Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Réflexions/Dissertations
Ululo : Marche, pensées et rêve
 Publié le 30/10/08  -  10 commentaires  -  7166 caractères  -  30 lectures    Autres textes du même auteur

Tout est dans le titre ; ou plutôt non, tout est en vous, le troisième élément de la beauté.


Marche, pensées et rêve


Je marche. Un pas après l’autre, en un enchaînement machinal du geste qui, ô gloire de l’évolution de notre espèce, m’a été offert et que j’ai perdu, devant le rapprendre plus tard.

Il fait déjà nuit, mais pas noir ; l’air brille encore de la lumière pâle des étincelles en suspension oubliées par le soleil qui a quitté l’horizon.


Je ne marche pas pour marcher ; c’est un luxe que seuls les plus pauvres ont à subir ; non, je marche vers un but. Ce but n’est peut-être lui-même, d’ailleurs, qu’un moyen pour arriver à une fin, que je redoute mais vers laquelle tout m’oblige à me diriger.

Je suis sur un trottoir gris ; les trottoirs gris sont rares, la plupart sont rouges, mais j’emprunte celui-ci souvent, et je puis vous assurer qu’il est gris.

Il y a une route à ma droite et un parc à ma gauche. Le parc est fermé à cette heure ; la route, elle, est bordée d’une rangée de voitures de chaque côté, et quelques véhicules passent aussi au milieu.

De l’autre côté de la route, il y a un autre trottoir. Il fait trop sombre et je suis trop loin pour savoir s’il est gris ou rouge. Peut-être bien rouge. Je ne passe jamais de ce côté-là, je préfère côtoyer le parc.


J’évite une déjection canine de justesse. Les chiens ne sont pas un cadeau pour la société. J’ai une amie qui en est folle ; j’ai longtemps été jaloux de sa chienne, puis j’ai compris. Compris que toute cette affection sur un animal était bien triste.

Alors j’ai décidé d’aimer. D’aimer la chienne ou d’aimer mon amie, je ne sais plus. Enfin peu importe, la déjection est derrière moi maintenant.

Les phares d’une voiture me brûlent le dos. Je me retourne à moitié, et croque à pleines dents dans le bruit automobile qui croît jusqu’à arriver à moi, puis me quitte dans un decrescendo savoureux. L’instant où elle est passée à mon niveau, j’ai ressenti une vibration étrange, atome exprimant éphémèrement l’apogée de l’absurde.


Soudain me prend l’envie faible et poussive de penser, pour que le bourdonnement de mon esprit couvre le silence, silence méprisé par les Hommes et par moi. Il me serait facile de résister à cette pulsion, et je ne tirerais donc aucune gloire à le faire ; ainsi je cède à mon envie. Comme je ne peux pas faire deux choses en même temps, je m’arrête de marcher et je m’assois sur le rebord derrière moi, qui soutient la grille me séparant du parc.


Je peux maintenant penser. Ce n’est pas difficile, je n’ai qu’à penser à ce que je vois. Le reflet du lampadaire dans la petite flaque d’eau qui doit dater de la pluie de ce matin, par exemple. Cette beauté timide n’est due qu’au miroir qui ne s’est pas encore évaporé. Rien n’est laissé au hasard, jamais rien n’est beau intrinsèquement ; il y a toujours une combinaison entre l’objet lui-même — abstrait ou concret, réel ou virtuel — ici l’eau, son contexte, ici le lampadaire, et la perception qu’on en a, ici visuelle. La lumière du réverbère elle-même est trop brute et crue pour que je l’apprécie ; pas assez raffinée et pas assez naïve. Et puis, l’éclairage public est artificiel, trop artificiel pour avoir le charme faussement rustique que j’aime.


Mes yeux se posent maintenant, légers, sur l’arbre à qui le trottoir, certainement aidé par quelques agents municipaux, a laissé une petite place pour grandir. Je suis à une dizaine de mètres de lui, juste assez pour confirmer mon souvenir, qui m’assure que c’est un marronnier. Il pourrait être agréable à regarder ; oui, s’il était entouré d’une nature chaleureuse. Là, dans le ciment et agressé par la pollution, essayant péniblement de glisser une de ses branches à travers la grille pour pénétrer dans le havre d’hypocrisie verte du parc, il fait plus pitié qu’autre chose.


