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Policier/Noir/Thriller
vendularge : Nos gloires secrètes
 Publié le 02/04/17  -  16 commentaires  -  13676 caractères  -  168 lectures    Autres textes du même auteur

« Je suis l’homme de la rue. Pour le prince, je suis la plèbe. Pour la vedette, je suis le public. Pour l’intellectuel, je suis le vulgum. Pour l’élu, je suis le commun des mortels. »

Nos gloires secrètes. Tonino Benacquista


Nos gloires secrètes


C’est avec une joie presque enfantine que Léo avait emménagé quelques semaines plus tôt, dans ce petit studio meublé, au deuxième étage d’un immeuble des années cinquante. Ce quartier périphérique de Limoges n’avait pas d’autre charme que les cinq cents mètres qui le séparaient de son travail. Un CDD de six mois comme assistant commercial au Crédit Financier du coin. Il l’avait décroché sans y croire grâce à un remplacement de quinze jours comme job d’été quelques années plus tôt. La banque n’était pas son domaine mais il présentait bien, ses trente ans donnaient dans la maturité rassurante. Il avait ce sourire immaculé et franc qui efface les doutes et une gueule d’ange flanquée d’un regard vert presque tendre quand il décidait de soutenir le vôtre. Un plus pour une agence bancaire un peu moribonde où son prédécesseur Victor Minon avait traîné pendant quelques mois une dépression existentielle avant d’opter finalement pour un arrêt « longue maladie », un mardi à quinze heures. Léo était arrivé une semaine plus tard, frais et dispos, bien décidé à ne pas passer un jour de plus que les six mois prévus à son contrat dans cette petite succursale limougeaude.


Ce passage bref lui convenait parfaitement, Limoges ou ailleurs, c’était du pareil au même, pourvu qu’il ait un salaire pendant quelques mois. Le temps de se poser après deux ans de galère indescriptible à éviter tout ce qui de près ou de loin ressemblait à un flic en tenue. Le temps de l’oubli. La peur lui tenait lieu d’amphétamines. Il avait rejoint quelque temps un groupe de sans-abri des quartiers sud de Poitiers, partagé l’errance, l’allure et le regard vaguement absent mais n’avait pas sombré. Il surveillait vaguement ses potes et leurs chiens dans cette grande coloc qu’était la rue à la tombée de la nuit. Il ne faisait que passer, la conscience aiguë de son imposture le protégeait de toute forme d’empathie. Le groupe engloutissait les individualités et lui, devait avant tout disparaître. Un matin, il s’était retrouvé nez à nez avec la police municipale qui venait déloger tout ce petit monde de la gare. C’était un signe, le groupe s’était dispersé et il avait pris le premier train pour Blois. Lise, sa jeune sœur fraîchement divorcée, lui offrait quelques semaines de répit après avoir entendu le long mensonge de sa récente dépression, des affres d’une hospitalisation pour sa tentative de suicide dont il ne lui aurait jamais parlé s’il ne se retrouvait pas maintenant à la rue. Quelques semaines avaient suffi à lui rendre son allure habituelle, racée, impeccable et rayonnante. Celle des grands départs.


Avec son premier salaire, il avait rendu son costume cravate de location et s’était offert ce qu’il avait trouvé de mieux dans le coin. Il n’avait aucun plaisir à accueillir les clients mais trouvait facilement quelques mots de bienvenue, un geste apaisant pour les angoissés du découvert qu’il calmait avant de les diriger vers son collègue ravi de ne pas avoir à gérer le côté agressif de la plainte. À 16 h 30 min précises, il quittait l’agence à pied, traversait le jardin botanique et s’asseyait sur le même banc, chaussait une petite paire de lunettes sans correction et ouvrait son livre à la même page, s’ensuivait une série de gestes automatiques, il tournait les pages de ce livre qu’il n’avait jamais lu. Il s’agissait de « Nos gloires secrètes » de Tonino Benacquista. C’était celui qu’une jeune femme tenait dans sa main, ce jour de novembre 2014. Il l’avait ramassé presque sans le savoir et l’avait placé dans sa poche. Plus tard, il avait vaguement parcouru la quatrième de couverture. Ce simple contact, presque aérien, avait suffi au déclenchement d’un flot ininterrompu d’images ; son sourire à demi alors qu’elle parcourait les pages, cette allure majestueuse, ce port de reine, son regard réprobateur lorsque maladroitement il avait tenté de lui parler. Cette démarche chaloupée quand n’y tenant plus, il l’avait suivie alors qu’elle quittait le parc de la Roseraie, en cette fin d’après-midi brumeuse à Poitiers. Petit à petit le charme du livre avait perdu de sa force. Sans doute la peur, certainement le flou de ce visage pur dont les traits s’effaçaient définitivement.


