Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Policier/Noir/Thriller
Tadiou : La petite fenêtre sur le côté
 Publié le 22/03/17  -  8 commentaires  -  49408 caractères  -  84 lectures    Autres textes du même auteur

Un jeune et brillant scientifique français, exilé au Japon, est profondément angoissé avant de retourner dans son village d'origine pour un court séjour. Qu'y a-t-il laissé ? Que s'était-il passé ?


La petite fenêtre sur le côté


Dans la chambre elle laissait tomber lentement ses vêtements un à un. Quand elle ne fut plus vêtue que de…



LES TÉNÈBRES ET LA LUMIÈRE


Immuablement notre Terre possède sa part de ténèbres et sa part de lumière.

À peu près une moitié en plein soleil, à peu près une moitié dans la nuit noire. Ainsi en va-t-il des autres planètes du Système solaire, Mercure, Vénus, Jupiter… Ainsi en va-t-il des planètes des autres galaxies ; que peut-être l’homme pourra atteindre un jour.


Ce serait évidemment trop simple et sans doute trop monotone et ennuyeux si cette frontière ténèbres/lumière était nette et précise, géométrique, ligne droite sans ambiguïté tracée au cordeau. Heureusement, au lieu de la précision mathématique, il y a là de la poésie, de l’art et de la fantaisie. C’est le flou, c’est enchevêtré, des zones avec un mélange de clarté et d’obscurité, du sombre/clair, du clair/sombre ; tout un paysage séduisant avec des zigzags, des creux, des caps, des baies, des fjords, des pointes, des presqu’îles, des avancées. Peut-être comme un fractal. Plus ou moins grisâtre. Bref, toute une belle architecture qui permet de passer imperceptiblement de la lumière à la nuit et de la nuit à la lumière. Oui, un beau morceau de poésie.

En tout cas pas comme cette délimitation nette entre les « forces du bien » et les « forces du mal » que prétendent établir les dogmes, religieux ou non, à coups de sentences, de déclarations péremptoires, de fatwas.


Ainsi en va-t-il de l’être humain : son merveilleux et son misérable, son génie et sa petitesse.


Sa part de ténèbres et sa part de lumière.


Éternellement. Comme si cette dualité était enfin un acquis de l’homme ; lui pour lequel, par statut, tout est éphémère. Aucune stabilité.

Que des remises en question, jour après jour.


Alors succès des grandes lois mathématiques, indépendantes du temps et du lieu ; grandes lois rassurantes, à parfum d’immortalité, propres à atténuer l’angoisse de vivre.



MOI


De mon bout du monde, sur une île du Japon, j’avais lu avec intérêt l’entrefilet dans le journal régional de Loire-Atlantique, édition du Pays de Retz, auquel, malgré l’énorme distance, j’étais resté abonné : « Le dimanche 14 juin 2000, réunion-retrouvailles des anciens élèves, années 1970-1975, de l’École publique Nelson Mandela de la Grévalée, salle du Forum. Contacter pour inscription le 332xxxxxxxx ou par Internet xxxxx@xxxxx. Nous vous espérons très nombreux(ses). » Je saisis immédiatement cette balle au bond.


« Mais, c’est intéressant ça ! Cela fait tellement de temps : presque une trentaine d’années ; je pourrais y rester une dizaine de jours. J’en profiterai pour aller rendre visite à mes parents. » Sur leurs vieux jours ils avaient acheté une petite maison entre mer et montagne, cigales, vignobles et vergers, dans le Roussillon, dont on dit parfois que c’est le département des retraités et des touristes. Alors ils avaient suivi une certaine mode, l’attrait du soleil (parfois insuffisant en Pays de Retz), et d’une mer que les cartes postales représentent invariablement bleue. Ils vivaient des jours somme toute actifs, avec activités caritatives et randonnées légères dans cette région de collines. Ils n’étaient pas dupes et se rendaient bien compte que beaucoup, parmi les bénévoles du Secours populaire français, des Restos du Cœur, du Secours Catholique…, étaient là moins par conviction philosophique que par ennui, et peut-être par peur de la solitude. Mais enfin, tout cela était utile et beaucoup de familles vivant de façon très précaire avaient bien besoin d’être secourues. Donc ce n’était pas le moment de faire la fine bouche sur les motivations des uns et des autres. Et mes parents étaient dévoués et enthousiastes dans ces activités. Nous nous écrivions régulièrement. Ils n’étaient pas des fanas d’Internet ; donc c’était plutôt le courrier postal. Nous nous racontions nos présents : jamais, au grand jamais, d’allusions au passé.


J’étais leur fils unique. Si je ne leur rendais pas visite, qui le ferait ? Ils avaient été des parents très présents, protecteurs, presque étouffants. Originaires d’Espagne ils étaient arrivés dans le Pays de Retz en 1951, fuyant le régime franquiste dictatorial, tortionnaire et broyeur de libertés. Mon père avait plutôt l’âme rebelle ; il ne pouvait plus supporter la chape de plomb que Franco faisait peser sur le pays. J’étais né en 1959. Mes parents avaient alors 30 et 32 ans.


Menuisier compétent et consciencieux, mon père avait trouvé très vite du travail en cette période des Trente Glorieuses. Tout comme ma mère, employée dans une crèche de la ville voisine, pour un emploi de puéricultrice dont elle possédait la formation et le diplôme. Comme ils étaient catholiques pratiquants, leur intégration avait été assez facile dans cette région catholique, traditionaliste et conservatrice. Beaucoup d’autochtones étaient nés dans ce bourg de la Grévalée, tout comme leurs parents et grands-parents. Né à quelques kilomètres on disait « je ne suis pas d’ici ». Cela faisait des milieux fermés à « l’étranger », fût-il de France, où tout le monde était peu ou prou « cousin » avec tout le monde. Mais mes parents avaient réussi à s’y faufiler et à y faire leur chemin ; sans trop de concessions et sans y perdre leur âme. Avec doigté et diplomatie ; sans oublier une dose indispensable de fermeté pour ne pas se laisser embarquer dans n’importe quoi.


Protecteurs, c’est sûr qu’ils l’avaient été largement. J’étais curieux de tout, de la vie, des livres, de la musique et je réussissais très bien scolairement. Mes parents nourrissaient de hautes ambitions pour moi. Alors ils me déchargeaient de tout souci d’ordre matériel, me choyaient, pour me laisser tout mon temps et l’esprit totalement libre pour mes études. J’étais dans un cocon, muraille me coupant de certains problèmes concrets de la vie.

Cela m’avait-il permis de bien m’épanouir ? M’avaient-ils rendu service ainsi ? Je ne m’étais confronté en fait qu’à bien peu de difficultés concrètes, matérielles, mes parents s’évertuant à les aplanir pour moi. Je ne m’étais pas armé pour une vie intense en dehors de la chose scolaire, universitaire et artistique. Dans certains domaines je me mis à utiliser la fuite comme moyen de protection, au lieu de regarder les difficultés en face et de les prendre à bras-le-corps.


D’ailleurs pourquoi étais-je parti au Japon ? J’en avais sans doute, consciemment ou non, enfoui les raisons, avec un solide couvercle par-dessus pour les étouffer. Le pays était à des milliers de kilomètres des lieux de ma jeunesse. C’était une île surpeuplée, truffée, sur un petit espace, de centrales nucléaires ; je n’y connaissais a priori personne, et, bien sûr, pas un mot de la langue. J’avais lu ici ou là quelques articles de journaux ou de revues, largement des clichés : une sélection scolaire féroce dès le plus jeune âge ; des employés viscéralement liés pour la vie à leur entreprise ; la beauté étrange et symétrique du Fuji-Yama avec des arbres en fleurs au premier plan… C’est à peu près tout. Alors pourquoi le Japon ? C’était loin, vraiment très loin. C’était faire table rase.

Quelle table rase ? Table rase de quoi ?


Alors cela avait-il été là une sorte de fuite ? C’était volontairement bien flou dans mon esprit, comme une nébuleuse, une masse de brouillard, que je m’étais confectionnée pour mon confort de vie.