Ses feuilles, ou du moins la bouillie de ce qui autrefois furent ses feuilles, jonchent le sol à ses pieds. À peine mortes, elles ont tourbillonné avec grâce, ignorées par les passants pressés, et sont tombées au sol, sur leurs sœurs, elles aussi victimes de l’automne. Les pieds — équipés, pour n’être pas souillés par des baskets ou des mocassins — les ont foulées et écrasées, aplaties et enlaidies. Et la pluie, au matin, est venue changer ce pitoyable tas en une pitoyable purée.


Je regarde maintenant l’ombre d’une voiture qui se projette sur le trottoir gris. C’est une Opel, il me semble. Ou peut-être une Peugeot. Je n’ai jamais été doué pour reconnaître les marques des voitures. Ses formes arrondies, aux contours modernes mais qui n’oseraient certainement pas pousser jusqu’à l’originalité, sont déformées par les rayons jaunes du lampadaire qui, s’étant heurté à elle à pleine vitesse, se vengent en lui dessinant une ombre chimérique. Le noir de l’ombre posé sur le gris du trottoir semble raconter une histoire sans personnages, juste un instantané d’une société, peut-être un peu trop sombre. Ça n’est pas beau, mais ça a un parfum de poésie que j’aime bien. Du vert acide de la voiture il ne reste presque rien, la nudité de la lumière du lampadaire et le rien infini de la nuit se le sont partagé.


Je considère maintenant le trottoir lui-même. Les grains de feu qui s’étaient oubliés dans la nuit ont maintenant rejoint le soleil ; ainsi le trottoir n’est plus vraiment gris, plutôt d’un noir hésitant. Ce noir est parcouru de fissures, des traînées au parcours impossible, au fond desquelles mon imagination crée des abysses. Ces fissures sont particulièrement laides. Elles sont les veines du ciment qui ressortent avec le temps, pour qu’on ne les oublie pas, pour qu’on se souvienne. Qu’on se souvienne du mal qui finira toujours par ressortir, même si on l’enterre dans du gris, même si on lui accorde le droit d’exister comme un doute dans nos âmes.


Ça suffit. Je ne veux plus penser. Je me relève, et je reprends mon chemin. Je ne regarde plus rien. Il faut juste que je marche, que j’atteigne le but qui n’est qu’un moyen pour arriver à la fin qui fait espérer et haïr.


Mais déjà une autre envie me prend. Elle est plus forte, elle m’envahit comme la vague qui caresse la plage, elle me détruit comme le démon à qui on a fait croire que les anges existent, elle se fait désirer comme l’éclair de peau au loin qui ne dévoile que ses attraits. Ce serait un défi de résister. Je pourrais m’en glorifier si je la repoussais. Il m’est impossible de mépriser la braise qui m’éblouit d’un battement de cil ; ainsi j’écoute mon envie. C’est une envie de rêver.


Je m’arrête à nouveau, mais reste debout cette fois : on n’a jamais vu quelqu’un faire de rêve convaincant assis. Et je commence à rêver.

Je rêve d’un jour lointain, un jour qui est le lendemain de chaque jour que je vis, un jour qu’on ne comprendra que la veille de l’apocalypse. Ce jour-là, personne ne parlera. Oui, ce jour-là, l’Humanité se taira. Ce jour-là, il nous poussera des ailes et nous pourrons suivre dans leur fuite vers l’éternité le frottement de nos plumes et les chants de liberté des nuages, des étoiles et des océans unis en un silence qui ne sera plus prisonnier de ceux qui veulent le combler. Ce jour-là le silence criera et chantera l’aventure d’un autre monde, avec l’émotion de celui qui n’a jamais encore parlé.


©Ulysse Lojkine


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   xuanvincent   
30/10/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Les réflexions du promeneur solitaire ?

Ce parcours du narrateur, attentif à tout ce qui l'entoure, jusqu'aux détails le plus banal, m'a intéressée.

J'ai apprécié la fin, l'ouverture du récit vers le rêve, l'espoir d'un monde meilleur ?.

