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Sentimental/Romanesque
widjet : Le plaidoyer de David Boulard
 Publié le 13/08/09  -  25 commentaires  -  18033 caractères  -  161 lectures    Autres textes du même auteur

Accusé d'agression sur un docteur, un homme se défend et parle. Beaucoup.


Le plaidoyer de David Boulard


Oui... ? Si j’ai des choses à ajouter... ? J’pense ben qu’oui !


Voilà comment ça s’est passé…


Bon, déjà j’avoue qu’c’est vrai, m’sieur l’juge. Le gamin, il l’a dit au docteur d’aller s’faire enculer. Mais, bon, c’est pas d’sa faute, vous savez. Pis, c’est l’toubib qu’a commencé, alors, c’est sûr qu’après, tout l’monde a perdu sa patience et moi avec. C’est vrai aussi que j’lui ai crevé la joue avec le tire-bouchon même si c’est sûr qu’c’est pas fait pour ça les tire-bouchons. J’l’avais gagné à la foire aux vins, l’année dernière et c’est un peu mon port’ chance, vous voyez. J’le garde toujours dans ma poche, mais d’habitude j’crève pas la joue des docteurs avec, ça non !


Bon, ben faut quand même que j’commence par l’tout début, sinon vous allez rien comprendre. D’accord, d’accord, j’fais vite m’sieur l’juge, mais faut quand même bien dire les choses, hein ?


Déjà faut savoir qu’il a qu’ça à la bouche, l’môme. « Va t’faire enculer » qu’y dit toujours. Matin, midi et soir. Alors, c’est sûr qu’des fois, c’est tannant. Quand on est arrivé ici, y’a neuf ans, bah, les gens ils prenaient pas ça bien, même qui gueulaient fort. C’est normal, ça s’fait pas d’parler comme ça aux clients, c’est pas des façons pour bien faire du commerce. Mais, quand j’leur expliquais – au début, j’pouvais pas, ils braillaient trop ! –, mais quand j’leur expliquais, alors ils s’calmaient un peu.


Ma femme dit toujours qu’dans la vie, faut expliquer les choses, ça évite les problèmes et les malentendants. Elle parle bien ma femme et pourtant elle a pas fait trop d’école. Moi, j’en ai pas fait du tout, ça m’rendait malade, j’étais allergique que rien qu’d’y aller ça m’fichait des crampes au ballon.

En tout cas, c’est pas d’sa faute au gosse que j’leur disais aux clients. C’est dans son mental, pas dans sa bouche. Il est débile, le môme. J’dis pas ça pour être vachard, m’sieur l’juge, mais c’est la vérité pure et dure. Il est débile, un truc cérébral dans son cerveau quand il est né… des nœuds dans la tête qui m’ont dit les docteurs. Des nœuds, non mais j’vous jure, y sortent de ces dingueries les toubibs des fois ! Et puis, y paraît qu’faut pas dire « débile », mais… euh… comment qui disent, à la place ? Hein ? Voilà, attardé qui disent. Attardé, c’est ça. Ça passe mieux, y paraît. Ça passe mieux pour qui, d’abord ? Pas pour moi, en tout cas, c’est trop compliqué de s’rappeler et puis j’confonds avec « retardé ». Débile, c’est plus rapide et au moins, tout l’monde comprend. Ce môme-là, il est débile et pis c’est tout.


Mais c’est mon gosse, alors ça va.


Bon, bon, d’accord, j’fais vite… Alors, vous voyez, l’môme, il balance des « Va t’faire enculer » comme ça, à n’import’ qui, sans savoir c’que ça veut dire. Mais bon, d’puis l’temps, les gars du village, bah, ils se sont habitués du fait, même que les clients ça les fait marrer maint’ nant. Le mari d’ma sœur, Jeannot, il dit qu’c’est d’ma faute si l’gamin il parle comme ça, il dit qu’il a pas eu la bonne éducation qui faut. De quoi il s’mêle c’t’engrosseur, hein ?


Bon, c’est vrai, « Va t’faire enculer », je l’ai dit une fois quand Jeannot il est venu manger à la maison et qu’il a fait exprès d’changer d’chaîne quand j’regardais c’t’émission, vous savez…ce truc sur les femmes qui cherchent de l’amour dans la prairie. Ah ça, les bêcheuses pour trouver des hommes, pas d’problèmes, mais dès qui faut s’salir les pognes pour traire les vaches ou couper l’cou des poulets, y’a plus personne !


Vous connaissez c’t’émission, hein ? Non ? Ah bon…


C’est sûr, j’lui ai dit ça à mon beauf et le môme, bah, il a r’tenu. Il est p’têt débile, mais il a d’la souvn’ance, le p’tit. Comme moi ! J’peux m’rappeler des choses d’il y a très longtemps, vous savez, des souv’nirs vieux comme… comme Jérusalem ! C’est l’poisson que j’vends, ça j’en suis sûr, j’en mange tous les jours et ça m’donne une mémoire de singe. En tout cas, j’devrais pas parler comme ça d’vant le p’tit. C’est vrai qu’c’est pas finaud qu’elle m’dit ma femme, mais dans la famille, m’sieur l’juge, les ampoules qu’on a dans nos cal’basses, elles sont pas souvent allumées.


Quand même, on est pas ben méchants nous aut’…


D’accord, d’accord j’fais vite, mais faut qu’j’raconte tout sinon on peut pas comprendre la vérité des choses. Comme vous savez, mon nom à moi c’est Boulard, David Boulard. J’ai cinquante-sept ans. Neuf ans qu’on vit là avec ma femme et l’gamin, mais ça j’l’ai déjà dit. Tout l’monde nous connaît dans l’patelin et on connaît tout l’monde. Ça s’passe bien. Avant qu’ma femme elle s’fasse attaquer, on était tranquilles, les doigts d’pied en épouvantail. On travaille au marché, sur la Place des Mimosas, ça fait bientôt cinq carats comme on dit chez nous. Moi, j’vends du poisson frais et ma femme, elle vend des abricots, qu’des abricots, c’est tout, mais c’est les meilleurs de toute la ville et p’têt même du monde entier que c’est les chalands qui disent tous ça. Ils viennent de partout pour les acht’er, par cageots entiers et même qu’ça fait rager les Espagnols et les Italiens ! J’ai rien cont’ les étrangers m’sieur l’juge, mais faut dire qui sont pas pareils que nous quand même.


