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Humour/Détente
Togna : Le syndrome de la feuille blanche (Le Diable n'a qu'un oeil)
 Publié le 02/07/07  -  10 commentaires  -  5232 caractères  -  24 lectures    Autres textes du même auteur

Où Togna cale sur la proposition de Cyberalx.


Le syndrome de la feuille blanche (Le Diable n'a qu'un oeil)


Comme souvent depuis quelques jours, l’écran est ouvert sur la page d’accueil d’Oniris. Une rubrique retient mon attention. Machinalement, je sors une feuille blanche, ôte le capuchon de mon stylo.


- Athanor, Oxoyoz, Ninjavert, Tchollos, Togna, z’ont des drôles de blazes ces mecs là, me souffle Paulo, derrière mon épaule chaque fois que je prends la plume.

- Togna, c’est moi. Et pourquoi ces noms ne te plaisent-ils pas ?

- Ben franchement, z’ont pas été baptisés à la Madeleine ! Les frangines, ça va : Ama, Geneviève, Pat… mais les mecs ! Et celui-là : Cyberalx, l’est bizarre, non ? C’est un robhum ? Mi-robot, mi-homme ?

- Qu’est-ce qui te fait dire cela ?

- À l’allure où il sort ses nouvelles, doit avoir une puce d’inspiration implantée dans le cigare et une imprimante intégrée au buffet ! Et puis, fais gaffe, l’est pas net ce mec là…

- Pourquoi ?

- Ben c’est pas lui qu’a proposé le thème de ce que tu t’apprêtes à écrire ?

- Si.

- L’a pas l’air de t’inspirer, et c’est tant mieux ! Permets-moi de te rappeler, auteur de mes jours, que tu as commencé une de mes nouvelles aventures, et qu’actuellement je suis en train de croupir au fond d’une oubliette d’un château irlandais. Faudrait qu’tu fasses quelque chose, car je commence à m’les geler !

- Bon, Paulo, fiche-moi la paix ! C’est toi qui me coupes l’inspiration.


Ulysse (c’est mon chien. Ulysse de la Margelle du Puy. Un berger belge groenendael. Le plus beau, le plus doux, le plus affectueux, le plus intelligent des chiens, évidemment.) Ulysse, disais-je, assis fièrement à mes côtés, va aussi de son commentaire :


- Il a raison, Paulo…

- Tu n’es pas d’accord non plus ?

- Je pense, mon cher, qu’un sujet aussi étrange proposé par un individu affublé d’un tel nom, je vous fais remarquer qu’il ne possède pas la moindre particule, n’est pas naturel. J’adhère donc complètement à la méfiance de notre ami Paulo, bien qu’il l’ait exprimée de si vulgaire façon !

- On t’a rien demandé, l’clebs !

- Bon, ça suffit, maintenant ! Laissez-moi travailler tous les deux !


Il ne m’inspire pas ce sujet… voyons… il me fait penser à un homme politique d’extrême droite, mais il ne serait pas correct de partir là-dessus. Et puis cela ne serait pas drôle ! Je n’arrive pas à trouver une idée directrice originale. Mes pensées sont floues… je me sens tout bizarre… pourtant je ne suis pas malade, je n’ai ni picolé ni fumé… ma vue se trouble… Ulysse me regarde, incline la tête :


- Vous n’avez pas l’air d’aller très bien, cher maître.

- Je me sens mal à chaque fois que je regarde ma feuille blanche.

- Tu vois, j’te l’avais dit ! Ce sujet sent le souffre, jubile Paulo.

- Quand vous quittez la feuille des yeux, votre malaise se passe ? questionne Ulysse.

- Oui, ce n’est pas ordinaire.

- J’te l’répète, c’est maléfique. C’est ce Cybermachin là… m’plait pas s’mec !

- Cyberalx c’est un pseudo, mais quand même, un peu de respect Paulo, ou je te laisse dans ton oubliette !

- Alors là, j’me marre, y’a pas de danger que j’y moisisse dans cette oubliette, j’suis le héros de l’aventure, t’es obligé de m’en sortir !

- Je me demande comment vous pouvez apprécier ce grossier personnage, dit Ulysse.

- Ben l’avait qu’à pas me créer, maintenant z’êtes obligés de m’supporter. Et puis je ne dis pas que des conneries, parce que j’vois bien que tu pâlis dès que tu regardes ta feuille, cher auteur de mes jours…

- C’est vrai, comme si une force surnaturelle voulait m’empêcher d’écrire.

- Ben, j’ai bien une p’tite idée, mais vous allez encore me taxer de paranoïa.

