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Policier/Noir/Thriller
Togna : La voix
 Publié le 28/06/09  -  12 commentaires  -  17082 caractères  -  70 lectures    Autres textes du même auteur

Sur les vitres, le film mouvant de la pluie fait trembloter la navette qui déborde le quai...


La voix


Sur les vitres, le film mouvant de la pluie fait trembloter la navette qui déborde le quai pour gagner l’île d’Arz ; pourtant si proche, il la distingue à peine. Il suit le bateau du regard, le voit se fondre dans l’opacité liquide. Sur le quai, les hallebardes font de fugitives petites stalagmites. Diana Krall s’est tue et il n’a pas envie de choisir un autre disque. Pour la troisième fois, il appuie sur le bouton « repeat ». La voix suave de la chanteuse lui fait du bien… « Let’s fall in love… » Il ne parvient pas à définir ce qu’il ressent. Il n’a envie de rien. Il s’allonge à nouveau sur le divan du salon, allume la dernière cigarette du paquet commencé après le déjeuner, consulte sa montre. « Dix-neuf heures… Le temps s’éternise… Et Tiphaine qui n’arrive pas… Que m’a-t-elle demandé ce matin, en partant pour la gendarmerie ? »


En septembre le soleil disparaît vite, là-bas, de l’autre côté du golfe, derrière Locmariaquer. La pénombre efface lentement les meubles et les objets. Il devrait allumer ce spot qui met si bien en valeur cette toile acquise par Tiphaine à La Baule, où l’ombre est ruine et la lumière fleur. Une folie… un demi-mois de salaire ! Allumer ce spot suffirait à égayer la pièce, l’aiderait à vaincre l’angoisse qui le gagne, insidieusement. Mais pour cela, il doit quitter ce divan et il n’en a pas envie… Les lumières d’Arz frémissent derrière les carreaux ruisselants. Il fait nuit maintenant. Diana Krall ne chante plus. L’obscurité l’angoisse un peu. Il se lève brusquement, va jusqu’à l’interrupteur, la fleur apparaît, énorme, magnifique. Il la contemple quelques secondes… Sans qu’il sache pourquoi, ce tableau l’attire. Il fait quelques pas rapides dans la pièce, prend son paquet de cigarettes sur la table basse. « Vide ! Et Tiphaine qui n’arrive pas ! » De rage, il froisse le paquet, le jette dans un coin et s’allonge à nouveau sur le divan. Soudain, l’énorme fleur rouge sang jaillit des ruines, sort de la toile, vient sur lui en tournoyant, grossit, la corolle s’ouvre… immense… l’enveloppe… Il se lève en hurlant : « Non ! ». Tout disparaît. La fleur bizarre, sans appartenance à un genre connu, issue de l’imagination de l’artiste, est à sa place sur le tableau, reléguant les ruines aux ténèbres. Il se précipite vers le bar, avale une gorgée de whisky, une deuxième… La fleur ne bouge plus… et si elle se précipitait à nouveau sur lui ? Si elle tentait de l’absorber comme elle l’a fait à l’instant ? Il imagine les pétales se refermer, se voit engluer dans des sucs acides… « Non ! Pas ça ! » Il bondit sur l’interrupteur, éteint le spot, allume tous les autres luminaires de la pièce.

Son portable met un terme à sa panique.


— Où est-il ? Bordel ! Où est-il ? Ah ! Tu te caches salopard ! Te voilà ! Allô !

— Bonsoir chéri…

— Tiphaine ! T’es encore au boulot ?

— Désolée… on a du nouveau sur l’enquête, je serai là dans une demi-heure. Tu as préparé le repas comme je t’ai dit ce matin ?

— Oui… non ! Je vais le faire.

— Tu mets à chauffer doucement, le bouton sur 2…

— D’accord, je prépare, je n’ai plus de cigarettes… à tout de suite chérie…

— Je vais en acheter. À tout de suite.


