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Aventure/Epopée
solane : La page 263
 Publié le 07/05/19  -  10 commentaires  -  12557 caractères  -  61 lectures    Autres textes du même auteur

Dans un collège religieux des année 60, un ado de quatorze ans se voit confisquer un livre soi-disant licencieux qu'il n'a pas encore lu. Il essuie des reproches sans savoir pourquoi. Trente ans plus tard il retrouve le livre et découvre ce qui lui a valu la sanction.


La page 263


Très tôt, alors que naissait en France une nouvelle République, la cinquième, je connus l'univers des pensionnats religieux. Dès l'âge de dix ans, je fus en effet confié à ce monde clos que tant d'écrivains, cinéastes et chanteurs, se sont plu à évoquer. Que ce temps ait été heureux ou malheureux, les souvenirs qu'on en ramène vous suivent et vous attachent au point qu'il ne se passe pas de jour sans que vous n'en caressiez l'un ou l'autre avec émotion, car ce temps, c'est toujours sa jeunesse.

La première année fut une année de pleurs et de travail. N'ayant pas le bonheur, comme mes camarades, de rejoindre chaque dimanche un foyer chaleureux, j'avais pour seule compagnie dominicale la grammaire latine de Petitmangin, et pour seule distraction l'honneur de servir la messe des prélats chargés de notre élévation ; aussi la liturgie me devint-elle si familière que j'aurais pu célébrer moi-même le saint sacrifice dont je connaissais par cœur le rituel depuis le psaume Introibo... jusqu'aux derniers mots du prologue de saint Jean.

Plus tumultueuses, les années suivantes virent s'éclore une personnalité peu docile et capricieuse qui s'interrogeait sur le sens de cette vie sans but apparent et l'utilité des études. Un strict conditionnement faisait que pareilles interrogations restaient sans suite et tant bien que mal je franchis les étapes du cursus honorum qui devait en sept années amener les potaches à la porte de l'université.

L'encadrement ressemblait à celui, si souvent décrit, de tous les collèges de l'époque. Au sommet de la hiérarchie régnait un chanoine qui en toute humilité se faisait appeler Monsieur le supérieur. Impassible et hautain derrière des lunettes noires, il portait un patronyme à particule qui, je le découvris plus tard, revenait à plusieurs reprises dans L'Annuaire de la noblesse française. Bénéficiant d'une autorité sans partage, et inspirant une terreur révérencielle, il se montrait peu, et s'il le faisait, c'était avec le sérieux d'un pape sur la sedia gestatoria.

Plus bas dans cette même hiérarchie était le peuple des professeurs, prêtres pour la plupart, qui n'avaient avec les élèves que des rapports liés à leur discipline.

Venait ensuite la troupe des pions, étudiants recalés ou séminaristes en recherche de vocation, chargés d'appliquer les consignes sévères d'une autorité lointaine.

Ce monde avait ses prolétaires : balayeurs, femmes de ménage, cuisinières, lingères..., personnes souvent desservies par l'existence ou la nature dont le commerce simple et agréable était source de détente et parfois même de réconfort.

À mi-hauteur, ou peut-être plus près du sommet, était un personnage qui cumulait les fonctions de professeur et de premier ministre. Ce saint homme, à la fois autoritaire et familier, était affublé du titre pompeux de Directeur des études. C'est à lui que je dois de pouvoir raconter avec le recul du temps une ancienne mésaventure.


J'allais sur mes quatorze ans, l'âge où le dadais osseux au visage boutonneux s'empêtre dans ses bras et dans ses jambes, l'âge où le peu d'études faites laisse accroire que l'on sait tout alors que l'on ne sait à peu près rien. J'entrais en classe de troisième, et j'avais si bien réussi l'éducation de mes parents qu'ils m'octroyèrent le droit de les visiter chaque dimanche.

