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Fantastique/Merveilleux
Sylvaine : Bûcher
 Publié le 07/04/19  -  13 commentaires  -  8957 caractères  -  92 lectures    Autres textes du même auteur

Quand la féerie l'emporte sur la folie.


Bûcher


Lucie aurait dû réagir plus vite, crier très fort, s’arracher à la pression de la main qui crochait son bras comme une serre. Mais non : sa mère avait compté sur son silence à juste titre ; elle la savait trop discrète pour ameuter les passants. L’émotion la plus violente paralysait provisoirement la fillette et la laissait sans recours. Elle s’était laissé pousser dans la voiture sans résistance, et maintenant toutes deux roulaient sur l’autoroute. Étreinte par une panique grandissante, Lucie démêlait peu à peu les fils embrouillés du cauchemar. Elle s’était crue à l’abri, protégée par la décision du juge et par les soins que devait recevoir sa mère. Mais cette femme n’avait cessé de hanter ses mauvais rêves que pour surgir à la porte du collège et mieux l’entraîner dans sa folie.

Pour échapper au vertige, Lucie tenta de s’accrocher à un souvenir solide. L’école était un bon point d’ancrage ; sa routine rassurante la rapprochait des autres, ceux qui avaient des parents normaux ; parfois, elle ouvrait même sur le rêve : son exposé sur les bestiaires fabuleux qu’elle avait pris tant de plaisir à imaginer lui avait valu un joli succès – écailles chatoyant dans la pénombre, salamandre au creux des braises, aile de chimère... Elle rassemblait ces images comme des talismans précieux, un trésor veillé par un dragon. Avec minutie, pour contrer l’angoisse, elle s’efforça de reconstituer celle du phénix : l’oiseau unique avait l’envergure d’un aigle et la couleur de la neige ; mais des plumes soyeuses ondulant comme de l’or mobile couvraient sa tête, son cou, et jaillissaient de ses flancs pour lui faire une traîne somptueuse ; ses yeux topaze pouvaient fixer le soleil.

Elle avait beau faire, l’image s’effritait, lacérée par les paroles de sa mère, par ses coups de volant nerveux. Elle reconnaissait les intonations théâtrales, le rire strident des plus mauvais jours. Je les ai bien eus, hein, ces imbéciles de psychiatres ? Je leur ai promis que je n’essaierais pas de te revoir, alors ils m’ont permis de sortir. Imbéciles ! On ne sépare pas une femme de son enfant ! Ton père les a tous embobinés ; mais je ferai casser ce salaud de juge, et c’est moi qui obtiendrai ta garde, ça tu peux en être sûre.

Lucie se recroquevillait sur le siège : sa mère avait peut-être raison, et cette possibilité la terrifiait. Je t’emmène dans un coin bien tranquille, un coin rien que pour nous deux. Les yeux de la femme prirent une expression rusée quand elle la poussa du coude d’un geste complice qui l’écœura, en posant sur elle son regard cannibale. Tu n’es pas contente de retrouver maman ? La fillette se hâta d’acquiescer d’un signe de tête. Elle craignait de mettre sa mère en courroux, car elle la savait capable de violence, l’ayant vue un jour saisir un couteau et blesser son mari à l’épaule. Pour l’heure, elle transpirait une sentimentalité malsaine. Lucie se tassa un peu plus. Les accès de tendresse l’effrayaient autant que la fureur.

Elle ferma les yeux, rêvant à l’essor des grandes ailes neigeuses. L’oiseau s’éleva vers la lumière, ne fut plus bientôt qu’un point doré dans le halo brasillant de l’astre. Né de sa substance, le phénix lui devait sa jeunesse plusieurs fois millénaire, et dans ses veines coulait une liqueur de soleil. Et s’il existait vraiment ? S’il pouvait l’emporter vers son séjour radieux comme un aigle emporte un lièvre ? Mais la réalité lui collait à la peau, l’habitacle étroit, l’autoroute grise, le poids écrasant du ciel chargé. Elle, murée vive dans les ténèbres privées de sa mère qui l’oppressaient comme les parois d’un cercueil.

