Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Val : Un truc beau et sauvage
 Publié le 20/09/08  -  13 commentaires  -  7101 caractères  -  12 lectures    Autres textes du même auteur

Qu'en est-il de notre avenir ? On s'en fiche... qu'il nous emporte !


Un truc beau et sauvage


Je marche, la rue est à moi, le monde m’appartient.

Les gens me croisent, me voient. J’ai une identité, un message à délivrer, peut-être, mais je ne sais pas encore lequel, je trouverai bien, je ne suis plus pressée.

Je suis quelqu’un de remarquable, c’est comme ça, c’est nouveau, ça vient juste de sortir. Je souris, parce que je ne sais plus faire autrement. D’ailleurs ce matin, quand Véronique, ma collègue, m’a raconté que son mari l’avait laissée pour une plus jeune, j’ai souri aussi.


- Désolée !


C’est tout ce que je suis parvenue à lui dire, une banane terrible barrant mon visage, alors qu’elle s’effondrait devant moi en me répondant :


- Oh, toi, ça va !, depuis quelques jours on dirait que le Dalaï-Lama en personne t’a donné les clés du nirvana !


Elle a dit cela sur un ton haineux, comme si son malheur, telle une bombe atomique, devait forcément anéantir toute forme de joie sur terre.

Publicité vivante d’un dentifrice, d’un soin bucco-dentaire blanchissant, ou alors frappée d’une maladie rare et inconnue figeant mes muscles faciaux en position « Ultra-brite » pour l’éternité… j’ai déambulé toute la journée dans les bureaux de l’entreprise, laissant derrière moi, une vague de sérénité, une empreinte mystique, voire même, n’ayons pas peur des mots, un souffle d’amour.

Bref, ils étaient tous stupéfaits, et moi, n’ayons pas peur des mots non plus, j’avais perdu toute notion de ridicule et de fierté, et si je cherchais bien, mais très bien, je suis à peu près certaine que j’avais égaré d’autres choses au passage. Je ferai le bilan plus tard, aussi.

J’espérais seulement avoir englouti aux oubliettes de mon nouveau monde, plus proche de celui de oui-oui que de celui de Kant, ma trop grande naïveté, ma sincérité absolue, et mon besoin de flirter avec le gouffre du désir, l’abîme du devenir, ces précipices au cœur desquels j’étais prête à sauter sans élastique pour peu que l’on m’y encourage, ou bien mieux, que cela soit réciproque.


Mon chef de service n’a pas capté l’aspect hypnotique et même surnaturel de la situation. Non, lui, son radar affectif était en berne, quant à son « zonar », il lui permettait seulement de détecter à plusieurs kilomètres à la ronde, l’arrivée en retard, les onglets « jeux » dissimulés dans le bas de l’écran, et les arrêts maladies bidons, surtout lorsque l’on en revient bronzées comme des nymphettes.

Il me convoqua donc dans son bureau, pour mon entretien annuel, et c’est terrorisée de l’intérieur très intérieur, que je me rendis au rendez-vous, souriante comme une imbécile heureuse.


- Asseyez-vous mademoiselle.


Je m’assis, notant que la seule chose que j’aimais chez lui c’était sa manière d’arriver à nous faire croire que l’on avait toutes dix-huit ans.

Il se racla la gorge et continua, croisant les mains sur le bureau, l’œil concentré sur ce qui pouvait le moins lui rappeler que j’étais une femme, vade rétro Satanas !

Puis il sortit un dossier de son tiroir gauche. Aïe le tiroir gauche me dis-je ! celui des « casseroles » ou des « boulettes » enfin des grosses tuiles quoi.

Il m’expliqua, sans sourire, que les défauts d’utilisation de mon logiciel de travail ralentissaient ma productivité :


- Nous sommes une entreprise de services, ajouta-t-il, il nous faut satisfaire nos clients au plus vite.


