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Sentimental/Romanesque
Vero : Le trèfle à quatre feuilles
 Publié le 26/06/22  -  12 commentaires  -  7614 caractères  -  39 lectures    Autres textes du même auteur

Les coïncidences n'existent pas, il n'y a que des hasards heureux.


Le trèfle à quatre feuilles


Croyez-vous aux coïncidences, aux coups heureux ou malheureux du destin ? Le hasard, pensez-vous réellement qu'il fasse si bien les choses ? J'ai longtemps cru que ces croyances-là n'étaient que foutaises et bonnes (ou mauvaises) excuses pour expliquer les différents épisodes de l'existence. Mais ne dit-on pas que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis ?


Voici mon histoire :

J'avais dix ans et c'était le jour de la fête des Mères. Alors que je cueillais quelques marguerites pour maman dans le pré du voisin, une grosse pierre me fit trébucher contre un tesson de verre. La vue du sang, la souffrance et la peur me firent tant crier et pleurer qu'un homme vêtu de noir, et que je n'avais jamais vu, s'empressa de venir me porter secours. Je me souviens qu'il avait une voix douce et rassurante, un sourire franc et de grands yeux verts.


– Ne bouge surtout pas mon enfant, et serre ta main fort dans la mienne. Puis, plus rien, le néant…


Je me suis réveillée dans une chambre d'hôpital, entourée de mes parents, soulagés. J'y suis restée plusieurs jours en observation. J'appris de ma mère que le tesson m'avait transpercé la cuisse gauche et qu'il était urgent de retirer ce débris de verre en prenant soin de ne pas sectionner l'artère fémorale. Sans l'intervention rapide de cet homme et de celle des pompiers prévenus rapidement, je ne serais peut-être plus de ce monde. La veille de mon départ, tandis que je me délectais d'un pain au lait et d'un jus de pomme, je reçus une visite pour le moins inattendue : mon « sauveur » venait prendre de mes nouvelles. Sur l'instant, je ne l'avais pas reconnu, tout était allé si vite, mais sa voix, je ne l'avais pas oubliée :


– Bonjour jeune fille, comment vas-tu ? Tu nous as fait une belle peur tu sais. Mais dis-moi, comment t'appelles-tu ?


Je lui répondis, timidement :


– Je m'appelle Karine et j'ai dix ans.

– Enchanté Karine, tu sais, tu es beaucoup plus jolie quand tu souris. Accepte ce petit cadeau pour une enfant courageuse et prends bien soin de ce porte-bonheur ; qu'il te suive et te protège tout au long de ta vie.


Je découvris en ouvrant hâtivement le papier cadeau, une belle broche en forme de trèfle à quatre feuilles. J'étais à la fois ravie et surprise que « l'homme en noir », comme j'aimais le surnommer, m'offrît un si joli cadeau. J'étais sans voix.

Ne sachant comment le remercier à mon tour, j'eus l'idée de lui faire un joli dessin avec les crayons de couleur et le bloc-notes que mes parents m'avaient apportés dans la matinée. Je dessinai à ma façon un soleil avec le sourire qui va bien, un arc-en-ciel et un trèfle à quatre feuilles. J'ajoutai, émue, Merci Monsieur sur le papier en guise de signature et lui offris mon chef-d'œuvre qu'il plia et rangea soigneusement dans un livre qu'il tenait, depuis son arrivée, dans sa main.

Il salua mes parents et m'embrassa sur le front avant de partir :


– Merci de m'avoir offert ce joli dessin, je le garderai toujours avec moi, je ne t'oublierai pas. Prends soin de toi et des tiens.


J'étais heureuse et triste à la fois ; je savais que je ne reverrais jamais l'homme en noir qui m'avait sauvé la vie.