Je passai le premier congé de l'année, celui où l'on célèbre la fête de la Toussaint, à la campagne dans la vaste demeure familiale qui avait abrité plusieurs générations. Au cours d'une après-midi, j'échappai à la surveillance des aînés pour aller en cachette visiter le grenier, lieu interdit mais lieu de tant de merveilles, rempli de souvenirs qui ne m'évoquaient rien, mais sur lesquels il était agréable de rêver. Parmi d'autres richesses je découvris une pile de livres oubliés, reliés avec goût par les soins d'une ancêtre. Ainsi s'offrait l'opportunité de m'approprier l'un d'eux sans que personne ne le sût.

Au collège, il nous était souvent recommandé de lire, et une bibliothèque était à notre disposition. On y trouvait, outre des vies de saints et les enfantillages de la Comtesse de Ségur, quelques auteurs attachants tels Jules Verne et Walter Scott, mais tous ces textes avaient en commun un insupportable défaut, celui d'avoir été choisis par d'autres et d'être en quelque sorte imposés.

Je fouillai hâtivement la pile, et découvris un ouvrage intitulé : Le nouveau savoir-vivre. La relieuse avait, comme il se doit, conservé la première page de couverture où étaient dessinés sur fond gris un balai rouge et une toile d'araignée. Je ne m'interrogeai pas sur le qualificatif de nouveau ni sur la signification des symboles, mais je m'emparai de l'ouvrage qui, dans mon idée, allait nourrir les discussions entreprises avec un ami sur les bons usages, et ne pouvait que m'attirer des compliments sur ce souci de connaître les bonnes manières.

Le larcin accompli, je plaçai le livre dans ma valise et regagnai le collège, en oubliant totalement que toute littérature extérieure pénétrant dans cette enceinte devait être soumise à la censure de Monsieur le Directeur des études, et revêtue de son visa. Je commençai par faire profiter de l'ouvrage l'ami avec lequel j'entretenais des controverses sur la manière de disposer les couverts sur une table ou de nouer sa cravate. Il me le rendit quelques jours plus tard sans excès de commentaires.

Je ne l'avais pas encore ouvert, et le tenais à la main au sortir d'une salle de cours lorsque je fus interpellé par Monsieur le Directeur des études. Après avoir admiré sur un ton patelin la qualité de la reliure, il me pria de lui montrer ce livre qu'il feuilleta rapidement, mais suffisamment pour constater que son visa n'y figurait pas. Il n'en fallut pas plus pour que le livre fît l'objet d'une saisie immédiate et sans recours.

Cette mesure ne m'impressionna guère, et je pensai que l'œuvre me serait restituée promptement quand Monsieur le Directeur des études aurait constaté sa valeur éducative.

Il n'en fut rien. Quelques jours plus tard il me signifia publiquement en me pointant du doigt que je retrouverais le livre chez moi. Je m'étonnai, sans m'en inquiéter davantage de cette curieuse décision.


J'avais depuis longtemps abandonné l'espoir d'être accueilli par des effusions au foyer familial lorsque j'y revenais chaque samedi. J'avais même essuyé des réflexions désagréables sur ce trouble hebdomadaire apporté au repos parental. Je ne m'attendais pourtant pas au courroux que j'affrontai à l'issue de cette même semaine quand j'arrivai dans cette maison où le livre litigieux m'avait précédé de quelques jours. Je fus admonesté comme je ne l'avais jamais été, et l'on jeta rageusement sous mes yeux la lettre de reproches que Monsieur le Directeur des études avait jointe à son colis postal. Cette lettre comportait une phrase cinglante à l'origine de cette colère répercutée. La phrase, jamais oubliée, était libellée ainsi :

Regardez donc ce qui est écrit au bas de la page 263... drôle de savoir-vivre que celui qui donne de telles recommandations !

Naturellement je m'inquiétai du contenu de la page 263. Il me fut rétorqué que je devais l'ignorer, et qu'au demeurant j'étais incapable d'y comprendre goutte. Je sus seulement qu'il s'agissait de quelque chose de honteux.