- Dites toujours cher ami, nous sommes habitués à pardonner vos absurdités.

- M’énerve ce cabot ! Tu veux pas aller renifler les senteurs du jardin ? Bon, supposons que ce Cyberalx ait pactisé avec le malin. Ou encore que ce dernier, jaloux de voir que le Bien triomphe presque toujours dans les nouvelles éditées sur Oniris et que les belles poésies lui filent trop de boutons pustuleux, se soit glissé dans la peau de Cyberalx. Qu’il lui ait suggéré insidieusement le thème de ce petit concours, afin qu’on parle de lui sur le site pour rééquilibrer le Mal par rapport au Bien. Supposons que ce démon, forcément pétri d’orgueil ait lancé un sort aux autres participants afin que lui, par l’esprit de Cyberalx, écrive la meilleure nouvelle. Qu’est-ce que vous en pensez de cette absurdité, monsieur Ulysse de la Margelle du Puy de mes deux ?


Ulysse et moi restons silencieux. L’hypothèse de Paulo nous donne à réfléchir. D’autant que, à chaque fois que je regarde la feuille, le malaise me reprend. Je la remplace par une autre issue d’un paquet différent… les symptômes sont les mêmes.


- Je dois dire mon cher Paulo, que vos suppositions, pour une fois, ne sont pas dénuées d’intérêt, apprécie Ulysse sans relever la finesse de la particule supplémentaire attribuée par notre ami.

- Et bien il n’y a qu’une façon de savoir si tes suppositions sont avérées, Paulo.

- Laquelle ? questionnent simultanément mes deux compagnons.

- Je ne donne pas suite à cette nouvelle et ainsi le malin se sera mis le doigt dans l’œil.

- Ainsi le Diable n’aura plus qu’un œil ! conclut Paulo.


Nous éclatons de rire.

Je ferme le micro et mon stylo, je range la feuille.



 
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   Ama   
2/7/2007
Bonne idée Togna :) C'est Tchollos qui t'a inspiré? (pour une mise en abîme du site). Le texte tout seul, sans rapport avec le thème qu'on partage, je le trouve très bien et indépendant jusqu'au milieu. Jusqu'à environ "laissez-moi travailler tous les deux". Après, je trouve que ça part plus dans le commun et dans quelques maladresses, pê dûs à la rapidité du travail effectué...? J'ai hâte de vous soumettre le mien, pour voir ^^

   Cyberalx   
2/7/2007
 a trouvé ce texte 
Très bien
En tout cas, moi je me suis bien marré et puis, entre nous tu m'a percé à jour, j'ai effectivement fait un pacte avec le Diable (ça lui a d'ailleurs couté un oeil...).

Merci pour ta participation remarquable et remarquée, c'était agréable à lire d'autant que tu ne tombe pas dans le piège de ceux qui font des dialogues uniformes et impersonnels (je veux dire par là que le "Paulo", on le reconnaitrait entre mille !).

   Ninjavert   
2/7/2007
 a trouvé ce texte 
Bien +
Moi ça me confirme surtout ce à quoi je m'attendais : la richesse d'un thème ne dépend que de la richesse de ses auteurs :)
Le sujet de Cyber, délibérément vague, ouvre la porte à toutes les possibilités et on se retrouve ici avec une réussite originale.
C'est du déjà vu, le syndrôme de la page blanche, l'auteur conversant avec ses personnages, le jeu de mot de la fin pour rebondir sur le titre... Et pourtant tout ça fonctionne parfaitement. On prend plaisir à retrouver ce bon vieux Paulo, dont j'ai fraîchement fait la connaissance ce matin au travers de l'or et laura, ainsi que le contraste entre son franc parler et le doux vocable d'Ulysse.

Sans surprise, mais mené avec brio :)

   Pat   
11/7/2007
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel
Je suis toujours aussi fan : fan de cette habileté à changer de niveau de langage pour chaque interlocuteur, fan de cet humour (le coup de l'homme politique d'extrême droite... bien ! et aussi le jeu avec les noms), fan de cette manière de détourner les contraintes - signe de créativité -, de pouvoir écrire sur l'acte d'écrire et les affres de l'inspiration, mine de rien. Ca me rappelle ce que disait Flaubert : (en gros, j'ai pas la citation exacte) qu'il était possible d'écrire sur rien, que tout est dans le style (la forme prime sur le fond). On doit pouvoir écrire à partir de tout. Je trouve qu'ici, c'en est une belle démonstration ! Et puis j'adore le langage fleuri de Paulo qui, malgré les apparences, est loin d'être vulgaire. Continue à me faire rire comme ça Togna et à prendre autant de plaisir à écrire. C'est un vrai bonheur !

