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Réalisme/Historique
Ululo : Scène de trottoir
 Publié le 13/09/08  -  11 commentaires  -  9032 caractères  -  13 lectures    Autres textes du même auteur

Sur un trottoir, devant un collège, une scène est vue par différentes personnes.


Scène de trottoir


La grand-mère


Je marche lentement, mais sûrement. Un pied après l’autre. Je pose ma canne au sol toutes les trois secondes environ : je la garde par terre pendant deux secondes, puis je la soulève pour la reposer six centimètres plus loin une seconde plus tard. Dans ma vie, voyez-vous, il n’y a pas d’imprévus. C’est que j’en ai déjà vécu bien assez, des imprévus. Aujourd’hui je me repose. Et je fais attention à moi. Par exemple, je suis à douze mètres et treize centimètres d’un groupe de jeunes, et ça ne m’inspire rien de bon. Enfin, vous voyez ce que je veux dire… Je ne me suis jamais fait agresser, mais ça ne veut pas dire que ça ne m’arrivera jamais. Je ralentis le pas, à une cadence d’un centimètre par seconde, comme ça je suis sûre de ne jamais arriver à la hauteur de cette bande de voyous. On ne peut pas dire non plus que ma vie soit millimétrée. Plutôt… centimétrée.


Un garçon me dépasse. Il doit avoir une quinzaine d’années. Il porte un jean, un t-shirt, et des baskets. Ça ne me surprend plus, mais ça me dégoûte toujours. C’est son temps, me direz-vous. Moi je pense que le « temps » n’excuse pas la laideur. Le t-shirt, à la limite, ne m’aurait pas choqué s’il n’y avait pas eu cette inscription dessus : « Je fous rien et j’en suis fier ». Quelle vulgarité, vraiment. Et dire que la principale du collège va le laisser entrer avec ça sur le dos.


Son pantalon, ou plutôt son « jean », me fait horreur. Il est extrêmement large, et est descendu jusqu’à son… oui, jusqu’à son cul, vous m’excuserez de la grossièreté. On voit son caleçon dans sa quasi-totalité, avec ça. Et croyez-vous que ce n’est qu’un accident, et qu’il en aurait honte si on le lui faisait remarquer ? Non, mon petit-fils me l’a bien expliqué, et je sais que ce jeune homme a délibérément exposé son postérieur à la vue de tous les passants. Quant à ses chaussures, je ne vous dis pas. Deux énormes mastodontes sales qui peut-être autrefois furent blancs et avec lesquels il est impossible de faire autre chose que de traîner pitoyablement les pieds.


Mon attention se reporte sur une jeune fille qui traverse la rue, à six mètres et cinquante-sept centimètres de moi. Une vraie beauté. De magnifiques cheveux d’un noir de jais descendent en cascade autour de son visage aux traits parfaits au milieu duquel brillent deux splendides yeux aux teintes bleues et grises, comme dirait le poète. Je crois que si j’étais un garçon de son âge, je tomberais follement amoureux d’elle. Cependant, soupçonneuse, je descends mon regard de dix-neuf centimètres. Et là, horreur ! je découvre ses seins. Si, je vous assure, cette garce montre bien une bonne moitié de sa poitrine à qui veut la voir. Des décolletés pareils devraient être interdits, ils donnent à ceux qui les portent des allures de prostituées.


La rivale


C’est une vraie pute, oui. Qu’est-ce qu’elle a fait pour le mériter, hein ? Elle a un gros cul et des seins de ouf, et après ? Elle ne l’aime même pas, j’en suis sûr. Pauvre mec, il s’est fait avoir. C’est trop pas juste. Moi je l’aimais, et il m’aurait aimée aussi si elle ne l’avait pas dragué comme une bouffonne. La voilà, justement, qui traverse la route. Putain, ce que j’aimerais qu’elle se fasse écraser. Ce serait bien fait pour sa belle gueule. Et dire qu’on a été amies… Elle m’a trahie cette connasse. Moi j’étais gentille avec elle, en mode normal tu vois. Elle a grave profité de la situation, elle a trop cru qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait avec moi. Moi je me suis pas laissée faire. Je lui ai dit la vérité en face, que c’était qu’une pute, et je lui ai plus parlé. Vous savez ce qu’elle a fait ? Elle est allée voir toutes les meufs de la classe, et même les mecs, et elle a commencé à leur balancer des trucs sur moi. Je lui avais dit qui je trouvais beau gosse dans la classe, elle a tout répété. Je lui avais dit quelles filles me soûlaient, elle a répété ça aussi. Elle s’approche de lui. Oh non, il se retourne. T’as vu comme il lui sourit ? Un vrai con. Elle l’a changé, il était pas comme ça avant. Elle me l’a volé. Une vraie conne. Il s’arrête et il la regarde. « Putain, pourquoi tu la regardes elle et pas moi ? », que j’aurais envie de lui dire. Oh non ! Me dis pas qu’ils vont se smacker. Pas devant moi. Mais bon, je regarde quand même. Il est vraiment baba d’elle, alors qu’ils sortent ensemble que depuis avant-hier.