Cette fin d’après-midi de juin était magnifique, le printemps finissait d’éclore et Léo observait ses contemporains avec ce détachement mêlé du plaisir de n’être ni d’ici ni d’ailleurs. Il avait ramassé le jouet que la petite fille de cinq ans à peine cherchait désespérément. Il le lui tendait maintenant en souriant. Elle, s’était arrêtée à deux mètres et l’observait avec sérieux, partagée entre l’envie de courir et celle d’attendre sagement que sa mère lui donne une indication claire de ce qu’il fallait faire. Alors, Léo s’était levé lentement et s’était accroupi pour être à sa hauteur :


– Je crois bien que cette peluche est à toi.


Elle avait esquissé un sourire et s’était enfuie dans les jupons de sa mère qui observait la scène à deux pas.


– Merci monsieur.

– Merci monsieur, avait crié en écho la petite fille en riant.


Il s’était retourné et les avait regardées un instant avec un air d’adolescent jovial.


– Pas de souci mesdames.


Il avait regagné son banc et pendant quelques instants il avait songé aux longues balades que Lise et lui faisaient, enfants. Ce n’était pas ici mais c’étaient les mêmes odeurs, la même joie, les mêmes bancs. Dès qu’ils franchissaient l’entrée, ils se mettaient à courir, gonflés de cette liberté impossible dans leur appartement exigu et terne. Leur mère les surveillait de loin, allumait des cigarettes en souriant aux hommes qui s’attardaient sur sa beauté solaire. Léo s’assurait qu’elle ne s’éloigne pas trop et si c’était le cas, il prenait la main de Lise et courait vers l’endroit où il l’avait vue quelques instants plus tôt. Et puis un jour, il avait remarqué cet homme au sourire niais. Sa grosse main caressait le visage parfait de sa mère. Du haut de ses onze ans, il toisait l’intrus, l’autre. Pour la première fois de sa vie, il était envahi d’une colère indescriptible. Alors, il avait poussé un cri et s’était laissé tomber au sol. Tout son corps était secoué de spasmes, des larmes de rage inondaient son visage. Suffisamment pour ameuter les promeneurs mais pas assez pour détourner sa mère de l’emprise d’un inconnu. Plus tard, alors qu’il reprenait son souffle, on avait fini par la retrouver, un peu défaite et rougissante derrière un bouquet d’arbres exotiques. Il avait appris ce jour-là que les femmes suivent les hommes souriants et deviennent sourdes.


Ce jour-là, il avait, de toutes ses forces, haï sa mère.


Le soleil commençait à descendre, il avait repris son livre tout en observant le peuple des jardins. Et puis, il l’avait vue. Son doigt avait l’espace d’un instant suspendu sa course. Elle portait une robe bleue qui s’arrêtait juste au-dessous des genoux, suivis de deux jambes fines chaussées de ballerines blanches. Ses cheveux bruns étaient vaguement rassemblés à l’arrière, maintenus par un grand crayon. À cette distance, il voyait très nettement l’ovale de son visage ; elle était assise à quelques mètres, alternait comme lui les pages et un regard posé au loin, à la recherche des derniers rayons de l’après-midi. Une toile de maître dans son champ de vision, un chef-d’œuvre.


Pendant quelques secondes, des images floues, des cris, une robe froissée, avaient troublé sa contemplation. Léo tentait de contrôler le tremblement de ses mains. La panique qu’il sentait monter allait en quelques minutes brouiller sa conscience pour le laisser en proie à une peur indescriptible exigeant de son corps qu’il se recroqueville. Il deviendrait une entité non définie, arc-boutée et rigide. Infranchissable, jusqu’à ce que l’épuisement dénoue chacun de ses muscles et le laisse hagard.


