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Policier/Noir/Thriller
widjet : Jeu de piste
 Publié le 29/11/08  -  23 commentaires  -  40005 caractères  -  62 lectures    Autres textes du même auteur

Alors qu'il s'apprête à quitter la région, un ancien militaire à la retraite reçoit un macabre avertissement.


Jeu de piste


Charly relit plusieurs fois le Post-it collé, bien en évidence, sur la table de la cuisine.

Charles Dagoreau, soixante-treize ans, dit « Charly » n’est pas homme à se laisser impressionner. Pas vraiment. Ancien colonel dans l’armée de Terre à la retraite, il habite un petit patelin paumé quelque part au fin fond du Finistère, dans un pavillon vétuste aux murs de pierres taillées dans la roche. Comme son propriétaire.


Charly n’est pas non plus un gars commode. Du style pas causant, pas avenant, pas marrant. À croire que la définition du « vieil ours mal léché » a été spécialement inventée pour cet ex-officier. D’ailleurs, tout chez lui suinte la rudesse : un visage aux contours irréguliers et plus rugueux que du papier de verre, un nez aussi empâté que celui d’un boxeur, une bouche grossièrement dessinée et en prime une prognathie qui n’incite pas à sourire. Par chance, Charly ne sourit jamais.

Pour autant, ce personnage taciturne n’est pas du genre à vous chercher des poux dans la tignasse ou à courir après la castagne. En tout cas, plus aujourd’hui. Désormais, Charly n’exige rien de personne et ne demande qu’une seule chose : qu’on lui foute la paix, qu’on lui « lâche les dés » pour citer une de ses expressions fétiches. D’ailleurs, depuis son arrivée dans la région bretonne, il y a moins d’un an, cet Ostrogoth a toujours fait en sorte de se tenir à l’abri des emmerdes. Pourtant, c’est bien à lui qu’est adressée cette note.


- Merde, bougonne-t-il en lisant une nouvelle fois les douze mots écrits.


Ça fait seulement quelques mois qu’il réside dans cette maison qu’il a achetée pour une bouchée de pain. Il y vit en ermite. Pas de femme. Pas de môme. Pas de chien. Pour la même raison, d’ailleurs : ça gueule trop ces trucs-là. Et puis, c’est encombrant. Dans la vie, faut voyager léger, voilà ce qu’il pense Charly. C’est un homme libre ; il aime trop ça la liberté. Et sa solitude est la meilleure compagnie qui soit.

Il vit comme ça. Retiré de tout, dans ce coin paisible et cette construction abrupte, aussi charpentée que ses épaules et aussi calleuse et abîmée que ses grosses paluches d’ancien militaire.

Mais aujourd’hui, Charly se tire. Il quitte la Bretagne pour aller ailleurs, dans un bled plus isolé encore ; peut-être dans le sud. Il le voit bien, ça commence à construire sévère dans la région et bientôt, il verrait rappliquer des familles de partout avec leurs chiards, leurs animaux crasseux et, ce jour-là, il pourra faire une croix sur sa tranquillité.


Déjà qu’il supporte à peine ses voisins...


Charly a besoin de respirer un autre air, un autre oxygène, bref de changer de crémerie. Pour ce mammifère bourru, c’est jamais une bonne chose de s’éterniser au même endroit. Après on s’habitue à tout et l’habitude pour Charly, c’est une foutue épidémie, le sida du paresseux, le choléra du sédentaire.

En une semaine, il a réussi à liquider son bien. Les nouveaux propriétaires – un jeune couple d’une ressemblance consanguine, aux yeux de furet, aux cheveux roux et à la peau plus pâle qu’un cul d’Irlandais selon lui - devrait arriver dans 53 minutes exactement. En plus d’être demeurés, les deux futurs occupants se sont vantés auprès de lui d’être très ponctuels. « Nous sommes de vraies montres suisses ! » avait même dit cette conne.

À part des bricoles qu’il avait balancées incognito la nuit dernière, dans la zone forestière (entretenue par Miliau Andrieux, un de ses proches voisins), le couple voulait garder la bicoque entièrement meublée. Un vrai coup de bol. Il n’avait qu’à prendre ses affaires - qui tenaient dans une valise et deux trois sacs - et les attendre. Il leur remettrait les clefs et sans regret, il mettrait les voiles sur sa prochaine destination.


Tout était prêt pour le grand départ et a priori, rien ne pouvait plus le retenir dans ces lieux. Rien jusqu’à ce matin où, à peine levé, il a découvert ce petit mot collé sur la table.


Un Cadavre d’Homme.

Ardent, il Repose en ce Lieu

Étrange et Silencieux.


Yamine


Naturellement, Charly n’a aucun sens de l’humour. D’aussi loin qu’il se souvienne, il n’en a jamais eu. Pour lui, l’humour est inutile et surtout source de désordre. Il ne devrait être destiné qu’aux femmes et considéré comme une sorte de palliatif pour compenser leur absence de testostérone ; histoire de rendre leur affrontement avec les mâles un peu moins « perdu d’avance ».

C’est bien pour ça qu’il prend très sérieusement cet avertissement.


Un Cadavre d’Homme.

Ardent, il Repose en ce Lieu

Étrange et Silencieux.


Yamine


À travers la fenêtre aux vitres sales et rayées de la cuisine, Charly constate qu’il commence à pleuvoir. Il soupire. Une raison supplémentaire de décamper de cette région où la flotte est le principal touriste. De là où il se trouve, il peut voir la clôture mitoyenne qui sépare sa propriété de celle de Nevena Riou, son autre voisine qui passe son temps à faire pousser n’importe quoi dans son jardin. Une vraie connasse celle-là. Charly ne peut s’empêcher de ricaner comme un sale gosse. Il repense à l’arbrisseau dont il a coupé les branches au sécateur, il y a quelques jours parce que les feuilles penchaient du côté de son lopin de terre. Un message en bonne et due forme qu’il avait envoyé à cette emmerdeuse qui, pour une fois, n’avait pas bronché.


Charly relit la note. Il reste un instant dans la cuisine, fronçant ses épais sourcils grisonnants et fixant l’invisible de ses yeux noir corbeau. Il n’est pas déstabilisé ou intimidé, le vieux gaillard. Il en a vu d’autres dans sa vie de soldat. Il a fait la guerre, lui ! Il a du sang et de la merde sur les mains, Charly ! Alors, c’est pas une simple mise en garde sur un autocollant…

Non, c’est juste que ça l’emmerde. Cette histoire de cadavre tombe mal.

L'ex-officier chiffonne la note qu’il met dans sa poche. Déterminé, il quitte la cuisine pour retourner vers l’entrée, tourne la poignée de la porte principale qui s’ouvre en couinant. Il hoche la tête, la mine renfrognée. Il a oublié de la fermer à clé, cette nuit. C’est pas la première fois.


- Merde, répète-t-il.


Depuis quelque temps, le vieil ermite est de plus en plus négligent. Et ça le fait chier. Décidément, la retraite c’est pas bon pour des gars de sa trempe. Charly n’aime pas ça, la retraite. Pas du tout. C'est même la pire des salopes, qu’il se dit. Elle représente son dernier véritable ennemi, cet ultime adversaire, perverse et insaisissable tacticienne, celle qui chaque jour embourbe avec sa mémoire, anesthésie ses réflexes, bâillonne sa vivacité. Il a beau entretenir sa forme tous les matins en allant courir dans la forêt ou soulever de la fonte, cette redoutable garce camouflée continue de ramper à plat ventre, de gagner du terrain et méthodiquement gangrener ses capacités physiques et mentales. Dieu sait qu’elle en a flingué, rendu cinglé ou infirme des plus coriaces que lui. Charly peste parce qu’il réalise qu’elle vient de remporter une nouvelle bataille.


