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Aventure/Epopée
Vilmon : Choix du chevalier
 Publié le 25/07/22  -  6 commentaires  -  20275 caractères  -  27 lectures    Autres textes du même auteur

Vous semblez si brave et si adroit, explique-t-elle en ramenant ses mains à son cœur. Je vous connais si attentionné. Je vous ferai mon chevalier ! s’exclame-t-elle.


Choix du chevalier


La jeune dame Camille est au château de Loth, accompagnée d'autres jeunes dames. Elles sont venues rencontrer les apprentis chevaliers. Il est temps pour elles de se choisir chacune un protecteur afin de mener à bien leurs missions. En tant que représentantes de l'Église des Illuminés de l'ordre du bâton, elles s'occupent de la diplomatie et de la justice. La visite est terminée. Et la jeune dame Camille hésite à faire son choix. À sa demande, les autres jeunes dames l’ont laissée au jardin du château de Loth. Elle y est venue pour se recueillir parmi les fleurs et les arbres. Avec son ombrelle qu’elle balance au-devant pour éviter les obstacles, elle emprunte les sentiers du jardin. Elle arrive à un grand bassin et s’y arrête en y voyant des petites flammes de couleurs. Des poissons. Elle dépose son ombrelle près d’elle et s’allonge près du bord. Elle promène sa main dans l’eau et regarde avec émerveillement les poissons s’affoler.


Elle a passé le rite de l'ascension il y a quelques semaines. Un gage avec son dieu par lequel elle accède à un don en échange du sacrifice d'un de ses sens. Elle a choisi d'offrir sa vue, comme l'avait fait son héroïne, la dame Charmille. Son don lui permet maintenant de distinguer différentes couleurs variables autour d'elle, sans en comprendre tout à fait la raison. Les jardins sont devenus les endroits les plus magnifiques. Elle peut y voir beaucoup de couleurs qui lui permettent d'avoir une vue presque normale. Et les oiseaux. Il semble qu’elle peut leur parler, à tout le moins, qu’ils la comprennent. Pendant qu’elle passe la main dans l’eau, qu’elle aperçoit une couleur plus faible, les oiseaux volent, chantent et sautillent autour d’elle. Subitement, ils s’envolent tous vers les arbres. Camille se retourne et aperçoit une silhouette humaine. Elle ne peut pas la voir précisément, ce n’est qu’un assemblage de plusieurs couleurs, une forme luminescente au contour diffus. Un homme, devine-t-elle par la démarche, le dos bien droit, le pas souple et assuré, un combattant.


– Jeune dame Camille, dit l’homme gravement, je ne laisserais pas ma main aussi longtemps dans ce bassin, si j’étais vous.

– Oh ! Apprenti chevalier Rocambourg, s’exclame-t-elle en reconnaissant sa voix et en se tournant vers lui en retirant sa main de l’eau, le visage épanoui. Ces poissons sont si beaux ! Toutes ces couleurs vivaces lorsque je leur tends la main. Venez admirer.


L’homme s’approche d’elle et s’arrête à ses côtés. Il se penche légèrement et regarde les sourcils froncés.


– Votre don de la vue suite à votre ascension sans doute y voit des merveilles, jeune dame, lui précise-t-il d’un ton neutre. Pour ma part, ils sont tout à fait gris et ennuyeux.

– Mais attendez, voyez lorsque je mets ma main dans l’eau. Toutes ces couleurs qui s’agitent.

– Comme je vous l’ai conseillé auparavant, je ne laisserais pas ma main dans ces eaux si longtemps, dit-il sombrement.

– Pourquoi ? lui demande-t-elle, un peu apeurée, en ramenant sa main vers elle.

– Parce que ce sont des poissons carnivores.

– Des poissons carnivores ! répond-elle, horrifiée, se levant d’un trait. Mais pourquoi des poissons si sinistres sont si colorés ? demande-t-elle tristement.

– Allons, jeune dame, ne soyez pas si triste, la rassure-t-il avec sérieux. C'est la nature, le lièvre mange du trèfle et le loup chasse le lièvre. C’est ainsi et nous n'y pouvons rien. C’est ce qui nous anime et nous donne une raison d’être. Mais j’aimerais bien mettre la main au collet de celui qui a eu cette sombre idée d’ajouter ces poissons à ce bassin. C’est bien mesquin de sa part, proteste-t-il en prenant l’ombrelle près du bassin.