Tout en dressant la table, il lance de temps à autre un bref coup d’œil angoissé vers le tableau… « Cette fleur est à elle… tu dois la détruire ! » entend-il. « Qui dit cela ? Je suis seul ici… » « Détruis cette fleur ! Détruis-la ! ». La voix est en lui, il ne comprend pas… « Cette fleur, c’est elle ! Tu dois la détruire ! » Hagard, il scrute la toile… « Qui me parle ? Quelle est cette chose en moi qui me parle ? » Il va et vient de la cuisine au salon d’un pas nerveux, se tord les mains, les presse contre ses oreilles, regarde furtivement la fleur avec inquiétude. « C’est elle, c’est elle, c’est Elle ! » Il se jette sur le divan, se cache la tête sous un coussin. « C’est Elle, c’est Elle, c’est Elle ! » Il balance le coussin, se redresse… « Qui Elle ? » hurle-t-il. « Elle ! Tiphaine ! Tu dois détruire cette fleur ! » Il se lève, va jusqu’à la table, saisit un couteau, se dirige vers la toile… Le bruit d’une clé dans la serrure de la porte d’entrée, Tiphaine apparaît, souriante, enjouée – Bonsoir mon chéri… Il se précipite vers elle, le couteau à la main… s’arrête dans sa course, regarde un bref instant la lame effilée du Laguiole, la lâche, se jette dans les bras de Tiphaine en sanglotant. Qu’est-ce que t’as ? dit-elle, surprise et inquiète. Je ne sais pas ! Tu es là, ça va mieux… un peu de cafard… Il se calme… ne parle pas de ses hallucinations visuelles et auditives.


Ce soir-là, Tiphaine ne trouva pas le sommeil. Ils n’avaient pas fait l’amour. Elle l’avait repoussé gentiment, les non-dits de leurs propos d’après-dîner la perturbaient encore trop pour qu’elle se laissât aller au plaisir. Il n’avait pas insisté, s’était endormi après l’ultime cigarette de la journée.

Au cours du souper, elle lui avait demandé à quel stade il était de sa recherche d’emploi. Avait-il des réponses prometteuses ? Il l’avait regardée fixement durant quelques secondes, puis avait répondu, une légère exaspération dans le ton :


— Je n’attends pas que tu me dises ce que je dois faire de ma vie, mais plutôt comment je dois la vivre.


Elle avait été surprise de l’agressivité de la réponse qui était peu relative à sa question. Cependant, elle n’avait pas cillé et répondu avec indulgence :


— Vis l’instant présent.


Il avait hésité longuement :


— Vivre l’instant présent… facile à dire… comment l’apprécier quand tu doutes de toi-même au point de te haïr ?


Elle avait répondu dans un sourire :


— Regarde autour de toi. Vois, là-bas, ce bateau, cet oiseau, la beauté du golfe… ne te contente pas de te regarder le nombril en laissant filer le temps.


Elle savait qu’il n’avait plus la capacité de décider ce qu’il devait faire de sa vie, mais elle ne s’y résolvait pas. Elle ne pouvait pas accepter cela. Elle voulait lui crier : « Secoue-toi donc ! Ce n’est pas parce que tu es au chômage que tu dois te laisser aller ! Des millions sont dans ton cas et n’ont pas la chance d’avoir le gîte et le couvert assurés par leur compagne ! » Non, ce serait cruel de lui dire ça. L’état compulsif de Johan l’attristait, sa passivité face à l’adversité l’irritait. Parfois, l’exaspération estompait sa sensibilité, elle prenait alors énormément sur elle, craignait aussitôt que l’indifférence chasse définitivement la compassion. Et cela l’agaçait aussi. Depuis quelques temps, il lui semblait que l’attitude de Johan changeait, mais elle ne parvenait pas à en cerner les motifs.


