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Fantastique/Merveilleux
TITEFEE : Graines de rêves - Suite et fin
 Publié le 24/01/08  -  6 commentaires  -  5366 caractères  -  16 lectures    Autres textes du même auteur

Des graines qui germent, une vie qui se déroule, un avenir qui se profile.


Graines de rêves - Suite et fin


Suaves et sucrés des effluves de lavande se répandent dans tout l’appartement.


Cela fait jaillir des sensations étranges, comme si le temps était aboli. L’espace dans lequel je vis ces émotions est tout à la fois présent et passé. Des images se télescopent et je me sens propulsée dans un paysage que je reconnais et dont les odeurs étaient restées enchâssées dans ma mémoire.


Je vois distinctement maintenant une trouée de ciel pommelé. À travers la cathédrale des marronniers, pleurent les dernières feuilles d’or dans la tiédeur automnale d’un temps révolu. Je ferme les yeux un instant et sous le dôme sombre de mes paupières, les images continuent à vivre.


Les yeux ouverts à nouveau, elles sont là, présentes, et je ne suis plus dans ma maison, mais à Villars Colmar, le petit village alpin où je passais jadis mes vacances, suivant dans ses balades mystérieuses Grand-mère Joséphine.


En parcourant les sentes caillouteuses, à l’aurore rosissante, nous allions cueillir les plantes dont Joséphine m’enseignait les vertus… Nous attendions souvent l’instant magique où une fleur-rêve ouvrirait imperceptiblement ses pétales pour absorber la goutte de rosée. À cet instant précis, Grand-mère la pinçait entre ses ongles pour la détacher de la plante mère, et la déposait, avec amour et respect, dans son panier tressé.


Puis nous attendions le lever du soleil, les yeux perdus vers des horizons qui n’en finissaient pas de rebondir de pics en monts, nimbés de brumes. Le croissant laiteux de la lune morte demeurait dans le ciel mauve bien après que le premier soleil ait fait son entrée entre les dents de chat d’Allos. Grand-mère me contait les légendes des esprits des bois et, silencieuse, après le récit, un doigt sur sa bouche, elle me laissait éprouver la présence de ces mystérieuses âmes. Et je les sentais me frôler, les entendais murmurer, les entendais rire doucement dans le vent... Sûr, je vous dis, je les avais perçues et senties, je n’avais pas rêvé !


Combien de temps ai-je passé dans ce ruban de Möbius, où présent et passé étaient sur le même plan ? Je ne saurais le dire, mais un chemin de lumière, comme imprimé sur mon parquet ciré, m’attire droit à la coupe de cristal.


Une Graine irisée est en train de faire craquer sa coque en fines résilles… Puis d’un seul coup, elle se fend en deux et laisse apparaître un anneau d’or avec un parchemin roulé en son centre. Je déplie précautionneusement le papier transparent où je peux lire :


Graines de mots tendresse, de mots caresses. De récompense.


Au bas de l’écrit est dessiné un arbre, un arbre touffu dans lequel des yeux de toutes les couleurs, allant du violet au mordoré, en passant par l’azur ou l’émeraude, me regardent fixement. Doués d’une attraction irrésistible, ces regards m’attirent.


C’est alors qu’imperceptiblement au début, l’arbre miniature prend de l’ampleur. Maintenant, je vois distinctement ses racines, semblables à des veines, ramper sur le plancher. Ses branches repoussent joyeusement les travées des fenêtres. Libérées de leur emprisonnement au cœur de la graine, elles poussent joyeusement en direction du ciel.


C’est alors que j’appréhende avec beaucoup d’acuité que cet arbre représente « mon arbre ». Mes racines sont là et en elles courent tous les projets non réalisés de mes aïeux. Ils rebondissent en ricochet en moi.


Je comprends que je porte inconsciemment tous leurs secrets, leurs lointaines angoisses et peurs. Je saisis, en cet instant, que pour me délivrer d’eux enfin, je dois renoncer à percer leurs mystères. De toute façon, je n’arriverai jamais à les connaître tous, et sur plusieurs générations, et instantanément je me délivre de ce sentiment de culpabilité latent et incompréhensible qui m’habite depuis l’enfance.


J’ai pendant des années, plongé dans ma mémoire et celle des autres, à la recherche des instants où l’on ressent des choses bizarres à l’énoncé de telle question ou à l’évocation de tel personnage avec qui l’on a des conflits incompréhensibles et récurrents.


J’en avais fait un volet de mon activité professionnelle, me soignant en soignant les autres, et en retrouvant les déclencheurs qui lançaient le démarrage de notre cinéma intérieur. J’avais réussi à faire remonter à la surface de façon élective les évènements heureux et formateurs plutôt que ceux qui nous enfonçaient dans notre rôle de victime ou de bourreau.


Et mes racines retrouvent maintenant la place qui leur revient de droit. Elles peuvent courir loin devant moi, au plus profond de moi à la recherche de Gaia, notre mère la Terre.


Et Joséphine n’est pas étrangère, je le devine, à cette prise de conscience.


J’investis vraiment pour la première fois mon prénom « Claire ». Ce prénom, c’est comme si je le découvrais pour la première fois, et je trouve qu’il me correspond presque magiquement. Il est enfin « moi » non accolé à un nom d’emprunt que l’on peut m’enlever dès que l’amour n’existe plus. Ce prénom m’ouvre soudain un chemin vers mes possibles et indispensables transformations.


Le moment où je me sens enfin apte à laisser pousser mes branches vers la lumière sans craindre les orages est venu.


