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Fantastique/Merveilleux
Tadiou : Do mineur
 Publié le 19/02/17  -  11 commentaires  -  18164 caractères  -  127 lectures    Autres textes du même auteur

Jarek Kohout et Boris Czaplinski...
Dans les années 1950 le petit Jarek jouait avec de minuscules voiliers rudimentaires dans l'eau du caniveau.
Un demi-siècle plus tard Boris part en week-end de voile sur la Manche. À la rencontre de lui-même.


Do mineur


Dans un autre temps, dans les années 1950, c’était le règne du charbon triomphant. Paysages tristes et uniformes des terrils, accompagnant les puits de mine, furoncles noirs sur les platitudes infinies du Nord de la France. Interminables corons gris.

Poussière. Poussière partout. Le terrible grisou, mangeur d’hommes par centaines, guettait, tapi dans les profondeurs. La silicose empêchait la montée des escaliers dès l’âge de 50 ans. Les douches des mineurs parvenaient difficilement, malgré leur durée, à éliminer les microscopiques scories noires qui s’incrustaient sur tout le corps.

Les dos étaient souvent meurtris et douloureux.


C’était le règne du charbon triomphant.


Et pourtant, c’était encore mieux que la Tchécoslovaquie ou la Pologne communistes emprisonnées derrière le Rideau de fer, d’où venait une partie des travailleurs de cette région.


Le mignon petit garçon blond émouvait par ses yeux clairs. Tout le monde l’appelait Jarek, surnom courant de Jaroslav. Tonique et plein de vitalité, c’était un habitué des jeux de rue, aimant fabriquer de petits et rudimentaires voiliers avec ses copains : une planchette, un bout de tissu. Leur mer était l’eau du caniveau qui longeait la rue empierrée de la cité minière.


Dans notre temps présent, un demi-siècle plus tard, Boris a peur. Il est né dans la région des anciennes mines de fer, en Lorraine, il y a 25 ans. La peur s’est installée dans son enfance et ne l’a pas quitté. Elle l’enveloppe, fidèle compagne. Il n’en comprend pas bien la raison. Ce n’est pas sa caractéristique unique, mais c’est l’une d’elles, qui lui fait tourner l’esprit, collant devant son regard et ses pensées un mur opaque et impénétrable qui tente de le pétrifier et de le paralyser.


Il envisage toujours le pire, spontanément, naturellement, artistiquement. Il retourne le pire dans tous les sens, avec beaucoup de ténacité et d’imagination, même avec raffinement et talent… Il se souvient : quelques jours avant une prestation musicale dans une salle du quartier des Halles à Paris (des musiques de Nino Rota pour des films de Fellini) il avait rêvé être submergé par d’énormes poussées de panique qui l’anéantissaient totalement, le laissant complètement démuni devant le public avec sa trompette de jazz, coincé, muet, incapable de supporter cette situation : en scène et sans souffle, les regards du public se ruant sur lui, fixes, scrutateurs et sans bienveillance. Il avait envisagé cette possibilité et l’avait acceptée, en prenant son parti et essayant de faire en sorte qu’aucune de ses hantises ne se réalise. Tout s’était finalement bien passé, moment de sereine harmonie, de fluidité musicale, de bienfaisante poésie.


Vers l’âge de 22 ans, il avait quitté la Lorraine, ayant trouvé un poste au sein de la Bibliothèque municipale de Rouen. C’est là qu’il avait rencontré Fabienne. Coup de foudre. Ils commençaient à envisager un avenir en commun.


À l’approche de son week-end de voile dans la Manche, au large d’Honfleur, avec un groupe d’une petite dizaine de personnes, sans Fabienne, sa peur ne s’était pas fait oublier. Plusieurs jours auparavant il avait rêvé de la possibilité d’un drame : le voilier (« Do mineur ») de 12 mètres qui chavire ; ou lui qui tombe à l’eau, glissant sur le pont fortement incliné, dans l’écume des vagues et le tumulte ; ou l’excès de stress qui crée le malaise... Il y avait pensé et savait qu’il ne reculerait pas : il avait besoin d’essayer de regarder sa vie en face ; cette vie au cours de laquelle d’imaginaires ennemis attachés à sa perte s’étaient souvent mués en des personnages somme toute plutôt sympathiques. C’était une mue lente, parfois douloureuse, qui s’appuyait sur l’écoute et l’acceptation de son propre corps, de sa respiration interne, de son chant intérieur, de ses forces roulées en boule dans le creux de sa chair. Il avait besoin de se dégager des emballements de son cerveau élaborateur d’angoisses, créateur du pire, pour apprivoiser son environnement et s’en faire un agréable compagnon de route.