Bien sûr, il fumait, buvait plus que de coutume. N’était-ce pas là une compensation psychologique à la perte de ses parents ? Quand il avait appris leur mort dans le crash du 737 à Sharm el-Sheikh, il était resté dans un état de prostration durant plusieurs semaines. Elle avait dû user de douceur et de patience pour qu’il consente à se faire aider par un médecin. Les anxiolytiques l’avaient apaisé un temps, puis il avait cessé de les prendre, était devenu irritable, avait donné sa démission à son employeur sans motif sérieux. Était-ce la véritable et seule raison de son nouveau comportement ? Elle en doutait…


Le sommeil la fuyait. Elle se leva, enfila son saut-de-lit, passa à la cuisine se servir un verre d’eau, puis alla s’asseoir dans un fauteuil près de la baie vitrée du salon. Elle n’alluma pas, préféra rester dans la pénombre pour mieux apprécier le spectacle nocturne du golfe. La pluie avait cessé. Les nuages s’étaient enfuis vers l’est, laissant la lune répandre des myriades de reflets scintillants sur l’eau. Elle distinguait la masse sombre de l’île. « Il fera beau demain », se dit-elle sans y attacher d’importance. Ses pensées revinrent vers Johan. Elle sourit en revivant leur première rencontre.


D’une beauté fragile, il semblait toujours absent, paraissait ne voir personne, tombait des nues lorsqu’on s’adressait à lui. Mais sa vie intérieure étincelait quand un sujet suscitait son intérêt. Alors ses yeux, son sourire, captaient l’attention et quiconque, femme ou homme, était conquis. Sa voix, étonnamment basse, ajoutait encore à son charme. Son intelligence vive et fine pouvait répondre aux thèmes les plus brillants, mais décrochait instantanément dès que l’interlocuteur déviait ou n’était plus à la hauteur du dialogue. Ses yeux semblaient alors s’éteindre comme une lampe lorsqu’on ouvre l’interrupteur, son sourire disparaissait, sa physionomie perdait toute expression. Il rentrait en lui-même et semblait ne plus pouvoir être atteint par qui ou quoi que ce soit.


Ce côté original de la personnalité de Johan, sans qu’elle veuille se l’avouer, l’avait séduite. Son regard fut attiré par les phares d’une automobile, là-bas, sur l’île. Ils disparurent derrière un virage. Il avait vingt-cinq ans et elle trente lorsqu’ils avaient décidé de vivre ensemble. Lui, terminait ses études d’ingénieur informaticien à Rennes ; elle, était déjà brigadier-chef à la gendarmerie de Vannes. Lorsqu’ils s’étaient rencontrés, elle mettait la grand-voile à poste sur son petit Muscadet. Johan était assis sur le quai en contre-haut ; il la regardait. « Vous m’emmenez ? » Elle n’avait pas hésité : « Bienvenue à bord ! » Il était gauche à la manœuvre, bordait le foc avec maladresse à chaque changement d’amure, mais faisait de son mieux sans dire mot. Elle se souvint l’avoir observé d’un regard empreint d’une bienveillance amusée. Elle se complaisait dans cette évocation… subitement elle se demanda si elle ne tentait pas ainsi de raviver ses sentiments à l’égard de Johan… depuis quelques temps, elle s’éloignait de lui. Il lui semblait que la compassion supplantait l’amour.


Sur l’île, les phares attirèrent à nouveau son attention. La voiture s’arrêta sur le quai, près de la cale. Les phares s’éteignirent, mais la lune permit à Tiphaine de distinguer une personne sortant du véhicule. La silhouette ouvrit le coffre, en extirpa un paquet de forme étroite et longue, la chargea avec difficulté sur l’épaule, rabattit le hayon du coffre. Puis elle se dirigea vers un canot dans lequel elle laissa choir sa charge. Elle lança le moteur hors-bord et s’éloigna vers la sortie du golfe. Probablement un pêcheur qui allait poser son filet. Elle avait suivi la scène sans curiosité, l’esprit toujours mobilisé par sa rencontre avec Johan.


Ils étaient allés jusqu’à Port-Navalo, puis étaient revenus à Vannes avec le flot.


