Résumé : Has Trâal est un jeune agent secret. Il enquête sur un cube de glace, servant aux télécommunications, qui fond. Il est actuellement dans la forêt, au beau milieu de la nuit, et il surprend deux personnes qui parlent entre elles.
En entendant le nom de Drihûo, Has se risqua à jeter un coup d’œil derrière le tronc sur lequel il somnolait. L’expert en analyse d’urine se trouvait en effet là, et il discutait peu calmement avec un autre individu. Lorsqu’ils en vinrent aux mains, Has jugea opportun d’intervenir. Il murmura :
- Ô brûlant elfe du feu, je te prie d’entourer ces deux hommes d’un cercle de flammes qui ne brûlent pas le bois, comme toi seul dans ta toute-puissance sait en faire.
Et en un instant les individus furent entourés de flammes, qui grâce aux précisions de Has ne provoquèrent pas d’incendie. Le jeune agent leur cria :
- Au nom de la loi et du roi, je vous arrête.
Au milieu du brasier, les deux hommes paniquèrent. Rihûo courait en tous sens alors que son interlocuteur s’était allongé à terre, désespéré. Has, ayant atteint son but, changea au moyen d’une autre prière les flammes en cage de métal. Ainsi il put contempler les deux individus. Et il comprit immédiatement ce qu’ils faisaient dans une forêt sombre aux alentours de trois heures du matin : Rihûo tenait dans ses mains une petite fiole étiquetée « Urine d’elfe ». L’autre était un inconnu, mais il n’allait pas le rester :
- Qui êtes-vous ?
Il ne répondit pas.
- J’ai dit : qui êtes-vous ? Je vous conseille d’être coopérant. - Je suis Gerg Dejut. - Bon, c’est bien. Et quelles sont vos raisons pour acheter de l’urine d’elfe ? - Eh bien je… On m’avait dit que ça rendait séduisant, et qu’aucune fille ne pourrait me résister si j’en avais bu un verre. Alors j’ai piqué de l’argent à mon père et…
« Pauvre type », se dit Has. Gardant ses pensées pour lui, il dit :
- Je vois. Mais l’urine d’elfe coûte très cher. Votre père est donc millionnaire ? - Euh… C’est-à-dire que… Oui. Je suis le fils de Husk Dejut.
« Et merde », se dit Has. « Encore un à qui il ne va rien arriver. » Husk Dejut était un ami proche du roi du Rodkrôm. Il avait même invité ce dernier sur son yacht pendant une semaine après son accession au pouvoir.
- Bon. Et vous, Rihûo, pourquoi avez-vous fait cela ? Votre salaire est, à ce que je me suis laissé dire, très correct. Pourquoi aviez-vous besoin d’argent ? - C’est… j’ai un frère… il avait des dettes… il a eu des problèmes avec la mafia nurdok… alors j’ai remboursé… Mais ça n’a pas suffi. Voyant que je payais, ceux à qui il avait affaire ont demandé plus. Je ne pouvais plus. Alors je lui ai organisé un voyage vers l’Hinegzistan. Là-bas ils ne pourraient plus le rattraper. Ça aurait tout réglé une bonne fois pour toutes ses problèmes, vous comprenez. Mais le prix d’un billet de dragon pour là-bas, c’est exorbitant. J’avais besoin de plus d’argent.
Has soupira. Le con qui piquait du fric à son père pour acheter des trucs idiots serait libéré dès le lendemain, alors que Drihûo qui voulait sauver son frère s’en prendrait pour plusieurs années de taule. Il ne pouvait rien faire contre ça. Alors il fit apparaître des menottes et les mit aux poignets des deux malfaiteurs, puis les conduisit au monastère, alors que le soleil commençait à se lever paresseusement. Le jeune homme croisa madame Layxi. Celle-ci regarda d’un air étonné son expert et cet inconnu qui suivaient docilement Has :
- Mais qu’est-ce qui s’est passé ? - J’ai appris beaucoup de choses pendant la nuit, madame. - Comment ça… mais… - Je vous expliquerai tout cela plus tard. En attendant, contactez les services de police pour leur dire que j’ai deux suspects à leur remettre ; ma boule de cristal ne marche pas. Et convoquez donc tout le personnel du monastère à une réunion dans… une demi-heure, disons, dans la salle de conférences. - Bien. À tout à l’heure, alors.
Et elle partit. En attendant, Has procéda à l’interrogatoire de Drihûo :
- Bon. Il est maintenant temps de vous expliquer. Comment avez-vous fait tout cela ? - Eh bien… J’ai pris les échantillons que madame Layxi m’avait confiés et j’ai cherché un acheteur sur le marché noir. Je n’ai pas trouvé, alors finalement j’ai cherché autour de moi et j’ai trouvé Gerg. - Oui, bien sûr. Mais je veux dire : comment avez-vous réussi à faire fondre le cube ? - Comment ça ? - Mais vous êtes sourd, bon elfe ? J’ai demandé comment vous aviez fait pour… - Oui, j’ai entendu. Mais ce n’est pas moi qui l’ai fait. Je me suis juste servi de l’opportunité. - Allons, Drihûo, vous aviez bien commencé dans la route de l’honnêteté, ne me racontez pas des mensonges. - Mais… c’est la stricte vérité !
