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Sentimental/Romanesque
violoncelle : Noces de diamant
 Publié le 19/07/08  -  20 commentaires  -  7154 caractères  -  358 lectures    Autres textes du même auteur

"Quand on aime quelqu'un, on a toujours quelque chose à lui dire ou à lui écrire, jusqu'à la fin des temps".

Christian Bobin


Noces de diamant


C'est la fin d'un amour, la fin d'une belle histoire, le point au bout d'une phrase trop courte.


Tu pars.


Qu'emmèneras-tu dans tes bagages nuages ?


De l'eau de pluie des grands hivers ? De la rosée des matins clairs, des sourires, des cris d'enfants, des images arc-en-ciel ?


Tu pars.


Reste encore un peu. Tiens-moi la main, comme ça. Écoute le printemps chanter dehors, mésange bleue, rouge-gorge.


Regarde le soleil éclabousser le blanc de ta chambre nue, doucement blanc bleu, léger.


Tu t'en vas.


As-tu assez vécu pour oublier de vivre ?
As-tu assez parlé pour à présent te taire ?
As-tu assez de tout ?
As-tu choisi ton heure ?


On dit que les gens, tout comme les animaux, sentent cela venir, qu'ils s'y préparent lentement sous la paupière fermée, le temps d'un soupir, le temps d'un rêve.
Alors à quoi penses-tu ici et maintenant ?
Que feras-tu là-bas ?
Tu ne peux pas parler.


Alors écoute, écoute encore un peu.


J'esquiverai la mort pour parler de la vie. Tu la connais si bien pour l'avoir tant aimée. Je poserai des mots, pour dire en solitaire des pourquoi sans comment. Je dresserai une table entre toi et le ciel pour calmer ta douleur et dissiper ta peur. Je parlerai de toi et de ceux que tu aimes, pour que tu n'oublies rien, pour que tu penses clair.


Devant moi, cet album et ces photographies, papier jauni, printemps fleuri. Tu souris en image, innocent, conquérant, songeant à l'avenir, à rencontrer l'amour.
Le cheveu noir, fier, moutonnant au front de tes vingt ans.


Là, c'est sous un oranger.
J'aime bien la chemise blanche, le pantalon à pinces, le vernis des souliers. Et ce groupe d'amis. Marseille et son savon, les bêtises de Cambrai. Ton vélo qui t'a si bien porté. Parcourant les campagnes, tu cherchais du travail avec pour seul bagage tes idées, ton talent. Tu t'es fait un métier, et tu le faisais bien. Je te revois rentrer, fatigué mais heureux, sifflotant à la grille un air de nos aïeux. Tout ce que tu faisais semblait touché par la grâce, zèle et fidélité étaient des compagnons, la raison, ton amie, l'amour, ta passion. Tu en étais le chantre, et moi ton apprentie. Ton regard sur la vie m'a fait pousser des ailes.


"Parlez-moi d'amour, redites-moi des choses tendres"...
Sur des airs oubliés, je chanterai l'amour pour te dire que je t'aime, réveiller ton regard, te bercer un peu plus.


"Votre beau discours, mon cœur n'est pas las de l'entendre."
Comment te parlerais-je sans pleurer trouble, sans parler triste ?


Tu es l’homme de ma vie, mon amant précieux, ma maison, mon foyer. Et parlant de ton père, tu me disais souvent, un sourire dans la voix, résigné, éphémère :


- Les vieux. À peine ont-ils vécu, un peu, les voilà face à la mort, les vieux. Les pensées pleines de souvenirs, et la peur de mourir, les vieux. Parfois, ils pensent au temps jadis, jacinthe et muguet, rose et bleuet, parfois, le cœur serré, ils pensent à ce que l'on n'oublie pas. La guerre, le manque, premiers émois. Un mariage en haut des marches devant les amis, le champagne qui pétille, les soucis, la tristesse de l'hiver. Ils ont vécu, les vieux. Ils ont connu l'amour, la tendresse et l'oubli. Ils en ont fait, les vieux des kilomètres à pied, en train ou auto. Ils ont peur les vieux, peur de la nuit, peur de la peur, peur de rien. Ils ont des yeux les vieux, ceux de l'expérience cernée, ceux de l'absence, yeux lourds de soucis, yeux gonflés d'ennuis, yeux qui pleurent, yeux qui rient, parfois encore un peu.


