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Ululo : Autoportrait
 Publié le 20/09/08  -  14 commentaires  -  6833 caractères  -  20 lectures    Autres textes du même auteur

Moi, et mes idées…


Autoportrait


De nombreuses questions existentielles un peu usées par la répétition se bousculent dans mon crâne. Lorsque de laids et insensés mélanges colorés viennent lentement se déposer sur une spongieuse matière grisâtre, c’est que je réfléchis à ces questions. Je n’y ai jamais trouvé de réponse ; un torrent de nouvelles et terrifiantes interrogations m’aurait alors inondé et, même si durant toute mon enfance j’ai été passionné de barrages, ce qui exprime bien mon état d’esprit d’alors, je ne pense pas aimer une telle immersion dans une philosophie moins absurde que la mienne.


Je crois en moi, au sens que je sais que j’existe, et qu’en conséquence je peux bien croire en moi, puisque d’autres croient en des entités dont l’existence est plus douteuse. Et puis je crois en moi aussi dans un autre sens ; c’est que je grandis chaque jour à l’intérieur de moi-même, pour mieux faire face à ces questions qui arrivent de profil. Dans mon esprit le chaos broie du noir, et quelques songes utopiques avec. Je suis ce qu'on appelle un maniaque, c'est-à-dire quelqu'un qui, armé d'imbécillité égoïste, taille le désordre en petits cubes qu'il aligne ensuite sur des étagères, le tout pour obéir à des fantasmes à l'inconsistance palpable. Et plus on coupe, plus ça pousse. C'est pourquoi l'anarchie prolifère sombrement en moi. Je suis donc un maniaque, mais si c'était la seule chose que je dévoilais ici, ce serait bien triste pour mon fan-club qui espère découvrir dans ce texte des informations exclusives sur le philosophe dépravé que je suis. J'ai dit philosophe, mais ce n'est bien sûr pas mon métier ; car voyez-vous mes idées ont du plomb dans l'aile, et ne volent donc pas bien haut, pas assez du moins pour atteindre certaines questions teintées de transparence qui passent au-dessus de la plupart des têtes. La mienne, de tête, est pleine d'un être étrange. Il m'habite, et squatte gratos les contrées sauvages et inutiles de mon cerveau.


Oui, je suis possédé. Par le démon, ou presque. En fait, par moi. Toutes mes pensées se tournent vers moi, et ce sans exceptions. Parce que je suis, tout comme vous, lecteurs, et aussi des milliards d'autres qui se seront à raison épargné la peine de lire ces lignes à la noirceur inquiétante et au contenu endormant, le centre du monde, bien sûr. Tenez, regardez, vous, qu'êtes-vous ? Vous êtes, pour moi évidemment mais puisque je suis le centre du monde, je ne peux parler de choses hors de mon point de vue, mes lecteurs. Qu'êtes-vous d'autre ? Pour certains, rien ; cependant je vous rassure : être le lecteur du centre du monde, c'est déjà pas mal. Pour d'autres, des amis, des connaissances. Et tout cela, ça tourne autour de moi. Et voilà, je viens de vous fournir une preuve à l'idiotie contestable et bien rangée, comme j'aime. Si ça ne vous suffit pas… Non, n'allez pas voir ailleurs. Si ça ne vous suffit pas… Non, je ne vous dis pas de vous taire et d'attendre, il n'y aura pas d'autre preuve. Si ça ne vous suffit pas…


