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Sentimental/Romanesque
Vicomte_Bidon : Le Café de la Paix
 Publié le 22/03/21  -  12 commentaires  -  8073 caractères  -  76 lectures    Autres textes du même auteur

Tu n'es pas sorti de l'auberge…


Le Café de la Paix


Une belle journée d’automne. Tu sors de la librairie, un lourd recueil de nouvelles de Cortázar lestant ton bras. Attiré par le soleil qui la baigne et peut-être par la jeune femme, plongée dans un bouquin, qui y est attablée, tu t’installes à la terrasse de L’Improviste. Tu y rencontreras Léa.

✽✽✽

Encore quatre cents kilomètres. Tu roules vers Léa. Vous ne vous êtes pas vus depuis un mois, depuis ce jour où elle t’a dit qu’elle souhaitait prendre un peu de recul. Elle est chez Julie, bientôt elle partira en tournée en Europe de l’Est pour plusieurs semaines. Il faut que tu la voies.

Te voilà arrivé. D’une cabine téléphonique tu appelles. Léa est irritée, finalement elle accepte de te retrouver au café jouxtant l’église Saint-Amand.

Le Café de la Paix, ce nom te paraît de bon augure ; il l’est : bientôt vous souriez à ce café de la paix au Café de la Paix.

Tu souhaiterais suivre la tournée de Léa, elle préfère que tu t’en abstiennes. Elle part.

Sans trop savoir pourquoi tu restes là, dans cette petite ville qui a vu vos retrouvailles. Tu passes l’essentiel de ton temps au Café de la Paix. Tu lis, tu écris. Puis, peu à peu tu découvres les autochtones. Ces piliers de bars, les Mailland, Frédo, ou Philou, qu’habituellement tu aurais soigneusement évités, tu les apprécies maintenant, tu leur trouves des qualités insoupçonnables, une humanité touchante… tu les aimes. Ils te font une place parmi eux.

Lors d’une soirée particulièrement imbibée, tu confies à Philou que c’est grâce à ce bar que, Léa et toi, vous vous êtes réconciliés… Philou acquiesce gravement à ces propos d’ivrogne : « Tu sais, je pense vraiment que ce lieu est magique… et sa magie, c’est nous : tant que nous serons là, nous vous porterons bonheur… »

✽✽✽

Le matin tôt. Tu ouvres les yeux : Léa est là, endormie à tes côtés. Ce miracle tous les jours renouvelé t’émerveille. Cinq années d’amour limpide.

✽✽✽

Pendant deux mois tu as réussi à tenir loin d’elle, mais aujourd’hui tu es là, dans sa rue, sa nouvelle rue, à attendre tu ne sais pas bien quoi. Elle sort de l’immeuble, t’aperçoit, semble hésiter, et retourne à l’intérieur. Tu te précipites. Trop tard. Porte fermée. Léa ne répondra pas à tes appels. Ce soir-là en traversant le pont, le fleuve noir t’attirera.

✽✽✽

Tu es entré en solitude. Ceux qui connaissent Léa, tu ne veux plus les voir, ceux qui ne la connaissent pas, tu ne veux pas les connaître.

✽✽✽

Tu retrouves le chemin des cafés. Tu observes les gens autour de toi, les écoutes – qu’ont-ils donc à se dire – prends des notes.

Puis, pas à pas, tu t’approches.

Une étudiante (tu la supposes étudiante) lit un de tes romans préférés, souriant tu t’apprêtes à le lui dire ; l’image de Léa, de votre rencontre placée sous l’auspice des livres, s’interpose entre vous, tu te détournes.

En soirée tu t’amarres au comptoir. Ce soir, tu ne sais comment, une conversation s’engage avec l’inconnue venue chercher un verre, elle te sourit et s’attarde, tu écoutes plus que tu ne parles, bien vite tu reçois ses confidences : désir, sexe, amour, couple et déception… tu la comprends, tu la connais depuis toujours, son sourire t’émeut, son regard te bouleverse, tu es amoureux… elle doit partir, vous vous serrez dans les bras longuement. Elle n’est plus là.