Le mec


J'avance lentement, je suis un peu fatigué. J’ai pas bien dormi cette nuit. C’est que je suis resté connecté sur MSN jusqu’à une heure du matin. On avait carrément des tonnes de choses à se dire, avec elle.


Ça fait à peine trois mois qu’on se connaît et deux jours qu’on sort ensemble, et je suis déjà carrément fou d’elle. Oui, je sais, je dis souvent carrément ; mais c’est carrément normal, tout le monde a des tics de langage comme ça.


Enfin bon, c’est carrément super ce qui se passe avec elle. Moi, les histoires d’amour, avant, je n’y croyais pas trop. Enfin je m’imaginais vaguement un avenir lointain avec une femme et des enfants, mais les trucs du genre sortir avec une fille, c’était même pas en rêve. L'amour aussi, c’était carrément hors de portée. Tout ça, c’était avant la rentrée. La rentrée de cette année.


C’était une rentrée normale, rentrée en troisième. Tout le monde était un peu énervé, parce que les cours allaient recommencer, et un peu content, parce qu’on retrouvait les potes. Et puis je l’ai vue ; ça a été carrément un choc. Bon, au début c’était pas des sentiments. C’était hormonal… Enfin vous voyez ce que je veux dire, j’ai bandé direct, quoi. Après chaque jour, ça devenait plus fort. Je crois que j’ai compris que je l’aimais une semaine après.


J’osais rien lui dire. Une fille comme ça, carrément canon, je me disais que c’était pas pour moi. Finalement, c’est elle qui m'a demandé de sortir avec moi. C’était avant-hier, samedi. Elle m’a appelé sur mon portable. Au téléphone, c’est carrément plus simple. Elle a fait ça normalement, mais j’étais très excité. Au début, j’ai presque cru que c’était un rêve.


Tiens, il y a quelqu’un qui marche, derrière moi. Je me retourne. Oh ! C’est elle. Elle est vraiment belle. On dirait que ses cheveux sont vivants ; ils bougent autour de sa tête, comme s’ils étaient les gardiens de son visage. Faut dire que ça serait pas inutile, des gardiens, parce qu’il est tellement beau qu’on a bien envie de le voler, son visage. Elle a carrément une poitrine superbe. Ça fait bizarre de pouvoir la mater, comme ça, ouvertement. Avant, je devais me dissimuler. Maintenant, c’est comme si elle était à moi, cette fille. Je pourrais même lui tripoter les seins, si je voulais. Je souris à cette idée. Elle sourit aussi. Je trouve que ça la rend carrément plus belle. Tellement belle et tellement sexy que ça me donne envie de l’embrasser. Oh oui, j’ai carrément envie de l’embrasser. Aucun de nous ne dit un mot. Elle continue à avancer, en se déhanchant à chaque pas pour mettre en avant ses formes de déesse.


Je m’avance vers elle. Enfin nous sommes l’un à côté de l’autre. Je pose mes mains sur ses hanches. C’est carrément euphorisant, c’est comme si je prenais possession de son corps. Je l’attire contre moi. Nous ne sommes plus qu’un, fusion étrange et harmonieuse. C’est carrément extraordinaire, je sens toute la vie bouillante contenue en elle qui vient se répandre sur moi. L’érection se déclenche sans que je m’en rende compte, mon cerveau est carrément débordé. De ma bouche, je cherche la sienne. Je la trouve, elle ne résiste pas. C’est la deuxième fois de ma vie que j’embrasse une fille. La première fois, c’était hier, quand j’étais au cinéma avec elle. Ma langue, puissante, se jette dans la gueule de la louve.