L’ancien militaire prend son téléphone mobile, cherche un numéro et appuie sur un bouton. Sur l’écran monochrome du portable apparaît « Max », le prénom de son pote. Son meilleur. Le seul aussi. En fait, il s’appelle Rachid, mais Charly trouve que ça fait un peu trop arabe. S’il n’a rien contre les Arabes, Charly n’a rien pour non plus. Avec les barbouzes et quelques supplétifs harkis, il en a torturé un sacré paquet en 1957. En temps de guerre, tous les coups sont permis et il faut avoir plus de couilles que d’états d’âme. Il s’en souvient encore de cette époque. Sa mission principale était d’obtenir des informations d’importance nationale. Un foutu patriote, le Charly. Il était prêt à tout pour sa nation. Il aurait brûlé la plante des pieds de sa propre mère s’il avait fallu. Trouver des renseignements, de gré ou de force, c’était son boulot. Point barre. Et il était bon là-dedans.

C’est pas qu’il n’a pas de cœur, c’est juste qu’il est enseveli dans les décombres de sa vieille carcasse de guerrier, un peu comme les mines que lui et son commando – auquel appartenait Max - avaient à déterrer lors de leurs interventions militaires à Djibouti, au Congo ou dans les pays du Moyen-Orient.

Ils en avaient fait des expéditions, son pote et lui, et pas des plus peinardes. Notamment au Niger, où ils avaient agi en sous-marin, toujours pour le compte de l’État français. On leur avait donné carte blanche. Là-bas, ils avaient zigouillé quelques culs bien foncés. Des espions, des hommes d’affaires corrompus, quelques macaques déguisés en politiciens, comme il disait. Charly n’a jamais rencontré le moindre problème. Il exécutait ses sales besognes sans hésitation, avec un sang-froid implacable… sauf cette fois-là, pendant cette mission qui avait pris une tournure particulière. Celle que, malgré les années, il n’avait jamais vraiment réussi à chasser de son esprit…


Après trois sonneries, une voix ensommeillée répond :


- Humm… Ouais, Charly ?

- Tu débloques ou quoi ?

- Hein… Qu’est-ce que tu racontes ?

- Le mot sur la table, ça te fait marrer ?

- Quel mot ?

- Le mot, c’est tout.

- Quel mot, putain ? De quoi tu parles, Charly ?


Charly lui raccroche au nez.

Max a beau être son ami, c’est quand même pas une lumière, le Max. Tout juste une loupiote. Et défectueuse en plus. Mais une chose est certaine, son bougnoul de copain, c’est pas un menteur. « Quelqu’un a envie de jouer au con », se dit le retraité, et un rictus se dessine sur ses lèvres rosées et charnues.

Charly se met à réfléchir encore. Pas un instant, il ne croit à une blague, à une bouffonnerie de mauvais goût. Non, il prend au premier degré cette déclaration matinale : pour lui, il y a vraiment un cadavre sous son toit.

Dans l’immédiat, savoir « qui », depuis « quand » et « pourquoi » un mort est planqué chez lui n’a aucune importance. D’ailleurs, il ne connaît personne du coin qui se prénomme Yamine. Non, ce qui le contrarie dans cette affaire, c’est qu’il se trouve maintenant dans l’obligation de retrouver ce macchabée et de s’en débarrasser avant la venue du tandem d’imbécile. Pas question de partir en le laissant quelque part dans sa baraque, car c’est le meilleur moyen de s’attirer un jour ou l’autre des ennuis ; et s’il y a bien un truc, plus que les mioches, les clébards puants, les femelles en rut que cet ancien gradé veut à tout prix éviter, c’est les emmerdements.

Charly est agacé. Lui faire ça à moins d’une heure du grand départ. S’il mettait la main sur le mariole qui l’avait fourré dans ce pétrin…

Il sort la note de sa poche et la déplie. Son regard se fixe sur un mot : Ardent. Visiblement, le corps est encore chaud. Sa présence chez lui est récente. Sans doute quelques heures avant qu’il ne se réveille.


Au-dehors, les nuages s’obscurcissent. Les gouttes de pluie se multiplient. Elles cognent contre les vitres à rythme régulier, composant une partition énervante…


Debout au milieu du salon, Charly jette un coup d’œil circulaire. Sa maison est grande, mais elle n’est pas immense non plus. Cent soixante-dix mètres carrés garage compris. Trouver le corps ne devrait pas être trop difficile et pourtant, il hésite. Par où commencer ? Après quelques instants de concentration, le retraité se rend d’un pas volontaire dans la salle à manger. La pièce semble le défier du regard.


- Allons-y, grimace-t-il en grinçant des dents.


Sans crainte ni ménagement, il enlève tous les larges coussins de son canapé en cuir, regarde sous la grande table ovale, ouvre ensuite le double battant de l’immense armoire en bois de merisier qu’il avait achetée il y a trois mois et qui n’a jamais rien contenu que trois ouvrages sur la Première Guerre mondiale (la plus authentique selon Charly qui reprochait à la Seconde de n’être qu’« un défilé de joujoux sophistiqués pour branleurs attardés ») et quelques vidéos pornos de médiocre qualité. Après, Charly soulève puis tire tous les épais rideaux de velours qui étouffent un grondement sourd, éclaboussant la pièce de sa grisaille pluvieuse.


L’inspection de la pièce ne lui prend pas plus de cinq minutes : rien.


Il quitte le salon pour aller dans sa chambre. Il ouvre les deux armoires vides et la penderie où quelques cintres se mettent à trembler comme pris en flagrant délit. Rien. Charly se tient devant son lit dont les draps défaits semblent lui rire au nez. Il hoche négativement de la tête avant de se décider de mettre les deux genoux à terre pour regarder dessous. Rien. Il se redresse. Le vieux briscard commence à se sentir ridicule et ne peut réprimer un autre soupir d’exaspération. L’obliger à mater sous son pieu comme un gamin péteux, lui, un colonel ! La mâchoire contractée, il entre ensuite dans la salle de bain qui est collée à sa chambre et d’un geste sec, il ouvre le rideau de douche dont le tissu se met à claquer comme un fouet. Rien.

Mais alors qu’il s’apprête à quitter l'endroit, son corps se fige. Sur la petite glace qui lui renvoie les traits creusés de son reflet, une phrase est écrite en lettres rouges :


Où est le corps ?

Où est le trésor ?

Charly stresse

Charly, cours

Le temps presse

Et l’or loge toujours.


Yamine


Charly sent des légers picotements dans sa poitrine. Ses maxillaires battent la mesure. Ses tempes aussi. Il s’approche du miroir, pose son index sur la substance ocre avant de le porter à ses lèvres. Du sang. Il frotte lentement le liquide contre son pouce. La température est encore tiède.


- Un cadavre d’homme ardent, dit-il à voix basse se rappelant ce que mentionnait le premier message.


Puis il sourit d’un air mauvais. Charly ne détache pas ses yeux de la glace et de son affront de sang. Il relit le poème, s’attardant sur chaque mot qu’il récite en bougeant imperceptiblement les lèvres. Il n’y a pas de doute. À travers ce deuxième message, l’auteur le provoque, le défie, veut mettre ses nerfs à rude épreuve. Maintenant, Charly ne peut plus éviter les interrogations qui commencent à l’assaillir. Pourquoi avoir déposé un corps chez lui ? Cherche-t-on à le faire accuser d’un meurtre ? Et surtout qui est ce « Yamine » dont il ne sait absolument rien ?

Il retourne les questions dans sa tête. En vain. Charly ne supporte être manipulé comme un vulgaire pantin entre les mains d’un marionnettiste. C’est un soldat, putain !

Ses dents se serrent, ses poings se referment avec une telle force que ses phalanges se mettent à blanchir et émettre des craquements. Il essaie de canaliser son énergie pour comprendre. Il relit les vers sanguinolents du poème. Et réfléchit encore. Il n'arrive pas à rester concentré.