Dans un autre temps, vers les années 1950, le petit garçon aux yeux clairs jouait joyeusement avec ses copains dans l’eau d’un caniveau de la petite cité des environs de Valenciennes où son père était mineur. Loin de la Tchécoslovaquie que ses parents, Kamil et Vanda Kohout, avaient quittée en 1930. Ils formaient une famille unie avec leurs deux enfants : Jarek, le plus jeune et sa sœur Marjeta. Certes, leur logement était rudimentaire et les conditions de vie difficiles. Vanda devait arrondir les fins de mois en faisant des ménages chez des ingénieurs de la mine, des médecins.

Le travail de Kamil était éprouvant, lui infligeant en particulier de pénibles maux de dos.


Jarek se penchait sur son voilier, oubliant la menace de l’immense puits de mine, monstre métallique noir qui dominait la petite cité. Plein de joie de vivre, il poussait, dans l’eau brune et tranquille, son minuscule bateau rudimentaire, le regardant voguer paisiblement.


Dans notre temps présent, un demi-siècle plus tard, les vagues vertes sont douces au départ de ce joli et coloré port d’Honfleur tant aimé des Impressionnistes, sous un ciel tendre et gentiment gris, ce gris délicat, soyeux et chaud comme les poils d’un chat, un gris limpide et rassurant qu’on aurait envie de caresser. Des amateurs plus ou moins chevronnés, aimant les prises de risques maîtrisées, se retrouvent régulièrement sur ce voilier pour de petites croisières sur la Manche, se partageant les manœuvres à bord. Michel, le propriétaire et chef de bord, joue de la guitare dans de petits groupes, ce qui explique son choix « Do mineur ». À l’occasion il accompagne d’ailleurs Boris et sa trompette dans des bars rouennais ou ailleurs. Tableau un peu curieux : le guitariste, petit et bien enveloppé, et le trompettiste au long corps osseux…


Voilà maintenant Boris qui s’installe à son tour à la barre, sous l’œil attentif d’un chevronné ; pour lui, c’est une première sur ce bateau mais il a déjà dirigé des bateaux plus petits et il a finalement apprécié ça. Il sent très vite physiquement le voilier, une machine élégante, forte, bien sculptée, docile, colorée de stries jaunes et rouges ; il se met à faire corps avec « Do mineur » profond sous lui, qui le relie au centre de la terre, aux masses en fusion, à la fournaise et à ces immenses débauches d’énergie dans ce magma et ces roches incandescents. Les petites vagues lui chuchotent des histoires, ces vagues tout en courbes douces, féminines, qui viennent à sa rencontre, le portent, le bercent, l’entraînent un peu plus loin, toujours plus loin : là-bas l’horizon est plus clair ; que recèle-t-il ? Y a-t-il, dans les lointains, au-delà des masses rigides des cargos mouillant au large avant leur entrée dans le chenal portuaire du Havre, dans les lointains, tout là-bas, là-bas où l’horizon se courbe, y a-t-il là-bas une autre lumière, une autre musique, d’autres vérités, un autre espace ? Ou y a-t-il seulement la balise « Eau saine » à 49 degrés 57 minutes de latitude nord et 0 degré 28 minutes de longitude est ? La balise « Eau saine » et rien d’autre, rien d’autre que ce qu’indiquent les cartes ?


Ou y a-t-il derrière l’horizon, jouant délicatement sur les crêtes blanches des vagues, ce petit Boris d’il y a 21 ans, ce petit garçon de 4 ans qui n’avait pas voulu pleurer pendant qu’il en était encore temps, se cuirassant contre l’avenir qui venait de lui prendre, dans un accident de la route, son père, ancien mineur en Lorraine, sa mère et un de ses frères ? Boris qui avait posé ses lèvres sur des joues froides dans la chambre mortuaire, qui ne comprenait pas bien ce qui se passait, mais qui sentait que, pour sa survie, il fallait qu’il se caparaçonne sans tarder.