J’étais parti rapidement, presque une nécessité vitale, de la survie.


J’avais été bien accueilli. Mon statut de chercheur en physique des particules (la traque du boson de Higgs…) m’avait rapidement ouvert des portes.

L’anglais m’avait permis de communiquer pour les choses essentielles. Et je m’étais mis rapidement au japonais. Ça avait été une intégration rapide. Alors que je n’avais que peu voyagé jusqu’alors, absorbé par mes travaux de chercheur. Quelques week-ends parisiens pour de la musique ; quelques journées vers la Méditerranée pour le soleil. C’était à peu près tout.

Ma vie avait été largement la Grévalée-Nantes, Nantes-la Grévalée.


L’idée de retourner à la Grévalée me plongea, la première excitation passée, dans une sorte de mal-être et d’angoisse diffuse que je n’avais pas envie de discerner clairement. Parfois les intestins noués avec quelques maux de tête ; du sommeil délicat et agité. Mais pour rien au monde je n’aurais voulu renoncer à mon voyage. Mon passé flottait dans une sorte de brume. Et des questions lancinantes ne cessaient de surgir :

Les véritables raisons de cet exil ? Une fuite ? Et pourquoi ce brouillard, ces souvenirs parfois vagues car bien enfouis ?


*************


Dans la chambre elle laissait tomber lentement ses vêtements un à un. Quand elle ne fut plus vêtue que de son porte-jarretelles noir (porte-jarretelles Mesh avec G-string de la Vogue) et de ses hauts talons aiguilles rouges, elle se mit à onduler lascivement de sa jolie croupe pulpeuse, ouvrant et refermant ses longues jambes délicieusement galbées, son épaisse chevelure brune ondulant au creux de ses reins. La fenêtre était ouverte ; elle savait qu’on ne pouvait pas la voir de la rue à cause des feuillages des magnifiques chênes et des gigantesques châtaigniers le long de la maison.



LE FACTEUR FRANCIS TARCIN


Dans ces contrées rurales du Pays de Retz, à deux pas de l’océan, à l’habitat dispersé, le facteur est un personnage connu et important. Dans les années 70 et au-delà il allait de maison en maison, par tous les temps, de hameau en hameau (appelés ici « les villages ») juché sur son vélo jaune professionnel, à double plateau, de marque Gitane, octroyé par la Poste. Il fallait donc du jarret, du souffle et une bonne capacité de résistance au vent et ses tourbillons. Il fallait aussi que le vélo soit bien entretenu, ce qui nécessitait la vigilance de chaque utilisateur. Les routes étaient moyennement dangereuses, sinueuses et pas très larges ; mais, en général, les automobilistes ne roulaient pas à tombeau ouvert et avaient tendance à respecter les cyclistes. Il y avait évidemment toujours des cas particuliers, des excités, des inconscients, et il fallait toujours être vigilant.

Le facteur de la Grévalée, Francis Tarcin, était un petit homme jovial et musclé, qui manifestement aimait son job. Il savait que, dans telle maison, tel village reculé, il était parfois la seule personne que ceux et celles qui y demeuraient, des gens bien âgés, voyaient pendant la semaine. Il aimait s’attarder, parler de tout et de rien, donner et développer des nouvelles du bourg, les départs, les arrivées, la fréquentation de la crêperie, de l’épicerie, les travaux de réfection dans la rue du Vignoble, les lotissements en projet… On commentait les naissances, les sépultures (c’était la terminologie locale) et bien sûr, le temps, pluie, soleil, brouillard et le vent, le vent, toujours le vent, le vent omniprésent ; ce vent qui obligeait Francis à se dresser sur ses pédales dans la côte du manoir quand il l’avait de face, ce vent chargé de sel et d’effluves marines, ce vent d’ouest qui sentait bon les vagues de l’océan, qui tordait les arbres et qui hurlait dans les feuillages des chênes, des hêtres et autres châtaigniers, pins, cèdres… Mais ce vent qui revigorait, ouvrait les poumons, apportait toute l’énergie de l’océan. Ce vent qui sentait bon la vie.


Francis Tarcin était enclin à beaucoup écouter, à raconter aussi un peu, mais à ne jamais médire. C’était trop facile d’avoir, comme beaucoup, une langue de vipère et trop commun de vilipender celui-ci ou celle-là. Il était très prudent : il savait que tout le monde connaissait tout le monde. Et que tous et toutes étaient largement liés par des relations de parenté : beau-frère, belle-sœur, cousin, oncle, grand-mère, beau-père… Tout ou presque se savait tôt ou tard. Des rancunes subsistaient, datant d’on ne sait plus quand ; on en avait oublié la raison. Une phrase il y a des lustres… un bout de champ… une portion de haie… des avances un peu trop explicites… Alors on appréciait la discrétion et la bonne humeur du facteur. Il est sûr que s’il avait voulu se présenter pour des responsabilités communales importantes, il aurait été facilement élu. Mais cela ne l’intéressait pas, il préférait garder sa jovialité et une forme d’humanisme. Et rester passeur de lien social.


Facette « lumière » de Francis Tarcin.


On savait qu’il avait le désir d’acquérir plus tard, pour sa retraite, une maison de bord de mer. Son salaire de facteur y suffirait-il ?


*************


Dans la chambre elle laissait tomber lentement ses vêtements un à un. Quand elle ne fut plus vêtue que de son porte-jarretelles noir et de ses hauts talons aiguilles rouges, elle se mit à onduler lascivement de sa jolie croupe pulpeuse, ouvrant et refermant ses longues jambes, son épaisse chevelure brune ondulant au creux de ses reins. La fenêtre était ouverte ; elle savait qu’on ne pouvait pas la voir de la rue à cause des feuillages des magnifiques chênes et des gigantesques châtaigniers le long de la maison.


Elle ondulait, cambrait les reins, virevoltait sur ses hauts talons rouges, massait ses seins plantureux et fermes ; bien face à la baie vitrée.

De biais une fenêtre étroite dans la maison voisine. De là, c’est sûr, on aurait pu la voir.


*************


« Un p’tit muscadet ? Ou un Grosleau de chez Bretoufon ? Il est tout fruité celui de l’année dernière. Ou alors un café ? » Francis Tarcin disait rarement « non, merci ». Le p’tit coup, c’était la coutume dans ces régions de vignobles, d’eau et de vent, dans ces régions de plaine. Parfois, comme à la Grévalée, quelques coteaux le long de la rivière. On avait sa « cave », un hangar avec des tonneaux de vins, sauvignon, merlot, gamay, Grosleau, Gros Plant, muscadet, aussi avec des alcools plus ou moins forts, parfois de véritables tord-boyaux « maison ». L’alcoolisme était un gros problème. Rien ne pouvait se discuter entre hommes sans un verre de vin, ou plus si affinités, y compris dès dix heures le matin.


Alors Francis Tarcin buvait parfois une goutte d’alcool, mais avec grande modération. « Le petit-fils est entré au lycée de Challans ; la grande est en stage au CHU de Nantes pour préparer son examen d’infirmière, elle a la vocation. » « Edmond a encore fait des bêtises : ah ! Il nous en cause des soucis celui-là, heureusement qu’il y a son grand frère… »

Oui Francis Tarcin aimait écouter ; ces petits vieux, ces petites vieilles, ridés, fripés, parfois un peu tordus, avec leur passé de travaux des champs. Il goûtait le charme de ces moments tranquilles autour d’une tasse de café, d’un verre de pinot, et de petits gâteaux. Les minutes s’écoulaient, rythmées par le tic-tac de la pendule ou de l’horloge sous les vieilles poutres de chêne. Le temps s’arrêtait dans une douceur paisible. Il se disait qu’il avait de la chance d’exercer un métier qui lui plaisait. Et en plus d’être rétribué à peu près correctement.

