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Fantastique/Merveilleux
TwinkleAlthea : L'arbre à l'envers [concours]
 Publié le 11/09/08  -  4 commentaires  -  10044 caractères  -  46 lectures    Autres textes du même auteur

Quand Sama le griot arrive au village, tout le monde sait qu'un nouveau conte va commencer.


L'arbre à l'envers [concours]


Ce texte est une participation au concours n°6 : Collaborations estivales (informations sur ce concours).



Avez-vous connu Sama, le vieux griot qui marchait de villages en villages ? Il avait toujours le dernier mot et des paroles pleines d’à-propos. Il aimait s’asseoir dans l’ombre du baobab, lever les yeux au ciel et commencer ainsi.


- La colère est mauvaise conseillère.


Sama le griot


La colère est mauvaise conseillère. Il y a si longtemps que seules les pierres et moi nous en souvenons, le lion Atar et sa colère tyrannisaient la brousse. Quand tout allait bien, Atar somnolait sous les épineux, et sa colère, petite boule noire accrochée à son dos, attendait. Mais parfois elle s’impatientait, rampait dans la fourrure, se faufilait jusqu’à l’oreille du lion et chantait des chants mauvais. Alors, Atar se levait d’un bond. D’une lapée il asséchait le marigot et partait sans un regard pour la terre qui se mourait. D’un coup de griffe il ensanglantait la route et partait sans un regard pour la proie qui se mourait.


Atar terrifie la savane


Oui, en ces temps-là, la peur régnait sur la savane. Mais plus que les griffes qu’on pouvait fuir et que les rugissements qu’on pouvait ignorer, les animaux craignaient d’attraper la colère. Les lionnes ne laissaient plus leurs petits approcher Atar. Les oiseaux volaient loin au-dessus de lui, et les insectes faisaient de grands détours pour l’éviter. Car la colère n’avait pas toujours été colère du lion et ne le resterait pas éternellement. Quand un compagnon le lassait, elle l’abandonnait, sautait sur une nouvelle victime et prenait un nouveau chemin.


En vérité, le seul à ne pas craindre la colère était Fir le serpent, qui avait le sang froid et l’esprit éveillé. Fir n’aimait pas voir son voisin le lion semer le trouble dans la savane. Après de longues hésitations, il décida de le sauver.


- Colère d’Atar, susurra-t-il un jour que le lion dormait profondément, d’où viens-tu ?


La colère fut flattée par cette marque d’attention et daigna répondre.


- Dans ma jeunesse je vivais sur l’épaule des Dieux. Je leur inspirais des malheurs et des injustices, pour que le monde soit ce qu’il est.


Fir écoute la colère


Le serpent frissonna.


- Que fais-tu ici, toi qui étais la colère des Dieux ?

- J’ai été chassée, gronda la chose noire, et une autre m’a remplacée. Chassée ! Il y avait cet arbre, qui assombrissait le paradis et se croyait égal aux Dieux. Il plaidait pour la cause des mortels et me refusait, à moi seule, son ombre. Mais je me suis bien vengée, oh ça oui, bien vengée. J’ai murmuré à l’oreille des Dieux l’orgueil du grand arbre, j’ai dit le danger, la trahison, la soif qui le dévorait. Les Dieux m’ont crue, ils ont précipité l’arbre du haut des cieux.


Jamais la colère n’avait autant parlé à une créature vivante sans la rendre folle. Elle en était toute essoufflée.


- Alors, siffla Fir, l’arbre est mort ?

- Non, il était bien trop mauvaise graine pour mourir. Il s’est enfoncé branches les premières dans la terre, racines ouvertes sur le ciel, et il a continué à pousser. Il en a même profité pour aider les hommes encore un peu plus. Un traître ridicule, voilà ce qu’il est.

- Comment cela est-il possible ?

- Il leur a donné de l’ombre pour s’abriter, grogna la colère si fort qu’Atar entrouvrit un œil inquiet. Des fruits pour se nourrir, reprit-elle doucereusement, de l’eau pour vivre, de la joie pour me défier. Et puis, l’ombre a manqué aux cieux et les Dieux ont cru que c’était de ma faute. Ils m’ont jetée vers la Terre, jetée après tant de siècles !