Ainsi s’était-il installé dans un farouche déni, grandissant au sein de la famille de sa tante qui l’avait accueilli.


Le bateau lui obéit harmonieusement, épousailles avec les ondulations sinusoïdales de la houle de sud-ouest, au large du Cotentin. Boris se fond dans la masse du voilier, lui prend sa puissance ; c’est lui-même, Boris, qui maintenant plonge sous la ligne de flottaison, puis continue son voyage vers le bas, à la recherche du feu dans le noyau de la terre.

Il s’enfonce dans le sol, au-delà des gouffres sous-marins, à la recherche de sa stabilité et commence à comprendre ce qu’on a essayé de lui faire sentir : enfonce-toi dans le sol pour y puiser, avec ta trompette de jazz, des notes harmonieuses et puissantes.

Les voiles sont amicales, grandes figures rassurantes aux dessins joyeux se penchant vers lui pour l’envelopper, le protéger, de larges visages attentifs et aimants, visage d’une mère toute faite de bonté. Ce sont de tendres caresses et des murmures de bonheur.


Dans un autre temps, vers les années 1950, pour créer des vaguelettes, le petit garçon aux yeux clairs aimait battre de ses mains l’eau trouble du caniveau. Il avait installé sur son minuscule voilier de petits personnages multicolores, creux, en métal, assez légers pour pouvoir flotter. Ses parents les avaient achetés dans une brocante ; c’étaient ses amis, parfois bousculés par l’eau qu’il agitait.


Dans notre temps présent, un demi-siècle plus tard, les vagues s’assombrissent, deviennent dures, agressives ; on les sent prêtes à mordre. Le vent a forci : 20 nœuds, 25 nœuds, 30 nœuds ; les creux sont importants, l’écume galope, le bateau se plaint, plongeant, roulant, se cabrant. On l’aide à la barre. S’il regardait ses pieds, s’il se repliait sur lui-même, il sait que la peur le gagnerait, que dans sa tête se ferait un grand vide, une absence, une non-vie. Son salut est vers l’infini. Il avait, dans ses rêves, imaginé qu’il pouvait peut-être laisser là sa peau et l’avait accepté, laisser sa peau aux sinusoïdales de la mer, à toute cette souplesse de l’eau qui se coule sans effort dans tous les labyrinthes, lui qui est dur et rigide, comme ce granit dont on fait les cathédrales, les émouvantes sculptures et les tombeaux. Il se sentait ami, depuis toujours, de cet élément liquide qui le fascinait ; il s’était délecté à tenter, lors d’exercices de théâtre et d’expression corporelle, de rendre vivantes les courbes harmonieuses de l’eau, sa respiration lente, profonde et régulière, lui qui était tout en lignes droites, en respirations saccadées comme des combats. C’est pourquoi aussi il était là, à la rencontre de son contraire pour y puiser une nouvelle beauté de vie.


Le bateau s’éloigne toujours plus vers l’infini et son mystère, saute maintenant, se couche, s’enfonce, resurgit. Boris, devenu nauséeux, s’est allongé sur le pont, cédant la barre à une coéquipière expérimentée. Recevant toute la tonicité des flots en pleine figure, il s’expose au grand large, à toutes ces forces mugissantes, aux rafales d’eau sur ses joues qui agissent comme des effluves d’énergie, de beaux cadeaux. Boris regarde la mer courir de plus en plus vite à sa rencontre. Toute cette puissance se coule en lui, au profond de lui, le calme, le console, le tonifie, berce le petit garçon qui n’avait pas pleuré pendant qu’il en était encore temps, et submergé, depuis lors, par la peur. Boris écoute sa respiration, lovée au creux de son estomac, toutes ces boules de force qu’il sent naître et monter en lui, apportées par l’eau en furie. Il se sent devenir l’une de ces vagues, le sommet de cette ondulation, le panache de cette écume. Il commence à percevoir l’origine de sa peur, cette mort à laquelle il a été confronté tout petit. Un deuil qui n’a jamais été accompli.