"on n’a jamais vu quelqu’un faire de rêve convaincant assis." : ah ?

   victhis0   
30/10/2008
 a trouvé ce texte 
Faible
??? pas certain d'avoir bien compris le sens de ses phrases qui parlent de rien, esquissent des directions qui n'en sont pas (toujours pas compris les principes de l'objectif et du but). C'est un peu poétique mais j'y ai trouvé des formulations surranées sans le vouloir (le douteux "je puis vous assurer"). En fait, à la relecture, çà m'a paru assez prétentieux mais trop dénué de sens pour que je puisse m'y intéresser davantage : je vais donc laisser Ulysse à sa promenade à laquelle je n'entends pas grand chose et lui laisse son copyright, sans remords.

   colette   
30/10/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien
Dès la première lecture j'ai accroché à ton texte. Il n'y a pas d'histoire, certes, mais il s'y passe plein de choses : les pensées, les observations. Des choses assez communes mais c'est ce qui constitue 90% de notre existence.
Tu as très bien rendu l'état d'esprit du narrateur et tu as su le garder jusqu'au bout. Pas si simple.
J'ai aimé des phrase comme "Les phares d’une voiture me brûlent le dos." "pour que le bourdonnement de mon esprit couvre le silence, ..."
Il y a des idées que j'aime assez. Je relève celle-ci à laquelle j'adhère, bien que la phrase ne soit pas tout à fait correcte je pense.
"Rien n’est laissé au hasard, jamais rien n’est beau intrinsèquement ; il y a toujours une combinaison entre l’objet lui-même — abstrait ou concret, réel ou virtuel — ici l’eau, son contexte, ici le lampadaire, et la perception qu’on en a, ici visuelle"
"une combinaison entre l’objet lui-même " il manque "et son environnement (?) " avant la suite de la phrase.

   widjet   
26/12/2008
 a trouvé ce texte 
Faible
Réaction à chaud, comme toujours....

Il est évident et même réconfortant de voir combien Ululo a prit confiance. Depuis quelques temps, son aisance artistique (que ce soit en nouvelles ou en poésie) est bien réelle et son dernier opus Autoportrait plutôt intéressant confirmait ces progrès et cette volonté de prendre un tournant plus audacieux.

Le "hic" pour moi - et je le sens particulièrement dans ce texte - est que l'auteur s'est peut-être laissé grisé par cette confiance. Il en résulte (toujours dans ce texte), un désordre, un éparpillement confus et parfois pénible à lire.

On a surtout l'impression que l'auteur n'a écrit QUE pour lui, s'enfermant ainsi dans sa coquille et refusant l'accès à son lectorat. Je ne pense pas que cette démarche soit volontaire.

Je n'ai rien contre une certaine forme de bordel mais ici ce n'est même pas ça. C'est même trop tiéde, trop timoré. A la limite j'aurai nettement préféré une frénésie totale dans l'écriture et une explosion cérébrale, un truc qui part dans tous les sens (comme Mayhem je crois, un super texte de Cosmine si je me souviens bien).

Mais dans Marche, pensées et rêve (titre pas très accrocheur je dois admettre...ne jamais négliger les titres, pour ma part cela joue pas mal sur mon envie de lire ou pas un texte) c'est juste embrouillé, désordonné, sans véritable lien, et surtout (désolé Ululo) sans grand intêret.

Alors bien sûr, tout ce qui attrait aux pensées n'est jamais "carré" et plein de rigueur. C'est souvens confus je le conçois....Le cerveau est un organe si créatif que lorsqu'il s'emballe, il peut accoucher de pensées pour le moins nébuleuses.

Mais ici cette confusion ne semble pas volontaire et encore une fois elle n'interpelle pas, elle ne me fait pas me questionner, elle ne renvoie pas de reflet qui m'inviterait à m'interroger. En un mot comme en cent, ça ne m'a stimulé ni le coeur ni l'esprit.

Bref je ne suis pas un pro des textes dits métaphysiques mais je sais que cela requiert malgré tout je pense une habileté littéraire et une rigueur que l'auteur (toujours d'après moi, hein) ne maîtrise pas encore.

A cela s'ajoute une écriture trop lache, débridée (mais dans le sens "non maîtrisée" du terme) avec des répétitions ("trottoir") et des rappels aussi insistants que dispensables.

J'ai fini la lecture de ce texte pourtant court, presque épuisé.