Ensuite il pédalait plus vite pour rattraper le temps qu’il n’aurait jamais qualifié de perdu. Cela le réchauffait, ces phrases, ces confidences, ces histoires, en partie inventées, enjolivées ou dramatisées. Il était un peu un transmetteur d’humanité. Et appuyer un peu plus fort sur ses pédales ne le gênait pas. Il aimait sentir ses muscles répondre à ses demandes, ses cuisses et ses mollets se durcir, son souffle s’accélérer tout comme les battements de son cœur. La poisse c’était la pluie, qui parfois durait de longues heures dans ces proximités d’océan ; elle tombait souvent obliquement avec le fort vent d’ouest et son visage en était trempé. Le ciré jaune réglementaire le protégeait quelque peu et rien n’était catastrophique.


Oui, Francis Tarcin dans la lumière.


*************


Dans la chambre elle laissait tomber lentement ses vêtements un à un. Puis, quand elle ne fut plus vêtue que de son porte-jarretelles noir et de ses talons aiguilles rouges, elle se mit à onduler lascivement de sa jolie croupe pulpeuse, ouvrant et refermant ses longues jambes, sa longue chevelure brune ondulant au creux de ses reins. La fenêtre était ouverte ; elle savait qu’on ne pouvait pas la voir de la rue à cause des feuillages des magnifiques chênes et des gigantesques châtaigniers le long de la maison.


Bien face à la baie vitrée elle faisait saillir ses jolis seins fermes, comme pour une offrande.


Elle savait que, de biais, derrière la fenêtre étroite de la maison voisine, il l’observait, parfois avec une paire de jumelles malgré la courte distance, parfois muni d’un appareil photo.


C’est bien pour cela… quand elle était seule, l’après-midi… dans cette chambre à l’écart…


Son mari, le notaire Edmond Francefeuille, travaillait à son office notarial distant d’une dizaine de kilomètres.


Adriana adorait son affriolant porte-jarretelles noir qu’« on » lui avait offert.


Comme chaque fois elle avait laissé ouverte la petite porte, derrière, (porte en PVC de 3 cm d’épaisseur avec une plaque isolante de polyuréthane), près du garage.



LE NOTAIRE EDMOND FRANCEFEUILLE


Ce jour-là, le 19 juin 1980, Edmond Francefeuille était, comme d’habitude, à son office notarial. Bâtiment ancien, fait de bonnes vieilles pierres, il avait été bien rénové et permettait de travailler dans de bonnes conditions.


Dans une région rurale et un petit bourg, le notaire est un notable. Il fait souvent partie du conseil municipal. Il gère, avec le chef-géomètre du conseil général, les délimitations de propriétés ; parfois source de conflits pour quelques sillons, une haie ou un fossé à moitié disparu sous les herbes. Surtout après le remembrement de 1955 qui avait bouleversé des situations qui semblaient acquises.

Il propose aux mairies des plans de nouvelles infrastructures. On demande son arbitrage dans des échanges de parcelles agricoles. Il gère bien sûr les ventes et les achats immobiliers.

Dans ce territoire où tout le monde se connaît, un notaire pouvait alors être sensible aux pressions, aux copinages, aux arguments financiers.

Il pouvait aussi se tenir dans sa tour d’ivoire, loin de ces populations rurales.


Edmond Francefeuille avait la réputation d’un homme parfois brutal dans ses réactions mais intègre et dépourvu d’arrogance. On disait de lui : « C’est un homme simple. » Il pêchait, il allait ramasser des champignons ; dans la rue, il saluait les passants ; il allait acheter à pied sa baguette de pain, il lisait Ouest-France, achetant discrètement « Le Monde » à Nantes…


Donc ce 19 juin 1980 il reçut, comme d’habitude, plusieurs coups de téléphone. Vers 15 h 30 il sortit en trombe et s’engouffra dans sa voiture.


Il était originaire de la région où ses parents possédaient déjà un office notarial. Charmeur, ne manquant pas d’humour, il avait séduit la belle Adriana Dubois, une jeune professeure d’université, une dizaine d’années de moins que lui. Ils s’étaient très vite mariés et le couple donnait l’image d’une très bonne entente.



LE 19 JUIN 1980


Dans l’après-midi du 19 juin 1980, le facteur Francis Tarcin longe la belle propriété des Francefeuille. Trois hectares de pelouses, bosquets, fleurs, avec un petit potager. Si leur maison, style contemporain, trois étages, était construite sur du rocher, une bande d’argile de plusieurs centaines de mètres de long s’étendait en contrebas sur plusieurs propriétés. Plusieurs étangs y avaient été creusés, alimentés par des sources souterraines. Celui des Francefeuille s’étalait sur une centaine de mètres ; il était entouré de pelouses, de fleurs, quelques arbustes, mais pas de ces grands et majestueux arbres que l’on voyait dans le reste de la propriété. Francis Tarcin aimait jeter un coup d’œil sur ces arbres, cet étang, ces belles couleurs ; il y apercevait souvent, suivant la saison, des écureuils se pourchassant, des mésanges bleues ou charbonnières, des chardonnerets, des verdiers…

Tout cela variant tout au long de l’année.


Mais cet après-midi du 19 juin, il voit sur l’étang quelque chose, une sorte de tache, qu’il n’y avait jamais vue. Cela l’intrigue.


Edmond Francefeuille arriva à pied aux abords de sa maison ; il avait garé prudemment sa voiture un peu plus loin. Fébrile, angoissé, agité, il entra silencieusement par la porte dérobée, sur l’arrière, près du garage. Et, n’entendant pas de bruit au rez-de-chaussée il monta l’escalier sans ses chaussures. Arrivé au milieu de celui-ci il entendit des gémissements et des cris sans équivoque provenant de la chambre d’amis.



MOI ET…


Vers les années 1970 j’habitais au petit bourg de la Grévalée ; j’y étais élève de l’école primaire Notre-Dame-de-Toutes-Douleurs : dans ces contrées rurales, conservatrices et catholiques, il n’était pas rare qu’un bourg ne possédât qu’une école primaire, qui était privée catholique. Mes parents étaient voisins des Francefeuille. Les deux propriétés se touchaient. Parfois, à certains endroits, dans les fourrés et les buissons de fragon ou de houx, on ne savait pas où était la délimitation des propriétés ; et cela ne posait aucun problème. Les relations de voisinage étaient bonnes et simples. On s’échangeait des recettes de cuisine, des adresses d’artisans, des noms d’engrais ou d’insecticides ; on se donnait un coup de main pour la taille de haies. Et surtout, mon père et Edmond Francefeuille aimaient pêcher ensemble dans l’étang du notaire. Oh ! Ce n’était pas pour des pêches miraculeuses destinées à de pantagruéliques repas. Il y avait surtout de petits gardons de 4 ou 5 cm qu’ils pêchaient en grandes quantités. Et puis, une fois les deux seaux remplis, ils rejetaient tous les poissons à l’eau, en leur donnant rendez-vous pour la fois suivante.

Ils aimaient simplement aussi se retrouver pour bavarder, raconter des histoires, des blagues, et, évidemment, boire un peu du Grosleau gris du bourg.


Edmond Francefeuille était un homme grand et fin, élégant. Sa femme était une magnifique brune. Elle aimait s’habiller à la dernière mode, de façon sexy mais sans trop de provocation.


Elle avait une grande attirance pour les chaussures rouges à hauts talons. Elle en possédait au moins une dizaine de paires. Différentes marques, différentes formes. Rouge-orange, rouge carmin, rouge vermillon, rouge violent… Hauts talons pour ses heures d’enseignement (elle enseignait la littérature à l’université de Nantes où elle se rendait trois fois par semaine) : 2 ou 3 cm. Dans d’autres circonstances, jusqu’à 10 cm. Qui cambraient la silhouette et la rendaient ô combien désirable.

Le couple faisait bien sûr tous deux partie du « Tout-la Grévalée » à défaut du « Tout-Paris »…


Après mon école primaire je poursuivis mes études au lycée de Challans ; je pouvais rentrer chaque soir chez mes parents. Puis je me spécialisai dans des études de physique des particules à l’université de Nantes. Je rentrai tout de même souvent à la Grévalée.


Aimantation…


Mes ténèbres ??? Ma lumière ???


