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Humour/Détente
widjet : Mort d'un requin - 1/2 (une enquête de l'inspecteur Widjet)
 Publié le 24/10/09  -  29 commentaires  -  36364 caractères  -  280 lectures    Autres textes du même auteur

Une histoire policière. Avec des morts. Des suspects. Des fausses pistes. Et beaucoup, beaucoup de conneries...


Mort d'un requin - 1/2 (une enquête de l'inspecteur Widjet)


Pour Togna.



Lundi 4 février 2008 : 5 jours avant l’intervention de l’auteur


Un hiver. Une ville. Un matin.


7 h 33. Une pluie grise tombe sur Noisy-le-Roi. Le vent siffle un air morbide. La brume est à couper au couteau. Dans les rues désertées, seuls quelques pigeons décharnés errent en picorant dans le vide. À travers la mélasse humide et poisseuse, des arbres aux membres dépouillés poussent des soupirs lugubres.


Une allée. Au bout, une grande maison. Une chambre. À l’intérieur, un vélo d’appartement. Dessus, un gros corps flasque. Celui du richissime homme d’affaires, Pierre Cizofeuye. 81 ans, 1m79, 123 kilos.


Mort.


Deux docteurs arrivent sur les lieux en claudiquant.


Alex & Alain Tramuros. 76 ans à eux deux. Médecins officiels de la victime. L’un est hétéro. L’autre est gay. Ils sont frères jumeaux. Et siamois.


Affalé de toute sa graisse sur son appareil high-tech, le macchabée porte la tenue du sportif. Jogging bleu foncé. T-shirt jaune pisseux. Paire de Nike blanche. Après un rapide examen, le diagnostic des toubibs tombe. Crise cardiaque. Autour du corps, le personnel de maison est au complet. Le visage grave, le teint cireux, tous ont le regard braqué sur le cadavre déjà froid.


Le majordome, William Stramgram.

La femme de chambre portugaise, Paula Royid.

Le chauffeur, Edmond Kucédupoulé.

Le cuisinier ivoirien et aveugle, Jamal O’Krane ainsi qu’Hugues son gros berger allemand dont les testicules énormes ressemblent à des brugnons.


Dans cette pièce parfumée à la mort, il manque une personne. Elle ne fait pas partie des employés de maison, c’est même la première fois qu’elle vient ici. C’est la bonne sœur, Jeanne Epachingé.


Jeanne Epachingé. 73 ans. Ex-compagne de Jean-Pierre Descombes. Entrée dans les ordres en 1989. Excommuniée en 1997 pour avoir proféré des menaces de mort à l’encontre du chanteur Yuri Buonaventura (après que celui-ci ait enregistré une version salsa de « Ne me quitte pas »). Réhabilitée en 2005. Femme moderne, elle est l’auteure de deux best-sellers (« J’ai mal à la foi » et « L’Amour, ça sert d’os »). A tendance à se prendre souvent la température et s’empiffrer de Granola. Ne regarde que les génériques de films et possède tous les albums de Jean-Patrick Capdevielle.


La bonne sœur est dans la cuisine. En état de choc. Un verre de flotte collée dans sa pogne tremblante déjà bouffée par l’arthrite, la vieille religieuse se souvient du coup de téléphone qu’elle a reçu la veille au soir, et de ce que l’homme d’affaires lui a dit, presque en hurlant : « Il faut que je me confesse ! ». Maintenant, il était trop tard. Le millionnaire venait de passer sur l’autre berge, en emportant son quintal et son secret dans la tombe.


« Il pressentait sa fin », pense-t-elle, en prenant une gorgée d’eau.


Jeanne Epachingé remarque tout. Absolument tout. Aucun détail ne lui échappe. Au couvent, on la surnomme « Œil de lynx ». Et ce matin, justement, elle a vu... quelque chose . En découvrant le corps sans vie de Cizofeuye, son visage est devenu plus pâle qu’un cul d’Irlandais albinos. La vieille nonne a murmuré une phrase bizarre, avant de perdre connaissance.


Quelques minutes plus tard, la police arrive. Enfin, un flic fringué en clodo. Pas rasé, gueule de bois et l’haleine chargée à la Zubrowska. Ce policier loqueteux, c’est l’inspecteur Widjet.


David Widjet. 47 ans. Divorcé. Pas de gosse, pas d’éducation, pas de principe. Égocentrique, provocateur, prétentieux et circoncis. Aime manger du coleslaw, boire de la vodka, écouter les chansons de Mark Knopfler. Éprouve un besoin compulsif de peloter les seins des femmes. Déteste les bains, les anchois, les films indiens. Mais plus que tout, il ne supporte pas que l’auteur lui balance des pâtisseries dans la gueule.