Son regard plonge, hypnotisé, toujours plus profondément dans les tourbillons blanchâtres qui deviennent complices, son corps se ploie insensiblement vers l’émeraude de l’eau, son amie, vers le tranchant des crêtes. Il se sent devenir liquide. Une voix douce et séduisante lui chuchote voluptueusement : « Viens me rejoindre, je te cajolerai, t’envelopperai, te couvrirai, te consolerai des morts de ton enfance ; viens, viens, tu connaîtras la paix et la sérénité ».


À un demi-siècle de là, par-delà le temps et l’espace, les petits personnages légers en métal étaient bousculés et secoués dans tous les sens. Quelques-uns tombaient dans l’eau sale du caniveau et tourbillonnaient ; tout au bout s’ouvrait une étroite bouche d’égout qui menaçait de tout engloutir.


Sur le voilier ils sont, maintenant, bien secoués avec le gros temps, presque tous occupés à la marche de « Do mineur », qui à la barre, qui à l’écoute de la grande voile, à celle du génois, qui à la surveillance des drisses. Le corps de Boris s’approche doucement, imperceptiblement de la mer. Une torpeur le gagne, son esprit s’abandonne. Tranquille hypnose, bien-être apaisant. Le temps s’écoule un peu… Au pied du mât on prend trois ris, les vagues se rapprochent du corps penché, délicieux envoûtement. Quelques minutes encore… Un fou de Bassan passe, blanc avec des triangles noirs au bout des ailes. Là-bas c’est peut-être le dos d’un dauphin, ou une simple illusion. Un coin de ciel bleu tout au fond. Quelques secondes peut-être encore… Les cheveux sont près de frôler l’eau maintenant…


Une main sur son épaule droite. Boule de feu.


Il se retourne : personne.


Il pense à son amour qu’il a quitté il y a quelques heures.


Derrière lui, c’était son amour. « Je suis là, je t’attends. »


Dans le caniveau de la petite cité minière il y avait parfois un barrage de feuilles et de terre que l’enfant avait construit ; il le détruisait ensuite d’un coup de pied et l’eau se ruait, emportant le petit voilier et son minuscule carré de tissu ; les légers personnages installés sur le jouet étaient précipités dans le flot ; le petit Jarek récupérait vite l’ensemble avant que tout ne disparaisse dans la sombre bouche d’égout en contrebas. Puis il recommençait. Il n’y avait pas de catastrophe. Pas de personnages engloutis, ou si peu. C’était juste un jeu excitant avec les copains.


Alors Boris se redresse d’un coup, tournant le dos au drame. Dans le cockpit, personne ne s’est rendu compte de ce qui peut-être…


On se prépare maintenant à un empannage.

Et il décide définitivement que la vie est superbe comme tout ce qui l’entoure, malgré son drame d’il y a 21 ans. Il décide que l’univers est immense, immensément puissant, et qu’il est son ami. Il ressent la force de vivre qui monte en lui, il se sent tout près de son amour qu’il a quitté il y a quelques heures, son amour qui fera sans doute partie de sa grande aventure terrestre.


Il commence à respirer à l’unisson avec l’océan déchaîné. Un creux : inspiration ; une crête : expiration. Nécessité de cette respiration rapide et puissante quand les notes de la partition se font rapides : toute trompette est avide d’air et ne supporte pas la moindre restriction. Puis il entend l’appel désespéré de ce fier voilier « Do mineur » obligé de se courber sous la tempête. Et il se sent UN avec cette eau, avec ce bateau, avec son amour. Il décide que l’aventure terrestre est somptueuse, qu’il peut maintenant tordre le cou à ses peurs intérieures et qu’il peut commencer à affronter en face le drame de son enfance. Il décide qu’il quittera ce bateau en état de résurrection, avec la révélation fulgurante de la cause de ses angoisses.


Sa trompette vibre dans sa tête. Summertime, Blue bossa, The girl from Ipanema, Nino Rota… Il lui semble que les mouvements de « Do mineur » créent un contre-chant.


