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Aventure/Epopée
Vilmon : Jeune Camille, Ascension
 Publié le 16/05/22  -  8 commentaires  -  23244 caractères  -  41 lectures    Autres textes du même auteur

Dieu de l'Illumination, acceptez le sacrifice de ma vue. Accordez-moi votre confiance pour recevoir votre don. Permettez-moi d'être près de vous en célébrant l'Ascension. Venez m'illuminer.


Jeune Camille, Ascension


La jeune Camille, encore adolescente, tout près de devenir femme, se recueille devant un grand bassin d'eau. La surface est parcourue de flammes bleutées. Leur lueur se réfléchit dans sa chevelure noire et lustrée. La coupe carrée, proche de celle d'un page, lui balayant les épaules, encadre un visage juvénile et innocent. Des yeux d'un bleu clair, presque gris. Un petit nez, légèrement retroussé, ayant quelques taches de rousseur à la racine. De minces lèvres rosées, arborant un léger sourire permanent. Elle est agenouillée à l'intérieur d'une colonnade en cercle, décorée d'une centaine de voiles blancs translucides. Ils gonflent sous la douce brise qui caresse cette soirée sans lune. Le toit est un dôme blanc où se jouent les reflets bleutés des flammes. La jeune femme porte ses bras en croix, chaque main sur l'épaule opposée. Elle est au centre d'une mosaïque composée de deux losanges superposés, formant une étoile à quatre pointes. Le parfum d'agrume et de vanille se dégageant des petites lampes d'huile au sol autour d'elle l’enivre un peu. Elle récite une prière pour son dieu.


– Dieu de l'Illumination, je suis prête à vous servir. Acceptez le sacrifice de ma vue en gage de notre alliance. Accordez-moi votre confiance pour que je puisse vous servir de tout mon être. Donnez-moi force et courage pour être digne de recevoir votre don. Permettez-moi d'être près de vous en célébrant l'Ascension. Venez m'illuminer.


C'est l'aboutissement de plusieurs années de réflexion, de préparation spirituelle et d'études liturgiques pour elle. Le rite de l'Ascension est le plus important passage religieux de l'Église des Illuminés. Par le sacrifice d'un de ses sens, la vue, l'ouïe ou la parole, ou encore, la nature de procréer, la personne, homme ou femme, s'unit à son dieu qui complète l'alliance en lui accordant un don surnaturel. La nature du don reçu suit la seule volonté du dieu. Et il permet à la personne de lui rendre hommage et de servir son Église.


Camille a choisi de se joindre à l'ordre du bâton. Celui de la diplomatie et de la justice. Un choix presque naturel puisqu'elle a grandi au couvent de Loth, un centre liturgique de cet ordre. Elle aurait pu aussi choisir de servir pour l'ordre des épées, combat et défense, celui de l'écu, état et finance ou pour la coupe, foi et liturgie. Mais elle préfère suivre la même voie que dame Charmille. Une femme qu’elle admire beaucoup et qui lui sert de modèle. Elle veut tant lui ressembler qu'elle a choisi de sacrifier sa vue et de vivre son Ascension très jeune, tout comme elle. Elle rêve de vivre de grandes aventures comme dame Charmille. Chasser et exiler des démons, parcourir l'Empire, réaliser des missions diplomatiques dans différents royaumes, appliquer la loi et la justice. Et secrètement, au plus profond d'elle-même, elle veut participer à la création d'un monde meilleur. Aider les gens à s'épanouir, s'accomplir et grandir spirituellement.


Le couvent de Loth l'a accueillie vers l'âge de deux ans. Elle avait été laissée au seuil de ses grandes portes. Orpheline, le couvent a accepté de l'adopter. Elle a grandi, seule enfant parmi des adolescentes et des femmes au pouvoir surnaturel parfois étrange. Maintenant âgée de seize ans, elle a annoncé qu'elle était prête pour son Ascension. Certaines dans l'Empire ou les royaumes se marient à cet âge. Tout comme elles, Camille voit dans ce rite son propre mariage avec son dieu et sa communauté.


