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Policier/Noir/Thriller
Thimul : Juliette, femme de ménage
 Publié le 11/06/17  -  16 commentaires  -  28092 caractères  -  149 lectures    Autres textes du même auteur

On l'appelait Attila, le fléau des poussières.
Mais elle était un peu plus que cela.


Juliette, femme de ménage


Vingt-trois heures étaient passées quand le père Judelin reçut l'appel.


— Allo, m'sieur l'curé ?

— Oui, c'est moi.

— C'est à cause de Juliette. C'est son heure. Elle a demandé à vous voir. Le docteur, y dit qu'elle passera pas la nuit. Elle veut pas aller à l'hosto. Elle dit qu'elle veut causer à un prêtre. C'est bien vous le nouveau curé ?

— Oui, donnez-moi l'adresse, j'arrive tout de suite.


Juliette Vigreux, la vieille dame, était sur le point de mourir. Elle devait avoir dépassé les quatre-vingt-cinq ans et pratiquement tout le monde dans le village la connaissait.

Le curé avait été nommé dans cette paroisse depuis peu, et pourtant il en avait déjà entendu parler. Normal, car Juliette Vigreux faisait partie du paysage. Elle avait pendant très longtemps fait le ménage chez tous les notables du coin. À l'époque, par tous les temps, on la voyait parcourir la campagne sur son vélo qui datait d'avant-guerre et dont les roulements n'en finissaient pas de couiner. À l'arrière, on remarquait toujours, accrochées au porte-bagage, les deux sacoches qui contenaient le nécessaire pour effectuer son travail.

Ce qui faisait de la vieille dame une personne célèbre, c'était le talent particulier qu'elle avait toujours eu pour rendre une maison totalement impeccable. Elle était si consciencieuse, que toutes les personnes qui comptaient dans la commune avaient pris l'habitude de faire appel à elle. Leurs enfants ensuite avaient fait de même, et leurs petits-enfants également.

Alors même qu'elle avait largement dépassé les soixante-dix ans, ils étaient encore nombreux ceux qui avaient continué de l'appeler ponctuellement quand il s'agissait de rendre à certaines pièces leur éclat d'antan. Sans jamais rechigner à la tâche, chaque fois, elle avait enfourché son vélo et s'était présentée chez qui la demandait en renfort. Quand elle quittait la maison, pas une seule trace, pas une seule tache, pas la plus petite parcelle de salissure n'avait pu échapper. Avec amusement, on l'appelait parfois Attila : le fléau des poussières. Mais, sa gentillesse et sa douceur tranchaient avec ce surnom guerrier.

Et puis, il avait bien fallu se résoudre à la laisser un peu en paix. Mais, pour tout le monde, elle restait Juliette, la femme de ménage. On l'appelait encore pour demander conseil ou pour lui emprunter certains produits miracles qu'elle n'utilisait plus que pour faire briller sa propre maison qui, malgré son grand âge, continuait de rutiler. Elle était robuste comme un chêne et rien n'avait jamais réussi à l'ébranler. Pas même son coquin de mari quand il s'était enfui à l'aube de la cinquantaine, probablement avec une jeunette, la laissant seule pour s'occuper de la fermette et de la petite basse-cour.

Le temps avait semblé glisser sur elle, mais il avait fini par la rattraper, comme tous les autres.


Le père Judelin monta dans sa vieille 206, s'engagea sur l'autoroute et prit la sortie Tôtes en direction de Biville-la-Baignarde, village où Juliette avait toujours vécu. Il brancha son GPS qui le guidait aussi sûrement sur la route que Dieu dans ses actes, et se retrouva bientôt sur une route communale détrempée par une averse qui venait juste d'éclater.

Il regretta aussitôt de ne pas avoir pris de manteau. Puis, au bout d'un temps qui lui parut interminable, il arriva devant une boîte aux lettres à moitié détruite par les années et qui semblait indiquer un chemin boueux et irrégulier. Le père Judelin pria le ciel que sa 206 ne s'embourbe pas, et s'enfonça bravement avant d'arriver finalement devant une petite ferme qui ne payait pas de mine.

La pluie lui fouetta le visage quand il ouvrit la portière et une bourrasque de vent violent faillit le rasseoir sur son siège comme si la nature elle-même lui intimait l'ordre de repartir sur-le-champ. Il faillit glisser dans la gadoue et se rattrapa in extremis au toit de sa voiture. Par chance, seules ses chaussures en furent crottées. Il n'aurait plus manqué qu'il entre dans la maison la soutane maculée de boue. C'était sa toute première extrême-onction, et il était important pour lui que tout se passât bien. Il s'empara de sa mallette sur le siège arrière, ne se donna même pas la peine de verrouiller les portières, et avança prudemment, mais rapidement.

L'homme qui lui ouvrit avait la peau aussi ridée qu'une très vieille pomme flétrie. Les crevasses qui parcouraient son visage étaient impressionnantes et semblaient avoir été directement taillées au burin. Il ne tendit pas la main, et ne le fit pas entrer tout de suite. Sa voix était rauque.


— J'crois qu'y faudrait enlever vos chaussures m'sieur l'curé. Juliette, elle aime pas qu'on salisse.

— Oui, bien sûr. Je vais le faire dès que je serai à l'intérieur mon fils.

— Ouais, mais si vous entrez, vous salirez quand même un peu et Juliette, elle aime pas qu'on salisse.

