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Fantastique/Merveilleux
widjet : Le funambule
 Publié le 19/06/09  -  16 commentaires  -  26708 caractères  -  117 lectures    Autres textes du même auteur

Un homme sur un fil.


Le funambule


Avec l’aimable autorisation de Tinuviel



Lorsque dans un nuage de poussières brillantes se cristallise cette apparition, l’homme croit d’abord à une hallucination. Ce n’est guère surprenant. Cela fait plusieurs jours, plusieurs semaines, peut-être même plusieurs mois que rien ne se passe. Un temps infini s’est écoulé depuis que cet homme est plongé dans les ténèbres et le silence. Il est là. Seul. Un pied posé devant l’autre, les bras tendus à l’horizontale, en équilibre sur un fil surplombant un précipice obscur.

Ses pupilles sont toujours éblouies par ces particules lumineuses. Il cligne des paupières à maintes reprises avant de rouvrir les yeux en grand. Le mirage n’a pas disparu. Mieux encore, il se déplace et avance dans sa direction. Au fur à mesure qu’il se rapproche, l’effet d’optique devient plus net.


Diffusant un effluve doucereux, une silhouette mouvante se dessine.


Auréolée de poussières blanches phosphorescentes, une créature se tient devant lui. Une femme. Enfin, il lui semble que c’en est une. Une femme sans âge ou plutôt, de tous les âges. Arrivée près de lui, celle-ci se met à le scruter avec intensité comme si elle cherchait à sonder son âme. En proie à la fascination et à l’étonnement, l’homme est bien en peine de dépeindre cette Vénus venue de nulle part. Et pour cause, devant son regard médusé, la femme se métamorphose… en temps réel .

Les traits de son visage évoluent en permanence. Ils sont tantôt lisses, tantôt couverts de rides. Même chose pour la couleur de sa chevelure aussi changeante que la coloration de ses prunelles et la pigmentation terne ou cuivrée de sa peau. Absolument tout en elle se transforme, se mélange avec une synchronisation incroyable, stupéfiante. Ces différentes variations sont d’une subtile harmonie comme une peinture vivante, un tableau mystérieux, sublime et indescriptible.

Le funambule ne peut qu’émettre des suppositions comme celle de considérer que l’être extraordinaire qui lui fait face est une sorte de magicien, un fakir des temps modernes. Cette hypothèse lui vient après avoir regardé les pieds de sa visiteuse, et réalisé avec stupeur que ceux-ci - contrairement aux siens - ne reposent pas sur le fil. En fait, ils ne reposent sur rien de tangible : la femme lévite. Enfin, un autre indice lui est communiqué par le frémissement de ses narines. De cette étrange ensorceleuse se dégage une senteur sucrée que l’équilibriste reconnaît sans peine.


Du miel.


- À ton tour ! lance soudain la créature d’un ton solennel.


L’homme est ébranlé. Même les inflexions de sa voix regorgent de sonorités multiples.


- De quoi parlez-vous ? rétorque-t-il avec véhémence sentant au fond de lui son cœur marteler sa poitrine.


La femme plante ses pupilles indéfinissables et hypnotisantes dans celles, noires, du jeune homme :


- De quoi je parle ? dit-elle moqueuse. Mais je parle de toi, jeune imprudent.


Malgré sa peur, le funambule tente de contrôler le rythme de sa respiration. Il sait qu’il doit garder la maîtrise de ses nerfs et surtout ne pas irriter ceux de cette invitée miraculeuse. Il ne peut courir le risque de saboter son unique chance de comprendre ce qu’il fait là et ce qui lui est arrivé.


- Qui êtes-vous ? demande-t-il d’un ton radouci.


La nymphe s’élève dans les airs comme pour lui montrer sa suprématie.


- L’heure n’est pas aux présentations.

- Je suis désolé, insiste-t-il en déglutissant, mais je m’appelle…


La créature se met à la hauteur de l’homme. Coiffés de poudres luminescentes, ses cheveux dansent dans l’espace. La femme approche son visage de celui de son interlocuteur. L’odeur de miel devient plus forte.


- Je sais qui tu es, coupe-t-elle.


La créature remonte vers le ciel en le dévisageant. L’obscurité qui enveloppe le funambule est pénétrante. L’homme a fini par s’y habituer au point d’y voir au travers. Mais, il n’a pas toujours vécu dans ces sombres conditions. Il y a quelque temps encore, il était entouré de centaines de constellations magnifiques. Et très utiles aussi ! Ces particules cosmiques émettaient une infime, mais salutaire luminosité qui l’aidait à avancer en évitant de chuter dans ce gouffre sans fond, synonyme d’une mort assurée. Aujourd’hui, ces astres célestes se sont éteints. De toute manière, cela fait bien longtemps que ses jambes ankylosées ne lui permettent plus de se déplacer. En misérable impotent statufié, il n’a d’autre choix que de vivre dans cette position d’éternel équilibriste au beau milieu d’une nuit sans étoile et sans fin.


- Pouvez-vous me dire ce qu’il se passe, enfin ? demande-t-il.

- C’est la fin de ton séjour parmi nous, dit-elle. Tu dois partir.

- Partir ? Mais comment ? Vous ne voyez pas dans quel pétrin je me trouve ?

- À qui la faute ? répond-elle dans un maigre sourire. Qui d’autre que toi s’est mis dans cette situation ?


L’homme ne comprend pas, il ne sait pas. Qu’a-t-il pu faire pour se retrouver dans cet étrange endroit ? Il ne s’en rappelle pas. En fait, il ne se souvient pas de grand-chose. Il a juste la sensation d’avoir toujours été ici, debout sur ce fil tendu, contraint de perpétuer des prouesses acrobatiques avec pour unique obsession de ne pas tomber. Voilà à quoi se résume son existence.