Elle agite une clochette déposée sur le bord du bassin. Deux femmes habillées d'une longue robe blanche se présentent à ses côtés. Elles posent chacune une main sur l'épaule de Camille. Elle se lève et se laisse guider par elles hors du dôme. Les trois traversent sous le ciel étoilé une petite cour et pénètrent dans un autre édifice de forme rectangulaire. Camille sent son pouls s'accélérer. C'est ici que commence la douleur du rite. Les deux femmes lui retirent le haut de sa robe d'initiée et l'allongent sur un banc de bois. Il est sculpté en forme de deux immenses mains côte à côte, paumes vers le ciel, comme pour une offrande. Elle se retourne, face au banc. Elle remarque que la surface du bois est cernée. Plusieurs larmes s'y sont écoulées. Elle n'ose regarder la région où repose son ventre par crainte d'y voir des cernes plus foncés. Ceux formés par des gouttes de sang.


Elle se concentre pour se donner du courage. Murmure des paroles de réconfort. S'imagine à un autre endroit. N'empêche que le pinceau d'encre froide que l'une des femmes applique sur sa peau la fait frémir. L'angoisse augmente alors que l'autre se prépare à piquer sa peau pour appliquer un long et complexe tatouage sur presque tout son dos. Sans anesthésie, elle doit accepter la douleur de la marque de la communauté. Elle sent la série de piqûres commencer pour imprégner l'encre sous sa peau. La douleur est tolérable, pour le moment.


***


Plusieurs heures se sont écoulées et le tatouage n'est pas complété. Camille étouffe ses sanglots, mais la douleur est intense et ses larmes coulent sans retenue sur le banc. Elles rejoignent celles laissées par tant d’autres avant elle. Elle sent à peine les nouvelles piqûres. Son dos est en flamme à l'endroit où le tatouage est réalisé. Elle ne peut le voir. Mais pour l'avoir vu chez d'autres femmes, elle sait qu’il s'agit d'une spirale noire avec une tête de serpent à l’extrémité, gueule ouverte avec des crocs menaçants. Il est placé au centre de deux losanges, formant une étoile. Dans le creux entre les pointes, se trouvent des signes liturgiques. L’un d’eux représente la comète d’Illumination, le gage de l’alliance entre l’Église et son dieu. Cette comète traverse le ciel précisément tous les seize ans. Le calendrier liturgique est établi sur cette base. C’est aussi pourquoi il est favorable pour une novice de passer son Ascension à cet âge. On dit qu’une naissance durant le passage de cette comète est un excellent présage pour qui veut servir l’Église et son dieu. Il est aussi dit que la grande et puissante Mamba Noire, l’impératrice et dirigeante de l’Église des Illuminés, est née exactement au point culminant du passage de la comète.


Elle réalise que la femme a cessé de la piquer. Une forte douleur la fait frissonner alors que la femme lui enduit un liquide et lui masse le dos. Après quelques minutes affreuses de massage, la femme lui prend le bras et l'invite à se relever. Aidée par les deux femmes, Camille se remet sur pied, torse nu, la tête qui tourne légèrement.


Elle vit un moment de découragement et d'angoisse immense qui la submerge et l'empêche de respirer. Le rite de l'Ascension approche. La douleur sera encore plus grande et elle va perdre la vue. Elle réalise qu'elle ne verra plus les jolies fleurs, le soleil qui danse sur l'eau, le sourire des gens, la beauté des yeux et toutes les couleurs de la vie, de la nature. Ce sacrifice est trop grand. Il doit y avoir un autre moyen. La foi, se rappelle-t-elle. « Une Ascension est un gage de foi », comme lui disait sa guide spirituelle, la dame D’Alembourg. « C'est sauter du haut d'une tour en ayant la conviction que Dieu ralentit ta chute et qu'il te dépose avec douceur sur le sol. » Les deux femmes la supportent et lui adressent quelques mots d'encouragement. Et soudain, tout au fond d'elle-même, une force profonde et cachée remonte et écarte d'un coup ses incertitudes.