Où cette femme l’emmenait-elle ? Vers quel refuge assez sûr pour son esprit torturé ? À présent elle quittait l’autoroute, elle s’engageait sur une voie secondaire qui filait en pleine campagne. J’ai déniché un gîte rural éloigné de tout, fit-elle avec une excitation sinistre. Pas de voisins. Pas de téléphone. Personne ne pourra nous déranger. C’était la pire des nouvelles. Lucie se raidit pour dissimuler son désespoir. Mais elle soupçonnait sa mère de n’être pas dupe, et d’avoir pris ces précautions pour la contrer. On dirait que tu n’es pas contente, ma petite fille. Ton salaud de père t’a monté la tête contre moi.

Oui, le phénix existait quelque part, il le fallait. Là-bas, les saisons mêlées cristallisaient une forêt de glace où jacinthes et jonquilles jaillissaient du sol au pied des arbres étincelants de givre. Le grand oiseau y dormait la nuit comme un brasier couvant sous les branches, un joyau palpitant au creux d’un velours noir. Le bec enfoui dans son flanc neigeux, il reposait sur la fourche maîtresse, d’où ses longues plumes ondoyantes s’épanchaient en nappe d’or. Puis l’aurore faisait miroiter les rameaux d’éblouissants arcs-en-ciel, et le phénix reprenait son vol en quête d’un nouveau séjour.

Lucie tentait de perdre sa pensée dans son sillage et de croire en lui de toutes ses forces, car cette folie-là lui servait de rempart contre la folie qui l’épouvantait. Elle avait d’autant plus besoin de soutien que le pire était en train de survenir : à présent sa mère se retournait contre elle, l’accusait d’une voix étranglée de fureur. Tu es comme ton père, petite garce, tous les deux vous vous êtes bien payé ma tête. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. À nouveau, sa main trop maigre lui meurtrissait le bras, où elle imprimerait des stigmates bleus. Cette espèce de fumier t’a bourré le crâne, mais c’est bien moi qui t’aurai en fin de compte. J’aimerais mieux te voir morte que de te laisser à cette ordure. Crois-moi, je pourrais en finir tout de suite. Il suffirait d’un coup de volant. Qu’est-ce que tu en dis ? poursuivit-elle avec une allégresse lugubre, c’est peut-être bien la solution.

La mort. Maintenant Lucie pouvait nommer l’ombre glaçante qui environnait cette femme, qui l’avait toujours environnée. Des tréfonds de son angoisse, elle se tendit pour revoir l’oiseau de lumière vivante qui hantait un autre ciel. Le phénix survolait des montagnes arides, dont un été perpétuel brûlait les pitons aux couleurs d’ocre. Il se posa doucement sur une falaise où s’accrochaient des arbustes maigres, consumés par l’éclat de midi. Aussitôt, il se mit en quête de brindilles sèches et de branches mortes, qu’il entassa et tressa soigneusement à l’aide de son bec et de ses griffes, pour former une sorte de nid. L’ouvrage achevé, il se coucha au sommet en étendant des ailes blanches. Ses plumes dorées se répandirent autour de lui, et le bûcher s’enflamma à leur contact.

À présent la nuit tombait. Il s’était mis à pleuvoir sur la petite route étroite qui sinuait en lisière de forêt. L’humeur de la mère s’était encore modifiée – ces changements brutaux n’étaient pas ce qui effrayait le moins. Murée dans une prostration profonde et grimaçant des pleurs silencieux, elle conduisait comme une automate. L’œil fixé sur le bitume luisant, Lucie n’osait pas la regarder. Donne-moi du feu, fit l’autre d’une voix sans timbre. La fillette fouilla dans le vide-poches où elle trouva un briquet. Sa mère inclina son masque tragique, cigarette fichée entre les lèvres aux commissures affaissées. Sa main dérapa sur le volant, la voiture dévia, un arbre fonça à leur rencontre. Quand Lucie reprit connaissance, elle vit à cinq ou six mètres l’auto écrasée contre le tronc, et la femme coincée dans l’habitacle. Du sein d’une confusion nauséeuse, elle perçut une forte odeur d’essence, un objet métallique dans sa main, et ces hurlements de folle qu’elle ne voulait plus entendre. Il lui suffisait d’un geste pour les faire taire à jamais.

