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Réalisme/Historique
toc-art : La robe blanche [Sélection GL]
 Publié le 01/09/17  -  23 commentaires  -  7123 caractères  -  154 lectures    Autres textes du même auteur

Je me suis regardée dans le miroir et, pour la première fois, je me suis trouvée jolie.


La robe blanche [Sélection GL]


Je suis née en 1925 dans une petite ville du sud de l’Illinois. J’ai été heureuse jusqu’à l’âge de huit ans. Mon père nous a quittés à la naissance de mon petit frère, on était en pleine dépression, ça n’a pas été facile. Il n’a plus jamais donné de nouvelles. Avec maman, on allait de ferme en ferme et on se louait comme manœuvres quand on voulait bien de nous. Elle avait confié Timmy à ma grand-mère. J’étais grande pour mon âge et j’avais chopé le coup pour ramasser les patates. On ne gagnait presque rien mais au moins, on avait droit à la soupe et au couchage. On a fait ça un moment. Un jour, on s’est retrouvées dans la ferme d’un veuf, Joe Winston. Il n’avait pas de famille. Il avait besoin de quelqu’un pour s’occuper de la maison. Maman était encore jolie, on est restées et elle a fait venir Grand Ma’ et Timmy. Comme ça allait un peu mieux, je suis retournée à l’école. Je n’étais pas très douée et j’aimais pas ça, mais j’ai quand même appris à lire. Maman me disait que c’était important si je voulais être libre. Elle a été déçue quand on m’a dirigée vers la filière couture. Au moins, tu auras un vrai métier, tu ne dépendras de personne, m’a-t-elle confié pour me consoler en sortant du bureau du directeur.


J’ai aimé apprendre à coudre. Très vite, j’ai fait des vêtements pour Timmy. Avec maman, on riait beaucoup pendant les essayages. Grâce à un cousin de mon beau-père qui travaillait dans une manufacture de tissus, on avait régulièrement des chutes gratuites, parfois même des moitiés de rouleaux. Le problème, c’est qu’il n’était pas question de choisir la couleur ni le motif. Entre mes maladresses de débutante et les teintes souvent criardes des étoffes, le pauvre Timmy ressemblait souvent à un épouvantail ! Mais il n’allait pas encore à l’école, ça n’était pas trop grave. Joe ne disait rien. Il rentrait de sa journée tellement crevé qu’en dehors de sa soupe et de son lit, il ne voyait pas grand-chose.


Pour mes douze ans, maman m’a trouvé un magnifique coton blanc. J’en ai eu juste assez pour me faire une robe. Mais quelle robe ! Je me suis regardée dans le miroir et, pour la première fois, je me suis trouvée jolie. À l’école, j’étais plus grande que les autres et j’avais déjà de la poitrine, les filles se moquaient, les garçons commençaient à me regarder, je plaquais mes seins sous des bandages, j’avais honte. Mais là, enfin, j’étais contente de moi. Je me suis précipitée à la cuisine pour montrer à maman. Pour une fois, Joe était rentré déjeuner. Regarde comme je suis belle, Joe, ça te plait ? Il est resté immobile quelques secondes puis il a hoché la tête sans rien dire avant de replonger sa fourchette dans son assiette. Arrête de dire des bêtises, a fait ma mère sur un drôle de ton, et va te changer, tu vas te salir. Je pourrai la mettre dimanche, pour la fête de la ville ? Dis oui, maman, s’te plait ! On verra Beth, on verra, pour l’instant, file, j’ai besoin de toi pour coucher Timmy.


C’est le jour de la fête que j’ai revu Billy. On se connaissait depuis l’école. Il était un peu plus âgé. C’était le fils de l’épicier, je le voyais moins parce qu’il avait obtenu une bourse et il terminait le collège. Son père était très fier de lui. Souvent, quand j’allais à l’épicerie, il racontait que son Billy ferait de grandes études, qu’il finirait avocat ou bien médecin, et peut-être même sénateur. Avec ce gamin, on ne savait pas jusqu’où ça irait !