Les abricots, c’est ma femme qui les fait pousser dans l’jardin. Elle s’en occupe bien d’ses fruits, vous pouvez m’croire ! Elle y met tout son cœur à l’ouvrage !

On a un grand terrain avec des arbres tout du long, un demi-hectare avec qu’des abricotiers partout. Ma femme, elle doit rajouter quelque chose qui les rend meilleurs que les aut’. Elle m’dit qu’non, mais j’suis sûr qu’si. C’est dans les graines, j’crois, elle doit les faire tremper dans un truc qui donne un goût qu’les aut’, ils ont pas. J’sais pas, en fait. C’est son secret d’fabrication, personne sait c’est quoi, même à moi elle m’le dit pas, alors que j’suis son mari et qu’on dort dans l’même pageot. C’est pas normal quand même, mais j’dis trop rien.


Au début, c’était dur de faire not’trou, on vivait dans une p’tite bicoque qu’on avait faite un crédit dessus pour s’la payer. On connaissait personne et même si on boulottait un peu, on avait du mal à joindre tous les bouts sans parler du p’tit qu’envoyait tout l’monde s’faire enculer.


Oui, oui, pardon m’sieur l’juge, j’le dirai plus…


Bon, ben, en tout cas, c’était pas d’la rigolade pour s’faire des relations. Dans l’marché, sur la Place des Mimosas – c’est la place la plus fréquentée du coin ! – tout l’monde avait son stand. Il fallait payer cher pour en avoir un, vous imaginez pas combien ! Ça coûtait tous les yeux de la tête ! Nous aut’, on pouvait pas, alors on vendait nos produits à la sauvette comme des miséreux. On a mangé not’ pain noir, vous savez.


Puis, après, à la mort de René Laugier, le boucher, la veuve Josy, elle nous a vendu sa place pour une mie d’pain. Une brave femme la Josy et même qu’elle est morte sans nous prév’nir six mois après l’René. C’est là qu’tout a commencé pour nous. Aujourd’hui, on a une aut’ place à nous sur le marché parc’que mettre les poiscailles à côté des abricots, et ben c’est pas la bonne stratégie qu’elle pense ma femme. Elle a raison, et même plusieurs fois raison.


Le gamin, lui, il va plus à l’école. C’est pas not’ faute parce qu’ici, y’a pas d’école pour les débiles. C’est comme ça. Avec les aut’ gosses, la maîtresse, le directeur, il faisait pas d’détails, le p’tit, tout le monde allaient s’faire… enfin vous avez compris, hein. Alors, on l’a r’tiré de l’école pour qu’y vienne travailler avec nous, au marché. Maint’nant, ça s’passe mieux, il nous aide, il porte sa pierre à l’édifice comme dit l’curé du village qu’est très gentil avec nous, même si moi j’encaisse pas trop les cur’tons d’habitude.


Vous savez, quand il voit un voleur, il crie fort, le p’tit. Son cri, j’vous jure, m’sieur l’juge, c’est comme une arme, ça vous fait saigner des oreilles ! Sinon, on lui a appris aussi à rendre la monnaie d’la pièce aux clients ou à mettre les produits dans les sacs en plastique. Parfois il s’trompe, mais c’est pas grave, parc’ que nous derrière, on vérifie. Chez les Boulard, on s’serre les coudes, vous savez !

Le gosse, il aime travailler au marché, j’crois. Ça l’rend heureux, alors, nous aussi. Et les clients, ils l’aiment bien. C’est un brave p’tit quand même et puis, bah, c’est mon gosse, alors ça va.


Depuis l’temps que j’vis ici, j’me suis fait des copains. Y’a Marcel et Yvon avec qui je joue aux cartes le week-end en buvant des coups. Ils ont une bonne descente ces deux-là, mais ils conduisent pas m’sieur l’juge alors ils sont pas des dangers publics. Et puis y’a aussi Gaspard qu’on appelle « le canonnier ». C’est à cause d’ses pets. Gaspard, il est pas croyable, il peut péter quand il veut ! Quand il veut, j’vous dis, m’sieur l’juge, c’est comme un don ! Il dit qu’pendant la guerre, ça l’a sauvé la vie. Il nous raconte tout l’temps qu’le soir où les boches ont débarqué chez lui, il s’était caché sous l’plumard et qu’il a tell’ment eu les foies qu’il a gazé sans s’arrêter. Pas des pets bruyants, m’sieur l’juge, nan des pets masqués, les pires pour les naseaux. Ça schlinguait tell’ment que les schleus, ils ont foutu l’camp sans d’mander le reste. Gaspard, il dit qu’ses pets y vous brûlent les yeux comme du napalm. Moi, j’en sais rien mais j’pense qu’c’est des conneries ça. Avec ses amis, Gaspard, il pète jamais et quand il peut pas faire autrement – bah des fois c’est trop dur de s’ret’nir, on est des humains quand même —, il nous prévient comme ça on a l’temps d’rentrer chez nous.


Marcel, Yvon et Gaspard, c’est mes trois meilleurs amis. Quand ils m’voient avec le gosse et qu’j’rentre chez moi, dans la Rue des Marronniers ou au marché, ils crient toujours « Voilà David et Golio ! » . J’comprends pas c’que ça veut dire, mais c’est des braves gars, mes copains.


Non, mais faut arrêter d’m’interrompre comme ça, m’sieur l’juge sinon vous allez pas comprendre toute l’histoire. Oui, mais c’est important, quand même !