En plus de ma passion scientifique je cultivais depuis mon adolescence un attrait pour la chose musicale ; j’avais jeté mon dévolu sur la clarinette : j’en jouais le plus régulièrement possible. En particulier j’aimais travailler mes partitions à la Grévalée, dans cet endroit bucolique, face aux arbres, pelouses, étangs. J’alternais physique des particules et musique classique ou jazz : cela me convenait tout à fait.


*************


Francis Tarcin descend vers l’étang et pousse un cri rauque : un corps humain flottait sur l’eau noirâtre.



LE JARDINIER ALAIN VOLIDOIR


Le père de monsieur Francefeuille et monsieur Volidoir avaient été de grands amis. Monsieur Volidoir était vigneron et chasseur. Ils partaient ensemble dans les prairies, les bois, les vignes, chasser le lièvre et le chevreuil. Ils passaient aussi du temps dans la cave du vigneron qui faisait goûter au notaire ses derniers breuvages. Monsieur Volidoir avait un fils, Alain, qui avait été largement allergique à la chose scolaire. Heureusement il aimait tout ce qui se rapportait à la nature, les arbres, les fleurs, les prairies, et avait réussi à en faire son métier.

Alors, naturellement monsieur Francefeuille l’embaucha comme jardinier à mi-temps. Alain était un solide gaillard ; il avait souvent aussi un air doux et des yeux rêveurs.

Il aimait modeler les parcs et les jardins à la manière d’œuvres d’art, toute une symphonie de verdure, avec des buissons délicatement taillés, des branches entrelacées, des fleurs savamment réparties pour des harmonies de formes et de couleurs.


Dans cette région rurale largement tournée vers l’écologie, l’art du jardin était bien développé. On y passait du temps ; on choisissait ses plantes maraîchères, ses fleurs, on soignait ses arbres fruitiers. On sarclait, piochait, bêchait, désherbait, greffait, élaguait, abattait, plantait de façon raisonnée et planifiée. Certains pouvaient vivre en quasi-autarcie légumière. Et beaucoup mettaient un point d’honneur à ce que les passants aient envie de s’arrêter devant leur potager pour en admirer l’harmonie et la richesse.



LE 19 JUIN 1980


Edmond Francefeuille s’engouffre dans la chambre. Sa femme n’est vêtue que de son porte-jarretelles noir et de ses chaussures rouges à hauts talons aiguilles. L’autre est nu. Elle est à genoux devant lui, jambes ouvertes, la tête contre son ventre. Se doutant de ce qui l’attendait, le notaire avait empoché son révolver qu’il conservait dans le tiroir de son bureau notarial depuis l’agression de l’été dernier. Il fait feu sur les deux. Son révolver est muni d’un silencieux.

Il se jette dans l’escalier, se précipite vers l’étang, son étang, s’avance dans l’eau ; vase dans le fond, difficile de progresser. Il jette un coup d’œil vers cette maison, ces arbres, ces fleurs, qui représentaient la majeure partie de sa vie.


Le ciel est d’un bleu lumineux avec seulement quelques petites masses blanches bourgeonnantes. Tout tourbillonne. Le choc a été trop rude. Il adore Adriana. Et tout vient de s’écrouler. Plus rien n’a de sens.


Il porte le révolver à sa tempe.


La Grévalée est tout à fait tranquille en cet après-midi et aucun bruit ne vient troubler la quiétude de ce petit bourg de la région nantaise.

À peine un tout petit claquement.

Comme souvent, un petit vent d’ouest fait vibrer les feuilles bien vertes en cette chaude fin de printemps…

Seulement un pinson, quelque peu dérangé, s’envole en lançant ses trilles caractéristiques. Tout se tait. Tout repose… Des coassements de rainettes dans les roseaux… Au loin quelques rires d’enfants…


*************


Francis Tarcin appelle, d’une cabine téléphonique toute proche, le maire et la gendarmerie. Le maire est sollicité en toutes occasions dans ces bourgs ruraux : querelles de voisinage, fêtes de famille, manifestations sportives ou culturelles… C’est un personnage omniprésent.


On emporta les trois corps. On recouvrit d’un drap blanc le corps d’Adriana et son porte-jarretelles noir, tout comme le corps de son jeune amant et le corps de son époux.


Adriana aimait les jeunes hommes et les jeunes jardiniers au regard doux et rêveur. Elle était jolie et pétillante, plus jeune que son mari, avec un corps pulpeux et ardent.


L’enquête n’apporta aucune révélation fracassante. La secrétaire du notaire indiqua que celui-ci était sorti en trombe après un coup de téléphone sur sa ligne directe.

La conclusion fut logique : double crime passionnel et suicide.


Évidemment à la Grévalée et dans la région ce fut un cataclysme. Le notaire était fort connu. Et les conversations allèrent bon train sur la vie privée d’Adriana Francefeuille, sur ses attirances. On parla aussi beaucoup du jardinier, un enfant du pays. On s’interrogea sur les conversations téléphoniques du notaire cet après-midi du 19. Mais personne ne savait rien. On se disait que madame Francefeuille aurait dû avoir la prudence de rencontrer son amant ou ses amants ailleurs, sur la côte par exemple, Pornic ou Saint-Jean-de-Monts ; ou alors Nantes. Les hôtels accueillants et discrets n’y manquent pas, tout comme les hôtels charmants face aux vagues.


– Oui, mais sûrement que jouer avec le feu devait l’exciter.

– C’est sûr, prendre des risques, ça met du piment à la chose.

– N’empêche, faire ça en plein jour. Avec son mari à quelques kilomètres, c’est osé.

– En tout cas, moi, je m’y serais prise autrement.

– Eh bien dites donc Ernestine, vous en racontez de bonnes là.

– Non, c’est pour causer. Maintenant, j’ai 68 ans. Mais quand j’étais jeune… Bon, je ne vais pas tout vous raconter. En tout cas j’en connais un rayon sur les hôtels de la côte. Mais vous le gardez pour vous, hein !

– Bien sûr Ernestine, tu nous connais ; nous sommes muettes comme des tombes.

– Et le facteur, il ne sait rien celui-là ? Il n’a rien vu ? Lui toujours à être partout et à connaître tout le monde.

– On dit qu’il a trouvé une maison de bord de mer à Saint-Gilles-Croix-de-Vie pour sa retraite. Un joli pavillon avec une très belle vue sur l’océan.

– Tant mieux pour lui. Mais il a dû faire un héritage, parce que ce n’est pas donné là-bas. Et avec son salaire de facteur…

– Il doit être très choqué… Peut-être en dépression ?

– Ah ! Et notre courrier alors ?

– Il travaillera sûrement quand même. Tu l’auras ta lettre de ton amoureux, Ernestine !

– Des lettres, des lettres, ça fait bien longtemps que je n’en ai pas reçu de lettres ; à part les factures ; elles ne m’oublient pas celles-là.

– Et nos dossiers chez monsieur Francefeuille ? Qui va s’en occuper maintenant ? J’ai pas mal d’affaires en cours moi !

– Le maire, vous l’avez vu ces temps-ci ?

– Oui, il est passé à toute vitesse dans le coin.

– Ouais, il sait s’éclipser celui-là. Parler, parler, ça il sait faire.

– Il me rappelle la chanson de Dalida : paroles, paroles.

– Tu nous la chantes ?

– Je suis enrhumée, j’ai la voix éraillée ; ça s’entend ; non ?

– Maintenant plus personne n’osera aller pêcher dans l’étang ; mon mari y allait assez souvent ; monsieur Francefeuille était sympa pour ça.

– Oui, c’était quelqu’un qui ne faisait pas le fier.

– Et Robert et Jocelyne, vous savez quand ils arrivent ? C’est la catastrophe pour eux.

– Heureusement qu’ils ne sont plus des enfants.

– En tout cas, moi, je ne l’ai jamais aimée madame Francefeuille ; elle avait des tenues trop sexy. Et puis vous aviez vu ses hauts talons rouges ?

– Oui, moi je me demandais si elle ne dormait pas avec.

– En tout cas on dit qu’elle les portait quand son mari les a surpris.

– Pauvre Alain ; si jeune ! Il s’est laissé séduire.