Has resta pensif. C’était tout de même un peu fort, comme coïncidence. L’ « opportunité », comme le disait son suspect, était arrivée au bon moment.
Enfin arriva l’heure qu’il avait fixée pour la réunion et il emmena les deux hommes avec lui jusqu’à la salle de conférences. À l’intérieur, plus d’une centaine de personnes étaient déjà installées. La plupart de ces gens ne savaient absolument pas pourquoi ils étaient là, n’étant même pas au courant que le cube fondait, et étaient assez énervés d’avoir été tirés du lit. L’agent secret monta sur l’estrade, se racla la gorge, et commença à parler :
- Mesdames et messieurs, je suis désolé d’avoir dû vous réveiller à cette heure matinale.
Les chuchotements mécontents dans l’assistance semblaient vouloir dire : « On espère que t’as une bonne raison ! » Il continua :
- Il y a en ce moment un dysfonctionnement ici. Ou plutôt des incidents. En fait, c’est le cube en urine d’elfe glacée qui a commencé à fondre.
Les murmures étonnés se substituèrent aux murmures mécontents. Madame Layxi regardait devant elle avec un air gêné.
- La CRRCE, voulant résoudre au plus vite ce problème qui, comme vous avez pu le constater, a gravement détérioré la qualité de son réseau de télécommunication par boule de cristal, a fait appel au gouvernement. Ce dernier a dépêché un agent de nos services de renseignement sur place. Cet agent, c’est moi. Je vais vous résumer le travail que j’ai accompli jusqu’ici. Tout d’abord je me suis renseigné sur le contrat passé entre la CRRCE et l’elfe de la télécommunication. Ce contrat est assez étonnant, sans être pour autant à mon avis utile à l’enquête.
Madame Layxi pâlit. Has la regarda avec un sourire indéchiffrable.
- Mais j’ai obtenu des informations plus intéressantes en surprenant en flagrant délit monsieur Drihûo, que vous connaissez sans doute qui vendait illégalement des substances que madame Layxi lui avait données à des fins d’analyses. Cependant je ne connais toujours pas l’identité de la personne qui a fait fondre le cube. Je vous demande, si vous avez des informations quelconques sur ces évènements, de m’en faire part.
Les murmures énervés reprirent le dessus. On les avait fait venir juste pour ça…
- Évidemment, si quelqu’un peut m’apprendre quelque chose d’utile à l’enquête, il sera récompensé. Je ne peux fixer maintenant la somme de ladite récompense, étant donné que mon budget est limité et que je ne sais pas combien d’entre vous j’aurai à remercier. Mais je pense pouvoir vous assurer que tout témoignage intéressant sera gratifié d’environ mille nickelkrôms.
Les gens étaient abasourdis. Mille nickelkrôms de cet inconnu ? Chacun commença à fouiller fébrilement dans sa mémoire. Et chacun trouva une petite anecdote, une vague rumeur, dont il pourrait faire part à l’agent.
- Je recevrais les personnes désireuses de me parler, en tout anonymat bien sûr, dès aujourd’hui dans le bureau de madame Layxi.
Elle le regarda, interloquée. Dans son bureau ? Cependant un agent des services secrets était un agent des services secrets et elle ne trouva rien à objecter.
- Vous pouvez disposer, dit enfin Has.
Sur quoi tout le monde partit. Les deux suspects furent emmenés par la police qui venait d’arriver, et le jeune agent secret se retrouva seul. Il décida finalement de retourner encore un peu dans la forêt, toujours histoire de retrouver le mouton. Cette fois il ne tarda pas à trouver quelque chose d’intéressant ; c’était un œuf. Un énorme œuf. D’un mètre cinquante de haut environ. Has s’approcha et le caressa de la main. Il était parfait, sans le moindre défaut. Il était coloré de reflets orangés qui lui conféraient une allure magique. Has s’assit en face et le contempla. La contemplation d’un œuf géant est très bonne pour le corps. Cela relâche les muscles et calme l’esprit. Il resta donc longtemps là, le temps glissant sur lui.
C’est alors que des bruits parvinrent à l’oreille du jeune homme. Puis des fissures commencèrent à apparaître à la surface de l’œuf. Il se fendilla ensuite. Et enfin l’être qui était enfermé à l’intérieur réussit à pratiquer un trou assez grand pour se montrer. Has s’estomaqua. Ce qu’il venait de voir, ce qui était en train de sortir de l’œuf, c’était… un mouton. Un mouton violet, pour être plus exact. Celui-ci ne remarqua tout d’abord pas le jeune homme ; il regardait autour de lui, avide de découvrir son futur milieu de vie. Enfin la rencontre se fit :
- Bonjour, étranger. Je viens de naître et je n’ai en conséquence pas encore de nom. Et toi ?
C’était donc ça, les symptômes d’intelligence repérés par les scientifiques. Un mouton parlant. C’était carrément extraordinaire. Mais après tout, le domaine de la recherche magique était en perpétuelle progression. De peur que son interlocuteur soit susceptible, Has le salua très poliment :
- Je suis enchanté de vous connaître. Puis-je vous aider ? - Laisse tomber les politesses, mec.