– Vous avez un problème. Vous allez bien ?


Une main posée sur son bras le secouait légèrement, la voix était inquiète, c’était une voix de femme. Elle lui tendait son livre qui avait dû tomber pendant la vague.

Elle cherchait son regard, sans doute pour s’assurer de son état de conscience, puis elle s’était assise près de lui. Léo reprenait vie lentement à la faveur de cette bienveillance inattendue, le visage encore tendu vers le sol, il distinguait deux ballerines blanches.


– Merci, c’est juste un petit malaise. Ça m’arrive quand j’oublie de manger.


Elle s’était mise à chercher rapidement dans son sac et lui tendait une barre de céréales.


– Tenez, c’est pur sucre, ça va vous faire du bien. Vous voulez que j’appelle quelqu’un ? Vous êtes trempé.


Le jour faiblissait et le jardin se vidait. Il allait fermer. Léo regardait ses mains, le cœur au bord des lèvres. Il n’était plus que nausée.


– Le parc va fermer ; il faut partir.

– Je ne vous laisse pas rentrer seul, je vais vous accompagner un moment, d’accord ?

– Non, je ne suis pas d’accord. Rentrez chez vous, je vais me débrouiller.


Il avait prononcé ces mots avec une grande douceur, à peine un chuchotement qu’elle n’avait pu comprendre qu’en se penchant vers lui. Alors, il avait vu son regard inquiet et tendre, cette fine ride d’expression qui plissait son front.


Alors, il avait su.


– Qu’est-ce que vous lisez ?

– « Le baron perché ». C’est l’histoire d’un tout jeune baron qui décide de vivre dans les arbres et d’y rester toute sa vie. Ça se passe en 1767.

– Pourquoi ?

– Parce qu’il n’aime pas manger des escargots. Vous aimez Benacquista ?

– Qui ?

– Votre bouquin ?

– Ah, je n’ai pas eu le temps de le commencer. En fait, je l’ai trouvé dans un parc. Depuis j’essaye régulièrement de m’y mettre mais la lecture n’est pas vraiment mon truc. Dites, il commence à faire noir là et frisquet aussi, on lève le camp ?


Le geste accompagnant les mots, il s’était levé en prenant doucement son bras nu, ils se dirigeaient vers la sortie. Elle commençait à frissonner, Léo se rappela qu’il portait une veste et la lui posa sur les épaules, comme dans les films qui l’insupportaient, comme dans les romans pour midinettes qu’il ne lisait pas plus que les autres.


– Ce baron, il fait comment pour dormir dans les arbres ?

– Il trouve une branche d’arbre horizontale, il construit un abri, c’est un conte vous savez, que ce soit possible ou non n’a aucune importance. Je boirais bien un café chaud, ça vous dit qu’on se pose un peu à l’intérieur ? Comme ça, je vous rendrai votre veste et on parlera du baron.


À quelques mètres, « L’étape du Parc » venait d’éclairer sa façade qui n’avait rien d’extraordinaire.


– OK mais je vous invite et vous me lisez un passage du conte ?


Elle s’était rapprochée de lui, serrant son bras d’un peu plus près, le froid sans doute. Le café était presque vide, ils avaient choisi une petite table recouverte d’une toile cirée rouge avec au centre un pot planté de jonquilles en plastique. Léo avait commandé une eau plate citron. Elle réchauffait ses mains en tenant la tasse de café chaud. À l’extérieur, la ville brillait sans s’animer.


« Je suis l’homme de la rue. Pour le prince, je suis la plèbe. Pour la vedette, je suis le public. Pour l’intellectuel, je suis le vulgum. Pour l’élu, je suis le commun des mortels. »


Léo regardait dans le fond de la salle, sur le mur trônaient des photos noir et blanc du Parc à son ouverture. Il avait envie d’aller voir de plus près mais la lecture, cette phrase curieuse qu’il ne comprenait pas, avaient fini de le fixer à sa chaise.