Voyant qu'elle reprend sur elle, les deux femmes la guident vers une salle sombre illuminée par quelques cierges. Au fond de la salle se tient une dame en robe de rituel en dentelle noire et argentée. À ses côtés se trouve un brasero supporté par trois pattes en forme de serpent. Une tige sort du brasero. Camille sait que cette tige d'acier porte à son bout l'emblème de l'Église des Illuminés chauffé au rouge. Prenant plusieurs longues respirations, elle se laisse guider devant la dame. Elle se dresse droite alors que la dame dépose sa main gauche sur son front. Elle sent une énergie la traverser. La dame lui a fait un sortilège. La douleur lancinante à son dos diminue un peu. Les trois femmes commencent à chanter des paroles qu'elle ne comprend pas. Le rituel de l'Ascension débute.


Après plusieurs minutes de litanie, les deux femmes la retournent, son dos vers la dame. Du coin de l'œil, elle voit celle-ci saisir la tige. Elle aperçoit le bout au fer rouge. Elle ferme les yeux et serre les dents alors que les deux femmes la tiennent vigoureusement. Une horrible douleur frappe la base de son cou, entre les omoplates. Involontairement, elle lâche un cri de tout son souffle. Cette douleur est si intense qu'elle perd pied et les deux femmes la supportent. Tout devient sombre et puis complètement obscur. Elle perd la vue. Les trois femmes s'exclament passionnément, acclamant fièrement la réussite de l'Ascension de Camille. Mais la jeune femme, les nerfs à bout, épuisée totalement par la douleur, s’évanouit dans leurs bras.


***


Camille se réveille. Elle est couchée de face sur un lit doux et confortable. Elle croit qu'il fait nuit. Puis réalise qu'elle est maintenant aveugle. Elle ne peut retenir les larmes qui s'écoulent sur ses joues. Où est son don ? se demande-t-elle. Son dieu l'aurait-il abandonnée. Ou pire, aurait-il rejeté son sacrifice. L’angoisse et la dépression la gagnent. Des couleurs semblent apparaître devant elle alors qu’elle sèche ses larmes avec sa main. Une étrange lumière colorée, comme les flammes d’une torche. Elle se déplace un peu pour mieux observer. Une douleur intense lui bloque le dos, le marquage au fer rouge et le tatouage. Prenant quelques respires, elle se ressaisit et se tourne doucement. Elle perçoit son corps en entier en lumière colorée, une silhouette indéfinie. Elle agite les doigts devant son visage, les distinguant difficilement.


Des couleurs. Elle voit des couleurs. Mais ce sont des couleurs étranges, différentes de sa vue normale. Elle regarde autour d’elle. Elle ne voit pas son lit, ni les murs ou le mobilier de la chambre. De faibles couleurs apparaissent à sa droite. Elles varient comme un voile qui balance au vent. À tâtons, elle se lève du lit et s'approche des couleurs. Sa main rencontre un tissu, un rideau réalise-t-elle. C'est une fenêtre. Elle passe la tête au-delà et regarde dehors. Elle est immergée d'une multitude de couleurs qui bougent, comme en se balançant. Elle entend le bruit du vent. C'est le jardin du couvent. Elle voit donc les plantes poussées par vent. C'est le printemps et le jardin reprend vie. Elle frissonne, elle est torse nu et la pommade sur son dos est froide sous le vent. Quelqu'un frappe à sa porte et entre. Encore une multitude de couleurs, formant la silhouette de la personne.


– Jeune dame Camille, vous allez bien ? demande la personne.

– Encore de la douleur, dame D’Alembourg, répond-elle en reconnaissant sa voix. Je découvre mon don, ajoute-t-elle avec un sourire.

– Merveilleux, se réjouit l'autre en s'approchant et tendant les bras.


Camille s'approche d'elle et lui prend les mains qu'elle aperçoit toutes colorées.


– Avez-vous retrouvé la vue ? s'étonne la dame en voyant Camille saisir ses mains sans difficulté, contrairement à une personne aveugle.

– Je ne sais trop ce que je vois, lui confie-t-elle avec un sourire. Ce sont des couleurs, mais en même temps sans être des couleurs, ajoute-t-elle en riant. C'est merveilleux ! s'exclame-t-elle.

– Vraiment, dit l'autre. Étrange, ajoute-t-elle songeuse.

