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Humour/Détente
widjet : Dream Team : Épisode 1
 Publié le 24/04/08  -  10 commentaires  -  10766 caractères  -  35 lectures    Autres textes du même auteur

Dream Team est une histoire composée de 7 épisodes. Ça parle de quoi, au juste ? De braquage, de gangsters, de flic... Classique ?
Pas si sûr...


Dream Team : Épisode 1


« Mes mains sont faites pour l'or, et là elles sont dans la merde »

(Une des phrases cultes d’Al Pacino alias « Tony Montana » dans le film Scarface)



Épisode 1 : Présentation du gang


Dimanche 9 mars 2003


J’ai déconné. Comme un amateur, je me suis fait prendre la main dans le sac ; un sac bourré de pognon. Voilà pourquoi on m’avait arraché à mon plumard au beau milieu de la nuit et balancé comme un vulgaire sac de jute à l’intérieur d’une bagnole.


Confortablement assis et pourtant mal à l’aise, je faisais face à une imposante silhouette plongée dans une quasi-obscurité dressée sur un fauteuil en cuir qui couinait tellement il morflait sous le poids du bonhomme. J’ignorai exactement où je me trouvais, car lors de mon enlèvement on m’avait mis la tête dans un sac en plastique qui empestait la gerbe pour que je ne me rappelle ni du trajet ni de l’endroit où l’on m’emmenait. Cela dit, ce n’était pas bien compliqué de savoir que j’étais chez mon employeur ; celui-là même que j’avais connement essayé de rouler.


Je jetai un regard circulaire sur ce qui m’entourait. Je me trouvai dans une pièce étroite et faiblement éclairée par une lampe de chevet posée sur le bureau (le seul et unique meuble) et qui diffusait une lumière violette un peu comme celle qu’on trouve dans les aquariums. Pas de doute possible : j’étais dans la fameuse pièce que la plupart des gars de mon espèce redoutaient ; cet endroit qu’on nommait « le confessionnal ». Ceux qui ont eu le privilège d’y rentrer n’ont presque jamais eu l’occasion de s’en vanter puisqu’ils y sont souvent sortis à l’horizontale avec en bonus un large sourire sanglant sous le menton. Là non plus, pas besoin d’être Madame Irma pour réaliser que je n’étais pas invité à faire une belote.


- Marco, t’es un bon, dit enfin la voix étouffée qui sortait de la pénombre. Peut-être même le meilleur de mes hommes. C’est pourquoi je ne vais pas te coller une balle dans la tête.


Lui, c’était Alfred Ginot. Le patron. Mais il préférait qu’on le surnomme « le parrain ». Cela faisait presque trois ans que je bossais pour lui autrement dit une foutue éternité. J’étais parmi les plus anciens de son organisation, mais je le rencontrais - enfin, je le distinguais - pour la toute première fois ce soir-là. Le genre de face à face dont je me serais bien passé.


Un drôle d’énergumène qu’Alfred Ginot. Totalement vérolé par tout ce qui touchait à la mafia italienne ou à l’époque de la Prohibition, il s’était créé une famille de malfrats dont il revendiquait être le patriarche. Ses « fils » - auxquels il se plaisait à ajouter un « o » ou un « i » à la fin de leur prénom - étaient de vulgaires vendeurs de came, quelques maquereaux sans envergure - ce qui, d’ailleurs, allait à l’encontre de la loi du cosche* - et des braqueurs de supérettes dont je faisais partie. Tout ce joli monde sévissait à Paris, entre Barbès Rochechouart et le Boulevard de la Villette sans rencontrer la moindre embrouille (la plupart des flics du coin étaient « arrosés » à la sauce Ginot).


Bien qu’il n’ait pas encore réussi à se faire naturaliser italien, Alfred avait fait changer son nom et se faisait désormais appelé Alfredo Ginotti. Raciste au point de faire passer le Klu Klux Klan pour une association hippie, il s’était débrouillé pour prendre cinquante kilos en quatre ans afin de ressembler à Marlon « Don Corleone » Brando. Comme si cela ne suffisait pas, ce psychopathe s’était même fait bousiller les cordes vocales pour avoir le même timbre de voix que son modèle. Bref, Alfred Ginot était un fanatique et comme la plupart des fanatiques, il était inconscient et dangereux pour lui comme pour les autres. D’ailleurs, on m’avait raconté que l’année dernière, sa femme avait accidentellement effacé la cassette des « Affranchis », le célèbre film de Martin Scorcese. Elle aurait été surprise au pieu avec un Jamaïcain que cela aurait été moins grave. Elle eut beau s’excuser et le supplier à plusieurs reprises, cela n’arrêta pas Ginot qui fit passer son épouse par la fenêtre. Un coup de bol, l’appartement du couple était au premier étage ; ce qui n’empêcha pas la femme de se péter le col du fémur.