Une seule phrase. Un seul objectif. Ne pas tomber.


Un passé ? Il se rappelle en avoir eu un. Mais il est vague, aux contours incertains. Il n’est fait que de fulgurances sonores, des bruits qui ont tendance à l’effrayer. Il perçoit aussi des voix aux intonations diverses. Une voix, surtout. La même. Elle revient souvent et son inflexion est empreinte de douceur. Cette voix qui l’apaise, il est certain de la connaître sans pour autant identifier sa source. Elle lui raconte des histoires de « vergers de lumières », d’une « pierre de jais », de « destins emmêlés », de « mains endolories » aux « ongles déchiquetés », de « cœurs miroirs », d’une « terre en friche » et de « ciels rougeoyants »… et de bien d’autres mots plus énigmatiques encore.


Elle lui parle de « lucioles » aussi.


Puis, la voix finit par s’estomper et disparaître totalement, l’abandonnant à son trouble et à son désarroi. Certains jours, le funambule se demande si tous ces souvenirs auditifs ne sont pas le fruit de son imagination. Ou pire, de sa folie.

L’homme fixe le visage de la femme dont les traits se floutent imperceptiblement. Elle flotte au-dessus de lui l’enveloppant de ses effluves mielleux. Dépité, il s’adresse à elle d’un ton péremptoire :


- Qui êtes-vous, à la fin ?


Les yeux aux mille couleurs ne cessent de regarder l’équilibriste debout sur son fil. Il insiste :


- Vous êtes la Mort, c’est ça ?


D’une voix où pointe une lassitude morose, la femme lui répond :


- Vas-tu cesser de parler ? Tu es attendu ailleurs.

- Vous êtes la Vie, alors ?


Lévitant dans l’air et croisant les bras et les jambes, la créature attend quelques secondes :


- Je suis ta gardienne, finit-elle par dire.

- Pourquoi m’avez-vous kidnappé ? Que voulez-vous ?

- Je ne t’ai pas enlevé. Au contraire, je t’ai accueilli…


Elle marque un temps d’arrêt avant d’ajouter d’un ton plus grave :


- … Et maintenant, je dois me séparer de toi.


Désorienté, le funambule poursuit son interrogatoire :


- Où m’emmenez-vous ?


La femme pousse un long soupir et comme pour se parler à elle-même, elle murmure :


- J’espère que les autres seront moins bavards...

- Les autres ? Quels autres ?


C’est alors que l’homme sent derrière lui un faisceau de lumière. Il essaie de faire pivoter son buste en prenant soin de garder un positionnement stable, mais en vain. Son corps le fait trop souffrir. Il prend une profonde respiration et, la figure grimaçante de douleur, tord son cou afin d’apercevoir ce qui se passe derrière son dos.


Ce qu’il voit alors le pétrifie.


Là, à quelques centimètres derrière lui, se tient un octogénaire. Le halo jaunâtre qui l’éclaire donne à cet étranger un teint cireux, cadavérique. Ses cheveux blancs et sa longue moustache sont soigneusement peignés. Ses joues creuses et blafardes font ressortir ses yeux hallucinés. Le vieil homme planté sur le même fil adopte une posture similaire à celle du funambule. Mais celui-ci n’est pas au bout de ses surprises, car juste derrière cet inconnu, il y a un autre individu, une jeune femme de couleur, un peu rondouillarde qui elle-même devance un adolescent rouquin qui se trouve devant une dame d’une quarantaine d’années à moitié défigurée alors que derrière celle-ci est dissimulée une autre personne qui cache encore quelqu’un d’autre.


Et ainsi de suite…


C’est une chaîne infernale. Le fil semble porter plusieurs centaines d’étrangers qui ont tous un maintien identique. Terrorisé, il réalise qu’à quelques mètres derrière lui, se tient une véritable armada. Une armée de funambules.

Sur le faciès de ces anonymes, il peut lire la même expression de stupéfaction et d’effroi. Le visage livide, l’homme est soudain pris de vertige. Il chancelle. Son corps penche dangereusement sur le côté. L’équilibriste se sent comme aspiré par le vide, mais parvient in extremis à se redresser.


- Mon dieu, souffle-t-il. Qui sont tous ces gens ?


La femme fait une moue mélancolique :


- Ce sont mes enfants.

- Vos… vos enfants ? Que font-ils ?


La mine assombrie, elle dit :


- Ils attendent d’être libres. Tout comme toi.


L’homme finit par exploser de colère :


- Mais… mais où sommes-nous, bon sang !?!


La créature ne lui répond pas.


Le funambule sent la panique le gagner. Elle se répand dans tout son être comme un liquide empoisonné. L’homme finit par fermer les yeux, cherche à retrouver son calme et à se concentrer. Avec précaution, il tente de bouger ses bras rigides pour faire circuler son sang qui semble, tout comme lui, s’être figé dans ses veines. Il plie puis déplie ses doigts qui sont durs et raides comme des bouts de bois. Un à un. Lentement. Prudemment. Ses phalanges se mettent à craquer. Il grimace, mais persévère. Petit à petit, au prix d’un terrible effort, il parvient à ouvrir puis fermer ses poings.

Le funambule continue cette gymnastique pendant de longues minutes. Il sent enfin le sang irriguer ses organes. Mais au moment où il fléchit ses genoux, une douleur atroce irradie ses cuisses et remonte le long de sa colonne vertébrale. L’homme ne peut réprimer un cri qui résonne dans le silence de la nuit.