Mes erreurs, mes temps de réaction trop courts coûtaient, annuellement, plusieurs milliers d’euros à l’entreprise. Puis il m’annonça que je devais améliorer mon relationnel client, me conseillant vivement de modifier ma manière de travailler. Après cela, habituellement, et ce depuis bientôt cinq ans, je fondais en larmes en m’excusant, sortant du bureau convaincue d’être la seule rescapée d’une sous-espèce disparue depuis des millénaires : la nullium incompétum.


Depuis cinq ans, donc, j’acceptais de travailler huit à dix heures par jour dans un bureau glacé l’hiver et surchauffé l’été. Je me détruisais la vue derrière un écran. Je tassais mon dos sur un siège à l’ergonomie approximative, pour un salaire de misère.

Cinq longues années pendant lesquelles j’avais répondu le plus courtoisement possible aux invectives des clients surexcités d’avoir perdu, en même temps que toute notion de valeur : leur téléphone portable.

À ce stade-là, l’habitude voulait qu’il pliât ses affaires en me souhaitant d’un sourire narquois une bonne journée. Il gagnait la partie, mon salaire n’étant revalorisé que du minimum légalement obligatoire.


Il était déjà debout, mais son sourire se figea en un rictus crispé lorsqu’il vit mes yeux secs. J’étais toujours assise, les bras croisés, position déterminée et d’opposition, et je le regardai sans ciller. Il dit sur un ton hésitant :


- Oui… euh… mademoiselle ? vous aviez quelque chose à ajouter ?


J’ajoutais donc, avec le panache de ceux qui n’ont plus rien à perdre :


- Oui, ceci : si vous ne nous octroyez pas des conditions de travail conformes à la législation. C’est à dire : poste de travail ergonomique, chauffage confortable l’hiver et chaleur supportable l’été, ainsi que des pare-reflets pour nos écrans qui nous détruisent la rétine… c’est simple… je vous colle l’inspection du travail sur le dos !


Il tomba sur son siège dans un gros « shlack ! » démontant à moitié son dossier qui lui aussi, mais peu m’importait, n’était probablement pas ergonomique. Il articula d’une voix blême et le teint divinement verdâtre :


- Nous… nous pourrions en discuter si vous le souhaitez !

- D'accord, discutons-en tout de suite…


Dans le mois qui suivit, le chauffage de notre bureau fut révisé, le mobilier intégralement changé pour de l’ergonomique confortable et stylé, et les travaux d’installation d’une climatisation programmés pour le printemps prochain. Quant à mon salaire, il avait été généreusement réévalué, tenant compte du fait que j’avais de sérieuses aptitudes à la négociation, injustement ignorées depuis cinq ans.

J’étais devenue une icône vivante de la cause salariale, les syndicats me courtisaient, les salariés me respectaient, le confort faisait partie de ma vie professionnelle, à tous les niveaux.


J’avais changé.


Je faisais le bilan devant la machine à café, mon sourire n’était plus ostentatoire, il vivait en moi, me guidant vers le meilleur. Je ne voulais plus de ces boussoles affectives bancales et illusoires, la mienne serait pulsante, vibrante et terriblement matérialisée, ou ne serait pas.

Quelqu’un me toucha l’épaule, Karine, une collègue, une amie :


- Ça va Valentine ?


Je répondis oui, sans un mot, la gorge nouée, mais pas de tristesse... elle continua :


- Puisqu’on est seules je me permets de te demander… c’est incroyable comme tu as changé… euh tu es métamorphosée, rayonnante… et puis cette histoire dans l’entreprise, grâce à toi, c’est formidable… mais enfin… que t’est-il arrivé ?


J’ai pensé à un envoûtement magique, une bise dans le cou, des caresses dont le placement n’aurait plus rien de stratégique, mais, les larmes aux yeux, le cœur battant, je lui répondis simplement :


- Un truc beau et sauvage !



 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   xuanvincent   
20/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien -
Un patron qui brusquement cède à la menace d'une de ses employées ? Si seulement la réalité pouvait être aussi belle...