Le feu, fauve fraternel, avait enveloppé l’oiseau de ses langues rouges. Une aurore incandescente avait incendié ses flancs de neige, et son plumage s’était embrasé de l’or plus ardent des flammes. Son bûcher flamboyait dans la nuit comme une hydre de lumière, un nid de serpents orange et jaunes qui dansaient avec des sifflements joyeux. Le phénix se consumait dans une gloire étincelante ; il rejoignait sa substance première pour en resurgir renouvelé.

La voiture, elle aussi, flambait avec une gaieté féroce, des explosions de feux d’artifice. Lucie n’entendait plus crier sa mère. Les yeux grands ouverts, elle regardait la fournaise. Peu à peu, le fauve grondant s’assoupissait. Lucie restait en attente, déjà émerveillée.

Sur la falaise, le bûcher ne brûlait plus. Les braises rougeoyant sous un linceul de cendres élaboraient en silence la résurrection future.

Quand les secours arrivèrent, il ne restait plus de la voiture que des ferrailles calcinées. Lucie souffrait d’une cécité provisoire, que les médecins attribuèrent au choc. Elle se garda de les détromper, comme de leur montrer la plume brillante qu’elle avait ramassée sur les lieux de l’accident. Son regard aveugle contemplait encore l’oiseau salvateur qui avait surgi des cendres, et dont l’éclat lui avait brûlé les yeux.


 
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   hersen   
22/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une histoire qui mêle habilement réalité et fantastique, avec ce point fort que tout tient tout seul, je veux dire que la partie réaliste fait l'histoire et que le fantastique, vu au travers des yeux de l'enfant en fait la magie.

Ce texte est naturellement en catégorie fantastique/merveilleux, et j'aime cette manière de nous montrer comment nous avons la faculté de nous extraire d'une réalité.

j'ai beaucoup aimé cette histoire, racontée simplement, ce qui fait que nous n'avons aucun mal à se faire une image des personnages; ils sont proches de nous au cours du récit.

   Corto   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Pas
Dans son début ce poème parait très réaliste. Qui a eu à fréquenter la maladie mentale et les familles en conflits y verra beaucoup de vraisemblance.
Le phénix et ses "grandes ailes neigeuses" qui permet à l'enfant d'échapper partiellement à l'épisode dramatique n'est pas vraiment convaincant. D'ailleurs l'enfant sait qu'il n'existe pas lorsqu'elle se dit "Et s’il existait vraiment ?"

Mentalement et avec ses propres moyens, notamment "son exposé sur les bestiaires fabuleux" l'enfant essaie d'échapper à la pulsion de mort de sa mère, ce qui est un mécanisme de défense courant et bien peu fantastique.

L'auteur ne semble pas avoir pu choisir entre un conte merveilleux et un drame humain d'une réalité crue.

Dommage.

   jfmoods   
7/4/2019
Ce récit est d'abord d'un réalisme cru. Une mère déséquilibrée (disons ici une génitrice), sans doute à tendance paranoïaque, a su tromper la médecine ("Je les ai bien eus, hein, ces imbéciles de psychiatres ?") et s'imagine faire plier un jour la justice ("je ferai casser ce salaud de juge, et c’est moi qui obtiendrai ta garde"). Pour se venger d'un mari qu'elle déteste ("Ton salaud de père", "Cette espèce de fumier", "cette ordure"), elle enlève sa fille Lucie et veut la séquestrer dans un lieu isolé ("J’ai déniché un gîte rural éloigné de tout, fit-elle avec une excitation sinistre. Pas de voisins. Pas de téléphone. Personne ne pourra nous déranger."). Le lecteur se trouve plongé dans une histoire sordide, étouffante, irrespirable.

