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Fantastique/Merveilleux
Ululo : Has Trâal - Les Moutons violets (1/2)
 Publié le 29/08/08  -  3 commentaires  -  39660 caractères  -  8 lectures    Autres textes du même auteur

Has Trâal vient d'être embauché par les services secrets du Rodkrôm. Sa première mission porte sur un cube qui fond mystérieusement.


Has Trâal - Les Moutons violets (1/2)


Has lisait tranquillement son journal. Il venait de sortir de son entretien avec Koder Kruni, le chef des services secrets rodkrômaques. Le personnage était étrange ; à la fois effacé, presque timide, et redoutable.


Mais le visage de cet homme allait bientôt disparaître de son esprit. D’après ce qu’il avait compris, il serait payé une fortune pour ne rien faire toute sa vie. Les mots exacts de Koder Kruni étaient :


- Vous pourrez faire exactement ce que vous voudrez de votre vie privée, nous ne nous en soucierons pas. Vous toucherez votre salaire dont le montant exact est de dix mille nickelkrôms par mois et vous en ferez ce que bon vous semble. Mais si vous recevez un ordre de mission, vous vous mettrez dans l’heure à notre disposition et vous obéirez en tous points à ce qui vous sera dit.


Has pensait à tout ce qu’il allait pouvoir faire avec son salaire. Il s’achèterait un château, certainement. Dans la province de Landeverte, il en avait toujours rêvé.


Il reporta son attention sur le journal ; le titre d’un article avait retenu son attention : « Un étrange mouton ». C’était rare que l’on parle de moutons dans ce journal, il alla voir.


L’article était le suivant :


Un mouton étrange a été recueilli par un randonneur dans la province de Quatremont. L’animal est d’une couleur qui n’est pas habituelle chez ces congénères : violet. De plus, les chercheurs de l’Institut de Recherche Scientifique qui l’ont étudié ont déclaré que le mouton présentait des signes d’intelligence. Nous vous en dirons plus dès que nous recevrons des informations supplémentaires.


Un mouton violet. Faire tout un article pour ça. Pas besoin d’être un génie de la sorcellerie pour changer la couleur d’un animal. Quant à son intelligence prétendument surdéveloppée, Has n’y croyait pas une seconde. Après tout, la recherche biologique n’était pas une science exacte. Que l’on fasse donc examiner le spécimen par un magicien, et l’on verrait. Quelle idée de confier un animal à l’IRS ! La science, ce n’était que pour faire peur aux enfants.


Soudain sa boule de cristal vibra dans sa poche. C’était extrêmement désagréable, il l’extirpa rapidement et l’effleura. Les contours indistincts d’un visage féminin apparurent alors et une voix se fit entendre :


- Salut Has.

- Salut Zendri, en fait je…

- Pas la peine de t’excuser. Tu étais encore à un énième entretien d’embauche qui a foiré, c’est ça ?


Les paroles de Kruni retentirent dans sa tête : « À mon avis, vous ferez un très bon agent. Mais sachez que je n’hésiterai pas une seule seconde à vous licencier si vous divulguez le moindre détail sur nos services. »


- Oui, c’est ça. C’était pour devenir cadre dans une entreprise de fabrication de baguettes magiques et ils m’ont dit…

- Oublie ça, va. Je t’invite au restaurant, pour que t’oublies.

- Au restaurant ? Ce soir ?

- Oui, qu’est-ce qu’il y a ?

- Non, rien. C’est juste que je ne m’y attendais pas.

- Alors à ce soir. On se retrouve au Chez le magicien, d’accord ?

- Chez le magicien ? Connais pas.

- Mais si sur la rue Merlin, vers…

- Ah oui, c’est vrai. Excuse-moi, j’avais oublié le nom. Mais c’est très bon là-bas. À ce soir, sept heures.

- À ce soir, Has.


Has resta figé, fixant la boule éteinte, pensant à son avenir avec Zendri. Il l’aimait, et c’était réciproque. Peut-être étaient-ils destinés à vivre ensemble un bout de temps. Fallait-il lui révéler la vérité sur son emploi ?


Enfin, s’il voulait être à sept heures sur la rue Merlin, changé et avec un bouquet de fleurs, il fallait qu’il se dépêche. Il héla donc le premier taxipogriffe qui passait.


- Hé ho !

- Oui bonjour jeune homme. Vous souhaitez aller ?

- Au 15 avenue du Sabbat.

- Entendu.


Et après quelques minutes et de nombreuses secousses, Has put se précipiter dans son misérable studio pour enfiler les derniers vêtements propres qu’il lui restait.


Il pensa avec résolution, comme à chaque fois qu’il rentrait chez lui, qu’il allait tout rénover et changer son mode de vie. Puis il oublia ça et sortit dehors. Faute d’argent, il allait devoir aller au Chez le magicien à pieds.


Sur le chemin, il pensa à tout ce qu’il allait pouvoir faire avec son nouveau salaire. Il commencerait par partir dans un magnifique pays lointain avec Zendri. Il se demanda comment il allait lui annoncer. « Partons ensemble ! » était pas mal, mais trop commun. « Je voudrais te faire découvrir des horizons que tu n’as jamais imaginés. » était très bien, mais trop littéraire pour pouvoir le caser dans une conversation. Enfin, il improviserait.


Il arriva devant le restaurant. Ce n’était pas vraiment chic, mais il y avait mangé une ou deux fois et ce n’était pas mauvais. Mesurant chacun de ses gestes, il entra.