Cette nouvelle m'a paru dans l'ensemble assez bien écrite mais pas très crédible.

Le premier paragraphe m'a intriguée. En voilà une, la narratrice, qui se croit le centre du monde !, me suis-je dit.

Après relecture, je me demande, cela m'a un peu gênée, s'il ne manque pas une transition dans le récit car a priori le passage suivant décrit une situation antérieure dans le temps.

Le revirement du patron, face à la menace de son employée, m'a un peu surprise. D'ordinaire, dans la réalité, un employé pèse bien peu il me semble, face au pouvoir de ses employeurs... Mais pourquoi pas, cela doit malgré tout par moments se produire.

Détails :
. "- Oui… euh… mademoiselle ? vous aviez quelque chose à ajouter ?" : j'aurais peut-être plutôt écrit le verbe au présent (mais cela passe aussi au passé).
. "c’est incroyable comme tu as changée…" coquille : écrire "changé" (pas d'accord).

La phrase finale ("Un truc beau et sauvage"), la narratrice voudrait-elle enjoliver son histoire ?, m'a fait sourire.

Cette histoire pourrait être lue comme une incitation à s'affirmer au travail, à oser mettre fin aux misères, petites et grandes, que l'on y subit.

   Anonyme   
20/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
bien écrite. Malheureusement dans la vie professionnelle cela ne se passe pas aussi facilement! Mais faut pas perdre espoir!

   marogne   
22/9/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen
Un sentiment mitigé sur ce texte, l'écriture est assez plaisante à lire, légère et aérée, mais au niveau du fond je suis resté sur ma fin. La qualité de la narration n'errive pas à transcender la naiveté du propos. Même si ce truc beau et sauvage peut faire penser à l'amour qui révèle.


"Des temps de réactions trop courts"? sans doute "trop longs"!

   Anonyme   
21/9/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen
Le titre laissait présager quelque chose d'original, avec une écriture puissante et autre chose que des bons sentiments et des évolutions positives, prévisibles. Mais je n'ai trouvé que de la banalité dans les phrases et dans les situations décrites. Quelques bonnes choses, certes. Mais trop entouré de lourd pour que je puisse me laisser prendre par l’atmosphère. Pour moi, c’est juste pas possible.
Il y a tout de même deux passages que je sauverai : la description du malheur de son amie, malheur qui devrait tenir toute la place, devenir le centre du monde des autres, aussi, et la fin (le truc beau et sauvage). Mais je n’ai pas senti la puissance du « truc beau et sauvage », assez puissant, justement, pour faire plier un chef de bureau aussi facilement.

   Anonyme   
22/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Si on lit ta nouvelle comme une fable de bureau, un conte ou un rêve, le manque de crédibilité devient un atout plutôt qu'une gêne à ton histoire. Cela se déroule dans la plus grande banalité, notre lot quotidien majoritaire, mais la fin nous sauve de la déprime profonde en donnant l'espoir de chavirements toujours possibles.
le style convient bien à la description de cette banalité et sait être plus vif pour parler du chavirement.

luneo

   Anonyme   
22/9/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Lecture au premier degré: c'est naïf de croire que le monde du travail fonctionne comme ça, aussi simplement. Par contre l'écriture est loin de l'être, naïve.

Alors, lecture au second degré: c'est rempli d'humour, d'autodérision, de cynisme... Un petit conte qui vous racconte que le "truc beau et sauvage" ça vous illumine jusqu'à ne plus avoir peur d'avoir l'air d'être con et que ça donne des aîles. Que ça rend aussi paradoxallement imperméable aux malheur des autres... (je me suis demandé cyniquement si la plus jeune du mari de Véronique, ce n'était pas la naratrice, et je dois dire que cette idée, nieurk nieurk!!!), bref que ça rend étrange...