— Ah, et comment dois-je procéder ? fit-il, un peu agacé d'être laissé ainsi sous la pluie.

— Z'avez qu'à enlever la première et poser vot'pied sur l'paillasson à l'intérieur et ensuite enlever la deuxième pareil. Juliette, elle aime pas qu'on salisse.


Le jeune curé commençait à se demander si l'homme chargé de l'accueillir avait, comme il disait quand il était plus jeune, et comme il s'interdisait de dire depuis sa vocation, l'éclairage à tous les étages, mais s'abstint de toute discussion. Il ôta sa première bottine pour la confier à son interlocuteur, posa alors un pied à l'intérieur et fit de même avec la deuxième. Pendant ce temps, le vieil homme posa ses deux chaussures pleines de boue dans un carton. Puis il lui donna aussitôt une serviette.


— Faut pas mettre des gouttes partout. Juliette, elle…

— … n'aime pas qu'on salisse. J'ai bien compris mon fils, fit-il en tentant tant bien que mal de se sécher.


Quand il eut fini de s'essuyer et eut rendu la serviette, il regarda autour de lui, et ce qu'il vit le stupéfia autant qu'il l'éclaira.

Dire que la maison était propre et bien tenue était un doux euphémisme. Elle étincelait. Il y avait sur le sol un parquet qui manifestement venait d'être ciré, la grande salle était dans un ordre impeccable et les vieux meubles en chêne brillaient à s'en brûler la rétine.

Il se demanda un court instant qui avait bien pu s'astreindre à un tel ménage dans la maison d'une mourante. Instinctivement, il regarda les pieds du vieil homme et vit qu'il était en chaussettes et sur des patins. Il en tenait d'ailleurs une paire à la main qu'il déposa devant le père Judelin.


— Vous êtes de la famille ? demanda-t-il pour rompre un silence qui devenait pesant.

— Nan. Chuis Robert, l'voisin. Juliette, elle a plus personne. Son mari est parti il y a longtemps. J'crois qu'elle avait aussi un neveu, mais il est mort maintenant. Comme qui dirait que la pauv'vieille a plus qu'moi. Mais, elle a été bien bonne alors, c'est normal que j'm'occupe d'elle maintenant.

— Et c'est vous qui faites le ménage ?

— Pensez donc ! Tout c'que m'a appris Juliette, c'est à pas salir. Là-dessus, j'vous jure qu'elle est intraitable. Jamais elle laisserait à quelqu'un d'autre le soin de tenir sa baraque propre. Elle cirait encore son parquet hier.


Les sourcils du curé se haussèrent d'étonnement compte tenu du fait qu'il avait entendu parler de la longue et pénible maladie dont souffrait la vieille paroissienne.


— Le docteur Elias est-il encore ici ?

— Nan. Il a dit qu'y pouvait pas rester.

— Puis-je voir madame Vigreux ?

— Elle est à l'étage. La pauv', elle a plus toute sa tête. Faudra pas prendre tout c'qu'elle vous dit pour argent comptant. Ça se brouille un peu là-haut, ajouta-t-il en se tapotant la tempe.


Le père Judelin posa ses chaussettes mouillées sur les patins et avança jusqu'à l'escalier. Il eut une envie incongrue de rire en imaginant l'allure qu'il devait avoir glissant ainsi tel un skieur de fond des planchers. Puis, il se délesta de ses « skis » et monta les marches en y laissant quelques traces humides.

Toute envie de rire disparut de son cœur quand il pénétra dans la chambre.

La femme qui gisait dans son lit était d'une grande maigreur et avait un regard voilé où perçait encore une infinie douceur.


— Oh ! Mon père ! Vous êtes venu. Comme c'est gentil, dit-elle d'une voix faible.

— Oui, ma fille. Je suis venu car vous avez souhaité me rencontrer.

— Je crois que je ne passerai pas la nuit, mon père. J'en ai discuté avec le docteur Elias et apparemment, il était de mon avis. Un homme charmant ce docteur. Dommage qu'il soit si peu précautionneux.


Son regard sembla se perdre un instant dans l'infini, puis elle posa à nouveau son regard sur lui et le père Judelin comprit pourquoi, dans le village, tout le monde adorait Juliette. Ce n'était pas seulement son sourire qui rayonnait, c'était tout son visage. La puissante empathie qui émanait d'un être aussi proche des portes de l'au-delà le stupéfia. Il regretta de ne pas l'avoir connue plus tôt, quand elle était encore au mieux de sa forme. Le timbre de sa voix évoquait à la fois celui d'une petite fille fragile à consoler et celui d'une mère contre laquelle on aurait aimé se serrer. Sans savoir pourquoi, tout ceci lui donna une subite envie de pleurer. Peut-être parce qu'il était lui-même orphelin, ou peut-être parce qu'il avait dû choisir un jour entre son désir d'enfant et celui de servir Dieu. Il refoula bien vite les larmes qu'il sentait venir.

Juliette n'avait pas besoin de sa tristesse.

Elle avait besoin de sa compassion et des saints sacrements.


— Puis-je m'asseoir au bord de votre lit ?

— Oui mon père. Je crois que ce sera nécessaire car ma voix ne porte plus très loin et ce que j'ai à dire ne se dit pas à voix haute.


Elle soupira et, de nouveau, sa vue se brouilla. Il s'approcha, déposa sa mallette sur le sol et prit les deux mains de Juliette dans les siennes. Il remarqua alors que les lèvres de la vieille femme s'étaient légèrement pincées.