– Vous avez raison, apprenti chevalier, c'est ainsi la vie, acquiesce-t-elle songeuse.

– Toute cette vie est sans doute ce que vous voyez maintenant. L’excitation de ces poissons pour la chair a certainement provoqué des couleurs, ne croyez-vous pas ? demande-t-il en lui tendant l’ombrelle.

– Chevalier ! s’exclame-t-elle en le touchant légèrement au bras.

– Apprenti chevalier, précise-t-il. Qui a-t-il, jeune dame ? lui demande-t-il d’une voix neutre, un peu intrigué.

– Voilà ! Vous avez trouvé, lance-t-elle. Voici des jours depuis mon ascension que je me demande ce que je vois depuis que j’ai sacrifié ma vue au service de la Mamba Noire.

– Vraiment ? demande-t-il, perplexe, ramenant vers lui l’ombrelle oubliée.

– Bien sûr ! Comme vous dites, je vois les couleurs de la vie qui nous entoure. N’est-ce pas merveilleux ? Et c’est si beau !

– J’en suis bien heureux pour vous, lui confie-t-il avec sincérité.

– Et voilà pourquoi je ne perçois pas les murs, les objets et le ciel. Toutes ces choses sont obscures pour moi, car elles ne sont pas vivantes. Par contre, je vois un peu l’eau et ce n’est pas vivant, remarque-t-elle songeuse.

– Peut-être y a-t-il de la vie dans l’eau, lui propose le chevalier nonchalant en examinant le manche en roseau de l’ombrelle et testant son poids, son centre de gravité. Comme de très petites mouches ou je ne sais quoi, offre-t-il en glissant le coulisseau d’ouverture, avec une moue d’appréciation.

– Vous croyez ? lui demande-t-elle en le regardant avec attention. Et je peux voir toutes ces fleurs et ces plantes autour de nous. Et si un objet se trouve devant, je peux le distinguer, précise-t-elle en levant l'index.


Et comme pour le prouver, la jeune fille s’approche d’une roseraie en évitant le banc qui se trouve sur son chemin. Elle s’y penche pour humer le parfum des fleurs. Puis émerveillée, elle tourne sur elle-même. Dans son envol, sa robe se prend parmi les épines. Et la jeune dame s’arrête de tourner, embarrassée par sa robe agrippée, le visage inquiet et désolé. L’homme s’approche d’elle, secouant la tête avec les sourcils froncés.


– Jeune dame, vous devez prendre garde. Votre regard n’est plus le même, lui reproche-t-il.

– Oh ! Vous avez bien raison, apprenti chevalier, confie-t-elle, un peu repentante. Pouvez-vous m’aider ? sollicite-t-elle à voix basse.

– Mais bien sûr, c’est mon intention, affirme-t-il en s’approchant, l’ombrelle sous le bras.


Avec grande patience, l’homme défait une à une les épines accrochées à la robe. La jeune femme tente de l’aider sans succès, parfois en s’emmêlant encore plus.


– Allez, c’est terminé, déclare-t-il avec assurance. Vous êtes délivrée des horribles ronces qui dévoraient votre robe. Prenez ma main, jeune dame, suivez-moi, que je vous éloigne de ce fâcheux incident.


La jeune fille lui donne la main avec confiance et le suit avec un sourire. L’homme la guide de quelques pas loin de toute roseraie, au cas où elle tournerait de joie à nouveau.


– Comme vous êtes gentil avec moi, apprenti chevalier, lui concède-t-elle après qu’il lui a laissé sa main.

– Hum, lui grogne-t-il embarrassé en lui tendant à nouveau l’ombrelle.

– Vous êtes si patient et respectueux avec moi. J’ai l’impression que tout le monde se moque de moi et me croit sotte, dévoile-t-elle la tête baissée, les mains jointes sur son ventre.

– Des malappris, jeune dame, croyez-moi, lui réplique l’homme avec dédain, fendant l’air avec l’ombrelle. Ils ne savent pas reconnaître votre qualité ni accepter votre enthousiasme, déclare-t-il avec sérieux en ramenant l’ombrelle sous son bras.