L'arbre à l'envers


- Qu’as-tu fait alors, toi qui n’étais plus la colère des Dieux ?

- J’ai croisé la route de l’éléphant, du grand Tapé, lourd et impétueux, et je suis devenue la colère de Tapé. Ensemble nous avons détruit tant et tant d’arbres que le monde en pleura. Mais Tapé n’était pas assez lourd, pas assez puissant. En chargeant l’arbre déchu, ses défenses se sont brisées. J’ai quitté l’éléphant, je me suis tapie dans les racines de mon ennemi et j’ai attendu.


La colère abandonne Tapé


Le serpent contempla la petite boule noire et la trouva bien dangereuse.


- Qu’as-tu attendu alors, toi qui n’étais plus la colère de Tapé ?

- Sur l’arbre j’ai croisé Kao la cigale, et j’ai partagé son chant. Avec moi ses ailes ont cliqueté de plus en plus fort, de plus en plus vite, et bientôt les racines se sont mises à trembler. La terre s’est craquelée, les roches se sont fissurées et les arbres chenus sont tombés. Mais l’arbre à l’envers a résisté et n’est pas tombé. Pourtant notre chant alourdissait le ciel. Quand les ailes de Kao se sont brisées, je suis partie.

En écoutant parler la colère, le sang de Fir se glaça un peu plus, et lui qui n’avait peur de rien faillit prendre la fuite. La volonté de comprendre et de sauver Atar le retint. La colère continua son récit.


Kao se brise les ailes sur l'arbre


- Après Kao j’ai cru que l’outarde Huna me permettrait de détruire l’arbre. Je lui ai susurré combien son écorce était savoureuse et elle s’est mise à picorer, picorer, picorer. Ensemble nous avons lacéré le tronc. Huna a fini par se casser le bec, mais la brèche était déjà largement ouverte et j’ai invité la reine des termites à entrer, à s’installer et à tuer.


Huna se casse le bec sur l'arbre


- Si la reine a tué l’arbre ton ennemi, pourquoi être devenue la colère du lion ? s’enhardit le serpent.

- L’arbre est toujours vivant ! cracha la colère. J’avais presque réussi quand un homme est venu, a vu le tronc blessé, a cherché la reine et l’a écrasée. Il nous a si bien assommées que j’ai failli en mourir. Sans cela je serais devenue la colère de l’homme et l’arbre aurait été vaincu. Maintenant, je suis la colère du lion, et quand l’homme viendra nous le dévorerons.

- Vraiment, siffla Fir, je ne te comprends pas. Si l’homme meurt qui détruira l’arbre ? Si l’homme vit, tu n’as pas besoin de lui dire de tuer, il le fera de lui-même. Crois-moi je l’ai vu bien des fois. Pourquoi ne le laisses-tu pas faire et ne retournes-tu pas aux cieux, pour obtenir le pardon des Dieux ?


La colère sursauta.


- Retourner aux cieux, cela ne se peut. Les montagnes sont trop basses, les oiseaux sont trop faibles. Prends garde, toi qui tentes de me tromper.

- J’ai entendu dire, reprit Fir sans trembler, que sur l’océan règne un vent si puissant qu’il chatouille les Dieux. Colère d’Atar, ne veux-tu pas devenir la colère du vent ?