Billy s’était fait beau pour la fête. Une chemise blanche, un joli costume bleu avec de fines rayures grises. Un vrai monsieur. Salut Beth, t’es rudement jolie dans ta robe ! qu’est-ce que tu fais de beau ? ça te dirait de faire un tour dans la caisse de mon père ? t’es déjà montée dans une voiture ? J’ai ri. Ben oui, pour qui me prends-tu ? Faut que je demande à maman. Une grande fille comme toi, tu demandes encore la permission ? Allez viens, après je dois retourner au collège, si on cherche ta mère, on n’aura plus le temps. Je savais pas trop quoi répondre. Il avait ôté sa veste pour être à l’aise, il la tenait à l’épaule, ça lui donnait un air un peu bravache que j’aimais bien. Allez, t’inquiète, a-t-il ajouté pour me convaincre, on sera pas tout seuls, Jake et Jimmy veulent aussi faire un tour. Ça a achevé de me décider, je connaissais bien les jumeaux, on avait souvent fait la tournée des fermes ensemble pour les moissons. Je les trouvais un peu benêts mais gentils.


On s’est retrouvés à quatre dans la cabine du pick-up. J’étais coincée entre Billy qui conduisait et les deux frères. Ça n’était pas très confortable et j’avais un peu peur pour ma robe mais c’était drôle aussi. Les garçons avaient baissé les vitres, le vent s’engouffrait dans la voiture, et avec lui la poussière qui collait à la langue et aux cheveux. Très vite, Billy a quitté la rue principale et s’est dirigé vers les collines. Les cahots nous projetaient les uns contre les autres. Je riais. J’étais heureuse. Les garçons riaient aussi. Tu veux apprendre à conduire, Beth ? a demandé Billy. J’ai hoché la tête. Tu veux apprendre à conduire, hein, Beth ? a-t-il répété en hurlant cette fois-là, pour couvrir les bruits du moteur. J’ai répondu oui, en criant moi aussi. Avant que je puisse réagir, l’un des garçons a empoigné ma main et l’a plaquée sur la braguette de Billy. Eh bien, commence par te servir du levier de vitesses ! a-t-il beuglé en éclatant de rire. Oh ça va, les garçons, c’est pas drôle. Je sentais la bosse dans le pantalon de Billy. J’ai essayé de m’écarter mais le jumeau maintenait sa pression. Alors, ça te plait, Beth, tu aimes ça ? Les trois garçons riaient, le visage en sueur. J’avais toujours la main sur l’entrejambe de Billy. Nous avons continué de rouler un petit moment. Je regardais obstinément devant moi. Les rires s’étaient éteints. Les garçons respiraient fort. Plus personne ne parlait. Billy a garé la voiture un peu à l’écart de la grand-route, sous un arbre. Ils m’ont fait monter à l’arrière du pick-up. Retire ta robe, Beth, tu voudrais pas l’abîmer ? Tu voudrais pas qu’on sache que t’es qu’une traînée ? Ils m’ont prise l’un après l’autre. Je n’avais même plus la force de me débattre. Tu aimes ça, Beth, hein dis, tu aimes ça ?


Ils m’ont laissée au bord du chemin qui menait à notre ferme. Avant que les garçons me fassent descendre, Billy s’est tourné vers moi. T’es une sacrée chouette fille, Beth, ça m’a fait plaisir. Arrivée près de la maison, j’ai fait le tour et je suis entrée par l’arrière pour que personne ne me voie. J’ai plié ma robe soigneusement, j’ai dû recommencer plusieurs fois, et je l’ai cachée sous le matelas. Timmy dormait dans son lit. Je l’ai regardé un long moment sans comprendre. À l’heure du dîner, maman m’a demandé où j’étais passée tout l’après-midi. On t’a cherchée partout, j’étais inquiète. Ta mère a raison, Beth, tu n’es plus une gamine maintenant, faut faire attention, a rajouté Joe en me faisant un clin d’œil. J’ai baissé la tête. La vapeur de la soupe me piquait les yeux.