Le vieux grognard réalise qu’il s’est trompé. La chaleur du liquide en témoigne : le cadavre n’est pas dans sa maison depuis des heures comme il le pensait, mais depuis quelques minutes seulement. Les fourmillements dans sa poitrine s’intensifient. Ça lui fait mal. Les traits de son visage se crispent. Le regard incandescent, il tente de déchiffrer ce texte codé. Il stoppe sur les deux derniers vers, ceux qui précèdent la signature de l’auteur :


Le temps presse

Mais l’or loge toujours


Il fixe ces derniers mots. Il les décortique, il les coupe, il les regroupe.


L’or loge toujours

L’or loge toujours

Toujours l’or loge

L’or loge

L’or loge


Puis, sa poitrine se contracte :


- L’horloge, rumine le soldat.


Le front transpirant la sueur, Charly se met à courir en direction de l’entrée où l’énorme et très vieille horloge comtoise en chêne massif lui fait face.

Cette horloge occupait déjà les lieux lorsqu’il avait emménagé. Pas plus que le précédent propriétaire, il n’avait voulu s’en débarrasser. Il n’y faisait jamais attention. Elle siégeait là, un mastodonte qui était devenu invisible à force d’être ignoré. Charly ne l’avait jamais nettoyée ni réglée, mais depuis toujours, elle affichait l’heure exacte.


De son œil unique et de ses deux doigts d’acier, elle indique 8 h 59. Comme dit le message, le temps presse. Dans 31 minutes, le couple sera ici et lui dans une merde noire. Il n’a plus un instant à perdre.

L’appareil, fixé au mur, doit bien mesurer dans les deux mètres trente de haut, quatre-vingts centimètres de large et peser au bas mot dans les cent cinquante kilos. De quoi largement contenir un corps.

L’ancien colonel s’approche du meuble, les mains moites, essayant de conserver son calme, car, depuis la lecture de ces vers insolents, il sent l’impatience le gagner, ronger petit à petit sa lucidité. Sournoisement, une angoisse, infime et sourde, s’est glissée dans la poitrine cuirassée du retraité.


Charly avance encore. Et encore. Et encore…


Désormais, cette horloge n’est plus un simple appareil de mesure. Elle vient de prendre l’apparence d’un tombeau, un mausolée qui, dans les prochaines secondes, va s’ouvrir en vomissant la masse d’une dépouille ensanglantée.


Maintenant la pluie martèle contre les carreaux et se mêle à ce jeu de piste morbide. Dehors, la lumière se décline de plus en plus ; c’est une matinée noire comme la cendre. Charly entend même des croassements sinistres. Il chasse de son index la transpiration qui perle sur son front et continue de s’approcher de cette horloge à l’aspect mortuaire.

Lorsqu’enfin il se trouve face à elle, posté devant les deux battants boisés, il retient son souffle. De longues secondes s’écoulent. Puis, se saisissant des deux poignées, il siffle entre ses dents :


- Voyons ce que t’as dans l’ventre.


Les deux petites portières s’ouvrent violemment.

Charly recule d’un pas. Son regard fixe les entrailles de l’horloge : pas de cadavre.

Mais une enveloppe blanche. Tachetée de marques rouges.

Charly reste un moment sans esquisser le moindre le mouvement. Le silence est total dans la pièce et seule la pluie, épaisse, continue son concert monotone.

Enfin, le colonel prend le courrier et pose sa langue sur ces taches foncées. Le liquide est encore tiède et son goût est salé. Du sang. Encore.

De ses dents, Charly déchiquette l’enveloppe, ouvre la lettre qui est pliée en deux et lit à voix haute :


Le cadavre bouge.

Où est sa nouvelle place ?

Dans le garage où

Est sa dernière crasse ?


Yamine


Ne contenant plus sa fureur et sa frustration, Charly donne un violent coup de poing dans le mur. Une douleur fulgurante électrise son corps. Il se mord la langue pour ne pas crier. Sa poitrine le fait de plus en souffrir, sa main droite le lance terriblement et son front dégouline de suées brûlantes.

Il est soudain pris de vertige et se décide à s’asseoir. La bouche écumeuse, il rage. Ce petit jeu a assez duré. Voilà ce qu’il se dit, Charly.

Il attend quelques minutes, le temps de se calmer et de laisser sa respiration reprendre un rythme normal.


- Tu penses me balader comme ça encore longtemps, fumier ? hurle-t-il au milieu du couloir qui lui renvoie le son de sa propre voix.


La douleur finit par s’estomper un peu. Charly regarde sa montre. Il n’a plus que 20 minutes pour mettre la main sur ce corps, le foutre dans le coffre de sa bagnole et se barrer de cette maudite baraque. Pendant un instant, l’idée de prendre immédiatement ses bagages et sa caisse lui traverse l’esprit, mais il se ravise aussitôt. Il ne peut pas quitter cet endroit et courir le risque d’être accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Et puis, il refuse de s’avouer vaincu, c’est pas dans sa nature. Il retrouverait ce putain de macchabée coûte que coûte.


Charly reprend son téléphone portable et recompose le numéro de Max.


- Quoi, encore ? T’as oublié que je pionce, moi, le matin ?

- Max, tu connais un Yamine ?

- Quoi ? Qu’est-ce…

- Ferme ta gueule et réponds juste à cette question : est-ce qu’on connaît, toi ou moi, un mec qui s’appelle Yamine.

- Non, j’crois pas. Pourquoi ?

- Réfléchis, bien. Yamine. Y-A-M-I-N-E. Yamine.

- Non, j’en connais pas. Et toi non plus vu, mon vieux, puisqu’à part moi, tu peux pas sentir les melons. Ah, ah, ah !


Charly raccroche.

Il pose à nouveau les yeux sur la feuille et son mystérieux message. Il le parcourt plusieurs fois comme il avait avec les autres. Dès le premier vers, il sait que quelque chose ne colle pas dans cette note.


Le cadavre bouge.


Comment un mort peut-il bouger ? D'autres pensées se bousculent et le perturbent. Sa respiration devient sifflante. Il se tient encore la poitrine en grimaçant comme si une main venait de plonger à l’intérieur de ses tripes pour lui compresser les poumons. Charly s’efforce de rester vigilant et de répondre mentalement à cette nouvelle énigme.


Le cadavre bouge.


Non, un mort ne bouge pas. C’est impossible… À moins… À moins que le mort… ne soit pas vraiment mort… ou bien… que…

Charly sent malgré lui un frisson d’effroi lui parcourir l’échine.


- … Que quelqu’un le déplace en permanence, souffle-t-il.


Oui c’est ça : le macchabée est à chaque fois… en mouvement. Les battements de cœur de Charly s’affolent, car avec cette révélation, il vient aussi de constater une évidence effrayante : si le corps change de place, alors l’auteur de ce jeu est toujours dans la maison !

Charly se rue en direction de sa chambre. Sans hésiter, il ouvre un de ses placards, plonge sa main sous une pile de fringues d’où il sort un pistolet huit coups. Un UMAREX – CO2 colt 1911 nickelé de couleur chromée.


- À nous deux, enfoiré ! lance le vieux soldat dans un grand rire un peu dément en enfilant son épaisse veste de cuir.


Le souffle court et l’arme au poing, il longe le couloir qui mène à la porte du garage. Il pourrait presque entendre les cognements qui pilonnent l’intérieur de sa cage thoracique. Une étrange frénésie le gagne.


Des souvenirs de guerre, tels des obus, éclatent dans sa mémoire. Flash-back. Images d’apocalypse. La guerre. Terrible. Fantastique. Des corps entassés. Des membres amputés. Des plaies purulentes où viennent grouiller les vers. Des chairs calcinées. Des boyaux translucides. Des têtes décapitées. Des mains tranchées. Puzzles humains.

Charly ressent l’élixir de l’excitation. Cette hormone fiévreuse, il la reconnaît. L’adrénaline. Elle fait battre ses veines dans ses tempes, sa gorge et son poitrail de vieux mammifère. Charly se sent comme aspiré dans une spirale démente.