Il se rendit immédiatement compte que, puisque Zendri n’était pas encore là, sa minutie avait été inutile. Une charmante serveuse lui indiqua une table ; il alla s’asseoir. Il attendit calmement quelques minutes, puis il se laissa gagner par la fatigue. Il n’avait en effet pas dormi de la nuit, tout excité qu’il était par la lettre de convocation du Bureau de Recrutement de l’Agence Secrète Rodkrômaque qu’il avait reçue la veille au soir. Sa tête chuta lourdement sur son assiette et des ronflements sonores commencèrent immédiatement à se faire entendre.


Il était tôt et il n’y avait par conséquent pas assez de clients pour qu’un reproche lui soit adressé. C’est donc dans toute sa laideur que Has se présenta à Zendri lorsque cette dernière arriva, avec une bonne demi-heure de retard.

Elle s’approcha de lui et lui tapota doucement l’épaule. La masse endormie ne bougea pas. Elle le secoua cette fois, tout en murmurant :


- Has, réveille-toi.


Toujours aucun résultat. Elle regarda Has et prit une décision. Il le fallait, sans quoi tout serait gâché. Elle fit une rapide prière à l’elfe de la fraternité en le priant de la pardonner. Puis elle se recula d’un pas, remua ses doigts. Enfin, elle prit son élan et donna une gifle monumentale à Has.


Ce dernier se réveilla en sursaut. Il regarda autour de lui, l’air affolé. Lorsqu’il vit Zendri, qui fixait coupablement sa main, il lui dit :


- Euh, désolé… Je m’étais endormi… Enfin comme tu n’étais pas là… Mais ce n’est pas de ta faute, hein ? Tu as bien fait de me réveiller.


Et il tenta un sourire. Zendri oublia tout, les ronflements, la gifle, et se concentra sur l’image de Has. Elle l’aimait, c’était certain. Elle répondit à son sourire.


Le besoin de s’embrasser se fit ressentir chez l’un et l’autre des partenaires simultanément. Has, qui n’était pas encore bien réveillé et qui avait peur de faire une autre gaffe, resta immobile et attendit que Zendri avance son corps vers lui. Il fit de même. Le choc de la table contre son ventre lui coupa le souffle.


Mais il avait besoin d’un baiser et il surmonta sa terrible douleur. Les lèvres de l’un et de l’autre s’approchèrent, comme aimantées. Puis elles prirent peur l’une de l’autre. Elles s’étaient frottées déjà de nombreuses fois, mais à chaque fois elles hésitaient. Juste un peu, le temps que l’excitation monte.


Une famille venait de s’installer à une table voisine. Deux parents et un petit garçon. Ce dernier pointa son doigt vers le jeune couple. Le père et la mère échangèrent un regard complice, puis le père se pencha à l’oreille de l’enfant et murmura quelques mots. Le garçon baissa son doigt et sourit.


Pendant ce temps, la passion avait vaincu la peur et les lèvres s’étaient enfin retrouvées. La salive de chacun pénétrait vaillamment dans la bouche de l’autre, comblant le manque créé par les deux jours durant lesquels ils ne s’étaient pas vus.


Has ressentait quelque chose. Quelque chose d’extraordinaire. Une sorte de vibration interne, qui semblait s’intensifier à chaque seconde. Il continua à embrasser Zendri avec engouement, et cette sensation continuait toujours. C’était si fort. Cela lui rappelait autre chose. Mais il ne se souvenait plus quoi.


Puis il comprit. Il retira violemment ses lèvres et sa langue de la bouche de Zendri, enfonça sa main dans sa poche et en sortit sa boule de cristal. Il se précipita vers le vestibule du restaurant où il décrocha. Un visage d’homme d’une quarantaine d’années apparut sur la sphère.


- Agent Trâal.

- Agent… euh… ah… Oui, c’est moi.

- Vous êtes immédiatement convoqué au point de rendez-vous numéro treize pour que l’on vous remette votre ordre de mission.

- Le point de rendez-vous numéro treize ?

- Si vous n’y êtes pas dans l’heure, vous serez renvoyé définitivement de nos services.

- Mais bon sang qu’est-ce que c’est que ce point de rendez-vous ?

- La liste des points de rendez-vous vous a été communiquée par la personne qui vous a recruté, agent Trâal.


Et la boule de cristal se ternit.


Has comprit que la liste des points de rendez-vous devait se trouver dans la liasse de paperasses qu’on lui avait donnée. Et ces papiers étaient chez lui. Il échangea un regard avec Zendri. Il fallait qu’il y soit en moins d’une heure. Il n’avait pas de temps à perdre en explications.


Il s’élança au-dehors et commença à courir. Il ne se retourna pas et ne vit pas Zendri qui sortait, affolée. Elle tenta tout d’abord de le poursuivre, mais Has était un bon coureur.


Arrivé chez lui, il se jeta sur les papiers si précieux, et eut la mauvaise idée de commencer par le haut. Des contrats, des règles, des explications, des droits et des devoirs. Et ce n’est qu’à la fin que se trouvait la liste des points de rendez-vous :


Tout contact avec les agents leur sera signalé par boule de cristal et un point de rendez-vous leur sera indiqué. Ils devront s’y rendre le plus vite possible.

La liste des points de rendez-vous est la suivante :

1) Place de la Mairie de la ville de Kogujok ;


Kogujok ! C’était à plusieurs centaines de lieues de Zigrobuk. Il adressa une prière à l’elfe de la paperasse administrative pour que le point numéro treize ne soit pas aussi éloigné et lut :


13 ) Restaurant Chez le magicien, rue Merlin, dans la ville de Zigrobuk ;


Il étouffa un juron, ressortit en catastrophe de son studio et prit le chemin du restaurant pour la seconde fois de la soirée. À mi-parcours environ, il trouva Zendri assise sur un banc public en train de fumer une Zigâret. Il s’immobilisa pour contempler ce visage incertain. Elle n’avait pas pleuré. Mais elle s’était interrogée.