Quelques mois plus tard, Joe commençait à venir dans ma chambre la nuit. Timmy dormait dans le lit à côté. Il ne fallait pas le réveiller.


 
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   Donaldo75   
11/8/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
(Lu et commenté en EL)

Bonjour,

Tout de go je le dis, j'ai adoré cette très courte nouvelle.

L'histoire est très bien racontée, on a l'impression de voir la narratrice, Beth, dans ses dernières années, devant nous. La progression dramatique, même si on se doute assez rapidement du sort de Beth avec Billy, vu la sociologie latente exprimée dans les lignes précédentes, est bien rythmée. Les faux dialogues donnent encore plus l'impression de narration a posteriori, sur la base de souvenirs.

Le style employé met toutes ces qualités narratives en avant; on a un peu l'impression de lire un roman réaliste américain des années cinquante, quand les auteurs décrivaient l'envers du décor, la face cachée du rêve Outre-Atlantique, les petits arrangements entre l'Oncle Sam et la réalité.

La fin est terrible. Pour une fois, une chute est au niveau du reste du texte. L'ensemble m'a déprimé.

Bravo !

   Tadiou   
15/8/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
(Lu et commenté en EL)

Le style sobre, l’écriture simple, rendent le récit encore plus poignant. La misère ordinaire, les viols comme une banalité. Le cynisme des « camarades-violeurs ».

C’est tout de même très résumé et comme suspendu entre deux eaux, car on ne sait rien des attitudes ultérieures de Beth qui semble accablée par la fatalité ; absences de réaction de sa part… Elle n’en a même pas parlé à sa mère ? A personne, même pas une amie ? Beth apparaît comme une personne désincarnée, une victime totalement et irrémédiablement écrasée. Pas de réactions futures de sa mère quand ce sera le tour de Joe, son mari (ou compagnon) ?

De telles passivités auraient mérité d’être développées et approfondies, car ainsi, le récit apparaît malgré tout comme artificiel. On en reste trop à l’extérieur

Si votre nouvelle n’était pas publiée, je vous engage (ce n’est que mon sentiment) à la reprendre pour l’étoffer, lui donner davantage d’humain.

Une question: vous avez rangé votre nouvelle dans "Réalisme/Historique". Est-elle tirée d'une histoire vraie précise? (Même si on peut imaginer la triste vraisemblance de tels drames)

A vous relire.

Tadiou

   Asrya   
15/8/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
(Espace lecture)

Un texte qui se lit bien, pas de fioriture, simple, efficace, l'ambiance est bien posée de manière générale ; rien de déplaisant.
On s'attend un peu trop à ce qu'il va se passer avec les garçons, c'est le bémol de cette histoire "douloureuse". Au final, ça sonne très classique, sans grande originalité ;

Il n'y a que le dernier paragraphe que j'ai apprécié "quelques mois plus tard .... pas le réveiller " ; je trouve que c'est vraiment une bonne fin et qu'elle apporte une saveure dont manque le reste du récit.

Au final, l'histoire est scindée en deux, une première partie qui raconte la vie de votre personnage et la deuxième qui nous encre dans quelque chose de plus vif, la fête du village.
Peut être que la première partie est trop développée, elle n'apporte pas grand chose ; peut être que le personnage de Joe aurait pu avoir plus de place, pour indiquer le manque de repères de votre personnage par rapport à la gente masculine ; peut être, je ne sais pas, je m'interroge.

Je pense qu'il y a quelque chose à faire avec tout ça, en mieux.
Merci beaucoup en tout cas pour ce moment de lecture,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
Asrya.

   stony   
7/9/2017
L'auteur n'étant pas intéressé par mon commentaire, je le supprime.
Grâce à une évaluation favorable, ce commentaire aura au moins contribué à la sélection de son texte.
Je ne commenterai plus jamais cet auteur et, le cas échéant, supprimerais dès parution tout commentaire laissé en EL sur l'un des ses textes.

   Mistinguette   
24/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Une nouvelle superbement écrite qui me laisse un goût d’inachevé.