À présent, c'est à toi.


Te voilà, mon amour dans un piteux état, une mauvaise passe, suspendu entre vie et trépas. Trop faible pour parler, trop triste pour prier. Et moi entre toi et l'autre, l'inconnu, le grand gouffre, le grand noir, le néant de l'absence. Si seulement je pouvais trouver les mots magiques, la formule qui guérit, je te dirais des choses rose tendre pour consoler ton âme, abréger ta souffrance.


Et tu t'en vas, lentement. Combien de temps encore ? Combien de battements de cœurs, le front pâle, la bouche sèche, l'épaule maigre, les doigts figés ?
Comme cela, tu ressembles à un enfant. Dépendant, silencieux. Mais l'enfant, lui, la vie l'attend.
Toi, elle te quitte, irrémédiablement. Pourquoi ?
On se connaît à peine.


Et le silence noir de cette chambre nue. Ce calme blanc trop lourd qui te conduit ailleurs. Attends encore un peu. La mort est peut-être un jeu. Jacques a dit réveille-toi, redeviens celui que tu as été, celui de ton enfance. Redeviens. Pense à tous ces petits poissons que nous avons pêchés. Moulinet, brochet, épuisette, canif, saucisson, roseau, eau fraîche. Souviens-toi de nos heures tardives, jeux de cartes et discutailles sans souci. Tu prenais le bois pour le coucher dans l'âtre. Ce feu de mes trente ans crépite à mon oreille. Ne pars pas encore, nous avons tout le temps. Ouvre tes yeux, je t'en prie. Ouvre les yeux. Regarde-moi, profond. Sens la vie. Tu sens la vie ? Respire, c'est ça, soupire, c'est ça. Tiens-moi la main. Oui. Comme autrefois. Tiens-la bien, comme quand tu m'apprenais le tango. Écoute, tu dois vivre, ouvre les yeux, tu dois ouvrir les yeux. C'est ça. Tu ne sais que dire, et tu ne le peux pas, mais tes petits yeux brouillard parlent si bien pour toi. Non, tu ne vas pas mourir. Écoute. Écoute le chant du rouge-gorge. Regarde-le, il est là à quelques pas de toi. Tu remues les doigts, c'est bien. Regarde ce rouge, c'est un beau rouge, un peu oranger, comme le sang qui coule dans tes veines. Regarde le sang. Tu vois la veine là ? La vie tape, la vie passe et toi, tu es là près de moi. Regarde la branche dehors, celle-là oui. L'amandier en fleur rose, blanche, pleine et généreuse. Je t'en cueillerai un brin. Le pétale blanc et la transparence sous le soleil réveilleront tes sourires. Et le bois tendu comme une grosse tête bien lourde. Et les veines du bois où sourdent le flux, la vie, trop lente, trop courte. Regarde l'arbre. Gros tronc, tronc gros pour son âge. L'arbre folâtre de nos jeunes années. Le tronc, l'écorce, les fêtes aux lampions, les jupes légères, le vin frais, la musique ritournelle. Regarde cet arbre. Te souviens-tu ? Les après-midi solitaires à sucer le brin d'herbe, casquette sur le nez, des questions plein la tête. Des après-midi soleil, heure de la sieste, coquelicot fané. Champ de fleur, été approchant, sourire aux lèvres, nappe pique-nique, bouteille vide, corsage entrouvert. Sans toi, je ne peux vivre.


Et tu t'endors, les paupières lourdes et fatiguées. N'attends pas. Après tout, ce sommeil, tu le mérites. Et tu soupires. Soupire, respire. Pars au pays des rêves, là où les nuits sont plus douces et où le vent n'a pas besoin de souffler. Pars pour un instant encore, endors tes yeux et ton cœur. Tu dors. Et tes paupières couchées sont comme une tente, un abri, un store demi-jour sur tes rêves. Miroir de ton âme alanguie, persiennes de ton esprit. Je veux revoir ce regard franc sans faille, ce bleu limpide direct iris, cornée, cerveau. Je veux revoir le battement de cils, l'œil ouvert, instant magique, la mer et le sable réunis en un regard parasol.


Le temps s'est arrêté.