Tout ce qu’il trouva à lui dire fut :


- Je croyais que tu avais arrêté.

- Et moi je croyais que tu ne gâchais pas les dîners entre amoureux.


Has ne trouva rien à répondre et repartit en courant. Zendri l’interpella :


- Has ! Explique-moi ! Que s’est-il passé ?


Il ne put rester insensible aux cris de détresse de cet être qui lui était si cher. Il fit donc demi-tour et dit :


- Je ne peux pas tout te dire. Mais tout ça, c’est parce que j’ai trouvé un travail.


Et il repartit, ne s’arrêtant plus avant le restaurant. Là, il chercha des yeux quelqu’un qui pourrait être son informateur. Le père du petit garçon qui l’avait montré du doigt quelques instants auparavant se retourna et lui fit un clin d’œil.


Au début, le jeune homme ne comprit pas. Il s’attendait à quelqu’un de seul, tenant dans ses mains une mallette noire. Puis il dut se rendre à l’évidence et se rapprocha de la table de l’homme.


- Vous êtes l’agent Trâal, je présume ?

- Oui. Et à qui ai-je l’honneur ?

- Agent Akk, pour vous servir.

- Alors, quelle est ma mission ?

- Hé ! Pas si vite. Faisons d’abord les présentations. Voici ma femme, Dakod, et mon fils, Envr.

- Enchanté.

- Asseyez-vous donc, mon garçon.

- Mais… euh… je voulais juste savoir…

- Vous êtes vraiment pressé ! Asseyez-vous et mangez, je vais vous expliquer ce que les services attendent de vous.


Has s’exécuta donc et goûta au plat, du phœnix confit, un vrai délice.


- Tout d’abord, savez-vous ce qu’est la CRRCE ?

- Euh, c’est la Compagnie Rodkrômaque de Relations Commerciales avec les Elfes, si je ne me trompe.

- Exactement. Eh bien ils ont un problème. J’imagine que vous savez qu’ils gèrent un important réseau de télécommunication.

- Oui, ma boule de cristal utilise même leurs services.

- Oui. Et ils ont des problèmes avec ce réseau. De sérieux problèmes.

- Mais la CRRCE est une entreprise privée…

- Oui, mais ils gèrent l’abonnement des boules de cristal de plus de la moitié des habitants du Rodkrôm. S’il venait à y avoir de graves perturbations sur leur réseau, cela serait la panique dans tout le pays.

- D’accord. Et que dois-je faire ?

- Résoudre le problème. Vous êtes attendu demain à la première heure au monastère de la CRRCE de la province de Quatremont, où se situe leur problème.

- Mais comment le résoudre, ce problème ? Et puis de quelle nature est-il ?

- Vous verrez tout cela demain, agent Trâal. Et voici dix mille nikelkrôms, de quoi accomplir votre mission sans soucis d’ordre matériels, lui dit-il en lui tendant une bourse. J’ai été ravi de vous rencontrer, agent Trâal.



***



Has resta un instant immobile. Puis il salua poliment l’agent Akk et sortit. Il marcha lentement, perdu dans ses pensées. Son informateur ne faisait pas de secrets à sa famille ; pourquoi en ferait-il, lui ? Il pouvait donc confier à sa famille, ou du moins à sa petite amie, qu’il était agent secret. Après tout, Zendri n’avait pas, à ce qu’il sache, de relations avec des groupes mafieux ou terroristes. Il se décida donc à l’appeler.


Il sortit sa boule de cristal de sa poche, l’effleura du bout du doigt et dit :


- Zendri.


Pendant un instant la sphère translucide n’émit pas un son puis Has entendit les mots suivants :


- Le serveur magique est momentanément surchargé en raison d’incidents techniques. Veuillez réessayer ultérieurement.


Il étouffa un juron. Puis il adressa une prière à l’elfe de la télécommunication :


- Ô elfe de la télécommunication, je t’en prie, rétablis le serveur maintenant pour que je puisse parler à Zendri. Si tu le fais en échange j’irai résoudre les problèmes de la CRRCE qui je crois est ton alliée.


La réponse fut immédiate. Le ciel s’ouvrit majestueusement en deux et un petit bonhomme vert sauta dans le trou ainsi formé en parachute. Il finit par arriver aux pieds du jeune homme qui avait regardé la scène en souriant.


- Je viens pour exaucer ton vœu et tu arbores encore un sourire moqueur.


Has ne se laissa pas démonter :


- Mon sourire n’est pas moqueur, ô elfe de la télécommunication. Je souris béatement à l’apparition d’un elfe, comme il se doit.

- Tes flatteries ne marchent pas avec moi, jeune homme. Je te tuerais si tu ne pouvais pas m’être utile.

- Or je peux vous être utile, ô elfe de la télécommunication. Et c’est pourquoi non seulement vous allez me laisser la vie sauve, mais en plus vous allez remettre ce foutu réseau en marche.

- Excusez-moi, jeune homme, il faut que je consulte mes prières.

- Allez-y, ô elfe de la télécommunication, je vous en prie.


La créature verte marmonna une formule magique inintelligible et une boule de cristal dernier cri apparut dans ses mains. Cette dernière commença immédiatement à diffuser un message :


- Vous avez reçu douze mille six cent trente-neuf prières en absence.

- Quoi ? Comment ça ? s’écria l’elfe.

- Ce sont certainement tous les gens qui n’ont pas pu téléphoner à cause des problèmes de surcharge, ô elfe de la télécommunication, expliqua Has.

- Alors je dois vous laisser.