Le ciel ? Mais je suis dedans, entièrement dedans, déjà ! Je m’envole, je deviens fée. Surtout ne me retenez pas, je n’appartiens à personne d’autre qu’à Moi.


 
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   calouet   
25/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cette "trilogie" est une réussite. Le ton que tu emploies est extrèmement doux et mélodieux. On navigue sans cesse entre nostalgie, émerveillement et tristesse, sans à-coups. Le vocabulaire que tu emploies, sans l'air d'y toucher, est très précis, et je crois n'est pas étranger à l'impression de fluidité de l'ensemble. Bravo!

   nico84   
25/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je voulais seulement te poser une question, cette trilogie est elle légérement autobiographique ? Car j'ai reconnu quelque détail qui correspond à ce que je connais de toi.

En tout cas, belle conclusion, qui clôt une trés belle trilogie. C'est rempli de fragilité, de sensibilité, de pureté, de sagesse, un peu comme est rempli l'âme de l'auteur.

Bravo pour cette ... trilogie.

   Anonyme   
28/3/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est d'une justesse de ton et d'écriture qui laisse rêveur. Merci du fond de l'âme. Ca fait un bien fou.
Tu exprimes des choses semblables à celles qui vivent aussi en moi, mais dont je ne peux parler encore. Ma Joséphine à moi s'appelait Florence... Un jour peut-être...

   Anonyme   
11/4/2008
"Je n'appartiens à personne d'autre qu'à moi", quelle belle conclusion pour cette histoire toute en finesse et en légèreté.

Tu traites d'un thème fondateur : les racines, le poids de l'histoire des ancêtres, l'épanouissement de l'être intérieur ... et cette Joséphine ange gardienne aux effluves de mandarine et de lavande peut être interprétée par chacun comme il veut. Tu n'imposes rien, c'est ça que j'aime bien. On peut tout aussi bien croire à la magie de la réelle présence protectrice et révélatrice de Joséphine, que recevoir ton récit comme une allégorie de développement personnel.

Cela dit, je suis comme ta Joséphine, j'aime chuchoter des histoires de fées et de petit peuple des bois à mes enfants, quand nous nous promenons et que je leur raconte les plantes sauvages et leurs secrets (ben oui, c'est aussi mon dada).
J'y crois parfois plus qu'eux, j'ai l'impression :-)
Alors pourquoi pas des graines de rêves ...

   Togna   
3/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J’ai lu les trois épisodes à la suite l’un de l’autre.
Tu nous emmènes dans ton univers onirique auquel tu associes le réel ; ton réel. Et cela glisse tout seul sur l’âme… ta prose me rendrait presque lyrique ! Tu as raison, laissons nos démons en terre, et élevons nous. Mais est-ce si facile ? Pas toujours ! Alors il faut savoir rappeler la Grand-mère Joséphine.
Donc, pour revenir sur terre, bravo et merci pour le fond.

L’écriture, qui est la tienne, douce, sucrée, avec ces phrases aux membres parfois inversés qui ajoute à la poésie, est inégale selon les épisodes.
Dans le premier, se sont les répétitions qui m’ont accrochées. Le mot « cœur », l’article « et », « couple » utilisé, avec des sens différents, dans deux phrases successives.

Dans le deuxième, la ponctuation m’a semblée parfois difficile. Exemple : « Quitter la capitale pour trouver en province une maison dans laquelle je me sentirai en harmonie avec mes envies de nature m’apparaissait alors la meilleure solution qui me libérerait de l’ambiance désespérante dans laquelle je vivais. »
Je suis certain que si tu prends la peine de faire pour toi ce que tu fais pour nous, lire ton texte à haute voix, tu mettras des virgules :
« Quitter la capitale, pour trouver en province une maison dans laquelle je me sentirai en harmonie avec mes envies de nature, m’apparaissait alors la meilleure solution qui me libérerait de l’ambiance désespérante dans laquelle je vivais. »
T’aurais ti pas eu une petite flemme sur ce chapitre, ma Titeffee ? Parce que je ne veux pas t’accabler, mais il y en a d’autres du même genre dans cet épisode. Et en plus, ces cancres de correcteurs, ont oublié des points ! Ils ont d’ailleurs laissé pire dans le premier : « me persuader que j’étais été victime… » Au coin, on devrait les mettre !

Alors le troisième épisode… il est parfait ! C’est ce qui me laisse penser que le deuxième n’a pas été bien relu. Où alors tu avais près de toi un coquin qui te perturbait !

C’est un beau récit, merci ma douce…

(Mon appréciation est pour les trois épisodes)

   xuanvincent   
24/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La fin de cette nouvelle m'a agréablement surprise.

Cet épisode, comme les deux précédents, m'a plu pour son écriture, poétique et légère.

J'ai apprécié ce voyage dans le temps et l'espace (vers le passé heureux de l'enfance de la narratrice en compagnie de sa chère grand-mère), grâce à ces graines magiques.

"laiteux" : je remarque le retour de ce terme dans cet épisode, comme s'il avait une grande importance.

"C’est alors que j’appréhende avec beaucoup d’acuité que cet arbre représente « mon arbre ». : j'ai apprécié l'image de l'arbre et ce qu'il symbolise pour la narratrice.

"J’investis vraiment pour la première fois mon prénom « Claire ». : j'ai apprécié cette idée.

"Le ciel ? Mais je suis dedans, entièrement dedans, déjà ! Je m’envole, je deviens fée. Surtout ne me retenez pas, je n’appartiens à personne d’autre qu’à Moi." : j'ai beaucoup aimée cette fin, où la narratrice se fond dans l'univers du merveilleux, jusqu'à devenir elle-même une fée, que nul ne pourra retenir.


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