– Oh ! Vos couleurs ont légèrement changé, précise Camille, intriguée. Et je vois les plantes du jardin, ajoute-t-elle, retrouvant son sourire.

– Allons les voir de plus près alors. Un peu d’air frais vous fera du bien. Mais d’abord, il faut vous vêtir.


La dame la laisse et Camille la voit se déplacer, mais rien d’autre. Autour de la silhouette indéfinie de dame D’Alembourg, c’est l’obscurité. Elle revient vers elle, les bras tendus, une forme un peu plus sombre les recouvrant.


– Tenez, passez cette chemise chaude, mais seulement par les bras, sans y passer la tête par le collet, explique la dame en la lui présentant. Vous éviterez ainsi que le tissu ne se colle à votre dos. Le tatouage est encore trop frais pour le couvrir, précise-t-elle en l’aidant à fixer la chemise. Et voilà une jupe de laine épaisse, affirme-t-elle en lui passant les mains autour de la taille et se déplaçant derrière elle pour serrer et attacher les cordons.

– C’est étrange cette vision, lui confie Camille, songeuse. Tout est si sombre, mais vous et moi, nous sommes si colorées.

– Prenez mon bras, je vous guide au jardin, lui propose-t-elle en souriant.


Camille enlace ses deux mains au bras lumineux que lui tend la dame et la suit dans ce monde obscur. Sans mur, sans porte, sans aucune autre lumière. Elle réalise qu’elle doit désormais dépendre des autres pour éviter de se perdre ou de se frapper au mobilier et autres obstacles. La dame sent les mains se resserrer autour de son bras.


– Ne craignez rien, jeune dame Camille, la rassure-t-elle tendrement. Nous vous aiderons à vous adapter à cette nouvelle réalité. Souvenez-vous de ce que nous avons discuté avant votre Ascension au sujet de la perte de la vue.

– Il faut que je mémorise le nombre de pas entre les obstacles, les murs et les portes, énumère-t-elle en chuchotant. Je dois me faire une image de mon environnement à l’aide de ces distances. Je dois me bâtir des repères physiques par le toucher. Être attentive aux réverbérations des sons et de ma voix pour estimer les espaces autour, ajoute-t-elle en marchant lentement avec la dame dans les couloirs du dortoir.

– Nous sommes à l’escalier, lui annonce la dame en s’arrêtant. Prenez la rampe d’une main. Glissez-la un peu vers le bas, lui recommande-t-elle lorsque Camille saisit la rampe à tâtons. Évaluez la distance avant d'avancer le pied, de combien le descendre plus bas. Allons, n'ayez crainte, je vous tiens solidement, l’encourage-t-elle en lui prenant le bras à deux mains.


Camille est inquiète. Elle avance le pied et le ramène. Elle sait combien cet escalier est long et pentu. Elle tend le pied une deuxième fois, se baisse un peu et touche la marche. Lentement, elles descendent l’escalier puis parcourent les couloirs jusqu’à la porte de sortie vers l’extérieur. Pendant leur long trajet, elles ont croisé d’autres dames ou novices, Camille ne saurait pouvoir les distinguer. Elle ne les voit que comme des silhouettes étranges de couleurs luminescentes. Elle remarque que chaque personne n’a pas la même combinaison de couleurs.


Elle pousse un grand soupir de soulagement sur le seuil de la porte extérieure. Et regarde toutes ces couleurs qu’elle aperçoit dehors.


– Oh ! C’est merveilleux, s’exclame-t-elle avec un sourire, soulagée de voir toutes ces couleurs après le monde obscur qu’elle vient de traverser.

– Que voyez-vous, jeune dame Camille ? lui demande la dame intriguée.

– Il y a toutes ces couleurs au sol. Et ces longues tiges bleutées qui balancent au vent. Je vois comme des taches colorées qui volent ou qui courent dans les airs.

– Vraiment ? s'émerveille l’autre. Pourtant, il n’y a que des herbes, quelques buissons et de grands arbres encore en sommeil.

– Des oiseaux, s’écrie Camille en entendant leur chant. Ce sont des oiseaux que je vois voler, ajoute-t-elle en regardant vers le ciel, tout autour. Emmenez-moi au jardin, déclare-t-elle avec empressement, en tournant son regard vers elle.