Et l’elfe repartit aussitôt, sans que le jeune homme puisse faire quoi que ce soit. Il aurait pu être content, ce n’était que la troisième fois de sa vie qu’il réussissait à provoquer l’apparition d’un elfe. Mais il ne pourrait pas contacter Zendri avant longtemps ; et aller jusque chez elle, de l’autre côté de Zigrobuk, serait trop long, il devait être au dragonoport rapidement s’il voulait être dans la lointaine province de Quatremont le lendemain.


Il prit donc un taxipogriffe, et la pensée qu’il pourrait le payer sans s’inquiéter suffit presque à le réjouir. Le voyage fut rapide et sans encombre. Le dragonoport était énorme, les immenses salles d’attente s’enfilaient les unes après les autres.


Il finit par trouver un guichet de la compagnie Rodkrôm’voyages et y acheta un aller-retour pour la province de Quatremont pour le lendemain à l’aube. Étant donné qu’il avait pris ses billets en dernière minute et en business class, cela lui coûta quatre mille nickelkrôms.


Il dut ensuite se trouver un hôtel, il ne se sentait pas de faire encore un aller-retour avec son studio. Il passa donc la nuit dans un réduit de six mètres carrés et d’un mètre cinquante de plafond. Au moins, dans ces conditions, il ne rechigna pas à se lever lorsqu’il le fallut. Il se prépara, tenta d’avaler un café puis alla en salle d’attente.


Il attendit puis monta à bord du dragon, à six heures du matin exactement. Cela faisait mal au cœur à voir, ce majestueux animal obligé, après la destruction de son habitat naturel, de transporter des centaines de passagers bruyants et malpropres sur son dos. Mais Has n’avait pas le temps de s’apitoyer et il monta sur l’écaille rembourrée de fourrure qu’on lui indiquait.


Une fois que l’animal eut décollé et que le jeune homme put contempler de splendides paysages, ce dernier oublia complètement le malheur de l’être sur lequel il pesait.



***



L’atterrissage se fit en douceur. Une délégation de moines l’attendait, saisissant une pancarte : « Monastère de la CRRCE de la province de Quatremont ». Has leur fit signe et s’approcha d’eux. Ce fut un des moines qui prit la parole :


- Pourquoi nous regardez-vous ainsi ?

- Eh bien, pour tout vous dire, messieurs, je suis étonné par vos habits. Et puis, je croyais que les femmes…


En effet, la délégation était composée de deux hommes en T-Shirt, jeans et baskets ainsi que d’une femme habillée de même. Une femme plutôt laide et qui ne comportait pas d’attraits physiques particuliers, mais une femme tout de même.


- Oh ! s’exclama la femme en question. Nous ne nous faisons appeler moines que pour des raisons financières. Le statut de « monastère » défini par la loi indique que nous n’avons pas à payer la taxe foncière, ainsi que d’autres impôts du genre qui seraient pour le moins malvenus.


Has comprit qu’un petit rappel à l’ordre était de mise.


- Vous ne respectez donc pas la loi, Madame ?

- Si, ce n’est pas ce que je voulais dire. Nous sommes des moines, mais pas au sens commun du terme. Nous vivons comme demandé par la loi en communion avec la nature et la magie.

- Ça ne marche pas avec moi, Madame. Et je puis vous assurer que le statut de monastère vous sera enlevé et que les sanctions nécessaires seront prises. Et ce dès demain.

- Mais… ce n’est pas pour cela que nous avons sollicité l’aide du gouvernement… et puis…

- Madame, je vous prierai de vous taire. Je suis venu ici afin de garantir le bien-être de tous les sujets du roi de Rodkrôm, et pour cela je prendrai les mesures nécessaires.


Les futurs ex-moines ne répondirent pas et baissèrent les yeux, contrits. Has se demanda ce qu’il allait faire. Il était tout nouveau dans les services, et n’avait donc absolument aucune idée de ce qu’il avait le droit ou non de faire. Mais, après tout, le gouvernement ne pourrait qu’être heureux qu’il ait dévoilé une fraude.


Tout le monde embarqua dans la charrette avec laquelle les moines étaient venus. Has leur jeta un regard interrogateur. La femme, qui était sur le qui-vive, dit immédiatement :


- Comme je vous l’ai dit, monsieur Trâal, nous vivons en communion avec la nature. En utilisant cette charrette, nous respectons les hippogriffes qui sont si honteusement exploités par la plupart des habitants de ce pays.


- C’est un bon geste, madame. Mais qui n’excuse pas votre honteux détournement de la loi, dit-il en descendant de la charrette.

- Certes non, Monsieur. Mais pouvons-nous passer au plus important et vous expliquer notre problème ?

- Allez-y, je vous en prie. Je suis là pour ça.


Ils rentrèrent alors dans le monastère, une belle bâtisse moderne, qui n’était pas haute mais assez étendue.


- Bien. En fait, le réseau téléphonique de la CRRCE est géré dans son intégralité par un cube de glace d’une dizaine de mètres de côté.

- Un cube de glace. Mais comment…

- Ce n’est pas n’importe quelle glace. C’est de l’urine de l’elfe de la télécommunication qui a été congelée et qui comporte des propriétés magiques extraordinaires.

- De l’urine d’elfe ? Mais jamais un elfe n’aurait accepté de vous donner quelque chose qui provient de son corps, c’est sacré pour eux.

- Tout à fait, agent Trâal, c’est sacré. Mais nous avions des arguments de poids.

- Et quels sont-ils, ces arguments ?

- Nous ne pouvons pas vous le dire, monsieur. Nous avons juré le secret.

- Madame, j’ai besoin de tout savoir pour résoudre votre problème.