Bon, ben, j’continue, alors…


C’est avec les abricots magiques d’ma femme qu’on gagnait bien not’ vie. Ma femme, elle dit qu’c’est grâce au Bon Dieu. Ben, moi, j’dis qu’c’est grâce à elle, c’est tout. J’sais pas si l’bon Dieu il existe, mais s’il existe, j’espère qu’il a une explication parc’ que quand même, c’est pas toujours du propre c’qui fait. Quand j’pass’rai la larme à gauche, ben, j’aurai tout plein d’choses à lui dire en face, mais, bon faut pas croire que j’suis pressé d’calancher ! J’en ai encore sous la corne d’la guibole comme dit ma femme. Elle a d’ces expressions des fois ! Elle m’en apprend tous les jours, mais d’puis qu’elle s’est fait attaquer, elle dit plus rien…


Pour nous, tout allait pour le meilleur du monde. On manquait d’rien tous les trois, on mangeait à not’ faim et on buvait à not’ soif. On s’faisait des cadeaux aussi. L’année dernière, pour Noël, m’sieur l’juge, on a même acht’é un p’tit chiot pour le gosse, il était content et toute la soirée il a dit au cabot d’aller s’faire enc… Pardon, pardon. Ma femme elle aime pas trop quand il parle comme ça même quand j’lui dis qu’c’est pas sa faute au môme s’il est débile et qu’elle m’répond qu’c’est pas une raison.


Ma femme, c’est quand même une drôle de femme, vous savez. C’est pas la plus belle du village, ça non, mais elle parle bien. Et puis elle sent bon. J’sais pas si j’l’ai dit ou pas, mais à force de trifouiller les abricots, bah, ma femme, elle sent pareil. Quand elle m’laisse l’approcher – c’est pas souvent, quand même — j’peux sentir sa peau et ça sent comme le fruit, m’sieur l’juge, la vérité pure et dure ! Sur sa bouche, son nez, ses bras et ses mamelles, ça sent comme ça, tout pareil et même le gamin tout débile qu’il est, il sait ça et qu’il appelle sa mère « Maman abricot ». C’est marrant, non ?

Yvon, mon copain, il trouve que j’ai d’la chance que ma femme elle sente bon parc’ que la sienne, la Lucienne, elle sent l’furet mouillé qui m’dit.


Vous énervez pas, m’sieur l’juge, j’ai bientôt fini d’raconter ! Bientôt, j’vous dis ! J’disais quoi moi alors… Ah oui ! Comme j’l’ai raconté, avant qu’ma femme elle s’fasse attaquer, on vivait comme des coqs sur pattes. Alors, c’est sûr qu’dans l’village, ça f’sait des jaloux. Les aut’ marchands, ils s’en mordaient les doigts d’voir qu’ça marchait bien pour nous aut’. C’est toujours pareil partout, vous savez. On s’casse les reins à travailler dans l’honnêt’té, mais y’en a toujours qui parlent dans vot’ dos ou qui veulent vot’ malheur. Les baveux, ils disaient qu’dans les abricots, on mettait des choses pas catholiques, vous voyez, des machins qu’on avait pas l’droit d’mettre dedans. N’import’ quoi que j’leur disais, mais ils croyaient pas et ils continuaient d’potiner sur nos têtes. Ma femme, elle dit que l’bouche des gens c’est comme les cris du gamin quand il voit un voleur… ou comme les pets de Gaspard. C’est une arme la bouche des gens, m’sieur l’juge. Ma femme, elle dit même qu’on peut tuer quelqu’un à coup d’langue.


Et puis, c’est arrivé le jour où ma femme elle s’est fait attaquer. C’était en février, j’m’en souviens bien. Y f’sait un froid d’gueux. Une attaque de cerveau qu’ils m’ont dit les toubibs. Encore le cerveau, vous vous rendez compte, m’sieur l’juge ? Dans la famille, on a vraiment pas l’bol avec ça.


Au printemps prochain, ça f’ra trois ans qu’elle est comme ça avec des tuyaux dans l’avaloir et des machines tout autour qui font tell’ment d’bruit qu’sa chambre on dirait un vaisseau d’l’espace. Moi, j’voulais pas qu’elle reste dans l’hôpital du village, j’avais pas confiance, alors j’l’ai envoyé dans la ville où ils ont du matériel dernier prix comme on dit. C’est mieux pour la soigner. Pour ça, faut r’connaître qu’c’est bien la ville, ça coûte du picaillon, mais faut c’qui faut. Ma femme, j’allais la voir deux fois par s’maine, le mercredi et l’dimanche, pour voir si elle s’réveillait. Au début, j’em’nais pas le p’tit avec moi, j’le f’sais garder par les copains, mais ils le f’saient boire à mon gamin ! Alors, après il partait avec moi et pis, c’est normal, il faut qu’il voit un peu sa mère, quand même.


Tous les deux, on reste des après-midi dans la chambre de l’hôpital pendant qu’elle sait même pas qu’on est là. Pendant qu’j’lui raconte les nouvelles du village, l’môme, lui, il passe son temps à caresser le bras d’sa mère ou à lui sentir la main en répétant « Maman abricot, maman abricot, maman abricot ».


J’sais pas trop s’il comprend tout c’qui s’passe, le gosse, mais j’crois qu’si…


Maintenant, j’viens plus qu’le dimanche. J’peux pas plus, m’sieur l’juge. Faut bien travailler pour payer les soins et aussi les voyages à Paris, c’est quand même pas donné à force et je suis pas riche comme l’autre là, dans l’proverbe que j’me souviens plus. À chaque fois, avant d’venir, j’fais toujours une prière à son Dieu à elle, pour qu’elle s’réveille quand j’arrive. Au début, c’était pour qu’elle m’dise son secret qu’elle met dans les abricots parc’ que faut vous dire qu’depuis qu’elle est à l’hôpital dans sa chambre de l’espace, les abricots que j’vends, bah, ils sont plus comme avant. Les chalands, ils m’le disent qui sont plus pareils, qu’c’est plus l’ même goût que quand elle mettait son truc magique. Ils sont dev’nus comme ceux des Espagnols et des Italiens, alors, c’est sûr les affaires, ça marche moins bien. Mais maint’ nant, m’sieur l’juge, j’m’en fiche pas mal, vous savez. Elle peut bien l’garder son secret d’fabrication et tous les Espagnols et les Italiens du monde ils peuvent bien vendre plus d’abricots qu’moi, j’m’en fiche.