Soulagé, mais intrigué, je me demandai pourquoi le patron m’avait laissé la vie sauve. La réponse ne se fit pas attendre.


- T’as été assez futé pour me piquer mon fric, tu dois avoir assez de couilles pour me voler ces archives.


Par « ces archives », Alfred Ginot faisait allusion aux documents originaux qui retraçaient intégralement le procès du célèbre Al Capone, la figure emblématique du grand banditisme. Ce manuscrit (« une relique, imbécile » m’avait corrigé le patron), rédigé à l’époque par la Commission Criminelle de Chicago et qui était précieusement gardé à Washington avait été transféré avant-hier pour une douzaine de jours seulement au Centre des Archives Contemporaines (C.A.C) situé à Fontainebleau. Une chance et une opportunité incroyable que voulait saisir le caïd du 19e arrondissement.


L’idée de faire ce coup ne m’emballait pas vraiment, mais je savais qu’il était inutile de discuter avec Ginot, surtout après l’avoir trahi. Pas la peine de cogiter, le choix, je l’avais pas.


- Et si je me plante ? ai-je lancé.


« Le parrain » s’était légèrement approché. Il croisa ses deux mains sur le bureau. La lumière pourpre éclairait ses poignets et ses doigts boudinés et bagués. Puis il passa la paume de sa main sur ses cheveux – que j’imaginais gominés - avant de me répondre de sa voix laryngitée :


- Tu peux pas te planter, Marco.


Sur ces mots, il glissa une large enveloppe en kraft sur le bureau. Après un instant d’hésitation, je la saisis et m’empressai de l’ouvrir non sans une certaine appréhension : elle contenait quatre photographies en couleur. Quatre visages. Quatre têtes de cons.


Sur la première, je vis une figure difforme dont le nez semblait avoir été enfoncé à coups de pilon. La face du type était accrochée à un cou énorme aux veines gonflées et sa mâchoire était disproportionnée. Un mixte entre le Minotaure et Lou Ferrigno. Autrement dit un mutant. Le regard de l’homme n’avait pas d’expression comme vide de toute substance, de toute humanité. Des yeux de bovin en somme.


- Frederico n’a pas inventé la poudre, mais il a la force d’un buffle, dit Ginot en faisant tourner sa chevalière sur son gros doigt.


Le deuxième homme ne m’était pas tout à fait inconnu. Il se prénommait Paul (et avait été naturellement rebaptisé Pauli). C’était un proche du patron. Des yeux globuleux, des joues creuses et un sourire incrusté sur une bouche minuscule achevaient un portrait qui ne respirait pas non plus une grande intelligence. Paul était connu pour son « excédent d’énergie » pathologique. Orphelin de père et de mère, il avait été trimballé de famille en famille. Il leur avait certainement bien pourri la vie, car aucun de ses parents adoptifs n’avait pu le garder plus d’un an. Les derniers en date ont même viré cinglés. Des rumeurs prétendent que la veille de leur départ en week-end, ils l’avaient ligoté et abandonné sur leur vélo d’appartement qu’ils avaient réglé en vitesse maximale. Lorsqu’ils sont rentrés trois jours plus tard, le gamin, alors âgé de onze ans, avait été retrouvé inanimé sur l’appareil, mais ses pieds étaient toujours en train de pédaler. Cet évènement traumatisant allait déclencher en lui un amour passionné pour « la petite reine ».


La troisième photographie montrait un visage long et effilé comme un poignard avec deux yeux perçants, des lèvres pincées avec juste au-dessus une fine moustache à la Errol Flynn et un menton avancé et creusé d’une fossette façon Kirk Douglas. Lui aussi avait oublié d’être beau, mais de son faciès étrange se dégageait une malice diabolique. Alfred m’avoua que ce type avait été condamné à un mois de prison ferme pour avoir été surpris habillé en ballerine en train de se masturber devant la Cathédrale Notre-Dame. Le type s’appelait désormais Claudio et malgré ses comportements inquiétants, avait été chaudement recommandé par « le parrain » pour ses talents dans le domaine informatique.