Il entre dans la pièce. « Putain d’écrivain », rumine-t-il. Fumasse, le flicard. Normal, il vient juste de se prendre une gaufre à la griotte dans le portrait. Il s’essuie le visage, enlève la confiture et la chantilly qui tachent son imper déjà baptisé. Tous les yeux sont dirigés vers l’inspecteur. Il aime ça, attirer l’attention, ça l’excite. Il se rapproche de l’assistance, jette un bref coup d’œil sur le mort et gratte son menton hérissé de poils grisonnants.


- Il m’a tout l’air d’avoir cané en faisant sa gym, votre patron.


Le majordome toussote, embarrassé. L’inspecteur l’ignore, renifle, claque un regard vers la soubrette (« Pas mal du tout, la conche » pense-t-il), puis s’adresse aux deux toubibs.


- Date du décès ?

- Hier, répond Alain. 3 février 2008, entre 23 h et 2 h 00. Le jour de la saint Blaise.

- La saint Blaise ? Quel rapport ?

- Aucun, fait Alex.

- OK.


Widjet passe sa main calleuse sur son visage rugueux, secoue la tête et se frotte les paupières pour chasser sa foutue migraine. Ça, c’est le résultat de sa cuite de la veille. Toute la nuit, il a tété de la vodka mélangée à une liqueur polonaise infâme dont il a déjà oublié le nom. Que ce soit pour les femmes ou les alcools, le constat est le même : le mariage n’apporte rien de bon.


Widjet soupire. Pas envie de s’éterniser dans le coin, le flic. Venir l’emmerder aux aurores parce qu’un vieux porc friqué s’est pris pour Lance Armstrong, ça le fout en rogne. « Pose tes questions et retourne te pieuter », se dit-il, en glissant un nouveau coup d’œil lubrique vers la femme de chambre. « Avec elle, si possible ».


Il réclame un café. D’un bref mouvement de tête, le domestique en chef ordonne à Paula de s’exécuter. L’instant d’après, l’inspecteur avale une première gorgée brûlante. Une vraie baffe, ce jus. Il se tourne à nouveau vers les docteurs siamois :


- C’était votre patient depuis longtemps ?

- Cinq ans, environ, fait Alain.

- Depuis le mardi 7 janvier 2003, précise son jumeau. Fête des Raymond.


Le flic acquiesce, s’approche du vélo, regarde le cadran à cristaux liquides. Un seul chiffre l’interpelle. Le nombre de kilomètres. 7. Widjet se poste devant le majordome :


- Dites-moi Nestor, c’était un sportif votre patron ?


William Stramgram. 67 ans. Vieux garçon et (probablement) puceau. Chiant comme un concert de harpe. Allergique aux noix de pécan et jazzophobe. Collectionne les bonbonnes de gaz d’après-guerre. A vu 153 fois le film de James Ivory « Les vestiges du jour ». Souffre du syndrome des « Bottes de sept lieues », maladie névrotique qui pousse le malade à faire le moins de pas possible.


Menton levé, mains derrière le dos, le maître des lieux regarde droit devant lui et répond :


- Monsieur aimait quelquefois se dépenser.


Avant d’ajouter :


- Je m’appelle William, inspecteur.

- Il faisait souvent du vélo, le soir ?

- Cela pouvait lui arriver.

- Pédaler sept bornes pour un gars de son poids, ça vous paraît normal ?

- Je ne sais pas, inspecteur.

- Merci, Nestor.

- Je…


Le policier lui tourne déjà le dos et s’avance vers la femme de chambre. « Vraiment bien roulée, cette petite », constate-t-il encore une fois.


Paula Royid. 27 ans. Brune. Mythomane invétérée. Un caractère et des aisselles bien trempés. Aime la mer Caspienne. Déteste son père casse-couille. Arrogante et provocante. Fan absolue des Beastie Boys et de Garcimore. A souvent des montées d’adrénaline. Et de lait.


Widjet détaille la femme des pieds à la tête, comme il le ferait d’une pouliche. Déjà, ses doigts se mettent à le démanger. Son front devient moite. Sans réfléchir, il pose sa main sur le sein gauche de Paula qu’il presse fermement. Une petite tache auréole la blouse blanche de l’employée. Le flic lui décoche un sourire grivois. La gifle de Paula résonne dans le silence funèbre de la chambre.