Il avait été répondu à Monsieur le Directeur des études que le livre, inconnu à la maison, était le fruit d'un larcin perpétré dans la bibliothèque de mon grand-oncle. Cet oncle ayant émigré depuis quinze ans en Amérique, et n'étant jamais revenu, il était en effet commode de rejeter sur lui la responsabilité des faits. L'affaire se conclut par une note écrite de Monsieur le supérieur rappelant que tout livre étranger franchissant la clôture devait être soumis à la censure officielle. Il fallait que le cas fût vraiment pendable pour que ce Jupiter en ait été averti, et qu'il eût consenti à descendre de l'Olympe.

Le livre fut offert en holocauste au dieu de la bonne éducation, de sorte que je ne le revis jamais, et restai dans l'ignorance du contenu immoral de la page 263. Cette lacune fut sans conséquence sur la poursuite de mes études, et bien plus tard le hasard devait m'offrir l'occasion de la combler.


J'avais dépassé la quarantaine lorsque je fis la connaissance d'un riche esthète qui employait son temps et sa fortune à réunir de magnifiques livres anciens : livres d'heures enluminés, incunables, in-quarto reliés plein veau... et autres merveilles qui révélaient un bibliophile averti. Il mit peu de temps à me transmettre sa passion. Par lui j'appris à aimer les vieux livres, à les choisir d'après leur contenu, leur état, leur présentation, à distinguer ceux qui méritaient d'être acquis de ceux qu'il fallait dédaigner. Il m'enseigna l'art de déceler la date d'un ouvrage d'après la reliure ou le papier, la manière de conserver et d'entretenir ses trésors... bref tous les secrets que devait connaître un amateur de vieux livres. Bientôt je me mis à fureter dans les boîtes des bouquinistes, les rayonnages des librairies anciennes, ou les étalages de vieux papiers sur les marchés.

Me livrant un jour ce plaisir tranquille de bibliomane, je fouillai dans un carton de livres soldés quand je découvris un ouvrage intitulé : Le nouveau savoir-vivre, et reconnus celui qui m'avait valu la mésaventure vécue trente ans plus tôt. C'était bien lui, avec sa première de couverture illustrée du balai rouge et de la toile d'araignée sur fond gris. Le livre avait été écrit par un certain Paul Reboux, et achevé d'imprimer en 1931. Je m'empressai de l'acquérir au prix dérisoire que lui méritaient son état et la notoriété de son auteur.

À peine sorti de la boutique je me précipitai sur la page 263, et sur un trottoir je lus le passage suivant :


Si j'avais un garçon je serais fier, assurément, de savoir qu'il se promène avec une étude sur Kant ou Bergson dans sa poche. Mais je voudrais bien aussi qu'il connût la nécessité de posséder dans son portefeuille un de ces auxiliaires élastiques dont les Français et les Anglais se renvoient le qualificatif, par-dessus le détroit, comme un balle de tennis.


C'était donc cela, la recommandation licencieuse qui ne devait pas être portée à la connaissance d'un adolescent. Cette recommandation qui avait causé un tel scandale, et m'avait valu de tels reproches alors que je ne l'avais pas lue, et qu'en effet j'aurais été incapable de la comprendre, c'était l'encouragement des jeunes à détenir cet auxiliaire élastique que les Anglais appellent french cover, et que les Français désignent du nom d'un pardessus auquel ils ont donné la nationalité anglaise. C'était tout simplement cela.

Ma première pensée se porta vers Monsieur le Directeur des études, décédé depuis bien des années. Je m'étonnai qu'il eût mobilisé une part de son temps pour confectionner et poster un colis à la suite d'un incident de si peu d'importance. Surtout je me demandai ce qu'il avait pu penser depuis le paradis en voyant se répandre l'usage de l'auxiliaire élastique aujourd'hui si commodément accessible par la voie de distributeurs présents dans les rues et les lycées, avec les encouragements les plus officiels. S'il était resté dans ce monde, il aurait sans doute renoncé à son combat. Le temps l'avait dépassé.