Les années ont passé, bon an mal an, comme on dit. J'ai porté cette broche quelques semaines avant de la ranger soigneusement dans un écrin noir. J'ai aujourd'hui vingt-huit ans, mariée et maman d'un petit garçon qui me comble de bonheur. Mon enfance, après cet accident, fut en général heureuse malgré les aléas de la vie auxquels on ne peut pas grand-chose. J'ai rencontré mon futur époux sur les bancs de la faculté de médecine d'Angers, ville que j'habite désormais après avoir quitté le cocon familial. Je vole de mes propres ailes, c'est la continuité logique de la vie. L'année dernière, toute la famille s'est réunie à Angers pour célébrer mon mariage en l'église de cette même ville. Maman, venue m'aider à choisir ma robe et tous les accessoires associés à l'événement, fit la moue en inspectant ma tenue : il manquait quelque chose, mais quoi ? Tant pis, la cérémonie avait lieu deux jours plus tard, hors de question de revenir en arrière. Et pourtant, le soir même, alors que je cherchais désespérément le pendentif que m'avait offert mon parrain pour ma communion solennelle, j'ai mis la main sur un écrin noir enfermant une broche :


–Le trèfle à quatre feuilles ! Mais oui bien sûr, voilà ce qu'il me manque pour parfaire ma tenue ! Oui, j'en suis certaine, elle me portera bonheur !


J'ai décidé de ne rien dire à mes proches qui la découvriraient pour certains, la redécouvriraient pour d'autres. Ce bijou a fait renaître en moi des souvenirs d'enfance enfouis dans ma mémoire, et je me devais de rendre hommage, le jour de mon mariage, à cet inconnu qui m'avait secourue et sauvé la vie. Ce serait la surprise du jour, la cerise sur la pièce montée ! J'avais hâte, si hâte !


La veille de la cérémonie, une mauvaise nouvelle a bien failli remettre en question l'échange de nos vœux ; le prêtre, souffrant, a dû être hospitalisé en urgence. Notre mariage risquait d'être repoussé à une date ultérieure, faute de remplaçant. Ce fut à la fois une déception et une grosse panique. Quant à ma mère, toujours la même réplique :


– Encore un mauvais coup du destin !


Alors que nous nous apprêtions à annoncer la mauvaise nouvelle aux convives, le téléphone sonna ; la cérémonie aurait bien lieu et ce serait l'évêque en personne qui nous unirait. Gros soulagement mais aussi grosse angoisse ! Un évêque qui ne savait rien des préparatifs organisés avec le malheureux prêtre, ça risquerait de tout gâcher ! Maman, cette fois-ci, n'a pas répliqué…


Le jour J, j'étais dans tous mes états : mélange d'euphorie et de stress. Tout devait être parfait pour le plus beau jour de ma vie ! Je suis entrée dans la cathédrale au bras de mon père, comme le veut la coutume. Chez nous, il faut respecter les traditions, c'est important les traditions. Benoît, mon futur époux, était déjà en place, impatient et nerveux de découvrir sa promise maquillée, coiffée et vêtue de sa robe blanche. L'évêque, après une dizaine de minutes de retard, arriva enfin. Tout autant impressionnée qu'angoissée, mes mains moites tremblaient et je n'avais qu'une idée en tête : ce « OUI » tant attendu, l'alliance et le baiser pour sceller notre amour. Soudain, le regard de l'évêque se posa furtivement sur ma broche. Un silence s'ensuivit avant qu'il prît la parole :


– J'aimerais, avant d'unir ce jeune homme et cette jeune femme, vous dire quelques mots : j'ignore si c'est un hasard, une coïncidence, ou le signe bienveillant de notre Seigneur, mais me savoir ici, remplaçant au pied levé le père Michel – à qui je souhaite un bon rétablissement –, et surtout devant une jolie jeune femme que j'ai rencontrée petite fille dans des circonstances particulières, me comble de bonheur, et me remplit d'émotion.

La voix, cette voix douce et rassurante, et ces yeux, verts, que je découvris, m'étaient étrangement familiers, même après dix-sept ans… Était-ce lui, l'homme en noir, mon « sauveur » qui s'apprêtait à me marier ? Mon Dieu, était-ce possible ? C'est alors que, fébrilement, il ouvrit son missel et en sortit une feuille qu'il me tendit avec un sourire radieux. Je découvris un soleil, un arc-en-ciel, le trèfle à quatre feuilles, que j'avais dessinés pour lui, et le timide « Merci Monsieur ». En bas, à droite, il avait ajouté : « Karine, Bordeaux, mai 2004 ». J'entendis ma mère s'écrier :


– En voilà une coïncidence !


Et mon « héros » d'ajouter, ses yeux embués fixés sur les miens :


– Tu vois, Karine, je n'ai pas oublié.