   Bidis   
31/8/2007
 a trouvé ce texte 
Très bien -
A la première lecture, j'ai été déçue. "Le grand menhir brisé" m'avait enthousiasmée et ceci est un amusement que je trouve un peu brouillon. Mais je lis une seconde fois pour justifier cette impression .
-« Une rubrique retient mon attention » : tout comme dans le « Grand menhir brisé », (« l’intérêt des monuments ne relevait pas »), je trouve que cette formule est trop conventionnelle. Ca me rappelle un peu : « J’ai l’attention attirée par vos comptes. Comme cela ne relève pas de ma compétence… », genre de choses que j’ai rédigées pendant un bon nombre d’années, ce qui explique sans doute mon allergie.

-« dans le cigare » : tout comme « lavement télévisuel » dans le « Grand menhir », je trouve cette formule un peu triviale (« Et c’est moi qui dis ça ! comme dirait Larivière dans un de ses commentaires).
Idem pour « le buffet »
Mais si ces expressions me gênent, l’idée est excellente.

-« auteur de mes jours » : Je réfléchis. Ce n’est pas donc pas son compagnon à Togna, qui est derrière son épaule ? (A ce moment-là, je ne sais pas que l’auteur est un homme, je ne vais pas voir les profils avant de lire un texte). Alors, c’est son fils déjà adolescent… OK, je continue ma lecture.
Petit moment de confusion avant de comprendre l’idée géniale : c’est son personnage ! Ah, j’adore ! Mais ma propre imagination m’a un peu gênée. Parce que j’ai mis trop d’élan à découvrir qui est ce Paulo, j’ai mis trop d’élan à croire que c’est le fils de l’auteur. Alors, je mets trop de temps aussi à réaliser que c’est un personnage. Et c’est dommage d’être intervenue moi-même dans la lecture du texte avec mon imagination erronée
-« mon cher, cher maître… » : ciel ! Togna est un homme ! Je l’ai confondu avec l’héroïne dans mon commentaire sur le « Menhir » (preuve que cette nouvelle-là était prenante !)
Maintenant, je peux apprécier pleinement la fin de ce joli petit amusement -- ma première impression est dans la corbeille de mon esprit critique.

   aldenor   
22/2/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Savoureux. Quel drôle de trio!

   widjet   
6/4/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Sacré Togna !
Une private joke doublé d'un hommage plutôt amusant (ça me donne envie de relire Cyber tiens !) servi par des dialogues efficaces et un rythme enlevé. Je crois qu'il faut que je lise les aventures de Paulo (si je l'avais fait avant, la présente nouvelle aurait encore gagné en valeur sentimentale car le héros et son clébard ont l'air très attachants et marrants)

Petit regret ? Trop court....J'en aurais bien reprit une autre tranche, moi !

Bravo !

Widjet

   Anonyme   
26/7/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Bien!
J'aime décidément beaucoup ton style au fil de la découverte...
En plus, moi aussi j'avais un petit "souci" avec le pseudo Cyberalx (que j'écris à présent bien, pardon encore ... satanée dyslexie!), du coup je me suis pris un petit fou rire interieur...
(Bref, ça n'intéresse personne)

J'ai beaucoup aimé, c'est très amusant (j'aime le chien avec un nom à particule, Paulo qui est décidément plus insolent que vulgaire ;-)), plein de petits clins d'oeil...
Et comme souvent je retrouve un thème que je n'oserais aborder et une plume que j'aimerai pouvoir maitriser avec autant de style.

Si je dois avoir un regret, c'est que j'aurai voulu en avoir plus... encore le coup des délichocs...

Merci beaucoup pour ce bon moment (et pour le fou rire)

   Flupke   
7/2/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Le thème est plaisamment traité et m’a fait sourire.
J’ai bien aimé « de mes deux » / sans relever la finesse de la particule supplémentaire …
La  phrase commençant par « Ou encore que ce dernier … » me semble un peu longue. On attend un peu trop la fin de la proposition principale ;
Merci Togna pour ce divertissement, agréable et concis.

   Selenim   
13/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Je découvre l'auteur avec ce texte habité par un humour racé.

On a l'impression que le narrateur tourne en rond, mais c'est pour mieux préparer la chute.

Il flotte ici quelques fragrances Desprogiennes que j'espère retrouver dans les autres œuvres de l'auteur.

Merci.


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