Avant cette rencontre, ma vie sentimentale était une vacuité encombrée, se rappelait-elle avoir dit à ses amies. Les aventures se succédaient à la faveur des amours sans passion, des étreintes sans lendemain. « Il faut bien que le corps exulte ». Ses liaisons précédentes avaient été des échecs. Elle cherchait quels aspects de sa personnalité avaient fait fuir ses partenaires dès qu’elle parlait d’avenir commun. Qu’est-ce qui ne collait pas ? Son allure sportive dénuée de coquetterie ? Son addiction pour les sports de combat ? Son dynamisme ? Son indépendance d’esprit ? Tout cela un peu… Devrait-elle tenter de modifier sa personnalité pour un désir de stabilité sentimentale ? Non, elle était très bien dans sa peau ainsi. Le prince charmant devra m’aimer pour ce que je suis, pas pour ce qu’il voudrait que je sois !


Après avoir amarré le bateau, quand ils s’étaient dirigés vers les bars dont les terrasses s’étalaient paresseusement entre la ville et le port, elle était loin de penser que Johan serait celui-là. Il avait peu parlé pendant la navigation. Juste ce qu’il fallait pour ne pas être impoli, pas plus. On va boire un verre ? Avec plaisir, j’ai soif ! avait-elle répondu en pensant : la conversation va être difficile ! Vous naviguez comme un poisson dans l’eau… Oui, je connais le golfe comme ma poche. Ah oui ? Pourtant, dix-huit trous, ce n’est pas dans la pocket ! Je parlais de ce golfe-là, avait-elle répondu, riant et montrant la direction des eaux. Il la regardait, un sourire amusé étirait à peine ses lèvres, ses traits et son regard brillant dégageaient un charme qui l’avait troublée.


Elle se souvint de cette impression désagréable d’avoir immédiatement compris qu’il la savait captive. Pourquoi n’ai-je pas su garder le contrôle de mon émotion ? Idiote ! Cette habitude professionnelle de rester maîtresse de mes sentiments dissuade probablement mes relations de tisser des liens plus avancés… il faut que j’apprenne à passer outre dans ma vie privée si je ne veux pas devenir un monstre d’insensibilité ! Bah ! Le naturel y pourvoit… J’ai su me laisser séduire par Johan… oui, et par d’autres qui t’ont larguée, pauvre gourde !


Ils s’étaient présentés l’un à l’autre, avaient parlé de leurs loisirs, de leurs activités. Il n’avait pas été surpris d’apprendre qu’elle était gendarme. Pourtant, la plupart du temps, cela déclenchait une plaisanterie caricaturale de la part des hommes. Il avait pris congé sur un « encore merci pour la balade », et elle avait été déçue qu’il ne lui ait pas demandé de se revoir. Mais le dimanche suivant, il était assis au même endroit, sur le quai, face au Muscadet.

Elle frissonna. Sur la commode, les digits lumineux indiquaient 2 heures 12. Elle bâilla, se leva pour regagner la chambre.


« Tu dois détruire Tiphaine ! Tue-la ! Tue-la ! Tue-la ! » Il bondit hors du lit. Les mains comprimant ses oreilles pour étouffer cette voix qui hurle en lui, il se dirige vers la cuisine, saisit le couteau à désosser sur le présentoir, court vers le salon, se rue sur Tiphaine à l’instant où elle quitte le fauteuil. « Johan, qu’est-ce que tu… » Elle voit trop tard un reflet sur la lame nue… elle ne peut esquiver à temps. Son flanc la brûle, mais de ses deux mains elle parvient à saisir le poignet qui tient le couteau. Elle le ramène en arrière et en une rotation de son corps, passe sous le bras de Johan sans lâcher son poignet. Elle tire violemment dessus tout en le ramenant vers l’épaule opposée. Le hurlement de douleur de Johan et le bruit de l’arme tombant sur le carrelage la rassurent. Elle le lâche. Il tombe à genoux en tenant son épaule démise.