 
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   socque   
24/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'aime bien, parfois, sortir de ma vision sombre du monde et lire une histoire où tout le monde est gentil, normal, où les menaces de désastre sont désamorcées avec facilité et semblent ne se présenter que pour mieux savourer le bonheur constituant l'ordre naturel des choses. J'ai donc plutôt apprécié de pouvoir me dire que le point saillant de votre nouvelle serait la plaisante coïncidence dont le bout de phrase
c'est l'évêque en personne qui nous unira
m'avait révélé la teneur.

Cela dit, même pour cette histoire simple et douce, j'ai trouvé que l'écriture manquait de travail, de rigueur, peut-être tout simplement de relecture. Deux exemples :
Sans l'intervention rapide de cet homme et de celle des pompiers prévenus rapidement (ouah ! ça a été rapide)
lui offris mon chef d'œuvre qu'il plia et rangea soigneusement dans un livre qu'il tenait, depuis son arrivée, dans sa main. (phrase plutôt lourde à mon avis pour indiquer une action simple ; un excès de précisions, de détails superflus selon moi : le sauveur plie la feuille, il la range, et soigneusement, hein ! Il avait le livre dans sa main depuis son arrivée… Je m'en fiche un peu et ne comprends pas trop pourquoi la petite fille avait repéré tous ces détails)

D'une manière générale, il me semble que le récit est un peu trop long, a tendance à se perdre dans les détails, ce qui brouille la trajectoire narrative.

   Vilmon   
1/6/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
Une belle histoire de retrouvailles. L’introduction vient souligner le thème du récit, mais je me demande si son absence aurait permis de mieux conserver l’intrigue. La construction du récit est intéressante. Pour celle des phrases, peut-être revoir certaines formulations pour que la lecture soit plus facile. Une façon intéressante de faire ce récit par le témoignage de faits vécus.

   plumette   
1/6/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Une sympathique histoire racontée simplement et avec ce soupçon de suspens qui tient le lecteur en éveil.

Bravo pour la succession des hasards , d'abord malheureux comme le petit quelque chose qui manque pour parfaire la tenue , transformé grâce à la broche surgie du passé puis la maladie du prêtre transformée en présence de l'évêque pour aboutir à ces retrouvailles émues.
sur le fond, j'ai trouvé le récit du mariage un peu "convenu", mais cela n'a pas entaché mon plaisir devant le happy end car je suis sentimentale!

   Dupark   
1/6/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

le début effraye un peu. Un homme en noir semble séduire une jeune enfant. Mais j'ai l'esprit mal tourné, sauf si l'auteur m'a manipulé, ce qui est plutôt un bon point.
Mais tout va bien. Tout n'est que bienveillance.

À mon sens, il manque ce qui fait la littérature, à savoir les génératrices d'images que sont les métaphores.

Et un générateur de sens que pourrait être un aphorisme, même furtif. Je n'ai trouvé que "Les coïncidences n'existent pas, il n'y a que des hasards heureux" dans la description, en exergue.

   Donaldo75   
5/6/2022
 a aimé ce texte 
Bien
C'est une jolie histoire, bien racontée, équilibrée au niveau du découpage narratif. Karine nous livre son récit de manière simple et incarnée, ce qui rend la narration agréable à suivre. Etant donné que le format est court, il est nécessaire d'aller à l'essentiel mais sans perdre la matière qui rend l'ensemble intéressant, à savoir la dimension sentimentale, humaine de ce récit. Et là aussi c'est réussi. La fin m'a cueilli car je ne voyais pas comment tout ceci allait se terminer alors qu'a posteriori j'aurais du m'en douter; c'est très bon signe, cela signifie que je suis rentré dans l'histoire et ai suivi Karine dans son parcours de vie.

   Hananke   
26/6/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

J'aime bien cette nouvelle très sensiblement écrite qui se lit comme un conte de fées. On peut juste lui reprocher un peu de prévisibilité car on se doute bien avant la fin que cet évêque ne peut-être que
l'homme en noir, le mystérieux sauveur.
Mais ne gâchons pas notre plaisir, un peu de bonheur en quelques
instants de lecture ne peut pas nous nuire en ces temps bien troublés.
Pour moi, un essai réussi qui en augure d'autres, peut-être.

   Cat   
26/6/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Véro,

Une histoire simple et jolie, comme cela devrait l'être pour toutes les histoires de la vie.