Elles suivent l’allée devant le bâtiment, tournent le coin. Camille ne voit qu’une grande masse sombre à la place du bâtiment. Elle devine le sentier par le passage sombre entre les couleurs des herbes. Elle trébuche en tournant le coin et se ressaisit en cramponnant le bras de la dame.


– Pardon, jeune dame, j’aurais dû mieux vous guider pour éviter le dos de cette grosse roche, se reproche la dame.

– Oh ! Regardez, comme c’est beau, souffle Camille sans se soucier, en regardant devant elle.

– C’est le jardin, lui confirme-t-elle en la regardant, scrutant ses yeux pour y comprendre ce qu’elle y voit.


Elles s’approchent, Camille lui tirant le bras d’impatience, en soupirant de joie. Puis, elle laisse le bras et se penche pour caresser des belles couleurs toutes pétillantes couvrant le sol.


– Qu’est-ce que c’est ? demande-t-elle fascinée.

– De petites fleurs du printemps, répond la dame. Je ne connais pas leur nom. Ce sont de toutes petites fleurs bleues.

– Et ici ? questionne Camille, s'avançant avec précaution pour éviter toutes ces couleurs.

– Des jacinthes et des jonquilles, je crois.

– Et là-bas ? pointe-t-elle plus à droite, vers le centre du jardin.

– Ce sont des tulipes.

– Elles sont jolies, mais d’une couleur différente que normalement, affirme-t-elle en s’avançant vers elles et puis en s’immobilisant, voyant une ombre se détacher des couleurs.

– Attention, Camille, lui lance la dame, soulagée qu’elle ne se soit pas frappée au banc de fer forgé. Vous avez pu voir ce banc ? lui demande-t-elle en lui prenant le bras et la guidant vers les tulipes.

– J’ai aperçu une ombre au-devant des couleurs, confirme-t-elle, songeuse. Oh ! Qu’est-ce que c’est ? pointe-t-elle vers ce qui lui apparaît comme une masse colorée trouble, moins intense que les autres.

– C’est la fontaine, vous la voyez ?

– Non, je crois que c’est l’eau que je vois, mais c’est plus faible comme lumière.


Pendant que Camille passe la main dans l’eau et admire les couleurs autour d’elle, une autre silhouette de personne s’approche d’elles et murmure quelque chose à la dame D’Alembourg.


– Jeune dame Camille, l'interpelle la dame. Je dois vous laisser. Une importante question à régler. Voulez-vous que cette novice vous reconduise à votre chambre ?

– Non, je préfère rester encore un peu, déclare-t-elle en s’assoyant sur le bord du banc. L’air frais sur mon dos atténue un peu la douleur et je sens le soleil sur mon visage.

– D’accord, je reviendrai vous chercher d’ici quelque temps.


Dame D’Alembourg la quitte, accompagnée de la novice, laissant Camille seule à admirer les couleurs autour d’elle. Elle entend le chant d’un oiseau tout près. Elle tourne la tête et aperçoit une petite flamme au-dessus d’elle.


– Viens, petit oiseau, le supplie-t-elle en tendant la main. Viens me chanter le printemps.


Elle est surprise lorsque la petite flamme s’envole et se pose sur sa main. Elle sent les petites pattes s’agripper à ses doigts. L’oiseau chante à nouveau et Camille lui sourit en admirant toutes ces étranges nuances de couleurs qui jouent dans ce petit être.


– Où sont tes amis ? Tu es seul comme moi ?


L’oiseau chante à nouveau, une différente mélodie. Camille sent quelque chose de petit se poser sur son épaule. Elle tourne la tête et y voit une autre petite flamme de couleur.


– C’est ton ami ? lui demande-t-elle, souriante. Oh ! c’est votre famille, ajoute-t-elle en riant lorsque plusieurs autres petites flammes la rejoignent sur ses épaules, sur ses bras qu’elle tend, sur le banc tout près d’elle et sur le bord de la fontaine.