« Il est passé du registre courant au familier. Étrange », nota Has. Afin d’éviter de se faire traiter comme un chien, le jeune homme choisit d’être ferme : - Évitez de me parler comme cela, s’il vous plaît. - Oh je vous prie de m’excuser. Je ne saurais oser croire que vous me pardonniez déjà, mais je vous prie du moins d’avoir l’obligeance de tenter d’oublier ces paroles dès que cela vous sera possible. J’étais dans un état second.
« Eh ben dis donc le voilà distingué maintenant. »
- Si, je vous excuse. Oublions cela. Dites-moi plutôt ce que vous savez sur vous. - Ce que je sais sur moi ? - Oui, tout à fait. - En fait je ne sais pas grand-chose. Seulement ce que mon créateur a eu la bonté de m’apprendre. - Votre créateur ? - Oui, celui qui m’a créé après de nombreux efforts pour que je serve l’humanité. - Bon. Eh bien je vais te donner une chance de la servir l’humanité. Il faut que tu me dises tout ce que tu sais de toi et de ton créateur. - Moi, je suis une créature chimère. Mélange de mouton, de poule, ainsi que d’IFMEC et de EP. Et… - Excusez-moi, que sont l’IFMEC et l’EP ? - Oh, désolé. Ce sont l’Intelligence Formée Magiquement et Chimiquement et l’Énergie Pure. - Bien. Et que savez-vous d’autre ? - Je sais que je n’ai pas été engendré par deux êtres de la même espèce que moi comme la plupart des animaux, que j’ai été créé artificiellement par mon créateur. - Oui, intéressant. Et votre créateur, justement, que savez-vous de lui ? - C’est un homme. Je suis né chez lui et je dois y rester encore longtemps. Dites-moi, sommes-nous ici chez mon créateur ? - Eh bien… Je n’en sais rien. En fait, je ne pense pas. Continuez. - Mon créateur m’a conçu pour que je serve l’humanité. Il a projeté de me vendre à une société privée ou à un gouvernement. Il ne sait pas. Il avait une femme. Elle est morte alors qu’elle était enceinte, un accident d’hippogriffe. C’est un souvenir triste pour mon créateur. - Et comment savez-vous tout cela ? - Il m’a inculqué tout son savoir. Il a utilisé un sort des Sombres Sorcières pour extraire de son corps toutes ses pensées et son savoir, qu’il a ensuite ajoutés à la mixture avec laquelle il m’a créé. - Une formule des Sombres Sorcières ? Mais alors, il pratiquait la magie noire ? - Il pratiquait en effet ce que beaucoup nomment la magie noire, mais c’était pour le bien de l’Humanité. - Bon. Il faut que je vous emmène au monastère. - Le monastère ? Quel monastère ? - Ce n’est pas un vrai monastère. C’est un ensemble de locaux appartenant au département « Télécommunication » de la CRRCE. - Je ne crois pas que ça soit une bonne idée de m’emmener là-bas. - Ah bon ? Pourquoi ? - Mon créateur n’aimait pas cet endroit. Il le craignait, même. - Vraiment. Pourquoi ? - Mon créateur se cachait. Il ne voulait pas qu’on connaisse sa présence dans les environs. Il s’est installé ici il y a longtemps, alors qu’il n’y avait personne à des kilomètres à la ronde. Et puis il y a ce monastère qui est venu s’installer. Il a été obligé d’abandonner sa maison et de s’installer plus loin dans les bois. - Mais vous, vous n’avez rien à craindre. Vous serez respecté là-bas, vous verrez. De toute façon il faut que j’y retourne pour les témoignages des gens qui travaillent là-bas… Et je ne veux pas vous laisser seul.
L’animal finit par accepter et tous deux rentrèrent au monastère. Tout le monde se retournait et poussait des « Ah ! » et des « Oh ! » Le mouton, lui, souriait. « Ces gens s’étonnent en me voyant violet. Qu’est-ce que ce serait s’ils m’entendaient parler ? » Puis Has laissa l’étrange être dans sa chambre et alla dans le bureau de madame Layxi. Cette dernière avait laissé les clefs sur la porte. Elle avait aussi écrit un petit mot :
Si vous avez besoin de moi, je suis en salle de conférences. J’espère de tout cœur que vous allez enfin pouvoir tout arranger.
L’écriture était très serrée, nerveuse ; le jeune homme en déduit que ce n’était pas de gaieté de cœur que la propriétaire des lieux lui avait laissé la place. Tout était comme pendant la nuit, parfaitement ordonné et rangé. Il se dit qu’il était un peu bête d’avoir fait tout ce cirque nocturne, alors que les lieux étaient maintenant à sa disposition. Par curiosité, il vérifia les placards. Ils étaient totalement vides. « Oh, la vipère », pensa-t-il. Il avait largement la place pour mettre ses pieds sur le bureau, ce qu’il ne manqua pas de faire. Puis il regarda par la fenêtre ; on ne voyait rien. Il alla aux toilettes ; chose fort intéressante mais malheureusement de courte durée. Puis il se mit en équilibre sur sa chaise. À chaque instant, la stabilité de son équilibre était menacée. Cependant sa vaillance était sans égal et il résista tant bien que mal, réussissant toujours au dernier moment à continuer à se balancer. Cette occupation passionnante fut interrompue par quelqu’un qui frappait à la porte. Has, agacé, demanda sèchement :
- C’est pour quoi ? - Euh… C’est pour vous faire entendre un témoignage, monsieur. Vous aviez dit que…
Le jeune agent se ressaisit :
- Entrez.