La nouvelle se pare d'une coloration merveilleuse car, pour l'enfant, la seule manière d'échapper à cette terrible femme est de se réfugier dans son monde intérieur, de convoquer l'oiseau de feu ("Avec minutie, pour contrer l’angoisse, elle s’efforça de reconstituer celle du phénix : l’oiseau unique avait l’envergure d’un aigle et la couleur de la neige ; mais des plumes soyeuses ondulant comme de l’or mobile couvraient sa tête, son cou, et jaillissaient de ses flancs pour lui faire une traîne somptueuse ; ses yeux topaze pouvaient fixer le soleil", "Oui, le phénix existait quelque part, il le fallait. Là-bas, les saisons mêlées cristallisaient une forêt de glace où jacinthes et jonquilles jaillissaient du sol au pied des arbres étincelants de givre. Le grand oiseau y dormait la nuit comme un brasier couvant sous les branches, un joyau palpitant au creux d’un velours noir. Le bec enfoui dans son flanc neigeux, il reposait sur la fourche maîtresse, d’où ses longues plumes ondoyantes s’épanchaient en nappe d’or. Puis l’aurore faisait miroiter les rameaux d’éblouissants arcs-en-ciel, et le phénix reprenait son vol en quête d’un nouveau séjour."). Symbole de mort et de résurrection, il devient le complice de Lucie, il prépare le brasier purificateur ("Le phénix survolait des montagnes arides, dont un été perpétuel brûlait les pitons aux couleurs d’ocre. Il se posa doucement sur une falaise où s’accrochaient des arbustes maigres, consumés par l’éclat de midi. Aussitôt, il se mit en quête de brindilles sèches et de branches mortes, qu’il entassa et tressa soigneusement à l’aide de son bec et de ses griffes, pour former une sorte de nid. L’ouvrage achevé, il se coucha au sommet en étendant des ailes blanches. Ses plumes dorées se répandirent autour de lui, et le bûcher s’enflamma à leur contact.", "Le feu, fauve fraternel, avait enveloppé l’oiseau de ses langues rouges. Une aurore incandescente avait incendié ses flancs de neige, et son plumage s’était embrasé de l’or plus ardent des flammes. Son bûcher flamboyait dans la nuit comme une hydre de lumière, un nid de serpents orange et jaunes qui dansaient avec des sifflements joyeux. Le phénix se consumait dans une gloire étincelante ; il rejoignait sa substance première pour en resurgir renouvelé.", "Son regard aveugle contemplait encore l’oiseau salvateur qui avait surgi des cendres, et dont l’éclat lui avait brûlé les yeux.").

Le récit glisse alors vers le fantastique. La marâtre est bien morte dans l'incendie du véhicule, mais le doute plane sur la présence tutélaire de l'oiseau ("la plume brillante qu’elle avait ramassée sur les lieux de l’accident.")

Le titre ("Bûcher") renvoie d'abord au monde de la sorcellerie. Cette femme cruelle peut être assimilée à une sorcière que l'on brûle pour se défaire de ses maléfices. Mais l'imaginaire du phénix est plus riche, plus intéressant : il postule ici une régénérescence de l'enfance, la venue d'une mère de substitution, douce, tendre, aimante.

Merci pour ce partage !

   plumette   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ce texte démarre dans le réalisme le plus cru avec cet "enlèvement" de sa propre fille par une mère déséquilibrée qui a su tromper la vigilance des psychiatres.

Une mère dangereuse qui a été mise à distance par la justice, dont sa fille connait les comportements imprévisibles.

Sur la route de leur fuite, la fillette ( j'aurai aimé avoir une indication de son âge, je penche pour une dizaine d'années car c'est l'école qui m'évoque le primaire qui est mentionnée ) tente d'échapper à son angoisse grâce à son imagination et sa capacité à se créer un univers merveilleux peuplé d'animaux magnifiques. Et elle s'accroche à l'image du phénix.

J'ai bien aimé l'alternance du récit qui fait balancer le lecteur entre le terrifiant comportement maternel qui annonce un drame et l'imaginaire de l'enfant , même si pour moi, le réalisme l'a constammenet emporté et que j'ai eu du mal à me représenter l'oiseau dans son univers fantastique.

La fin mélange réel et imaginaire, mais l'auteur nous suggère clairement que la fillette s'est servi du briquet, ce qui la transforme en marricide. Cette fin loin de soulager l'angoisse créée par le récit de cet enlèvement en ouvre une autre encore plus terrifiante!

L'écriture est toujours aussi prenante et soignée.