— Voulez-vous que nous commencions dès maintenant ?

— Oui, mais j'ai une petite faveur à vous demander avant. Voudriez-vous poser votre cartable ailleurs que sur mon parquet s'il vous plaît ? Il a plu dehors et je crains qu'il n'y laisse des traces.

— Je vous prie de m'excuser. Votre voisin m'avait pourtant dit que vous étiez très à cheval sur la propreté.

— Hélas oui, mon père, et c'est la cause de mon malheur.


Il ouvrit la mallette pour y prendre les objets du culte et la reposa directement sur le grand lit.


— Oui, comme cela c'est mieux. Maintenant, appelez-moi Juliette, et donnez-moi les derniers sacrements.


Il s'abstint de lui dire que les derniers sacrements en tant que tels n'existaient plus et qu'ils étaient depuis longtemps déjà remplacés par l'onction aux malades qui avait l'avantage d'être renouvelable. Tout ceci n'aurait rien changé à son devoir. Il s'habilla, prit l'huile et déclama les paroles consacrées. Puis, il prit sa voix la plus douce.


— Que désirez-vous confesser, Juliette ?


Elle resta un moment silencieuse, sembla se perdre à nouveau dans les méandres de ses souvenirs, et poussa encore une fois un long soupir.


— Je suis maniaque mon père. Une maniaque du ménage. Je crains bien avoir empoisonné la vie de mes proches avec ça.

— C'est un bien petit péché que vous me dites là ma fille.

— Détrompez-vous mon père. Détrompez-vous.


Au fur et à mesure qu'elle parlait, sa voix se faisait moins hésitante et plus affirmée.


— Les gens sont sales, vous savez. Mais, je crois bien que le plus sale d'entre eux c'était Alphonse, mon mari. J'avais beau tout faire pour maintenir la maison propre, il fallait qu'il fasse de la crasse partout où il mettait les pieds. J'avais beau lui dire de faire attention, rouspéter, le supplier même, rien n'y faisait. Chaque fois qu'il rentrait d'aller nourrir les poules ou de la grange, fallait qu'il pose ses godasses pleines de saleté sur mon beau parquet que je venais de cirer. J'ai fini par comprendre qu'il en faisait exprès.

— Vous vous reprochez de vous être laissée aller à la colère ?

— Oui, et pas qu'une fois. Finalement, il était préférable qu'il s'en aille définitivement. Il n'était pas regardant sur l'alcool. Ce qu'il y a de bien avec le whisky, c'est que ça masque le goût d'à peu près n'importe quoi.


Elle parlait d'une voix monocorde, en continuant de fixer l'horizon. Le père Judelin ne voyait pas très bien où elle voulait en venir, mais elle poursuivait sans sembler s'en soucier.


— Avant, il y avait eu la femme de Robert. Le pauvre homme, il me faisait pitié. Une vraie souillon, voilà ce que c'était. Un jour, il était venu me demander si je ne pouvais pas faire un peu de ménage chez lui une fois par semaine. À l'époque, il était garagiste à Tôtes. C'est bien après qu'il est venu s'installer à côté de chez moi. Après qu'elle ait avalé tous ses fichus médicaments pour le cœur, cette souillon. Robert disait que c'est parce qu'elle était malade qu'elle ne pouvait pas s'occuper de sa maison, mais je voyais bien que même lui n'était pas convaincu par ce qu'il disait… Moi je dis que ce n'est pas sorcier de passer un coup de balai ou de serpillière. Fallait voir l'état de la baraque la première fois que j'y suis entrée. Mon poulailler était plus propre. Alors, j'ai fait du mieux que j'ai pu. Quand je suis partie, ça brillait, je peux vous le dire. La semaine d'après, j'y suis retournée en croyant que je n'aurais plus qu'à faire un peu d'entretien. Croyez-moi si vous le voulez, mais les pièces étaient quasiment dans le même état qu'avant que je m'y mette sept jours plus tôt. J'étais écœurée. J'étais sûre que c'était elle la responsable. Il n'y a qu'à voir comment elle s'empiffrait cette grosse dondon. Robert a été bien mieux après.

— Après quoi, ma fille ?

— Après qu'elle soit morte. J'espère que le bon Dieu n'a pas besoin de femme de ménage là-haut parce que sinon, c'est pas sur elle qu'il a pu compter, faites-moi confiance.


Le père Judelin sentit un certain malaise s'insinuer dans le fin fond de son âme.


— Qu'essayez-vous de me dire, madame Vigreux ? demanda-t-il, sans se rendre compte qu'inconsciemment il s'était un tout petit peu reculé sur le lit.

— Fallait bien que quelqu'un fasse quelque chose pour ce pauvre Robert, non ? Ça n'a pas été facile, mais, heureusement, le bon Dieu y a pourvu.

— Et qu'a fait le bon Dieu ?

— Des coïncidences. Sans lui, jamais je ne serais allée à l'église, jamais je n'aurais parlé avec la gentille madame Lecointre – Dieu ait son âme – de ses problèmes cardiaques et du fait qu'elle prenait de la Digoxine, mais qu'elle était inquiète parce que ce médicament est très dangereux et parfois mortel si l'on en prend trop. Sans lui, jamais je n'aurais découvert, en faisant le ménage, que la souillon en prenait aussi. Elle n'était pas très futée la pauvre. Elle se serait damnée pour un verre de coca glacé. Faut dire qu'il faisait chaud. Vingt comprimés écrasés dedans et elle a tout bu d'un trait, sans demander son reste. Après, il n'y avait plus qu'à mettre négligemment le tube vide sur la table de nuit. Comme elle était toujours à se plaindre, le docteur a vite conclu au suicide.