Les oiseaux chantent pendant qu’elle rit. Elle se lève, débordante de joie, tourne sur elle-même avec un tourbillon de gazouillis et de petites flammes autour d’elle. Elle se promène dans le jardin en s’approchant des bosquets de fleurs. Les oiseaux la suivent et se placent à différents endroits comme pour lui montrer les obstacles à éviter.


Après quelque temps, les oiseaux la quittent subitement dans une grande envolée. Camille regarde autour d’elle et voit une silhouette humaine s’approcher.


– J’aurais cru que tous ces oiseaux vous enveloppaient comme un manteau, déclare la dame D’Alembourg en arrivant près d’elle en regardant autour.

– Comme c’est magnifique, s’exclame Camille en joignant les mains sur son cœur. J’ai appelé un oiseau, il est venu sur ma main, explique-t-elle, tout excitée. Puis un autre est venu nous rejoindre, puis un autre et enfin beaucoup d’autres sont venus chanter et tourner avec moi, termine-t-elle en riant.

– Vraiment ? demande la dame un peu surprise. J'ai un cadeau pour vous, affirme-t-elle en lui prenant la main et en y insérant quelque chose.

– Qu'est-ce que c'est ? se questionne Camille, croyant manipuler un bâton entre les mains.

– C'est une ombrelle, lui annonce-t-elle en lui glissant les mains vers le tissu et lui montrant le coulisseau pour l'ouvrir et le fermer. Vous serez élégante en la portant à votre épaule et, fermée, vous pourrez l'utiliser comme guide en balayant le sol devant vous, précise-t-elle, lui prenant le bras pour le lui démontrer. Elle est faite de roseau, robuste et léger.


Camille joue avec le coulisseau, glisse ses mains sur toutes les parties de l'ombrelle, en évalue le volume. Elle la referme, l'essaie en balayant devant elle, frappant légèrement les pieds de la dame.


– Oh ! Je pourrai éviter les obstacles moi-même, s'exclame-t-elle. C'est merveilleux ! Merci dame D’Alembourg, c'est un très joli cadeau, très pratique, déclare-t-elle en joignant ses mains autour de la poignée et sur son cœur. De quelle couleur est l'ombrelle ?

– Un bleu ciel léger. Elle va accentuer vos jolis yeux, ajoute-t-elle en souriant. Mais il est temps de vous reposer et de manger, reprend-elle avec sérieux. Vous n’avez rien avalé depuis votre Ascension. Vous devez regagner des forces pour faire le choix de votre chevalier, lui conseille-t-elle, lui prenant le bras et la guidant hors du jardin.

– Oh ! Oui, bien sûr, s’exclame-t-elle en laissant le bras de la dame et en se tapant les mains, tenant l'ombrelle sous le bras. Mon chevalier, ajoute-t-elle songeuse en portant ses mains jointes à l’une de ses joues, la tête légèrement penchée.

– Allons, venez, Camille, lui ordonne la dame en lui reprenant le bras et en poursuivant leur chemin. Dans quelques jours, vous devrez faire votre choix.

– Mais comment bien choisir ? se questionne-t-elle soucieuse, balayant le sol au-devant avec l'ombrelle. Il faut qu’il soit brave, vaillant, habile au combat et diplomate, énumère-t-elle, hochant la tête à chaque qualité. Comme vous me l’avez déjà fait remarquer, continue-t-elle sans s’arrêter. Étant de l’ordre du bâton, il faut que le chevalier fasse équipe avec la dame pour mener à bien chacune de leur mission.


Camille poursuit son discours. La dame acquiesce parfois et la laisse à une table, devant un bol de ragoût et une tranche de pain. Elle la quitte en la laissant se questionner et se répondre. Camille la salue à peine et poursuit sa réflexion en savourant son repas. En voyant une silhouette de couleurs s’installer non loin d’elle, ses réflexions prennent une autre direction. Tout est si sombre, à l’intérieur du bâtiment comparé à l’extérieur et au jardin. Elle ressent à nouveau le doute et l'angoisse vécus à son réveil. Elle demande à quelqu’un de la guider vers le jardin. Une novice se présente, l'accompagne jusqu’au banc et la laisse poursuivre son repas. Elle le savoure en souriant tout en lançant des miettes de son pain aux oiseaux qui l’entourent. Elle croit que son dieu lui a fait un don magnifique. Reste à le découvrir et à mieux le comprendre.