En l’état cette histoire me semble, hélas, tout ce qu’il y a de plus banale, surtout au début du siècle dernier. Je l’aurais bien vue se prolonger et offrir à Beth une vengeance. Pas devant un tribunal, non, quelque chose de plus sournois, moins prévisible.

Bien sûr le viol n’a pas disparu aujourd’hui, encore une fois hélas, mais la plupart des violés ne s’enferme plus dans le mutisme, la soumission.

A mon avis, un texte à recommander aux jeunes générations, l’atmosphère d’autrefois y étant parfaitement restituée (enfin, d’après mes lectures, ma culture cinématographique et ce que j’ai entendu dire par les anciens, je n’y étais pas :-))

Bonne continuation à l’auteur et merci pour cette lecture.

   PierrickBatello   
24/8/2017
 a aimé ce texte 
Pas
Disons que c'est une histoire qui malheureusement ne brille pas par son originalité. Malheureusement bien sûr, car le sujet est rude. Mais j'ai eu l'impression de me retrouver dans un épisode de "La petite maison dans la prairie" et surtout, on sent venir très vite la fin inéluctable. Etait-il besoin d'en rajouter une couche avec Joe à la fin?

J'ai espéré qu'au lieu d'un viol collectif, elle les envoie tous les trois ainsi que la voiture valdinguer dans un précipice. Mais non, la triste réalité la rattrape. Misérabilisme, c'est le mot qui me vient. Le style est correct, simple, enfantin mais vous me direz que c'est normal vu l'âge de la narratrice. Désolé, une autre fois peut-être.

   Louison   
1/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Beth dévoile un pan de sa vie qu'elle a toujours tu. Une histoire difficile à porter sans doute, où on se dit que la narratrice ne s'est guère rebellée, mais on est dans une autre époque, un autre lieu et je pense qu'hélas, c'est plausible. Une écriture fluide et simple, très agréable.
Quant à l'histoire, elle me laisse un malaise, j'aurais tellement envie que Beth se défende, qu'elle soit moins passive, mais c'est le choix de l'auteur.

   Jean-Claude   
1/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour toc-art.

Histoire sordide, bien menée, mais...

La fin me semble tronquée et le ton trop neutre. Qu'est-ce qui justifie l'intrusion de Joe ? Et la soumission ? La robe ?

D'autre part, je ne vois pas l'apport de l'histoire antérieure à l'événement ou, du moins, avant la fabrication de la robe.

De plus, la robe, reflet dans le miroir et à l'origine des événements, manque malgré tout de présence.

Au plaisir de vous (re)lire

   socque   
1/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Très portés sur la chose, ils sont, les rednecks de la Grande Dépression.

J'avoue que j'ai tendance à me méfier quand je vois qu'une petite fille va se faire violer, et là j'ai senti venir le truc à trois kilomètres. J'ai tout de suite l'impression qu'on va me faire le coup de la valise à sanglots et, même si je ne m'appelle pas Margot, me sommer de pleurer. Du coup, suspension de la suspension d'incrédulité, je me mets à ergoter comme mécanisme de défense.

Parce que, bon, la gamine a douze ans, sa féminité commence tout juste à être visible, alors je m'étonne que le gaillard de, quoi, quinze ans, la repère elle le jour de la fête au village alors qu'il a probablement sous les yeux d'autres filles plus proches de son âge, plus girondes et prêtes à lui tourner autour puisqu'il a un bel avenir. Soit dit en passant, il a eu une bourse pour le lycée ? (Puisqu'il termine le collège.) C'est pas plutôt pour la fac, les bourses ? Mais d'accord, la différence d'âge serait sans doute trop grande si Billy frôlait les dix-huit ans.