– Il n’a pas l’air très drôle, ce baron. Les Je, je… ne m’intéressent pas trop.


Elle avait ri, fière de sa petite farce.


– C’est votre livre, je me suis dit que ce serait plus amusant, puisque vous ne l‘avez jamais lu, alors que moi si.


Cette brusque intrusion dans son livre le mettait mal à l’aise ; plus exactement cet objet dans ses mains à elle était incongru, presque indécent. D’un mouvement rapide, il l’avait repris et l’avait glissé dans sa poche.


– N’y touchez pas !

– Bien, désolée si je vous ai agacé.

– Non, c’est moi. Ce bouquin c’est toute une histoire, je ne m’en sépare jamais.


Quelque chose avait changé dans le vert de son regard. Il était devenu incertain.


– D’accord, je vois. Merci pour le café, je vais y aller.


Elle s’était levée et l’avait observé quelques instants avec insistance.


– Je m’appelle Cécile.

– Léo.

– Vous irez bien Léo ?

– Oui.


Elle avait traversé la salle sans se retourner et s’était volatilisée au coin de la rue aussi rapidement qu’un songe. Il était resté quelques instants suspendu à ce regard franc et ne l’avait pas vue sortir. Il était temps qu’il regagne son petit meublé, rue des Saules, qu’il troque ce costume hors de prix contre son vieux jean et qu’il s’allonge sur ce canapé brun délavé sur lequel il s’absenterait jusqu’au lendemain. S’extraire de la vie commune était son passe-temps favori après les jardins publics. Il avait besoin de sa propre abstraction puisque sa réalité ne lui laissait aucune trace. Pressé à son tour, il s’était levé et se préparait à quitter les lieux.


– Monsieur, vous oubliez votre livre !


« Le baron perché » était arrivé dans ses mains, un livre de poche défraîchi par des lectures successives. Sur la couverture, on voyait un jeune garçon assis sur une branche, en costume d’époque, regardant le monde d’en haut. Il avait souri et tandis qu’il remontait la rue, le pas léger, il ne pouvait s’empêcher de vérifier que le baron était bien là.


Alors, toute une série d’images s’étaient imposées, le bleu d’une robe légère, la pâleur d’un visage, l’odeur suave de la peau d’une femme que pour la première fois, il n’avait pas laissée à demi consciente et meurtrie à l’ombre d’un bouquet d’arbres exotiques.


 
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   socque   
5/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Alors, il avait su.
Quand j'ai lu ceci, je me suis dit que la pauvre femme ne sortirait pas vivante de cette histoire. Eh si ! Mais je n'avais pas complètement tort, Léo est bien, sinon un meurtrier, du moins un violeur récidiviste.

J'aime bien la façon dont vous présentez les choses, faites monter les interrogations, évoquez le traumatisme d'enfance (un peu facile quand même à mon goût, le côté "ma maman est une salope") ; dans l'ensemble, pour moi, le texte est efficace et bien mené. Je me demande un peu si ce violeur, avec sa propension à tomber dans les pommes pour un rien, est bien redoutable, mais enfin je le trouve crédible et presque touchant.

   Tadiou   
2/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
(Lu et commenté en EL)

Un texte en clair-obscur, en suggéré, qui se déguste lentement, sans pose, le lecteur étant prisonnier du suspense. L'écriture est charmante et embarque sans lacher.

Les informations sont délivrées au compte-gouttes, au lecteur d’imaginer le reste.

Dès le début un drame est suggéré avec la peur des flics. Il n’y a pas d’explications données aux deux années de galère.

On redoute un drame quand Léo quitte le parc, à sa fermeture, avec la lectrice du « Baron perché ».

Une rencontre douce à laquelle Léo met fin rapidement : peur de ses vieux démons ?

Et puis quelques images furtives à la fin soulèvent un tout petit coin du voile : un (ou des) assassinat(s) perpétrés par Léo en écho au drame qu’il a vécu à 11 ans avec sa mère surprise derrière le bouquet d’arbres exotique?? : Porte ouverte à l’imagination du (de la) lecteur (trice)..