– Et vous avez toutes ces belles couleurs en vous, partage-t-elle en se redressant. C’est si merveilleux de vous regarder ! lui confie-t-elle radieusement.

– Hum, vraiment ? Je n’y vois rien de particulier, feint-il en se détournant un peu d'elle en piquant la pointe de l’ombrelle au sol. Bien qu’il faudrait me secouer un peu de cette poussière. Cette chevauchée sur la route n’arrange rien à ma tenue, j’en conviens.

– Je n'ose vous demander… souffle-t-elle à faible voix avec hésitation.

– Quoi donc, jeune dame Camille ? lui demande-t-il, intrigué, en la regardant.

– Me permettez-vous de sonder votre visage de mes mains ? lance-t-elle timidement. Mon don ne me permet pas de distinguer les détails et j’aimerais me faire une image de vous.

– Je n'y vois aucune insulte, convient-il en se tournant vers elle en prenant l’ombrelle à deux mains.


La jeune dame élève les mains et les approche de lui. Elle touche ses épaules, remonte le cou jusqu’au menton. Ses doigts effleurent les joues, les yeux, le nez, passent aux oreilles et aux tempes. Elle glisse ses doigts autour de la chevelure et remarque la petite tresse derrière la tête.


– Oh ! Vous portez la tresse des maîtres d’armes de l’ouest, remarque-t-elle sérieuse. On m’a dit que ce n’est plus utilisé depuis longtemps.

– Je sais, jeune dame, lui confirme-t-il un peu timide. Une vieille habitude, mais comment une jeune dame qui a passé sa vie au couvent de Loth peut reconnaître cette tresse ? demande-t-il intrigué.

– Je l’ai lu dans mes livres.

– Oh ! Des livres, énonce-t-il gravement. Il ne faut pas croire tout ce qu’on y raconte.

– Je trouve que c’est très élégant et chevaleresque, exprime-t-elle en souriant.


Elle retourne à quelques détails du visage et termine en laissant ses mains sur ses épaules.


– Corrigez-moi, chevalier, reprend-elle avec un sourire timide, les sourcils légèrement froncés. Il n'y a guère longtemps que j'utilise mes doigts de cette manière. Je crois que vous avez une mâchoire carrée, ce qui vous donne un caractère solide. Un long nez droit et fin, des yeux ni trop distants ni trop proches, des oreilles de taille moyenne avec de larges lobes, une chevelure fournie, courte et un peu débraillée. J'aime bien ce visage, chevalier, déclare-t-elle avec un sourire. Il est rigide et élégant à la fois, exprimant une force de caractère et du jugement. Votre large cou et ces épaules musclées me disent que vous avez une grande force physique, affirme-t-elle en tapotant légèrement ses épaules. Je vous crois parfois téméraire et toujours prêt à passer à l'action, termine-t-elle enjouée en riant, ramenant ses mains croisées sur son cœur.

– Vous me flattez, ma jeune dame, je ne peux rien reprocher à votre analyse, lui confie l'autre un peu surpris. Si ce n'est à propos de mes lobes, que je trouve d'une taille très normale, plaisante-t-il d'un ton enjoué.

– Oh ! s'écrit-elle en portant ses mains à sa bouche. Je n'ai pas voulu insinuer qu'ils étaient anormaux, précise-t-elle en riant de bon cœur.

– Permettez-moi d'ajouter, de mon côté, que vous êtes très charmante et que plusieurs apprentis chevaliers détournent leur regard bien qu'ils ont déjà une jeune dame à leur bras.

– Vous êtes trop flatteur, proteste-t-elle en rougissant. Et comment me regardez-vous ? demande-t-elle, un peu espiègle.

– Je ne porte pas le même regard sur vous, annonce-t-il d'un ton sérieux.

– Oh ! Je ne voulais pas offenser, assure-t-elle, un peu repentante. Et qu’est-ce qu’un chevalier de votre expérience fait parmi tous ces aspirants chevaliers ? demande-t-elle avec hésitation.