À nouveau, sa mémoire recrache des images violentes. Scènes de torture. Effroyables. Excitantes. Hilarantes. Cigarettes écrasées sur les avant-bras, la langue, les couilles. Ongles et bites arrachés. Abdomens ouverts. Une souris ou un rat. Abdomens recousus avec le rongeur dedans. Électrodes. Fumées qui s’échappent des crânes carbonisés. Odeurs de cervelle brûlée. Des cris. Des hurlements. Des rires. Partout. Assourdissants. Bestiaux. Jouissifs.


Lorsqu'il s'apprête à saisir la poignée, Charly se rend compte d’une chose qui le stupéfait. Le vieux soldat n’en revient pas. C’est comme s’il venait d’apercevoir un fantôme : sa main tremble. Cela fait combien de temps que le colonel Charles Dagoreau n’avait pas tressailli ; le dur des durs, le charognard des bataillons, celui qui, pendant sa glorieuse période militaire, terrorisait les plus capés ? Combien d'années que ce prédateur sans pitié n’avait pas ressenti ce malaise physique et psychique devant l’imminence d’un danger ? Des années. Des dizaines d’années. Et le voilà, ancien gladiateur des marécages qui avait combattu dans les pires bourbiers, oui, le voilà les doigts pris de vibrations inhabituelles, de réels frémissements face… à une poignée de porte. Jamais, non, jamais il n’aurait pensé découvrir chez lui cet humiliant aveu de faiblesse, ce signe d’une peur latente et incontrôlable.

Il ne peut nier la vérité : la retraite, l’inactivité, le temps qui passe ont fait de lui un vieillard décrépi et aigri. Un être quelconque, vulnérable, pathétique. Mortel, en somme.


Charly ouvre la porte qui mène au garage et allume l’interrupteur. Il fait très froid. Il remonte le col de sa veste. Puis serrant son pistolet avec force, il descend une à une les marches de l’escalier, le dos collé aux parois du mur.


Le garage est vide, en apparence. Seule sa vieille BMW métallisée, trône au centre.


Dans le garage

Où est sa dernière crasse


C’est vrai qu’elle est en piteux état et bien cradingue sa bagnole. Pare-brise décoré de fiente, essuie-glaces de traviole, toiture ondulée. Sans parler du pare-choc défoncé depuis hier, quand, en rentrant chez lui après s'être débarrassé des meubles dans le bois, il a percuté ce qui lui a semblé être un renard. Quelques traces brunâtres témoignent encore du choc. Autrefois étincelante, bouffant le bitume et crachant les kilomètres, sa voiture n’est plus qu’une carcasse sans avenir qui n’en finit plus de moisir. Exactement comme lui.


Charly jette un énième coup d’œil à sa montre : 9 h 19. Il lui reste 11 minutes.


- Montre-toi, enculé ! lance-t-il, les deux pognes cramponnées sur la crosse de son flingue, mettant en joue un ennemi toujours invisible.


Un silence lugubre résonne dans le garage glacial. Charly grimace. Un bélier n’en finit plus de perforer son thorax. Il déglutit avec peine. Plus de salive. De sa poche il sort, la clé de sa BM et se dirige vers l’arrière de son véhicule, balayant de son regard la pièce de droite à gauche.

À l’extérieur, la pluie semble s’être arrêtée comme si le temps lui-même retenait son souffle. Posant son pétard sur le capot, il insère la clé dans la serrure. Le coffre s’ouvre en émettant un miaulement aigu et métallique : un bidon d’essence, un sac de sport, des biscuits écrasés. Mais toujours pas de corps.


Soudain, un autre bruit, violent, claque derrière lui. Charly fait volte-face et bondit pour empoigner son colt argenté. La porte du garage vient de se refermer. Le vent ? Impossible. La pièce est gelée, mais il n’y a pas un brin d’air. Au moment où Charly s’apprête à se lancer à la poursuite de son agresseur, la poche extérieure de son veston se met à vibrer. C’est Max.


- Ouais ?

- J’ai beau chercher, Charly. Pas de Yamine au bataillon.

- Ok.

- Attends, un peu, j’ai pas fini. Par contre…

- Quoi ?

- Bah, si tu ranges les lettres dans le bon ordre, Yamine ça fait Niamey.

- Hein ?

- Ouais, l’anagramme de Yamine, bah, c’est Niamey.

- Niamey ?

- Ouais, Niamey. Capitale du Niger. Il en a dans la cafetière ton pote, nan ?


Clic. Pour la troisième fois, le colonel abrège la conversation avec son acolyte.

Niamey. Bien sûr. Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt, lui qui par le passé était aussi redoutable pour percer les messages codés ? La retraite. Toujours la faute à cette petite pute qui lui grignote les neurones comme des cerises avant de lui recracher les noyaux. Niamey. Celle ville africaine qui réapparaît comme un spectre. Rien n’a pu lui faire oublier Niamey et l’opération qu’on lui avait ordonné d’accomplir. Cette mission qui ne s’était pas passée comme prévu.

Il se revoit, quarante ans en arrière, dans cette pièce décorée de masques en pierre de talc représentant des visages de touaregs. Il se rappelle de l’expression sévère de leurs regards de craie comme s’ils savaient ce qu’il s’apprêtait à commettre.

Il se revoit, lui, les pommettes recouvertes de suie qui masquait sa blancheur cadavérique, un couteau à la main dont la lame crantée s’était glissée sous le menton d’Omar Bibata, un des membres influents et proche collaborateur du Premier ministre nigérien à l’époque. L’homme n’avait ni crié, ni supplié. Il n’avait même pas frémi. Aucune réaction. Au pays, on l’appelait « Omar le Fier ».

Mais Charly se souvient surtout de l’irruption soudaine de ce jeune garçon de cinq ou six ans au moment où il s’apprêtait à trancher la gorge de sa victime. Le gosse était entré dans la pièce puis s’était posté devant lui, le dévisageant avec une incroyable force dans le regard. La ressemblance avec Bibata était frappante.

Charly et l’enfant s’étaient fixés sans ciller. Un silence interminable avait plané comme un vautour. Charly s’en rappelle comme si c’était hier. Il se souvient de tout ça. De l’homme impassible à la merci de son arme, des regards blanchâtres et réprobateurs des touaregs, du temps suspendu, de chaque trait de ce gosse qui braquait les yeux sur lui sans dire un mot. Pour la première fois de sa vie, Charly avait hésité à tuer. La lame sous la pomme d’Adam de sa proie, l’assassin aguerri qu’il était avait douté. Sa détermination avait été ébranlée sous les prunelles d’un gamin.

Finalement, il y a eu ce bruit qui déchira le silence et cette peau humaine et brune ; ce gargouillement atroce de l’homme lorsque la lame sectionna sa carotide et que sous le menton apparut une deuxième bouche crachant à n’en plus finir des flots d’hémoglobine qui éclaboussèrent les tapis et les murs du salon.

Alors qu’Omar crevait devant son fils, jamais les yeux de l’enfant n’avaient quitté ceux de son bourreau.


C’était donc ça. Quarante ans après, le rejeton était revenu lui faire payer l’assassinat de son père. Tout ce jeu macabre reposait sur cette soif de vengeance. Après tout, se dit Charly, cette rencontre était inévitable. C’est comme ça. Le passé finit un beau jour par vous rattraper. Elle vous colle au cul comme de la merde. D’une certaine façon, même inconsciemment, Charly attendait à ce face à face depuis toujours.

Il ne se laisserait pas faire. Il ne se ferait pas piéger comme un bleu. À cette déclaration de guerre ouverte, Charly compte lui répondre. Dans le sang. Le moment était venu. Après le paternel, le vieux soldat allait s’occuper du fiston.


Charly remonte les escaliers et sort du garage avec précaution. Le bras tendu et prolongé par son arme, il retourne dans le couloir. Personne. À quelques mètres devant lui, la porte d’entrée est grande ouverte.

Il sort.


