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Humour/Détente
Togna : L’autre monde
 Publié le 22/12/07  -  16 commentaires  -  28707 caractères  -  15 lectures    Autres textes du même auteur

Après s’être frotté aux fantômes irlandais...


L’autre monde


Après s’être frotté aux fantômes irlandais, Paulo avait retrouvé la belle Marilyn, laquelle avait largué ses vieux pour vivre avec lui. Bon, lui, ça lui explosait pas le zygomatique, parce que faut dire qu’il était pas franchement amoureux notre ami, mais il n’était pas mécontent d’avoir une frangine at home pour faire un peu de ménage. Elle ne risquait pas de se casser un bras en frottant la môme ! Non. Mais bon, au pieu, elle n’économisait pas son énergie. « Ça compense mes lagunes » comme elle disait. Quelques semaines passèrent ainsi, mais le plumard, ça commençait à le lasser le gars Paulo. La vie en couple, il n’était pas mûr pour ça. Il avait besoin d’évasion. Alors un jour…


***


Ça fait plusieurs plombes que Paulo erre dans la forêt. Épuisé, vidé comme un cerf, il pose ses miches au pied d’un arbre solide comme un chêne. Il s’enroupille. Phébus n’a pas fini d’allumer ses lampions quand notre ami ouvre les chasses. Il empoigne des basses branches pour s’aider à se mettre debout.


- Hé ! Faut pas te gêner ! s’exclament-elles par le sifflet d’un magnifique cervidé couché-là.

- Oh, excuse, mec ! J’ai pris tes bois pour des branches. J’t’avais pas vu ! Faut dire que j’étais flagada et que la neuille était noire.

- Tout le monde s’en prend à mes bois ! Hier, tes congénères m’ont pourchassé à cheval toute la journée pour me les piquer ! Je leur en veux, je voudrais les tuer ! Tu vois, les cons génèrent toujours la haine !

- T’as raison, l’homme est une femme !

- I beg your pardon ? s’étonne la bête qui avait fait ses études en forêt de Sherwood.

- T’as les portugaises ensablées ? L’homme est infâme !

- C’est le moins qu’on puisse dire.

- Tu peux me mettre au parfum du lieu où je suis ?

- Tu es dans la merde…

- Quoi ? Dans, peut-être, mais où ?

- Dans l’autre monde.

- Ben crotte alors ! J’suis clamsé ? Je m’souviens pas d’avoir fermé mon parapluie…

- Ton parapluie ? On cause, on cause, hillala ! Il faut que je me sauve avant l’hallali !


À l’instant où l’animal bondit pour mettre les bouts, la végétation s’écarte, laisse place à un serpent gigantesque. Le reptile rampe gueule béante devant le cerf qui disparaît et brame au fond du boa.


« Pas possible, j’hallucine. » gamberge Paulo en se frottant les carreaux. Quand il les rouvre, le serpent a mis les adjas, les arbres ont repris leur place. « Ça alors, c’est raide ! Qu’est-ce qui m’arrive ? L’avait raison l’brameur, j’dois être dans l’autre monde. J’mérite quand même pas l’enfer… Pas le paradis non plus, d’accord ! J’dois être au purgatoire… Bon, allons chercher plus loin la réponse à ce mystère.»


Il marche, marche… Obnubilé par sa quête, il ne voit pas que la végétation change. Les arbres et hautes futaies laissent la place à une sorte de savane sablonneuse. Soudain, l’étrave énorme d’une galère emplit l’espace. Échouée sur le sable, avirons relevés, aucun son n’en tivol, pardon, n’en n’émane (1). « V’la autre chose ! Qu’est-ce que cette galère branle là ? » Il s’approche, lève la tronche vers le pont, aperçoit au-dessus du mât un immense dôme translucide. « Mille boxons ! Qu’est-ce que ce bordel ? » Il recule de quelques mètres pour juger de l’ensemble et découvre avec stupeur que le dôme n’en est pas un. Une paroi transparente enveloppe le bateau. « Ça alors ! Le rafiot est dans une bouteille ! C’est dingue ! » Puis pris d’un doute : « la bouteille est gigantesque ou c’est moi qui ai rapetissé ? Non, c’est pas possible, c’est une mise en scène…»


Le navire comporte trente rangées de six galériens chacune. Dans l’allée centrale, un gus le fouet levé. À l’avant, face aux rameurs, le chef de cadence devant son tambour. Tous sont figés. Soudain tout s’anime ! Il est enchaîné au banc des rameurs. Le fouet siffle, claque sur son dos. La galère, face aux lames d’une mer énorme, s’élève, s’élève, pour retomber dans un fracas épouvantable. Les galériens rament au rythme infernal du tambour. « J’ai rien fumé, j’bois pas d’alcool, qu’est-ce qui m’arrive ? Je m’souviens, ma mère disait : tu n’iras pas aux galères… » Le mec au fouet gueule : « rame, infidèle ! » La lanière de cuir cingle à nouveau les épaules de Paulo. « Espèce de salopard, j’vais te foutre mon… » Il ne peut terminer sa promesse distinguée, la galère est soulevée, arrachée à la mer par un tentacule gigantesque.


- Ah ! Ah ! Ah ! Je suis Kraken ! Je vais vous bouffer tous ! Ah ! Ah ! Ah ! rugit (2) le poulpe géant en roulant des yeux concupiscents.


Kraken projette le bateau en l’air. Les galériens, s’accrochant à ce qu’ils peuvent, hurlent leur terreur. La barcasse retombe dans les flots furieux et s’y brise. À trois mètres de Paulo, l’extrémité d’un tentacule s’enroule autour du gus au fouet et le transporte vers le bec béant du monstre où il disparaît.


- Bien fait pour ta gueule ! lance tendrement Paulo à l’adresse du tortionnaire.


Un à un, il voit les pauvres mecs se faire becqueter par le monstre. Entre deux bouchées d’hommes, Kraken s’extasie :


- Ah ! Ah ! Ah ! Quel festin ! Vous n’êtes pas gras, mais je vais vous bouffer quand même !