Il sentit que le sang partait de son visage, de ses mains, de ses pieds. Comme s'ils se sentaient en danger d'être contaminés, ses globules rouges quittaient la périphérie de son corps pour se regrouper au centre, près des organes vitaux. Il eut froid tout à coup.

« Je crains bien avoir empoisonné la vie de mes proches avec ça. »


— Mon Dieu, Juliette, êtes-vous en train de me dire que vous avez commis… un crime ?

— On voit que ce n'est pas vous qui vous coltiniez tout ce travail ! Que vouliez-vous que je fasse d'autre, hein ? Laisser ce pauvre Robert avec une courge incapable de lui offrir autre chose que des taches de gras sur les nappes, des papiers partout et de la poussière sous les meubles ? Fallait bien que quelqu'un s'y colle !


Le père Judelin réprima une soudaine envie de vomir. La mourante se perdit à nouveau dans le dédale de ses souvenirs et reprit son ton monotone.


— Après Alphonse, il a bien fallu que je bosse plus régulièrement. Avant, je donnais quelques coups de main. Ensuite, c'est devenu un véritable travail. J'adorais rendre à ces maisons la propreté qu'elles méritaient. Mais, voyez-vous, les gens ne respectent pas leur maison. Certains encore moins que d'autres. Je ne veux pas paraître raciste, mais les Américains, s'ils sont tous comme la famille Douglas, eh bien ça doit faire un bon paquet de crasseux là-bas. Ils avaient une maison pour les vacances. Fallait voir ce qu'ils pouvaient bâfrer ceux-là ! Si mon Alphonse était un porc, eux, c'étaient des rats. Les parents et leurs deux rejetons mangeaient leurs cochonneries de hamburgers dans toutes les pièces, partout, sauf à table. Le matin je trouvais des traces de ketchup sur la moquette. Avez-vous la plus petite idée de ce qu'il faut dépenser comme huile de coude pour avoir ces taches de sauce, hein ? Heureusement que là aussi, le Seigneur est intervenu.

— Juliette, supplia-t-il, ne me dites pas que…

— Non, non ! C'était il y a plus de vingt ans, c'est normal que vous n'en ayez jamais entendu parler. Ils se sont asphyxiés avec leur cheminée qui tirait mal. Je suis arrivée le matin et j'ai tout de suite senti une odeur de suie dans la maison. J'entendais au premier étage la femme qui vomissait. J'ai tout de suite compris ce qui se passait. Comme j'ai tout de suite compris que c'était encore moi qui allais devoir astiquer pour effacer toutes les traces de vomi. Il paraît que Zola est mort comme cela. Alors, je me suis dit que si le Seigneur avait fait mourir un grand écrivain, peut-être que c'était aussi ce qu'il avait décidé de faire pour les Douglas. Et qui suis-je, moi, pour rejeter la volonté du Très Haut ? Non, fit-elle en secouant la tête, j'ai juste refermé la porte, et je suis rentrée chez moi… pour faire mon ménage.


Le curé avait les yeux tellement écarquillés qu'ils en étaient brûlants. Il semblait que rien ne pouvait arrêter l'horrible confession.


— Par contre, pour la vieille madame Boucher, ce n'était pas pareil. Là, j'ai vraiment senti que si je n'y mettais pas du mien, ça ne se ferait pas tout seul. C'était devenu insupportable. La pauvre perdait complètement la tête et elle prenait tous les recoins de la maison pour ses cabinets. Insupportable je vous dis. Cette femme était plus devenue une bête qu'autre chose depuis sa maladie. À mon avis, je lui ai rendu service. À elle et à sa famille parce que la dame avait des biens. Ils ont voulu me donner quelque chose pour m'être bien occupée du ménage et de leur aïeule, mais j'ai refusé. J'ai ma dignité.


« Elle est cinglée, Seigneur, elle est totalement cinglée et depuis bien longtemps, se lamentait intérieurement l'homme de Dieu. Ma première onction à une mourante et il faut que je tombe sur une tueuse en série. Et je ne pourrais le dire à personne parce que je suis tenu par le secret. Elle a tué ou laissé mourir sept personnes. »


— … regretté neveu. Lui, ce fut un accident. Il était porté sur l'alcool et il a trouvé la bouteille de whisky d'Alphonse que j'avais cachée derrière le poulailler, au cas où. Il n'a pas pu s'empêcher de siffler tout ce qui restait de Jack Daniel's et de strychnine qui était dedans. Si ce n'est pas malheureux, cette dépendance à la boisson tout de même !


Le prêtre avala sa salive de travers et toussa longtemps avant de pouvoir reprendre une goulée d'air. Les larmes qui coulèrent de ses paupières devaient autant au résultat de cette brève asphyxie qu'au désespoir d'avoir à entendre les paroles qui ne cessaient de couler de la bouche de la vieille femme, comme le poison qu'elle se vantait d'avoir utilisé. Et la seule certitude qui rendait tout cela encore supportable, c'était qu'il était persuadé que Juliette Vigreux n'était pas responsable de ses actes.