- Libérez-moi sur le champ ! ordonne-t-il ne pouvant plus contenir sa colère et son épouvante.


Mais la créature continue de se taire. Elle se contente d’esquisser un sourire indulgent. Les secondes s’écoulent. La tension est oppressante, presque palpable. Lui, toujours sur son fil, fixe la gardienne à deux mètres au-dessus de lui qui laisse échapper ses fragrances de miel. Les yeux brûlants du funambule foudroient ceux, imperturbables, de la femme cerbère… Jusqu'à ce que celle-ci se mette à écarter ses bras et fasse claquer les paumes de ses mains grandes ouvertes.


Alors, un bruit comme le claquement d’un fouet brise le silence…


Dans l’instant qui suit, le décor n’est plus le même. L’homme se retrouve dans une immense pièce aux murs d’une blancheur immaculée. Il lui faut quelques secondes pour recouvrer ses esprits, mais la première chose qu’il remarque tout de suite est que le fil ténu sur lequel il était suspendu… a disparu. Ses deux pieds reposent désormais sur la terre ferme et plus précisément sur un carrelage en damiers. Ses jambes, jadis paralysées, ont comme par miracle retrouvé leur motricité. Les fourmis qui engourdissaient ses bras se sont volatilisées. L’homme peut bouger tous ses membres sans effort ni souffrance.

L’endroit, lui, est totalement vide. Les parois semblent avoir été fraîchement peintes à la laque. La pièce n’est pas très large, mais en revanche, sa longueur fait plusieurs dizaines de mètres. Tout au fond, deux immenses portes se trouvent face à lui. Chacune d’entre elles est ornée d’un même signe étrange.


Comme un symbole mystique.


Avec une certaine appréhension, l’homme regarde le sol carrelé. Il a la désagréable impression d’être un pion minuscule au milieu d’un échiquier gigantesque. Enfin, quelque chose fait frémir ses narines. Il se met renifler à plusieurs reprises et reconnaît le même arôme entêtant. L’odeur de miel est toujours présente.


Il fait volte-face. La gardienne est encore là. Elle se tient derrière lui. Les contours de son visage continuent d’évoluer à chaque instant, mais, la créature ne lévite plus et ses pieds, désormais reposent à même le sol.


- Voici la destination de ton prochain voyage, dit-elle en détournant la tête. Va-t-en, maintenant.


D’un geste de tragédienne grecque, la femme tend la main en direction des deux portes. Pourtant, il ne bouge pas. Le regard inquiet, il fixe la geôlière.


- Quelle porte ouvrir ? demande-t-il.

- Ne crains rien, le rassure-t-elle. Les deux mènent vers un autre monde. Une autre liberté.


En dépit des différentes modulations de sa voix, l’homme sent que la créature ne peut dissimuler une certaine émotion. Malgré lui, il est troublé, touché même par cette faille infime qui fait retomber son courroux.


- Au revoir, dit-il, en tendant la main vers elle.


La gardienne regarde la main offerte, mais ne la saisit pas. Froissé, l’homme la retire, s’apprête à parler, mais la femme l’en empêche en lui posant son index sur sa bouche. Il sent comme une substance parfumée, une fine couche sucrée se coller sur ses lèvres.


- Ne dis plus rien, fit-elle les pupilles brillantes. Va rejoindre ta destinée.


Il hoche la tête en guise d’acquiescement puis regarde droit devant lui. Les deux portes semblent l’appeler. Il fait un premier pas. Puis un second. Par réflexe, il lève ses deux bras pour les mettre à l'horizontale avant de se rétracter en souriant malgré lui de son comportement. Il avance progressivement. À mi-chemin, il se retourne et constate que la gardienne n’est pas partie, mais qu’elle lui tourne le dos. Il la fixe quelques secondes puis finit par hausser les épaules et poursuit sa progression.


Enfin, il arrive près des deux portes.


$$$$$$$

Porte de gauche Porte de droite



Il les regarde l’une après l’autre avec une intense ferveur comme s’il cherchait à pénétrer à l’intérieur de leur vérité, à percer l’énigme qui se cache derrière chacune de ces ouvertures. Rien ne différencie les deux portes. Elles ont la même taille, la même couleur et elles n’ont pas de trou de serrure. L’homme peut entendre son cœur cogner avec violence. Quelques gouttes de sueur se mettent à perler sur son front blême. Il s’approche du battant de gauche, y colle son oreille en fermant les yeux avant de procéder de la même manière avec celle de droite. Aucun bruit n’émane des deux portails. Il mordille l’intérieur de sa joue.


Les deux mènent vers un autre monde. Une autre liberté.


Les mots prononcés par la créature lui reviennent en mémoire. D’une main tremblante, il se saisit de la poignée d’une des deux portes. Au même moment, la porte opposée se volatilise. L’homme relâche sa prise comme s’il craignait d’être brûlé ou électrocuté, puis fait volte-face.


Mais la gardienne des funambules a quitté le lieu.


Il est désormais seul dans une pièce vide et blanche face à une porte revêtant un symbole qu’il ne comprend pas. Seul face à son choix. Seul face à son destin. La boule dans sa gorge grossit. Il transpire. La mâchoire serrée, il essaie de transcender sa peur. Pour la seconde fois, il s’empare de la poignée qu’il tourne d’une main moite. La porte s’ouvre sans résistance et sans bruit. Elle ne donne sur rien d’autre que sur une autre obscurité.


Une nouvelle fois, les ténèbres s’offrent à lui.