Désolé si je ne suis pas très clair dans mes explications...
Widjet

   belaid63   
30/10/2008
difficile de comprendre quoi que ce soit, alors je m'abstiendrais de noter

   marogne   
30/10/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen -
l'exercice me parait intéressant, enfin si je l'ai compris. Pour moi c'est un peu comme ça que je vois les pensées du marcheur dans la ville, décousues, opportunistes, dérivant parfois vers la réflexion, mais s'interrompant pour sauter à autre chose. il est sans doute dommage que le style ne suive pas, n'arrive pas à supporter cet élan.

J'ai trouvé la fin vraiment trop "politiquement correcte", fleur bleue, etc.... peut être un peu passé de mode?

J'ai été un peu géné aussi par des réflexions faussement profondes mais assénées comme des vérités auxquelles on croiraient:

* c’est un luxe que seuls les plus pauvres ont à subir
* jamais rien n’est beau intrinsèquement ;
* le but qui n’est qu’un moyen pour arriver à la fin
* ...


et quelques "montages" que j'ai trouvé pédant ou "précieux":
* atome exprimant éphémèrement l’apogée de l’absurde.
* l’envie faible et poussive de penser
* havre d’hypocrisie verte du parc
* Les grains de feu qui s’étaient oubliés
* braise qui m’éblouit d’un battement de cil
* ...

   Kaos   
13/11/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Un excellent texte introspectif!

J'aime ces ballades où les gens prennent le temps de s'arrêter sur des détails insignifiants pour les autres. C'est photographique, pas l'écriture non, qui est du Ululo, c'est à dire quelque chose de travaillé, mais c'est une photographie à la Doisneau d'instants.

Et ces instants renvoient à d'autres (j'aime la dérive autour de la déjection et de l'amour de son prochain).

Vraiment, un très bon texte, avec ce style inimitable Made in Ululo!

   Nobello   
24/12/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen -
C'est difficile, de commenter ce texte. Parce que je ne voudrais pas, en exprimant une appréciation "moyenne basse", décourager un auteur chez lequel je sens ce petit quelque chose qui fait une personnalité, ce que certains appellent "une plume". Mais il me semble qu'il reste beaucoup de ménage à faire, relativement à certaines formes employées, désuètes ou maladroites et dont l'absence ne manquerait pas. Je trouve aussi que cette nouvelle manque de structure, d'un "squelette" qui justifie autre chose que l'écoute -trop détachée, à mon goût- des errements d'âme du narrateur... même si j'ai conscience de ce qu'il peut s'agir d'un parti pris.
Je crois que cette nouvelle, déjà courte, aurait gagné à se dépouiller encore.

   Anonyme   
26/12/2008
 a trouvé ce texte 
Faible +
Oh Ululo, ça faisait longtemps que je ne m'étais plus arretée pour lire l'un de tes textes dans le cadre strictement onirien.
Et oh! Mauvaise surprise... je me rends compte que ton style a énormément changé. Je vois un net progrès dans la façon dont les phrases sont construites, dans le sens de l'histoire qui est bien maintenu... et voilà, moi j'ai un peu de mal avec le gargarisme. Et je trouve que ce texte est un bel exemple de gargarisme bien de chez nous.
Belles tournures, vocabulaire varié, métaphores, discipline dans le rythme... et puis le maintenant qui revient en veux-tu en voilà comme pour nous faire prendre conscience d'un retour à la réalité.
L'homme qui marche, pense et rêve... oui.
OK.
Why not?
Mais moi ça ne me chamboule pas les trucs qui ne racontent trop rien... l'art contemplatif c'est pas ma tasse de thé.
Tu sais que c'est objectif, je sais que tu ne me tiendras pas rigueur de la note.

   Nongag   
18/2/2009
 a trouvé ce texte 
Faible
Confus, ennuyeux.

Mais de quoi ça parle ce texte?? Je ne vois qu'une série de remarques anecdotiques, épisodiques d'un homme déambulant dans la ville... Il se parle à lui-même, mais à nous? En tout cas pas à moi...

L'écriture est inégale mais à de bons moments.

 

Oniris Copyright © 2007-2010 | Oniris est une propriété de l'association « Oniris - AILA »  | Support Xoops  | Thème inspiré de 7dana.com |  référencement