Je m'informai ensuite sur ce monsieur Paul Reboux dont le nom m'était inconnu, et qui ne semblait pas avoir laissé une trace profonde dans la littérature. J'appris qu'il s'agissait d'un polygraphe ayant eu quelque succès dans les années 30 pour une multitude de livres tombés dans l'oubli. Son nouveau savoir-vivre avait la prétention de balayer les vieux usages, ainsi que l'indiquait un sous-titre, et le laissaient entendre le balai rouge et la toile d'araignée. Dans cet esprit, ce révolutionnaire au petit pied qui prisait des auteurs aussi peu subversifs que Kant et Bergson proposait de laisser les enfants et les animaux pénétrer dans les salons, de garder ses gants pour serrer une main, d'assortir sa cravate à son costume, de porter ses décorations avec discrétion, d'abandonner la pratique du baisemain... et autres fadaises, aujourd'hui risibles, qui justifiaient amplement le sort réservé à leur auteur par la postérité. Lui aussi avait, d'une autre manière, été dépassé par le temps.

Et ce temps, qui n'avait pas suspendu son vol, m'offrait la petite satisfaction de confondre dans une même dérision Monsieur le Directeur des études et l'auteur de la page 263.


 
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   hersen   
10/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Et ben voilà, j'aime beaucoup !
Contre toute attente, il faut le dire car le début pourrait être considéré comme rebutant; Sauf que le style, avec ce qu'il faut d'emprunté et d'érudit, a titillé ma curiosité.

Nous retrouvons bien ici l'atmosphère pesante des bien pensants prompts à inculquer la morale aux jeunes. Un étouffoir dont il fallait accepter les règles sans rébellion.

cette histoire de capote paraît aujourd'hui si dérisoire ! d'autant qu'elle est maintenant fortement conseillée; ça, c'est la petite revanche.

Parce qu'il s'agit d'un livre et d'un mystère sur une fameuse page, ce texte me fait penser au Nom de la rose.

Je pense que l'auteur a bien su restituer une ambiance qui replace parfaitement cette anecdote.

je trouve ici que l'écriture, précise, un rien ampoulée, érudite, colle on ne peut mieux au propos, à l'environnement d'une école religieuse des années soixante.

   plumette   
16/4/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
les moeurs dont il est question dans l'évocation de ce souvenir sont d'un temps que les moins de vingt ans...mais peu me chaut ! car j'ai pris plaisir à ce récit bien écrit qui m'a plongée dans l' univers de froideur, de raideur et de solitude vécu par le narrateur dans son pensionnat et dans sa famille.

Une histoire assez touchante qui dit beaucoup plus que le contenu de la fameuse page 263!

En dehors de l'anecdote, amusante , édifiante, il y a aussi une éducation qui laisse d'indélébiles traces, dont celle d'une certaine pudeur qui est à l'oeuvre dans ce texte ( car je parie pour un récit tout à fait autobio! )

un bon moment de lecture pour moi.

Plumette

   senglar   
7/5/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour solane,


Jubilatoire (à lire) et parsemé d'observations (et/ou de conclusions) judicieuses. J'en cite une : "J'allais sur mes quatorze ans... l'âge où le peu d'études faites laisse accroire que l'on sait tout alors que l'on ne sait à peu près rien."

Le milieu feutré et sévère, d'une religiosité carcérale et castratrice se dévoile méthodiquement pendant la plus grande partie de la nouvelle ; lecture intéressante pour ceux qui ne savent ce qu'est l'internat qu'au travers des livres, des films et de quelques copains (infortunés).