Un trèfle à quatre feuilles qui fait un bien fou.

Bien sûr, on devine vite comment tout cela va se terminer, et l'écriture, quant à elle, ne s'embarrasse d'aucune fioriture. Pourtant tout est plaisamment dit.

C'est l'âme apaisée que l'on ressort de la lecture.
Que du bonheur pour la fleur bleue que je suis.

Merci pour le partage.

   senglar   
26/6/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Vero,


Que dire ? Qu'écrire après ce texte plein de bons sentiments ? La main de Dieu a des chemins bien impénétrables, que n'a-t-elle pas fait ici en faveur de la cérémonie du mariage. On a envie de rechercher, là-bas, au fond d'un tiroir, le livre de messe de notre communion solennelle.

On ne peut en aucun cas être ni censeur ni méchant. Après tout il reste le trèfle à quatre feuilles pour les anticonformistes sinon les mécréants.

Et on se plaît à rêver du côté de Pangloss...

   hersen   
27/6/2022
 a aimé ce texte 
Pas
Le problème de cette nouvelle est qu'il faut adhérer à beaucoup, vraiment beaucoup de "concepts".

En ce qui me concerne, ils en bloquent ma compréhension du pourquoi faire si manichéen ? Je ne suis pas convaincue du tout par ce "trop belle la vie", par tout ce bon sentiment qui finit pas un peu coller en glucose béni et au fil de ma lecture, forcément j'attendais quelque chose, comme dans toute lecture, je m'y enfonçais dans ce sucré.

Un point rigolo : L'église d'Angers est présentée un peu comme si elle était la seule dans cette ville. Mais je pense qu'il y en a bien 25 !

Alors pour conclure, si je n'ai pas aimé cette nouvelle par son côté franchement trop béni-oui-oui qui ne relève que de mon goût personnel, ^je pense aussi que la narration est tellement linéaire, tellement manichéenne, qu'en fait, on peut dans ce style traiter n'importe quel sujet, un auteur retombera toujours sur ses pattes. Mais privera alors son sujet de profondeur.
Ce qui relève du coup d'un point de vue littéraire.

Pardonne-moi Vero, je n'ai pas adhéré du tout. Mais je ne suis qu'une note discordante, rien de plus.

A te relire.

   Puzzle   
27/6/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Oui j'aime beaucoup ce texte qui rappelle qu'il y a une magie dans la vie et des coïncidences qui prennent leurs racines dans une "terre" ignorée ou oubliée. Là, quelqu'un n'avait pas oublié !

   papipoete   
1/7/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour vero
Quand l'enfant tombe, se blesse au sang, parait un homme en noir... On craint le pire...avec un homme en noir, et pourtant c'est tout le contraire ; il est son sauveur ! Karine en gardera la voix, le regard, et un médaillon porte-bonheur ; viendra le plus beau jour de sa vie, quand s'apprêtant à épouser son amoureux, l'évêque en personne allant les marier, se révèle être " l'homme en noir "
NB devant un scénario aussi réjouissant, mêlant curiosité et fantastique, on lit cette histoire comme on chanterait " une chanson douce... " que la mariée n'oubliera jamais, jusqu'au bord du petit lit de son enfant.
très original et écrit sans emphase. très belle histoire !
J'aime particulièrement le final, quand l'évêque veut dire quelques mots...

   Lulu   
30/7/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Vero,

J'ai bien aimé votre nouvelle, bien que j'ai trouvé la première partie un peu trop proche d'une écriture d'enfant, mais ça colle bien avec le récit, et cela m'a donné envie de poursuivre et je ne suis pas déçue.

Dans le paragraphe commençant par "Je me suis réveillée dans une chambre d'hôpital...", j'ai remarqué que vous aviez commencé à l'écrire en employant le couple passé composé et imparfait, puis à partir de "La veille de mon départ...", la narration passe au couple passé simple et imparfait. De fait, je crois que le mieux serait de séparer ce paragraphe en deux, ou éventuellement de rester en cohérence sur un même couple de temps.

Le récit m'a davantage plu au fil de la lecture qui présente l'avantage d'être simple et claire.

J'ai été étonnée par la dernière phrase, mais c'est une chute s'agissant d'une nouvelle. Elle est donc forcément inattendue.

Merci pour la lecture.


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