Merci pour la lecture!

   senglar   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Sylvaine,


Voilà ce que j'appelle une vraie nouvelle fantastique avec une fin qui laisse une interrogation ouverte sur l'outre-monde, les mondes parallèles, le phénix s'est-il pris d'affection pour la fillette ?... s'est-il fait son ange-gardien, son totem, son protecteur ? a-t-il causé la perte du bourreau en se servant de son arme ultime, le feu, les flammes, desquels il renaîtra, et la fillette avec lui, la fillette ne peut pas mourir tant qu'elle pourra invoquer le phénix, quoi qu'elle fasse. Elle sait bien qu'aveugle (elle n'avait pas à voir avant, pendant, ni après la tragédie) elle a gardé une des plumes du renouveau qui lui permettra de ressusciter, de voir des lendemains rieurs. Il y a des tragédies nécessaires. A-t-elle été pour quelque chose dans la mort de sa mère ? Par son pouvoir d'imagination, par un geste consciemment ou inconsciemment maladroit ? Peu importe, la mort de celle-ci était nécessaire pour qu'elle-même puisse naître, renaître, naître à nouveau. Bien sûr elle savait qu'elle ne pouvait pas mourir, le phénix veillait sur elle qui l'emporta par-delà la voiture ouverte fenêtre éclatée, portière déglinguée dans ce récit dingue.

Cette fillette est l'héroïne d'un conte d'horreur !

Pourrait-on reprocher à cette nouvelle son côté noir, outre-noir. Excessivement noir ? Sûrement pas ! C'est le genre qui veut ça, aller dans les extrêmes. Et dans le genre cette histoire est exemplaire.

Une petite pièce d'anthologie ?

Oui :(((


senglar qui a frémi et frémit encore.

   STEPHANIE90   
8/4/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Sylvaine,

une histoire réaliste noire, très noire avec une petite fille qui s'enferme dans le monde fantastique pour supporter ses craintes et se protéger des agressions de sa génitrice. J'ai facilement pu m'identifier à ces personnages et à leurs ressentis.
C'est pas Lucie, c'est l'oiseau de feu...

Par contre, cette phrase me paraît sortir du contexte : "Lucie restait en attente, déjà émerveillée" ; j'aurai mis > encore émerveillée. Déjà me paraît inadapté...

Glaçant !!! et bien écrit, merci pour la lecture,

StéphaNIe

   Pouet   
8/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

le mélange de réalisme et d'onirisme est, me semble-t-il, l'une des marques de fabrique de l'auteure.

Des personnages très réalistes donc enveloppés d'un voile féerique salvateur.

Au passage: "Les accès de tendresse l’effrayaient autant que la fureur." je me serais plus attendu à "Ses (de la mère) accès de tendresse l'effrayaient autant que sa fureur." Mais cette formulation laisse entrevoir (comme le début et la "passivité" de Lucie) les stigmates, le traumatisme, l'empreinte indélébile sur la personnalité de la jeune fille.

Encore un très bon moment passé à vous lire.

   Cat   
8/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Sylvaine,

Il y a quelque chose dans vos nouvelles qui fait qu'une fois lues, elles s'impriment durablement dans ma mémoire, au point de les confondre avec les faits divers des nouvelles du jour.

Il en était ainsi pour ''Comme une sœur'' (je n'ai pas eu le temps de la commenter en son heure, désolée... ) et je retrouve la même impression ce matin, en lisant ''Bûcher''.

On entend dire souvent que la réalité dépasse de loin la fiction, et je crois que votre force justement, c'est de donner à vos fictions une vraisemblance telle qu'on ne peut qu'adhérer à la puissance de la peur qui s'insinue au travers de vos lignes.

Qu'est-ce qui peut faire davantage peur qu'une mère folle au point de menacer l'intégrité de son enfant ?

Ce qui soulage ce climat malsain tant il semble plausible, c'est le détour par le côté du merveilleux que vous avez imprimé à l'histoire. La lectrice que je suis a pu s'y réfugier en même temps que Lucie, à chaque fois que cela devenait irrespirable.

Le dénouement aussi doit au merveilleux-fantastique sa fin qui libère vraiment là où je ne savais plus de quelle manière allait s'en sortir la petite fille.

Ce que j'aime aussi, c'est qu'avec ce feu final, si on peut imaginer le traumatisme subit par l'enfant par le fait d'être née d'une telle mère, dans son soulagement on peut se laisser aller à espérer qu'elle ne connaîtra pas les remords.

Merci pour ce partage.
A vous relire.

Cat

   in-flight   
8/4/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je me suis vite retrouvé dans cet univers enfantin grignoté par une réalité tragique. Une confrontation et un bestiaire dont l'auteure est coutumière.

Sur le choix de la catégorie, je trouve ce texte très réaliste et je ne vois pas grand chose du registre fantastique. L'essentiel de l'action se déroule dans le "réel" et c'est dans le "réel" qu'on attend un dénouement.