- Tu peux courir mon pote ! C’est pas avec moi qu’tu vas boucher ta dent creuse ! Tu peux crever, t’auras pas un morceau de mon p’tit corps mignon ! lâche Paulo qui, voyant approcher au grand galop les canassons apocalyptiques de l’océan, saisit la crinière d’écume de l’un d’eux et se laisse emporter loin du calamar géant orgiaque.

- Salut Kraken ! Va t’faire voir chez les grecs ! Bien l’bonjour à Poséidon !


Le cheval liquide mécontent de ce parasite aux manières indues, fait une ruade brutale et impromptue. L’avait pas prévu ça, Paulo. Il s’envole et se rétame la tronche sur la plage où les rossinantes de l’océan, agonisantes, le rejoignent.


Combien de temps notre pauvre ami reste-t-il inerte sur le sable fin de cette plage dorée ? Qui le sait ? Pas moi, et on s’en fout ! Il ouvre timidement un œil glauque et inquiet à la fois, quand une voix douce et sensuelle s’enquiert de sa santé en ces termes choisis : « ça va, monsieur ? » Il lève la tête et voit dans le soleil une beauté au lit… woodienne. « Merci Seigneur, tu t’es enfin aperçu de ta gourance ! Tu m’expédies un ange pour qu’il me drive vers toi ? J’aurais préféré qu’on reporte notre rencard, mais si t’insistes… » Puis répondant à l’apparition :


- Beaucoup mieux depuis qu’t’es là, chérie !

- Vous avez fait naufrage ?

- Pour un naufrage, c’en est un ! J’ai failli m’faire bouffer par un calamar géant !

- Kraken ? Vous avez eu de la chance de lui échapper…

- Tu peux le dire mon ange. Mais t’as pas d’ailes ?


Un rire cristallin jaillit de la gorge pure de la divine enfant. (Comme cliché, tu pouvais pas faire mieux, écrivaillon !)


- Je devrais avoir des ailes ? questionne-t-elle dans un sourire sublime. (Et allez les poncifs !)

- Alors, z’êtes pas un ange ?

- Mais non, je suis la fille de la plage…

- La fille de la plage ? Mais nom d’une pieuvre, où donc suis-je ?

- Vous êtes dans l’autre monde.

- Ouais, on m’a déjà dit ça, mais je m’souviens pas avoir calenché !

- Avoir quoi ? Venez monsieur, vous êtes souffrant, je vais vous soigner.

- Vrai que j’me sens patraque… Appelle-moi Paulo, chérie.


Quand, debout, il voit la belle enfant, Paulo en tombe sur le cul tant elle est belle. Il fait une revue de détail en commençant par le bas : « Les arpions sont mignons » (sont toujours mignons, les arpions des frangines. On sait pas pourquoi.) « Les jambes fine, élancées » (ça aussi, les jambes sont toujours fines et élancées. On sait pas pourquoi non plus. Ou plutôt si : les auteurs manquent vraiment d’imagination !) « Les hanches… la vache ! Les hanches Paulo…et puis la taille… et les roberts… pas possible ! L’père Newton, l’aurait pas trouvé sa loi d’la pesanteur s’il avait vu ces roberts-là ! Mon Paulo, vise ses lèvres… une incitation à la galoche permanente ! Tifs noirs roulants sur ses épaules et les châsses… vertes. Merde ! Y’a pas qu’les blondes aux yeux bleus qui font fantasmer ! »


- Vous êtes…

- Oui ?

- Belle…

- Quelle éloquence ! Allons chez moi, vous pourrez vous y reposer.

- j’me sens un peu faible. J’peux m’appuyer sur vous ?

- Bien sûr, venez.


Il passe son bras autour des épaules de la jeune femme. L’odeur de sable chaud de sa peau bronzée lui remue le grand zigomar. Une furieuse envie de coucher la demoiselle sur la plage, de s’assurer de vives mains qu’elle est réelle, le persécute. « Garde le contrôle Paulo, garde le contrôle… » Ils parviennent ainsi devant une cabane en planche cachée derrière des herbacées.


- Allongez-vous ici, je vais vous donner à boire, propose la belle en lui indiquant une couche d’herbes sèches.

- Merci, c’est gentil chez vous, dit-il en découvrant d’un regard circulaire l’intérieur spartiate de la masure.


Il s’allonge sur la couche. Dos tourné à Paulo, elle prépare un breuvage à l’aide de quelques fioles posées dans un coin. Elle lui tend une tasse de grès :


- Buvez.

- Merci, c’est quoi ?

- Un filtre d’amour, chéri, dit-elle en s’allongeant à ses côtés.


Il n’ose d’abord croire à sa bonne fortune, puis son humilité naturelle le rassure très vite : « T’es quand même le meilleur, Paulo ! Y’a pas à dire, elle est déjà à tes pieds, Vénus. Subjuguée, qu’elle est la môme. L’a pas résisté longtemps à ton charme, la fille de la plage. L’purgatoire a du bon ! »


- Bois, lui répète-t-elle.

- Oui chérie. « Elle me tutoie, c’est dans la poche ! »


Il boit, puis entreprend une lente et caressante exploration des volumes érogènes de la belle.


- Comment tu t’appelles ?

- Je te l’ai dit.

- La fille de la plage ? C’est pas un blaze, ça.

- Peu importe mon nom, chéri…


Les caresses de Paulo se font plus précises ; la belle s’allonge sur lui en murmurant :


- Attends…


Elle approche son visage du sien, lui tend ses lèvres… il ferme les yeux « La vache, le purgatoire c’est le paradis ! », lui explore d’une langue à tête chercheuse la cavité buccale… Puis, sentant soudain une odeur fétide, il rouvre les yeux et pousse un hurlement en rejetant violemment le corps qui est sur le sien. Vénus s’est transformée en sorcière modèle standard : menton en galoche, tarbouif crochu avec verrue, touffes sortant des narines et des feuilles, yeux boules de billard et galurin pointu. La vieille crache un rire démoniaque mono denté : « Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! »


Paulo se lève d’un bond. « Bordel de bordel de bordel, qu’est-ce que c’est que ce bordel ! » Il sort de la cabane, se fait la paire à toute berzingue, se retourne pour s’assurer que la sorcière ne le poursuit pas (des fois qu’elle aurait enfourché son manche à balai, va savoir…), mais non, plus de sorcière ; que la fille de la plage, hilare, qui lui fait un bras d’honneur.