Il devait s'en persuader. C'était sa seule porte de sortie. Une folle pouvait être pardonnée. Seule une folle pouvait être pardonnée.


— Ça va mieux, mon père ? Vous devriez penser à mettre la main devant la bouche quand vous toussez.

— Oui, ma fille. Ça va maintenant.


Il n'avait plus qu'une envie : terminer ce pour quoi il était venu pour quitter cette chambre et sa propriétaire.


— Est-ce tout, Juliette ? demanda-t-il comme une supplique.

— Oui. Le reste n'est que broutille et je suis très fatiguée maintenant.


Il n'avait aucun désir de connaître la nature de ces broutilles et appliqua les huiles sur le front et les mains en murmurant la formule consacrée.


— Par cette onction sainte, que le Seigneur, en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l'Esprit Saint. Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu'il vous sauve et vous relève.

« S'il vous plaît Seigneur, pria-t-il en silence, prenez pitié de cette âme perdue dans les méandres de la folie. »


Il vit un profond regard de gratitude émaner de la démente.


— Merci, mon père. Maintenant, je peux m'endormir tranquille.


Elle fermait déjà les yeux quand il franchit le seuil et redescendit au rez-de-chaussée. Robert, son voisin, l'attendait au pied de l'escalier avec les patins dans les mains.


— Vous voulez un truc chaud avant de partir ?


Il hésita un court instant. Après ce qu'il venait d'entendre et de comprendre, il n'était pas très sûr de vouloir ingurgiter quoi que ce soit qui vînt de la maison de Juliette Vigreux. Comme s'il avait deviné ses doutes, le vieil homme ajouta :


— Je viens de me faire du café, mais il y en a assez pour deux.

— D'accord, soupira-t-il en jetant un coup d'œil aux carreaux des fenêtres martelés par la pluie. Je crois effectivement que j'ai besoin de boire quelque chose, et j'aimerais bien que cette averse se calme un peu.


Ils glissèrent tous les deux dans la cuisine et s'assirent bientôt devant deux tasses de café fumantes.


— Alors, fit Robert, à vous aussi elle vous a raconté toutes ses histoires ?


Le prêtre sentit son pouls s'accélérer.


— Je suis tenu au secret de la confession, mon fils. Rien de ce que j'ai entendu ne peut être révélé.

— Oh, pas besoin vous savez ! J'connais déjà toute la vérité. Enfin toute sa vérité si vous voulez mon avis. Parce que personnellement, j'crois pas un foutu mot de tout c'qu'elle a pu vous raconter à vous et au docteur Elias.

— Elle… Elle a parlé au docteur ?

— Oui, et lui, il a pas franchement respecté le secret professionnel si vous voulez mon avis. C'est comme ça que je sais. Mais j'connais Juliette. Jamais elle aurait fait des trucs pareils. Et puis, comment elle aurait fait pour les corps, hein ? Nan, si vous voulez mon avis, elle perd complètement la boule au point qu'elle s'imagine des trucs. Attention, j'dis pas qu'elle a pas eu envie plusieurs fois d'buter son ivrogne de mari mais qu'elle l'ait réellement fait, nan, j'y crois pas une seconde. Et pis, j'm'en serais rendu compte si elle avait tué ma Madeleine. J'peux vous jurer qu'ma femme, c'était une foutue dépressive. Qu'elle se soit pas tuée avant ses quarante-cinq ans, c'est plutôt ça qui m'étonne.


Le curé gardait obstinément les lèvres closes, ne voulant pas laisser un seul indice qui aurait pu conforter Robert sur son idée des propos de la mourante. Il était plongé dans la plus totale confusion et n'aspirait qu'à une chose : rentrer chez lui.


— Je crois qu'il est temps pour moi de partir.


À cet instant, il entendit un vague bruit de clochette.


— C'est Juliette. Faut qu'je monte. Allez, au r'voir m'sieur l'curé. Désolé pour tout ça.


Et sans un regard, il enfourcha à nouveau les patins et glissa jusqu'à l'escalier tandis que le père Judelin se dirigeait vers la porte d'entrée. La pluie commençait à se calmer maintenant. Ses chaussures l'attendaient à côté d'un porte-parapluie. Elles avaient été nettoyées et même cirées.

Il ouvrit la porte pour saluer une dernière fois le vieil homme, mais celui-ci montait déjà les marches d'une curieuse façon. Il levait un pied, déposait le patin sur la marche supérieure pour y reposer son pied et ainsi de suite. Le prêtre secoua la tête et sortit sur le perron.

La boue était partout, et la nuit était sans lune. Il marcha précautionneusement, sa mallette à la main et finit par rejoindre son véhicule. Quand il ouvrit la portière, ce fut pour voir que l'intérieur de la 206 avait été entièrement nettoyé. Il s'assit et alluma aussitôt les phares. La clef, qu'il avait laissée sur le contact en arrivant, n'était plus là.

« Il a dû oublier de la remettre. Incroyable ce type. C'est vraiment un maniaque du ménage. »

Cette réflexion déclencha immédiatement en lui un sentiment de malaise. Les phares éclairaient toute la façade de la maison et le garage sur le côté. Une voiture était garée en marche arrière dans le bâtiment, mais l'avant du véhicule dépassait largement.

Il y avait quelque chose sur le pare-brise. Une sorte de rectangle clair avec du rouge à l'intérieur.