- Monsieur, si je vous dévoile cette information, notre contrat avec l’elfe de la télécommunication sera rompu. Il détruira le cube et alors vous ne servirez plus à rien.

- Bon, laissons cela de côté pour l’instant. Alors, quel est votre problème ?

- Eh bien, ce cube… il fond.

- Votre système de réfrigération doit avoir un problème.

- Non, monsieur. La température en dessous de laquelle l’urine d’elfe gèle est de moins dix-neuf degrés. Et nous maintenons la température de la salle dans laquelle le cube est conservé à moins cinquante degrés.

- Alors il ne peut pas fondre, Madame.

- Normalement non. Cependant, le fait est qu’il a fondu, puisqu’il a diminué de volume et que nous avons retrouvé des flaques d’urine d’elfe autour.

- Bon. Et vous n’avez aucune explication plausible à cela ?

- Il me semble que c’est vous qui devez trouver une explication, pas nous.

- Certes. Mais vous devez tout d’abord m’informer de tout ce dont je pourrais avoir besoin. Pour commencer, qu’est-ce qui a poussé l’elfe de la télécommunication à accepter de vous donner son urine ?

- Monsieur Trâal je crains de ne pas pouvoir vous répondre. Nous avons juré le secret.

- Bon, je comprends. L’elfe doit avoir honte, donc, de ce que vous lui avez donné en échange ?

- Je ne peux pas vous répondre, monsieur.

- Bien. Et, au moins, puis-je visiter la salle dans laquelle est ce si précieux cube ?

- Bien sûr. Suivez-moi.


Has ne se fit pas prier et lui emboîta le pas. Bientôt ils arrivèrent devant une porte blindée. À sa gauche se trouvait un boîtier. La femme posa l’œil dessus.


Une voix retentit :


- Empreinte magique numéro seize reconnue. Vous pouvez entrer, madame Layxi.


Et la porte blindée s’escamota. Madame Layxi fit un signe à Has et tous deux entrèrent. Ils se trouvaient dans une sorte de couloir qui surplombait la salle où trônait royalement le cube, que l’on pouvait apercevoir à travers la baie vitrée.


- Et quel moyen a-t-on de pénétrer en dessous ? demanda le jeune homme.

- Aucun.

- Comment ça ? Vous voulez dire que…

- Oui. Personne n’y a accès. À moins de faire exploser tout le bâtiment.

- C’est… énigmatique.

- Nous n’aurions pas fait appel à vous si ça ne l’avait pas été, monsieur Trâal.


Has ne sut pas quoi répondre. Il prit donc un air hautain et dit :


- Bon, je verrai cela.

- Nous l’espérons, Monsieur. Mais vous devez être fatigué, je vais vous montrer votre chambre.

- Oh, c’est très gentil à vous. Je vous suis.


Il lui sembla qu’il avait marché des kilomètres à travers les couloirs blancs et impersonnels du monastère. Mais ils finirent par arriver. C’était un appartement composé d’une chambre spacieuse avec balcon, salle de bains, ainsi qu’un petit salon.


- Oh ! Ce n’était pas la peine. Une petite chambre m’aurait suffi.

- Nous tenons au confort de nos invités, et vous en particulier, monsieur Trâal.

- J’en suis très touché. Et, si cela ne vous dérange pas… vous pourriez me laisser seul ? Pour que je réfléchisse, vous comprenez.

- Bien sûr. Je viendrai vous chercher à l’heure du déjeuner.

- D’accord. Au revoir.


Et la femme sortit. Has n’avait absolument pas envie de réfléchir ; il voulait profiter tranquillement de la vue du balcon, et cette femme l’indisposait. Il alla donc sur le balcon et regarda. Le paysage était magnifique. Les quatre montagnes si célèbres qui avaient donné le nom à la province resplendissaient sous le soleil.


À gauche, le mont Dordi, du nom de la première personne à l’avoir cartographié. Tâche pas très glorieuse, en somme, puisque la montagne était entièrement recouverte de forêt. À côté se trouvait le Petit Mont, le plus petit des quatre, recouvert de prairies et d’alpages. On racontait qu’une fois un berger avait mené ses troupeaux paître sur cette montagne, et qu’il avait été retrouvé foudroyé le lendemain ; l’elfe des alpages n’avait pas apprécié qu’on vienne le déranger sur son lieu de vie. À droite se trouvait le mont des Démons, ou mont Maléfique. Seule une espèce de plante arrivait à survivre sur ses arides surfaces rocheuses, et cette plante était un poison mortel. Enfin, à droite, se trouvait le mont de l’Eau, dont les forêts et les vallées étaient parcourues d’innombrables cours d’eau, se jetant tous dans un même lac en contrebas.


C’était vraiment un spectacle extraordinaire. Has sortit de sa valise son appareil photographique, qui se présentait sous la forme d’un trépied agrémenté d’une toile. Il s’agenouilla et récita la formule :


- Ô beauté du monde, ô jouissance de la vue ! Mon bonheur ne dépend que de toi, accepte de venir pour l’éternité sur cette toile et tu ne le regretteras pas.


Peu à peu des myriades de couleurs apparurent autour de lui, dansant, tourbillonnant. Il dirigea son doigt vers l’appareil photographique. Les couleurs se ruèrent dessus. L’appareil émit un doux ronronnement et la toile remua. Puis il y eut un petit « Clic » et le paysage apparut sur la toile. Has le contempla ; le cliché était réussi, mais il manquait quelque chose, une touche de magie. Il s’agenouilla donc une nouvelle fois et dit :


- Ô elfe de la retouche photographique, je t’implore de compléter la splendeur de ce paysage en changeant la couleur des nuages.