- Mademoiselle, commence Widjet, en se frottant la joue, avez-vous remarqué quelque chose d’anormal la veille de la mort de M. Cizofeuye ?

- Rien du tout, inspecteur.

- Vous mentez.

- Prouvez-le, rétorque Paula, les mains posées sur ses hanches, en le foudroyant du regard.

- Facile. L’auteur l’a marqué au-dessus. « Mythomane invétérée ».

- Bien joué, admet-elle avec un sourire polisson. Oui, j’ai entendu Monsieur crier dans sa chambre.

- Crier ? Qu’est-ce qu’il disait ?

- Ce n’était pas très clair, on aurait dit qu’il appelait quelqu’un.

- Qui ça ?

- Une femme. Marie-Charlotte.

- Qui est-ce ?

- Aucune idée, inspecteur.


Pour la seconde fois, le majordome se racle la gorge.


- Qu'est-ce qui se passe, Nestor ? lance le flic.

- William, inspecteur. Pourrais-je m’entretenir avec vous, un instant ?

- Faites, mon vieux.

- En privé, fait-il, en baissant légèrement les yeux.


Avant de suivre le domestique, Widjet se tourne vers Jamal, l’africain non-voyant. Le regard transparent, un mouchoir à la main, le cuisinier essuie les verres de ses lunettes noires, tandis que le chauffeur, Edmond, un genou au sol, caresse Hugues sous le collier. Ronronnant de plaisir, l’animal fouette l’air avec sa queue. Le flic s’adresse aux deux hommes :


- Je vous interrogerai plus tard. Demain. Dès l’aube. À l’heure où blanchit la campagne.


Les deux employés opinent du chef. Alain en profite pour interpeller le policier :


- Inspecteur, je dois rendre visite à d’autres patients. Puis-je partir ?

- OK, fait Widjet d’une voix sèche. Mais je pourrais avoir de nouvelles questions. Alors, ne quittez pas la ville cette semaine.


Puis s’adressant à l’autre jumeau :


- Vous non plus.


L’inspecteur de police sort de la chambre mortuaire, suivi du majordome qui se déplace à grandes enjambées.


Quelques minutes plus tard, dans le vestibule


- C’est moi qui vous ai appelé, inspecteur, confie le maître des lieux. À la demande de Sœur Epachingé.

- De qui ?

- Jeanne Epachingé. La bonne sœur.

- Jeanne Epachingé, c’est son nom ? Vous vous foutez de ma gueule, en plus ?

- Pas du tout, fait l’homme impassible.

- OK. Alors qu’est-ce qu’il y a ?


Widjet perçoit dans la voix d’ordinaire dépourvue d’émotion du domestique comme un léger tremblement.


- C’est Jeanne. Lorsqu’elle a vu le corps de Monsieur, elle a blêmi. Et… ( il marque un temps d’hésitation et déglutit avec peine )… elle… elle a dit cette phrase singulière.

- Accouchez, mon vieux.

- Pardon, inspecteur. Elle a agrippé le crucifix qu’elle porte toujours autour de son cou, et elle a soufflé : « Regardez ses chaussures ! ».

- Et après ?

- Ensuite, elle s’est évanouie.

- C’est dommage, grommèle Widjet, en se massant les tempes. Où se trouve-t-elle, actuellement ?

- Ici même, fait William. Dans la maison. Précisément, dans la cui…


Derrière la porte de la cuisine. Un bruit. Un cri étranglé suivi d’un éclat de verre brisé. Tout le monde accourt. Widjet ouvre le battant en grand.


Le spectacle qui s’offre à eux est glaçant : la bonne sœur est étendue sur le sol en damier. Le visage écarlate. Les yeux révulsés. La lumière du matin qui traverse la pièce fait briller son crucifix argenté. Des morceaux de verre jonchent le sol carrelé et nappé d’eau.


- Appelez les Tramuros ! s’écrie l’inspecteur.

- Les docteurs ne sont plus là, fait Paula. Leur voiture vient juste de partir.

- Je vais tenter de les rattraper, dit William qui a retrouvé son flegme, avant de sortir de la cuisine en bondissant.


Sans réfléchir, Edmond se précipite pour se pencher sur le corps inanimé de Jeanne et pose ses doigts sous la carotide pour prendre le pouls. Après quelques secondes, il se retourne vers les autres.


- Les carottes sont cuites, dit le chauffeur en secouant gravement la tête.