Corps parmi d’autres corps qui te frôlent, te touchent ou te cognent, tu danses frénétiquement, le bar est bondé, enfumé, sur la petite scène les musiciens se déchaînent, la sueur dégouline, les cheveux sentent la cigarette, on te tend un verre, elle est jeune, menue, ses yeux sont verts, au creux de sa clavicule brille une goutte de sueur, pour te parler à l’oreille elle se colle à toi, ses cheveux sont courts, ta main est sur sa nuque, c’est doux.

Tu es devenu un habitué matinal de L’Entre-Nous, il ouvre très tôt, on y côtoie des ouvriers venus se réchauffer autour d’un café et quelques fêtards qui y finissent leur nuit blanche. Tu aimes son atmosphère tranquille et populaire, tu lis un des nombreux journaux qui sont là à ta disposition : Libération, Canard enchaîné, Charlie hebdo, Monde diplomatique, Politis ; le patron affiche avec force ses convictions de gauche, et sa voix de stentor vibre d’indignation ou de passion. Tu l’apprécies, mais tu préfères quand il laisse la place aux serveuses. Tu t’attaches particulièrement à l’une d’elles, elle s’appelle aussi Léa, et irradie.

Un matin L’Entre-Nous prend feu : un mégot tombé par un soupirail dans la cave emplie de vieux journaux. Pas de victimes mais le bar et l’appartement du patron au-dessus sont entièrement ravagés. Fermeture définitive, disparition de la jeune Léa, celle que tu appelais ta petite sœur, et à qui tu n’avais jamais demandé son numéro de téléphone.

✽✽✽

Tu es attablé à L’Improviste, même jour, même heure, même table qu’il y a neuf ans lorsque tu y as rencontré Léa. Pendant cinq années, vous n’avez pas raté cet anniversaire, vous vous retrouviez là comme par hasard chacun à une table, chacun plongé dans un livre. Puis Léa se levait, et venait vers toi…

Depuis qu’elle t’a quitté, tu y viens seul.

Tu as commandé deux cafés. L’un est devant toi, le deuxième sur l’autre table – aujourd’hui elle était occupée, mais tu as convaincu son locataire de changer de place –, celle réservée à Léa.

Les cafés refroidissent.

Léa ne viendra pas.

✽✽✽

Dix ans après, même route, même véhicule, même destination : tu roules vers le Café de la Paix. Tu roules vers les souvenirs et vers les promesses que tu veux enfin tenir : « Compte sur moi Philou, je reviendrai. »

Tu roules. Tu penses à la réponse de Philou que tu avais si longtemps égarée : « Nous restons là, nous t’attendons, à distance nous veillerons sur vous, mais ne nous oublie pas, notre magie a besoin de foi pour fonctionner. »

Tu roules. Tu te vois déjà franchissant la porte du bar, ils seront tous là, à peine changés, les rides un peu plus marquées, les nez un peu plus rouges. Ils ne se jetteront pas dans tes bras, ils ne te souriront pas, comme des chats abandonnés ils t’ignoreront. Mais tu ne te décourageras pas, au bout de quelques jours et de nombreuses tournées, ils te feront à nouveau une place parmi eux… Et qui sait, peut-être, la magie reviendra… Un matin ensoleillé, en terrasse du Café de la Paix. Avant même de la voir, tu auras senti son parfum. Léa.

Tu es arrivé. Voiture garée. Tu marches lentement pour apprivoiser la ville. Te voilà sur la place de l’église. Enseigne à moitié détachée, volets à la peinture écaillée, murs lézardés, le Café de la Paix est fermé. Depuis des années. À jamais.

À terre. Atterré. Dos au mur, mur décrépi du café de la paix, quelle paix ? Paix écaillée, fissurée, meurtrie, à l’agonie. Tête dans les mains, tête vide, tête creuse, creusée par le chagrin, mains inutiles, mains absurdes. Que faire ? Que faire désormais ?