« N'y va pas, se disait-il. N'y va surtout pas. »

Mais ses mains avaient déjà ouvert la portière et son pied gauche touchait le sol.

Son regard ne quittait pas le bout de plastique que la 206 illuminait de ses feux.

« Ne va pas voir. Ne va pas voir. »

Mais il avança comme hypnotisé. Sachant déjà ce que c'était. Son cœur battait follement dans sa poitrine et s'accélérait malgré tout à chaque pas. Et là, devant le bâton rouge enroulé du serpent d'Esculape, il sentit sa vessie se vider le long de ses jambes.


— Z'avez trouvé la chiotte du Doc, l'abbé ? fit une voix rauque derrière lui.


Il se retourna et vit un Robert qui souriait de toutes ses dents pourries.

Il vit qu'il lui barrait le passage.

Il vit le manche qu'il tenait dans sa main droite. Un long manche qui posait par terre.

Et il vit la lame au bout.

Instinctivement, il recula vers le fond du garage, entre la BMW et le mur, refermant un peu plus le piège sur lui. Il fallait qu'il le raisonne. Il le fallait.


— Écoutez, mon fils. Calmons-nous voulez-vous. Essayons de parler calmement de tout ça.


Le garage était profond, il dépassa l'arrière de la voiture. S'il pouvait faire le tour, il avait une chance. Il était jeune, l'autre était vieux. Même en soutane, il devait courir plus vite que lui.


— Je suis tenu par le secret de la confession, je ne dirais rien, continua-t-il pour l'occuper.

— On l'sait, mon père. C'est pas pour ça.


Et là, le vieux se mit à hurler :


— On met la main devant sa bouche quand on tousse, bordel de Dieu !!! Ça évite de foutre des postillons partout ! J'vous avais pourtant dit qu'Juliette, elle aime pas qu'on salisse. Toujours pareil avec vous autres. Z'écoutez rien de c'qu'on vous dit bordel de merde ! Et après, c'est moi qu'est toujours en train de me farcir le boulot. Parce que si Juliette fait le ménage, moi j'peux vous dire qu'y faut que j'repasse derrière elle pour nettoyer ses cochonneries. Si vous croyez qu'c'est facile de faire disparaître tous les corps qu'elle laisse traîner. Pour sûr qu'ça m'a fait un choc quand elle m'a expliqué comment elle avait réglé son compte à ma souillon d'bonne femme. Pis après j'ai compris. Comme j'ai compris qu'avec Juliette, fallait filer droit. Pas comme son abruti d'mari. Heureusement qu'les cochons d'Juliette y z'aiment la viande et qu'ses chiens bouffent les os, sinon, chais pas comment on aurait fait. Et pis j'vais t'dire un truc, espèce de cureton de mes deux. J'ai jamais vu une caisse aussi dégueulasse que la tienne !


Horrifié, le prêtre s'apprêtait à faire demi-tour pour foncer et passer de l'autre côté quand ses jambes heurtèrent quelque chose de mou. Battant des bras un court instant, il bascula par-dessus un corps et s'effondra sur le dos. Il hurla quand son crâne heurta une tête qui roula juste à côté de lui.

Le vieux enjamba négligemment le cadavre décapité et posa un pied sur la poitrine de l'homme d'église en brandissant le manche à deux mains.


— J'vous l'avais pourtant dit, insista-t-il. Juliette, elle aime pas qu'on salisse. Moi non plus d'ailleurs.


« Oh mon Dieu ! » fut la seule et ultime réplique qui sortit de la bouche du père Judelin quand la hache s'abattit pour lui fendre la tête en deux parties à peu près égales.


 
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   plumette   
29/5/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Juliette et Robert associés dans l'horreur de la folie maniaque!
En voilà deux qui traquent la poussière et la saleté d'une drôle de façon.
Cette histoire est bien menée grâce à des rebondissements successifs qui conduisent le lecteur au bout d'une logique qui a fini par me lasser un peu.
Qu'importe! c'est un bon moment de lecture, avec un univers campagnard et des personnages très typés.

l'écriture est dynamique, grâce à une quantité importante de dialogues qui donnent un bon rythme à ce texte malgré quelques longueurs tout de même ( un peu trop d'insistance sur l'arrivée du curé chez Juliette)

Plumette

   socque   
30/5/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Prévenue par la catégorie du texte et le chapeau, quand j'ai lu cela :
Pas même son coquin de mari quand il s'était enfui à l'aube de la cinquantaine, probablement avec une jeunette
je me suis dit que le mari avait dû prendre cher.
Et quand j'ai lu ça :
— Vous voulez un truc chaud avant de partir ?
je me suis dit que le curé n'allait pas s'en sortir non plus.

Je pensais que le vieux l'empoisonnerait, mais c'est mieux articulé ainsi, on comprend mieux l'organisation entre Juliette et Robert.

En lisant ça :
Quand il ouvrit la portière, ce fut pour voir que l’intérieur de la 206 avait été entièrement nettoyé.
j'ai ri, parce que c'est marrant, à la fois logique, inévitable et complètement décalé ! Toute l'histoire, du reste, je l'ai trouvée réjouissante, par la logique implacable des tueurs, l'espèce d'innocence qu'ils manifestent. La dernière phrase du texte est de trop à mon avis.

Bref, un fort bon moment de lecture en ce qui me concerne ! le fait que l'intrigue se dévoile très vite ne m'a pas gênée grâce au cynisme désinvolte de la narration.

   vendularge   
11/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour,

Ce texte est particulièrement bien écrit, bien construit, bien tout..