Le ballet des deux livres résonne fortement : celui ramassé après que… et celui oublié volontairement (qui sonnerait comme une rédemption ???)

C’est délicat, c’est ciselé. Merci pour ce beau moment de lecture.

   Dupark   
25/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Le sujet est lourd. Il faut aimer le "noir". L'auteur nous épargne les images, mais elles viennent quand même, malgré lui, et nous accompagnent jusqu'à la fin, rendant la lecture pesante.
L'idée générale est pourtant bienveillante. Le personnage central se sort d'une dépression et finit sur la voie de la sérénité.
Après, il faut entrer dans l'histoire... y croire.

L'explication sur le séjour dans la rue m'est apparue cahotique. Léo a-t-il vraiment tout cela en tête ? :
"Il ne faisait que passer, la conscience aiguë de son imposture le protégeait de toute forme d’empathie. Le groupe engloutissait les individualités et lui, devait avant tout disparaître."

J'ai buté à la fin, quand Léo sort du café. Je lis "Il était temps qu’il regagne son petit meublé [...]" suivi de tout ce qui le motive à partir, pour apprendre deux lignes plus loin qu'il "se préparait à quitter les lieux". J'ai vu un problème dans le mouvement.

J'ai buté sur l’ambiguïté du mot "commune" dans la phrase :
"S’extraire de la vie commune était son passe-temps favori"

Il y a du travail. Quelques analepses animent la lecture, et les changements de décor. La rue, la banque, le parc, le café, l'appart...

   Anonyme   
2/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup aimé l'atmosphère lourde, qui règne dans votre texte. Vous avez su créer une ambiance particulière, tragique, et glaciale par moments.
Léo qui se cherche, et cette femme, qui l'aborde, suite à son malaise. On est heureux pour lui, on se dit qu'il a du bol même, et que tout va rouler pour eux.
Et bien non, en filigrane, sa mère qu'il abhorre, et met, du moins c'est comme cela que je l'ai assimilé, un terme, à une relation amoureuse éventuelle.
Ces réminiscences insupportables, l'empêche d'être, non seulement heureux un instant, avec une femme, mais il est même désagréable, envers Cécile, pour qui on à de la peine, finalement.
Je trouve la solitude de Léo malsaine, car il m'a donné l'impression, à la fin, d'être une araignée, repliée sur elle-même.
est-ce que vos deux dernières phrases seraient la touche d'espoir qui pourraient me contredire ?

   Ludi   
2/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Vendularge,

J’ai dû relire votre nouvelle pour en tirer tout le jus. Laissez-moi d’abord vous dire que j’ai été porté par votre style, que j’ai trouvé bien adapté au genre thriller. Je ne sais pas si ce que j’ai compris est la vérité, tant je j’ai cherchée à travers les failles mentales du héros, probablement dues à cette image de sa mère : « Plus tard, alors qu’il reprenait son souffle, on avait fini par la retrouver, un peu défaite et rougissante derrière un bouquet d’arbres exotiques. Il avait appris ce jour-là que les femmes suivent les hommes souriants et deviennent sourdes. »

Je crois que la clé se trouve dans ce passé. Mais sur le coup je n’ai pas compris le sens des actes de Léo, j’ai même été déçu de rester dans un flou entretenu, en me disant que tout ce que vous racontiez n’avait pas de liant. Et puis je me suis arrêté sur ces quelques phrases :

« il tournait les pages de ce livre qu’il n’avait jamais lu. Il s’agissait de « Nos gloires secrètes » de Tonino Benacquista. C’était celui qu’une jeune femme tenait dans sa main, ce jour de novembre 2014. Il l’avait ramassé presque sans le savoir et l’avait placé dans sa poche. Plus tard, il avait vaguement parcouru la quatrième de couverture. »

J’ai d’abord pensé à une incohérence de narration. Comment et pourquoi ce livre s’était-il retrouvé par terre ? La fille avait disparu de la scène, sans que rien ne nous dise qu’elle l'avait malencontreusement fait tomber elle-même. Et là j’ai cru avoir compris que Léo venait de commettre quelque chose de grave, surtout à cause de la dernière phrase : « Plus tard il avait vaguement parcouru la quatrième de couverture. ».
Je ne suis revenu sur ce passage d’un viol probable qu’après avoir fini la nouvelle :

« Alors, toute une série d’images s’étaient imposées, le bleu d’une robe légère, la pâleur d’un visage, l’odeur suave de la peau d’une femme que pour la première fois, il n’avait pas laissée à demi consciente et meurtrie à l’ombre d’un bouquet d’arbres exotiques. »

Macabre vérité nichée dans les méandres des mots. Un modèle.
Relire la nouvelle provoque alors davantage de troubles.
Bravo encore.