Pourquoi t’as fait ça ? dit-elle en ramassant le couteau. Elle savait sa question inutile, mais cette agression de Johan, tellement impensable, la plongeait dans l’hébétude absolue. D’un coup, la douleur irradia son côté. Elle y porta la main, la retira précipitamment en sentant la chaleur liquide de son sang. Elle pressa un interrupteur, frémit en voyant la tache rouge s’élargir sur le tissu fin de son déshabillé collé à la plaie. Johan, toujours à genoux, gémissait en se tenant l’épaule. Il lui sembla qu’un peu de bave blanchâtre sourdait de ses lèvres. Elle ôta son vêtement en grimaçant de douleur, en fit une boule qu’elle pressa sur la plaie. Ses oreilles bourdonnaient, la nausée s’annonçait, sa vision devenait floue… elle se précipita vers la chambre, s’allongea sur le lit, saisit son portable sur le chevet. Elle savait composer le numéro de la gendarmerie sans regarder les touches. Gendarmerie de Vannes, je vous écoute. C’est Tiphaine… venez vite… chez moi… vite… Elle perdit conscience.


***


Tic ! Tic ! Tic ! Sans respect du bien d’autrui, une pie picorait la vitre. L’oiseau eut ainsi la grâce de sortir Tiphaine de sa somnolence postopératoire. L’anesthésie n’avait pas altéré sa mémoire. Elle savait pourquoi elle était dans cette chambre d’hôpital. « J’ai eu une visite… qui était-ce ? Ah oui ! L’adjudant-chef… il m’a dit que Johan aurait eu une crise de schizophrénie… » Elle connaissait le terme, savait les effets de la maladie, mais rien de plus. « On utilise le nom… il est schizo… c’est quoi exactement un schizo… un fou dangereux ? Et Johan le serait ? Ce n’est pas possible ! » Tic ! Tic ! Tic ! La jeune femme regarda à nouveau la pie. L’oiseau s’envola vers un énorme cyprès dont la ramure ondulait au gré de la brise. « L’adjudant m’a dit autre chose… il faut que tu déposes une plainte pour que des suites judiciaires soient données, afin que ton mari soit admis en psychiatrie… Je ne peux pas déposer une plainte contre Johan ! Comment pourrais-je ? C’est inconcevable ! »


Ses pensées revinrent à Johan. Pourquoi avait-il voulu la tuer ? Elle n’avait rien changé dans son comportement à son égard qui puisse le pousser à un acte de cette violence… Au contraire, elle s’était toujours montrée attentive et patiente au cours de sa dépression… Quand il avait commencé à écrire ses nouvelles, elle l’avait encouragé. Et tout semblait aller mieux depuis qu’il participait activement à la vie d’un site littéraire sur Internet… Alors pourquoi ? Il n’était pas adepte des jeux de rôle sur le Net… et quand bien même le serait-il, de toute évidence il était trop éveillé pour, subitement, faire la projection d’un monde virtuel sur le réel… non, vraiment, elle n’avait rien commis à son égard qui puisse le pousser à ce geste insensé… alors, pourquoi ? La schizophrénie ? Ce nom résonnait en elle avec toute la force de l’inquiétude qu’il suscite dans la conscience collective.



 
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   coquillette   
28/6/2009
Bonjour Togna,

J'aime bien les histoires parlant de schizophrénie et mettant en scène ceux qui souffrent de leurs accès mais ici j'ai un peu de mal avec le récit.

Je ne crois pas (mais je ne suis pas psy... ni schizo, enfin je ne pense pas..) que lorsque la voix s'adresse au personnage, celui-ci se demande qui elle est et d'où elle vient. Elle est et elle vient, et celui qui l'entend, à mon avis, se contente de l'écouter comme si elle était sa "conscience", peut-être que si elle lui demande de faire des choses tordues, il s'interroge et lutte, résiste autant que faire se peut mais s'étonner, là comme ça, lors d'une première attaque... je ne sais pas, là ça m'interpelle et me rend le personnage un peu trop fantasque.

J'aurais préféré qu'elle parle et qu'il fasse sans passer par toute cette phase d'interrogations, comme s'il était subjugué et que Tiphaine arrive juste après... mais ça aurait changé toute l'histoire je te l'accorde et je conçois que là j'exagère et me mêle de ce qui ne me regarde pas.