La porte laissa place à un homme d’une cinquantaine d’années, au crâne dégarni et à l’air sympathique.
- Alors. Que voulez-vous me dire ? - Voilà. Je voudrais vous parler d’un fait qui je pense peut vous aider. En fait, voilà… Eh bien… C’est que… - Monsieur, je n’ai pas de temps à perdre. - Bien. En fait, j’étais marié. Et j’ai trompé ma femme. Juste une fois, hein ? Elle l’a su. Nous avons divorcé. Mais je crois qu’elle m’en veut toujours. Et moi je sais bien que si le cube continue à fondre la section « Télécommunication » de la CRRCE sera en faillite. Et moi je me ferai virer. C’est un mobile, non ? - En effet. Mais la présence du cube ici est tenue secrète, non ? - Ben oui. Mais ma femme aurait pu l’apprendre. Je crois qu’elle voulait vraiment se venger. - Bon. Et avait-elle proféré des menaces ? - Non, la rupture s’était faite très calmement. Un soir elle m’a dit qu’elle était au courant, qu’elle aussi elle se lassait de moi, qu’il serait mieux pour nous deux qu’on se sépare. Elle m’a regardé avec ses grands yeux bleus, et ses chev… - Monsieur, je ne suis pas ici pour entendre votre vie privée. De plus il me semble que vos aventures domestiques n’ont ici aucun rapport avec l’enquête. Vous pouvez disposer. - Et… Euh… - Oui ? - Eh bien… Vous aviez parlé d’une récompense, il me semble. - Vous ne m’avez rien apporté. Je ne vous apporterai donc rien.
Contenant sa colère, l’homme sortit. Has crut être tranquille pour un bon moment et il allait déjà remettre sa chaise en équilibre lorsque la personne suivante rentra. Après un coup d’œil à l’horloge et une petite réflexion, le jeune homme comprit que la raison de la concentration des visites à cette heure précise était le début de la pause déjeuner. Fier de son sens de déduction, il regarda à qui il avait affaire. C’était une dame d’un certain âge, peut-être soixante ou soixante-dix ans, dont la beauté de jeunesse s’était changée en une distinction et des manières qui n’avaient pas leurs pareilles.
- Je suis enchantée de vous rencontrer, dit-elle d’une voix qui, malgré le poids des années, ne tremblait absolument pas. - C’est réciproque, dit Has. - Je n’étais pas à la réunion ce matin, car je ne travaille pas - et je n’ai jamais travaillé - ici. Je… j’ai été avertie. - Avertie ? Mais qui êtes-vous, pour être ainsi « avertie » de ce qui se passe ici ? - Oh, bien sûr. J’ai négligé cela. On m’appelle la petite fée.
Les fées étaient d’immenses êtres qui vivaient au-dessus des nuages, ne se préoccupant pas de ce qui se passait à la surface de la Terre, contrairement aux elfes. Mais pourtant, plusieurs dizaines d’années avant la naissance de Has, une fée était tombée éperdument amoureuse d’un humain. Et de leur union était né un enfant. Il avait les pouvoirs de sa mère, mais l’apparence de son père. C’est pourquoi on avait nommé cette fille la petite fée. Elle s’était dévouée à la cause des humains. En raison de sa légendaire beauté, de nombreux hommes s’étaient épris d’elle, et en étaient morts pour la plupart. C’est pourquoi elle avait fait le serment de ne rencontrer qu’une fois chaque humain dans toute son existence. Mais elle ne faisait ce privilège qu’à peu d’entre eux. Has était flatté ; il resta quelques secondes sans contenance puis répondit :
- Vous êtes la petite fée… Le fait que vous soyez au courant ne m’étonne plus. Et pourquoi ai-je l’immense privilège de vous voir ? - Je suis installée ici, dans ces bois. Au loin de toute activité humaine. Mais j’ai pourtant un voisin. Un homme d’une trentaine d’années, qui fait des expériences magiques.
« Ces bois pullulent d’habitations, finalement », se dit Has en souriant.
- C’est lui qui a fait fondre le cube. Mais ce n’était pas intentionnel. Il a pratiqué un sort des Sombres Sorcières qui sert à récupérer de l’énergie pure à base de toute l’énergie naturelle qui nous entoure. Il n’avait pas pensé que cela irait jusqu’au monastère. C’est pourtant arrivé et le cube, qui contenait de l’énergie pure, a été particulièrement touché. Ladite énergie s’est échappée du monastère, alors que c’était elle qui maintenait le cube à l’état solide. C’est ainsi qu’il a fondu. - Madame, serait-ce trop de vous demander l’emplacement du logement de cet homme ? - Non. Il vit dans une sorte de cabane, assez grande cependant, qu’il a construite à flanc de montagne, juste en contrebas d’une falaise, vers l’Est de la forêt de Trôf. - Vous êtes trop bonne, madame. Et, puisque je ne peux vous dire au revoir, du moins puis-je vous faire mes auxelfes. - Certainement, jeune homme.
Et elle se leva. Has songea qu’il ne lui avait pas donné de récompense comme promis :
- Madame, ne partez pas. Voulez-vous votre récompense ? - Oui, je la veux bien. J’avais oublié.