Je peux imaginer que c'est justement parce que la narratrice est une moins que rien et qu'elle fera une victime idéale (elle n'ira pas porter le pet, il peut faire ce qu'il veut) que le Billy l'aborde. Mais les jumeaux, là, je coince. La narratrice les fréquente, je suppose qu'ils ont son âge (la narratrice ne dit à aucun moment le contraire), et les garçons, à douze ans, j'ai du mal à croire qu'ils soient partants pour violer une petite camarade. Non pour le principe, mais parce qu'ils ne sont pas encore suffisamment équipés. Et pourquoi Billy fréquenterait des gamins de douze ans, lui qui devient un homme ? Rien que pour attirer la narratrice dans son piège ? Bref, les minots qui participent activement au viol ("Ils m’ont prise l’un après l’autre"), je n'y crois pas. Si encore c'étaient les frères de Billy, qu'il les entraîne là-dedans et qu'ils maintiennent la narratrice pour l'empêcher de se débattre, ça passerait mieux pour moi. Mais que des gamins apparemment très ordinaires se lancent dans un acte d'une pareille violence, j'ai du mal.

Mais, là encore, admettons. L'Amérique des années 30 est un enfer pour les femmes réduites au rang de proies, la moitié des filles, à cette époque, dans ce milieu, sont déflorées à douze ans, se marient enceintes à quatorze et font leur descente de matrice à vingt. Je n'y connais rien, c'est peut-être la réalité historique. Seulement, dans ce cas, la mère serait au courant du monde où elle vit, non ? Sans avertir explicitement sa fille (c'est inimaginable, je suis d'accord), elle voudrait la protéger, lui interdirait de s'attarder à la fête et sûrement d'aller se promener en voiture seule avec des garçons. La relative liberté de circulation de la narratrice me paraît incompatible avec ce qui transparaît du contexte dans le récit.

Voilà pourquoi je trouve l'histoire boiteuse, et "réaliste" comme une chanson du début du siècle précédent ; cf. la parodie chez Les Inconnus :
Et la gamine cul-de-jatte
Tomba dans le caniveau et se fit éclater la rate !

Et à part ça, est-ce que j'aime l'écriture ? Je pense qu'elle convient au sujet, elle est efficace dans sa sobriété pour la manipulation que je crois percevoir dans ce récit destiné, crois-je, à m'arracher nolens volens des larmes. Mais pour moi, l'intrigue demeure outrée. J'aurais bien mieux avalé le tout si les malheurs déclenchés par la robe blanche s'étaient révalés moins apocalyptiques... Ce qui n'aurait d'ailleurs pas empêché qu'ils débouchassent sur la même conclusion, à savoir que Joe renifle l'odeur du désespoir et de la vulnérabilité sur la petite et finisse dans sa chambre. Parce que ça, oui, les abus de Joe, dans l'intimité de sa demeure où il est le maître, pour peu que la mère de la narratrice tombe malade et qu'il ait des pulsions à exprimer, j'y croirais volontiers.

   PIZZICATO   
1/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Concernant le thème, il n'y a pas, à mon avis, de grande originalité ; j'entends par là que le viol collectif est toujours présent dans la société et même qu'il a une tendance à s'amplifier.

C'est l'analyse du récit qui me laisse interrogatif, et c'est un peu le but d'une nouvelle.

Deux phrases en milieu de texte m'ont interpellé :
-" Regarde comme je suis belle, Joe, ça te plait ? "
-" Arrête de dire des bêtises, a fait ma mère sur un drôle de ton ".

La suite des évènements incitent a me demander si Beth, en se voyant dans cette belle robe, n'a pas décidé alors de s'émanciper.

Elle aurait pu refuser de partir seule avec ces garçons.
Elle aurait pu prendre peur en voyant le pick-up se diriger vers les collines.
Elle aurait pu tenter de se sauver lorsqu'ils l'ont fait monter à l'arrière du véhicule.

Plus tard, après ces évènements subis, pourquoi prendre soin de ne pas réveiller Timmy ?

Mon interrogation : est-elle victime ?

   hersen   
1/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Il n'y a aucun problème d'écriture, elle est impeccable.