Bon, j'arrête, je pourrais y passer la journée. Et ma journée m'est précieuse, car c'est lorsqu'elle accepte de me réchauffer contre son sein toujours aussi ferme et doux que je pense. La pensée est un ver solitaire qui se balade dans mon crâne, paresseux et dévorant. Il m'a fait perdre des kilos, il m'a fait perdre des amis, mais je l'aime, ce ver. Il torture mes peurs, mes secrets, mes obsessions jusqu'à les faire vomir. Il récolte ensuite, avec soin et cruauté, les vomis respectifs, les met dans une marmite, y ajoute une goutte de sa douce folie, et laisse reposer. Tout cela, c'est ma pensée ; c'est pour ça que je l'aime. Elle m'a volé mes souffrances imaginaires, elle m'a subtilisé ma paranoïa, elle a décimé les grains schizophrènes qui se multipliaient en moi. Tout ça, tout mon être, elle l'a avalé. C'est en elle, maintenant. Alors je ne peux pas la renier. Je la choie, pour ne pas qu'elle finisse mal. Parce que la pensée, voyez-vous, ne meurt pas. Si on ne s'occupe pas d'elle, soit elle stagne, soit elle s'énerve. Et la pensée qui s'énerve, ça fait mal. Elle cherchera une issue, une échappatoire qui lui permettra de reprendre le dessus. Elle erra avec rage dans tous les coins de votre crâne, jusqu'à trouver notre neurone d'Achille. Ça peut être n'importe quoi. Un amour inavoué, par exemple. Sans se poser de questions, elle sortira ça du fin fond de l'inconscience ; elle l'amènera devant vos yeux, dans une grotte lumineuse dont l'évidence à peine sombre ne vous permettra pas de douter. Et vous serez obsédé par ce qu'elle vous aura montré. Et vous voudrez détruire ces idées gênantes. Vous essayerez de vous réconcilier avec elle. Mais il sera trop tard. Vous vous prosternerez devant elle. Et vous vous sentirez transpercé par l'absence de regard qu'elle jettera sur vous. Elle fera de vous ce qu'elle voudra. Et elle ne voudra rien, car elle ne se fatiguera pas pour vous. Vous serez donc seul, abandonné face à la réalité. Entre deux tentatives de suicide, vous rêverez qu'elle daigne dépenser sa salive pour vous cracher au visage.


Je ne veux pas que tout cela m'arrive ; aussi je m'occupe de ma pensée comme d'une enfant gâtée. Je lui consacre tout mon temps, et aussi le temps des autres. On dit que je suis dans les nuages, même parfois dans la lune. C'est vrai qu'au cours de toutes ces heures passées dans notre satellite, je commence à connaître sacrément bien sa géologie. Mais ma pensée est allée encore plus loin que ces harassants voyages jusqu'aux vertigineuses limites de mon imagination. Parfois, elle se drape d'une étincelle mystérieuse, brille énigmatiquement dans ma tête, et me plonge dans une terrifiante torpeur. Je lui ai donné un nom, pour ces moments-là. Pas un petit nom mignon, mais un grand nom qui a failli m'asphyxier de sa superbe lorsque je l'ai découvert. Ce nom, c'est Inspiration. J'aime Inspiration. Elle, nul ne sait ce qu'elle éprouve pour moi. Peut-être du dégoût de n'être que mienne. Oui, peut-être rêve-t-elle d'appartenir à un meilleur que moi, qui la changerait plus harmonieusement en hiéroglyphes noirs sur fond blanc. Je possède Inspiration. Je la chatouille pour qu'elle me donne le meilleur d'elle-même, ou la laisse baigner dans les glauques mares de l'abandon pour qu'elle fermente juste assez. C'est grâce à elle que j'appuie en ce moment sur des cubes de plastique à des intervalles dont l'irrégularité ne saurait être calculée par aucun algorithme. Parfois aussi je frotte amèrement mon stylo contre un désert à la blancheur écœurante. Et cela, grâce à Inspiration. Je la vide régulièrement et sans scrupule de sa substance la plus intime, et à chaque fois elle se régénère.


Mais aujourd'hui, j'ai peur. Peur que le brouillard écarlate qui se crée autour de moi lorsque ma pensée devient Inspiration ne revienne plus. Peur de ne plus pouvoir écrire.



 
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   Factum   
20/9/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien
Très bel écrit. Une véritable preuve de maturité, vraiment.
Un petit côté Rousseau peut-être, un peu excentrique dirons-nous, mais n'est-ce pas justement le but de l'autobiographie, être excentrique ? Je ne suis pas assez expérimenté dans ce domaine pour pousser plus loin ma critique, je m'arrêterai donc là.