En ce qui concerne les interrogations de Tiphaine. Elle le trouve changé mais ne sait pas quels sont les motifs de ce changement... Comment se fait-il qu'ils ne lui paraissent pas évidents, vu l'inconfort de la situation actuelle de son compagnon et le fait qu'il vient en outre de subir un gros choc affectif.

Elle est gendarme et elle doit en voir de toutes les couleurs.
Elle a même une certaine expérience puisqu'elle a les deux pieds enracinés quotidiennement dans nos "pétages de plomb."
.
"Je n’attends pas que tu me dises ce que je dois faire de ma vie, mais plutôt comment je dois la vivre", phrase très bizarre au point d'en être incongrue. J'ai bcp de mal à imaginer quelqu'un qui puisse supporter qu'on lui dise ce qu'il doit faire, ou comment vivre.

Le passage qui commence par "D'une beauté fragile" ça par contre j'adhère complètement. Très vraisemblable et très bien vu, de plus il atténue grandement ce que je viens d'écrire précédemment car le personnage s'affine et devient alors quelqu'un d'encore très puéril, limite égocentrique qui a effectivement besoin qu'on lui dise comment s'y prendre.
Peut-être qu'en intervertissant ces deux passages...

"vacuité encombrée" - mince je ne me souviens plus du nom - enfin bref : comme "un silence assourdissant" deux mots totalement contraires qui s'unissent et se complètent. Sur le moment, la *** m'a parue bizarre mais ensuite, après réflexion - la vacuité représentant pour moi le vide absolu - je trouve que l'assemblage de ces deux mots est percutant. Encombrée de vide, d'instants sans valeur... oui le goût qui demeure est bien agréable.

"Elle se souvint de cette impression désagréable d’avoir immédiatement compris qu’il la savait captive." je ne suis pas convaincue. Tiphaine ne l'est pas non plus. Elle ne sait pas trop s'il est "celui-là" et s'interroge. j'ai l'impression qu'elle le trouve lourd (la conversation va être difficile) attirant, oui, mais bon, à ce moment là, je ne la ressens pas "captive" prête à penser qu'il est "l'homme de sa vie."

"Pourquoi n’ai-je pas su garder le contrôle de mon émotion ? Je n'ai pas vu l'instant où elle a perdu le contrôle de ses émotions. Je la trouve prudente, réfléchie, posée, peut-être même un peu froide. Réservée dans son approche comme dans ses sentiments sur lesquels elle ne cesse de s'interroger.

Je ne comprends pas trop pourquoi elle s'interroge sur ce qui est arrivé, d'autant que son collègue, à l'hôpital, est très clair. C'est un peu comme demander à un fou pourquoi il se plait à faire des choses bizarres.

J'ai pris plaisir à lire cette nouvelle. Je n'ai fait que te communiquer mes ressentis, mes impressions, il est fort probable que je sois à côté de la plaque, ça m'arrive très souvent.
Bonne continuation à toi et au plaisir de te lire.

   Xrys   
28/6/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
J'ai apprécié cette nouvelle pour ses descriptions détaillées précises ( sonores, visuelles; gestes et situations) qui m'ont plongée dans le cadre de l'action.
Pour les points positifs : la description clinique de la schizophrénie, de ses symptômes et des facteurs qui l'ont déclenchée. (Je ne connaissais que partiellement cette maladie (ce que tout le monde sait et qui fait peur) mais du coup j'ai enquêté

Pour les moins bien :
les réactions de Typhaine : à un moment donné, elle parle de compassion, ce n'est déjà donc plus de l'amour, elle a la capacité d'avoir du recul et s'interroge énormément mais ne semble pas très préoccupée. Une fois la crise de démence passée je pense que tout le monde aurait souhaité faire soigner son mari, mais elle n'est pas obligée pour cela de porter plainte, il me semble.
Le passage de l'interrogation sur la recherche d'emploi ne me parait pas très crédible: D'abord quand quelqu'un est fragile, c'est une question que l'entourage évite, ensuite la réponse de Johan est vraiment étrange.
2 ou 3 petits détails qui m'ont un peu génée:
- emploi de golf et golfe je sais qu'en Bretagne les deux sont légion mais à un moment donné "de l’autre côté du golf, derrière Locmariaquer. " J'ai vraiment eu du mal à les distinguer.
1ère phrase déborder le quai je ne connaissais pas l'expression et j'ai eu du mal à comprendre.
et là:
et quand bien même le serait-il, de toute évidence il était trop éveillé pour, subitement, faire la projection d’un monde virtuel sur le réel
pourquoi éveillé?