La beauté


Ma langue rejoint la sienne. Mon visage contre le sien, ou plutôt son visage contre le mien. Il est déjà accroc à moi, il me serre contre lui de toutes ses forces. Peut-être que c’est parce que je me suis habillée sexy aujourd’hui.


J’aime plaire, ça me donne l’impression d’avoir du pouvoir. Quand je vois des garçons regarder mon cul en bavant, je sais que je suis toute-puissante sur eux. C’est jouissif.


Il me serre encore plus fort. Je commence à transpirer. Il va falloir que ça s’arrête vite, sinon je vais puer la sueur toute la journée. Je frotte un peu mes seins contre lui, histoire d’accélérer le tout.


En décalant légèrement la tête, j’arrive à voir son visage. Il est fou de moi, ça se voit au premier coup d’œil. Un beau gosse à part ça, bon choix.


Bon, ça y est, il termine. Il décolle ses lèvres baveuses de moi et me laisse respirer. Sa main vient chercher la mienne. Je le comprends, il veut montrer à tout le monde qu’il est le « mec qui sort avec la plus belle fille du collège ». C'est tellement commun ; je croyais qu'il était au-dessus de ça. J'écarte ma main lentement et le laisse s'enivrer de mon parfum, un cadeau de mon précédent petit ami. Puis je lui fais un léger sourire - je suis irrésistible comme ça - et je lui dis :


- Je casse.


 
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   xuanvincent   
13/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
J'ai apprécié cette nouvelle à quatre voix, à quatre points de vue différents.

Le titre de la nouvelle m'a au départ intriguée.

La grand-mère prudente qui compte tout, qui regarde d'un oeil critique la jeunesse du quartier m'a amusée. Ce portrait ne m'a pas toujours paru très réaliste mais il m'a fait sourire.

Le portrait du jeune garçon amoureux m'a semblé touchant et son attirance pour la jeune fille bien rendue.

L'insertion des dialogues dans le récit est réussie.

Le langage des trois jeunes gens me paraît adapté aux personnages.

La fin, lorsque la parole est donnée à la jeune fille aimée par le jeune homme, casse un peu le charme. Ce qui paraissait être une belle histoire d'amour pourrait bien n'être qu'une aventure sans avenir...

PS : Ecrire une nouvelle à plusieurs voix est un exercice difficile... Bravo ululo !

   Anonyme   
13/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
La grand-mère me semble pas très probable : sa précision centimétrique semble indiquer qu'elle a de biens bons yeux. puis pour une personne si sourcilleuse de l'aspect des passants, je trouve bizarre que ce qu'elle remarque en premier de la jeune fille soit son visage, au détriments des seins !
La phrase "De magnifiques cheveux noirs de jais ... " est bien longue et il manque au moins une virgule après "aux traits parfaits"
Pour le reste te la nouvelle, c'est une bonne surprise, ululo, j'ai l'impression que tu y a beaucoup plus travaillé que pour d'autres textes.
J'ai lu avec intérêt, le monologue de la rivale m'a fait particulièrement sourire.

   Kaos   
13/9/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien
Un texte très agréable!

Certes on peut se demander comment la mamie peut être aussi exacte dans son calcul des mètres, certes le monologue intérieur de La Rivale sonne un peu faux (faut revoir le langage jeun's Ululo!),
mais la chute me plait beaucoup et les monologues des autres personnages sont vraiment surprenant de vérité.

J'aime beaucoup!

   Anonyme   
13/9/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen -
oups !

Désolé.
Non pour cette fois Ululo

Sauf mon respect, moi je trouve que ça manque de travail. Bien des phrases mériteraient d'être revues et dans la construction et dans le sens du récit.

Bref je trouve ça assez insuffisant.. Et excuse-moi ce type d'écriture à la "va comme je te pousse" ne m'interpelle pas vraiment.