Le jeune agent fouilla dans ses poches pour prendre sa bourse, mais elle l’interrompit d’un geste. Puis elle tendit sa joue vers lui. Il resta un instant immobile, se demandant s’il devait céder. Peu à peu l’envie subjugua le raisonnement et il déposa ses lèvres sur cette peau qui lui était offerte. Contact électrique. Il ne fit que l’effleurer, et cela donnait tout son intérêt au baiser. Ce n’était qu’un « bisou sur la joue », mais c’était plus fort que tout ce qu’il avait ressenti auparavant. Quant à la petite fée, impossible de savoir ce qui se passait en elle. C’était elle qui avait voulu qu’il l’embrasse, mais était-ce vraiment pour son propre plaisir ? Elle partit, et lui resta, songeur. Il déclara qu’il n’avait plus besoin de témoignage, et tous les employés repartirent, déçus de repartir sans la récompense tant espérée.
Has décida de prendre son repas avant de partir dans la forêt, il n’avait pas mangé depuis la veille au soir. Il commençait à connaître un peu les longs couloirs des bâtiments, et ne se perdit qu’une demi-douzaine de fois avant d’arriver à la salle à manger. La table de la belle Xuta était pleine de personnes qui tentaient vainement de le consoler après l’arrestation de Drihûo et madame Layxi n’était pas là ; il se trouva donc cette fois en compagnie d’inconnus, parmi lesquels il crut reconnaître certaines des personnes qui étaient venues pour témoigner. Le repas se déroula dans un silence pesant, personne n’osant prendre la parole. De toutes les façons, Has était sur son petit nuage ; il venait de rencontrer la petite fée, et de l’embrasser. Puis tous se séparèrent.
Le jeune agent alla en salle de conférences où se trouvait madame Layxi. Son bureau était entouré d’immenses piles de papiers, sans doute ceux qu’elle avait pris de son armoire, qui formaient de hautes murailles. Un sandwich douteux traînait au sommet d’une de ces piles, à moitié consommé. Lorsque Has entra, elle posa immédiatement son stylo, retourna la feuille qu’elle était en train de remplir, et se tourna vers lui.
- Vous avez trouvé quelque chose d’intéressant ? - Oui. Enfin disons plutôt que l’on m’a appris quelque chose d’intéressant. - Je suis honorée que l’un de mes employés ait pu vous être utile. - En fait, ce n’est pas l’un de vos envoyés. C’est… quelqu’un d’extérieur à la CRRCE, qui a été informé de l’appel à témoins et qui s’est présenté. - Ah bon. Et que vous a-t-il appris ? - Elle. C’était une femme.
« Et pas n’importe laquelle », pensa-t-il.
- Oui. Et ? - J’avais raison. Votre problème est directement lié à celui des moutons violets. Il se trouve qu’un magicien qui fait des expériences illégales s’est installé dans la forêt. C’est lui qui a produit les moutons ; c’est lui aussi qui a utilisé un sort des Sombres Sorcières pour pomper toute l’énergie qui se trouvait autour de lui et qui a ainsi récupéré une partie de l’énergie pure qui se trouvait dans le cube et qui permettait de le maintenir à l’état solide. - Vraiment ? Mais quelle était cette « personne extérieure », comme vous dites, pour savoir tant de choses ?
Has hésita. Il n’avait aucune vraie raison de le cacher, mais c’était si intime… Si beau… Pouvait-il dévoiler cette beauté à d’autres, sans qu’elle soit détruite ? Il prit finalement une décision :
- Une femme d’une trentaine d’années. Elle ne m’a pas dit son nom, mais elle avait l’air sûre d'elle. De toute façon, le seul moyen de vérifier la véracité de ces propos est d’aller sur place. - Sur place ? - Oui. Si vous avez la bonté de contacter immédiatement mes services, je pourrai procéder à une arrestation en règle du coupable avant la fin de la journée. - Eh bien… Euh… D’accord. Je les appelle immédiatement.
Elle sortit sa boule de cristal et dit :
- Koder Kruni, services secrets rodkrômaques.
Le visage d’une jeune femme magnifique apparut à la surface de la boule, et elle susurra quelques paroles. « Je ne connaissais pas encore cet aspect de nos services », se dit Has.
- Pourrais-je parler à monsieur Kruni, s’il vous plaît ? demandait madame Layxi. - … - Dites que c’est à propos de l’affaire du réseau de télécommunication de la CRRCE. - … - Je me permets d’insister. - … - Non, j’ai besoin de lui parler en personne. - … - Mais dites-lui que c’est moi qui appelle, et vous verrez qu’il voudra me parler. - … - Mademoiselle, je peux vous assurer que vous serez au chômage demain si vous ne faites pas ce que je dis. - … - Qui je suis ? Une amie intime de monsieur Kruni. Très intime, même. En général, il tient à le savoir lorsque j’appelle.
Un silence de quelques secondes s’ensuivit. Enfin :
- …
Madame Layxi sourit. Quelques secondes plus tard, elle parlait à Koder Kruni :
- Salut Koder. Je t’appelle à cause du jeune agent que tu as envoyé. - … - Oui, c’est ça. Il a trouvé la cause du problème. - … - Grâce à un témoignage. - … - Je ne sais pas. - … - C’est ça. Et il veut que tu lui envoies des renforts. - … - Parfait. Au revoir. - …
Et la conversation se coupa. Has, étonné, demanda :
- C’est vrai, ce que vous avez dit ? - Que j’étais une amie intime de monsieur Kruni ? - Oui. - Sachez que je n’ai pas l’habitude de mentir, monsieur Trâal.