Un jour, ma femme elle m’a dit qu’il faut souffrir pour comprendre la vie, bah, moi m’sieur l’juge, je jure qu’j’ai bien compris maint’nant. C’que j’veux, moi, c’est qu’elle r’vienne, parc’que ça crève trop l’cœur d’la voir comme ça. C’est trop d’souffrance, vous savez…c’est… trop d’silence aussi. Avant, elle parlait tout l’temps, un vrai moulin à paroles que des fois j’en avais ras l’béret. Elle disait toujours qu’le silence c’est l’plus beau bijou des femmes, alors j’lui répondais qu’ce bijou-là, elle le portait pas souvent. Elle rigolait et moi aussi et qu’même qu’le gamin ça l’faisait rire aussi alors qu’y savait pas pourquoi.


Ma femme, y faut qu’elle s’réveille, m’sieur l’juge, parc’ que c’est quelqu’un, vous savez. Elle parle tell'ment bien qu’on dirait un livre. Alors, quand je suis v’nu l’autre jour avec le môme et qu’le docteur, il m’a dit qu’c’est pas une vie d’être comme ça d’puis trois ans sur le lit avec des tubes dans la bouche et qui faudrait p’t’ête la laisser partir, bah… j’ai pas compris. Mais, le toubib parlait d’la débrancher, vous voyez. J’ai dit « C’est quoi c’histoire ? » .


Bah oui, m’sieur l’juge, les docteurs ils croient qu’les gens c’est comme des prises ou des caf’tières ! Ça s’débranche pas les humains. Ça s’débranche pas, c’est tout !


L’docteur, il m’a dit d’réfléchir quand même et c’est là qui s’est passé un truc bizarre, m’sieur l’juge. Le p’tit, il est venu nous voir et il a r’gardé l’toubib droit dans les yeux avec un air que j’lui avais jamais vu avant, et c’est là, j’crois ben… ouais c’est là qu’il lui a dit d’aller s’faire enculer. Comme le toubib, il comprenait pas, l’gamin il l’a r’dit encore, encore et encore. Et moi, au lieu d’l’arrêter ou d’lui expliquer que c’était un débile, bah… j’ai fais comme mon gosse, j’y ai dit la même chose plusieurs fois même, et le p’tit, comme il a vu que j’faisais tout pareil que lui, il était… il était tout content, vous savez. J’l’avais jamais vu comme ça. Il rigolait à s’fendre la tir’lire en continuant de traiter le docteur, alors moi aussi... c'était... c'était comme un jeu, j’ai rigolé encore plus fort que lui même si j’avais une boule dans la gorge et qu’mes yeux m’piquaient fort.


Pis, l’médecin il s’est mis en colère, on s’est disputé et un moment, j’ai perdu ma patience, et j’lui ai planté le tire-bouchon dans la joue.


Voilà comment ça s’est passé.


 
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   jaimme   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
J'ai eu du mal à démarrer cette lecture. Il a fallu que mon pauvre cerveau s'habitue à cette écriture qui retranscrit l'accent du narrateur (quel travail d'ailleurs!). Quelques lignes. Et puis c'était parti. J'étais dans le bureau du juge, à le plaindre d'avoir à écouter tout ça.
Puis j'ai tendu l'oreille, j'ai souri, de plus en plus tendrement, comme le juge je pense.
Et j'ai vécu avec Monsieur Boulard, avec son fils, avec sa femme.
Du Zola, "La Terre", par exemple, et pour moi c'est une sacrée référence.

Merci Widjet!

   florilange   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Texte se déroulant avec rigueur (étonnant de la part d'1 homme si peu instruit), langage du narrateur + vrai que nature, avec les proverbes & expressions soigneusement démantelés comme souvent dans la langue populaire. Donc, on croit que sa femme a été agressée, non qu'elle a fait 1 ACV.
Bien entendu, c'est 1 rêve. Jamais 1 juge ne laisserait 1 prévenu se répandre aussi longuement sur la débilité de son môme, les discours de sa femme, la culture des abricots, les qualités du curé, ses loisirs du week-end & les pets du Gaspard. Mais bon!
Nouvelle extrêmement bien rédigée, beau travail littéraire. La seule petite émotion arrive à la fin.
Florilange.

   Anonyme   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
Des expressions revisitées assez savoureuses, j'ai bien aimé "mémoire de singe", "passer la larme à gauche" par exemple ou d'autres commes "les ampoules qu'on a dans nos cal'basses, elles sonts pas souvent allumées", "les docteurs ils croient que les gens c'est comme des prises ou des caf'tières! Ca s'débranche pas les humains. Ca s'débranche pas c'est tout'!"

Dans l'ensemble j'ai trouvé la façon de s'exprimer du narrateur bien rendue, sans éclat d'originalité (assez cliché du "beauf campagnard") mais efficace.

Bon, autant il m'a semblé que le passage sur le pétomane Gaspard n'apportait pas grand chose, autant -en restant dans les odeurs- j'ai trouvé assez poétique, "décalé" par rapport au reste du texte et fort bienvenu l'évocation de la femme de l'accusé aux effluves d'abricot...

Sinon je dirai que cet texte est divertissant, mais sans plus. J'ai trouvé que l'ensemble manquait un brin de "profondeur" et j'ai été franchement déçu par la fin... Je m'attendais peut-être à autre chose, je ne sais bref. J'ai eu l'impression que l'auteur ne s'était pas trop foulé pour clore son histoire mais ce n'est que mon impression...

Mais, la qualité d'écriture est toujours bien présente.

Un opus correct pour ma part.


Détail: "l'hôpital du village", ça existe ça?