On est à l'époque qui n'est pas encore celle de l'enfant-roi (je parlerais pour aujourd'hui d'enfant-empereur :) ) mais la famille du lycéen de cette nouvelle apparaît singulièrement rigoriste et égoïste, dénuée d'amour filial. Et le père et la mère sont égaux en cruauté morale, deux Madame Lepic et/ou deux Folcoche pour le prix d'un(e). J'irais jusqu'à dire que ces deux-là sont particulièrement gratinés. Curieusement je n'ai pas vu de réelle révolte de la part de l'enfant (pleurs la première année puis il cherche à gagner l'amour ? ou plutôt l'estime de ses parents). L'homme que cet enfant est devenu apparaît d'ailleurs très équilibré, sans séquelles affectives. Quelle carapace !

Dans un style d'où une certaine préciosité n'est pas absente en étant pittoresque, jamais ennuyeuse, l'auteur fait preuve d'un solide bon sens et on ne peut qu'approuver la philosophie de ses remarques particulières comme de ses conclusions générales quant au ridicule, à la relativité et à la vanité des choses et des certitudes.

A la lecture de ce texte on comprend aussi pourquoi les écrivains des siècles passés, livresques jusqu'à la démesure, condamnés à apprendre en quelque sorte, avaient une telle culture et un tel style, pourquoi ils étaient des érudits. Et pourquoi nos écrivains contemporains, pour la plupart d'une culture éparse, dispersée, éclatée, ne pourront jamais leur arriver à la cheville. Bon, on a quand même quelques génies aussi hein. lol. Calmos.


Merci pour cette lecture solane :)))


senglar

   GillesP   
8/5/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Jolie anecdote racontée avec un style classique mais maîtrisé, soutenu sans être ampoulé, agrémenté de quelques touches d'humour ici ou là. Tout se tient dans ce récit, l'histoire est plausible, le tableau des années soixante marquées par un ordre moral feutré mais néanmoins très prescient est bien réussi; quant à la distance entre le personnage et le narrateur qui raconte son adolescence bien des années après, elle sonne juste: face à l'adolescent qu'il était, le narrateur éprouve un mélange d'amusement et de nostalgie.
Mon regret vient du manque de folie du récit, qui reste sur un chemin balisé de bout en bout. L'auteur n'emprunte jamais une voie de traverse venant surprendre le lecteur. Le contenu de la page 263 est assez prévisible dès le départ, d'une manière générale : si on ne devine pas qu'il s'agit d'une référence au port de la capote, on se doute néanmoins que le contenu concerne le domaine de la sexualité.
Ps:j'ai bien aimé la périphrase par laquelle vous révélez qu'il s'agit d'une histoire de capote.
Au plaisir de vous relire.

   toc-art   
8/5/2019
Bonjour,

L'écriture va bien avec l'époque décrite, sauf que vous écrivez de nos jours donc vous n'avez pas besoin d'utiliser un style aussi désuet. L'impression d'ensemble, c'est que le style est aussi suranné que l'époque qu'il dénonce, ce qui me parait un peu contradictoire.

Par ailleurs, je trouve dommage de s'être arrêté à cette anecdote, et de l'avoir dévoilée dès le résumé, ça enlève pas mal d'intérêt au texte. En revanche, l'univers familial qui est à peine évoqué a l'air très intéressant et aurait mérité à mon sens de ne pas servir seulement d'arrière-plan. Mais je reconnais que c'est bien sûr votre liberté de choix en tant qu'auteur.

Un détail pour finir : je suis surpris aussi que le gamin n'ait pas couru voir le camarade à qui il avait prêté le livre pour savoir ce que celui-ci pouvait avoir de licencieux.

Voilà, je n'ai pas été séduit par ce texte parce qu'il ne correspond pas à mes goûts de lecteur mais je n'ai pas de gros reproche à lui faire.

Bonne continuation.

   jfmoods   
9/5/2019
Voici une nouvelle bien conçue, bien charpentée, d'une écriture élégante. Si l'on peut aisément deviner le motif de la confiscation du livre, on n'en goûte pas moins le plaisir de l'attente et ce n'est pas le moindre mérite de ce récit.