Impressionnant de la part d'un élève de 3eme, vraiment impressionnant ...

ps: Un très bien d'encouragement :)

   marogne   
20/9/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Une réflexion un peu tortueuse, entre interrogation sur l'être, et la peur du néant devant la page blanche (allez... vous allez bien me pardonner ce petit écart... et cette référence irrespectueuse...).

A part la fin, j'ai du mal à saisir le message, la pensée sous-jacente.

Un bel effort néanmoins.

   xuanvincent   
21/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
J'ai trouvé ce court essai plutôt bien écrit. Certaines idées développées m'ont intéressée. Vus la difficulté du sujet et l'âge de l'auteur, bravo à l'auteur !

Les trois premiers paragraphes toutefois m'ont paru un peu lourds, manquer de légèreté dans l'expression. Ainsi, le grand nombre d'adjectifs m'a un peu gênée par moments.
Dans l'ensemble, j'ai préféré les trois derniers paragraphes.

De cet exposé, je retiens les idées suivantes (non exhaustif) : le narrateur se définit comme un être pensant, il décrit ensuite sa pensée, et finit par s’intéresser à une forme de pensée particulière, l'inspiration.

Voilà un narrateur bien narcissique, ai-je pensé. Mais pourquoi pas ?!

« La pensée est un ver solitaire qui se balade dans mon crâne, paresseux et dévorant. Il m'a fait perdre des kilos, il m'a fait perdre des amis, mais je l'aime, ce ver. » : ce passage a retenu mon attention.

« jusqu'à trouver notre neurone d'Achille. » : cette image m’a plu.

Détail : les termes "squatte gratos", d'un registre familier, au milieu de texte écrit dans un langage plutôt soutenu, m’ont un peu surprise.

A la fin du texte, ce narrateur apparaît cependant vulnérable, sujet à la peur, celle de perdre l'inspiration.

   victhis0   
22/9/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Nombrilisto-egocentrique...pourquoi pas ?? j'ai du mal à ne pas voir derrière ce texte compliqué une dose assez forte d'autosatisfaction et d'auto émerveillement, c'est un truc qui me gêne, même si les qualités littéraires de l'auteur sont incontestables.
Je possède Inspiration...mouais. Faut voir. J'ai trouvé cette formulation enfantine, un peu démonstrative, un truc qui mendie la flatterie et chasse l'éloge comme d'autres les chats de gouttière.
Je ne suis donc pas fanatique et l'âge de l'auteur ne me semble pas être un argument, dans un sens comme dans un autre ; je ne juge que le texte et ce qu'il m'inspire.

   Menvussa   
9/10/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen
Sur la forme je trouve quelques lourdeurs à ton texte, sur le fond ça me semble assez confus. Oh! Rassures-toi, ce n'est clair pour personne, sauf peut-être pour certains qui ne se posent jamais de questions...je tairai le qualificatif pour ne pas être insultant. mais bon! Centre du monde!!! Un de plus, pas étonnent qu'il ne tourne pas rond, le monde. "It"s à joke" Oh! pardon, humour, vous avez dit humour !

Un conseil, pour bien se connaitre, apprendre à connaitre les autres.

   widjet   
9/10/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Quel meilleur sujet que soi-même ? L'idée est nombriliste certes, mais diablement séduisante. Ululo s'est creusé les méninges, se dévoile un peu plus. Le résultat est mitigé mais pas sans intêret. C'est assez confus par moment (ça manque d'images, d'exemples, de métaphores visuelles) par manque de maîtrise du point de vue du style. Néanmoins, l'expérience demeure interessante qui aurait mérité un développement plus que conséquent que ce final abrupt et frustrant.

Widjet

   dara   
12/10/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Peu me chaut le nombrilisme affiché et assumé de l'auteur/narrateur
Difficile de distinguer l'un de l'autre, en l'espèce, et cette prise de risque en elle même admirable quoiqu'à mon avis un peu dangereuse.
La reflexion est puissante, les mots choisis, la texture, à mon sens, saisissante.
Attention néanmoins: pensez que, publié, ce texte s'adresse à un public et qu'en l'occurrence, en terme de réflexion, il ne reste utile qu'à vous-même.
Un prolongement de cette reflexion vers l'"autre"n'eut pas gâté mon plaisir.
Mais soit

   Anonyme   
19/10/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Je suis bluffé
Il y a là un vrai style.
Vigoureux, lucide, mais en même temps très agréable à lire.
Avec des instants de poésie.