   Alexandre   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Salut l'wid ! Tu vas rire... c'matin, sur l'honnimachin que j'regarde chaque matin, j'ai vu qu't'avais écrit un truc sur Philippe Bouvard, non v'là que j'me goure, sur le père Boulard que j'voulais dire !
Me suis dit, toi, l'aut' sévère du commentaire, je m'en va l'éplucher ton plaidoyer, qu't'auras plus envie d'jacter pour un bout de temps...
Bon, tu vois le genre quoi ! Ben mon gars, j'ai eu beau chercher, rien trouvé à r'dire sur c'truc que tu nous causes et qui m'a fait ben rigoler et aussi presque chialer à l'hosto !
Pour ête au net, c'est plutôt pas mal c't' histoire et j'ai rien d'mauvais à t'dire pour c'te fois..
Allez, salut l'wid, j'crois que sur s'coup là tu vas sans doute te faire en... censer !

   poupoune   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Difficile de commenter un texte aussi bon!
Je me suis régalée de bout en bout à cette lecture à la fois drôle, touchante, réaliste...
Le style est impécable, il y a une foule de perles savoureuses disséminées de bout en bout (mention spéciale à "David et Golio"!!), l'histoire est belle, le personnage attachant... un bémol? Et ben non, aucun...
Bon : je ne mets "que" Très Bien, hein, pour me laisser une marge de manoeuvre si jamais la nouvelle suivante est encore meilleure, mais là... il y a tout ce que j'aime.

   jphil   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
Bonjour,

ce que j'ai apprécié avant tout, c'est la profonde humanité qui se dégage de cette histoire. Bien sûr, on sourit de ce bonhomme mais on éprouve de l'empathie aussi. Tu es un grand sensible Widjet !
bien sûr, j'ai marché sur "elle s'est fait attaquer", c'est bien trouvé, même si un peu tiré par les cheveux et c'est un peu le reproche que je ferais à ton récit. Comme tu as une trame avec des effets de surprise, il faut que ton texte entre dans ce canevas, au mépris parfois d'un certain réalisme. Le coup de l'attaque du cerveau par exemple ou le fait que le poissonnier parle de sa femme au présent alors qu'elle est branchée depuis trois ans. Après, soit on accepte le procédé (et on peut même l'enrober d'un "elle lui manque tellement qu'il en parle au présent etc..."), soit non... ça dépend du lecteur je pense : est-ce qu'il a oui ou non envie de se laisser embarquer, sans tenir compte des petites invraisemblances ? Tu prends un petit risque à ce jeu là, et ce serait mieux, je pense, si tu pouvais bétonner, pour "piéger" irrémédiablement le lecteur, ce serait à la fois plus jubilatoire pour toi, mais aussi pour le lecteur.
Bon, sinon, je trouve que parfois tu te laisses emporter par ta gourmandise, l'envie d'en faire un peu trop, le paragraphe sur les copains du narrateur, sympa bien sûr, mais pas vraiment nécessaire et on peut commencer à trouver le temps long.
J'ai remarqué un petit problème de chronologie aussi (je sais suis pénible) ils sont dans le village depuis 9 ans et le gamin insultait déjà les clients, et on apprend ensuite qu'il aurait commencé après que son père a injurié son beauf qui l'empêchait de voir "l'amour est dans le pré" (je connais mes classiques moi !), sauf que cette émission n'est pas si ancienne (je sais, c'est un détail).
Sinon, je trouve que le langage populo est bien rendu (je pass sur l'invraisemblable patience du juge) même si je trouve que tu en rajoutes un peu, le "comme....Jérusalem" qui est de la même veine que le "comme mes robes" ou les "pieds en épouvantail", j'me dis que parfois, y'a pas besoin d'en rajouter. En revanche, à "il faut qu'il voit sa mère", moi j'aurais mis "qu'il voie", non parce que c'est correct (ça l'est effectivement) mais parce qu'à la campagne, on prononce ce "e" qui devrait être muet "qu'on soYE". Mais bon, ce sont plus des détails.
Pour résumer, une histoire un peu longuette à mon goût, mais attachante grâce à la fin qui la sauve d'une simple caricature du monde populo.
(ah oui, à la toute fin, j'aurais rajouté m'sieur l'juge au bout de la phrase)

   Lohengrin   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Sympa. Ensemble plutôt bien rendu, si ce n'est quelques expressions que j'ai trouvé décalées, plus soutenues que le reste, comme 'habitués du fait' ou 'elle a raison, et même plusieurs fois raisons' ou encore les références genre david et goliath, je doute que les potos du mec, qui semblent pas plus instruits que lui, la connaissent ; idem pour le mot 'proverbe', pas sûr que ce soit très crédible qu'il l'ait dans son vocabulaire, même si le proverbe en question, oui (je sais pas si je suis très claire ...)

Ensuite, j'ai trouvé la fin un peu faible par rapport au récit. Je m'attendais à quelque chose de plus trash/détaillé, là j'ai trouvé ça limite trop facile. J'me doute que tu as voulu minimiser la chute, justement pour accentuer l'effet 'bla bla qui mène à un truc minuscule', mais quand même. Ca me dérange un peu.

Un autre truc qui m'a déplu, c'est les '...', que j'avais déjà remarqué dans un autre de tes textes, je ne sais pus lequel. Je ne sais pas, j'accroche pas.

Sinon, à quelques endroits le style m'a paru un peu forcé, mais il y a quelques expressions que j'ai beaucoup aimées, notamment 'les doigts de pieds en épouvantail' qui est super choue, ou encore 'larme à gauche'.

Finalement, le récit est assez fluide, divertissant. Je salue l'effort de style (à moins que ce soit tout naturel (?), mais ça rend plutôt bien). Cette nouvelle ne va pas me marquer mais sa lecture a été agréable, merci.

   ANIMAL   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Un texte recélant beaucoup de sensibilité sous ses dehors "rustauds". J'aime bien le parler populaire, les expressions dévoyées avec humour.

Joli travail, le ton simple (simplet en ce qui concerne D. Boulard) est maintenu jusqu'au bout.

Une nouvelle sympathique et pleine de tendresse bourrue qui se lit avec aisance.

Merci pour ce bon moment.

   Welthes   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel -
Le plaidoyer, soigné d'une authentique familiarité, est un prétexte au récit d'une vie, sans pathétisme, où l'auteur ne semble imposer aucune marque : la réalité parait très proche, ce qui lie le personnage avec son lecteur.
Bravo.

   prisca   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Très bonne approche de l'absurdité de certains évènements de la vie.
Le texte est bien écrit et simple.
La lecture m'a été très agréable !
Bravo à l'auteur.