Il court, il court Paulo. « Merde ! Merde ! Merde ! Le purgatoire, c’est l’enfer et le paradis à la fois ! » Il fuit ces lieux fantasmagoriques où il vécut beaucoup de frayeurs et peu de volupté. Il parvient ainsi dans une vaste prairie. Le bruit d’un moteur attire son attention : « enfin la civilisation ». Il distingue un petit avion au sol prêt à décoller.


- Eh ! Attendez !


Il arrive essoufflé près de l’appareil. C’est un petit biplan. Personne n’est à bord. « Bizarre, où qu’il est passé l’pilote ? On laisse pas son zinc comme ça, l’bouzin en marche. Je l’chouraverais bien ce coucou. j’fais un p’tit vol de reconnaissance et j’le ramène après. Ça apprendra au cocher à abandonner son taxi ! »
Il monte, s’installe à bord.
« Voyons voir… la manette des gaz, le frein, l’indicateur de vitesse… je déverrouille le frein, j’pousse les gaz à fond, ça roule… 60 miles… j’tire sur le manche… Youpi ! C’est parti mon kiki ! Merde ! Les arbres devant ! Si je tire trop, j’vais décrocher ! Doucement… La vache, y grimpe pas vite ce zinc. C’est pas possible, plus j’approche des arbres, plus ils grandissent ! Allez, allez, tu vas passer… ouf ! Il était temps ! Bon, j’vais monter à 600 pieds pour avoir une vue des environs, après on verra. »


Vers 600 pieds, Paulo amorce un large virage. À cet instant, il voit un autre avion à quelques mètres sur sa gauche. Un triplan avec une énorme croix de malte noire sur le fuselage. « La vache ! Une réplique du Fokker du baron Von Richthofen ! Doivent tourner un film dans le secteur ! »


- Salut ! lance joyeusement Paulo en faisant un signe de la pogne.


Pour toute réponse, le pilote ajuste Paulo avec une pétoire et le canarde.


- Ça va pas la tête, tézigue ? Tu t’prends pour le Baron Rouge ?

- Ah ! Minable pitite françouze, le baron rouche, hein, je suis ! Je vais te deschendre, hein, comme j’ai soixante cinq autres minables pitites françouzes comme toi déjà deschendu !

- Attends, attends, j’suis pas dans l’film, moi !

- Was ? Quel film ? C’hest la guerre, pas un film, hein ! Ça va être fachile, comme un minable pitite françouze tu pilotes !


« y m’les casse ce con ! »


- Et vous, cher baron, vous parlez français comme un teuton ! On ne dit pas « comme un excellent français tu pilotes ». Si vous dites par exemple : « abruti je suis », c’est une réalité, mais c’est une faute de français ! (3)


Von Richthofen, le serre-tête ajusté, la bacchante farouche, collant au plus près le biplan de Paulo, continue à canarder. Un de ses projectiles traverse le carter moteur.


« Merde ! Mais c’est pas des balles à blanc ! L’est con ce gus ! Bordel de bordel, le cauchemar continue... »


Soudain, une épaisse fumée noire sort du capot.


« Il m’a touché, l’enfoiré ! »


Le moteur hoquette très impoliment.


« Mais j’ai pas de parachute ! Panique pas Paulo… voyons… si ce crétin cesse de m’allumer, je peux encore me poser en vol plané. »


Il jette un œil pour s’assurer des intentions de son agresseur, et n’en croit pas celui qui lui reste… un énorme ptérosaure attaque le Fokker, déchire à grands coups de bec la voilure de l’avion. Un autre s’en prend au fuselage. Paulo ne peut voir la suite, un troisième reptile jurassien fonce sur lui.


- Ah, non, mais c’est pas possible ! Si c’est ça le purgatoire, j’préférerais qu’on m’les coupe ! lance-t-il.

- Justement ! Parlons-en ! réplique le ptérosaure en faisant claquer son énorme bec.

- J’déconnais ! lâche Paulo, en amorçant un piqué pour échapper à la bestiole et tenter d’étouffer le rif qui vient d’embraser son bousin.


« Ce coup-là, j’suis cuit ! Bon, puisque j’suis déjà mort, j’risque pas de claquer une deuxième fois ! j’préfère sauter que de me faire becqueter les joyeuses, ou, au mieux, d’être carbonisé ! »


Notre ami enjambe le cockpit, saute dans le vide.
Il voit les débris du Fokker tomber et les ptérosaures se disputer Von Richthofen.


- Te faire bouffer tu vas, Baron rouche ! hein !


Il se sent bien. Il plane… pas longtemps, le sol arrive très vite.


« Maman ! Ça va faire mal ! »


Mais avant qu’il ne s’écrase la gamelle, un ptérosaure le happe de son large et long bec.


- J’aime pas les cadavres, je préfère te bouffer vivant, dit-il le bec plein d’un Paulo dont les membres gesticulent en tous sens.

- Fais pas l’con, j’suis ni bon ni gras, hurle-t-il.

- C’est ce qu’on va voir !


Le reptile ailé se pose en douceur dans les hautes herbes, ouvre son long bec, et Paulo se rétame la tronche parterre. Il tente de mettre les bouts, mais l’animal met négligemment une patte sur lui :


- Ah ! Ah ! Les yeux, c’est le meilleur…

- Au secours ! crie inutilement notre ami.


À cet instant, un ptérosaure jalmince de son congénère, lui plante son bec pointu dans le croupion :


- Tu ne vas pas le becqueter tout seul, tu pourrais partager !

- Pas question, il est à moi !

- On doit tout partager entre époux !


Et les deux monstres antédiluviens entament un baroud à mort pour la possession de l’humain. Lui, l’humain minuscule, profite de cette intervention inespérée pour se faire la jaquette. Il dégage silencieusement à quatre pattes dans les hautes herbes, pendant que les deux ptérosaures se frictionnent à grands coups de bec et de pattes dans des bruissements d’ailes dantesques.