La colère resta longtemps silencieuse, et le serpent craignit d’avoir échoué. Quand la boule noire se glissa à l’oreille du lion, et commença son mauvais chant, il fila se réfugier dans son trou et attendit de voir ce qui arriverait. Guidé par la colère, Atar se rua à travers la savane, écrasant tout ce qui se dressait sur sa route. Au bout de huit jours il atteignit l’océan. Quand il s’effondra sur la plage, épuisé et ensanglanté, la colère l’abandonna, guetta un petit poisson, puis un plus grand, et plus grand encore jusqu’à devenir la colère du dauphin, qui la mena au vent. La colère chanta pour lui, et elle enfla et enfla jusqu’à noyer le ciel de sa noirceur. Les Dieux virent monter vers eux cette terrible chose et froncèrent les sourcils. Quand elle arriva près d’eux, ils prirent leurs flèches aiguisées et tirèrent. La colère éclata en milliards de morceaux et s’abattit en pluie noire sur la Terre. Dans chaque goutte se terrait un souvenir de la colère des Dieux qui fut colère de Tapé, qui fut colère de Kao, qui fut colère d’Huna, qui fut colère de la reine, qui fut colère d’Atar, qui fut colère des poissons, qui fut colère du vent.


- Oui, disait sombrement Sama, la terre est infestée de graines de colère, colère des Dieux qui fut colère de Tapé, qui fut colère de Kao, qui fut colère d’Huna, qui fut colère de la reine, qui fut colère d’Atar, qui fut colère des poissons, qui fut colère du vent, qui sera colère des hommes, peut-être un jour colère de Sama. Alors n’oubliez pas, la colère est mauvaise conseillère.


Sama le griot se taisait un moment, et il y avait toujours quelqu'un pour demander.


- Qu’est-il arrivé à Atar, qu’est-il arrivé au vent, qu’est-il arrivé à l’arbre ?


Sama répondait en souriant


- Libéré de la colère, le vent penaud se réfugia dans une île déserte et attendit longtemps avant d’oser retourner chatouiller les Dieux. Libéré de la colère, le lion Atar mit huit fois huit jours pour regagner l’ombre des épineux. Il salua son voisin le serpent et tous deux firent comme si rien ne s’était passé. L’arbre tombé à l’envers est toujours vivant. À vous de le protéger contre les graines de colère qui parsèment le monde.


Bien sûr, ce n’est qu’un conte parmi les contes de Sama, le conte de mon arbre. Pour connaître les autres il faudrait le suivre de villages en villages et s’asseoir avec lui sous les grands baobabs.


Sama à l'ombre de l'arbre du village



FIN



Scénario : Althéa et Twinkle

Illustrations : Althéa

Écriture : Twinkle


 
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   xuanvincent   
11/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Twinkle et Althea dans ce conte nous transportent dans l'univers des griots.

Ce conte m'a paru assez original et bien écrit.

Les origamis, réussis et joliment mis en scène, l'illustrent de manière étonnante.

Choisir un sentiment, la colère, comme personnage central, a retenu mon attention.

La colère passe d'un animal, d'un être vivant à un autre, pour, sous l'idée du malin serpent, devenir même la colère du vent (j'ai alors craint le pire...). Le rythme du récit m'a fait penser par son caractère répétitif à ces contes racontant des quêtes.

La morale de l'histoire m'a plu.

Détail : le lecteur peut se demander où est passée au final la colère... Mais vu les dégâts qu'elle peut occasionner, nous a montré ce conte, mieux vaut ne pas la voir arriver !

Bravo au tandem Twinkle/Althea !

   Anonyme   
11/9/2008
Pas terrible..

La lecture est assez pénible je trouve. Je ne sais pas trop pourquoi.
Personnaliser un sentiment d'accord.. mais là c'est plutôt raté (toujours pour moi)..
J'y trouve trop de naïveté et d'images standards..

De plus l'écriture n'ai pas très fluide.

Bref.. J'ai lu certes, mais je n'ai guère accroché
et ça ne m'a pas plu (Euh oui.. je suis aussi dans le j'aime, j'aime pas parfois, surtout pour des récits de la sorte)

   poupounette   
12/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Ce n'est pas facile de conter la colère. Vous l'avez bien décrite, à la manière d'un compte superbement illustré par les origamis.
Peut être faudrait-il retravailler quelques phrases. Sinon, j'ai beaucoup apprécié. Merci

   Maëlle   
17/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est un très joli conte. Les illustrations et le texte se répondent et s'enrichissent.
Je trouve la dernière phrase un peu faible. J'avais aimé l'introduction, je ne retrouve pas le même charme dans la fin.


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