– Dans mon jardin, il a fait un super boulot ; il faudra que je trouve quelqu’un d’autre.


Ainsi allait la vie… Doucement, doucement, le crime et le suicide commençaient déjà à s’estomper dans un halo de brume. Les conversations se poursuivaient dans le soir qui tombait doucement ; on commençait à entendre les premières chouettes chevêches et les hiboux moyens-ducs.


*************



LES AUTRES ET MOI


J’étais à la Grévalée quand ces tristes événements se déroulèrent. J’avais une vingtaine d’années. Le jardinier Alain Volidoir était de deux ans plus âgé que moi.


J’étais venu quelques jours dans la maison familiale préparer un examen faisant partie de mon cursus de licence de physique des particules. J’aimais travailler tranquillement dans ma petite chambre du 1er étage. L’atmosphère de la Grévalée me tonifiait et m’inspirait. J’y rencontrais souvent mes voisins, Robert et Jocelyne Francefeuille, les enfants du notaire.


Ils avaient mon âge à quelques années près. Jocelyne était l’aînée. Elle poursuivait sans difficultés des études de médecine après une scolarité tout à fait bonne. Jusqu’à l’âge de 11 ans elle avait fréquenté l’école laïque de Legé, pour éviter l’unique école primaire de la Grévalée, privée et catholique. Il en était d’ailleurs ainsi dans de nombreux bourgs du Pays de Retz. Cela nécessitait des déplacements et toute une organisation de ramassage scolaire. Robert était plutôt anti-scolaire. Il avait en horreur tout ce qui était directives, consignes, normes à respecter. Mais il lisait beaucoup et tenait un « journal intime » qui recueillait ses poèmes, des réflexions, des bribes d’analyses, de petits bouts d’histoires, des contes… C’était son jardin secret.


Une sorte d’amitié simple, nouée depuis notre plus tendre enfance, nous liait et nous faisait nous retrouver avec beaucoup de bonheur. Nous parlions de tout et de rien, refaisions le monde, arpentions ensemble les sous-bois ou parcourions à vélo les petites routes ou les chemins des environs. Robert était toujours attiré par l’écriture, Jocelyne passait du temps avec ses livres de médecine. Nous nous complétions bien tous les trois. Nous ne nous jugions pas, n’établissions entre nous aucune hiérarchie. Nous nous appliquions, sans le savoir, une relation d’ordre partiel : nous étions différents mais pas comparables ; comme 3 n’est ni « supérieur » ni « inférieur » à 7 pour la classique relation d’ordre basée sur la divisibilité dans l’ensemble des nombres entiers.


Je leur offrais parfois des mini-concerts de jazz, le soir au bord de l’étang : Stan Getz, Paul Desmond, Dave Brubeck… Des voisins venaient se joindre à nous. Douceur des soirées sous les caresses du vent. On papotait en buvant un peu vin blanc au nantillais ou à la crème de cassis. Quelquefois Jocelyne et moi nous nous éloignions quelque peu vers la fin de la soirée. Je pelotais ses seins ; elle me laissait faire. Je sentais les petites pointes se durcir sous mes doigts, mes lèvres, mes dents. Mais nous en restions là. Nous étions amis de longue date, amis d’enfance et c’était bien ainsi ; avec parfois quelques petits jeux sensuels émoustillants.


En cette période de juin 1980 mes amis étaient tous les deux absents, Robert pour un atelier d’écriture qu’il encadrait à Lyon et Jocelyne en stage médical à Bordeaux.



MOI JUIN 2000


Je reviens du Japon. J’irai plus tard rendre visite à mes parents près de Prades. Retour émouvant dans le bourg de mon enfance et adolescence, la Grévalée. Retrouvailles chaleureuses avec mes anciens camarades de classe. Tellement de choses à se raconter. Et d’abord mettre un nom et un prénom sur un visage ; parfois c’est tout à fait simple, parfois un peu moins tant la vie marque les corps de façon inégale.


Je retrouve bien sûr Robert et Jocelyne Francefeuille. Robert s’est installé, avec sa famille, dans la maison de ses parents. Je passe de longs moments avec le frère et la sœur. Nous nous racontons ces années passées. Ma découverte du Japon, mon installation, mon intégration dans des équipes de recherche. J’ai appris bien sûr le japonais. J’ai trouvé à Kyoto un petit groupe musical au sein duquel ma clarinette et moi-même nous plaisons bien. Robert est devenu écrivain. Ses romans sentent bon le terroir. Douceur, engagement humaniste, force d’un visionnaire interrogeant les grands philosophes… Il est marié et a quatre enfants. Jocelyne est cardiologue ; dynamique et consciencieuse, elle se tient étroitement informée des dernières découvertes, des dernières techniques. Elle plaide pour une médecine ouverte qui tienne compte du patient en tant qu’être humain avec ses peurs, ses espoirs, ses angoisses. Ne pas tuer l’émotion en se réfugiant derrière la technique. Elle s’est engagée dans ce combat avec un groupe de médecins, psychologues, infirmiers, orthophonistes… Elle vit avec son compagnon sans être mariée et a un enfant.


L’étang des Francefeuille a été agrandi. Deux bouleaux magnifiques sont plantés sur une rive, proches l’un de l’autre, comme des jumeaux ou des amoureux. Robert et Jocelyne me confient que c’est en souvenir de leurs parents qu’ils les ont fait planter. En hommage au couple uni qu’ils formaient, malgré cette fatale crise d’adultère : elle avait été séduite par le jeune et fringant jardinier, Alain Volidoir. Comme si l’histoire de Lady Chatterley recommençait.


Et brutalement, le passé en pleine figure.


Confort de l’éloignement au bout du monde qui estompe tout :

Développement rapide de mes recherches scientifiques ; florissantes activités musicales ; nouveaux amis et collègues…

Tout cela m’avait absorbé ; tout cela avait tellement occulté…


Grande tristesse…


Robert et Jocelyne me brossent le tableau d’une famille heureuse et d’un couple en réalité uni, un couple d’amoureux malgré les divergences et la différence d’âges ; malgré certaines fringales d’Adriana…


Images…


Moi à 21 ans…


La petite fenêtre de ma chambre du 1er étage.


Cette petite porte, derrière, près du garage…


Mon pan de lumière, ma passion de scientifique brillant. Et mon pan de ténèbres.


Silence.


Je me réfugie dans le silence.


Je fuis dans le silence.


Je fuis une fois de plus.


*************


Dans la chambre elle laissait tomber lentement ses vêtements un à un. Puis, quand elle ne fut plus vêtue que de son porte-jarretelles noir et de ses talons aiguilles rouges, elle se mit à onduler lascivement de sa jolie croupe pulpeuse, ouvrant et refermant ses longues jambes. La fenêtre était ouverte ; elle savait qu’on ne pouvait pas la voir de la rue à cause des feuillages des magnifiques chênes et des gigantesques châtaigniers le long de la maison.


*************


Douleur des souvenirs. Brûlure… Difficile émergence des mots pour décrire ce passé.


Absence de formulation.


Images restant largement enfouies.


Comment se le dire ?


Comment oser se le dire ?


Lentement, les mots reconstruisent peu à peu.


Image floue d’une paire de jumelles derrière une vitre. Ça se précise à tout petits pas.


Un homme, jeune, d’une vingtaine d’années. Palpitant. Enfiévré.


Derrière les jumelles rivées sur les jolis seins offerts d’Adriana, devant cette petite fenêtre du 1er étage dans la maison d’à côté, j’étais haletant, le sexe turgescent. Adriana se déshabillait lentement pour moi devant sa fenêtre ouverte. Elle savait que je l’observais depuis ma chambre. Une sorte de fil nous reliait, elle modulant ses gestes érotiques au gré de l’intensité de mes pensées et de mes désirs.

Et elle avait laissé ouverte la petite porte. Que j’empruntais quelques instants plus tard, après m’être régalé de la vision du lent et savant effeuillage. Je m’y engouffrais vers des caresses, des délices, des cris, des halètements, tout un vertige qui nous laissait pantelants et hors du temps.