Il se dresse prudemment pour juger s’il est suffisamment éloigné des deux reptiles, quand il entend un bruit sourd venant du sol. « Qu’est-ce encore ? » Il colle l’oreille au plancher des vaches, écoute… une galopade, oui, c’est ça, une galopade, elle va en s’amplifiant, devient énorme. Oubliant les ptérosaures, il se lève et voit venir sur lui un troupeau de cent mille bisons. « Maman ! J’comprends pourquoi on dit le plancher des vaches, c’coup là, j’suis foutu ! »


Derrière lui, une autre galopade le fait se retourner. Une cinquantaine d’indiens, emplumés comme paons, peints comme pots, (4) fonce sur les bisons en hurlant. Ceux-ci, c’est connu, ont toujours craint les indiens. Ils effectuent un changement de direction serré à quelques mètres de Paulo qui, pour ne pas voir sa mort en face, avait plongé face à terre.
La tronche protégée dérisoirement par ses paluches, Paulo attend le piétinement suprême. Comme il ne vient pas, il se lève prudemment, constate avec bonheur le miracle, et se fait la malle dans la direction opposée à celle des bisons et de leurs poursuivants.


Mais le chef N’a-qu’un-Œil l’a vu. Il donne l’ordre à son fils Bisonne-la-Folle et à deux guerriers de poursuivre et de ramener le scalp de Paulo. Les guerriers fondent sur notre ami comme la vérole sur le bas clergé. L’un d’eux saute de cheval, l’attrape par sa luxuriante tignasse en brandissant un poignard tranchant comme une lame de parquet. Il s’apprête à mettre en pratique les enseignements acquis et sanctionnés par un certificat d’aptitude professionnel de capilliculture, quand un ordre impératif émis par Bisonne-la-Folle le stoppe dans sa délicate intention :


- Attend ! Manche-de-Taureau. Il est trop chou ! Houhou, il est trop mignon, lie-lui les mains, je le ramène à la maison.


Manche-de-Taureau, déçu de ne pouvoir exercer son art, ne peut désobéir au fils du grand chef. Il s’exécute.
Notre ami n’en peut plus. Résigné, il tend ses poignets.


- J’préfère les faveurs de la folle à celles de ton poignard, mec !

- Houhou, on rentre à la maison, mes chéris ! lance la Bisonne à l’adresse de ses compagnons.


Après avoir obligé Paulo à monter sur son mustang, il saute en croupe derrière lui, saisit les rênes, tenant ainsi notre ami entre ses bras.


- Tu vas voir comme on va être bien tous les deux… lui susurre-t-il à l’oreille.

- Non mais t’es givré, mec ! Tu crois tout d’même pas que j’vais pieuter avec toi ? Avec ta sœur, peut-être ! « Déconne pas, Paulo ! Gère ça mollo si tu tiens à ta tignasse ! » Bon, d’accord, mais j’te préviens, je ronfle et cauchemarde ! Y’a même des nuits où je somnambule !

- Tu vas voir comme on va être bien tous les deux… houhou, répète la folle en serrant un peu plus Paulo.


« Merde ! Y comprend rien ce pédé ! J’vais tout d’même pas me l’faire ! »


Ils parviennent enfin à un village de tipis.
Stupéfaction et peau de saucisson, le grand chef N’a-qu’un-Œil et tous les guerriers sont déjà là !


- Au poteau le Paulo ! dit-il à son fils.


- Père, voyez comme est mignon cet étranger.

Vous n’allez pas sa mise à mort ordonner ?

Voilà des lunes que, de si belle, je n’en vis une.

Me priveriez-vous de cette occase opportune ?


- Il suffit enfant ! De mes valeureux guerriers,

Avec toi, Bisonne, aucun ne se veut marier.

Pourquoi ce Paulo, venu de je ne sais où,

Serait-il assez con d’être pour toi un bon coup ?


- Père, pourquoi résisterait-il à mon charme,

De guerre lasse, il finira par rendre les armes.


- D’armes il n’a point, d’un brave non plus la stature !

Pourquoi à ce point désires-tu sa mâture ?


« Qu’est-ce qu’ils jaspinent ces cons ? »


- Mais père ! Pour les dons que me fit la nature,

Un homme il me faut pour faire bonne figure.

Regardez, ce Paulo n’est-il point trop mignon,

De stature n’a-t-il point celle d’un Apollon ?


- L’appeau long ne me sert qu’à tenter le canard.

Il est un peu tard pour trucider ce bâtard ;

Mes braves, ce Pauto, attachez-le au poleau.

Il sera temps demain de lui faire la peau !


Devant les yeux horrifiés de Bisonne-la-Folle, deux guerriers s’avancent vers notre ami pour le mettre au poteau de torture. C’est la goutte d’eau qui met le feu aux poudres, notre ami n’en peut plus :


- Ah ! Cette fois-ci, mes salauds, pouvez m’en croire !

Pensez-vous qu’un Paulo peut mourir sans gloire ?


Les pauvres guerriers, ignorants de la science du judo, mordent la poussière. (Idiote cette expression. Il faudra que son auteur m’explique comment il fait !). Paulo se place au centre exact du cercle formé par les cinquante guerriers et les provoque :


- Serez-vous assez brave pour abattre un seul homme ?

Ou faut-il qu’un à un je vous foute dans les pommes !


N’a-qu’un-Œil fulmine. Il se lance alors dans un discours dithyrambique :


- Tuez-le, j’ai dit !


Les cinquante braves, obéissant au grand chef, se précipitent simultanément sur notre ami. Lui se baisse à l’instant de l’impact, provoquant ainsi une mêlée comme jamais on n’en vit, même à Twickenham. Il se glisse alors dans la forêt mouvante des cent guitares poilues, et en sort masqué au lampion du grand chef par la poussière soulevée.
Mais Bisonne-la-Folle l’a vu :


- Psitt, psitt… par ici mon Paulo !