Enfin, la « gueule » du dernier lascar ne manqua pas de m’étonner. Je pus voir un homme avec un bandeau rouge vif attaché au front et vêtu d’un kimono blanc. Il avait « la banane » jusqu’aux oreilles et avec son index et son majeur, il faisait le « V » de la victoire. Derrière l’homme hilare, on distinguait la grande Muraille de Chine.


Le boss m’informa que Julio – puisque c’était son nouveau prénom – était un ancien maçon. J’appris également qu’il avait gagné un week-end à Pékin l’été dernier et que ce court séjour l’avait selon les dires du patron « complètement métamorphosé ».


- La sagesse même ce mec, fit Alfred en dodelinant de la tête dans l’ombre. Il te sera utile.


Voilà. Mon équipe, celle qui devait m’aider à voler ces documents inestimables était composée d’un débile profond, d’un hyperactif, d’un pervers travesti et du fils spirituel du Dalaï-Lama. La « Dream Team » quoi.


- Déposez-moi en taule, tout de suite, lançai-je à Alfred.


La phrase de trop, pour sûr. Furieux, Ginot bondit de son siège et m’attrapa par le cou d’une seule main en serrant bien fort. De son autre main et à une vitesse étonnante, il sortit le coupe-papier posé sur son bureau de son étui et pointa l’extrémité à quelques centimètres de ma carotide. Son visage flasque était collé au mien ; pourtant, je n’arrivais pas à apercevoir ses traits. Je ne fixai rien d’autre que son regard plein de rage qui me transperçait les os.


- Joue pas au con avec moi, Marco. Ils vont t’avoir à l’œil. Tu me baiseras pas deux fois.


Sa mâchoire était tellement serrée que j’entendais presque craquer ses dents. Ses pupilles s’étaient peu à peu colorées d’un rouge sang. Mon sang, par contre, circulait beaucoup moins bien et ma vue commençait à se brouiller. Dieu merci, Alfred desserra son étreinte et après quelques secondes me lâcha en me repoussant sur mon siège. Puis, il sortit un mouchoir du tiroir de son bureau et se tamponna le front avant de ranger délicatement le coupe-papier dans son fourreau.


- Un autre truc à ajouter, Marco ? dit-il posément en se renfonçant dans son siège noyé dans la lumière violette.


Je malaxai mon cou endolori et inspirai profondément quelques bouffées d’oxygène.


- Juste une chose, Monsieur Ginotti. Je m’appelle Marc.


À suivre...


_______________________________


* la loi du cosche (ou la loi du clan) prescrit de ne pas tirer profit de la prostitution, de ne pas perpétrer l’enlèvement d’enfant et de ne pas convoiter la femme d’un autre homme d’honneur.


 
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   nico84   
27/4/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bravo widjeto, belles descriptions, l'ambiances est bienr endu, et tout de suite, on est heureux d'être à notre place.

Les anecdotes ne manquent pas et j'attends avec impatience la suite.

Bravo !

   strega   
27/4/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Et bien, va savoir pourquoi widjet, je n'avais pas lu, attends, je m'auto-gronde !

Très bonne cette entrée en matière. Cette mafia pathétique mais mafia quand même. Ce pauvre Marc, j'ai hate de savoir ce qui va lui arriver.

Sinon, formellement parlant, tes descriptions sont toujours très justes, juste ce qu'il faut pour faire comprendre au lecteur, ni plus ni moins. J'ai pas mal sourit à l'utilisation de ta part de tous ces clichés (sont ils vraiment clichés ?), le mouchoir sur le front, les bagues...etc etc. L'intrigue est intelligemment posée, les personnages aussi, tant par leur physique que leur psychologie.

Je m'en vais lire le deuxième épisode.

   aldenor   
27/4/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
« Voilà pourquoi on m’avait arraché à mon plumard » : il faudrait continuer comme la phrase précédente « On m’a arraché »
« …mal à l’aise, je faisais face à une imposante silhouette » Quand ? Il faut préciser. Ici on a l’impression qu’il est encore dans la bagnole. Par exemple « … je me retrouvais ensuite… »
Le passé simple ne s’utilise pas sur une action longue :
« J’ignorai exactement où je me trouvais… », « Je me trouvai dans une pièce étroite », qui dans le contexte sont des actions longues et qu’il faut mettre donc à l’imparfait.
« Pas de doute possible : j’étais dans la fameuse pièce que la plupart des gars de mon espèce redoutaient ; cet endroit qu’on nommait « le confessionnal ». » C’est lourd. D’abord il faudrait mettre « redoutent » au présent ; ensuite supprimer « cet endroit qu’on nommait… », les guillemets à « le confessionnal » suffisent.
Tout ça c’est dans la première page. Alors non, je ne suis pas emballé, le récit souffre de ces imprécisions. Et en fin de compte je trouve que ça manque de tonus.
Pourtant avec toutes les idées rigolotes qui s’y trouvent, il y avait de quoi faire un truc vraiment marrant.