Ludi
promeneur des taillis

   Jano   
2/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien
La double vie de Léo est tellement suggérée que je ne l'ai pas décelé à ma première lecture. Je sentais bien que quelque chose clochait mais je ne trouvais pas d'explications claires. J'ai dû relire attentivement, presque entre les lignes, pour comprendre qu'il agressait les femmes repérées dans les jardins publics. De ce côté là c'est réussi, les éléments ne sont pas donnés directement mais doivent être devinés au fur et à mesure. Ça demande une bonne maîtrise de l'écriture, faite de touches délicates. Vous y réussissez parfaitement.
Par contre je suis dubitatif sur la personnalité de ce garçon, traumatisé à vie par un écart de sa mère. Écart au demeurant peu crédible en pleine journée dans un parc ! De même, vous laissez entendre que les prémices des viols commencent par "La panique qu’il sentait monter allait en quelques minutes brouiller sa conscience pour le laisser en proie à une peur indescriptible exigeant de son corps qu’il se recroqueville". La peur et le repli sur soi me semblent incompatibles avec le déchaînement de violence qui s'ensuit.
Donc bravo pour l'écriture subtile, cependant moins aboutie dans la psychologie du personnage principal.

   Velias   
2/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Vendularge,

Je ne referai pas le texte point par point, d'autres le font bien mieux que moi. J'ai vraiment apprécié vous lire.

Une histoire presque dramatique (puisqu'elle ne se termine pas dans la tragédie) qui se dévoile dans la pudeur, la légèreté des mots et des événements passés décrits.

Une belle écriture, fluide, qui ne force pas le lecteur. Pas évident pour un thriller et c'est bien là que la prouesse se réalise. De cette écriture fine et délicate vous emmenez le lecteur dans la noirceur de l'âme de Léo. On éprouve alors pour lui de l'empathie.

Au passage, je note une belle trouvaille: "le peuple des jardins."

Merci pour la lecture et que les vents soient favorables à Léo.

   Anthyme   
2/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Rapidement suggérer une image mentale à laquelle le lecteur puisse se raccrocher est la clef d'une bonne rédaction.
Ainsi, avec son décor planté dès le premier paragraphe, ce texte m'a été très facile à intégrer.

Portrait d'une personnalité complexe que l'on perçoit d'emblée très fragile ; et surtout masquée.
Ambiance générale qui sublime l'invraisemblance psychologique et prépare efficacement la conclusion glauque qui se laisse pressentir.

… … … …

Concernant la forme, c'est bien écrit : rien à redire excepté peut-être la ponctuation.

De la ponctuation, il en faut : c'est la respiration d'une phrase.

Trop, ce n'est pas bien car la lecture trébuche et sautille comme un émincé sous le hachoir d'un cuisinier chinois.
S'il en manque, c'est beaucoup moins grave car le lecteur ne va pas se laisser étouffer dans des phrases à rallonge, et finira par faire lui-même le boulot.

La difficulté principale, je pense, c'est de ne pas la poser à contre temps de celle du lecteur, car celui-ci peut alors la percevoir comme une désagréable contrainte de lecture ; et donc la subir.
La ponctuation m'apparaît également comme une accentuation – une forme de surlignage – des mots qu'elle enserre, ce qui offre une place privilégiée au point-virgule que j'aime utiliser pour appuyer un point important, comme par exemple dans …

« Il avait rejoint quelque temps un groupe de sans-abri des quartiers sud de Poitiers, partagé l’errance, l’allure et le regard vaguement absent mais n’avait pas sombré. »
… que j'aurais écrit ...
« Dans les quartiers sud de Poitiers, il avait quelque temps partagé l’errance, l’allure et le regard vaguement absent d'un groupe de sans-abri ; mais n’avait pas sombré. »

J'aborde cette question de détail parce qu'elle m'habite inévitablement lorsque, tel un limier, je renifle les priorités d'une rédaction.
Mais bon … à chacun sa 'touche'.