La fine bruine qui tombe à nouveau fait ressortir l’odeur des hautes herbes mouillées et enchevêtrées qui recouvrent son terrain ; deux mille mètres carrés qu’il n’a jamais vraiment pris le soin d’entretenir. Au fond, il y a la petite cabane qu’il utilise pour remiser le bois ou entasser des outils dont la plupart sont toujours dans leurs emballages d’origine.

Quelque chose attire l’attention de Charly. Devant lui, les herbes sont couchées formant distinctement un sentier qui mène justement… à la remise.

Charly serre son colt contre sa poitrine brûlante en regardant furtivement sa montre : 9 h 23.

L’arrivée du couple est imminente. Dans 7 minutes. Mais il peut encore se tirer d’affaire et fuir cette saloperie de région.

Le colonel le sent : il touche au but. Dans ce petit local délabré se cache le cadavre, et sans doute pas très loin non plus le fils négro du conseiller qu’il avait saigné comme un porc.

Charly replonge dans le bain de ses réminiscences de guerre. Comme le phœnix, le vieillard a l’impression de renaître de ses cendres. De revivre. On n’aurait jamais dû le coller à la retraite, voilà ce qu’il pense Charly à ce moment-là. Jamais. Des types comme lui, des combattants coulés dans le béton, on en fait plus. Les vrais patriotes ne meurent jamais. C'est ce qu’il croit le vétéran Dagoreau ; lui qui dit que désormais l’armée française n’est plus qu’un régiment que fiottes, une troupe de ballerines qui jouent aux fléchettes dans les casernes, fument du crack dans les chambrées, gaspillent des munitions en mitraillant des canettes de bière et balancent des grenades dans le désert pour justifier le budget.

Il s’arrête et regarde autour de lui. Il ressent une impression étrange, le sentiment d’être épié. Il pivote sur lui-même. Il n’y a pas âme qui vive. Il reprend sa marche en avant. Le vieux militaire s’avance en direction de la petite cabane qui grossit à chacun de ses pas. Les arbres, imperturbables, solidement ancrés dans le sol trempé, semblent le scruter pendant que les feuilles chuchotent. Il a l’impression que la nature complote derrière son dos.

Il est là. Juste derrière la porte qui branle légèrement. Toujours cette sensation persistante d’être observé. La main droite cramponnant son engin de mort, il déglutit avec peine. Il a beaucoup de mal aussi à masquer son excitation. Le voilà qui se marre. C’est plus fort que lui. Ses nerfs sont en train de lâcher. Pire que ça, c’est sa raison qui semble être emportée par ce rire incontrôlable, hystérique. Le fil, infime, qui le rattache à la réalité est sur le point de rompre.


De lentes secondes s’écoulent. Il peut entendre le bruit haletant de sa respiration. Puis poussant un hurlement dément, Charly ouvre la porte de la cabane d’un geste brusque.


Ce qu’il voit lui glace le sang.


Devant, lui se tient un homme, le teint cireux, le regard halluciné et les lèvres déformées par un rictus hideux. Ce visage-là, l’ex-militaire le connaît bien.

C’est le sien.


Avant qu’il n’ait le temps de réaliser ce qu’il se passe, il entend un petit déclic. Dans la seconde qui suit, une puissante détonation lui déchire les tympans. Et la poitrine avec. Charly est projeté de plusieurs mètres en arrière. Étendu sur l’herbe trempée, la bouche crachant des flots de sang, Charly ne comprend pas ce qui vient de lui arriver.

Derrière la porte en bois entrouverte se trouve un miroir qui renvoie le reflet des semelles boueuses de l’officier. À côté de la glace, une chaise. Coincée entre les barreaux du dossier, la crosse d’un fusil. Nouée sous la gâchette, une cordelette va jusque sur la poignée intérieure de la porte où elle est enroulée. Au bout de l’arme, le canon dont une fine fumée blanchâtre s’échappe tremble encore du bruit de la déflagration.


C’est dans un piège vieux comme le monde dans lequel est tombé le vieux retraité.


Charly ne bouge pas. Il suffoque. Il sent la fraîcheur humide du sol qui lui parcourt la nuque et les hanches. Ça lui fait du bien malgré tout. Juste au-dessus de son ventre, un trou immense dans lequel s’infiltre le vent du matin dans un son creux. Sa vue se brouille, mais son esprit reste encore alerte. Il n’en revient pas de s’être fait avoir comme un collégien. Avant, jamais il ne se serait fait baiser comme ça. Mais entre-temps, la vieillesse est venue et avec elle tout son barda, ses putains d’années qui l’ont assassiné à petits feux.

Charly est étendu, les jambes prises de courants électriques et l’abdomen dégobillant de l’hémoglobine. Enfin, il repense au premier mot sur le post-it posé sur la cuisine.


Un Cadavre d’Homme.

Ardent, il Repose en ce Lieu

Étrange et Silencieux.


La pluie bruineuse et la brume qui se dissipe donnent à la scène un aspect fantomatique. Quelques oiseaux se posent sur les branches et fixent la silhouette baignant dans sa marre de sang. À les voir secouer leurs petites caboches plumées, on croirait presque qu’ils rigolent.


Au même moment, trois paires de jambes marchent lentement en direction du corps de Charly. L’ex-soldat peut entendre l’écho d’un frottement humide et des bruits de clapotis. Sa tête tourne, ses yeux se révulsent. Il se sent de plus en plus faible. Dans l’enfer de sa douleur, il revoit danser le message devant ses pupilles où glissent ses larmes teintées de rouge.


Un Cadavre d’Homme.

Ardent, il Repose en ce Lieu

Étrange et Silencieux.


- Les lettres majuscules, dit-il en s’étranglant.


Oui, les lettres majuscules. Celles auxquelles il n’avait pas prêté attention.


Cadavre

Homme

Ardent

Repose

Lieu

Étrange

Silencieux


C.H.A.R.L.E.S


- C’était moi, souffle Charly le regard affolé par sa morbide révélation, le macchabée, putain, c’était moi.


Il grelotte de plus en plus. Sa bouche est dissimulée sous des crachats de laves sanglantes où se mélange l’eau glacée de la pluie. Son visage est livide. Le souffle commence à lui manquer.

Lentement, les pas se rapprochent du corps troué de l’ancien colonel. Il les entend fouler les herbes mouillées.

Charly est pris de soubresauts, et dans un nouveau geyser de sang, essaie d’articuler quelques paroles.


- C’est toi Bibata ? T’es… T’es revenu... enfant de pute !


Mais ce n’est pas la voix d’un homme qui lui répond :


- Bah quoi ? Tu pensais pas qu’je resterais comme ça sans rien faire, hein ?


L’ancien militaire reconnaît le ton aigrelet et perçant de Nevena Riou, sa débile de voisine. Il veut parler, lui demander ce que cette connasse fout chez lui. Mais seules des ébullitions de gerbes rougeâtres s’échappent de sa bouche.


- Ça t’apprendra à décapiter les arbres d’mon jardin, ajoute la femme avant de cracher sur le corps encore chaud du colonel.


Puis, une autre voix, celle d’un homme cette fois, retentit dans la tête de Charly comme une caisse de résonance.


- Savez bien qu’on a pas l’droit de j’ter ses affaires dans la forêt, m’sieur Dagoreau. Décidément, vous respectez rien.


C’est celle de Miliau Andrieux. Le garde forestier.


- Ce sont des gars comme vous qui polluent la nature, ponctue-t-il avant de laisser la place à une troisième personne.


Charly se sent partir. Seuls ses tympans restent encore en alerte et perçoivent un drôle de son aigu qui provient de son corps. Il a l’impression d’être un tuyau percé.

La silhouette s’avance, s’agenouille près de lui et lui souffle à l’oreille d’un ton emplit de rage contenue.


- Je sais qu’c’est toi qu’a percuté mon chien hier soir après avoir bazardé tes saloperies dans l’bois. Salaud comme t’es, tu t’es même pas arrêté pour voir j’parie. Je sais qu’c’est toi. Le sang collé sur ton pare-choc, c’est çui d’ma bête.