   Anonyme   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Voilà le commentaire de Bébert, enfin ! Après quelques problèmes techniques ! (loooooooool)
Nouvelle agréable à lire car fluide. Le parler populaire est bien rendu. Il y a de l'humour, des sentiments et le lecteur veut savoir la fin : c'est bon signe ! Mais la fin justement est peut-être un peu vite expédiée. Je ne voyais pas notre rustaud aussi attaché que ça à sa moitié et son geste m'a surpris. Mais j'ai passé un bon moment. Manque un dernier "monsieur le juge"
De l'imagination et du rythme malgré quelques petits défauts :
il eût fallu mettre le lecteur sur la piste pour le bonhomme et nous faire entendre qu'il était capable de cette violence
Ici tu passes peut-être un peu trop vite de l'humour à la tragédie

   Electre   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Bon,afin d'éviter tout malentendant, j'ai beaucoup apprécié cette histoire. A entendre (oui, oui, c'est tellement bien écrit que j'avais l'impression de l'entendre) parler David Boulard j'avais l'impression d'écouter mon vieux voisin tellement ça sonnait juste. Ce bonhomme qui essaye de raconter son histoire et se perd en tours et détours au point de faire perdre patience au juge et aux lecteurs m'a vraiment bien faire rire. Un délice.

Si je peux simplement faire une remarque (je suis là pour ça après tout), j'aurais aimé que le début ne se laisse pas aussi facilement deviner la fin.

Merci, en tout cas, à l'auteur pour ce bon moment.

   coquillette   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bonjour Widjet

Tout d'abord, je n'ai pas eu l'impression que cela se déroulait dans une salle de tribunal mais plutôt en entretien préliminaire avec le juge ce qui autorise en effet cette longue, longue diatribe.
Bien vu et original, en ce qui me concerne.
Mais du coup, ça casse un peu le titre, qui est "plaidoyer" ce qu'on imagine plus facilement dans un tribunal.

Ensuite... On retrouve le piège de Cathédrale. Et ça m'a désarçonnée vraiment, quand je suis arrivée à la fin. Je ne comprends pas trop pourquoi tu as jugé nécessaire de piéger le lecteur. Du coup j'ai cru que j'avais mal lu. Je pensais bêtement à une agression.

Je crois que ce qui m'a le plus dérangée, c'est la différence qu'il peut y avoir entre ces deux agressions. L'une, basique, est violente, brutale... alors que l'autre agression est sournoise, parce qu'elle se fait en douce, lentement. Progressivement.

Cet ajout, qui m'a remuée parce que très beau : "depuis elle dit plus rien " m'en a convaincue, j'ai vu quelque chose de bien violent et un moment je me suis demandé si le gamin n'y était pas pour quelque chose...
Or non, rien de tout ça.

Pourquoi piéger le lecteur de cette façon ? C'est lui promettre beaucoup et lui en donner moins que ce qu'il attend. Ce que je veux dire, c'est que je n'ai rien contre ce genre de piège, à condition qu'il aboutisse à ce qui me fait saliver, d'une manière ou d'une autre. Dans le cas présent, ça a fait "flop".

Cela n'enlève rien à la sensibilité qui se dégage du texte, aux phrases touchantes, émouvantes, et à la vérité de ton personnage mais moi en tant que lecteur, je me retrouve le bec dans l'eau et j'aime pas ça.

Jolie l'expression de la lumière pas souvent allumée dans la cal'basse... mais là aussi dérangeante. Car le souci premier de notre pauvre monsieur Boulard, c'est bien la "débilité" de son fils. Personnellement, si j'étais consciente de cette faiblesse chez moi, ou dans ma famille, je n'en voudrais pas à mon fiston de n'être éclairé qu'avec parcimonie...

Je me dis aussi que cette "débilité", quelque part, elle l'arrange bien le Boulard, dans le cas présent. Car si son fils n'était pas idiot... à la limite... rien de tout cela n'aurait eu lieu. Est-ce pour cela que notre Monsieur Boulard en met une si longue couche ?

j'ai apprécié cette lecture, aucun doute là-dessus, c'est vivant, très bien dépeint et très touchant. Les sentiments exprimés sont très beaux. Jolie cette femme abricot...

Mais... A la longue, ces "Ma femme..." m'ont fait pensé à l'inspecteur Columbo. Et celui-là ce mettant à me titiller les neurones, monsieur Boulard m'est devenu bien plus futé qu'il n'y paraît au premier abord.
Il n'empêche que ces "ma femme..." sont très touchants et aussi émouvants par ce qu'ils dégagent.

Enfin, de temps à autre, j'aurais bien aimé que le juge vive. Pas forcément qu'il intervienne, mais qu'il soit là par je ne sais pas, un frottement nerveux des pieds, sous le bureau, ou parce qu'il remue son stylo, froisse des papiers... ce genre de détails, une ligne ou deux, pas plus, aurait permis au lecteur de souffler un peu.

La façon de parler de Monsieur Boulard, bien vue, aussi, n'est quand même pas reposante. Imagine que tu aies à faire vivre ce personnage sur deux cents pages, toi même, tu serais épuisé.

Un bon texte, une très belle histoire que je classerai juste en-dessous de "cinq crêpes".

Bonne continuation.