L'histoire se laisse lire, on sait rapidement que ça finira mal mais la "mise en scène" est également intéressante. Bref, un agréable moment de lecture, carré, propre. Une fiction "aux petits oignons" qui convient parfaitement au genre, dont on attend pas de grandes réflexions existentielles.

Je veux dire que j'aimerais aussi vous lire dans un autre registre

merci pour ce travail

vendularge

   Brume   
11/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Thimul

Je le dis tout de go votre récit ne m'a pas transcendé.
J'ai deviné rapidement que cette femme était une tueuse en série, et je peux vous dire que je suis pourtant le genre de publique qu'on peut surprendre aisément quand d'autres lecteurs y trouvent de la banalité.

Le malaise est pour le prêtre mais pour moi il a été carrément absent. Elle liste ses crimes et c'est tout il ne se passe rien; il manque l'atmosphère, la tension ne prend pas.

Après on peut dire que Robert est la surprise de fin mais bon, bof. J'avoue que j'ai eu un peu peur qu'il empoisonne le prêtre.

Le côté positif est que la folie de Juliette est bien mise en avant. Elle est à la fois marrante et méchante. Ses réflexions sont comiques comme par exemple :

"J'espère que le bon Dieu n'a pas besoin de femme de ménage là -haut parce que sinon, c'est pas sur elle qu'il a pu compter, croyez-moi."

Et surtout le contraste entre son visage doux de petite fille fragile et ses actes et paroles sont très édifiants. Vous lui avez donné du charisme.
Il n'y a que Juliette qui m'a intéressé. Le prêtre et Robert sont assez fades à côté.

Niveau écriture ce passage me chiffonne à cause de la formulation :
-"chaque fois qu'il rentrait d'aller nourrir les poules ou de la grange" - je trouve cette phrase bizarre.

Sinon la forme ça va.
Impression assez mitigée.

   Alcirion   
11/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Thimul,

j'ai beaucoup aimé ce texte que je trouve bien construit et équilibré. Le seul bémol concerne le début : il est nécessaire de planter le décor mais il y a quelques longueurs dans les paragraphes qui séparent les deux premiers dialogues.

Pour le reste, c'est très bien agencé, les idées fonctionnent. C'est ton point fort à mon sens : tu as la technique nécessaire pour faire des récits à suspens qui exploitent une imagination certaine.

Les personnages sont réussis, ont une certaine épaisseur (autant qu'en permet un format court). La chute manque peut-être d'un peu d'originalité mais elle fonctionne bien.

Une lecture bien agréable.

   Anonyme   
11/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La nouvelle est bien menée du début jusqu'à la fin. Le texte est fluide et l'alternance entre narration, description et dialogue se fait sans lourdeur.

Le motif du crime est assez original : tuer au nom de la propreté. Juliette se croit limite nouvelle prophétesse, dont le but est de nettoyer la crasse ; et j'aime bien comment vous poussez le sens du verbe "nettoyer" qui signifierait à la fois enlever la saleté, mais aussi ceux qui provoquent cette saleté.

Je me demande aussi s'il y a un certain anti-cléricalisme dans le texte. Je m'explique : pour les précédents meurtres, nous avons un motif direct, Juliette est directement touchée par la saleté de son mari et de la femme de Robert, mais concernant le curé, on comprend qu'il est également 'crade' à travers l'état de sa voiture, mais cela ne touche pas directement Robert et Juliette. Pourquoi l'a-t-on tué alors ? parce qu'il connaît désormais leur secret? parce qu'il a postillonné ? ou parce qu'il représente la religion ? tuer le curé reviendrait-il à nettoyer le village en enlevant la religion que Juliette et Robert considéreraient comme de la saleté ?

   Cox   
12/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Joli texte ! Le décor est bien planté, les personnages bien croqués et l'histoire mi sombre mi loufoque me plaît assez.

Comme c'est une nouvelle qui joue assez sur le suspens et la surprise, je vais relever quelques éléments qui leur ont nui pendant ma lecture :
- Le côté angélique de Juliette au début. quand on attend la confession de ce personnage décrit comme la douceur même, on sent bien que l'auteur va nous emmener vers des révélations fracassantes
- On sent bien aussi que l'abbé va se faire tuer (ou au moins qu'on va essayer de le tuer). On le voit venir comme une conclusion logique de l'histoire
- d'une manière générale, j'ai l'impression que le lecteur comprend ce qui se passe toujours un peu avant l’abbé. Sa naïveté peut être un peu agaçante pour un lecteur qui aurait l’impression de « se traîner un boulet » ^^. Mais j’exagère un peu et ce n’est pas très grave.

A contrario, je trouve bien vu le fait d’annoncer un danger (lorsque le curé redescend et craint de se faire empoisonner par le vieux), pour ensuite le relâcher (ouf, non, ce n’était qu’une fausse alerte, le café est normal). C’est un ressort assez classique des films d’horreur, par exemple, bien mis en place ici. Ca relance la tension de manière efficace à la « scène » suivante.

De manière générale, j’ai vraiment apprécié. La scène finale m’a semblée prenante et assez flippante.
Le côté décalé des meurtres maniaques me plaît aussi. Mais c’est peut-être là que je ferais l’un des seuls reproches pour ce texte : j’ai l’impression qu’il se prend parfois trop au sérieux. J’aurais trouvé génial qu’il assume un peu plus son côté délirant pour obtenir une espèce d’humour noir mêlé de tension qui aurait été parfait 
Une bonne lecture !