Et puis un jour, un sombre jour…


Je n’étais pas le seul !!!


J’avais vu, un mercredi après-midi, le jardinier Alain Volidoir entrer discrètement dans la maison du notaire par la petite porte, derrière, près du garage.


Je savais quelle était la suite, et les cris d’Adriana.


Jalousie. Crises de jalousie. Douleurs de jalousie. Tripes tordues de jalousie.


J’avais hurlé tout cela à Adriana. Son visage s’était durci ; elle m’avait répondu sèchement : « Mon corps m’appartient ; tu n’as aucun pouvoir sur moi. »


Désespoir, colère, humiliation.


Alors un jour, un jour de désespoir, coup de téléphone au notaire au cours de cet après-midi du 19 juin 1980 vers quinze heures quinze…


J’avais dénoncé pour détruire. Et j’avais immensément détruit. J’avais 21 ans.


Tout ce gâchis que j’avais fui et occulté au Japon, à l’aide de la distance et avec la complicité du temps qui passe et qui estompe, était maintenant là devant moi en pleine lumière.


Un profond dégoût de moi-même m’envahit. Trois vies avaient été détruites à cause de moi. Et je venais d’être lâche. Je n’avais pas eu le courage de tout avouer, à mes amis Robert et Jocelyne, lors de ces dernières journées passées ensemble à la Grévalée, j’avais à peine eu le courage de me l’avouer à moi-même.


Puis je retrouve aussi pendant ces journées l’ancien facteur Tarcin maintenant en retraite et retiré dans son joli pavillon de bord de mer. Il me parle longuement du passé et des événements tragiques au cœur desquels il s’est trouvé.


Et puis tout à coup il finit par me révéler son immense pan de ténèbres.


« J’ai besoin de me soulager. »


Dans le cœur de ce facteur tellement aimé par la population, tellement jovial, au contact tellement facile et chaleureux, ténèbres et lumière se confrontaient… Il vit depuis de longues années dans un remords qui le ronge.


Un facteur se déplace partout, voit beaucoup de choses, entend beaucoup de choses. Les appétits sexuels de madame Francefeuille ne lui avaient pas échappé ; il connaissait l’existence de la petite porte, derrière, près du garage ; il nous avait aperçus, le jardinier Alain Volidoir et moi.


Son grand pan de ténèbres…


Il avait besoin d’argent pour son projet de pavillon dominant l’océan. Alors il s’était mis à la faire chanter : chaque semaine une grosse quantité de billets pour prix de son silence.


Pas d’état d’âme, il voulait le bord de mer.


Je sors profondément déprimé de cet entretien et de ces aveux.


Ténèbres et lumière.


Le facteur Francis Tarcin…


Le jeune jardinier Alain Volidoir…


Artiste-paysagiste, amoureux de la nature, une sorte de poète doux et rêveur ; peu de résistance aux avances d’Adriana Francefeuille. La petite porte derrière près du garage lui était familière. Adriana était une amante passionnée.


Et moi ?


Pan de lumière. Passion de la recherche scientifique, de belles réussites. Chercheur apprécié avec des amis et collègues chaleureux.


Et immense zone de ténèbres.


Dégoût de l’humanité : les ténèbres sont-elles, toujours et partout, vouées à écraser la lumière ?


Grande tristesse et grande lassitude. Abattement. Abattement. Abattement



LES SABLES D’OLONNE


La cité balnéaire n’est distante que d’une cinquantaine de kilomètres.


Après y avoir posté un courrier je descends au port ; je défais l’amarre du voilier de mon oncle.


Je regarde, longuement et sans forces, la ville, le port, le front de côte, le phare, ces lieux bien connus dans ma jeunesse, qui m’étaient familiers. Ils me rappellent toutes mes espérances d’alors, la certitude qu’en moi la lumière aurait raison des ténèbres.


Je suis infiniment triste. Infiniment coupable.


Le ciel est tourmenté avec des rayons de soleil filtrant à travers les nuages. Je regarde maintenant tout cela avec un total détachement, cette vie, ce monde, qui sont bien loin, dans un au-delà qui ne me concerne plus.


Je ne prends aucune provision de nourriture ou de boisson.


Je pars, je fuis, vers l’ouest, vers la haute mer. Vent de cinq nœuds.


Pas de pensées. Léthargie.


J’ai seulement emporté quelques CD de jazz que j’aime : Stan Getz, Paul Desmond, Dave Brubeck… Pas de carte, pas de radar.


Le vent m’emporte. Le bateau dérive. Ma vie dérive. Je fuis.


Reste une image :


Dans la chambre elle laissait tomber lentement ses vêtements un à un. Puis, quand elle ne fut plus vêtue que de son porte-jarretelles noir et de ses talons aiguilles rouges, elle se mit à onduler lascivement de sa jolie croupe pulpeuse, ouvrant et refermant ses longues jambes, sa longue chevelure brune ondulant au creux de ses reins. La fenêtre était ouverte ; elle savait qu’on ne pouvait pas la voir de la rue à cause des feuillages des magnifiques chênes et des gigantesques châtaigniers…


Ainsi va la vie. Ainsi va la mort. Le vent m’emporte.


Je fuis.



UNE FIN ?


Un entrefilet dans Ouest-France indiqua la disparition d’un chercheur en physique des particules, José Loyalos, en vacances dans la région. Son oncle signala la disparition de son voilier. Il indiqua aussi avoir reçu, de la part de José, un chèque correspondant à peu près à la valeur du bateau, sans aucune explication jointe. Les recherches entreprises ne donnèrent rien. Le corps ne fut jamais retrouvé. Des débris ayant pu appartenir à ce voilier furent trouvés sur une plage au-delà de Royan. Le dossier ne pouvait qu’être clos.


Quatre personnes étaient décédées tragiquement, à une trentaine d’années d’intervalle.



AUJOURD’HUI


Robert Francefeuille vit heureux avec sa femme et deux de ses enfants à la Grévalée dans la maison de ses parents. L’été il reçoit dans son parc des enfants défavorisés de la région parisienne qu’il installe sous des tentes. Le calme de la Grévalée lui est précieux dans ses travaux d’écrivain. Il écrit face à l’étang, face aux bouleaux. Ambiance paisible qui lui convient. Sa sœur est cardiologue dans la région et ils se rencontrent souvent ; les deux familles s’entendent bien. L’étang agrandi et curé accueille des canoës et des baigneurs. On y trouve toujours des gardons de 4 ou 5 cm.


Des rainettes coassent dans les roseaux et on y entend pinsons, verdiers, mésanges…


Robert écrit des romans et des essais, souvent autour de la notion de désir.

Désir qui stimule. Désir qui permet de se projeter en avant, vers le haut.

Désir qui frustre. Désir qui fait souffrir. Désir qui fait perdre la raison. Désir qui détruit.


La disparition de son ami José lui demeure un grand mystère : il n’a laissé aucun message, aucune explication, ne lui a fait aucune confidence. Sa sœur et lui ont été très affectés par cette disparition de leur ami d’enfance qu’ils avaient retrouvé avec beaucoup d’émotion et de joie.


Le désir… L’écrivain Robert Francefeuille se nourrit d’analyses bouddhistes, de poèmes de Baudelaire, d’Apollinaire… d’écrits de Sartre… Il médite des paroles du Bouddha : « À l’origine de notre malaise il y a le désir : l’envie d’avoir ou d’être toujours plus. »

Sa mère avait-elle eu besoin de toujours davantage de jouissances ? Toujours davantage d’hommes jeunes ? Combien d’amants avait-elle eus ? Pour obtenir ce qu’un mari plus âgé ne pouvait pas lui offrir. Toujours plus, toujours plus… Ce qui avait fini par la perdre…

Robert sait aussi combien la vie serait triste, morose, sans saveur, monotone, insipide, sans le plaisir, le désir, les attirances, l’amour et les jeux de l’amour. Il connaît ces vers de Baudelaire :

« Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,

Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,

Je vois se dérouler des rivages heureux

Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone. »


Tout cela enrichit et féconde son travail d’écrivain face à l’étang. Chaque jour…


Concernant les circonstances qui ont conduit au geste meurtrier de son père, il ne sait que peu de choses ; guère plus que ce que l’enquête de police a établi : selon la secrétaire du notaire celui-ci est sorti en trombe le 19 juin 1980 après un coup de téléphone vers 15 h 15. Elle n’en sait pas davantage. Et rien n’a pu être découvert de ce côté.