Tête doucement se relève, regard encore vague, visage s’entrouvre, ton visage, ton visage se dénoue, se retrouve, éclaircie d’un sourire. Tu sais. Tu vois. Le Café de la Paix revivra. Grâce à toi il revivra. Un peu d’argent, l’argent ce n’est rien. Courage, sueur, patience ou impatience apprivoisée, effort, peine et douleur, espoir, désir, vie qui à nouveau te tend la main. Un jour, bientôt peut-être, le Café de la Paix à nouveau ouvrira. Attirés, aimantés, amantés, les habitués reviendront, doucement, peu à peu. Mailland, Frédo, Philou. Puis des nouveaux, bientôt habitués eux aussi – en journée coin lectures, en soirée concert parfois, aux premiers rayons de soleil terrasse accueillante. Et un jour, peut-être. Ton regard attiré par une silhouette familière. Léa.


 
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   socque   
6/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien
À part ce moment dans le texte :
À terre. Atterré. (...) mains absurdes.
où je trouve que vous appuyez trop, l'ensemble de la nouvelle m'a paru bien équilibré, clair dans son déroulement, plaisamment allusif. En peu de mots une histoire d'amour se déploie et échoue, à moi lectrice de « joindre les points » à ma convenance pour combler les vides de l'intrigue. J'aime plutôt cette manière de faire.

J'ai le sentiment que le personnage, au dernier paragraphe, pèche par excès d'optimisme en imaginant Léa revenir à un Café de la Paix rénové et repeuplé pour elle... Mais cet aveuglement m'apparaît aussi touchant. Une histoire aigre-douce, que par tempérament je verrais plutôt tourner à l'aigre !

   ANIMAL   
7/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien
La nouvelle en elle-même aurait pu me séduire mais je bute sur la forme choisie par l'auteur. Pour ma part, ce style télégraphique ne convient pas aux émotions véhiculées par l'histoire. Je suis donc passée un peu à côté de ce texte et c'est dommage car il offre une belle réflexion sur l'amour et sur le rôle des troquets.

La chute est bien trouvée. J'aurais mis "beaucoup" pour le fond, "pas" pour la forme, donc je coupe la poire en deux.

   placebo   
13/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Tous ces cafés, ces femmes, ces recherches, pour revenir au même café et à la même femme :)

J’ai bien aimé. Cela se lit facilement.

Les "cinq années d’amour limpide", j’ai cru pendant un temps que ça avait été un rêve du protagoniste. Mais l’ensemble donne une impression de rêverie.

La fin, oui, bon. Il a vraiment été ensorcelé/condamné.

Merci pour le texte,
bonne continuation,
placebo

   plumette   
22/3/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Dix années en raccourci, servies par un style télégraphique et des ellipses : la forme choisie sert efficacement cette histoire écrite au "tu", ce qui est encore une autre originalité. J'ai apprécié.

la seule chose qui m'a dérangée est ce choix de séparer les paragraphes par des étoiles ( trois ou une seule ? l'intérêt de ce procédé ne m'a pas sauté aux yeux)

je me suis attachée à ce personnage hanté par Léa qu'il ne peut pas oublier malgré d'autres amours. Il faut bien vivre!

j'ai aimé cette addiction aux cafés, et cette croyance de la magie du Café de la Paix. Et l'idée de la chute, presque évidente quand on y pense !

contente de découvrir votre plume. A vous relire

   hersen   
22/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'histoire d'une obsession des cafés en souvenir de celle qu'on voudrait retrouver.

J'ai aimé ma lecture, avec l'impression de "lire un film" (si, si !) étant donné le rythme et aussi le "tu", qui, si il donne une prégnance au narrateur, oblige à un débordement vers le lecteur dont du coup je suis moins fan.

Une fin décidément optimiste. Mais des fois ça arrive :)) et si en plus chacun de son côté n'a pas "trop" changé, alors ça peut le faire !

Merci de la lecture, Vicomte !

   cherbiacuespe   
22/3/2021
 a aimé ce texte 
Pas
J'avais lu cette nouvelle en EL et décidé de ne pas commenter. La forme ne m'avait pas enchanté, loin s'en faut, et maintenant pas plus. L'idée est bonne et je ne doute pas que certains et certaines, sur Oniris, y soient sensibles. C'est pour cette raison que je n'ai pas jugé utile de l'apprécier. La séparation par des étoiles pour de courts chapitres, la narration et la construction ne m'ont pas séduit. Une autre fois peut-être.