– Comme d’autres vous l’ont certainement raconté, je ne suis plus jeune, lui souligne-t-il d'un ton grave. Je suis un vétéran qui a parcouru l’Empire. Et franchement, jeune dame Camille, je ne suis pas fier de tout ce que j’ai fait ni de ce que j’ai vu, stipule-t-il, les sourcils levés, une moue négative. J’aimerais en sorte pouvoir offrir mon talent de combattant pour une meilleure cause, lui confie-t-il en frappant l'ombrelle légère dans sa paume, d'un ton plus léger.

– Vraiment ? demande-t-elle avec surprise.


La jeune dame prend un pan de sa robe d'une main et fait quelques pas, se tapotant son menton avec l'index. Puis elle se retourne et se croise les mains près de la taille.


– Mon choix est fait, apprenti chevalier Rocambourg, affirme-t-elle d'une voix claire. C’est vous !

– Quoi, c’est moi ? demande-t-il, les sourcils froncés, ramenant l’ombrelle sous le bras.

– Vous semblez si brave et si adroit, explique-t-elle en ramenant ses mains à son cœur. Je vous connais si attentionné. Je vous ferai mon chevalier ! s’exclame-t-elle.

– Tout l’honneur serait pour moi, jeune dame, lui répond l’homme avec chaleur en la saluant, sa main formant des arabesques, l’autre, portant l’ombrelle derrière son dos.

– Oh ! Encore toutes ces couleurs en vous ! C’est si merveilleux ! s'écrit-elle en frappant des mains et en tournant sur elle-même.

– Allons, du calme, jeune dame Camille, lui recommande-t-il en se redressant. Il ne faudrait pas s’empêtrer à nouveau dans ces sauvages épines, précise-t-il avec sérieux, lui présentant à nouveau l’ombrelle.

– Oh ! Vous avez raison, convient-elle un brin plus sérieuse. Je dois aller confirmer mon choix à la régente, décide-t-elle avec assurance.


Elle fait un premier pas, hésite. Puis un second s’arrête et se tourne vers l’homme.


– Chevalier, pourriez-vous m’aider et me guider, s’il vous plaît ? lui murmure-t-elle. Bien que j’y voie un peu, en tournant, j’ai perdu mes repères. Et je crois avoir oublié mon ombrelle quelque part, hésite-t-elle en portant ses mains à son ventre.

– À votre service, ma jeune dame, lui déclare-t-il fièrement lui tendant respectueusement le bras.

– Merci, lui exprime-t-elle chaleureusement en posant sa main sur son bras.

– Et voici votre ombelle, ajoute-t-il en la lui déposant dans l’autre main.

– Oh ! Vous l’avez retrouvée, se réjouit-elle en la prenant et la pointant au sol devant elle.


Ils se dirigent vers la sortie du jardin. L’homme, le dos droit et le pas souple. La jeune dame, souriante et balayant l’ombrelle fermée devant elle. À la sortie, un homme se présente devant eux. Il est grand et bâti, s'avançant avec des mouvements brusques.


– Est-ce que cet homme vous importune, jeune dame Camille ? demande-t-il d'un ton sec.

– Apprenti Garnachez, une jeune dame vous a-t-elle choisi ? rétorque Rocambourg d'un ton neutre.

– Je suis ici pour faire la demande à la jeune dame, Rocambourg, précise-t-il sans le regarder. Vous m'aviez promis de me choisir, jeune dame Camille, lui indique-t-il en prenant le bras de la jeune dame.

– Mais… lance-t-elle embarrassée. Je ne vous ai rien promis sauf d'y réfléchir, s'oppose-t-elle timidement en voyant des couleurs moins plaisantes dans cette silhouette.

– Laissez cette jeune dame, Ganarchez, l'avertit Rocambourg d'un ton menaçant.

– La jeune dame n'a pas encore choisi, je peux lui offrir mes services sans que vous vous interposiez, Rocambourg, riposte l'autre tout aussi menaçant en le regardant dans les yeux.

– Je n’aime pas vos couleurs, confie-t-elle songeuse. J'ai fait mon choix, prononce-t-elle, d'une voix claire, la tête haute, confiante, ramenant l’ombrelle près de son cœur, se défaisant de l’emprise de Garnachez.