Le frère et la sœur continuent ainsi leurs vies en pleine obscurité. Drame familial dont ils ne savent presque rien. Poids très lourd à porter.


L’ancien facteur Alain Tarcin vieillit et se rapetisse avec ses remords. Sa jovialité passée n’a pas totalement disparu : il fait rire ses amis retraités à coup d’histoires drôles, les stimule par sa faconde. Mais c’est malgré tout un homme seul car l’on sent chez lui, malgré sa bonne humeur de façade, un fond de tristesse noire qui incite à ne pas approfondir les relations. Sa jovialité apparaît largement artificielle.


************


Les deux bouleaux s’épanouissent au bord de l’étang. Leur écorce prend de délicates teintes argentées au soleil couchant. Leurs feuilles vibrent, étincelantes, dans la brise d’ouest.

Petit signe pour indiquer que le combat de la lumière contre les ténèbres peut ne pas être perdu ? C’est le souvenir qui ne meurt pas, souvenir d’amour, de tendresse, d’amitié.


*************


Pendant un temps, Robert, fidèle à ses souvenirs, chercha dans la presse des signes de l’émergence, quelque part dans le monde, d’un jeune Français, chercheur en physique des particules et clarinettiste de jazz. Quelque part du côté de l’Argentine ou de la Floride.


Tant l’amitié veut être plus forte que la mort. Veut croire aux miracles, envers et contre tout. Souhaitant ne retenir que la clarté. Oublier la nuit.


*************


Les parents de José voulurent aussi s’accrocher à l’espoir d’un miracle et insistèrent pour que des recherches se poursuivent. Puis le temps passant, leur grand âge les affaiblissant inexorablement, ils perdirent toute illusion et s’enfermèrent dans leur douleur. Ils ne retournèrent jamais à la Grévalée et ne cherchèrent pas à en savoir davantage sur tous ces drames. Ils vécurent encore quelque temps dans leur tendresse ; atmosphère de douceur triste.


*************


Immuablement notre Terre possède sa part de ténèbres et sa part de lumière.

Ainsi en va-t-il de l’être humain : son merveilleux et son misérable, son génie et sa petitesse,


Sa part de ténèbres et sa part de lumière.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   socque   
21/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien
En arrivant au bout du passage avec la phrase
Je fuis une fois de plus.
je me suis dit que le narrateur avait téléphoné au notaire. Alors, oui, mais le fait que lui aussi était l'amant d'Adriana m'a été une complète révélation ! Cette partie a bien fonctionné pour moi.

après un coup de téléphone vers 15h15. Elle n’en sait pas davantage. Et rien n’a pu être découvert de ce côté.
Cela me paraît franchement bizarre : les relevés téléphoniques n'existaient-ils pas en 1980, n'était-il pas possible de connaître l'origine du fameux coup de fil ? Si le narrateur a évité d'utiliser le téléphone de ses parents et s'il a appelé d'une cabine, dans ce coin paisible tous les déplacements des gens ne risquent-ils pas d'avoir un témoin ? La non-résolution de cette affaire me paraît donc assez difficile à avaler. C'est un détail, mais le fait d'insister dessus comme vous le faites est peut-être maladroit.

J'ai beaucoup aimé l'introduction avec le partage lumière/ténèbres, mais ai trouvé trop long l'historique des parents du narrateur. Puis, pour moi, il y a des moments trop insistants ou maladroits dans la narration :
cette délimitation nette entre les « forces du bien » et les « forces du mal » que prétendent établir les dogmes, religieux ou non, à coups de sentences, de déclarations péremptoires, de fatwas. (pour moi, la phrase peut avantageusement s'arrêter après "dogmes", ou "non")
ce vent chargé de sel et d’effluves marines, ce vent d’ouest qui sentait bon les vagues de l’océan, (oui, effluves marines, senteurs de l'océan, même combat)
ce vent qui revigorait, ouvrait les poumons, apportait toute l’énergie de l’océan (d'accord, on a compris qu'on n'était pas au milieu des Alpes)
fait de bonnes vieilles pierres, il avait été bien rénové et permettait de travailler dans de bonnes conditions (la répétition de "bonnes" est maladroite à mon avis)
le remembrement de 1955 qui avait bouleversé des situations qui semblaient acquises (je trouve lourde la construction de deux relatives successives introduites par "qui")
n’entendant pas de bruit au rez-de-chaussée il monta l’escalier sans ses chaussures. Arrivé au milieu de celui-ci il entendit des gémissements (je trouve que la répétition du verbe "entendre" est sensible)
j’étais haletant, le sexe turgescent (cliché, pour moi)
Et les reprises systématiques dans les parties où est évoquée la danse sensuelle d'Adriana devant sa fenêtre : pour moi, là, vous en faites trop.

D'une manière générale, c'est pour moi la faiblesse de ce texte : il insiste trop, presque jusqu'au râbachement. Je dirais même que la nouvelle pourrait s'arrêter à
Grande tristesse et grande lassitude. Abattement. Abattement. Abattement.
Le suicide du narrateur n'est guère utile à mes yeux, pas plus que les considérations sur la manière dont les autres protagonistes continuent leur vie : je pense que vous pourriez faire davantage confiance au lecteur, et à votre histoire, pour qu'il ait envie de la prolonger dans sa tête ; à mon idée, vous la "fermez" trop, ne laissez pas assez latitude au lecteur pour s'interroger sur le destin des personnages qu'il a croisés.
Après "Abattement", les quelques phrases de coda sur la part de ténèbres et celle de lumière, pour élargir le propos, donner de la hauteur de vue, suffiraient bien à mon avis.

Très bien vues, pour moi, les bribes de conversation après le double crime + suicide ! L'attention est discrètement attirée sur le facteur...

Si donc j'apprécie l'histoire et le côté "croqué sur le vif" de la présentation du facteur, je trouve un peu empesée celle des autres personnages et, dans l'ensemble, trop appuyées les intentions du texte. Pour moi, la nouvelle gagnerait à être reprise et resserrée pour être rendue plus intéressante.

   plumette   
22/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Tadiou,

Ce texte découvert en EL m'avait interessée et je voulais en faire une seconde lecture avant de le commenter. C'est chose faite ce matin!

j'ai été d'abord interpellée par la construction narrative que je trouve originale.
Il y a un prologue, qui met le lecteur en condition, avec ces réflexions sur la part d'ombre et de lumière en chacun de nous.
Et puis, entre en scène le narrateur principal et vous prenez le temps de l'installer tranquillement avec des digessions diverses.
Je ne vous cache pas qu'à ma première lectre, je trouvais que cela n'avançait pas assez vite! et puis ce matin, j'ai eu une toute autre impression: j'ai apprécié ces détails sur les origines de cet homme, cette façon de brosser son portarit par cercles concentriques à travers l'histoire de ses parents. Cela donne de la chair.
Une réserve: trop d'auto analyse! Certes , vous souhaitez sans doute préparer le lecteur à la suite, à ce secret qui plane et qui diffuse lentement dans l'histoire.Mais j'ai trouvé que c'était un peu lourd.

les personnages débarquent dans l'histoire un à un, avec toujours ce même luxe de détails et ces réflexions sur la vie semées ça et là. J'ai bien aimé ce procédé, même si parfois, j'ai eu l'impression que vous vous laissiez piéger par ce luxe de détails. point trop n'en faut tout de même!( EX les marques du porte jarretelles et du string! ou encore les exraits de conversation entre le factuer et les habitants de La Grévallée)

j'en arrive à ces parties en italique qui évoque le jeu érotique de la belle Adriana. Une bonne idée! Mais je n'ai pas accroché avec le récit: pour moi ce n'est pas réussi: ce qui est décrit est trop convenu, trop cliché.
le fait de reprendre la scène depuis le début, puis de la prolonger me fait penser à u streap tise et dans ce sens là, il y a sur le plan formel quelque chose de bien vu.