   brabant   
15/8/2009
 a trouvé ce texte 
Faible -
J'ai lu ce texte avec attention bien que...
Il ait fallu que je sois en position de lecture onirienne pour aller jusqu'au bout, j'ai en effet rarement lu quelque chose d'aussi laborieux en matière de nouvelles.
La catégorie d'abord m'a paru mal choisie: humour/détente m'aurait semblé plus appropriée.
Qu'est-ce qui ne va pas dans ce soliloque où l'on voit évoluer le "grand" spectacle de la société au travers des yeux de David Boulard?
En premier lieu on ne sait pas quelle est la raison sociale de ce personnage: j'avais d'abord pensé à un paysan, non! puis je ne sais trop pourquoi à un ferrailleur reconverti, enfin on lui donne pour fonction d'être un poissonnier (sans étal, sans chaîne du froid, etc... j'en sais un autre qui a marché sur l'eau!), bref! non crédible. Je cherche le vocabulaire, la gouaille du poissonnier. Que non pas! Rien...
Le choix du soliloque permet de ne pas se soucier de style autre que de caricaturer la façon de parler d'un personnage que je qualifierais de fruste.
Là non plus ça ne marche pas, car à force de répétitions on entre très vite dans la monotonie, l'auteur lui-même semble s'ennuyer et ne pas y croire: Boulard s'exprime à l'aide de "ben" qui redevient sans raison "bien"(l.9) pour redevenir "ben"...
Boulard n'est pas crédible car sa langue n'est pas pittoresque; la langue qu'il utilise n'est qu'une pâle contrefaçon de patois passe- partout, sabir ou autre galimatias qu'aurait pu imaginer n'importe quel potache de quatrième de rattrapage. Toute recherche de vocabulaire spécifique se trouve donc exclue de ce récit.
Hors ceci, je retrouve des maladresses bien entendues voulues mais convenues: "pas fait trop d'école (sic)... doigts d'pied en épouvantail... une mie de pain (sic)... David et Golio... d'potiner". Rions deux fois et demi!
Je retrouve des allusions à "Les ((imbéciles)) sont dans le pré" ou ((grosses chaleurs à la ferme)) avec l'inévitable: " dès qui faut s'salir les pognes... y'a plus personne", l'inévitable scatologie semble-t-il de bon ton en ce moment: "ça schlinguait tell'ment que les schleus ("boches"), ils ont foutu l'camp" et l'outrancier "pets"//"napalm". Quelle faute de goût ce napalm! Gamin déjà dans les cours d'école on se racontait celle du bouc, du boche, du soldat anglais et du soldat français dans une étable, où le bouc finissait par sortir écoeuré par l'odeur du boche, rien de nouveau sous le soleil. Mais où est donc passée la 7ème compagnie?
Boulard est un personnage brouillon mais pas truculent.
Le comportement du médecin non plus n'est pas crédible.
Le récit donc se fait long, à longueurs de faux rebondissements, révélations distillées, c'est voulu, pour finir court sur cette chute où père et fils se rejoignent sur de complaisants "va t'faire enculer" dans une joie communicative. Pourquoi pas. Et la poursuite de la lecture ne se justifie que pour ce "va t'faire enculer" oecuménique puisque le lecteur y adhère et c'est, ma foi, une qualité que j'accorde à ce récit/ monologue/soliloque.
Mais quelle galère pour y arriver dans cet embrouillamini qui manque de fond documenté avec son/ses acteur(s) parachuté(s) par l'opération du Saint Esprit.
Sur je vais manger quelques abricots en regrettant malgré tout qu'ils ne soient pas de la Mère Boulard dont on aurait peut-être pu faire l'effort de donner la recette...
PS: Je viens de lire les autres commentaires qui sont globalement très différents du mien, ce qui curieusement me conforte dans ma façon de voir, mais je trouve disséminées ici et là pas mal de petites choses sous-jacentes, qu'il me semble, plus clairement, j'ai énoncées.

   Lulu   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
J'ai beaucoup aimé cette lecture. Ce personnage, David Boulard, est absolument attachant et j'ai pris beaucoup de plaisir à l'entendre, autant que vous sans doute, à l'inventer et à en rendre compte de cette sorte. Je salue le travail, fort sérieux, bien abouti.

Cependant, et cela n'enlève rien à la qualité du récit, je n'ai pas du tout cru, et pas une seconde, qu'il pusse avoir lieu dans un tribunal, face à M'sieur l'juge... J'ai essayé et attendu des interventions du juge en question qui ne venaient pas, ou qui venaient en décalé, sans doute pour aller au bout de ce que disait David Boulard. Ainsi, par exemple, au niveau du passage de la femme abricot. Un passage, vraiment très beau en soi, mais qui parait invraissemblable ici, même si nous avons été prévenus dans la présentation où vous mentionnez un personnage particulier qui parle beaucoup.
En fait, je crois complètement à ce récit sur soi. Simplement, je l'aurais davantage vu dans un autre contexte plus crédible, comme face à un vieil ami qu'il n'aurait pas vu depuis longtemps et qui serait revenu au pays, par exemple.

Voilà, mon ressenti, à chaud. Je ne l'ai lu qu'une seule fois, mais j'y reviendrai peut-être. Il est un peu long, mais agréable.

Bonne continuation.

   Marite   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
J’ai vraiment bien aimé cette nouvelle. J’imagine le travail et aussi le nombre de fois où tu as dû lire les phrases à haute voix pour t’assurer de l’écriture… je verrais assez bien cette nouvelle sur une scène . Je n’ai lu à haute voix que quelques lignes mais c’est un vrai plaisir à entendre.
Le père et le fils sont attendrissants… comme il dit au juge « les ampoules qu’on a dans nos cal’basses, elles sont pas souvent allumées. » mais cela ne les a pas empêchés tous les trois de s’aimer et de trouver un équilibre de vie familiale, alors… ? Il n’est devenu violent que lorsque le médecin a parlé de sa femme, non comme d’un être humain, mais comme d’un objet encombrant dont il fallait se débarrasser… Le médecin n’aurait-il pas dû jauger son interlocuteur et choisir ses mots pour lui parler ?
Merci Widjet pour cette histoire écrite de façon inhabituelle et plaisante.

   Pissavy   
13/8/2009
Je trouve ce texte de lecture difficile. La langue ici est tout à fait sympathique mais sur une telle longueur cela devient lassant. Aller jusqu'au bout de ce texte m'a été tout à fait impossible. J'essayerai d'y revenir à l'occasion.

   ClemDiMascio   
16/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonsoir Widjet!
Ce texte est très bien mené, le style est égal et ne s'essouffle pas, le dénouement est parfaitement vraisemblable et d'autant plus marquant qu'il est brutal et bref. Ce style me rappelle celui de "Mort à crédit", de L.F. Céline, et crois-moi, c'est un compliment. Sincèrement, j'ai du mal à trouver des défauts à ce plaidoyer bourré d'expressions originales déjà relevées par les précédents commentateurs. Les thèmes abordés- difficultés financières, petit commerce qui coule...- et le "rendu parler" font vraiment penser aux aventures de Ferdinand logé au "Passage des bérésinas". Serais-tu un lecteur de Céline??

   nico84   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Moi aussi, j'ai eu du mal à lire au début. Décrypter que dis-je, j'ai même lu en plusieurs fois en étant certain que jamais je n'arriverai au bout de ces lignes, de ce langage.