Le texte fait sourire le lecteur et cela pour au moins deux raisons.

D'abord, par le scrupule du directeur des études à lire la totalité de l'ouvrage pour y trouver la phrase incriminante. Il convient de ne rien laisser passer car, comme le dit si malicieusement, si judicieusement l'expression, le diable est dans les détails.

Ensuite, par le prodigieux décalage entre la subtilité de la phrase et la capacité intellectuelle du jeune homme à en comprendre le sens. Tout ça... pour ça, ne manquera-t-on pas de penser.

Merci pour ce partage !

   in-flight   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un fait dérisoire qui aurait pu donner une fin dérisoire, mais vous faites de cette anecdote une histoire solidement bâtie dont on souhaite connaitre la fin.

Un écueil contourné grâce un style maitrisé, un "classicisme" réjouissant et qui sied à merveille à l'évocation de ce souvenir.

Un texte qui pique la curiosité au point que tiens... https://www.babelio.com/couv/CVT_POUR-BALAYER-LES-VIEUX-USAGES-VOICI-LE-NOUVEAU-_2198.jpg

   Mokhtar   
10/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je suis très amateur de ce style d’écriture, à la saveur certes surannée, mais dont les tournures et le vocabulaire colorent de littéraire une lecture fort agréable. Cette langue,(un peu british) purifiée des à-peu-près du verbiage quotidien, permet par des antiphrases ou des expressions « léchées » une distanciation et un humour savoureux.

Sur le fonds, c’est bien sûr la description de la vie dans les pensionnats religieux, aux règles et aux mœurs édifiantes, qui retient l’intérêt. Description qui ne donne pas dans le réquisitoire, mais presque dans le documentaire, dans le journalistique. Car, de toute évidence, le propos de l’auteur n’est pas de s’étendre sur les souffrances et les vicissitudes de sa condition de pensionnaire. Il cherche simplement à habiller sa petite anecdote qui souligne avec humour l’évolution de la morale et des mentalités.

Belle entrée chez Oniris d’un auteur qui, j’espère, n’en restera pas là.

   maguju   
11/5/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un texte bien écrit et bien mené mais le style ne m'a pas emballée; pardon mais je l'ai trouvé un peu ennuyeux. Ce n'est qu'un ressenti très personnel. Malgré tout vous avez su aiguiser ma curiosité par la qualité de votre écriture, même si au final j'ai été un peu déçue par la chute.

   Donaldo75   
14/5/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Solane,

Ce que j'ai aimé, dans cette nouvelle, au-delà de l'histoire elle-même, c'est que le style va désespérément bien avec l'époque décrite. Je n'ai pas connu cette période, quand le Général de Gaulle était le Président incontestable, quand la société française était entièrement corsetée par des us et coutumes hérités de la Troisième République. J'en suis d'ailleurs heureux, parce que tout ceci ne sentait pas la franche rigolade et la créativité. Je me permets de digresser sur ce sujet; en effet, pour qui n'a pas connu cette ère heureusement révolue, celle d'avant 1981, une telle histoire est aussi exotique qu'un roman de Jules Verne.

Je ne sais pas si le choix du style est voulu ou si c'est votre écriture naturelle - vous voyez, moi qui tutoie facilement d'ordinaire, je me mets à vouvoyer, parce que cette lecture a posé cette ambiance solennelle et coercitive - mais l'ensemble est cohérent. Même en n'étant pas adepte de ce style, je ne peux que saluer la performance d'avoir réussi à me faire entrer dans cette époque.

Merci pour le partage. Je retourne en 2019 où les Humains envoient des sondes sur Pluton, détruisent leur planète et écoutent de la musique électronique tout en écrivant des messages en langage télégraphique, sur de bizarres petites fenêtres portatives et greffées à leur main.


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