« Zut ! Encore elle ! »


- Par ici mon Paulo, fuyons ces barbares ignares !


« Y’a pas photo, à la torture je préfère la luxure ! »


- J’arrive ma poule, on s’casse !


Pendant que les braves, emmêlés, poussent toujours en mêlée, ils sautent sur un étalon puissant paissant et se carapatent en loucedé. Quelques bornes plus loin, Bisonne ralentit la monture et l’arrête devant une futaie luxuriante.


- Viens chéri, je vais t’apprendre le coup du tomawak tourbillonnant, dit-il dans un regard énamouré.

- Enfin seul mon amour ! répond Paulo, d’une voix rauque et sibylline.


Frétillant du croupion, bras tendus, Bisonne-la-Folle s’avance vers Paulo et se prend un vieux coup de grolle dans les joyeuses.


- Ouyouyouille…

- Tu croyais vraiment qu’j’allais succomber à tes charmes ma belle ? Excuse-moi, j’t’avais prévenu, j’suis hétéro. Mais pour te remercier de m’avoir épargné la potence, j’vais t’faire une petite anesthésie, histoire d’abréger tes souffrances.


Et il file un bourre-pif maison qui expédie temporairement la Bisonne dans les prairies éternelles.


- Je te laisse ton canasson, moi j’préfère la marche à pied.


Paumé, éreinté par tant d’épreuves, dans un état moral et physique tel qu’il ne pourrait même pas maîtriser un escargot forcené, le trouillomètre au plus haut, notre ami ne gamberge plus ; il marche parmi les hautes herbes de cette savane étrange. De temps à autre, il jette un cil derrière lui pour s’assurer qu’aucun nouveau danger ne survient. « Qu’est-ce qui peut encore m’arriver ? Un bataillon de greluches nazies anthropophages ? Laure de Restaupieu en amour ? (5) Non ! Pas elle, ce serait le bouquet ! » Ses pensées et ses pas s’arrêtent instantanément. La savane a fait place au vide. Il est parvenu devant une vertigineuse falaise au pied de laquelle meurt l’océan.


C’est à cet instant qu’il perçoit un long feulement. À une vingtaine de mètres en retrait, un gigantesque tigre sabre s’avance lentement. La tête basse, ses deux longues canines hypertrophiées à ras du sol, il bave d’envie en regardant notre ami. « C’est pas possible ! Maman, j’en ai marre… ils veulent tous me bouffer ! Pourquoi ?


- J’ai pas de gras, j’suis fade, mon pote ! Casse-toi ! Va becqueter une belle gazelle bien dodue… j’en ai une à la maison, j’te promets c’est bon… pourquoi moi ?


Le tigre n’entend rien à ces propos raisonnables, il continue sa progression, prêt à bondir à la moindre intention de fuite de sa proie.
Paulo regarde l’océan.


« J’ai plus qu’à sauter… la vache, la marche est haute ! Et si y’a pas assez d’eau ?»


En bas, il voit un long tentacule fouetter l’eau.


« Kraken ! L’est encore là ce con ! »


Un lent bruissement d’ailes lui fait lever le blaze, il plonge dans les herbes à temps, le claquement du bec d’un ptérosaure le fait frémir. Il lève timidement la tronche : le tigre progresse au ralenti, tête basse, crocs menaçants.


Il aperçoit un peu plus loin la fille de la plage, Von Richthofen et Bisonne-la-Folle, riant aux éclats, danser une ronde démente.


Le minet géant est à moins de dix mètres maintenant.


« Bordel, qu’est-ce que j’peux faire ? Si je saute, y’a Kraken. Si je vole, y’a les ptéro. Dans le bois, y’a l’boa, derrière moi, il y a toi ! »


Le félin monstrueux, bavant, feulant, est à cinq mètres…


« Merde ! Merde ! Merde ! J’en ai plein l’cul ! »


La bête se ramasse pour bondir. Elle bondit !


« Maman ! »


***


Au chevet d’un Paulo très agité, Marilyn questionna :


- C’est grave Docteur ?

- Je ne crois pas, mais il faut trouver la cause, répondit le bib.


Il se pencha, ramassa un livre qui traînait au sol à côté du lit.


- La voilà la cause ! J’ai eu dix cas identiques ces deux dernières semaines. Votre ami a lu les « Fragments du crépuscule » de Larivière. Comprenez-moi, si vous n’avez pas le quotient intellectuel pour assimiler cette poésie, il se produit une surchauffe cérébrale qui peut entraîner des délires pouvant vous conduire à la folie ! Un esprit par trop simplet n’y peut résister. Je ne vous conseille donc pas de les lire, mademoiselle ! L’ayant fait moi-même, je puis vous dire qu’il faut une certaine intelligence étayée par une érudition hors du commun pour apprécier à leur juste valeur, la beauté, la subtilité, la puissance émotionnelle, la délicatesse, les parfums intellectuels, des poèmes de Larivière.

- Vraiment ?

- Comme je vous le dis ! Pas plus tard qu’hier on a interné un de mes patients qui avait lu ces « Fragments » !

- Il n’y a pas d’antidote ?

- Si, lire les âneries d’un certain Togna. Avec lui, vous ne risquez pas la surchauffe !


« Qu’est-ce qu’y raconte ce con ? J’vais lui montrer moi, si j’suis un simplet ! J’entrave aussi bien que lui ce qu’écrit Larivière ! »


Notre ami bondit hors de son lit et lança à deux doigts des bacchantes du toubib :


- Hé ! Carabin d’mes fesses ! T’es un champion du diagno, toi ! C’est pas la poésie de Larivière qui m’a fait planer, c’est des champignons hallucinogènes ! C’est moins dangereux, moins cher, et aussi efficace que le LSD ! Et qu’est-ce qui te permet d’affirmer que mon amie et moi ne sommes pas capables d’assimiler la poésie ? Faut pas être obligatoirement diplômé de la faculté de médecine pour ça ! Remarque, t’as bien fait de choisir la médecine générale plutôt que la psychanalyse…

- Mais je ne vous permets pas !