« Mon dieu, non » souffle-t-il les traits crispés par l’angoisse.


Mais l’homme n’a pas d’autre possibilité que de franchir cette porte. Et c’est d’un pas hésitant qu’il replonge dans le noir…




Depuis toujours, je cours après des lucioles.




Affamée d'absolu, derrière elles je vole




Cherchant à découvrir ce verger des lumières




Où rosiraient enfin les fruits de mes chimères.



Manon s’interrompt un instant. Elle lève la tête, prend le gobelet de thé qu’elle avait laissé sur le rebord de la fenêtre et avale le liquide en minuscules gorgées. La chaleur du breuvage lui fait du bien.


Elle poursuit sa lecture :


Car en ma terre en friche ne peuvent voir le jour

Que des ronces stériles, balafrant le contour

Des rêves excisés qui servent de décor

À la pierre de jais qui sommeille en mon corps.


Dehors, les flocons neigeux continuent de tomber dru. Ils tapissent les toits, les capots des voitures, les trottoirs. Un vent rauque siffle contre les vitres froides. Les gens dans la rue marchent avec une prudence excessive. Redoutant le verglas, le dos courbé, ils se tiennent fébrilement aux rampes ou aux bras de leurs partenaires. Les véhicules ont l’air de rouler au ralenti comme si leur mécanique elle-même était grippée.


L’hiver est particulièrement rude, cette année.


Manon pose le livret sur le dessus de la petite table juste à côté d’elle. Elle se frictionne les bras, se lève pour se diriger vers le radiateur de la chambre dont elle augmente la température. Elle retourne à sa chaise. Reprend le carnet. Et la lecture du poème :


Ongles déchiquetés, je creuse au fond du puits

D'une angoisse lointaine, souffrance originelle

De n'avoir jamais su éveiller ton envie

Matrice inachevée, ma mère, sombre et belle.


Je suis une enfant triste aux mains endolories

Cherchant dans vos pupilles le terme de ma quête.

Je laisse sur vos corps la trace de mes cris

Et dans vos bras ouverts l'odeur de ma défaite.


Soudain, elle tressaille. Stoppe net sa lecture. Ce n’est pas le froid cette fois-ci, non, c’est… ce qu’elle a cru apercevoir. Est-ce l’effet de la fatigue ? À moins que ce ne soit son esprit qui la tourmente en lui jouant encore de vilains tours ?


Pourtant, elle aurait juré que…


La jeune femme demeure interdite, le regard figé. Après quelques instants, elle finit par hocher la tête en soupirant avant de se blottir à nouveau dans le réconfort des vers.


J'ai beau fuir en courant le sabbat de mes peines

Décacheter vos cœurs, me brûler aux méandres

Et aux ciels rougeoyants de vos âmes en cendre

L'éternité se cache, mes rêves me malmènent.


Galopent autour de moi vos destins emmêlés

Sans que jamais…


Cette fois, elle a bien vu. Ce n’est pas un délire, ni un fantasme. Quelque chose a bougé. Il a bougé. Les yeux de Manon se mettent légèrement à briller. Ses tempes commencent à cogner au rythme des battements de son cœur. Pour la seconde fois, la jeune femme regarde droit devant elle, sans ciller. Dans ce regard plein d’intensité, il y a bien plus que de l’attente. Il y a cette sensation, cette lueur qu’elle connaît bien pour l’avoir tant de fois appelée dans ses prières.


Il y a de l’espoir dans ces prunelles-là.


Manon attend. Elle attend que cela se produise une autre fois. Elle peut entendre la partition rapide de son cœur. Mais plus rien ne se passe. Soudain, une idée folle, superstitieuse, lui traverse l’esprit. « Continue de lire. Ne t’arrête pas. ». Alors, la poitrine comprimée par un poids invisible et les mains légèrement moites, elle repose les yeux sur le poème :


Sans que jamais j'y trouve le repos de mes leurres.

J'ai l'amour hémophile, la soif immodérée

D'être ce sable doux qui égraine vos heures.


Elle lève vivement la tête, les sens en alerte. Rien.


En vos cœurs miroirs je cherche mon reflet

Je module mon chant aux notes de vos vies

J'habille mon regard…


Son index ! À un mètre d’elle, son index vient de remuer ! Là, maintenant, encore une fois ! Manon continue de plus belle malgré le souffle qui, soudain, vient à lui manquer.


J’habille mon regard des… des couleurs de vos nuits

Je meuble mon silence du bois de…de vos regrets.


Ce sont bien ses doigts, ses doigts à lui qui pianotent des touches invisibles sur le drap blanc du lit. Voilà qu’ils se referment et forment un poing. Son autre main se met à bouger également ! Manon a du mal à reprendre sa respiration tant les pulsations de son cœur s’emballent.


Je… Je navigue à l'instinct sur… sur vos grands océans


Se cramponnant au petit carnet comme à une relique jusqu’au point de faire blanchir ses phalanges, elle s’accroche de toutes ses forces à ces vers. Elle ne veut pas, non elle ne veut pas cesser de lire, parce que si elle s’arrête, elle le sait, elle le sent, le prodige ne s’accomplira pas. Portée par le pouvoir surnaturel des mots, Manon, essoufflée et en sueur, continue de lire…


M'appropriant la barre de vos coques fragiles

Mais le soir revenu, j'échoue… sur… sur les brisants

De l'horizon d'adieu qui… perle entre vos cils.