Pour l'histoire en elle-même, j'aurais envie de dire que le cadre n'est pas bon. Car nous en restons à ce qui arrive à Beth de plus abominable, avec la certitude que cela continuera, chez son beau-père ou ailleurs : peu importe maintenant, elle est marquée du sceau de la soumission;

Il me semble que parler de sa féminité découverte par le biais de cette robe pouvait amener peut-être à plus de réflexion, et je reste très sensible à l'attitude de la mère, que l'on pourrait de nos jours qualifier de non-assistance à personne en danger; Mais nous ne sommes pas "de nos jours". Seulement, pour que la chape de plomb se soulève, que la loi change, il a fallu que des victimes, des mères aussi, se rebellent. Et cet angle aurait été pour moi plus intéressant, plus "productif" plutôt que de rester du côté des victimes sans espoir. Aussi pour les victimes encore nombreuses de nos jours, malgré la catégorie criminelle dans laquelle est classée aujourd'hui la violence sexuelle.

A te relire,

hersen

   moschen   
1/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
La lecture de ce texte est dérangeante. J'ai ressenti un profond malaise.
Cela va trop vite. Entre le moment où elle monte de force à l'arrière du pick-up, retire sa robe (pour ne pas l'âbimer) et le viol collectif. Une petite phrase comme une pirouette pour dire qu'elle n'a plus la force. Elle ne dit rien, ne hurle pas, ne se défend pas.
On nous dit qu'elle aimait l'air bravache de Billy et l'on comprend qu'elle pouvait être impressionnée par sa réussite (il a eu une bourse pour le collège). Mais de là à se soumettre...

   plumette   
2/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai été prise par l'écriture vive et simple dès le début.
Je me suis doutée très vite de ce qui allait arriver à Beth. Mais peu importe, je ne pense pas que l'auteur ait voulu ménager un suspens.
Je trouve la construction narrative très habile : Le décor avec la pauvreté et la rudesse, puis une amélioration dans la condition de cette famille, un élément possible d'émancipation avec l'école, l'apprentissage d'un métier qui procure du plaisir et puis ce jour de la fête au village où tout bascule. Le récit elliptique du viol collectif est terrifiant et et la passivité de Beth s'explique sans doute par l'époque et le fait qu'elle est noire (?) Cela n'est pas dit mais me paraît être le cas, ne serait -ce que pour donner à la robe blanche encore plus de relief.

Je n'ai pas aimé la chute. Pour moi, il était bien suffisant que Beth ait été la victime de ce groupe de "copains" et libre au lecteur d'imaginer la suite.
Subjectif bien sûr!

Plumette

   GillesP   
2/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Cette nouvelle est écrite d'une manière très fluide. Le style adopté, plutôt simple dans l'ensemble, convient tout à fait à ce qui est raconté: en effet, la neutralité du ton est en accord avec le côté soumis de la narratrice.
Après, concernant l'histoire, elle est prévisible. En même temps, ménager du suspense ou instaurer une chute inattendue aurait été sans doute malvenu au regard du sujet choisi.
Au plaisir de vous relire.

   Acratopege   
2/9/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une histoire sordide, au sujet rebattu sans doute, mais racontée dans un style simple qui m'a emporté. La construction est habile, avec un cadre d'abord général, puis un récit qui se resserre jusqu'à la chute. J'ai entendu beaucoup de récits semblables pendant ma carrière de psy. Celui-ci sonne plus vrai que vrai. Si vous êtes un homme, votre nouvelle aurait mérité de gagner le concours!
Bravo et merci.

   widjet   
3/9/2017
Toc-art

J’ai hésité à venir lire ton texte.

Je me suis dit que quoique j’en dise, il me sera difficile d’échapper à un à certain priori (compte tenu de la nature de notre relation, mi-figue mi-raisin). Puis, après avoir vu que tu avais ouvert un forum sur le texte (que je n’ai pas lu), je me suis dit que j’allais quand même lire le texte, mais ne pas l’évaluer pour que tu ne puisses pas trop penser que je cherche à t'emmerder. Un bon compromis, je pense.