Je ne suis pas convaincue du fait qu'il fallait insister avec des caractères gras sur la partie dramatique, tout comme certains titres qui surlignent le texte me semblent inutiles.

La partie qui est pour moi la moins bonne est celle où, sous forme de dialogue, le narrateur omniscient rend compte des réactions après le drame. J'ai trouvé une bizarrerie dans ce passage: il me semble qu'on est censé être dans un temps très proche du meurtre/suicide. Or, il est fait état de l'achat par Tarcin d'une maison pour sa retraite.N'est-ce pas un peu trop rapide?

j'ai trouvé le paragraphe "moi et les autres inutile" Je pense que l'évocation du passé et l'introduction de Robert et Jocelyne aurait pu se faire dans le paragraphe suivant uniquement.

Est-ce un peu de lassitude? J'ai moins accroché avec le parcours de ces deux êtres que je n'ai pas trouvé marqués par le destin tragique de leurs parents!

la fin du texte me laisse mitigée car José est de nouveau trop à mon goût dans l'auto analyse, avec une sorte de monologue intérieur que je trouve très difficile à réussir! je pense que les développements de son cheminement intérieur ne sont pas vraiment utiles à l'histoire car les faits parlent d'eux-même.

En fait, je trouve que vous avez là une matière à faire un roman! et que ce format, avec ce nombre de personnages et cette intrigue est un peu " batard"

Beau boulot tout de même! Avec la description d'un univers et de personnages assez typés qui ont suscité mon intérêt.

Bonne continuation

Plumette

   vendularge   
22/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Tadiou,

C'est un travail assez soigné où on retrouve une belle écriture. La construction est intéressante et j'ai bien aimé faire ces petits détours vers les personnages qui paraissent vivants (je veux dire en mouvement), l'idée aussi d'effeuiller la brûlante Adriana ajoute à 'histoire.

J'ai moins aimé les caractères gras, la légère insistance à propos de nos ombres et lumières, les petits titres.

Quant à la fin, elle laisse tout de même libre cours à notre imagination, être mort pour les siens est une vraie mort, une vraie fuite puisque c'est le face à face avec les lieux et les personnages qui donne sens à nos actes. Ailleurs très loin, le monde est vierge de nos histoires. Nous sommes blanchis quoique l'inconscient veille.

merci
vendularge

   Anonyme   
22/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Pour une raison qui m'échappe, j'ai commencé ma lecture à partir de "Les autres et moi". C'est ce qui était affiché à l'écran lorsque j'ai ouvert mon ordi et je n'ai pas cherché plus loin.

En lisant les autres commentaires je me dis que j'ai du manquer quelque chose et en effet...je découvre tout un pan de texte en amont.

Je ne suis pas mécontent d'avoir commencé ma lecture à cet endroit précis parce que finalement tout ce qui précède me semble être du remplissage inutile. Ce qui me laisse penser qu'il y a donc beaucoup de redites puisque le sens de la nouvelle ne m'a pas échappé en première lecture alors qu'elle était incomplète.

J'ai bien aimé et tout ce qui précède ne me manque pas.

   hersen   
22/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
ma toute première réaction en finissant le texte est qu'il y a trop de redites. Je ne pense pas que cela apporte grand chose à l'histoire en elle-même. Et j'ai trouvé tout un poil trop long. Trop de descriptions, de détails, des choses que je lirais plus volontiers dans un roman où je me plongerais dans une ambiance élaborée par l'auteur.

Ici, on est entre les deux. La nouvelle perd de sa nervosité par ce trop.

De mon point de vue, tout arrive un peu trop lentement. si des détails régionaux sont intéressants, il n'en faut pas non plus trop. Je pense aussi qu'il y a trop de personnages. les parents ne sont pas indispensables. Une simple évocation suffirait.

Je pense aussi que les enfants du notaire prennent trop de place, en quelque sorte, ce n'est pas leur histoire.

Enfin, il m'aurait suffit, j'aurais même préféré pour suivre mon chemin, que José parte en bateau, sans que l'on ne sache rien après. Une fin en suspend, de mon point de vue, pour une nouvelle, favorise l'imagination du lecteur.
Ici, vous nous dites trop.

Naturellement, c'est mon avis mais il ne représente pas grand chose en ce qui concerne le genre de la nouvelle car des approches différentes ne sont pas forcément une mauvaise chose.

J'ai retenu comme un peu suranné "la chose" musicale. Je ne sais pas si on le dit, ou l'écrit beaucoup de nos jours. Mais vous allez dire que je pinaille et vous avez raison.

Sinon, l'adultère dans un village perdu en Bretagne n'est certes pas
exceptionnel, et c'est surtout le personnage de José qui m'intéressait. Que je ne trouve pas suffisamment creusé, je veux dire par là que j'en connais, à la fin de ma lecture, des choses plutôt superficielles alors qu'il y avait, je pense plus à dire des affres qu'il subit.

Merci de cette lecture,

hersen

   Leverbal   
23/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Merci Tadiou pour cette nouvelle qui m'a replongé dans des atmosphères familières de la campagne ligérienne, et dont tu soulignes à plusieurs reprises la propension des locaux à se laisser dévorer par leurs passions.
Cette familiarité joue sans doute en faveur de mon bon accueil des descriptions et du rythme du texte, qui semblent trop appuyés à d'autres.
Au-delà, l'histoire est bien menée, la construction est efficace.
Un bémol tout de même sur la répétition du strip-tease, car il est expliqué très tard qu'il s'agit d'une image hantant le personnage central. Au début j'ai pensé à une erreur, un mauvais copié-collé. On peut répéter une image, mais mieux vaut à mon avis le faire comprendre en en modifiant le style. Ellipses, elisions...
Je suis resté sur ma faim malgré tout car rien n'est dit sur l'état intérieur du narrateur entre le drame et sa fuite au Japon. Si elle survient quelques jours après, soit. Mais si plusieurs mois se sont écoulés, je pense que ça ne marche pas.

   Jano   
7/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Dans la première partie vous insistez beaucoup sur le pourquoi de la fuite au Japon, comme si le narrateur n'en connaissait absolument pas les causes. J'ai du mal à croire à cette amnésie, mal à croire qu'on ignore à ce points les ressorts qui nous animent. Que la mémoire lui revienne soudainement à la fin me laisse donc sceptique.
Quelques belles évocations qui dénotent une écriture inspirée : « ce vent qui obligeait Francis (…) Ce vent qui sentait bon la vie. »
Vos portraits (les parents, le facteur, le notaire) sont également réussis, un peu caricaturaux, surtout le facteur, néanmoins bien brossés.
Trop facile le coup du révolver avec silencieux. Ce sont des petits détails, mine de rien, qui nuisent à la crédibilité du récit. Pourquoi ce bon notaire avait-il donc un silence à son révolver ? Aucune raison valable franchement.
Je finis ma lecture et reste sur une impression positive, surtout épaté par la construction solide de votre récit, cet alternance d'ombre et de lumière propre à la nature humaine, la multiplicité des points de vue. Voilà une histoire qui a dû vous demander beaucoup de temps et de travail. Respect.
Dans mes reproches vous en faites un peu trop, la fin est interminable. À mon avis il fallait arrêter avec le départ de José en bateau, ça ouvrait le champ de tous les possibles. Le mystère aurait donné de la matière au lecteur pour continuer la suite dans son imagination.

   YvanDemandeul   
4/6/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Quel style agréable ! Intéressant, le long monologue philosophique de l'introduction. Quelles belles descriptions ! Ça sent bon la province française ! Il y a peut-être un peu de vécu car cela à l'air tellement vrai ! Très bon, le choix d'une description progressive, morceau par morceau, d'un déshabillage qui, lui aussi, est lent et progressif puisqu'il s'agit d'un strip-tease. Merci Tadiou pour cette excellente nouvelle policière, vous êtes un maître !


Oniris Copyright © 2007-2017