C’est au tour de sa tête de remuer d’un côté puis de l’autre. Manon hésite, mais n’y tenant plus, elle jette le livret dans les airs qui s’envole avec une grâce singulière comme une colombe de pages. La jeune femme se rue au chevet du lit. Elle agrippe le rebord avec force, car ses jambes cotonneuses ne la tiennent presque plus. Elle ne sait pas quoi faire, comment réagir. Tout se bouscule, tout s’accélère. Le regard affolé, elle se précipite hors de la chambre, tourne la tête dans tous les sens.


Au bout du couloir étroit se trouve une aide-soignante.


- Infirmière ! Infirmière ! Appelez le docteur, maintenant ! hurle Manon à son attention.


Son cri perçant, hystérique même, ricoche contre les murs blancs. Sa gorge la fait souffrir, sa respiration devient saccadée, elle se tient la poitrine qui paraît s’embraser de l’intérieur pendant que son front est perlé de gouttelettes brûlantes. L’infirmière lui répond quelque chose qu’elle n’entend pas avant de disparaître. Manon panique, retourne dans la chambre, s’approche au plus près du lit.


- Enzo, mon amour, tu m’entends ? souffle-t-elle la main sur son cœur.


Un homme est allongé sur ce lit. C’est Enzo. Son mari. Il a dans les trente ans. Sa peau est presque aussi blanche que l’oreiller sur lequel sa tête est posée. Ses cheveux ont un peu poussé depuis que Manon a cessé de les lui couper. Malgré cela, les mèches brunes qui tombent sur son visage ne peuvent masquer la large cicatrice rosâtre qui lui barre le front.


- Dis-moi que tu m’entends, répète-t-elle.


Enzo fronce les sourcils. Puis, ce sont ses cils qui se mettent à trembler, imités par les lèvres de Manon. Enfin, il entrouvre ses paupières. En s’approchant d’un peu plus près, Manon peut apercevoir la couleur de ses yeux, cette couleur qu’elle redécouvre, ce noir-là si commun, mais si précieux. Malgré les traits tirés de son visage, malgré ses joues creusées par l’épuisement, la jeune femme sent un long frisson glacé remonter le long de son corps éreinté.


C’est un frisson de vie.


Dans cette chambre d’hôpital, froide et sinistre, il est en train de se passer quelque chose de providentiel. De sublime. À l’instar de son homme qui, sous ses yeux, reprend peu à peu connaissance, Manon est, elle aussi, sur le point de renaître.

Enzo entrouvre les lèvres, et d’une voix encore faible, il parvient à articuler ces mots :


- Ce poème… dit-il dans un souffle.


Sa voix. Avec le temps, elle avait presque oublié cette tonalité râpeuse, ce timbre si particulier, unique. La jeune femme, la main plaquée contre sa bouche, a toutes les peines du monde à contenir les bouleversements qui la submergent. Elle ne rêve pas. Son homme revient. Elle qui croyait l’avoir perdu à jamais. Il revient. Enzo s’était juste éloigné. Il était parti loin, très loin même, comme s’en vont parfois les marins ou les grands aventuriers. Où était-il parti tout ce temps, dans quels univers s’était-il égaré, dans quelles contrées avait-il navigué ?

Toutes ces questions, Manon ne se les posait pas. Enzo est revenu, il lui est revenu. C’était l’essentiel.


- Ce poème… est magnifique, Manon.


Il vient de l’appeler par son prénom. Juste là, maintenant. C’est trop d’émotion pour la jeune femme qui sent ses forces l’abandonner. Manon s’effondre en pleurs et tombe à genoux près du lit. Les doigts tremblants, elle se saisit de la main de son homme dont elle embrasse la paume à plusieurs reprises en répétant le même mot comme une litanie. Lui, la gorge nouée esquisse un sourire fatigué, pendant qu’au coin de son œil, une larme s’échappe, roule et vient s’écraser sur l’oreiller immaculé.


Il n’y a plus aucun bruit dans la chambre ni à l’extérieur. Même le vent du dehors est respectueux. Seul un silence religieux semble être témoin de leurs retrouvailles…


Un docteur suivi d’une soignante entre alors dans la chambre d’un pas décidé. Il regarde brièvement la jeune femme, mais prend le temps de lui adresser un sourire empreint de sincérité avant de tourner les yeux vers le revenant. Le regard du médecin est intense, mais bienveillant. Manon se redresse et d’un bref revers de la main essuie ses larmes. L’infirmière vient à la rencontre de Manon et pose un bras réconfortant sur son épaule en lui demandant d’attendre quelques instants dans le couloir.

La jeune femme acquiesce, mais juste avant de sortir, s’approche d’Enzo et dépose un baiser furtif et humide sur les lèvres sèches de son époux. C’est au tour du docteur de se poster devant son patient. Il prend la chaise qu’occupait Manon, s’assoit et, sans se départir de son sourire, adresse quelques mots au malade tout en lui tâtant le pouls.


Manon s’est déjà écartée du lit. À petits pas et à reculons, elle s’éloigne et s’apprête à quitter la pièce, deux doigts posés sur sa bouche. Son visage arbore une expression singulière, indéterminée. C’est à cause de ce qui vient de se passer, là, à l’instant. Ce baiser qu’elle vient juste de donner à Enzo.


Ce baiser.


Elle regarde son index et son majeur d’une étrange façon. Son air est toujours pensif. Elle est ailleurs. Ses doigts collent un peu comme si... Manon hésite. Regarde ses doigts avec insistance. Puis, du bout de la langue, se met à lécher leurs extrémités.


Ce goût, cet arôme sucré, on dirait…


- Du miel, murmure la jeune femme un sourire énigmatique sur le visage.