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Ce texte fait partie d'une série à épisodes indépendants.


 
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   cherbiacuespe   
25/4/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je pense que cette nouvelle se situe peu après la rencontre avec Dame Charmille. Mais, entre les deux, quid ?

Pas mal d'erreurs, souvent de relecture, viennent parasiter la lecture. Pour prendre la bonne mesure du texte, il faut placer cette histoire en parallèle avec la précédente (Dame Charmille). La description du rite est bien réussie, l'hésitation de Camille, ce qu'elle découvre après la souffrance. Me manque les circonstances politiques ( empire, religions, confrontations, monde de la magie) pour embrasser parfaitement le tableau. Ce morceau de récit, incomplet donc, est cependant un bon travail d'écriture.

Cherbi Acuéspè
En EL

   AnnaPanizzi   
30/4/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Grosse nouvelle, pas loin de 20.000 signes, ça m’fait pas peur !
On commence par une bonne description de cette jeune Camille qui prie son Dieu et offre ses yeux en sacrifice. Intriguant. Dame Charmille, j’identifie l’auteur. On passe au rite, étrange, du tatouage. Larmes et douleurs. Mamba Noire… Une allusion glissée à Tarantino ? Puis vient la crevaison des yeux, vous avez évité le gore, et puis la découverte du don d’ « une seconde vue » et sa multitude de couleurs. Passage fort bien écrit, très visuel, si j’ose dire. La visite du jardin est aussi très bien réalisée, la jeune Camille émerveillée (peut-être revoir la redondance sur les couleurs) par les fleurs (décrire leurs odeurs par les nouvelles sensations exacerbées de Camille aurait été intéressant). Camille se fait oiseleuse, on pense à Blanche-Neige quand elle fait le ménage dans la cabane des 7 nains. Puis le truc de l’ombrelle pour nous expliquer aussi le sens tactile, lui-aussi transcendé. Et puis la fin du récit introduit le chevalier à venir, pour à n’en pas douter de futures aventures de Camille et de ses nouveaux « pouvoirs ».

Elle croit que son dieu lui a fait un don magnifique. Reste à le découvrir et à mieux le comprendre.

Cela clôt parfaitement votre nouvelle et ouvre sur une suite que je lirai attentivement si elle arrive jusqu’à moi.

Merci pour l’évasion

Anna en EL

   socque   
16/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai le sentiment que ce récit est davantage orienté "fantasy" que le précédent, j'y retrouve moins une ambiance médiévale. Une belle imagination à mon avis, j'ai plutôt aimé les pointes de dureté qui contrebalancent quelque peu le côté résolument sucré de la balade dans le jardin et la découverte par jeune dame Camille de son don. Du reste, selon moi, cette partie est un poil trop longue, j'attendais un peu plus de mouvement, d'action qu'un trajet du jardin au réfectoire et retour ; cela ne me gênerait peut-être pas si j'avais entamé la lecture d'un roman, mais il me semble qu'en tant que nouvelle, entité littéraire complète, votre texte a quelque chose d'inabouti.

J'ai trouvé l'écriture plaisante mais par moments pas assez travaillée : le verbe "être", par exemple, m'apparaît omniprésent dans le premier paragraphe. Cette phrase
La jeune femme porte ses bras en croix, chaque main sur l'épaule opposée.
m'a surprise parce qu'en général, quand on parle de "bras en croix", cela signifie qu'ils sont étendus de part et d'autre du corps dont ils s'éloignent, tels ceux du Christ sur sa croix, non qu'ils se croisent et forment une croix.
Mais un passage qu'il faudrait vraiment revoir à mon avis, c'est celui-ci :
Elle tourne la tête et aperçoit une petite flamme au-dessus d’elle.
(…)
petites flammes autour d’elle.
petite flamme petit oiseau petite flamme petites pattes petit être quelque chose de petit petite flamme petites flammes petites flammes… Je me croirais au musée de la miniature !

   Cat   
16/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien
C'est calmement écrit. Je ne sais dire mieux, mais voilà l'impression dominante au sortir de ma lecture.