Et puis ce que je te reprochais est devenu une force, on s'imprégne du langage, du ton et cela devient crédible. Il faut un temps d'adaptation.

L'histoire elle est simple mais assez touchante. J'ai cru un moment que tu allais caricaturais un peu trop et non tu n'es jamais tombé dans la facilité.

Ta nouvelle est avant tout pour moi un exercice de style sur la manière dont s'exprime ton personnage. Mais dans le fond c'est aussi le fond qui peut toucher à la fois dans le bonheur et le malheur qui touche ces personnes bonnes mais toucher par le destin.

Ton écriture est crédible dans l'oral qui est aussi un exercice que tu as réussi brillament. Tout reste cohérent et intense, j'adore ce texte pour cela. Bravo !

   Menvussa   
13/8/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
Il parle beaucoup, j'ai beau avoir été prévenu dès le début, j'ai bien failli ne pas avoir la patience du juge. J'ai l'impression que tu as poussé le bouchon un peu loin. Bon, dans l'ensemble, cela se tient mais - Peut-être n'ai-je plus l'entraînement - j'ai eu du mal à accrocher, j'ai bien failli raccrocher avant la fin. Désolé.

   Anonyme   
16/8/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
Bonjour Widjet. Au début j'ai eu un peu de mal à accrocher, il est vrai ; le style de langage campagnard à la longue m'a paru fastidieux. Puis, je me suis laissée attendrir par ce bonhomme et son plaidoyer.
Et cette histoire s'est révélée attachante. J'ai bien aimé les expressions en début de phrases "Bon, bon, d'accord, j'fais vite" ainsi que les autres. Mais la chute a été dévoilée au début de récit, et à mon avis, c'est dommage... De la tendresse cependant lorsqu'il parle de sa femme, et de sa petite famille...

   colibam   
18/9/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Ce texte est pour moi avant tout une performance d’écrivain. Réussir ainsi à se fondre dans un personnage plutôt rocambolesque qui s’emporte, parle sans filtre et parvenir, sur une telle longueur, à maintenir le ton dans la justesse, mérite le respect. Bravo l’artiste !
Tu as sans doute du prendre énormément de plaisir à écrire cette histoire.

En revanche, il m’a semblé que le fil conducteur du narrateur, personnage attachant, était trop structuré compte tenu de ses capacités mentales ou plutôt de ses capacités à s’exprimer.

La fin m’a un peu déçu. Je l’ai trouvé trop fade, manquant d’originalité pour le lecteur avide que je suis. En même temps, elle colle finalement plutôt bien à l’esprit de David Boulard. Et puis, c’est mon seul petit bémol.

   Selenim   
24/9/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Le départ a été long et assez douloureux. Le choix de l'écriture n'est pas très judicieux, car même s'il renforce la personnalité rudimentaire de David, elle rend la lecture difficile. Pas facile de se retrouver dans cette forêt d'apostrophes.

Et puis, il y a le réveil, la sensation que quelque chose arrive. Qu'il y a de l'humain sous ce tas de mots. L'auteur, subtil tricote son personnage maille après maille, l'humain s'éveille dans le texte et fait écho en nous. Il y a la fulgurance de la simplicité, décrire avec justesse une émotion. Car même pour un simple d'esprit, le cœur bat au même rythme que les autres.

A partir de la mort du boucher, le récit prend un virage qui transforme la lecture. tout le début, si indigeste qu'il soit prend alors sa dimension, se place dans le puzzle. L'ambiance est posée, les personnages esquissés, les émotions débarquent.

Oui, ce texte m'a ému. Car il a muté ma moquerie envers David en affection. Sans condescendance, sans pathos, juste un mec et son fils face aux coups de pelle de la vie.

Les expressions déformées sont amusantes et surtout bien employées. J'ai surtout apprécié que l'auteur n'en abuse pas.

Pour conclure, je dirais que ce texte mérite d'être lu à vois haute. Il prend alors une autre dimension.

Elle disait toujours qu’le silence c’est l’plus beau bijou des femmes, alors j’lui répondais qu’ce bijou-là, elle le portait pas souvent.
Drôle et Poignant.

Merci.

Selenim

PS : A l'oral, je note ce texte "Très bien"

   marogne   
16/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Affaite d’interprétation personnelle, mais derrière ce langage que je crois vraiment surréaliste aujourd’hui, j’ai ressenti la moquerie, la caricature, pourquoi pas le mépris. Mais l’histoire va à l’encontre de ce sentiment, il est sympathique ce Boulard, on se prend à espérer que sa femme se réveille, même si on n’y croit pas. Et le texte ne nous aide pas trop, parfois il expose crûment le manque d’éducation, l’ignorance, parfois on croirait « écouter » un bachelier.

Sentiment donc mitigé sur cette nouvelle, une très bonne idée, une construction intéressante qui pousse vraiment à aller jusqu’au bout, presque un effet de surprise à la fin, mais, mais pourquoi le faire parler comme ça, pourquoi ?

   Togna   
29/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Il y a un véritable travail d’écriture, car ce n’est pas facile de tenir aussi longtemps un personnage dans la constance de son langage et de ses expressions.
C’est long comme un plaidoyer mais ça reste attachant. Tu as réussi à m’attirer dans l’affectif de ce monde laborieux des gens qui n’ont pas la chance d’accéder à l’instruction mais dont le comportement est souvent moins vulgaire que certains érudits.
La curiosité, l’envie de connaître le dénuement, écarte la lassitude du monologue, mais c’est quand même un peu trop long, compte tenu de la difficulté de lecture des nombreuses élisions.
Effectivement, ce personnage, marchand pittoresque d’un passé pas si éloigné, pourrait très bien être joué sur scène. Il a de l’ampleur et du comique dans le dramatique.

 

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