Merci pour ce moment de lecture

Xrys

   widjet   
28/6/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen -
J'avoue être déçu après la lecture de cette nouvelle. Une première partie assez prometteuse (depuis la première intervention de la Voix), puis ensuite, Togna après nous avoir mis en appétit, s'en va nous raconter l'histoire de la rencontre entre les deux (presque la moitié du récit !). Pas ininteressant en soi et assez représentatif de l'auteur (qui aime mélanger le caractère énigmatique et travailler ses héros, tout en son honneur donc), mais ça déroute un peu.

J'en profite pendant que j'y pense à faire une petite transition. Je sens (par instants, pas de façon continue)l'auteur moins à l'aise lorsqu'il faut écrire sur les relations humaines, l'intériorités des personnages. Togna est surtout un auteur d'action, de mouvements, dès lors qu'il doit casser le rythme pour travailler sur la psychologie (qui je répète, est une bonne chose, rien de pire que d'avoir des personnages fades et sans densité!) je le trouve parfois moins convaincant, presque embarassé. C'est un avis totalement personnel hein !

Je reprends donc...Quand, après un long flash back, l'auteur se raccroche à nouveau au wagon de son intrigue (dans les trois derniers paragraphes), le soufflet est retombé.

La tentative de meurtre manque d'intensité et les explications finales me laissent un peu perplexe. La schizophrénie est vraiment quelque chose d'aussi complexe que fascinant. Je n'y connais pas grand chose, mais cela ne me semble pas pouvoir être provoqué par de l'inactivité, la dépression ne mène pas à la schizophrénie. D'ailleurs l'auteur ne prétend pas cela (Johen semblait déjà malade au moment de leur rencontre, il semble)

Pourtant, j'ai eu la sensation que tout ceci était trop soudain.
(sans doute à cause du Depuis quelques temps, il lui semblait que l’attitude de Johan changeait....

Bref, en dépit de la tentative d'explication et de description de cet état (on sent bien que c'est ce qui interesse le plus l'auteur dans cette histoire), je n'ai guère été convaincu (le chamboulement intérieur de Johan qui interroge cette Voix). D'un autre côté, comme je l'ai dis, je ne connais rien à la schizophrénie, alors...

Je crois surtout que le texte est trop court pour qu'on puisse vraiment plonger à pieds joints dans cette histoire, en tout cas c'est ce que j'ai ressentis.
Mais cela ne m'empêchera pas d'attendre le prochain Togna de pied ferme !!!

W

   Manuel   
28/6/2009
 a trouvé ce texte 
Faible +
He! mais c'est dangereux de faire paraître des nouvelles sur un sîte internet; y'en a qui virent schizo. Je voudrais pas m'y risquer.
A part celà, pourquoi pas; il y a des idées et c'est raconté simplement.
Je ne serais pas trop généreux du fait de la banalité du sujet, et m'en excuse par avance,

   florilange   
29/6/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
J'aime le contraste entre le brigadier solide sur ses pattes & le jeune homme fragile. D'habitude, c'est presque toujours le contraire. On comprend donc pourquoi la schizo ne lui saute pas à la figure. Elle est trop saine. Elle cherche à comprendre mais n'est pas sur la même longueur d'onde pour y parvenir.
Le style est agréable, surtout les descriptions de pluie, de mer, de bateau.
Bon, la chute n'est pas terrible. Pourtant, elle est plausible.
Merci, cette lecture m'a beaucoup plu.
Florilange.

   xuanvincent   
2/7/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
2 juillet (après relecture) :
Je troque mon ancien "Bien -" pour un "Bien", car j'ai apprécié la qualité de l'écriture, également l'histoire.