Bzz.

   Bidis   
12/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une nouvelle qui mèle le suspense et l'horreur mais qui bien heureusement laisse toute sa place au second degré. L'écriture est agréable. J'ai donc passé un bon moment.
Malgré tout, j'enlèverais tout le passage "Juliette Vigreux" jusqu'à "comme tous les autres" qui apporte des précisions fort dispensables et des détails qui n'apportent rien à l'histoire.

   Acratopege   
12/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Encore un bon moment de lecture, mais un peu de déception quand même après la brillance de votre saga informatique. Ton style me parait ici plus encombré d'adverbes et de tournures un peu lourdes, mais au fond cela répond bien à l'atmosphère pesante qui s'insinue peu à peu dans le récit. Les personnages sont tous évoqués avec une belle efficacité, et on croirait pénétrer "pour de vrai" dans la maison de la vieille. Quant à la chute, on la voit peut-être venir d'un peu loin.
Merci pour cet instant de plaisir.
Pierre

   Gouelan   
13/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Des crimes propres, sans aucune tâche, cela brille horriblement de folie.
Vieille dame cynique, danger qui grimpe petit à petit l'escalier de l'horreur, beaucoup de détails, une histoire bien racontée qui donne des frissons.

   PierrickBatello   
13/6/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Ambiance village d'antan, avec l'accent qui t'y faut et expressions bien appuyées ("comme qui dirait", "le docteur y dit que..."). Un récit qui sent bon la poussière. Chute annoncée du coup de pelle meurtrier. C'était pas mon humeur du soir, désolé.

   Dupark   
14/6/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Ça sent l'encaustique, le propre, la lavande et le verbe d'antan ♪
Les codes du genre sont respectés. Le lecteur est baladé à gauche pour apprendre que ça se passe à droite.
Le titre, la phrase d'accroche mettent le focus sur Juliette.
La confession permet les retours sans écorcher l'unité de temps de la scène.
Et cette dernière phrase, si importante, avec ces derniers mots "en deux parties à peu près égales".
« Oh mon Dieu ! » Quelle force et quel humour mêlés ! D'où vous est venue une telle fulgurance ? Comme si toute la nouvelle avait été construite pour ces derniers mots.

J'ai adoré ce texte.

Il est propre. J'ai arrêté de mettre des miettes sur mon clavier en vous lisant.
Et je vais passer la serpillière. Vous m'avez convaincu :)

   hersen   
14/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Nous devrions ressortir de cette nouvelle propres comme un sou neuf !
Et c'est un peu le cas car c'est un texte agréable à lire, la narration est dynamique. j'ai aimé cette ambiance un peu vieille France, vie de village et curé de campagne.
Dans le fond, une manie, rien qu'une manie qui se transforme en obsession au point de tuer.
Par contre, mon petit bémol : la fin est un peu trop prévisible. Bon, ça passe quand même mais ça enlève un peu de panache.

A te relire,

hersen

   JPMahe   
22/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bravo, histoire bien menée, qui tient en haleine jusqu'au bout...
Cela mériterait un petit film, genre Auberge Rouge

   YvanDemandeul   
14/7/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
J'ai beaucoup apprécié votre nouvelle. Vous avez un style alerte et fluide. Les phrases sont bien tournées, les expressions parfaitement bien choisies. Vous maîtrisez très habilement, tel un Alfred Hitchcock, l'art du suspens. Votre nouvelle pourrait d'ailleurs sans doute faire l'objet d'une adaptation cinématographique. Tous ces indices révélés au compte-goutte ne font comprendre que progressivement et habilement les personnalités de cette monstrueuse femme de ménage et de son complice inattendu ! La chute, imprévue, angoissante et cauchemardesque, est remarquable ! Bravo ! Vous êtes un maître de la nouvelle policière et vous avez toute mon admiration !

   Cairote   
16/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Un récit truculent qui m’a beaucoup plu, dans la forme et le fond. J’ai apprécié le style d’écriture simple et direct, émaillé d’un bon nombre de trouvailles joliment tournées, en particulier celles autour des réactions du curé. J’ai trouvé quelques phrases un peu moins bien construites qui m’ont légèrement agacé (je ne parle pas du langage populaire de Juliette et Robert, tout à fait approprié), mais assez rares pour ne pas vraiment gâcher l’ensemble.
Ma seule (légère) critique serait pour certaines situations qui me semblent un tout petit peu discordantes : par exemple Juliette semble avoir des remords sincères (elle s’accuse en tout cas, veut l’absolution), mais elle semble trouver évidentes ses justifications, les évoque de façon assez débonnaire : par la volonté de Dieu, ou des « Que pouvais-je faire d’autre ? ». Ou Robert, qui laissait sa maison dans un état désastreux lorsque sa femme était vivante, et qui est devenu aussi maniaque que Juliette (ça peut s’expliquer, mais le texte ne le fait pas). Et puis si Robert tue tout ce qui entre chez Juliette, les disparitions doivent commencer à se remarquer dans le village ?
Par ailleurs je n’ai pas trouvé, comme d'autres, la fin prévisible (je ne dois pas être assez habitué aux polars) ; plutôt un peu, disons, exagérée (et avec ce qui vient avant, ce n’est pas peu dire ! :-)).


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