- Quoi ? Le toubib n’est pas jouasse ? Le toubib se permet de mettre nos facultés intellectuelles en doute, ose dire que Togna, l’auteur de mes jours, raconte des âneries, et il a les glandes ? Dehors le toubib avant que je ne lui fasse bouffer son stéthoscope !

- Mais monsieur…

- Y’a pas d’monsieur, dehors l’assassin du genre humain !

- Sortez, il est capable de le faire. La semaine passée avec un chirurgien… avance Marilyn.

- Avec un chirurgien ? Son… émit le rebecteur, effrayé.

- Scalpel, oui ! confirma Marilyn.

- Cet homme est malade, il lui faut un médecin ! gémit le médico en prenant la porte.


Celle-ci refermée, Marilyn se précipita dans les bras de Paulo :


- Tu m’as fait peur ! Pourquoi as-tu mangé des champignons hallucinoque ?

- Pour planer un peu…

- Et alors ?

- C’était super ! J’ai failli me faire bouffer par un calamar géant, par des ptérosaures et par un tigre ! Je me suis fait flinguer par Van Richthofen, violer par une sorcière et draguer par un indien pédé !

- Quoi ? Tu t’es fait draguer et violer ? Espèce de salaud ! T’en as profité pour me tromper, hein ?

- Mais chérie…

- Va te faire foutre ! Puisque c’est comme ça, va bouffer tes champignons hallucinoches, moi j’retourne chez ma mère !

- Mais chérie…


C’est ainsi que, en claquant la porte, Marilyn sortit de l’appart et de la vie de Paulo.


Fin de l’épisode


____________________________


(1) Oui, je sais, c’est lourd.

(2) Oui, je sais, un poulpe ça ne rugit pas ! Si vous avez une suggestion, n’hésitez pas, l’éditeur me transmettra.

(3) Allusion au film « l’As des as ».

(4) Rouge, évidemment !

(5) Lire « L’or et L’aura », même auteur, même collection.


 
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   pounon   
22/12/2007
 a trouvé ce texte 
Très bien
Pour une rigolade de première classe c'est réussi.
Quel style ! On croirait Bérurier mais en plus fin. La dernière partie sur la cause des cauchemars est inattendue. Quelle chute; mais l'auteur ne se prends pas au sérieux c'est bien. Merci pour ce moment hilarant. J'attends le prochain épisode.

   clementine   
22/12/2007
Merci et bravo pour ce délire qui m'a bien amusé.
Juste une question :en avais-tu mangé des champignons avant d'écrire?

   Liry   
22/12/2007
Un grand merci pour ce délire.

   Ninjavert   
25/12/2007
 a trouvé ce texte 
Bien +
Cet épisode m'a réconcilié avec les aventures de Paulo, Togna :)

Bravo pour l'imagination débordante, il n'est pas évident de rendre le côté psychédélique et incohérent du rêve ou de l'hallucination, or tu y es arrivé à merveille...

C'est drôle, riche en rebondissement, et on a à peine le temps de reprendre son souffle entre deux péripéties. Le gars Paulo est fidèle à lui-même : grande gueule, séducteur, comme moi :D

Plus sérieusement (la fin de la phrase précédente est un attentat terroriste orchestré par ma copine), il est toujours aussi charismatique.

J'ai bien aimé la succession de plans, avec des ambiances très différentes d'une scène à l'autre.
C'est parfois un peu décousu, mais c'est le côté onirique de la situation qui veut ça. Y a peut être quelques phrases qui pourraient être retouchées, et des bouts de paragraphes améliorés, mais globalement c'est nickel :)

Un très bon moment en somme... Merci Maître Togna !

Ninj'

   Lariviere   
2/1/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bon, d'abord, elle est superbe cette nouvelle !!!

Et merdre, là encore, j'enrage de voir un tel talent quelque peu entravé et assombri par une disparition si brusque dans les archives (poussièreuses, infinis, kafakaiennes, humides, malodorantes), d'Oniris !

Alors ressortons des tiroirs internautiques ce récit qui en vaut cent fois la peine, rien que pour la fin, bien entendu...

Plus sérieusement, étant cité presque directement, c'est à dire à la fin (si, quand même... même, on peut dire directement ?... Oui, exact...) je ne comptais pas commenter ce texte, pour ne pas faire pousser comme de mauvaises herbes les esprits médisants obnubilés souvent par l'idée du complot universel et du copinage galactique...

Ici, devant, le tarrissement aussi brutal qu'inattendu des éloges et la pauveté quantitative des commentaires figurant sur cette nouvelle, je me vois donc obligé de sortir de ma réserve...

Togna est un auteur que j'affectionne, particulièrement. Je pense qu'il a beaucoup, énormément de talent...

"L'autre monde" est une nouvelle formidable en cela qu'elle réussi l'exploit d'allier la drolerie au récit d'aventure... Cela donne une oeuvre singulière et riche d'une rare originalité etsurtout un récit haletant, autant par ses multiples scènes en mouvement et ses nombreuses actions que par son humour décalé...

La langue ici, la tenue d'un style linguistique aussi original et argotique est déjà une gageure qui mérite d'être applaudi... Je ne sais pas si on se rend compte du travail fourni par l'auteur...

Le plus impressionnant c'est que ce style reste musical à outrance, et d'une poésie (burlesque) à toute épreuve...

La loufoquerie de l'intrigue permet cette liberté infini d'être libre d'elle même (l'intrigue), ce qui, si on y réfléchit, est rare...

En conclusion
"L'autre monde" est une joyeuse anarchie onirique organisée avec humour et travail linguistique extrème, et ceci, d'une main de maitre.

A ce propos, Togna, la construction et le thème "onirique" de ta nouvelle m'a fait penser à "Les fleurs bleues" de R. Queneau... L'as tu déjà lu et si oui (comme dans "tournez manège"...) quand pense tu ?...

Sinon, bien sur, encore merci pour ce petit clin d'oeil... Les lecteurs comprendront que "les fragments du crépuscules" ne sont pas à mettre entre toutes les mains et surtout à ne pas mettre dans toutes les bouches...