Le petit Jarek a récupéré ses personnages de métal et, avec ses copains, les réinstalle sur son voilier. La petite bande chahute et tous rient très fort.


Boris se sent libre, une armure a craqué. C’est maintenant la joie dans ce voilier galopant sur les masses liquides qui, doucement, après le tumulte stressant, ont commencé à s’apaiser.

Depuis un moment ses compagnons de croisière le regardent d’un air intrigué. Un léger sourire aux lèvres, il a vraiment l’air d’être ailleurs. Le chef de bord décide sagement de lui confier la barre, histoire de lui remettre solidement les idées en place et les pieds sur mer, sur cette mer maintenant calmée. C’est le moment de déboucher une bouteille d’un bon bordeaux pour accompagner cette ambiance festive. Délicatement Boris et « Do mineur » se mettent à jouer avec les vagues.


Pas de catastrophe pour le frêle voilier de Jarek et ses petits personnages, pas de catastrophe avec Boris au large d’Honfleur un demi-siècle plus tard.


Étrange correspondance par-delà le temps et l’espace… Message enthousiaste de vie adressé par le petit garçon tonique aux yeux clairs ?


Qu’avaient-ils donc en commun, ces deux-là, Jarek Kohout et Boris Czaplinski, séparés par des dizaines d’années et des centaines de kilomètres ? Certes, ils étaient tous deux fils de mineurs, l’un dans une mine de charbon du Nord, l’autre dans une mine de fer de Lorraine ; l’un originaire de Tchécoslovaquie, l’autre de Pologne… Mais à part cela ?...


Un jour, Boris jouera de la trompette, sanglé au sommet de « Do mineur » courant sur l’océan. Une main tenant le mât, l’autre l’instrument. Le rythme des vagues se fondra dans celui de sa mélodie.


Ce sera un splendide duo, une sublime symphonie éclatante !


Sous les vols des fous de Bassan.


Au bord du golfe du Morbihan, Jarek Kohout, portant très allègrement ses plus de 70 ans, lit, intrigué, l’article de « Ouest-France » relatant la performance artistique d’un musicien de jazz, d’origine polonaise, au sommet du mât d’un voilier « Do mineur ».


Pourquoi donc ce sentiment étrange de bonheur ? Comme une connivence inexplicable… Étranges réminiscences. Mineur… Dos... Eau…


Par-delà le temps et par-delà l’espace…


Jarek songe à préparer une lettre pour le musicien du haut du mât, aux bons soins d’Ouest-France. Écriture difficile : que raconter ? Que décrire ? C’est tellement fugace… Ses souvenirs... Ses petites planchettes-voiliers…


Mais, à plus de 70 ans, aussi, l’aventure continue… Alors Jarek commence à écrire…


 
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   plumette   
26/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
je crois que c'est la qualité de l'écriture qui m'a entraîné dans ce moment particulier de navigation sur " Do mineur"

Beaucoup de choses pour me plaire dans cette nouvelle qui met en parallèle deux destins à 50 ans d'écart avec un joli parallélisme: Boris est trompettiste, déjà ça me plait! il a la peur au ventre, sait vaguement pourquoi, appréhende toujours le pire mais c'est sur ce bateau, alors qu'il a une tentation de " néant" que la vie vient le fouetter comme cette tempête qui se calme finalement.Il est question de la mer, de l'élément liquide avec de très belles descriptions de ce flot , de ce mouvement, et ça me plait aussi.

les incises en italiques qui évoquent le petit Jarek en train de jouer sont des moments de pause dans un récut qui monte en tension.

la chute qui réunit Boris et Jarek est inattendue, ce qui est une qualité supplémentaire de ce beau texte sensible.

Un très bon moment de lecture!

Plumette

   silvieta   
28/1/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Un texte documenté qui me semble davantage tenir du réalisme historique que du fantastique merveilleux, malgré la main fantomatique qui se pose sur l'épaule du navigateur-musicien et les petits bateaux qui trouvent leur écho des années plus tard dans un plus gros bateau.