« Et Xuta qui pensait que celle-là ne devait son avancement que grâce à son propre mérite », pensa le jeune homme. Mais il sut encore une fois taire ses sentiments et il ne fit que demander :
- Et, au fait, comment avez-vous fait pour vous servir de votre boule de cristal ? Cela fait plusieurs jours que la mienne ne fonctionne plus. - Eh bien…
Elle rougit puis avoua :
- Je me suis provisoirement abonnée à un réseau concurrent.
Has sourit. Puis il sortit. L’attente ne fut pas longue ; apparemment l’armée avait une caserne à proximité. Ses renforts étaient constitués d’une dizaine d’hommes.
- Colonel Vudrez, pour vous servir. - Agent Trâal, enchanté. - Qu’attendez-vous de nous ? - Je veux procéder à une arrestation. L’homme est seul et il n’est pas armé. Cependant c’est un magicien de haut niveau et il ne faut pas prendre de risques. - Bien. Un encerclement, peut-être ? - Non, je pense qu’il a prévu cela. Il a sûrement installé des systèmes de surveillance tout autour de chez lui. Quelque chose de plus rapide serait préférable. - Alors une attaque éclair. Un homme sert de diversion, pendant ce temps tous les autres surgissent et mettent le sujet hors d’état de nuire. - Mouais. Je ne suis pas convaincu. Allons prendre une tasse de thé pour discuter de tout cela, voulez-vous ? - Oui, d’accord.
Et les onze hommes se retrouvèrent autour d’une table. Bien vite les thés furent finis et l’on passa à la bihère, puis au ouiski. Un des hommes, qui fut plus vite sujet à l’ivresse que les autres, commença à délirer en chantant une chanson à la mode, dont seule la mélodie égalait les paroles en nullité :
- J’ai fait mu… mu… muse. Faire mumuse les Muses préfèrent faire joujooooou. Z’avez qu’à… qu’à… qu’à demander à Ulyyyyyyyysse. - Mais bien sûr ! s’écria Has.
Les soldats regardèrent le jeune homme, interloqués ; il ne semblait pas soûl, pourtant. Il s’expliqua :
- Ulysse. C’est la solution. C’est comme ça que nous allons arrêter cet homme sans prendre de risques. Sur l’île du cyclope, pour échapper à Polyphème, Ulysse s’attache sous un bélier. Nous allons faire la même chose. Cet homme a fabriqué des moutons. Et j’en ai un. Il suffira que l’un de vous s’accroche en dessous, et le mouton ira jusque chez son créateur. - Bonne idée, dit le colonel. Et qui allons-nous choisir pour cela ? - Il faudrait quelqu’un de pas trop grand, dit un des hommes.
Has mesurait un mètre soixante.
- Et pas trop gros, ajouta un autre.
Has avait la taille très fine.
- Peut-être que l’agent Trâal… suggéra un troisième. - Mais… Je ne suis pas un soldat, moi… protesta-t-il. - La réussite de votre mission est en jeu, argumenta le colonel. - Et puis, nous, nous ne pouvons pas le faire. Nous dépasserions de partout, déclara un homme de forte carrure qui n’avait fait que boire jusque-là. - Et c’est votre idée, insinua un autre. - Et puis on vous couvrira, assura un dernier. - Bon. C’est d’accord, finit par dire Has.
On commença immédiatement les préparatifs. Pendant que le jeune agent allait chercher le mouton dans sa chambre, les militaires versèrent un seau d’eau glacée sur la tête du malheureux qui avait trop bu, préparèrent leurs armes et vêtirent des tenues de camouflage. Puis Has s’attacha sous le ventre du mouton, qui avait accepté sa mission sans rechigner, et tout le monde partit en direction de la forêt. Ils n’eurent pas de mal à trouver l’endroit indiqué par la petite fée, et s’immobilisèrent à une centaine de mètres de la cabane.
- Des libelespions, regardez, chuchota un des hommes.
Les libelespions sont de petits êtres constitués d’un œil, un œil de lynx le plus souvent, qui est agrémenté d’ailes de libellules, permettant d’espionner discrètement et efficacement. En quelques secondes, les hommes eurent transpercé de flèches ceux qui les regardaient de trop près.
- C’est à vous de jouer, maintenant, dit le colonel Vudrez. - Oui, je vais faire de mon mieux, répondit le mouton.
Et il se dirigea nonchalamment vers l’habitation. De nombreux libelespions vinrent l’entourer. Heureusement pour Has, ils se plaçaient la plupart du temps à une hauteur assez élevée. Enfin l’homme, qui avait sans doute reconnu sa création sur les images transmises par ses petites créatures, sortit. Puis il se dirigea vers son mouton. C’était le moment d’agir. Has jaillit et pointa vers la gorge de l’homme un poignard mortel que lui avaient fourni les militaires, puis dit :
- Au nom de la loi et du roi, je vous arr…
Il commençait à s’enfoncer dans le sol. Il regarda l’homme ; celui-ci faisait d’étranges gestes avec ses mains. Puis il ouvrit la bouche et dit d’une voix grave :
- Ô elfe de la terre, enfouis en tes entrailles ceux qui me veulent du mal.