Aussitôt dit, aussitôt fait. Les nuages prirent immédiatement une couleur pourpre. C’était plus au goût de Has, qui roula soigneusement la toile et la rangea dans on sac.


Puis quelqu’un frappa à la porte :


- Monsieur Trâal, le dîner n’attend que vous.

- J’arrive.


Et il ouvrit la porte. C’était toujours la même femme.


- Alors, vous avez réfléchi à notre problème ?

- Non, j’ai siroté un jus d’ananas les doigts de pied en éventail, répondit Has d’un ton énervé.

- Très drôle. Je voulais juste connaître vos premières conclusions.

- La conclusion arrive à la fin, Madame. Je n’en suis qu’au début de mon enquête ; et je crois que si vous ne cessez de me harceler de questions, je ne dépasserai jamais ce stade.

- Désolée, je voulais juste savoir…


Has sourit intérieurement. Il avait béatement contemplé le paysage pendant une heure et obtenait des excuses. Le métier d’agent secret était plaisant. La femme le mena jusqu’à la salle à manger sans un mot. Une dizaine d’hommes et de femmes étaient déjà présents, autour de quatre tables pouvant accueillir jusqu’à six personnes chacune. Mais les gens préféraient s’attabler par petits groupes et aucune table n’était remplie.


Madame Layxi s’assit à côté d’un homme à l’air austère, dont Has ne parvint plus à se souvenir s’il était présent à son arrivée au dragonoport. Elle lui fit un signe discret pour le convier à se mettre à son côté ; mais il fit semblant de ne pas l’avoir remarqué et alla tout droit en direction d’une jolie jeune femme qui était assise seule.


- Vous attendez quelqu’un ?

- Oui, mais il y a de la place, vous pouvez vous asseoir.

- Seulement si cela ne vous dér…

- Laissez tomber les convenances, voulez-vous ? dit-elle en souriant.


Has répondit le mieux qu’il put à ce sourire et s’assit. La conversation s’engagea immédiatement, ce fut la jeune femme qui prit la parole la première :


- Qui êtes-vous, pour dédaigner ainsi la patronne ?

-Euh… je suis Has Trâal. Mais pourquoi parlez-vous de patronne ?

- Vous savez, Madame Layxi.

- Madame Layxi ? La patronne ? Mais je croyais que c’était une employée !

- En tout cas, vous l’avez bien dressée. Je vous ai vu à l’instant.

- C’est que…

- Oui ?


Has baissa la voix :


- Sa compagnie est… disons désagréable.

- Oui ! Ça nous le savons tous. Mais elle a au moins le mérite d’être parvenue à son poste grâce à ses capacités et non à ses relations, comme les autres.

- Les autres ?

- Oui, le directeur adjoint du monastère qui est le fils de la maîtresse du directeur financier de la CRRCE, le directeur du personnel qui a distribué des pots de vin à tout le monde, sans parler de Madame Herko, la directrice de la Compagnie, qui a pendant un temps - dit-on - trempé dans des affaires financières pas très nettes avec le gouvernement rodkrômaque.

- Eh bien, on en apprend des choses. Mais, au fait, vous, qui êtes vous ?

- Je suis Xuta Bilvinar, je travaille ici depuis deux ans. Mais je ne compte pas m’éterniser, ajouta-t-elle avec un léger sourire.

- Vous travaillez comme ?…

- Interprète. Comme vous le savez les elfes ont appris pour la plupart la totalité des langues humaines afin de pouvoir communiquer avec nous.

- Oui. J’ai même eu l’occasion quelquefois de leur parler.

- J’ai bien dit « la plupart ». Car il y en a une infime minorité qui a refusé de le faire, ainsi que d’inculquer ce savoir à leurs enfants.

- Mais s’ils sont une infime minorité…

- L’elfe de la transmission d’ondes dans un but de communication en fait partie. Et les soi-disant « moines » d’ici font appel à lui tous les jours.

- Je vois. Et, si cela n’est pas indiscret, à quoi ressemble sa langue ?


Xuta sourit. Elle allait ouvrir la bouche pour répondre mais fut interrompue par l’arrivée d’un jeune homme.


- Oh, Rihûo, te voilà enfin. Has, Rihûo. Rihûo, Has.

- Enchanté, dit Has.

- Enchanté.


Has contempla le nouvel arrivant. Il était extrêmement grand, blond, le visage assez fade. Puis il lui tendit la main. Le géant la serra d’un air qui disait : « Cette fille m’appartient. » Has lui répondit d’un regard qui signifiait clairement : « Je m’en fiche, pas assez bien pour moi. »


C’est donc dans cette bonne humeur que tout le monde commença à manger. Rihûo, qui ne voulait pas que son arrivée soit la cause d’un refroidissement de l’ambiance, tenta pendant tout le repas d’engager la conversation sur des sujets sans intérêt.


Has, prétextant du travail, remonta dans sa chambre méditer tout ce que la jolie Xuta lui avait appris. La CRRCE était totalement corrompue et pourrie. Intéressant, mais certainement aucun rapport avec l’affaire. À garder en mémoire, en tout cas.


Puis il décida de sortir se promener au-dehors, histoire de respirer un peu d’air frais et de réfléchir pour de bon à ce qu’il pourrait faire.


Il sortit donc, et en une heure à peine il était dans la magnifique forêt de Trôf, au pied du mont des Démons. Il se détendit. Le jeune homme regretta de ne pas avoir emmené Xuta avec lui, pour lui traduire ce que le vent qui sifflait dans les arbres disait. Il marcha ainsi longtemps, profitant du cadre ; ses bonnes résolutions de réfléchir au cube du monastère furent oubliées en un rien de temps.