   Anonyme   
3/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir,
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle du fait de la complexité psychologique du personnage dont vous faites découvrir les facettes avec une belle subtilité dans la forme et par votre style.
Un personnage pour moi tout en dualités.
La seule chose m'ayant étonnée, est la scène où sa mère , l'idéal de beauté de son fils, son idéal sans doute absolu, disparait avec un homme dans le parc. J'ai eu du mal à imaginer cet élément déclencheur de la haine de Léo dans un parc en pleine journée.

Merci pour ce partage.
Nadine

   matcauth   
3/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Vendularge,

C'est un texte intéressant, notamment au niveau de la forme, car c'est à la fois bien écrit et bien structuré. J'avoue avoir lu principalement pour cette raison, car au niveau du contenu, le texte fait son possible pour ne pas révéler facilement son essence, j'ai vu que d'autres avaient lu le texte deux fois pour vraiment en tirer toute sa substance. Si cela est voulu, j'ignore la raison, mais cela ne me paraît pas si utile.

Par contre, le sujet est quand même intéressant, dans ce sens que le cerveau de ce genre de personnage n'est pas blanc ou noir, les choses se font presque... comme si c'était normal et ce cheminement est bien décrit. La preuve, il fait froid dans le dos.

Donc à part cet accès un peu difficile, je retiendrai que le texte est bien écrit, les dialogues sonnent justes et le sujet n'est pas traité sans travail préalable.

à vous lire.

   PierrickBatello   
4/4/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Je me suis senti pris en otage par l'auteur. Vous voulez savoir ce qui ne tourne pas rond chez Léo? Alors vous allez être obligé de lire jusqu'à la toute dernière ligne... Je n'ai pas trop aimé ce procédé. Le sujet, lourd, est intéressant. Mais peut-être cela fonctionnerait aussi bien en annonçant dès le début le problème de Léo.
Profil psychologique bancal de Léo. C'est un peu léger ou facile, non, le coup de la mère dans les buissons? Présenté comme cela, je n'y ai pas trop cru.
L'idée du suspense entre Léo, pleinement assumé (pour le lecteur) comme ancien violeur, et sa nouvelle rencontre m'aurait autrement tenu en haleine sans cette désagréable impression que l'auteur me cache volontairement des choses pour faire "genre noir".

   vendularge   
5/4/2017

   plumette   
5/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Vendularge

je voulais revenir sur ce texte que j'avais lu en EL car la première lecture, je me suis un peu perdue dans le dialogue entre Léo et la jeune fille à la robe bleue.
Je ne doutais pas de sa publication : une écriture très agréable, une atmosphère subtile, un personnage attachant dont la part d'ombre, présente dés le début se dévoile de plus en plus, pour nous faire frissonner d'inquiétude mais nous laisser finalement sur une note d'espoir.
Léo va-t-il arriver se sortir de ses pulsions criminelles? On aimerait que cet échange de livres déjoue de façon définitive cette fixation qui s'enracine dans son traumatisme d'enfance.

On sait dés le début que Léo fuit la police et qu'il cherche l'anonymat. Mais on ne sait pas pourquoi et il y a une montée en tension à partir du moment où il est dans le parc avec ses " lunettes sans correction", ce livre qu'il ne lit pas et cette scène avec la petite fille.

Dans la construction du récit, j'ai trouvé habile cette rencontre avec l'enfant, qui ramène Léo à sa propre enfance et permet au lecteur d'en apprendre plus sur cet homme.

J'ai beaucoup aimé la chute en forme d'espoir et d'ouverture! Ce n'était pas le choix le plus facile!

j'ai buté sur quelques petites choses:

la galère indescriptible: inutile de la qualifier me semble-t-il

la réponse de Léo à la mère et à la petite fille " Pas de soucis Mesdames" Bizarre cette phrase? Voulue sans doute, mais pour quel effet?