J'ai franchement aimé, alors merci

   widjet   
23/9/2008
 a trouvé ce texte 
Faible
Je regrette de le dire, mais le titre (alléchant et prometteur) est plus convainquant que le contenu. C'est dommage. Je trouve que c'est assez maladroitement construit, plutôt vite expédié (il y avait moyen de donner plus de "poids" au récit).
D'après moi l'idée séduisante même si pas novatrice (l'amour rend invulnérable) n'est pas suffisament exploitée. Enfin la forme est complexifiée à outrance, les tournures trop alambiquées (plus de sobrieté de façon général eut été bienvenu) pour décrire cet état si particulier. J'aurais préféré un ressenti, bref quelque chose de plus épidermique, plus charnel (surtout lorsque l'auteur qualifie de "sauvage" ce truc)...

Bref...Pas convaincu. Désolé.

Widjet

   nico84   
24/9/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Hum, je ne comprends pas, j'avais mis un commentaire avec deux analyses différentes.

Peut être y a t-il un message caché sur l'apparence, la force du sourire, de la volonté, de la persuasion mais je trouve raiment ce texte baclé bien que le début m'ait plu.

Il y avait ici du potentiel. A moins que je n'ai rien compris, ce qui est possible aussi !

   ANCELLY   
24/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Un truc ni beau ni sauvage, mais assez alerte pour que je le lise en entier.
La forme n'est pas géniale, mais le fond, à tous les degrés, est le reflet d'une bonne observation.
Ancelly

   victhis0   
29/9/2008
 a trouvé ce texte 
Faible
navré, çà va être dur : j'ai trouvé çà d'une rare platitude...Le style est quasi scolaire, l'histoire cucul à souhait, aucune réplique ne sonne juste (le très pitoyable "on peut en discuter ?"), l'absence de cohérence entre le début et la fin de cette histoire...
Il reste quelques belles phrases, quelques petites trouvailles sympas (nullium incompteum).
vraiment désolé d'être aussi sévère, çà m'arrive rarement mais le but reste constructif : se servir de quelques belles tournures pour bosser davantage une histoire solide (évidemment c'est un avis personnel, nullement une sentence professorale)

   Anonyme   
30/9/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Moi j'aime bien le thème de cette nouvelle: "Quand de l'anodin surgit la lumière"... Heu... ou quelque chose comme ça...
Je n'ai pas relever d'erreurs d'écriture particulièrement odieuses pour ma part mais j'ai bien ressenti l'implication et la sincérité dissimulées derrière ces lignes. Après le fond... Une nuit d'amour (si c'est cela "le truc beau et sauvage") qui change notre vision du monde et notre manière d'y évoluer, j'y crois pas trop mais qu'importe. J'ai lu avec intérêt.

   Kaos   
12/11/2008
 a trouvé ce texte 
Bien -
C'est agréable le temps d'une lecture, mais je pense que je vais l'oublier un peu vite.

Il y a un second degré, des sous-entendus, bref des choses à voir, mais ce n'est pas ton meilleur récit je trouve.

   jensairien   
1/1/2009
l'écriture est à retravailler, le coup du sourire dentifrice par exemple (pourquoi ces banalités auxquels l'auteur pouvait facilement échapper).

L'histoire pouvait être pas mal mais elle est bâclée.
En reprenant ton idée tu n'avais pas besoin d'en faire un plat sur les résultats de l'entretien. Tu aurais dû rester dans un registre plus commun (ok elle a reçu une bonne augmentation par exemple grâce à son assurance) mais un truc que tout le monde peut avaler (comme tu vois le coup du patron qui s'écrase sur la moquette ça fait tiquer tout le monde), mettre aussi peut-être quelques sous-entendus qui auraient fait que la dernière replique ne tombe pas trop abruptement et c'était déjà beaucoup mieux. En tout cas je trouve vraiment géniale cette dernière réplique : un truc beau et sauvage!

 

Oniris Copyright © 2007-2010 | Oniris est une propriété de l'association « Oniris - AILA »  | Support XOOPS  | Thème inspiré de 7dana.com |  référencement