Le poème cité a été écrit par Tinuviel et s’intitule « La course aux lucioles »


 
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   xuanvincent   
20/6/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
19 juin, 7h32 :

Merci à l'auteur, aux deux auteurs, pour cette belle histoire.

widjet dans ce texte s'est accordé, m'a-t-il semblé, une grande liberté (pour les passages du merveilleux/fantastique), ce qui m'a plu.

La (relative) longueur de ce récit, plus importante que la longueur habituelle des nouvelles de l'auteur, a par ailleurs retenu mon attention.
Mais comme le texte est bien écrit, il se lit aisément.

Merci à Tinuviel, pour ces beaux poèmes, qui donnent une touche (plus) poétique au récit.

Bref, cette nouvelle m'a paru assez différente des précédentes et, lors de ces deux premières lectures, je l'ai plutôt appréciée.

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PS (19 juin, 19h15) :

Après une troisième lecture, d'une traite sans m'attarder sur les détails, j'ai de nouveau beaucoup apprécié cette histoire. En particulier pour son imaginaire (riche j'ai trouvé), qui m'a étonnée et plu, et son atmosphère étrange.

J'ai préféré dans l'ensemble la première partie à la seconde. Même si l'idée de ce poème qui fait renaître le héros à la vie, sans doute j'ai pensé par la force des mots et/ou de l'amour, m'a plu.

Excepté quelques détails ici et là (de forme ou sur le fond), dans un texte qui m'a semblé dans l'ensemble bien écrit, cette nouvelle, dans le registre pas évident du merveilleux, m'a paru plutôt réussie.
. principal point que j'ai relevé (comme coquillette) : la répétition, à différentes reprises, du terme "porte".

Encore bravo à l'auteur !

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20 juin 2009 (8h) : Cette nouvelle me paraît la plus aboutie des 4 nouvelles de l'auteur publiées dans le "Fantastique/merveilleux" (la précédente datant d'octobre 2008). J'avais par ailleurs assez apprécié l'épisode basculant dans le merveilleux de la nouvelle "Eneris" (Aventure/Epopée).

   solidane   
19/6/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Tout cela est vraiment bien écrit. On se croirait un peu avec Paul Auster au début. Mais bon pour ne pas faire comme Widjet, c'est trop long pour moi. On devine assez vite le fil conducteur, ce n'est pas lui l'intéressant. Si une chose m'a plue, c'est cette sensation que l'auteur s'y est résolument impliqué. Le contrepoint : le miel est bien trouvé mais classique. La longue "oniriade" qui mène à cet hôpital est réellement bien écrite mais trop neutre à mon goût. Impression d'un joli travail mais qui ne prend pas sur moi, il manque de l'ampleur pour m'accrocher. Difficile parfois de liver ses sensations, mais maintenant c'est fait.

   colibam   
19/6/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Un texte symbolique sur l'amour et la mort, écrit tout en délicatesse, comme une caresse de mots murmurés au creux de l'oreille.
La première partie s'écoule lentement, sur un rythme cotonneux qui colle parfaitement à l'atmosphère et la situation de cette antichambre un peu inquiétante du paradis.
La parabole du funambule est bien trouvée. La gardienne qui guide, l'inconnu qui terrorise, la longue file silencieuse, le gouffre insondable et sans retour, les portes du retour à la Vie...

J'ai toutefois préféré la seconde partie.
La fin, ce goût de miel sur les lèvres retrouvées, m'a collé des frissons et embué le regard.

   wancyrs   
19/6/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
Le texte en son fond, en son idée semble original, mais me rappelle un peu trop les histoires rocambolesque de vieillards vaniteux de ma tribu, qui, voulant se donner une certaine importance, les racontaient en se faisant acteur de ces scènes... pour moi, en fait, du déjà entendu. Mais je saluerai quand même la subtilité de l'auteur, de s'être abstenu de trop décrire ce lieu en fait indescriptible, car vu que c'est le noir avant d'y être, et le noir après y avoir été, ce serait assez osée de prétendre décrire un tel endroit. Déjà que la description de la nymphe me rappelle un peu trop le long métrage "Le Seigneur des Anneaux", et que la salle blanche, carrelée, avec au fond des portes me semblent un grotesque plagiat du long métrage "La Matrice"
Quant à la syntaxe, elle est un peu en dents de scie; des fois bonne, des fois à peu près...
Les deux premiers paragraphes coulent de source, presque excelents, mais lorsque la comparaison pompeuse: la Vénus "venue de nulle part" entre dans la danse, le synchronisme installé dépuis le début commence à boiter.
Ensuite les redondances telles: "pénétrer à l'intérieur", "léviter dans l'air", "se parler à elle même" donnent l'impression d'entendre traduit en français un patois inconnu.
Des non sens aussi tels: "fléchir ses genoux", "garder la maitrise de ses nerfs", " sentir un faisceau de lumière" ne permettent pas de visualiser l'histoire pour se mettre dans cette ambiance féerique voulue par l'auteur.
Pour finir, l'auteur devrait savoir que la "laque" ne peut être peinte, car elle n'est pas fluide. la "laque" est une espèce de résine qu'on enduit plutôt.
J'exhorte de ce fait l'auteur à continuer à travailler ses textes, surtout de continuer à enrichir son vocabulaire car dans l'espace de deux paragraphes, j'ai compté cinq fois le mot "derrière", et ça c'est pas pardonnable lorsqu'on a atteint ce niveau de l'écriture

wancyrs

   Xrys   
19/6/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
J'ai eu du mal au début à accrocher (peut être le 1er paragraphe est-il trop chargé au niveau de la forme ou c'est moi qui ai perdu l'habitude) mais ca valait la peine de continuer.
Juste un détail poussière 1ere et 9ème ligne le répétition m'étonne de Widget...
Tout de suite après est venu le désir d'en savoir plus même si quelque part je me doutais... la lumière les ténèbres la voix forcément m'ont fait penser au coma

Bravo à Tinuviel le poème est magnifique et effectivement pour lui servir d'écrin je comprends mieux que Widget ait choisi une écriture poétique un peu chargée à mon goût (mais on est en catégorie merveilleux donc...)