Et Has s’enfonça de cinquante centimètres supplémentaires. Il avait de la terre jusqu’à hauteur d’épaules. Dans son affolement, il laissa tomber le poignard. L’homme le saisit et menaça Has avec. Puis il cria :
- Hé ho ! Ses alliés ! Vous pouvez vous montrer ! J’ai un otage, inutile de tenter un coup bas, il mourrait.
Ledit otage trouvait que ce nom ne lui allait pas bien. Il préférait « agent ». Même « homme » lui aurait convenu. Mais « otage », vraiment, il n’aimait pas ça. Il comprit qu’il était à la merci d’un homme qui s’avérait peu à peu être un savant fou. Cependant les soldats qui l’avaient accompagné ne se montrèrent pas. Ils préférèrent tirer une salve de flèches de sable sur le magicien. Les flèches de sable contiennent du sable endormant, donné aux hommes par l’elfe appelé couramment « Marchand de sable ». Celui-ci ne put rien faire et tomba au sol, raide comme une souche. Has s’empressa de se dégager et de récupérer le poignard, précaution inutile puisque le magicien était endormi pour plusieurs heures.
- Dommage que ça se soit terminé comme ça, soupira le colonel. En plus, avec tout le sable qu’il s’est pris, à son âge, il risque d’avoir des complications. - Oui. Apparemment mon idée n’était pas bonne. Et puis je n’aurais pas dû paniquer quand j’ai commencé à m’enfoncer. Je suis désolé. - Ce n’est pas grave. On s’en est sorti, finalement, hein ?
Ensuite tout se passa machinalement. L’hippogriffe ambulancier vint chercher le corps. Un docteur le regarda, demanda quelle dose de sable il avait reçu, puis il dit que si tout se passait bien l’homme se réveillerait sans séquelles. Ensuite tout le monde rentra au monastère. Les militaires quittèrent Has, et lui dirent qu’il avait fait exactement ce qu’il fallait, que de toute façon tout s’était bien fini. Un rendez-vous avec madame Layxi suivit. Elle le félicita et le remercia. Puis elle lui demanda :
- Mais, dites-moi, comment pouvons-nous maintenant compenser les dégâts ? Pensez-vous que nous pourrions augmenter la taille du cube ? - Vous n’avez qu’à demander à l’elfe de la télécommunication de vous redonner de son urine. - Mais notre contrat était unique. Il n’acceptera pas de recommencer. - Oh ! Eh bien alors payez une jeune femme pour le séduire. Je suis sûr qu’il ne résistera pas. Et ensuite vous le ferez à nouveau chanter. À moins que vous préfériez le faire vous-même. Néanmoins je crains qu’il soit surtout sensible aux attraits physiques des humaines et que les vôtres vous ont plus ou moins quitté avec le temps.
Has avait gardé le sourire en prononçant ces mots, tout en sachant pertinemment que chacun d’eux était un coup de poignard dans le cœur de son interlocutrice. Cette dernière tenta ensuite de détourner le sujet et abrégea au maximum leur entretien. Le soir-même, le jeune homme apprit qu’un nouveau cube serait bientôt fait à base de l’urine de l’elfe de la télécommunication.
Le lendemain l’hôpital qui avait pris en charge le magicien le contacta pour lui annoncer que le magicien s’était réveillé, qu’il allait très bien, et qu’il avait été placé dans une chambre à radiations anti-sorts. Has décida de lui rendre visite et alla donc à l’hôpital. On le conduisit à travers des couloirs sales et glauques, bien dignes d’un hôpital rodkrômaque. Enfin il arriva à la chambre du magicien :
- Bonjour. - Ah, c’est vous, répondit l’homme. Je vous attendais. - Ah bon ? Pourquoi ? - Eh bien, je trouve que vous avez été fantastique quand vous êtes venus. Votre plan, il était très astucieux ; je m’attendais à tout sauf à ça. - Oui, mais ça n’empêche pas que vous ayez retourné la situation. - Oh, je savais bien que si vous aviez des renforts, je n’avais aucune chance. Mais j’ai essayé quand même, au cas où. - Vous m’avez une belle peur, en tout cas.
Le vieil homme sourit. Has reprit :
- Bon, passons à des choses plus… professionnelles. - D’accord. Un interrogatoire, j’imagine ? - Exactement. Tout d’abord, comment vous appelez-vous ? - Hay Tekk. - Bon. Et quelles étaient ces expériences que vous faisiez ? - J’essayais de créer un animal intelligent. En fait, il ne devait pas précisément ressembler au mouton violet que vous avez vu. - À quoi devait-il ressembler alors ? - Plutôt à une poule géante, répondit Hay en souriant. - Bon. Et comment se fait-il que les œufs aient atterri dans la forêt de Trôf ? C’est là que vous pratiquiez votre magie ? - Non, pas du tout. J’ai moi-même été très étonné par cela. Normalement, l’œuf devait apparaître chez moi, dans ma maison. Mais c’est l’énergie du cube, que j’ai captée sans le vouloir, qui l’a projeté si loin. Et moi, comme je ne lis pas les journaux et que je n’ai pas rencontré de mouton, j’ai cru tout simplement ça n’avait pas marché. Alors j’ai recommencé, et c’est ainsi qu’il y a maintenant trois moutons violets. - Je comprends. Écoutez, il se fait tard et il faut que je rentre au monastère. Au revoir, et merci de m’avoir répondu. J’espère que la justice sera clémente avec vous, ajouta-t-il dans un élan plein de bonne conscience. - Au revoir, répondit Hay.