Deux vies mises en parallèle, celle de deux fils de mineurs, "séparés par des dizaines d'années et des centaines de kilomètres " et ne s'étant jamais rencontrés ...l'un des protagonistes s'appelle Boris, est d'origine polonaise, musicien de jazz "au sommet du mât d'un voilier appelé ' Do mineur', l'autre personnage s'appelle Jarek, est actuellement âgé de " plus de soixante six ans " et tout ce que l'on sait de lui c'est qu'il est d'origine tchèque et qu'il faisait voguer des petits voiliers joujoux dans son enfance.
A la fin de la nouvelle Jarek qui vient de découvrir, par un article de Ouest-France l'exploit maritime du musicien Boris s'apprête à lui écrire. "Ecriture difficile: que raconter ? Que décrire ?" nous demande le narrateur.

Entièrement d'accord avec le narrateur. Qu'est ce que ces deux là ont donc en commun à part être tous deux fils de mineurs émigrés de pays autrefois communistes et l'amour des bateaux, miniatures pour l'un, grandeur nature pour l'autre ? ( Au cas où l'auteur et le narrateur Jarek ne feraient qu'un je lui conseillerais quand même d'écrire et d'envoyer cette lettre-sos bateau à la mer à son idole : de futures amitiés ne tiennent parfois qu'à un fil. )

Cette histoire ne m'a pas accrochée. On se perd dans ces destins croisés qui fourmillent d'une multiplicité d'éléments d'information disparates : les mines de charbon, le petit garçon et son voilier-jouet, la musique, le voilier pas jouet "Do Mineur " sur lequel perche un adulte qui n'est pas l'ancien petit garçon aux voiliers-jouets...on comprend vraiment qui est qui sur la fin mais encore faut il pour cela avoir eu la patience d'accoster à bon port !

A un moment on tombe encore sur une donnée supplémentaire: la mention d'une certaine Fabienne, épouse de Boris. Elle n'est évoquée qu'en trois lignes mais n'a rien à faire dans cette histoire où l'on se perd déjà suffisamment.

L'enchantement n'est pas vraiment perceptible...et la connivence d'âmes entre Boris et Jarek non plus.
Dans le même genre d'histoire relatant des destins parallèles et des âmes jumelles je préfère de beaucoup le film " La double vie de Véronique ".

Restent le style abouti et, surtout, la minutie et le réalisme très convaincant des descriptions : celles des milieux miniers comme celles du grand large.

Peut-être qu'il y a la matière à un roman plus qu'à une nouvelle, car le roman, en diluant les données, éviterait le télescopage de toutes ces bribes de récits.

   Robot   
30/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un récit dont la progression me paraît bien conduite, avec ces intermèdes où apparaît le petit Jarek. Le destin de ces deux personnages éloignés dans le temps est évoqué de manière originale. Entre celui qui rêvait et celui qui se trouve dans une réalité difficile ce récit n'est pas d'une construction commune. Et c'est à mon avis ce qui en fait la qualité pour retenir le lecteur jusqu'à la conclusion que j'ai particulièrement apprécié.

   vendularge   
19/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

J'aime beaucoup ce texte et à plusieurs titres: l'écriture d'abord mouvante, tantôt exaltée tantôt minimale qui sert bien le sujet. La construction, alternante qui permet de visualiser les deux tableaux. Les histoires parallèles et sans lien apparent, je suis ravie que Boris ne cède pas à l'attrait des abysses, j'aime cette renaissance vitale, ce combat intérieur.
Les sujets enfin, plus encore que les histoires, la "peur" est particulièrement bien traitée, cette panique irrationnelle qui nous fait redouter le pire à chaque nouveau défi, cette vague de fond qui nous submerge et contre laquelle il faut lutter.
Et pour finir la voile, que je connais bien. Le lieu de la peur par excellence (au début), cette sensation très précise d'être à la merci des éléments, d'une déchirure, d'une erreur. Cette joie primitive d'être à la barre et de ne faire qu'un avec le bateau. "La torpeur le gagne et son esprit s'abandonne", c'est ça la voile, la recherche de ce moment précis où on lâche prise.