Cette phrase est une pépite:
Il y a de l’espoir dans ces prunelles-là.
Il y a tout dedans merci...
Donc je vais garder l'image du funambule tellement juste, la description de la créature.
Une écriture superbe, de belles images un fond peut être pas très original mais émouvant.
Merci

Xrys

   coquillette   
19/6/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
Bonjour Widjet

Je n'ai pas accroché.
C'est dû à plusieurs choses.
La première, qui peut paraître totalement idiote : Je ne connais pas Tinuviel, je ne l'ai jamais vue mais je la lis. Quand on est sur Oniris, on lit des textes et on se fabrique une image des auteurs. On les imagine. je n'ai pas pu décrocher de l'idée que le poème étant de Tinuviel, Manon était Tinuviel, l'auteur de ce poème. Pas moyen de me dire, c'est une Manon anonyme qui lit un texte d'un poète.

D'autant que ce poème semble réunir ces deux êtres, un peu comme s'il était un bout de leur histoire personnelle.
C'est l'impression que le texte donne en tout cas, comme si c'est mots là pour une raison ou pour une autre, avaient un pouvoir particulier et unique n'appartenant qu'à leur couple.

Je n'ai pas accroché non plus sur le fait que depuis X mois le funambule est debout sur son fil, au point d'en avoir les jambes ankylosées et des fourmis dans les membres (des fourmis qui se volatilisent, image malencontreuse je trouve parce que ce que j'éprouve quand ces fourmillements me quittent c'est une impression de "dissolution", comme si mon sang redevenait liquide)... et que devant cet être venu d'ailleurs, il hésite à quitter ce fil. Aie peur de l'inconnu ou de tomber.

Je m'imagine sur ce fil, épuisée, roide, et je ne peux m'empêcher de me demander si "tomber" ne me sauverait pas de cet enfer.

Ensuite, douze fois le mot porte. J'ai consulté mon dico des synonymes : il y avait 10 synonymes utilisables qui auraient pu cadrer avec l'histoire.

Dommage que la gardienne n'ait pas l'apparence d'une luciole

Que ce serait-il passé si Enzo avait choisi une autre issue ? celle de gauche au lieu de celle de droite ? J'aurais bien aimé avoir le point de vue de l'auteur sur cette seconde possibilité, ou si pas un point de vue, un aperçu.

Pourquoi "lui tâter le pouls" et pas : lui prendre le pouls ? J'ai ici l'impression d'avoir à faire à un médecin d'une autre époque.

En résumé, une belle histoire, une belle idée, une belle écriture, beaucoup de tendresse et d'amour mais tout cela pas suffisamment exploité.

   nico84   
19/6/2009
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel -
(Auteur trés trés énervé car le mail s'est supprimé donc mail réduit).

Widjet j'ai adoré ta sensibilité. J'adore cette partie de toi, un auteur talentueux et qui n'hesite pas à s'aventurer dans des styles divers et loin de son univers privilégié. Un fond maitrisé et rempli de sensibilité sublimé par une poétesse non moins talentueuse.

Une émotion et une qualité rare. Trés bien ficelé, beaucoup de travail. Si je ne savais pas, j'aurais cru à un ensemble cohérent et unique. SUperbe idée bien mise en oeuvre. Je tire mon chapeau à widjet !
Un niveau de qualité d'édition, exceptionnel sur Oniris. Cette histoire, dans son style particulier, fait partie de mon TOP 10 d'oniris.

Widjet, tu peux être fier de ton travail, de cette construction autour du poéme magnifique de Tinuviel. Une harmonie qui fait plaisir à lire.

Que de beauté dans cette nouvelle, une vraie perle sur Oniris ! J'applaudis. Bravo aux deux artistes.

   jensairien   
19/6/2009
 a trouvé ce texte 
Faible
beaucoup d'emphase (par exemple la larme qui roule sur l'oreiller forcément immaculé) et de figures de style bavardes ( par exemple "Mais la créature continue de se taire. Elle se contente d’esquisser un sourire indulgent." En fait tu pouvais virer "mais la créature continue de se taire" d'autant que continuer de se taire, c'est plutôt curieux comme expression) qui mènent nulle part. Non Widj, ce n'est sans doute pas cela qu'il faut écrire.

   Anonyme   
20/6/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
En avant-propos j'exhorte wancrys à un peu d'humilité en commentaire... Des défauts de syntaxe ? Beh faut prouver...

C'est fort bien écrit. Il y a toujours chez Widjet ce soucis du juste, du précis, de la musicalité tempérée. Ce texte a aussi les qualités de ses défauts : il est grand public. Il plairait, plaira à tous parce que l'histoire est de celles qui séduisent. Le pouvoir des mots qui ramène à la vie. La chute qu'on n'attend pas, ah ce côté frenchy... :) Mais du coup pour moi il s'éloigne de ces choses minuscules du réel, du quotidien, ça fait rêver, c'est poétique, mais je n'y crois guère, c'est un peu hors réalité. Et moi tu le sais mon Widj, j'aime quand la poésie se permet de nous faire croire que c'est vrai ce qui est raconté.