– Non, feint Garnachez en les regardant tour à tour. Elle t'a choisi, vieux loup, grogne-t-il avec répugnance. Vous pouviez choisir un apprenti chevalier jeune, fringant et vaillant. Le meilleur des apprentis, jeune dame, lui reproche-t-il en la regardant. Vous êtes bien sotte de choisir ce vieux Rocambourg. Quel assortiment dépareillé vous faites ! râle-t-il avec véhémence.

– Garnachez, prévient Rocambourg avec force. Il suffit d'insulter la jeune dame.

– Et qui va m'en empêcher ? Toi, vieux loup ? poursuit l'autre en lui poussant l'épaule.

– Tenez-vous derrière-moi, jeune dame, lui conseille Rocambourg en la poussant délicatement derrière lui tout en se mettant au-devant.

– Tu ne me fais pas peur, Rocambourg, annonce Garnachez en tentant de pousser son épaule à nouveau.


Rocambourg, d'un geste rapide, pare le bras venant vers lui et le pousse, faisant reculer l'autre d'un pas. Offusqué par la riposte, Garnachez fronce les sourcils en grognant, puis lance son poing vers Rocambourg. Ce dernier l'évite de justesse et répond avec deux coups au ventre, lui coupant le souffle et le faisant reculer de deux pas. Garnachez le regarde avec rage et le charge, les bras ouverts. Il s'empare de Rocambourg comme un ours, bousculant la jeune dame au passage qui tombe au sol, l’ombrelle égarée à ses côtés. Les bras de Garnachez encerclent le torse et les bras de l'autre et il le soulève du sol en criant. Rocambourg le frappe au front avec sa tête lui faisant lâcher prise. Puis, un poing au ventre, pliant son adversaire, et un coup sur la nuque, faisant tomber le grand homme. Il se précipite sur son dos, lui empoigne le bras et le courbe vers le haut, immobilisant Garnachez au sol par la douleur.


– C'est terminé, Garnachez, déclare gravement Rocambourg. Tu dois des excuses à la jeune dame, mais pas en ce moment. Elle mérite que tu le fasses lorsque tu seras calme, indique-t-il en poussant plus haut le bras.

– Apprenti chevalier Rocambourg, demande timidement la jeune dame assise au sol, désemparée, ne voyant que deux formes colorées. Est-ce que ça va ? ajoute-t-elle en tentant de retrouver son ombrelle.

– Tout va très bien, jeune dame Camille, le rassure Rocambourg. Cet homme vous fera ses excuses lorsque son esprit aura refroidi, explique-t-il gravement.


Rocambourg donne un dernier coup de poing à l'autre comme avertissement et le relâche. Il s'éloigne en gardant les yeux fixés sur Garnachez. Il s'approche de la jeune dame, se penche légèrement et l'aide à se relever en lui prenant le bras. Une fois debout, il s'incline à nouveau, récupère l’ombrelle et la lui présente à sa main.


– Venez, jeune dame, je vous reconduis au couvent, affirme-t-il en déposant sa main sur son bras. C'est terminé, il n'y a plus rien à craindre.

– Merci, lui confie-t-elle faiblement en se cramponnant à son bras d’une main, son ombrelle sous le bras, et en posant sa tête sur son épaule.


Garnachez se relève péniblement et les regarde avec colère le quitter lentement, lui faisant dos.


***


Après quelques minutes, la jeune dame reprend confiance et se redresse. Elle retrouve le sourire en apercevant les arbres de la place centrale. Elle prend en main son ombrelle et la promène au-devant. Voyant le retour de sa bonne humeur, l'apprenti chevalier reprend la conversation.


– Jeune dame, je pourrais comprendre que vous veuilliez reconsidérer votre choix après mon comportement tout à l'heure, lui confie-t-il d'une voix neutre. J'ai été brusque et j'ai failli laisser ce Garnachez toucher à l'un de vos cheveux. Vous aimeriez sans doute porter votre choix pour un apprenti chevalier plus jeune.

– Reconsidérer ? s'étonne-t-elle en s’arrêtant. Je ne comprends pas, apprenti chevalier. Vos gestes, votre bravoure face à cette brute et votre galanterie ne font que confirmer mon choix, explique-t-elle avec enthousiasme. Vous avez été merveilleux !

– Vraiment ? demande l'autre surpris. J'ai cru que ce silence exprimait le regret de votre choix. Alors vous maintenez votre décision ? ajoute-t-il, les sourcils levés.