Je vais faire une critique rapide par « bullet point »

Les +

Absence de pathos
L’héroïne raconte l’évènement avec brièveté et désinvolture comme s’il s’agissait d’un fait banal. Cette façon de procéder n’est pas sans rappeler - la crudité en moins - les romans de Christine Angot)
Le langage de l’ado est par moment convaincant (même si parfois y’a une inconstance dans la formulation - la plupart du temps, la négation est mentionnée, mais j’ai noté au moins un loupé : «Je savais pas trop quoi répondre » 
Le texte est court, là encore, le parti pris de ne pas s’appesantir sur ce drames une bonne idée.


Les -

Beaucoup de mots/formules m’ont paru trop recherchés (encore que je suis pas certain) pour une gamine que j’imagine - à tort peut-être, pas hyper érudit : « bravade, cahots, criardes, ça a achevé de me décider… »
Les deux dernières phrases qui pour moi sont non seulement mal amenées (parachutées) mais surtout ça rajoute une couche (dispensable à mes yeux) au calvaire déjà vécu de la gosse.

Deux trois bricoles :

Mon père nous a quittés à la naissance de mon petit frère, on était en pleine dépression, ça n’a pas été facile. Le « ça n’a pas été facile » est inutile, ce qui précède suffit.
L’ambiguité du « départ » du père. Au début, on croit qu’il est mort (nous a quitté), mais juste après on voit que non (plus de nouvelles). Cette confusion est volontaire ? Si oui, pour quelle raison ?

Au final, je n'ai pas trouvé ce texte bon ou mauvais.
Assez anecdotique alors que le sujet ne l'est pas.
C'est peut-être ça qui me gêne le plus. Si tu nous as épargné le misérabilisme (merci pour ça), tu n'es pas parvenu à me bousculer.

Widjet

   Bidis   
3/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce texte m'a rappelé une petite camarade d'école. Sa mère avait, entre autres mauvais traitements, tenté de l'étouffer avec un oreiller quand elle était toute petite. Eh bien, elle avait, pour en parler parfois, le ton qu'emploie l'auteur dans cette nouvelle, par ailleurs fort bien écrite : un ton résigné. Comme si l'horreur était normale. C'est pour cela que ce texte m'a empoignée, même si l'horreur ici est d'une autre nature.

   Perle-Hingaud   
3/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Toc,
Une chose m’impressionne dans ce texte : ta capacité à t’imprégner des autres, à rendre un témoignage crédible. D’accord, le texte part d’un récit qui t’a marqué, mais de ce récit, il ne te reste que, justement, quelques faits et un ton. Et de là, tu as témoigné, avec une grande justesse, tu as su oublier ce qui fait souvent ton style pour adopter le ton de cette femme. Peut-être as-tu interprété - je ne sais pas, après tout, ce que la femme du reportage a ressenti au-delà de ce qu'elle a voulu raconter face à la caméra- peut-être d’ailleurs le reportage n’est-il lui-même qu’une autre théâtralisation de la vérité, mais cette réinterprétation fonctionne diablement bien. Comme un peintre traduit un paysage, l’essence d’un paysage, par le tamis de sa propre personnalité.

Sinon, la construction est claire, ce que j’appelle la « flèche narrative » efficace, l’écriture est limpide : c’est pénible à la longue cette facilité !

J’aurais aimé connaître la suite de l’histoire, pour mettre un visage sur la femme qui raconte, bien plus tard, mais peut-être aurait-ce détruit l’équilibre de la nouvelle ?

Merci pour cette lecture. Elle m’a donné envie de relire les pièces de Tennessee Williams, tiens (prends en de la graine pour la suite du récit ^^) !

   carbona   
3/9/2017
Wahoo, ça décape ! J'ai adoré votre écriture, c'est sobre, délicat, complet. bravo !

J'ai été vraiment emportée par l'histoire dès le début. Quand Beth présent sa robe au beau-père, j'ai les alarmes qui s'allument puis ce sera Billy, pouah, c'est dans détour... Et le coup de couteau final est hard aussi, le revoici donc le beau-père...

Misère...


Vite une dose de sourire !!