Has se leva et allait sortir lorsqu’il se souvint de quelque chose :
- Ah, une dernière chose. Lorsque j’ai rencontré votre mouton, il a commencé par me parler dans plusieurs registres de langues. Il en changeait à chaque phrase.
Hay Tekk réflachit un instant puis dit :
- Je suppose que c’est à cause de l’acide d’adaptation à l’environnement. Il a testé les différentes formes de langages que je lui avais inculquées afin de décider laquelle serait la plus adaptée à sa situation.
Sur quoi l’agent secret sortit et rentra au monastère. Puis vint l’heure du retour. Le seul être auquel il souhaitait vraiment dire au revoir était le mouton. Celui-ci était retourné vivre dans la forêt ; Has alla le trouver et lui dit :
- Je vais rentrer chez moi. J’habite à Zigrobuk. - C’est vrai ? J’en suis affligé, Has. Je peux vous appeler par votre prénom ? - Oui, bien sûr. Tu peux même me tutoyer, si tu veux. - D’accord. Il est un peu tard pour me donner cette permission, puisque c’est la dernière fois que nous parlons ensemble. - Oh non. Justement, je t’ai acheté un cadeau. Pour qu’on puisse rester en contact. - C’est vrai ? Je peux voir ?
Has sortit un carton d’un sac qu’il tenait à la main. Dessus était écrit en fines lettres violettes : « Boule de cristal Sfera - Le nec plus ultra de la technologie magique ».
- Oh ! s’écria le mouton. Mon créateur savait s’en servir. C’est très gentil. Je t’appellerai, Has, c’est promis. - Alors au revoir. - Au revoir.
Sur quoi ils se quittèrent, et le jeune homme prit le chemin du dragonoport.
***
Il était arrivé. Il n’y croyait pas. Il avait appelé Zendri pour lui dire qu’il serait chez elle une heure plus tard. L’idée des retrouvailles l’emplissait de bonheur. Soudain sa boule de cristal vibra.
- Has Trâal j’écoute. - Ici les services secrets rodkrômaques. Vous êtes attendus au siège de nos services dans une heure. - Quoi ? Comment ?
La boule de cristal se ternit ; la conversation était finie. « Ça, Zendri risque de ne pas me le pardonner », se dit-il. Mais il ne pouvait rien faire d’autre qu’obéir et il prit un taxippogriffe pour se rendre à son rendez-vous. Une fois arrivé, il n’attendit pas. On le fit entrer dans un bureau. Lorsqu’il reconnut la personne qui l’attendait, il n’en revint pas. Il tenta tout de même de se contenir et salua avec politesse :
- Enchanté de vous retrouver, madame Bilvinar. - Je vous en prie, Has, vous pouvez m’appeler Xuta. - Bien. Alors, pourquoi m’avez-vous appelé ? - Pour vous annoncer la bonne nouvelle, Has. En effet, j’ai la joie aujourd’hui de vous déclarer que vous êtes recruté dans les services secrets rodkrômaques. - C’est très gentil à vous, Xuta, mais je fais déjà partie des services depuis presque une semaine déjà. - Non, Has. C’est ce que l’on vous a fait croire pour que vous donniez le meilleur de vous-même. Mais vous n’étiez qu’en période de tests. - De tests ? Mais… - Vous ne vous êtes pas demandé pourquoi vous n’aviez pas suivi de formation ? - Non. En fait… - Bien sûr vous étiez surveillé en permanence. - Surveillé ? Mais par qui ? - Par moi, Has. Mais je n’ai pas eu besoin d’intervenir. Vous vous êtes très bien débrouillé. - Vous ? Et alors… votre travail d’interprète ? et Drihûo ? - Mon travail était bien réel. La CRRCE m’avait engagé il y a deux semaines comme interprète ; tout avait été prévu. - Deux semaines ? Mais vous m’aviez dit que… - Oui. En fait, j’ai été prise au dépourvu. Je n’avais pas pensé que vous viendriez à ma table. J’ai hésité, puis j’ai pensé qu’une intérimaire qui ne travaillait là que depuis deux semaines aurait risqué d’attirer sur elle vos soupçons. Alors j’ai menti. - Bon. Et Drihûo ? Lui ne travaillait pas pour nos services ?
Xuta fit un pâle sourire.
- Non. Nous étions… pour de vrai ensemble. - Ah. Je suis désolé. Vous savez, Xuta, c’était un type bien malgré ce qu’il a fait. C’était pour son frère. - Son frère ? Oui, je savais qu’il avait des problèmes. Mais il ne m’avait pas raconté les détails ; il n’aimait pas parler de ça. - Je le comprends. - Mais nous sommes ici dans le cadre de notre travail. Parlons plutôt de votre formation. - Ma formation ? - Oui, celle que vous allez devoir suivre pour pouvoir de venir un « vrai » agent secret. - Ah, d’accord. Et elle commence quand, cette formation ?
Xuta jeta un coup d’œil à sa montre.
- Dans… une demi-heure.
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