Ce que j'ai moins aimé:

Le rappel automatique de " à notre époque", "il y a 50 ans", l'écriture en italique suffit à saisir l'intention de l'auteur
Il commence à comprendre pourquoi il a peur...on le sait depuis que l'accident a été raconté, le dire n'ajoute rien, au contraire.

très joli travail (de mon point de vue), merci

vendularge

   Pepito   
22/2/2017
Bonjour Tadiou,

Kriture : pas vraiment à mon gout.

"La silicose empêchait la montée des escaliers dès l’âge de 50 ans." c'est une sorte de barrière temporisée, c’est ça ? ;=))
"Dans notre temps présent, un demi-siècle plus tard, " > à l'heure actuelle, en somme ;=)
"La peur s’est installée dans son enfance" > en sous-location, en catimini ?
"Ce n’est pas sa caractéristique unique, " la caractéristique de ki, de koi ?
"mais c’est l’une d’elles" > l'une des "caractéristique unique", c'est ça ?
"collant devant son regard et ses pensées un mur opaque et impénétrable qui tente de le pétrifier et de le paralyser." > un mur qui tente de le paralypétrifier, c'est ça ? Mhhhh, j'ai pas tout bien comprendu dans ce passage...
"Il envisage toujours le pire, ... artistiquement." > ???
"il avait rêvé être submergé par d’énormes poussées de panique qui l’anéantissaient totalement," > ouch ! "Il s'était rêvé, submergé par la panique, totalement anéanti," peut-être... ou un truc du genre...
"les regards du public se ruant sur lui, fixes," > au triple galop immobile, en somme, c'est ça ? Cataclop ! Cataclop ! ;=)))
"en prenant son parti" sous le bras, car il allait pleuvoir ? "En en prenant son parti" plus correct mais pas très bô...
"sa peur ne s’était pas fait oublier" > excellent, Pepita me dis toujours "Ne me laisse pas oublier." au lieu de "Rappelle moi.", juste que si je trouve cela charmant chez elle (surtout avè l'accent ;=), je le trouve curieux en lecture. "sa peur s'était rappelée à lui" ou "était revenue" ou un truc du genre... ;=)

"il avait rêvé de la possibilité d’un drame" > rêver d'un drame, ça, je vois. Mais comment peut-on rêver de la "possibilité" d'un drame ? Là, même en faisant beaucoup d’efforts, je vois pas...

"qui s’appuyait sur l’écoute et l’acceptation de son propre corps, de sa respiration interne, de son chant intérieur (hébè, ça raisonne ici ! ;=), de ses forces roulées en boule (une boule pour tous, tous pour une boule ! ;=) dans le creux de sa chair (ce que l’on nomme une ride, en somme ? ;=)." Oh putaingue !!! Je m'en va, de ce pas, me petitsuicider ! ;=)
...

Fond : ben j'y suis pas arrivé, désolé.

A une autre fois sûrement et bon courage !

Pepito

   Pouet   
20/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bjr,

Première impression: l'écriture est très soignée, intéressante.

Toutefois, un peu dense par endroit, j'ai dû un peu m'accrocher pour ne pas chavirer par instant, le texte mériterait d'être un peu plus aéré peut-être, il m'a manqué un peu de "légèreté" aussi même s'il est vrai que le thème ne s'y prête guère.

Sinon c'est un texte très sensible, assez fort, avec un très joli parallèle entre Jarek et son bateau jouet et Boris qui apprend à jouer avec la vie sur son voilier.

La fin est bien vue, la boucle est bouclée.

Je ne pense pas que les "Dans un autre temps" et "Dans notre temps présent" soient obligatoires, j'ai trouvé que cela alourdissait l'ensemble.

Voilà, au final un beau texte, pas si évident que ça à appréhender, peut-être un peu "ardu", un peu "touffu" (pour moi) mais qui mérite qu'on fasse l'effort de s'y attarder.

Au plaisir.

   matcauth   
22/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

L'écriture de votre récit est intéressante, car elle est minutieuse, vous composez votre texte par petite touches, comme un peintre. Il n'y a pas de fioriture, c'est agréable.