Il n'y a pas un mot plus haut que l'autre, pourtant les images sont fortes, et l'histoire pas banale. Une ambiance hors du temps, propre à ce récit atypique, se dégage, qui n'est pas désagréable.

Tout le long, à partir de la séance tatouage, mes gestes sont restés en suspens. Comme si je prenais soin de ne pas effleurer le dos mortifié de Camille par mes regards trop appuyés. Preuve que vous avez bien amené l'histoire...

Tout le long, dans ce mélange de foi et de rites sortis d'une imagination débordante, j'ai été portée par la vision colorée de cette jeune fille. C'est une belle idée, je trouve, de compenser la cécité volontaire par cette vision foisonnante et pleine de poésie.

Mais est-ce cela le don qu'elle a reçu en échange de son sacrifice ?
Et si oui, à quoi sert-il vraiment ?

J'avoue être frustrée par ce manque de clarté (sans jeu de mots :)), ainsi que par cette fin abrupte au réfectoire, pile quand on commence à me parler d'un chevalier qui semble intéressant... (Preuve, là encore, que la sauce a bien pris.)

Vous nous en direz peut-être davantage prochainement ?

En attendant, je vous remercie pour le partage.

   Angieblue   
16/5/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une écriture très minutieuse qui nous plonge dans cette autre réalité que perçoit Camille après le sacrifice de sa vue. On est comme hypnotisé par cette nuit où les formes et les fleurs sont des couleurs, les oiseaux de petites flammes et les objets des ombres.
le don qu'a reçu Camille est encore un peu flou, mais j'imagine que d'autres récits suivront pour nous éclairer sur ce sujet.
C'est beaucoup plus abstrait que dans votre précédente nouvelle, et l'on ressent une sorte d'angoisse et de malaise face à une sorte d'inconnu...le mystère de la foi qui n'est pas forcément compréhensible pour qui ne consacre pas sa vie à Dieu.
"Venez m'illuminer"! Le vœu a été exaucé mais il s'agit d'une toute autre lumière merveilleuse et surnaturelle qui n'est pas celle du soleil qui allume le jour, mais une sorte de lumière divine que l'on atteint par la souffrance.
Bravo pour la création de cet univers étrange, obscur, mystique et merveilleux. C'est assez dépaysant et troublant.

   Malitorne   
17/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J’ai été captivé par le début de l’histoire qui commençait fort. Cette secte aux goûts cruels avait de quoi faire frémir, dans le genre Midsommar si vous avez vu le film. Je n’avais pas fait attention à la rubrique et m’attendais à de l’horreur/épouvante, thème peu traité sur Oniris. Aussi grande fut ma déception de constater que vous n’alliez pas dans cette direction, pourtant bien engagée, pour bifurquer vers du plus banal… et longuet. Avec des lourdeurs à l’image de dame d’Alembourg, pourtant érudite, qui s’étonne à tout bout de champ : « Vraiment ? »
Du coup j’ai complètement décroché, l’évocation du preux chevalier achevant de nuire à votre texte qui ne sait pas sur quel pied danser. Vraiment dommage, vous teniez une bonne idée à mon avis affadie par la suite.
Le style est bon mais manque peut-être d’ampleur, beaucoup de phrases courtes, bien sage dans son déroulé.

   chVlu   
18/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Dans un style que je qualifie de Fantasy, cette gentille nouvelle déroule avec calme et volupté son fil. L'être humain soit il élu, aurait il besoin de rites pour s'élever?
L'histoire est bien conduite sans accros de sens ou de vraisemblance. Une fin qui n'en est pas une mais plutôt une bande annonce de suite à venir m'a paru un peu faible. J'aurais aimé que soit suggéré comment ou pourquoi ce "don" est fait pour servir le choix du chevalier, avoir une indication sur cette suite à venir. Qu'elle arrive un jour ou pas peu importe, mais que mon imagination de lecteur soit orientée sur ces futurs déroulements m'aurait plus emballé.
Un bon moment de lecture durant lequel l'auteur m'a embarqué cet univers qu'il a engendré.

   Vilmon   
30/6/2022
Bonjour,
Pour remerciements et explications :
Clic !
Vilmon


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