Et enfin, le dialogue entre Léo et Cécile ne m'a pas toujours paru assez oralisé.

Un texte qui laisse une empreinte, un bon moment de lecture!
Merci !

Plumette

   Leverbal   
7/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Merci vendularge pour cette nouvelle énigmatique. L'incommunicabilité est décidément ta marque de fabrique! Dans ce registre, je préfère vraiment celle de Pinter, où le message passe malgré un dialogue. Ton approche me rappelle plutot celle de Sarraute, avec des barrières intérieures.
La suggestion laisse ici beaucoup de place à des interprétations décalées, cf les autres commentaires.
Un violeur? Et pourquoi un malade mental, épileptique et schizophrène?

   Bidis   
29/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L' écriture simple mais visuelle me semble d'emblée bien plaisante à suivre. L'intrigue est tout en nuances mais je trouve qu'elle aurait pu être plus explicitée que le simple "à demi consciente et meurtrie". J'aurais peut-être ajouté "déchirée" ( "à demi consciente, déchirée et meurtrie").
Et si je comprends bien l'intention de l'auteur, je trouve que les flash backs sont tout de même un peu mal construits. C'est difficile d'expliquer pourquoi, ce n'est qu'une impression. Pour moi, un flash back demande beaucoup de doigté, car on arrache nécessairement le personnage de l'ici et maintenant et cela demande toujours un léger effort d'adaptation au lecteur.
En définitive, un bon moment de lecture, dont il traîne un petit quelque chose dans la tête, après coup.
J'aurais indiqué que le "Baron Perché" est d'Italo Calvino. Quelques autres petites remarques ponctuelles :
- "Il avait rejoint quelque temps un groupe de sans-abri des quartiers sud de Poitiers, partagé l’errance, l’allure et le regard vaguement absent mais n’avait pas sombré. " : on dirait ici que le personnage a partagé « l’allure, l'errance et le regard etc » des sans abris. L’errance d’accord, mais "partager l'allure et le regard" ??? L’errance est une circonstance, l’allure et le regard sont des attributs. Cela ne va pas ensemble.
- "des affres d’une hospitalisation" :Dit comme ça, on ne sait si le personnage a été hospitalisé ou non. Je suppose que non, et j’aurais donc mieux vu « d’une soi-disant hospitalisation »
- "son sourire à demi alors qu’elle etc" : je trouve que le personnage de la jeune femme n'a pas été suffisamment dessiné préalablement pour que son évocation ici en parlant du sourire m'ait semblé évidente. Je l’aurais au moins esquissée pour que le sourire ait un impact sur le lecteur. Il a un impact sur le personnage à cause de son allure majestueuse etc. Mais pas sur le lecteur qui ne sait rien de cette allure. Et quand on la lui montre, c'est trop tard pour que le sourire ait un impact.
- "C’était celui qu’une jeune femme tenait dans sa main, ce jour de novembre 2014. " : « ce jour » ? A-t-on parlé précédemment de ce jour-là, ou bien est-ce le jour où se déroule le récit ? Non, puisqu’on lit « plus tard » deux phrases plus loin.
- "Cette fin d’après-midi de juin " : encore un jour précis sans évocation antérieure.
- "avec ce détachement " : énormément de démonstratifs que je qualifierais de généraux. Quelquefois ils induisent en erreur, quand il s'agit d'un jour, mais on finit par s'apercevoir que c'est une sorte de "tic" de style. Si je n'en avais rencontré que quelques uns, je ne les aurais pas remarqués. Mais il y en bien une douzaine Est-ce vraiment voulu ?

   moschen   
22/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bravo pour le style.
Et encore chapeau pour les hésitations, les changements de ton censés chasser sa prochaine victime, les atermoiements de Leo que j'ai mis sur le compte d'une lutte intérieure contre des forces qu'il voudrait contrôler. Il a commis un crime et ce livre en est la preuve. Il ne peut plus s'en séparer.
Seule incompréhension de ma part... si votre mère est la victime d'un violeur , ma logique ne ferait pas de son fils un violeur.


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