– Bien sûr, confirme-t-elle avec conviction, en lui serrant le bras et reprenant la marche d’un pas lent. Je peux vous partager un secret ? lui confie-t-elle en chuchotant. Je veux servir notre Église des Illuminés, mais tout comme vous, j’aspire à rendre le monde meilleur. J’aimerais que mon don puisse aider les gens autour de moi, à les rendre heureux, dévoile-t-elle en soupirant.

– Jeune dame Camille, prononce-t-il avec un sourire. Je crois sincèrement que nous ferons une bonne équipe.

– Oh ! C’est merveilleux ! s'exprime-t-elle en riant. Vous êtes tout à fait le chevalier que j’espérais. Vous êtes comme ceux dans mes livres, confie-t-elle songeuse. Nous allons vivre des aventures, comme dame Charmille et son chevalier Godard. Vous connaissez leur histoire, chevalier Rocambourg ?

– Apprenti chevalier, précise-t-il. Non, je n’ai pas eu ce plaisir.

– Eh bien, il y a quelque temps, dame Charmille était en mission avec le chevalier Godard, raconte-t-elle avec sérieux. Il a combattu un démon et a sauvé la vie de dame Charmille.

– J’espère ne pas en arriver là.

– Je suis impatiente pour ma première mission. Quelle aventure ! déclare-t-elle en riant. Vous voyez, ils n’avaient pas cru qu’un démon les poursuivait, reprend-elle avec sérieux.


La jeune dame lui raconte l’histoire en marchant lentement. Le chevalier l’écoute avec attention, évitant les coups d’ombrelle que la jeune dame élance en lui faisant le récit.


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Ce texte est le dernier épisode d’une série proposée avant le changement de procédure.


 
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   chVlu   
6/7/2022
 a aimé ce texte 
Un peu
Bien qu'en EL j'ai bien sûr identifié que ce texte fait partie d'une série dont j'ai déjà commenté un épisode ou 2. Il m'est apparu difficile de commenter sans ces références que j'avais forcément en tête à la lecture

Rien à redire sur l'écriture, elle est maitrisée mais ici elle ne n'enflamme pas comme lecteur. La lecture se fait tranquillement sans surprise, ni bonne, ni mauvaise !
L'intrigue me semble être partie en vacance au pays des abonnés absent ici, le monde "fantastique" me parait bien fade dans cette partie de l'épopée.
La rencontre et le rapprochement du chevalier et de la dame ne parait aller de soi, sans rien qui rend tout cela exaltant, même le combat des "coqs" me semble très banals et convenu.

Bref je n'ai pas trouvé ce texte mauvais mais l'histoire trop linéaire, sans relief.


Dommage, de mémoire, j'espérai de la surprise, du rebondissement ou de l'exaltation dans cette rencontre annoncée par la nouvele précédente de la série !

   socque   
25/7/2022
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'apprécie toujours la fraîcheur des sentiments qui s'exprime dans votre série, le fait de retrouver un monde aux couleurs tranchées où la noblesse de cœur se fait jour dans le physique, mais je dois reconnaître que je ne lirais probablement pas tout le roman dont ces différentes histoires me semblent des moments choisis : d'une part parce que la simplicité à l'œuvre chez les personnages m'apparaît parfois toucher au simplisme, d'autre part parce que je trouve l'écriture des dialogues artificielle par moments ; beaucoup trop de didascalies à mon goût, et le jeu des manipulations de l'ombrelle, loin de m'amuser, m'a carrément lassée.

Des remarques en vrac.
s'exclame-t-elle en reconnaissant sa voix et en se tournant vers lui en retirant sa main de l’eau
C'est le cas le plus flagrant, mais j'ai remarqué tout au long du texte une tendance à aligner les participes présents pour souligner l'action. Trois ici cela se remarque beaucoup, mais même deux à la file, selon moi, suffisent à déséquilibrer une phrase.
Il se penche légèrement et regarde les sourcils froncés.
Le sens de la phrase, sans virgule d'apposition, est que ce sont les sourcils froncés l'objet du regard de Rocambourg, non que, en fronçant les sourcils, il regarde dans le bassin.
demande-t-elle tristement.