 
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   Bidis   
19/7/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
Entre nouvelle et long poème, voici un texte magnifique, extrêmement bien écrit mais aussi extrêmement plein d'émotion.

   widjet   
19/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Après la vie en rose , je l'avais senti et je l'avais même dit à quelques oniriens : il faudra suivre Violoncelle.
Même si l'auteur abuse parfois mots entrecoupés de virgules, le style me plait et le rythme aussi. C'est touchant mais pudique et sans apitoiement, poétique et le vocabulaire est riche, coloré, parfumé (beaucoup de références aux fleurs). L'auteur ne se répète pas mais charge un peu trop ses phrases parfois. C'est le seul et très léger bémol à ce texte réussi.

Bravo à l'auteur.

Widjet

   pounon   
21/7/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bouleversant. J'en ai les larmes aux yeux et je devrai relire. Quelle belle écriture et sensibilité ! Je suis particulièrement touché bien que pas encore aux noces de diamant. Merci Violoncelle.

Edit : J'ai relu l'oeil sec, mais le coeur enchanté. Je confirme : bouleversant !

   belaid63   
19/7/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Un bel exercice de style pour un texte trés chargé emotionnellement. violoncelle tu surfe sur les mot de manière remarquable. Ce texte sur un moment furtif, insaisissable entre la vie et la mort est poignant.
j'applaudis et en redemande

   xuanvincent   
20/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai apprécié ce texte plein de poésie.

Les thèmes du départ, de la fin d'un amour, d'une vie qui s'achève, sont traités d'une manière que j'ai trouvée émouvante.

Détail : un paragraphe m'a paru un peu long à la lecture, par comparaison aux autres paragraphes.

Bravo !

   Anonyme   
23/7/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Moi,
je ne sais quoi.. mais quelque chose me gêne
quant au fond quant au sens.

En fait si
j'y suis.

Banal et commun.

Oh je ne dis pas qu'il faille à tout prix être original face à ça. Mais..
Peut-être vaut-il mieux se taire si on a rien à en dire.

Oui bien sûr l'amour, oui bien sûr la mort, oui bien sûr l'absence..
Et alors ?

Alors oui bien sûr de l'encre (pas mal l'écriture ici, soit dit en passant).. et elle coule de toute éternité comme les larmes.

Il y a un midrash qui dit "Dieu compte les larmes des femmes"

Mais bon.

   LaMuse   
21/7/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Texte profond comme le sujet, n'en déplaise...

J'aurais tendance à ajouter bravo, mais je préfère tirer la chasse...

Où bien l'ouvrir va savoir!

dans tous les cas Violoncelle, continuez à nous jouer votre petite musique!!!

   Melenea   
23/7/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un seul mot... merci
Pour un texte magnifique

Mél

   Manonce   
24/7/2008
Bouleversant, oui.
J’ai particulièrement aimé le paragraphe plus long que les autres. Ces mots qui font mouche, chargés de sens, qui se bousculent parce qu’il n’y a plus assez de temps pour prendre son temps…
Merci.

   Tchollos   
30/7/2008
Certaines images sont éculées... Certaines phrases font échos à d'autres déja entendues mille fois sur mille CD, dans mille films... Mais je m'en fous ! J'ai failli chialer purée... C'est magnifique... Merci beaucoup...

   Anonyme   
4/8/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très poétique. Les mots si légers pour un texte dur. Bravo.

   Anonyme   
5/8/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
Entre "j'esquiverai la mort ..." et "...pour que tu penses clair" , je vois des alexandrins camouflés, je les entends en me lisant ce texte, et d' ailleurs ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres passages, on en déniche tout le long de ce texte si poignant par ailleurs. C'est une musique bien douce, agrémentée d'allitérations, pour accompagner vers la mort avec des mots tendres et choisis, jamais mièvres. Et pour l'apprentissage du deuil pour la narratrice. Ce sont des mots qui soignent.
Merci violoncelle.

   Anonyme   
15/8/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
"Et le silence noir de cette chambre nue"

"Le temps s'est arrêté"

Le titre, on en comprend la portée après la lecture de la nouvelle. Il y a cette douceur, cette inquiétude, ces tremblements terriblement féminin, ce don de soi, ces mots qu'on offre encore. Je pense à Ferré bien sûr "Surtout ne prend pas froid"

Mais c'est ce genre d'écriture qui traverse le temps et c'est le temps qui le prouve. Si ce n'était pas le cas ça se saurait.