C’est alors que le mouton fit son apparition. C’était une belle bête, dont la seule particularité apparente était la couleur violette. Has l’aperçut et se dirigea vers l’animal. Ce dernier, effrayé, s’enfuit en courant. Le jeune homme poussa un soupir et fit une rapide prière à l’elfe du temps. Immédiatement, une voix venue du ciel dit :


- Il est huit heures.

- Merci, ô elfe du temps.


Puis il rentra d’un pas rapide au monastère pour dîner. Il ne put cette fois éviter la compagnie de madame Layxi, qui l’invita à haute et intelligible voix à s’asseoir à sa table. Elle lui parla mécanique des fluides magiques et réseau structuré de télécommunication pendant tout le repas. Has, pour qui tout cela était incompréhensible, pensait à sa promenade dans la forêt. Finalement, au dessert, n’y tenant plus, il demanda :


- Êtes-vous pour quelque chose dans l’affaire des moutons violets ?

- L’affaire des ?

- Des moutons violets. Vous savez, il y a quelques jours on en a retrouvé un dans les environs.

- Ah oui, c’est vrai. Je ne m’en souvenais plus, je n’avais fait qu’entrevoir le sujet dans le journal.

- Moi aussi. Mais ma mémoire a été ravivée par un spécimen que j’ai rencontré à l’instant, dans la forêt.

- C’est vrai ? Mais je pense que cela n’a pas une grande importance. Par contre, on vient de m’apprendre qu’une partie du cube avait à nouveau fondu tout à l’heure. Cela devient un vrai problème et…

- Ne trouvez-vous pas cela étrange, madame ? Le cube qui fond, les moutons qui apparaissent. Rien ne se perd, rien se crée, tout se transforme, a dit Merlin.

- Monsieur Trâal, vous vous trompez, répliqua la femme, agacée. La fonte du cube a produit de l’urine liquide, pas des moutons ou je ne sais quoi d’autre.


Has se tut. Il avait oublié qu’on avait retrouvé le produit de la fonte ; mais il n’abandonna pas son idée. Il réfléchit donc quelques instants puis dit :


- C’est vrai, j’oubliais. Mais peut-être que l’un des composants aurait pu être extrait…

- Vous divaguez, le coupa-t-elle d’un ton catégorique. Je vous ai déjà dit qu’il n’y avait aucun moyen d’accéder au cube. Cependant, afin d’être tout à fait certaine, j’ai chargé un expert d’analyser l’urine liquide.

- Vous venez de vous trahir, madame.

- Me trahir ? Comment ça ?

- Vous m’avez assuré que vous ne pouviez pas accéder au cube.

- Oui, et c’est la vérité. Je ne vois pas en quoi cela…

- Et vous venez de me dire que vous avez pourtant récupéré l’urine liquide.

- Non, nous ne sommes pas rentrés dans la salle de conservation. En fait, pour maintenir le cube à une température constante, nous utilisons des micro-canons à projection d’ondes magiques de glaciation, qui sont encastrés dans le sol. L’urine liquide s’est infiltrée à l’intérieur et nous ainsi pu en récupérer quelques gouttes.


Has resta quelques instants silencieux et perplexe. Puis il reprit :


- Bon, mettons que je vous croie. Et ces analyses, puis-je les voir ?

- Je ne sais pas si l’expert a terminé. Si vous voulez bien me suivre, nous pouvons aller le voir dans son laboratoire.

- Entendu.


Le laboratoire étant en sous-sol, ils durent descendre de nombreux escaliers, et les jambes de Has étaient en compote lorsqu’il arriva enfin. Et lorsqu’il vit l’expert, ces dernières faillirent se dérober sous lui ; c’était Rihûo. Celui-ci salua madame Layxi avec respect et Has avec froideur. Mais il se plia tout de même à ses injonctions et lui montra les analyses que l’elfe de l’analyse d’urine venait de lui transmettre :



Eau90 %
Saloperies en tous genres10 %


Has demanda :


- Alors ? Tout est normal ?

- Euh… Oui, à peu près. En fait l’analyse a été faite sur de si petites quantités qu’elle n’est pas vraiment fiable. Habituellement les proportions sont plutôt de quatre-vingt-treize pour cent d’eau contre sept pour cent de saloperies. Et il y a aussi l’énergie pure, mais elle est présente en proportions tellement faibles qu’on ne peut pas la déceler si l’on n’a pas au moins un décilitre d’urine.

- Si nous arrivons encore une fois à récupérer des échantillons par le biais des canons ou si - ce que j’espère de tout mon cœur qu’il n’arrivera pas - le cube continue à fondre, toute l’urine liquide sera mise à votre disposition, déclara madame Layxi en feignant un sourire.

- C’est très gentil à vous, remercia Rihûo avec une amabilité toute professionnelle.


Et tous se séparèrent sans que Has ait appris quoi que ce soit. Il remonta dans sa chambre et eut la chance de pouvoir contempler le magnifique spectacle du soleil qui se couchait derrière les montagnes. Puis il se mit au lit, résolu à prendre un peu de sommeil. Il ne tarda pas à s’endormir d’un sommeil profond que l’elfe des cauchemars ne daigna pas troubler.


Vers minuit, alors que toute activité semblait avoir cessé au manoir, son réveil sonna. Il se réveilla en sursaut. Il ne s’était pas déshabillé et sortit donc tout de suite de sa chambre. Il marchait dans les couloirs à pas de loup, sélectionnant avec soin les endroits où il posait les pieds et surveillant attentivement ses arrières. Il continua à se déplacer ainsi pendant une demi-heure environ, durant laquelle il avait franchi une petite centaine de mètres.