   Pat   
24/2/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Ça y est, comme promis, je trouve un peu de temps pour revisiter mes synthécoms. La première fois que j’ai lu « l’autre monde », j’avais trouvé que les situations s’enchaînaient trop vite. Et puis là, beaucoup moins. Comme quoi, les lectures successives ne se ressemblent pas (bon, je connaissais la fin, après, ça peut expliquer).

C’est effectivement très dynamique, grâce aux phrases courtes, à l’utilisation du présent, au style très visuel, en harmonie avec les rebondissements de l’histoire qui est la plus foisonnante des Paulo. On retrouve l’ensemble des procédés humoristiques qui me réjouissent toujours autant :

- La langue verte, aussi maîtrisée que celle de F. Dard, dont on ne connaît pas forcément la signification, mais qu’on finit par deviner, comme par exemple « l’bouzin en marche » : je suppose que c’est un moteur.
- Les décalages de registres lexicaux : « « Espèce de salopard, j’vais te foutre mon… » Il ne peut terminer sa promesse distinguée »
- Les expressions truculentes, non dénuées d’effets poétiques : « les rossinantes de l’océan, agonisantes » (allitérations) ; « Si je saute, y’a Kraken. Si je vole, y’a les ptéro. Dans le bois, y’a l’boa, derrière moi, il y a toi ! » (musical) et originales (de vraies trouvailles !) : « une lente et caressante exploration des volumes érogènes de la belle » ; « Le moteur hoquette très impoliment » ; « la forêt mouvante des cent guitares poilues » ; « les canassons apocalyptiques de l’océan »
- Les jeux de mots : « « une beauté au lit… woodienne » ; « les cons génèrent toujours la haine » ; « L’appeau long »
- L’auto dérision avec les références au discours de l’auteur : « (Comme cliché, tu pouvais pas faire mieux, écrivaillon !) » ; « Si, lire les âneries d’un certain Togna. Avec lui, vous ne risquez pas la surchauffe ! »
- L’humour de situation : « Vénus s’est transformée en sorcière modèle standard »
- Les références grivoises et jamais vulgaires : « L’père Newton, l’aurait pas trouvé sa loi d’la pesanteur s’il avait vu ces roberts-là ! » ; « le coup du tomawak tourbillonnant »
- Des inventions ? : « Il s’enroupille »
- L’utilisation d’un style décalé comme les échanges versifiés des indiens
- La personnalisation des animaux : « Justement ! Parlons-en ! réplique le ptérosaure » (j’adore quand Togna fait parler les animaux, qui s’expriment souvent dans un registre différent (plus châtié souvent). Malgré l’invraisemblance, ça fonctionne.

L’humour sert parfois à dire certaines choses tout à fait sérieuses, quelques piques de mécréant : « comme la vérole sur le bas clergé », ou des réflexions sur l’écriture, comme la discussion concernant les Fragments de Larivière : « Votre ami a lu les « Fragments du crépuscule » de Larivière. Comprenez-moi, si vous n’avez pas le quotient intellectuel pour assimiler cette poésie, il se produit une surchauffe cérébrale qui peut entraîner des délires pouvant vous conduire à la folie ! Un esprit par trop simplet n’y peut résister.(…) je puis vous dire qu’il faut une certaine intelligence étayée par une érudition hors du commun pour apprécier à leur juste valeur, la beauté, la subtilité, la puissance émotionnelle, la délicatesse, les parfums intellectuels, des poèmes de Larivière. » : bel hommage, tout en humour. Je ne peux qu’approuver, en toute subjectivité. Mais j’adhère, évidemment.

Togna aime beaucoup les clins d’œil, le lien entre ses récits, comme cette allusion au « Roi d’Edom » (son roman édité) : « l’étrave énorme d’une galère emplit l’espace. Échouée sur le sable ».

En résumé, j’adore ce texte dans lequel je retrouve cette ambiance, ce style qui me ravissent. Peu de choses à dire au niveau de l’écriture, toujours correcte, mais…

pour chipoter un peu, (après la pommade, le fouet… ah c’est pas dans l’ordre ? on voit que tu es un connaisseur Togna !), j’ai relevé quelques points qui me paraissent susceptibles d’améliorations :

Là, il manque des détails (on ne sait pas ce qui se passe vraiment, et on aimerait le savoir !) : « Comme il ne vient pas, il se lève prudemment, constate avec bonheur le miracle »

Certaines phrases, expressions sont moins bien harmonisées avec l’ensemble du récit
- trop banales : « Pas moi, et on s’en fout ! » (à supprimer sans dommage, à mon avis, parce que c’est trop utilisé dans le langage actuel) ; « je vais vous donner à boire » (c’est un peu plat (suggestion, dans le genre : « un dernier verre ? » « j’vous offre un petit rafraîchissement ») ; « j’suis hétéro » (expression trop plate par rapport à la situation « je préfère les frangines » (un truc dans le genre)) ; « Faut pas être obligatoirement diplômé de la faculté de médecine pour ça » (un peu lourd et trop banal, suggestion :« y’a pas besoin d’être sorti de la cuisse d’hypocrate pour ça »)
- parfois exagérées (la limite est difficile à tenir) : « Bien fait pour ta gueule ! lance tendrement Paulo à l’adresse du tortionnaire. » (un poil trop vulgaire, peut-être… trop banalisée comme expression).
- des maladresses ou lourdeurs : « pour s’aider à se mettre debout » (un peu lourd, moins dans le style du reste du récit. Suggestions : « pour se redresser » ou « pour dresser ses guiboles » (un truc dans le genre, je ne suis pas une spécialiste de la langue verte, moi) ; « Les galériens, s’accrochant à ce qu’ils peuvent, hurlent leur terreur » (hurlent de terreur, non ?) ; « de s’assurer de vives mains qu’elle est réelle » (« réelle », surtout aurait pu, à mon avis, être avantageusement remplacé par une expression ou un mot plus enlevés. « palper à vives mains ses formes (rondeurs) appétissantes » (tu peux faire plus original, je pense) ; « Elle lui tend une tasse de grès » (là aussi, l’expression pourrait être améliorée. Notamment, parce que ça fait redondant avec « il s’allonge », « elle prépare »)

