillé, captivant et interrogeant un avenir dont personne ne peut dire aujourd'hui ce qu'il sera.

Bravo à l'auteur.

   Malitorne   
5/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ce court récit m’a fait songer aux bandes dessinées futuristes et loufoques de Mœbius. On y retrouve la même ambiance. D’un autre côté Rosso, prénom peu commun, m’a lui ramené au manga Porco Rosso. J’étais dans le dessin avec cette histoire !
Le décors est réduit au strict minimum, avec juste ce qu’il faut d’éléments de compréhension. Manière efficace de solliciter l’imagination du lecteur, à lui de faire le reste du boulot...
Vachement irradiés les champs pour laminer en quelques minutes le voyageur ! Ce n’est d’ailleurs pas très plausible ce vomissement sanguin, sachant que l’exposition à de fortes radiations provoque d’abord des brûlures. En face la résistance est étonnante, mais si j’ai bien compris tout est question de génotype. La radioactivité aurait opéré des sélections.
Par contre je n’ai pas trop pigé les amourettes à la fin mais ce n’est pas ce qui m’a le plus intéressé.
Au niveau de l'écriture, j’ai juste noté l'identification pas très stylée du locuteur dans les dialogues :  
« Bande de ploucs, il grommelle »
« C'est l'affaire de quatre ou cinq heures, il promet »

   Alfin   
7/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Socque !
Comme toujours avec tes nouvelles, l’imagination est au pouvoir et j’adore ça !
J’ai trouvé l’étranger un peu trop agressif pour être crédible au niveau de son premier tir et le narrateur ne semble pas plus choqué que ça du sort de son beau Rosso…
Tes écrits sont toujours aussi clairs et l’histoire, malgré les petites imperfections dans cet opus, entraînante.

Merci pour cette belle lecture et à très bientôt !

   Anonyme   
8/12/2020
Pas mal de choses en peu de mots, ce qui démontre une belle capacité de synthèse. Ce n’est pas bavard, mais ça dit quand même des choses. Mais quoi, au juste ? Qu’on se contente du bonheur qu’on peut quand on n’a pas accès à mieux ? Deux homosexuels féconderont des femmes parce qu’il faut une génération de plus. Qu’est-ce qu’une fécondation in vitro naturelle (j’associe mal les deux concepts) ? Parce qu’elle se réalise avec des gamètes provenant de personnes de sexes opposés ? A contrario, des machines seraient nécessaires pour une reproduction « forcée » à partir de deux spermatozoïdes ou de deux ovules, c’est ça ? Je comprends mal le terme « féconder ». Pour que le narrateur et Rosso en soient réellement les acteurs, ce que suppose pourtant l’utilisation de ce verbe, il faudrait qu’il y ait accouplement, mais il est question de fécondation in vitro… Bizarre. Et Rudolf, il devient quoi, dans cette affaire.

Bon, ben, si c’est ça, le bonheur, je crois que je préfère encore le sort de l’étranger. Ça a l’air rapide et pas trop douloureux.

   papipoete   
15/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour socque
quand la science-fiction rencontre le temps présent, avec ce paysan qui ensemence ses terres avec... de l'herbe suce-poisons ; et pourtant l'action se déroule bien au-delà de l'an 2110 !
même à cette époque-là, on ramène d'ailleurs confisquée une étoffe rare ( la route de la soie façon temps modernes ) mais loin des bolides extraordinaires volant ou autres sous-marins sans pilote, on roule en " voiturette électrique ", à recharger en pédalant !
NB la ruralité vue sous un angle de science-fiction, avec des actions qui ne changent pas ; cultiver la terre mais aussi songer à la descendance pour qui prendra la succession de l'exploitation...
mais je ne vois pas dans ce tableau futuriste, ce que cultivent ces paysans ? peut-être des aliments très génétiquement modifiés ?
j'ai vu un côté comique ( voulu ou non ) avec la voiturette à recharger en forçant des mollets.
Je ne maîtrise pas l'art de commenter une nouvelle, mais celle-ci allie le présent, le passé et le futur qui raviront les adeptes de ce genre !


Oniris Copyright © 2007-2020