L'auteur ne se serait-il pas prénommé Arthur dans une vie Antérieure?

   masdau   
13/11/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Ce texte me rappelle qui j'étais quand j'avais 14 ans, il y a bien longtemps, presque 50 ans. Les générations passent, l'intelligence demeure à cet âge où tout est découverte et interrogation. C'est après, on ne sait pas quand, que la chose s'abime.
Moi aussi je suis le centre du monde, comme tout le monde. Ensemble nous sommes l'univers dont le centre est partout et la circonférence nulle part (dixit Pascal)
Masdau

   coquillette   
9/2/2009
Dieu que la fin est triste et comme elle me fait peur, à moi, l'auteur en panne d'inspiration ! J'aime ce délire mégalo, cette grosse et énorme chose qui ensuite devient si petite et si humble.
"Je crois en moi, au sens que je sais que j’existe, et qu’en conséquence je peux bien croire en moi, puisque d’autres croient en des entités dont l’existence est plus douteuse." Un syllogisme à encadrer et lire tous les matins, quand le moral flageole.
"Elle erra avec rage dans tous les coins de votre crâne"... elle errera ? J'ai cherché dans le Larousse de la conjug, j'ai pas trouvé, merci de me renseigner.
Texte superbe.

   Nongag   
19/2/2009
 a trouvé ce texte 
Faible +
Confus... C'est ce qui ressort pour moi de cette lecture un peu inquiétante: il y a là-dedans un tel mal de vivre...

Il y a de belles phrases: "La mienne, de tête, est pleine d'un être étrange. Il m'habite, et squatte gratos les contrées sauvages et inutiles de mon cerveau." et aussi "C'est vrai qu'au cours de toutes ces heures passées dans notre satellite, je commence à connaître sacrément bien sa géologie." Des phrases qui laissent voir un réel potentiel.

Mais ce potentiel n'est pas encore mûr...

Un questionnement en développement. C'est bien de se poser plein de questions et il faut commencer par soi-même, par se comprendre...

   Nobello   
29/3/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Il ne s'agit aucunement d'une "bienveillance" déplacée à l'égard d'un auteur particulièrement précoce : ce texte montre une maturité, un humour et une aisance qui ne devraient laisser de doute à personne sur ce point.
J'ai beaucoup aimé ce texte, celui que je préfère de l'auteur parmi ceux que j'ai lus. Et je ne peux me défendre d'un sourire complice face au soupçon de confusion ou d'amphigourie avancé ça et là : comme ça me rappelle quelque chose, je trouve rassurant de constater la précision, l'articulation des idées dans ce "flou" supposé, et la façon si peu sujette aux reproches de les exposer, l'humour en prime.

   Flupke   
3/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bonjour Ululo,

Elle erra avec rage => errera (j'imagine) pour être en concordance avec les autres verbes.

Eh bien moi j'ai bien aimé ce petit texte. Surtout l'avant dernier paragraphe.

neurone d'Achille, pas mal.

Peut-être que d'avantage d'aération au niveau des paragraphes allègerait un peu le texte.

Ce qui m'a plu dans ce texte c'est ton honnêteté intellectuelle, de te décrire tel quel et surtout que je retrouve une certaine image de moi quelques décennies auparavant.

Bravo.
Amicalement,

Flupke

   jaimme   
27/12/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Du besoin d'écrire en définitive. De ces mots que l'on veut, presque désespérément, faire aimer. Des couleurs des mots.
Je te rassure immédiatement Ululo (mais je le savais déjà): tu sais écrire, tu aimes écrire et cela se voit.
Inspiration, sale trainée, nous t'aimons!

Un vrai plaisir de te lire.

Jaimme

 

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