Il me semble avoir lu mieux de toi.

   victhis0   
13/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien -
Une histoire ne quadriphonie c'est un exercice risqué puissance 4 : j'en ai trouve deux justes (la rivale et l'amoureux), les autres moins soignés. l'oeil de lynx de la mère grand n'est pas crédible et la beauté, presque dégoûtée, me paraît un peu surjouée;
Sinon je salue quand même le boulot et les efforts d'écrire sur quatre styles différents : c'est pas fastoche

   Anonyme   
16/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Beau texte et belle idée de "voir" cette scène à travers les yeux de quatre personnages.
La partie consacrée à la grand-mère est particulièrement juste avec un léger défaut : trop d'insistance sur ces affaires de mètres et centimètres.
Peut-être eut-il fallu mettre un cinquième personnage, en quelque sorte entre les deux générations...mais peut-être pas. La partie du "mec" pourrait être plus travaillée. Je pense avoir saisi que le "mec" était loin d'imaginer se faire larguer et qu'il était à la limite entre le sentiment amoureux et la fierté de sortir avec la plus belle. Mais je n'en pas sûr...et en fait cela fait partie du charme !
J'ai apprécié l'absence de lourdeurs psychologiques, c'est à mon sens plausible : on peut carrément croiser cette conjonction d'états d'esprit dans la rue et peut-être l'a-t-on déjà croisée ! En ce sens : beau réalisme psychologique.

   Bliss   
16/9/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Aaaah!
Excellent!

A part la passion des maths de la mamie un peu trop prononcé, j'ai adoré le style "Kévina" (ouais trop d'la balle, j'le kiffe grave, ect...) et le "je casse" ni plus, ni moins...

Bravo Ululo!

   Anonyme   
19/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Ah Ululo, quelle imagination...

Alors on commence par le positif, ça se lit carrément trop facile, à l'aise, comme pour rien...
J'aime beaucoup le mec, sa partie très développée et malgré tout, quelques carrément de trop (clair, trop de carrément)... et puis je peux même rien dire, je fais pareil en vrai avec "tu vois ce que je veux dire!".

Par contre, la partie Mamie est un peu too much, centimètres, répétitions, pas bien, j'aime pas le ton, j'aime pas la névrose, j'y crois pas...

Ahlala, mais j'ai trouvé ça drole, dans l'air du temps, et pis tellement djeunz que même moi là je me sens vieille, mais vieille...
MDR

Bien joué.

   Jedediah   
21/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Un bon texte, dans l'air du temps, qui se lit facilement...
J'ai quand même trouvé que les personnages étaient parfois un peu trop caricaturés (surtout la grand-mère, le langage des jeunes me parait exagéré, mais juste ce qu'il faut...).
Bravo pour la fin, que j'ai quand même vue venir dès la troisième partie de l'histoire.

   Flupke   
23/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Je commence par les points négatifs :

12m13cms. Le centimétrisme de la mamie n’est pas réaliste et je ne vois pas ce qui justifie cette minutie qui d’ailleurs ne semble pas cascader sur d’autres éléments du texte. La rivale a des gros seins, (mettons diamètre supérieur à 10 cms mais probablement inférieur à 19 quand même) elle est de l’autre côté de la rue, la mamie a-t-elle vraiment besoin de descendre son regard de 19 centimètres ? Je pense que ce manque de réalisme aurait pu être aisément souligné si tu avais fait lire le texte à des proches, ou a des copains par exemple.

« Elle a grave profité de la situation ». La structure de la zefra me choque un peu mais c’est sûrement du au fait que j’ai vécu longtemps à l’étranger et que je suis moins chébran que la moyenne.

Oui je sais je dis souvent carrément etc… La personne qui lit ton texte peut s’en rendre compte par elle-même. Merci de lui laisser le droit d’avoir son propre ressenti. Cette explication me semble superfétatoire.


Les points positifs :
Bonne structure du récit. Les différents points de vue son intéressants. La vérité est une mais ses manifestations sont multiples. La chute assez rapide et il y a un petit effet de surprise. La mentalité et les pensées de protagonistes sont bien décrites. Je trouve ce texte vraiment bien et j’ai envie d’y rajouter un petit + d’encouragement.

   Anonyme   
12/11/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Dire que j'avais zappé cette nouvelle!
L'auteur a tout compris.
Il faut d'abord capter l'attention du lecteur et faire attention à ce qu'elle ne se relâche pas. Autrement , on a beau faire de belles phrases et des digressions savantes, c'est raté.
Ici, c'est réussi.
Lesstyle simple, le découpage intelligent y sont pour beaucoup.

 

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