– Allons, jeune dame, ne soyez pas si triste,
La répétition se voit, je trouve.

   AnnaPanizzi   
25/7/2022
Hello Vilmon,

Je vais hélas rejoindre mes précédents petits camarades, et tu me diras si je me trompe, j'ai l'impression qu'il y aune sorte d’essoufflement ou de fatigue de ta part sur ce nouvel extrait de ton cycle. Et on le sent dès la première phrase (La jeune dame Camille est au château de Loth, accompagnée d'autres jeunes dames.) Deux fois jeune dame ? Alors que tu avais tellement de possibilités de varier comme par ex Au chateau de Loth, la jeune Camille se retrouve en compagnie d'autres dames de son âge. Deuxième point soulevé, ton extrait est trop long pour capter une attention soutenue. J'en veux pour preuve le passage où elle flirte avec le chevalier aurait gagné à être débroussaillé. Un peu pareil avec le duel final, tu es trop dans la courtoisie des duels des écrivains du 18eme, il faut à mon sens moderniser et apporter un peu de teneur, de mordant à cet affrontement. Bon j’arrête là avant de te saouler^^ Et je reste sur le souvenir du 2eme extrait que tu as proposé qui est pour moi le meilleur, de loin, pour le moment.

Dame Anna de la Contrescarpe

   Dugenou   
25/7/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Vilmon,

Je trouve que ce dernier opus manque de pep's, à croire que votre inspiration se perd, ou que vous n'y êtes plus 'raccordé' (le terme exact me fait défaut pour le moment) de la même façon. Je trouve également un je-ne-sais-quoi de gnan-gnan dans la relation entre cette Dame et son chevalier servant, relation vertueuse comme on en trouverai dans un récit plus pastoral, exception faite que les protagonistes ne gardent pas de troupeaux.

Si vous proposez votre oeuvre au format "Roman' et qu'il est publié, soyez assuré, je le lirai volontiers, ne serait-ce que par curiosité.

Merci de cette lecture.

   senglar   
25/7/2022
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour vilmon,


Je vois ici une histoire de Fantasy type pré Harry Potter ; ça me fait penser à cette littérature pour jeunes adultes que l'on propose chez France Loisirs (qui propose par ailleurs d'excellents ouvrages dans d'autres domaines).

"Camille", "Rocambourg","Garnachez", les noms sont bien choisis, ils ont la tête de l'emploi.

J'ai eu peur un instant que les mains de la jouvencelle ne reprennent leur balade après avoir quitté les épaules du chevalier. Là on changeait de registre pour celui de 50 nuances de gris. Adieu les jeunes adultes ! Quoique...

Je ne vois pas comment Rocambourg peut n'être qu'un apprenti chevalier alors qu'il a une telle expérience et est qualifié de vétéran. Il est vrai que je prends la saga en cours.

Quand je vois aussi combien l'ombrelle est le fil de l'histoire dans cet opus, je crois que l'on pourrait qualifier cet apprenti de Chevalier à l'ombrelle. Cela conviendrait bien au ton du récit qui est d'un roman de chevalerie. A l'eau de rose. Bien sûr on est dans le roman courtois. Trop.

J'ai quand même du mal à comprendre une telle rivalité pour une jeune dame en fin de compte aveugle. comment peut-elle être le choix du grossier Garnachez. C'est bien à Garnachez d'ailleurs que ressemblaient les rudes et frustes chevaliers de l'époque et non pas au trop policé Rocambourg.

Je me dis que Camille a vraiment lu trop de livres de chevalerie. Bon c'était dans l'air du temps.

Beaucoup trop d'éléments font que je ne suis pas ici convaincu.


senglar
du côté de Garnachez

   cherbiacuespe   
14/9/2022
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Comme prévu et sans surprise, l'héroïne choisit le héros, pas d'erreur, et l'abruti de service se pointe et reçoit une leçon.

Ce chapitre me paraît un peu trop stéréotypé, trop prévisible, l'affrontement entre les deux protagonistes n'y échappe pas. Rocambourg m'apparaît sans relief et mériterait un profil plus complexe (il a un passé mouvementé). Attention à ne pas endormir le lecteur avec un récit trop prévisible et des protagonistes sans caractères (dame Camille exceptée).


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