Charly tourne la tête et aperçoit celle de son autre voisin. Yann Clouérec. La personne la plus connue et respectée du coin.


Yann Clouérec. Miliau Andrieux. Nevena Riou. Un trio d’assassins.


Une nouvelle fulgurance. Une autre évidence.


Yann. Miliau. Nevena.

Yamine.


- Vous… Vous êtes… cinglés, parvient à dire le vieux militaire. Bande… d’attardés.


Charly tousse des petites bulles d’hémoglobine qui éclatent de ses lèvres inondées pendant que des frissons glacés lui parcourent l’échine. Les trois voisins émettent des ricanements grassouillets.


- T’sais, mon vieux, fait Yann, ici, mieux vaut avoir de bons rapports avec l’voisinage.


Rires paillards à nouveau. Charly sent ses forces l’abandonner. L’air se fait de plus en plus rare, sa respiration devient saccadée. Le seul bruit qui émane de son corps engourdi vient seulement de son estomac perforé, son ventre qui se vide comme une baudruche. Pour avoir souvent flirté avec la mort, l’ancien colonel ne se fait plus d'illusion. Son existence se fait la malle. Il va bientôt crever.


- Z’avez aucun savoir-vivre, m’sieur Dagoreau, dit Miliau d’une voix lugubre qui sonne comme un glas. On espère qu’au moins vous saurez mourir.


Sur ces dernières paroles, les trois voisins s’éloignent, abandonnant leur victime à son macabre sort.


Le ciel est drapé d’un gris funeste comme s’il portait déjà le deuil de l’homme qui agonise sous ses nuages sombres. Les oiseaux se sont désintéressés du spectacle et ont fichu le camp. Retour à la normale. Le matin reprend sa posture ordinaire. Les choses rentrent dans l’ordre.


Charly ne compte déjà plus pour personne.


La pluie se met à tomber en accéléré. Sournoisement, elle fait des trous sur le sol terreux ; à croire qu’elle est pressée de lui creuser sa tombe. Les herbes sont très hautes et s’entremêlent masquant le corps du retraité. De loin, il est presque impossible de savoir qu’une personne est allongée dans le jardin.


Charly ne bouge plus que par intermittence, par secousses de plus en plus espacées. Il meurt au ralenti.

Sa dernière pensée est aussi sa seule compensation, son stupide plaisir de condamné. Celle de penser aux deux crétins qui arriveront d’un instant à l’autre pour prendre place dans leur nouveau logement.

Le visage d’une pâleur translucide, Charly se dit, un sourire hideux sur ses lèvres rouge vif, qu’il leur laissait là un bien joli cadeau de bienvenue.


 
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   xuanvincent   
29/11/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bien que n'étant pas habituellement amateur du genre, ce "Jeu de piste" m'a au bout d'un moment intriguée et intéressée.

Le suspense m'a semblé bien mené. Les mystérieux messages notamment retenant l'attention du lecteur.

L'histoire m'a paru bien écrite, comme les textes précédents.

Amusant, si je puis dire, ces acrostiches. Voilà un meurtrier qui ne manque pas d'un certain talent littéraire !

Détail : Les mentions en gras du temps qui s'écoule ont attiré mon attention.

   Anonyme   
7/12/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien
Un personnage très fort, antipathique à souhait. Le suspense est bien mené. La fin géniale.
J'habite moi-même un coin paumé au fin fond du Finistère. J'ai bien aimé que l'auteur y situe son histoire. Il y aurait un peu à dire sur l'authenticité des accents, mais ce serait vraiment enfiler les mouches.
Du très bon Widjet, qui mérite ses galons de colonel (5)

   David   
29/11/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Bonjour Widget,

Le coup de la parenthèse l'air de rien au début : (entretenue par Mr Millau... ) comme ça sentait le coup fourré... mais j'ai eu tout le temps d'être enfumé le long de ce jeu de piste, j'ai pensé comme ce con de Charly, tout juste si j'ai compris un peu avant lui qu'il était la cible. Un très beau morceau, bravo.

   Alexandre   
29/11/2008
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel
Magnifique suspens widjet mais très inquiétant, surtout pour moi... qui, ancien militaire, habite seul une grande maison dans un village perdu au fin fond du Finistère ! Cela dit, n'ayant aucun problème avec le voisinage, je devrais survivre. Un texte très prenant du début à la fin. Bonne soirée. Alexandre

   Filipo   
30/11/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
La course poursuite est haletante, le suspens bien géré, comme d'habitude. La psychologie du personnage est également très bien rendu, l'enfermant dans sa paranoïa qui finalement le mêne à sa propre mort. J'avais pensé depuis un moment au fait qu'il serait lui-même le cadavre... en succombant à une crise cardiaque (indices laissés dans ce sens)

Pourtant, je reste un peu sur ma faim, concernant cette fin, justement. Ca semble un peu étonnant : trois personnes banales décident de flinguer un type de la pire des façons, alors que pour 2 d'entre eux, il ne vient de leur causer du tort que depuis la veille ?

Même si j'admire les excellentes idées qui sont derrières (Yamine pour Niamey, etc), j'ai eu l'impression que la fin voulait à tout prix être inattendue, et donc devenait, du coup, un peu moins crédible... Elle ne rentre pas trop dans la logique principale de l'histoire, axée principalement sur le passé et les atrocités commises par Charly. Un meurtre pour des histoires de voisinages (même si possible) me semble moins propre à une lente torture psychologique, une telle mise en scène.

J'admire cependant le jeu sur le poème, les indices, etc. C'est bien trouvé, excellemment rendu.

Un petit point négatif, enfin. Quelques scories dans le texte (bizarre, la correction n'en est pas faites, ce sont pourtant des fautes évidentes !).

Mais le rythme rapide du récit permet de passer dessus (on lit vite, pour connaitre la suite). Un bon texte, en résumé, malgré ces quelques points de détails.

Merci pour cette lecture agréable que tu nous offres.

Filipo

   nico84   
30/11/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Epoustouflant widjet malgré le fait que depuis le début, j'avais deviné quelques détails (je modifie la critique pour ne pas dévoiler la fin).

Le coup du premier message est vraiment excellent, j'avais pas remarqué. La forme est bien évidemment parfaite, c'est ta principale qualité, celui de maitriser, le rythme, le suspense, tu as l'art de transporter et de faire voyager.

Bravo.

   victhis0   
30/11/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
super personnage, parfaitement identifié cohérent, très juste. Très belle écriture, style léger et facile, quelques magnifiques images (le bélier qui cogne, l'horloge, la scène de torture très vivante).
Bon j'avais deviné dès le départ que le cadavre serait le sien, mais ce n'est pas très grave ; ce qui m'ennuie plus c'est le "double final retourné avec salto arrière", qui rend l'histoire improbable (moi j'y crois pas une seconde aux trois ploucs qui règlent leur compte en moins de 24h avec une mise en scène de théâtre pour des pécadilles : on se croirait un téléfilm français).
Ce n'était pas la peine d'en rajouter ! une vengeance du fils était largement suffisante , elle aurait ancré ce texte dans la réalité, lui donnant plus de force. Où alors Charly aurait pu flinguer le gamin qqs secondes après le père, tant qu'à faire).
Masi j'ai passé un bon moment Widg, merci pour ça.

   Menvussa   
1/12/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Enfin un texte que je lis sans me dire "qu'est-ce que c'est long". Ça se dévore. Bon, j'ai lu les commentaires. C'est vrai que c'est peut-être limite réaliste, ces voisins qui assassinent mais si les assassins avaient des gueules et des habitudes d'assassins, ça ferait belles lurettes qu'on les aurait tous bouclés.