Puis il se dit qu’il n’était pas dans une prison et qu’il n’y avait rien de criminel à marcher dans les couloirs. Il reprit donc son chemin avec le rapide pas élastique dont il avait l’habitude. Ainsi il arriva en quelques minutes à sa destination. C’était à ce moment-là qu’il fallait être vigilant. Il sortit sa baguette magique de sa poche, la pointa sur la serrure de la porte qu’il désirait ouvrir, et murmura une formule. Quelques secondes s’écoulèrent puis une brève lumière apparut et un petit « mouek mouek » se fit entendre ; Has sourit, c’était le signe que ça avait marché. Il appuya sur la poignée. La porte ne s’ouvrit pas. Il conclut finalement que la porte n’était pas fermée à clef lorsqu’il était arrivé et que son sort, qui était le même pour ouvrir ou fermer une porte, l’avait fermée.


Il dut donc tout recommencer. Avant de presser la poignée, il regarda par le trou de la serrure ; si la porte était déjà ouverte, il était possible que quelqu’un soit encore à l’intérieur. Mais il n’y avait personne. Il entra donc et se mit immédiatement à la recherche de l’objet de son déplacement nocturne.


Le premier tiroir qu’il ouvrit était rempli de paquets de Zi-gârets, sans doute le faisait-elle en cachette pour ne pas ternir son image de « patronne qui n’a rien à se reprocher ». Has le referma, dégoûté ; il n’avait pourtant jamais vu la propriétaire des lieux fumer. Il continua à fouiller, et tomba sur une armoire qui contenait des papiers. Il avait de la chance, ils étaient bien rangés. Il ne tarda donc pas à mettre la main sur le document qu’il cherchait, le lut attentivement puis le remit en place. Il allait sortir lorsqu’il entendit des bruits de pas dans le couloir. Il se précipita dans les toilettes du bureau. La personne aux pas si sonores rentra, une tasse de café à la main, et se mit au travail.


Has était bien embêté, il ne pouvait pas retourner dans le couloir. Et s’il venait à être découvert… Il prit donc finalement la décision de sortir par la petite fenêtre. Après de nombreuses contorsions, il y parvint et se retrouva à l’extérieur du monastère. Il contourna le bâtiment et se retrouva face à la porte d’entrée.


Mais deux solides gaillards gardaient cette dernière, et l’on risquerait de s’étonner que le jeune homme rentre sans être sorti par la même porte. Has décida finalement de retourner se promener dans la forêt pour retrouver le mouton violet et de ne rentrer qu’au matin, quand il n’y aurait plus de gardes. Il s’éloigna donc et s’enfonça dans les bois. Il marcha longtemps sans rencontrer ne serait-ce que la moindre trace de mouton. Il finit par s’adosser à un arbre pour essayer de dormir. Des voix l’en empêchèrent :


- Voilà.

- C’est tout ?

- Oui, enfin pour l’instant. Je pourrai sûrement en avoir plus dans les jours qui viennent.

- Écoute, Rihûo, si demain tu ne m’en ramènes pas le double, t’es mort.




À suivre…


 
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   xuanvincent   
29/8/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Tout d'abord bravo ululo pour t'être lancé dans ce roman !

Le premier épisode de cette histoire, entre univers science-fiction et personnages de fantasy, m'a fait passer un agréable moment de lecture.

J'ai apprécié ce texte pour sa fraîcheur et son imagination.

L'histoire m'a paru bien écrite dans l'ensemble.
Détail : "Has était bien embêté : familier".

L'histoire étant assez longue, je me contenterai de quelques impressions recueillies lors de la lecture :

- La magie, notamment les elfes et les boules de cristal, m'a semblé occuper une place importante dans ce récit.
Par ailleurs, différents termes de "jargon" font plutôt penser à un récit de science-fiction.

- Le mouton violet m'a paru mettre du temps avant de revenir dans le récit. La suite nous dira sans doute quel est son importance pour l'histoire.

L'histoire étant assez longue, je me contenterai de quelques impressions recueillies lors de la lecture :

- L'arrivée du "petit homme vert" m'a amusée
- Le fait que l'amie se révèle être aussi un agent secret m'a fait sourire
- un dragon, encore un (mais à la présence discrète cette fois) et amusant de plus !
- Les personnages des nonnes m'ont amusée.

- Ce récit m'a semblé comporter pas mal de "jargon" évoquant un univers de science-fiction, sans que cela m'ait gênée cependant pour la compréhension du texte.

- Le "mouton violet" m'a paru sortir comme un lapin du chapeau d'un magicien... Puis mettre du temps avant de revenir dans le récit. La suite nous dira sans doute quel est son importance pour l'intrigue de cette histoire.

Je lirai volontiers la suite...

   David   
31/8/2008
 a trouvé ce texte 
Faible
Bonjour Ululo,

Trés peu enthousiasmant, beaucoup trop de descriptions, une fréquente impression de lourdeur, de lire deux fois la même chose sans trouver l'interêt. Je n'ai pas toujours trouvé facilement des repères de temps et de lieu, l'écriture est peu intense et trés étalée souvent. L'humour et l'absurde sont bien tombés quelques fois, mais bien trop rarement.

   Maëlle   
3/9/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen +
J'adore l'univers. Je le trouve drôle et surprenant. Le héros est assez intéressant (c'est rare un looser sur de lui).

L'écriture n'est pas tout à fait au point. Les dialogues sont légèrement artificiels (j'ai tiqué sur "Mais c’est très bon là-bas."), le rythme est assez uniforme, ce qui pourrait induire un ennui, mais les touches d'humour et les clins d'oeil maintiennent l'interêts.

 

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