29 juin :

Après une lecture rapide (les histoires policières ne font pas partie de mes lectures habituelles), cette nouvelle m'a paru bien écrite et j'ai apprécié le sujet.

Je me suis en particulier intéressée à la manière dont les dialogues ont été écrits, car l'auteur avait donné des extraits de ce texte dans un sujet de forum traitant des dialogues.

La structure du récit - la description de la montée de folie de l'homme jusqu'au meurtre, le récit de l'histoire du couple, conclusion de cette histoire (incompréhension de la femme face à l'accès de folie de son époux) - m'a intéressée.

Comme florilange, j'ai moins apprécié la chute du récit.

Cette "voix" m'a intriguée ; j'ai pensé à une forme particulière de tocs, à des hallucinations auditives poussant cet homme au meurtre.

PS : Le sentimental dans cette histoire m'a paru aussi important que la dimension policière.

   Marite   
30/6/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
J’ai apprécié et trouve que le sujet est d’actualité dans notre société dite moderne. Avant d’avoir lu les divers commentaires de cette nouvelle, il me restait une impression évidente : Johan a perdu son identité d’homme dans le couple et Tiphaine suit son chemin, seule, avec un regard distrait sur son compagnon. Il était fatal que cela se termine par un drame. Après lecture des commentaires : pour ma part ce n’est pas de la schizophrénie mais seulement une réaction instinctive et animale d’un être vivant privé de son espace identitaire. En ce qui concerne l’écriture, à part quelques petits détails insignifiants, je l’ai trouvée très riche et parfaitement adaptée à l’histoire.

   Lulu   
1/7/2009
J'ai passé un bon moment de lecture en parcourant cette nouvelle. Je trouve qu'il y a un bel équilibre entre les actions et les pensées intérieures des personnages, ce qui n'est pas toujours aisé à faire, mais là, vraiment, c'est réussi.

L'image de la fleur est très belle et originale. Rendre compte d'une hallucination aussi forte apporte une belle dimension surréaliste. Cela semble ouvrir sur autre chose - on envisage tous les possibles -, mais on se laisse finalement entrainer dans l'histoire que tu as inventée.

Merci pour ce moment et bonne continuation.

   marogne   
3/7/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Très bien écrit ce texte nous ballade dans le monde d’un couple à la dérive, nous pousse presque à être témoin d’un crime observé et pourtant passé inaperçu et puis que l’on oubli… Mais c’est presque dommage, car à la fin, on sent la ballade dans les jambes mais on a oublié presque tout du paysage, peut être quelques sensations, quelques réminiscences (Un peu de « Rose Madler » même, puis un peu de Djian, puis …. Un peu comme une musique de Diana Krall, on s’est laissé emporter mais on reste sur notre divan….

   leon   
14/7/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
Je rejoins le diagnostic de coquillette au sujet des voix : ça ne se passe pas comme tu le décris, dans la réalité ! Sinon, c'est bien écrit mais ça ne suffit pas à relever l'histoire.

   Kaos   
15/7/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
Un beau texte au sens littéraire du terme: c'est très bien écrit, c'est joliment décrit, les personnages sont réels...mais je me suis un peu enlisé dans l'histoire. Non que ce ne soit pas clair, au contraire! C'est peut être le défaut de ce texte: trop vouloir en dire. J'ai fini par ne plus faire le lien entre la rencontre, la folie de Johan, etc...

C'est dommage car le début est génial.

   Flupke   
20/7/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Très bien écrit, captivant, mais un peu déçu par la chute plutôt tiède, bien qu'originale.
Je trouve qu'il y a une légère disproportion entre le principal, très bien plus et la fin explicative moyen+
Néanmoins, je note bien+ pour le style, le rythme, le contenu et le fait que j'ai dévoré d'une traite.

Amicalement,
Flupke


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