L'ambiance est bien rendue, c'est palpitant.

superbe

   Corbac   
1/12/2008
Bon, étant encore débutant, je n’exprimerai que mon ressenti, si je suis à coté de la plaque… Et bien tant pis.
J’ai beaucoup apprécié ce texte Widjet. Que se soit l’écriture, la psychologie du personnage principale, ou le jeu de piste, tout m’a semblé clair et parfaitement orchestré. J’avais deviné assez tôt que le cadavre était en réalité Charlie, mais cela n’a nullement gâché ma lecture, bien au contraire.
Deux détails m’ont cependant un peu gêné :
La scène où Charlie se rapproche de l’horloge, qui m’a semblée un brin trop longue. Ce n’est pas comme s’il y avait énormément de texte pourtant, mais je ne sais pas… Peut être est-ce la répétition des « il s’avance » et « il s’approche », qui m’a troublée…
La fin, m’a un peu déçut. Je pense qu’il aurait été préférable de s’en tenir à une seule voisine psychopathe, plutôt que d’impliquer tout le voisinage. Cela serait resté surprenant mais aurait été à mon avis un peu plus crédible.

   Val   
2/12/2008
L'intrique n'est pas trop mal "ficelée", mais les descriptions qui n'en finissent pas, rendent le texte trop lourd pour moi, j'ai sauté certains passages à la lecture, j'avais compris le sens, cerné le personnage et besoin d'aller droit au but.

   Anonyme   
4/12/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Commençons par ce qui fâche: les tournures moins heureuses de l'auteur que j'ai regrettées: "suinter la rudesse" "ressentir l'élixir de l'excitation" ...arf
Je blague: c'est vraiment un beau suspense, j'ai pensé au "limier" le film génial de Mankiewicz, c'est dire...
Non franchement j'ai beaucoup aimé malgré quelques répétitions.
Widjet c'est pensé, écrit et travaillé. C'est un bosseur ce gars-là!
Bravo
PS une mare, un ton empli
savoir-vivre savoir mourir une trouvaille parmi beaucoup d'autres.
Je le redis, widjet ça se lit comme du petit lait, si j'puis dire..
à petit feu?
On hoche la tête?
Détails certes...
Beaucoup d'imagination et de métier.
Il ne reste plus qu'à donner encore un petit coup de serpe et ça peut devenir carrément bon. Enfin ce que j'appelle bon, c'est à dire parfait.

   Benway   
4/12/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien
Très bon texte et suspense merveilleusement maitrisé.
quelques petits détails cependant : par souci de non répétition parfois tu enjolives parfois trop. Ex:"un bélier n'en finit plus de perforer son thorax", tu aurais très bien pu simplifier, de toute façon c'est assez bien écrit comme ça. De même en ce qui concerne Charly, l'évoquer par deux reprises comme un "vieux mammifère", étais ce nécéssaire ? Mais ce ne sont là encore une fois que des détails minimes.
L'intrigue reste ma foi très bien ficelée et ça fonctionne à merveille.
Pense tu vraiment que les bretons sont des gens si malveillants ? ;)

   Bliss   
4/12/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Eh bien je suis assez partagée...

L'écriture, toujours très bonne, le suspens mené à son comble, du bon Widjet!

Mais j'ai trouvé certains passages (surtout au début) un peu longs, ça a un peu cassé mon rythme de lecture, et puis j'ai été un peu déçue par la fin, que j'ai trouvée aussi un peu surréaliste (bien que celui qui fait du mal à mon chat je le bute, mais ce n'est qu'une parenthèse!)

Certains petits détails aussi m'ont "perturbée", pas parce que je suis ultra sensible aux fautes de syntaxe, grammaire et autres fautes d'orthographe (j'en fais pas mal moi même pour être immunisée!) mais parce que c'est inhabituel de ta part: le soleil qui SE décline, l'ocre du sang (pour moi ocre c'est plutôt jaune/orange) et puis j'en avais vu une autre que je ne retrouve pas, zut!

Enfin la parano du type est bien retranscrite, ses vieux souvenirs de guerre, les tortures sont bien décrits aussi...

En gros j'aime la forme mais je suis moins enthousiaste sur le fond...

C'est bon mais ce n'est pas ton meilleur texte, pour moi.

   Anonyme   
4/12/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Hmm Widjet, je reviens et déjà je mitige.
César, je dois te rendre l'art de placer le ton, l'ambiance, un décor qui sonne juste...
L'instant où Charly ressent les effets de la douleur sur sa poitrine, on peut presque sentir un poids se déposer sur la notre, tant tu nous peins bien l'angoisse...

Mais ouille, c'est une poquito espeditivo no?
Tu nous balance peu d'indices (où mes heures de lecture des MIckeyénigmes n'ont servi à rien?), peu de traces de l'assassin.
Bien qu'en y réfléchissant bien, et sachant que tu ne Deus ex machina-te pas, on doit se douter dàs les premiers paragraphes que l'assassin est soit un des voisins, soit les nouveaux arrivants, soit le pote Rachid.
Et puis je ne sais pas j'ai un souci de crédibilité... je sais pas on passe vite du chien mort au cadavre si tu vois ce que je veux dire.
Rien ne laisse vraiment, mis à part le fait de pouvoir entrer chez Charly à son insu, donc de vivre là depuis assez longtemps pour avoir connu l'ancien propriétaire et avoir doublé les clés... ou véritablement l'oubli de fermeture de porte est elle l'occasion qui faisait le larron?

Bref, j'aime le rythme, j'aime un peu moins le caractère de Charly, bien qu'il soit crédible en tous points et la chute, Widj' qui moi ne m'a pas trop emballée.
Non, pas vraiment.
La fausse piste de l'enfant de la victime de guerre j'ai aimé par contre...
Mais je sais pas j'aurais voulu plus de "trucs autours" pour pister moi même le tueur... là j'ai un petit effet de creux au fond de l'estomac.

Désolée. Mais j'ai lu tellement plus poignant, plus travaillé de toi...

   aldenor   
5/12/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Le portrait du personnage est très bien brossé ; c’est pour moi le point fort de la nouvelle.
L’élément de surprise est partiellement gâché par le premier message dans lequel Charles en majuscules parait trop manifestement (Encore qu’on se pose des questions au sujet du « U » qui le précède : auxquelles on ne trouve d’ailleurs pas de réponse en fin de compte). La fin est tout de même réussie comme d’habitude avec widjet.
L’action est assez prenante, mais entrecoupée de passages moins convaincants et de baisses de régime au niveau du style.
Par exemple le passage dans lequel le héros interroge Max « … tu connais un Yamine ? etc… » : ça n’amène rien ; j’ai trouvé déplacé.
A un moment Charly s’avise que « l’auteur de ce jeu est toujours à la maison ». Pourtant deux pages plus tôt, il avait déjà réalisé que le cadavre n’était la que « depuis quelques minutes seulement ». Il n’est pas crédible qu’il n’ait pas alors déjà imagine que le tueur pouvait encore être dans les parages.
La litanie des souvenirs de guerre m’a paru trop longue est casse le rythme.
« Charly ne supporte pas être manipulé comme un vulgaire pantin entre les mains d’un marionnettiste. » : Il manque « d’ » avant être. Manipulé entre les mains est lourd. Enfin pantin est suffisant, le marionnettiste va de soi.
J’ai repéré quelques erreurs, certaines triviales :
« …le moindre le mouvement ».
« comme il avait avec les autres » : manque « fait »
« On en fait plus » devrait être n’en fait plus
« n’est plus qu’un régiment que fiottes »
« C’est dans un vieux piège comme le monde dans lequel est tombé … » devrait être « qu’est tombé… »
« …martèle contre les carreaux » Je crois qu’il faut supprimer « contre ».
« Il retrouverait ce putain de macchabée » devrait être « retrouvera ».

   Jedediah   
7/12/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Je suis un peu partagé sur cette nouvelle...
L'histoire est certes racontée avec style, fait durer le suspense et procure sans aucun doute un agréable moment de lecture. Même si c'est parfois caricatural, le portrait qui est dressé du personnage est intéressant.
Mais c'est quand même un peu trop caricatural justement (j'ai lu le fil du forum, et je n'approuve pas totalement), et la théorie du complot des voisins est trop improbable pour être crédible...