Il y a beaucoup de choses, ces destins croisés, beaucoup d'éléments, qui partent dans de multiples directions, pour conclure à un fil conducteur de tous les destins, car nous sommes tous fait d'émotion, d'espoir, de peur, cette même peur que vous décrivez beaucoup et bien. Moins de choses dans ce texte auraient permis d'arriver à la même conclusion, mais vous avez pris ce parti de développer, pourquoi pas.

Peut-être aussi est-ce le début d'un projet à plus grande échelle ou à plus long terme, puisque la vie des héros de cette histoire continue.

Mais je reviens sur cette description de la peur, du poids de la vie et des expériences, de ces choses diffuses et difficiles à décrire qui sont là, tapies en nous. C'est très bien décrit.

Peut-être aussi qu'en tant que lecteur, on aurait besoin de davantage d'identification envers les héros du texte qui nous semblent un peu lointains.

Mais je note l'ensemble, riche, documenté et très cohérent.

Un agréable moment, donc.

à vous relire.

   PierrickBatello   
22/2/2017
 a aimé ce texte 
Pas
Bon, d'accord, une sortie en mer, c'est plus rafraîchissant qu'une heure chez le psy... Je trouve le ton global assez mélodramatique. Je ne comprends pas le fil invisible qui relie ces deux destins. J'emploie destin, mais en réalité, le personnage du garçon qui joue avec ses petits bateaux est à peine traité. Que sait-on de lui? Tout cela m'a paru artificiel et très construit, dans le sens "manquant de naturel". J'ai survolé, je n'ai pas réussi à accrocher au récit. Pourquoi ne pas s'être concentré sur l'histoire de Boris qui me paraît suffisante pour une nouvelle? Le va-et-vient vers Jarek me paraît un parasite plaqué pour se donner un genre fantastique qui ne fonctionne pas.

   thea   
22/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bravo Tadiou
j'ai aimé lire ce texte le parallèle entre l'hier et aujourd'hui,. Bien aimé aussi le récit proprement dit les investigations et la réflexion personnelles, le besoin de se mesurer aux éléments naturels, pour avancer.
L'écriture est chargée c'est vrai mais la ponctuation me satisfait cela ce lit bien.
J'ai aimé la richesse de l'écriture l'investigation pour mener à bien ce parallèle.
un bon moment d'écriture( qui sort des sentiers battus, riche, très riche) et de lecture.
je reviendrai.

   Auguste   
23/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Malgré l'éloignement dans le temps et l'espace, de nombreuses ressemblances rapprochent Jarek et Boris . Jarek semble être l'enfant que Boris aurait sans doute aimé être, insouciant et heureux, protégé par l'amour de ses parents et jouant à se faire peur en risquant de perdre ses petits bateaux dans l'eau du caniveau , et donc sans cette douloureuse fêlure survenue dans la vie de Boris qui a perdu ses parents et un frère quand il avait quatre ans.
C'est paradoxalement par la musique éphémère et sur les vagues déchaînées que Boris cherche à se rassurer, essaie de retrouver la stabilité et de surmonter son angoisse existentielle Ou bien ne va- t- il pas chercher la paix dans la mort en se laissant emporter par les flots ? C'est son amour pour Fabienne qui, au dernier moment le retient et le sauve.
C'est aussi l'amour, celui de ses parents, qui donne à Jarek enfant son insouciance et un sentiment de sécurité, de confiance en lui.
On se laisse emporter par le flux et le reflux bien rythmé de ce récit agréable à lire ; on attend à la fin la rencontre entre les deux personnages, mais c'est sans doute chez le narrateur lui-même qu'il faut l'imaginer.

   Anonyme   
22/4/2017
Commentaire modéré

   Anonyme   
21/4/2017
Commentaire modéré

   hersen   
27/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La construction de la nouvelle est originale mais je ne la comprends totalement qu'à la fin.

La sortie en mer est un beau symbole pour renaître et si tout est maîtrisé dans la narration, j'aurais aimé quelquefois que l'écriture épouse plus souvent le vent pour ne pas avoir cette petite sensation de lourdeur.

'les regards du public se ruant sur lui, fixes, scrutateurs'

Se ruer indique un mouvement, mais fixe le dément. Peut_être maladroit.

Le texte est bien souvent empreint de poésie, ce que j'ai apprécié.

Merci pour cette lecture,

hersen


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