Évidemment, dans l’ensemble du récit, ces éléments ne se voient guère. Il n’y a sans doute qu’une tatillonne comme moi qui vais relever. Mais bon, on est là pour ça, non ?.
Je pense, par contre, que tous les Paulo ne sont pas du même niveau (comme je l’ai signalé sur d’autres comm.) et qu’il faudrait harmoniser, en vue de leur publication ailleurs (un petit coup de main Togna ?).
J’adore toujours ce Paulo et ses aventures qui me font vraiment marrer. Ce n’est pas si facile que ça d’écrire avec autant d’humour. Bravo Togna ! Il est passé où, au fait, mon beau Paulo ? Ça fait longtemps que je le l’ai pas vu traîner ses guêtres dans la centrale…

   Pissavy   
28/1/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
quelle imagination débordante! Çà n'arrête pas et c'est pour notre plus grand plaisir. Tout y passe du Baron rouge aux volatiles du secondaires, sans oublier le calamar et le redoutable tigre aux dents de sabre. Un voyage hallucinant où l'on est bringuebalé dans tous les sens. Surtout dans la galère! La chute est très marrante. Texte distrayant écrit avec beaucoup de talent. Différent de ce que j'ai déjà lu de toi. Décidément avec l'écriture tu fait ce que tu veux. C'est ta force.

   james   
29/1/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien
Je suis ennuyé pour le commentaire parce qu'ayant lu ceux des autres je n'ai pas grand chose à rajouter si ce n'est que j'ai passé un moment désopilant. L'imagination est au pouvoir pour notre plus grand plaisir. Ma conclusion encore et encore des textes comme celui-ci

   aldenor   
12/2/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien -
La chute est tordante mais je trouve un peu à rallonge. Pourquoi ne pas s’arrêter sur : Avec Togna vous ne risquez pas la surchauffe… ?
La succession des délires m’a un peu lassé en dépit de la richesse de l’imagination et des bons jeux de mots. C'est sans doute parce que je ne trouve pas de logique à la séquence ; un certain ordre, crescendo par exemple, ou bien un certain éventail, plus clairement identifiable, de situations délirantes.

NB : Le format du texte imprimé, centré sur la page, est assez désagréable. J’imagine qu’il y’a quelque part une erreur informatique.

   guanaco   
7/4/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien
Je me suis senti rassuré quand j'ai lu la petite note sur "L'as des as" car j'ai vraiment cru voir Belmondo. puis je me suis senti au milieu des aventures des personnages de "Jumanji", d'Indiana jones, enfin bref...des difficultés à respirer tellement ça défile!
Quel rythme! Quel style!
C'est vrai qu'on a vite compris d'où vient le délire mais ça ne fait rien, c'est tellement bien dit.
Paulo Président! Paulo Président!
Merci Togna.

   widjet   
17/5/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Voilà une aventure de Paulo que je n'avais pas lu. Même (joyeux) constat : on s'amuse follement de ces envolées verbales et bien vertes, ce ton décalé, ces florissants jeux de mot ( Appeau long bien vu), le tout dans ce grand n'importe nawak assumé ! Avec un dénouement en guise d'hommage à un des grands et sympatiques auteurs de ce site.

Pas la plus drôle des aventures mais la plus rythmée et animée, assurément !

Widjet

   Anonyme   
31/10/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Quelle bonne idée cette semaine sabbatique que s'offrent les Centraliens. Cela permet aux nouveaux arrivants (j'en suis) de farfouiller dans les archives.
J'ai pris un sacré coup de jeune en dégustant cette nouvelle. Du temps où j'étais inconditionnel de Béru, de Pinuche, de Berthe et de Marie-Marie (Comme quoi j'chuis pas encore éteint par la maladie d"Aqua Seltzer)

Mais je trouve que le petit monde de Paulo est encore plus truculent. Ce pauvre San A a fort bien fait de tirer sa révérence. Il en eût été verre comme une jalousie

Les centraliens, vous pouvez continuer à coincer la bulle.

   victhis0   
27/11/2008
Bon. Y 'a pas à dire, j'y arrive pas. Pas mon truc. Certes du talent il y a, belle agilité du langage, jolis allers-retours entre la langue verte et un sens littéraire certain.
Mais j'accorche pas : trop kolossale rigolade avec les mots, trop n'importe quoi gratuit sans rigueur aucune, trop quoi !
Le côté "marrade entre potes" "tiens , attends, j'en ai encore une bonne, là" ne me fait aucun , mais alors aucun effet. je m'y suis repris pourtant à plusieurs fois, hein, j'ai vraiment tout fait...
Mais c'est sans moi. Je note pas, je donne juste mon opinion.

   Flupke   
7/2/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Délicieusement déjanté, mais cohérent. Quel rythme dans l'action. Pas une seconde de répit.
Pas bien compris « aucun son n'en tivol, pardon, n'en émane » C'est grave docteur ?
Bien aimé aussi le passage en vers chez les peaux rouges.

   marogne   
9/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
D'abord et presque en guise d'excuse, je suis bien évidemment un très mauvais lecteur pour tout ce qui est humour - ça se sait....

Et ici, ça n'a pas raté, même pas un sourire, sauf peut être un peu avant la fin quand ça fait plaisanterie entre copains... Bon et puis un langage que je n'aime pas, et que je trouve ... Non Widjet va encore raler contre moi si je continue ma phrase! J'arrête donc.

En contrepartie un travail remarquable, une recherche couronnée de succès pour le vocabulaire et les jeux de mots (j'ai même compris le (1) - avec la note quand même, je dois être malade ce soir), un sens de la narration qui n'a plus à être prouvé.

Donc du grand art! Mais qui ne me touche pas....


Marogne, l'handicapé du zigomatique.

   Menvussa   
11/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Mais c'est complètement dingue. Court-on les mêmes risques avec les champignons de Paris émincés ? C'est que, vivre dangereusement, oui, mais il y a des limites. Bon, l'alcool c'est moins dangereux, on ne voit que des éléphants roses.

C'est mené tambour battant, on ne voit pas le temps passer.


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