Je vis moi-même dans le Finistère, et, que les lecteurs se rassurent, les finistériens sont des gens forts sympathiques... :-)
Par contre, ce qui est dit sur le temps de chien qui règne en Bretagne est véridique...

Une dernière chose : Charly est sur le point de déménager, mais il se précipite à un moment pour tirer un colt d'une pile de vêtements... Simple négligence de sa part, ou simple héritage laissé aux futurs occupants ?

Merci beaucoup de cette publication !

   Flupke   
11/12/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien
Suspense très maitrisé. Ca a bien marché pour moi. J’aurais néanmoins préféré un explication plus convaincante pour les motifs des voisins. Cela aurait pu être étoffé un peu plus pour que ce désir de vengeance soit trouvé naturel. Quant au maître du chien percuté, J’aurais souhaité une explication plus percutante quant au fait qu’il joigne instantanément cette conspiration.
Malgré tout, je ne me suis rendu compte de ces légers défauts seulement après la lecture. Et je me suis néanmoins vraiment régalé donc finalement, cela n’affecte pas trop ma note.
Bravo donc.

   jensairien   
30/12/2008
 a trouvé ce texte 
Moyen
Beaucoup d’incohérences dans ce texte sans nuance

La meilleure : alors qu’apparemment Charly n’attend plus que les nouveaux occupants pour se casser (ses affaires tiennent dans une valise et deux sacs) il arrive encore à sortir un pétard planqué sous une pile de fringues dans une armoire!

Charly, le vieux soldat, est lui caricatural
De plus on a du mal à participer avec lui à son angoisse
Ça ne tient pas debout. Pourquoi veut-il se précipiter sur ce cadavre (dont il n’a aucune preuve d’existence) pour le faire disparaître ? Pourquoi aurait-il peur d’être accusé d’un meurtre dont il pourrait facilement se disculper ? Faire disparaître le cadavre en dix minutes ne serait-il pas le meilleur moyen de faire de lui un coupable tout désigné ?

Et puis des platitudes stylistiques. J’en retiens une pas mal : « un silence interminable avait plané comme un vautour »
Pour moi c’est un texte avec les défauts et les maladresses d’un adolescent plein d’imagination.
Mais bon Widjet reste Widjet ! Il a fait de bien meilleures choses !

   marogne   
4/1/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Je ressors un peu mitigé par ce texte, et ne suis pas sur d’arriver à l’exprimer clairement, mais soit.

D’abord je trouve que l’effet de distanciation mis par l’auteur pour décrire le personnage et l’action, renforcée par des clins d’œil au lecteur, et quelques traces d’humour dans la façon d’écrire , empêche de vraiment rentrer dans l’action, dans le personnage, ce qui rend le texte « long », en particulier du fait de ces longues descriptions qui n’apportent pas grand-chose (pour cette même raison).

Je regrette aussi le recours à beaucoup trop d’effets de style, de phrases trop recherchées, comme si, au-delà de l’histoire, l’exercice était de montrer un « beau texte, bien travaillé ».

Enfin, la fin, pour moi, gâche un peu la lecture, avec quelque chose comme « tout ça pour ça ? », et renforce les deux critiques mentionnées ci-dessus. Une fin tellement outrée, vue le reste du texte, que l’on en retient que la volonté de surprendre à tout prix à la fin du jeu. Mais peut être l’ensemble était-il un jeu ? Pour nous prendre à notre propre piège de la recherche de « l’effet », de la volonté de plaire à tout prix ? C’est peut être là qu’est le trait d’humour le plus intéressant de l’exercice

Détails en passant :
• un « pavillon » dans le fin fond du Finistère, en pierres taillées : sans doute une vision un peu trop « parisienne »…
• « commencer à émettre des craquements » donne l’impression que le phénomène sera continu….
• Est-ce que Charly avait vraiment laissé son colt aux nouveaux propriétaires (il se précipite pour aller le chercher dans sa chambre quand il était, par ailleurs, prêt à partir).
• « petite cabane qui grossit à chaque pas » ?
• La pluie qui fait « sournoisement » des trous…

Ps : en « ps » seulement, car je l’ai déjà écrit pour d’autres textes, je trouve l’utilisation d’un vocabulaire tirant vers le « vulgaire », même si on peut le concevoir pour un tel personnage, pas forcément nécessaire avec ce degré de systématisme.

   melany   
14/1/2009
C'est la première nouvelle que j'ai lu en venant sur osiris, il y a ... quelques semaines maintenant ! Je n'ai pas osé commenter à l'époque, je le fais aujourd'hui.
C'est une lecture très agréable, je suis très fan du genre et j'aime beaucoup l'idée de la fausse piste qui se précise et qui s'afine, on y croit jusqu'à la fin (enfin, moi j'y ai cru!) et des indices sont pourtant semés.. pas suffisament peut être? on comprend rapidemment que le vieil homme désagréable sera la victime... par contre je n'avais pas du tout vu venir les criminels..
merci pour ce bon moment !

   Lohengrin   
19/3/2010
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   Bellaeva   
6/2/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonjour Widget,
Personnage parfaitement bien décrit, nous sommes en contact direct bien que brutal avec le personnage plus que rapeux ! Il me fait penser à Gabin ou Ventura. Le style est en parfaite correspondance.La situation est parfaitement bien posée dès le départ.De nombreuses bonnes expressions qui nous font vivre l'action : "Il ouvre les deux armoires vides et la penderie où quelques cintres se mettent à trembler comme pris en flagrant délit. " Suspense et stress cadencés par le tempo des minutes. Bonne description de l'état de tension de Charly. L'effet de tension est tel que l'on ne peut lâcher le texte..on veut savoir, ce qui en soi est une parfaite réussite. Il y a de bons effets de surprise et un vrai jeu de piste : le titre tient ses promesses.

Maintenant quelques remarques pour affiner :
la présentation du personnage est campée dès le départ et pourrait apparaître davantage par petites touches par ses gestes en fondue enchaînée ..
Le coin du fin fond de la Bretagne pourrait être davantage situé. les descriptions auraient pu correspondre à n'importe quel coin de campagne. par les noms plus bretonnants, par le cri des mouettes etc...
Dans la psychologie du personnage, il y a une petite dissonnance je trouve. Quand on le voit si monolithique, on se demande pourquoi il se perturbe autant par un post it ?
Pareil,n un soldat même à la retraite cela a le sommeil léger et l'ouie fine, on peut être rentré dans sa maison sans qu'il s'en aperçoice ?
Pire que quelqu'un puisse à continuer à déplacer le cadavre sans qu'il s'en rende compte dans une maison ma foi qui ne semble pas immense ?
Enfin qu'un vieux briscard comme lui soit assi émtotif ?
J'ai comprios assez tôt qu'il allait devenir le cadavre peut être car il répète à plusieurs reprises que le cadavre est encore chaud..
L'idée de vendgeance m'est venue et j'ai pensé effectivment au passé mais quand l'ami max lui donne cette piste je me suis dit c'est trop tôt..Donc la chute est bonne, j'ai pensé à une vengeance de voisinage du fait du parechoc et du renard, je me suis demandé si il s'agissait bien d'un renard .. mais je n'ai pas pas pensé à une vengeance collective.

   Mistinguette   
12/2/2010
 a trouvé ce texte 
Bien +
Cette nouvelle servie par une écriture avisée m’a tenue en haleine du début à la fin. Cependant la scène où Charly récupère son flingue sous une pile de vêtements (dans un placard de sa chambre) a un peu perturbé ma lecture, et je suis revenue au début pour voir si j’avais tout compris ; car dans mon esprit les bagages du retraité étaient bouclés. De plus à un moment il cherche le cadavre en ouvrant la penderie et les deux armoires vides de sa chambre…
Evidemment cette incohérence n’enlève rien à l’intérêt de cette histoire à mon sens plutôt bien ficelée...

 

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