Merci pour la lecture.

   veldar   
3/9/2017
Bonjour toc-art

J'ai lu le forum (en diagonale, votre réaction au sujet du contenu des commentaires est interpellante), puis j'ai lu la nouvelle et les commentaires, relu le forum (attentivement) avant de me décider à mettre un commentaire sous votre texte. Vous dites, (forum) qu'il n'est pas bon d'être victime et j'avoue, l'entendre dire par quelqu'un qui n'en est pas une mais a seulement été interpellé par le témoignage d'une personne qui, elle, en a été une, me redonne une once de foi dans l'humanité.

Je crois que tout commence dans votre texte par cette phrase : "et pour la première fois, je me suis trouvée jolie". Et la suite de cette phrase qui en dit cent fois plus : " A l'école, j'étais plus grande que les autres, j'avais déjà de la poitrine, (bandages) les filles se moquaient, les garçons me regardaient, j'avais honte".

Je pense à votre héroïne et je n'ai que compassion pour elle. Et pire encore, de la compréhension. Je sais pourquoi elle n'a rien dit, ni avant, ni après. Je sais pourquoi elle est montée dans cette voiture. Je sais aussi pourquoi ensuite elle ne s'est pas révoltée de l'intrusion de son beau-père.

Je regrette de ne pas avoir eu l'occasion de visionner le reportage que vous avez vous-même vu. Je vous trouve bien courageux, Monsieur toc-art et surtout profondément humain pour avoir eu envie de vous risquer et de vous mouiller en ces eaux marécageuses. Je voudrais aussi dire que j'apprécie votre façon de défendre votre texte ou l'histoire de cette femme qui, l'espace d'un témoignage distancié, a su vous donner envie de "faire" quelque chose quand beaucoup, autour de ces victimes, y compris la justice, préfère se taire ou juger de travers.

   Cat   
4/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Toc-art,

J’ai lu ta nouvelle à sa parution, sans pouvoir cependant la commenter tout de suite tant le thème, celui qui frappait hier, comme il frappe encore aujourd’hui, me prend aux tripes, jusqu’à me faire cauchemarder. Il fallait pas que je la relise avant d’aller dormir…

Le ton employé pour l’écriture, aussi froid que le scalpel du chirurgien en train de disséquer l’opération qu’il est en train de réaliser pour ses élèves attentifs, déploie fort bien l’atmosphère mélodramatique. A filer froid dans le dos. Je l’ai dit plus haut.

Je reste mitigée. Faut-il user d’un tel sujet dans des fictions qui vont forcément faire pleurer dans les chaumières ? Faut-il le garder pour la sordide réalité des news du soir ? Cela va-t-il changer le comportement de ces hommes à la sale mentalité, le fait d’en parler ? J’ai de sérieux doutes…

Mon bien +, c’est pour l’écriture, seulement l’écriture.
A te relire dans d'autres registres.

Cat

   vb   
4/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Toc,
J'ai bien aimé cette nouvelle. La phrase qui m'a le mieux plu, c'était "le vent s’engouffrait dans la voiture, et avec lui la poussière qui collait à la langue et aux cheveux."
Au début, j'ai trouvé le ton un peu trop télégraphique, mais cela colait bien au style américain à la Truman Capote. Puis le style prend de l'ampleur et j'ai mieux aimé.
Ce que j'ai par contre regretté c'est que dès l'apparition de Joe je me suis douté qu'il allait coucher avec Beth. De même avec l'histoire du viol collectif, c'était aussi ce à quoi je m'attendais.
La comparaison avec les Noces barbares de Queffelec m'a paru évidente et j'ai trouvé cette version, en comparaison, un peu maigrichonne.
La narratrice encaisse les évènements avec fatalisme. C'est tout à fait plausible, mais ce type de récit ne devient à mon avis intéressant que lorsque ces évènements conduisent à une conséquence comme par exemple une vengeance, une folie ou autre chose du genre.
À bientôt,
Vb

   guanaco   
15/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Tout a été dit en comm ou sûrement en forum (que je n'ai pas lu )
L'écriture et le ton m'ont plu.
Récit sans surprises maïs je pense que ce n'est pas le but de l'auteur, cette prévisibilité m'a un peu gêné.

Merci pour ce texte.


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