   Corto   
22/3/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Vicomte. Votre nouvelle ressemble à un canevas déjà bien travaillé qui n'attend plus que la rédaction finale.
Pourquoi pas puisqu'on a ici l'essentiel, les personnages, leurs émotions, leur rapprochement et leur éloignement.

On a surtout cet envoûtement du personnage principal ce "Tu y rencontreras Léa" dont le lecteur a dès lors envie de savoir ce qu'il va faire pour assurer son rêve et son attirance.
Dès lors on est vraiment servi avec ces différentes scènes où il prend l'initiative, se fait des relations de bistrot, cherche à revoir Léa, en vrai ou en fantasme.
J'ai bien aimé ce passage qui décrit en peu de mots le gros coup de déprime: "Tu es entré en solitude. Ceux qui connaissent Léa, tu ne veux plus les voir, ceux qui ne la connaissent pas, tu ne veux pas les connaître."

On ne s'attarde pas toujours à la vraisemblance dans les passages où l'hypothèse du retour en arrière va jusqu'à affirmer "Le Café de la Paix revivra. Grâce à toi il revivra". Oui, bon, on ne va pas s'encombrer de réalisme là où le projet le plus fou a pris toute la place.
L'histoire est plaisante, riche d'imaginaire, de "pourquoi pas ?".

Je relève le petit clin d'œil avec le titre le "Café de la paix" un des cafés les plus snobs de Paris manifestement transfiguré et transposé dans un autre monde...OK pour la symbolique...

Bravo.

   Dugenou   
24/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Pour avoir par le passé réussi à faire publier un texte employant le 'tu', je sais que cela déplaît à certains lecteurs... motif invoqué : "on a pas gardé les cochons ensemble". Que je commue plus facilement en mon propre langage par "on a pas été en CHRS ensemble".

Mais passons. L'histoire est très digeste, la brièveté du texte y est sans doute pour beaucoup. Si on sent bien que le personnage principal souffre de son manque de "Léa", le texte y revient trop souvent, même si ce leimotiv donne son identité au texte...

Une bonne histoire, je dirais...

   Pepito   
24/3/2021
Hello Vicomte,

Marrant de te retrouver là sous un registre que je ne connaissais pas.
J'avoue, le sentimental/rom n'est pas trop ma tasse de thé, mais j'ai bien aimé l'écriture déliée et le tutoiement. Assez rare.

Donc pour la "forme" rien à dire, impec. Pour le "fond", ben c'est du sent/rom, tout est dit. ^^

Bonne continuation.
Pepito

   Vicomte_Bidon   
25/3/2021
Discussion, pour ceux qui le souhaitent, par ici : http://www.oniris.be/forum/le-cafe-de-la-paix-t29062s0.html

   Malitorne   
6/4/2021
 a aimé ce texte 
Pas
Je n’ai pas trouvé le scénario d’un grand intérêt, histoire de déception amoureuse qui ne sort pas du lot, avec comme toile de fond un établissement de boisson. Ça fait peu pour créer une véritable nouvelle, d’autant plus que le style réduit à son strict minimum n’aide pas à relever le niveau. Je ne doute pas que vous êtes capable de mieux, mais là c’est vraiment trop simpliste pour ma part.

   Eclaircie   
29/5/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Vicomte_Bidon,

La catégorie sentimentale romanesque, la plus fournie sur Oniris, m'a incitée à entrer dans ce "Café de la Paix".

Les astérisques entre les paragraphes courts permettent au lecteur de changer de contexte, de temps (comme je ne capte pas toujours tout, ça m'a aidée, merci !).
l'histoire en elle-même n'est pas très originale, elle est sentimentale, oui et romanesque, oui, aussi.
Les personnages sont vivants, ni bons, ni méchants, ils sont et ils ont tous leur importance, qu'o les voit à pine ou un peu plus.
Ensuite, je ne suis pas un grande lectrice, donc le style me convient très bien.

J'ai donc passé un bon moment à cette lecture, merci !
Éclaircie


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