Cela reste quand même bien au-dessus du panier commun, comme très souvent chez Widjet. Et cette grâcieuse écriture n'y est pas pour rien.

   florilange   
21/6/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Je n'ai pas voulu regarder le détail. N'ai retenu que l'idée. Et l'idée m'a infiniment plu, ce qui me paraît essentiel quand je lis : faut d'abord que ça me plaise, que ça se lise bien, que ça me bouleverse, me fasse réfléchir ou rêver. On ne m'ôtera pas de la tête que, pour y arriver, faut bien que le style y soit pour quelque chose.

Or, ici, tout est symbolique, pourquoi chercher le pourquoi du comment? Si seulement 1 magnifique poésie pouvait faire revenir à la vie l'homme qu'on aime & qui ne bouge + depuis de longs jours! Aurait-il choisi de revenir, si je lui avais lu de si beaux vers? Certains prétendent que les humains ne meurent que lorsqu'ils ont décidé de partir, quand ils y sont prêts, que rien ne les retient +...

J'ignore si ce sujet a déjà été exploité de cette façon. Une chose est certaine, widjet peut se vanter de m'avoir touchée. Au fond, écrit-on dans 1 autre but? Merci.
Florilange.

   Anonyme   
21/6/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen +
J'aime bien le fond.

Ensuite je trouve qu'il y a certaines choses qui sont moins bonnes... les répétitions, les adverbes, la lourdeur du style parfois...

L'hommage est sympathique.

La première partie me semble plus poussive que la seconde qui me semble plus... plus envolée...

Je dirais que c'est un style que tu n'as pas souvent exploré et que tu t'en tires pas trop mal... mais je suis pas certaine de la cohérence du réveil... enfin voilà quoi...

J'ai un texte qui parle de quelque chose de fort... et j'ai l'impression qu'on m'a jeté des mots forts au visage pour être sur que je comprenne bien la flamboyance, la magnificence, la beauté, l'incrédulité et le miracle... mais je n'ai ressenti aucun de ces sentiments, ce qui est dommage.

Pas convaincue donc, mais pas déçue non plus.

   Selenim   
22/6/2009
Un texte étrange entre voyage initiatique et rêve.

J'ai eu du mal à entrer dans le récit, l'écriture est assez pesante, manque de rythme. Mais c'est dû au ton employé, il y a une certaine solennellité qui rend la narration monotone.

Sur le fond, il y a des idées vraiment intéressantes mais qui restent engluées dans le style.

L'auteur a osé expérimenter, transformer son écriture et sa façon de construire un texte : ici battit sur le poème d'une autre. C'est courageux.

Selenim

   liryc   
23/6/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
J'ai été embarqué par un début qui promettait beaucoup dans son enveloppe mystérieuse et surréaliste (un peu comme dans ma nouvelle "arrêt sur image" que tu as vivement appréciée), mais dès que tu parles de "kidnapping" j'ai complètement décroché!
La lecture mais devenu lourde et pesante, difficile à poursuivre, à la limite de l'effectivisme creux.
Le fantastique peut prendre de l'ampleur s'il garde des éléments terre-à-terre. Excuse moi d'être aussi franc, je reste admiratif qui d'autres de tes nouvelles qui resteront des exemples à suivre.
Liryc

   marogne   
3/7/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bon et bien je me suis fait avoir. Je voyais dans cette image du funambule une métaphore de l’homme qui cherche toute sa vie à ne pas « tomber » et qui passe à côté de la vraie vie. Je voyais dans la fée l’amour, ou peut être la lucidité atteignant un jour celui qui c’était fondu dans la masse. Et puis dans la pièce blanche la fin du rêve, ceux qui s’en sortent, ceux qui relèvent la tête et qui tombent du bateau des convenances et de l’uniformité, ne peuvent être que des fous allant chercher dans le vain le bonheur auquel tout le monde a droit.

Et puis on retombe dans la réalité, ce poème, cette jeune fille, ce mort ramené à la vie par la force du verbe, quelle banalité !

Quand même, j’ai lu d’une traite, scotché, malgré quelques effets de style que l’auteur aurait pu éviter, les paillettes, les paillettes, ne seraient-elles pas elles aussi un long fil ?

Il faut évaluer ? Oui sans doute, mais ici difficile. Je vais dire que je me suis arrêté de lire quand la porte s’ouvre, et alors j’ai trouvé ça très bien.

   Siebby   
10/7/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Cette suspension dans le vide, jamais je n'aurai cru assister au réveil d'une personne le coma, je songeais peut-être trop au cirque. Ce genre littéraire m'a toujours passionné. Il puise sa force dans les images, les mots et le rêve. Ce poème tombait à pic pour le contexte, très troublant. Merci pour ce délicieux instant en suspension dans le temps. Je suis le fil.

   Flupke   
20/7/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonjour Widjet,
J’ai beaucoup aimé ce texte et quand j’ai compris de quoi il retournait j’ai eu des frissons dans le dos. Bravo !
J’aime bien ton style « hôtel des deux mondes » de EE Schmidt » et l’idée d’un comateux funambule est intéressante. Les dollars sur le dessin entre les deux portes me semblent superflus. Une remarque pour info : « d’un geste de tragédienne grecque ». Jamais de femmes, mais toujours des hommes (portant un masque) jouaient les rôles féminins dans le théâtre grec, me semble-t-il.
Bien aimé également le côté thorgalien :-) (clin d'œil à la gardienne des clés ?) et surtout l'occasion de relire ce joyau de poème de Tinuviel
Amicalement,
Flupke

 

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