"On se connait à peine" "Tu es l'homme de ma vie".

Il y a des textes comme ça qui touchés par la grâce disent simplement "le bonheur des pauvres gens", des textes universels, à portée de tous, parce que l'écriture invite à la lecture, parce que l'écriture permet à tout le monde de lire, souvent alors tout le monde lit, parce que le thème est si incontournable, vous comprenez ça, ça n'épargne personne.

Noces de diamant a : un effet, une portée. Comme en musique.

   victhis0   
19/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
quelques très belles phrases, simples et belles, malheureusement diluées par un ensemble un peu "déjà lu" de mon point de vue.
Il reste néanmoins une émotion sincère qui passe très bien, et, après tout, c'est celà l'essentiel, non ?

   Flupke   
11/3/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Dès le début ça commence bien: le point au bout d’une phrase trop courte. Très belle intro !
J’ai bien aimé « Jacques a dit réveille-toi » toutes les armes sont bonnes pour exprimer l’intensité.
Le titre est bien trouvé. Ce texte m’a beaucoup plu. Je vais lire du Violoncelle.
Bravo !

   Menvussa   
16/3/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est un texte superbe d'une grande poésie. Léger comme un dernier souffle, riche de souvenirs, profond. Il déborde de tendresse, il se veut apaisant, il cache sa tristesse, il se veut espoir.

   Anonyme   
17/3/2009
Oh mais quelle superbe idée d'avoir fait remonter ce texte que je ne connaissais pas...

Je suis bouleversée.

Alors oui, quelques images "banales", si tant est que puisse sembler banale l'odeur des fleurs, ou le chant des oiseaux... quand on est près de les sentir ou les entendre pour la dernière fois.
L'amour aussi, c'est tellement banal, au fond.
Nous en sommes - c'est certain - tous blasés, n'est-ce pas ? :-)

Mais ici, toutes ces "banalités" mises ensemble, d'une aussi belle manière, avec ce souffle, ce rythme, cette poésie, c'est du bel art, c'est de l'émotion brute.

Poésie, oui, c'est le mot. En fait, je m'aperçois que j'ai lu plein de passages comme si c'était des vers, parce qu'ils en ont la musicalité. Ici par exemple, c'est un petit poème à soi tout seul :
J'esquiverai la mort pour parler de la vie.
Tu la connais si bien pour l'avoir tant aimée.
Je poserai des mots, pour dire en solitaire
des pourquoi sans comment.
Je dresserai une table entre toi et le ciel
pour calmer ta douleur et dissiper ta peur.
Je parlerai de toi et de ceux que tu aimes,
pour que tu n'oublies rien, pour que tu penses clair.


Bref, un très beau moment de lecture, merci Violoncelle.

   renep   
30/5/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Violoncelle,

Bouleversée ? est ce que le terme est suffisant ? Je l'ai lu il y a quelques jours et j'étais incapable de m'exprimer... Alors ce soir je l'ai cherché partout afin de le relire, je ne peux donner de détails tant le texte entier est fort dans son authenticité, fort dans la description des flash back, et pour terminer : ce temps qu'on voudrait retenir, et qui s'arrête enfin.
Époustouflant, vraiment
Merci
Renep

   Palimpseste   
1/8/2011
Commentaire modéré

   monlokiana   
31/7/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Ah le temps, ennemi de l’homme.
Put…de temps qui s’arrête.
Ça m’a touché vraiment. Je frisonne là
La plume est légère, l’écriture simple, les descriptions, les fleurs, alala
J’ai adoré ce paragraphe où le narrateur lui supplie de ne pas fermer les yeux.
Le titre m’a attiré vers cette nouvelle et je ne regrette pas d’être venue.
Il faut le faire quand ça arrive. Je sors la grande note.
Merci pour ce coup de cœur et…d’émotions tendres.
Hâte de relire Violoncelle. Allez, je réclame son retour !

   Ashanon   
31/7/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voici un texte que j'aime bien mais que je n'aurais pas classé en "nouvelle".
Des mots bien pensés et pesés permettent une certaine empathie.
Ceci dit, des phrases très/trop poétiques font rapidement comprendre que la chute ne sera pas celle d'une nouvelle. Dommage. Mais quel beau travail tout de même !


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