La fin est bien menée: le phénix renaissant de ses cendres, Lucie n'est soulagée que provisoirement, elle sera à jamais hantée par la présence (absente) de cette marâtre.

Remarques:

"elle transpirait une sentimentalité malsaine" --> ça me semble trop ampoulé comme phrase.

"qui environnait cette femme, qui l’avait toujours environnée" --> redondant

"un arbre fonça à leur rencontre" --> je vois bien l'image mais si l'on veut rester rationnel c'est la voiture qui fonce dans l'arbre.

"un objet métallique dans sa main"--> elle a fait un vol plané de 6 mètres (traversé le pare-brise?) mais a gardé le briquet en main.

   Shepard   
8/4/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Hello,

Une histoire courte avec un twist fantastique pas mal. Une métaphore mère/sorcière qui termine au 'bûcher'. Le tout est simple, ça tient en une phrase, c'est la force de l'histoire, c'est même brillant de simplicité ! Les répliques de la mère construisent le personnage clairement, l'univers de la petite fille aussi, l'évasion et du rêve.

Mais alors voilà... Désolé mais l'écriture ne me plaît pas. Il y a une recherche d'images mais c'est trop ampoulé, ce n'est pas naturel. On sent qu'on 'à voulu faire différent' et ça ne s’intègre pas.

Exemple:

"en posant sur elle son regard cannibale." -> je ne vois pas, je n'ai pas dû croiser assez de cannibale dans ma vie.

"Elle, murée vive dans les ténèbres privées de sa mère qui l’oppressaient comme les parois d’un cercueil." -> Les ténèbres 'privées'... Cela pourrait être simplifié.

"les saisons mêlées cristallisaient une forêt de glace" -> Lourd, la glace est un cristal donc très redondant.

"Sa main dérapa sur le volant, la voiture dévia, un arbre fonça à leur rencontre" -> Je vois l'intention mais ça m'a fait sourire d'imaginer l'arbre sauter en travers de la route... Et je ne pense pas que ça soit le but à ce moment (de sourire).

Parmi d'autres. Avec plus de simplicité pour une histoire simple, tout aurait été plus harmonieux.

Bonne continuation

   Mokhtar   
10/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Encore un texte de Sylvaine exprimant des souffrances par rapport à la mère, avec un besoin de délivrance. La délivrance venant ici du fabuleux phénix, bien sûr symbole de renaissance, mais dont l’image mythique est reprise de façon très poétique. Ce qui pour moi est peut-être l’intérêt majeur de cette histoire.

La fillette, au début de vie difficile, rêve de l’oiseau extraordinaire fruit du feu et du soleil. Il était l’ami de ses songes. Prêt à l’aider. « Oui le phénix existait quelque part, il le fallait ». Et le bûcher consomma le monstre de mort pour que vive la petite salamandre.

Très belle histoire, hors de toute banalité, ce qui fait qu’on la retient, comme le fait remarquer Cat.
Le style de Sylvaine, élégant sans recherche d’effet, convient parfaitement à ses histoires. Le phrasé est littéraire, mais sans affectation. J’y trouve personnellement mon compte. Sans doute est-ce générationnel ? Mais je n’ai pas honte. Et j’en redemande.

   Iktomi   
11/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte fort et sans concessions qui associe avec brio le réalisme au merveilleux.
On serait presque tenté de parler de réalisme magique.
Les pulsions psychotiques de la mère sont bien dépeintes et les descriptions du phénix confinent à de la poésie pure.
Un seul regret, le personnage de Lucie manque de relief et paraît bien passif, mais c’est peut-être voulu ?

   Donaldo75   
19/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Sylvaine,

Remarquable, cette histoire l'est. La narration qui m'a emporté dans cet univers à la fois si terrestre et si poétique. La folie de la mère, la peur de Lucie, son refuge dans un imaginaire féérique donnent toute son âme au fantastique qui va suivre, qui va clore l'ensemble. L'écriture est une fois de plus très maitrisée, avec ce style que j'aime tant chez toi.

Peu d'auteurs ici écrivent du fantastique car ce n'est pas facile; tu arrives, à chaque fois, à m'étonner, à me renverser alors que ce n'est pas forcément mon genre favori.

Bravo !
Merci pour le moment de magie folle.

Donaldo


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