   Tchollos   
28/4/2008
Une imagination cinématographique en diable (particulièrement assumée dans ce texte d'ailleurs) et un coup d'oeil d'une précision chirurgicale. On ressent toujours de la joie, du plaisir, de l'amusement dans ton écriture. Très contagieux, très agréable. Une grande facilité à transmettre tes idées, avec simplicité, et un vrai souci dans le rythme et l'identification au personnage. Deux ou trois adverbes de trop peut-être et, sur le fond, une histoire qui fleure bon l'hommage et qui frôle donc avec la frontière du "déjà vu", mais je chipote là, pour avoir l'impression d'avoir des trucs à dire, car le but évident est de nous faire passer un bon moment, de nous évader, de nous amuser. C'est réussi même si j'avoue en attendre plus de toi...

   Anonyme   
28/5/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Ca commence plutôt bien. Le "parrain en tutu" m'a bien fait rigoler. La mission est originale, j'irai lire la suite avec plaisir don
mascarpone... (lol)

   Anonyme   
16/7/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bien bien bien, première partie, et premières impressions....

Attention tu as affaire à une fan du Prince de Sicile ;-), l'allusion à Lou Ferrigno je trouve ça simplement génial.

D'ailleurs j'aime les petites références (volontaires? tu me diras?) à Tarantino (le gars qui balance sa femme par la fenêtre a des allures de Pulp Fiction et j'ai un arrière gout de Réservoir dogs...) au delà de l'hommage à Scarface et autres Parrains...

Bref, je me sens en lieux familiers dans cette première partie, l'impression de regarder par la serrure d'une pièce que je connais où des acteurs que j'aime voir jouer s'animent...

A suivre donc, je suis...

   Anonyme   
20/11/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Un bon polar comme je les aime.

Widjet serait-il le fils caché de Michel Audiard?
J'ai dégusté ce premier chapitre à la petite cuiller.

Je vois qu'il y a six épisodes. Miam, miam...

   Menvussa   
7/2/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Très bon départ. j'ai hâte de lire la suite.

   coquillette   
22/2/2009
C'est dimanche, je m'attarde et m'attaque à cette série de nouvelles.
Aldenor c'est la conjugaison, moi la ponctuation, les répétitions et les détails. J'espère que tu ne m'en voudras pas.

Premier paragraphe : 3 x sac d'autant qu'un 4ème suit. (2ème parag)

qui couinait virgule

autrement dit virgule une foutue éternité.

"ce qui n’empêcha pas la femme de se péter le col du fémur." sa ?

(« une relique, imbécile » m’avait corrigé le patron) pour moi, la précision n'est pas indispensable, puisque les mots sont entre guillemets.

pas la peine de cogiter point Le choix, je l'avais pas.

"Le regard de l’homme n’avait pas d’expression comme vide de toute substance, de toute humanité." lecture et relecture, je bute sur le comme.

"tourner sa chevalière sur son gros doigt." elle ne peut pas être ailleurs que sur son gros doigt... enfin, je trouve.

malice diabolique... je trouve le contraste trop appuyé. Ruse diabolique irait mieux ? J'en sais rien. Je ne fais que soumettre.

"Je pus voir un homme avec un bandeau rouge" Je vis ?

bandeau rouge au front virgule vêtu d'un kimono blanc.

"il sortit le coupe-papier posé sur son bureau de son étui" de son étui, pas indispensable, je trouve.

"me lâcha en me repoussant sur mon siège" me lâcha puis me repoussa ?

D'autre part, tu dis que la pièce ne contient qu'un seul et unique meuble. Là, il y a un siège. De plus le boss en a un lui aussi.

Ce ne sont qu'infimes petites choses. Je vais lire la suite... je réserve mon avis pour la fin.

   jaimme   
31/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Oui je me suis bien amusé. Mais c'est un écrit de "jeunesse" par rapport à l'inspecteur Widjet actuellement en cours. Moins déjanté, surtout au niveau des dialogues. Un autre registre, plus mafieux, moins San Antonio. J'aime particulièrement le portrait du "boss"et l'idée de la dream team. Je lirai la suite.

   Mwa   
9/5/2010
Commentaire modéré

 

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