Mardi 5 février 2008 : 4 jours avant l’intervention de l’auteur


02 h 17. XIe arrondissement de Paris. La nuit est sombre. Glaciale. Sous le regard cyclopéen de la lune, des clébards pissent sur les réverbères blafards. Quelques clochards sont vautrés sur les trottoirs de la rue de Charonne. Des chats de gouttière crasseux et aux pupilles crevées se bastonnent pour des poissons aux odeurs rances. Au-dessus d’un petit immeuble en ruine, au 3e étage, un appartement. Une lumière sale éclaire la pièce.


Mark Knopfler enveloppe le salon de sa voix chaude et enrouée.


These mist covered mountains

Are a home now for me

But my home is the lowlands

And always will be

Some day you'll return to

Your valleys and your farms

And you'll no longer burn

To be brothers in arm


Widjet est avachi sur son canapé qui couine comme une fraîche pucelle. Ses Docks Marteens sans âge sont posées sur une petite table boiteuse où reposent une grosse barquette de coleslaw à moitié vide et une bouteille de Zubrowska bien entamée. Widjet regarde les photographies qu’il a prises le matin même. Des photos des pieds, ceux de la victime.


« Regardez ses chaussures » avait dit la religieuse avant de composter son ticket pour aller rejoindre le Grand Patron. C’est sûr, « Œil de lynx » avait remarqué quelque chose de pas très chrétien sur les pompes du mort. Aucun doute pour le flic, on avait assassiné la nonne à cause de ce qu’elle avait vu.

Dès demain, Widjet recevrait les résultats d’analyse du labo sur les débris du verre retrouvés près du cadavre de la sœur Jeanne. Mais, il était prêt à mettre ses valseuses sur eBay que le récipient ne contenait pas que de la flotte.


- Qu’est-ce qu’elles ont ces groles ? peste le flic, en prenant un nouveau shot de vodka.


Son regard est rouge, comme injecté de sang. Cela fait des plombes qu’il se bousille les rétines sur ces clichés. Il y a cinq photos. La première montre le bas de jogging bleu marine jusqu’à la partie haute de la basket. On peut lire la marque sur la languette. Une seconde photographie qui prend de face et en gros plan les deux tennis tandis qu’une troisième les montre de côté. Le cliché suivant, par contre, a dû se glisser par erreur dans le tas, car il dévoile le flic, à poil, un double décimètre dans la main en train de mesurer sa bite. Enfin, sur la dernière photographie, prise en dessous, on peut voir les semelles en plastique noir et cranté. Bref, c’est une paire de Nike blanche, un modèle standard comme en fabriquent des milliers de gamins dans les caves ou les usines chinoises.


Le flic se ressert un verre d’alcool russe qu’il colle à ses lèvres épaisses. Bascule sa tête en arrière. Recommence. Deux fois. Il est fatigué, claqué, rincé. Son fichu mal de crâne lui aspire la cervelle, comme une saloperie de sangsue. Il se saisit du téléphone et appelle Paul O’Ney, son pote détective. Son idole aussi. Widjet échange deux-trois mots, prend rendez-vous pour le lendemain soir et raccroche en faisant la moue. « Paulo m’a pas l’air bien » s’inquiète-t-il.


Le flic jette un dernier regard sur les photos. Puis, il prend son imper et ses clopes. « Marcher en pleine nuit me rafraîchira les idées » se rassure-t-il. Il descend les escaliers en titubant. Ouvre la porte. Le froid lui griffe les joues et pénètre tous ses os de poulet. Il remonte son col.

La pupille blanche de la nuit est aussi pleine que ses orbites imbibées. Elle le dévisage. Ce soir, on dirait que la lune lui cherche des noises. Pas le temps pour le flic d’en griller une qu’un clafoutis à la cerise vient s’écraser sur sa gueule défaite…



Mardi 5 février 2008 : 4 jours avant l’intervention de l’auteur


08 h 24. À l’entrée de la villa de Pierre Cizofeuye.


Sa casquette de chauffeur vissée sur son crâne chauve, Edmond, répond aux questions du flic avec son tact habituel.


Edmond Kucédupoulé. 47 ans. Ancien boxeur. Corps de chêne, tête de gland. Visage bien rouge, langage bien vert. Misogyne (surtout envers les femmes, précise-t-il). Organise parfois des combats de poux à Saint-Ouen. Déteste les racistes et les arabes. Chanson préférée « Macumba » de Jean Pierre Mader qu’il massacre dans les karaokés.


- Depuis combien de temps, étiez-vous l’employé de monsieur Cizofeuye ?


La mine renfrognée, Edmond se gratte la nuque.


- Ça doit bien faire quatre piges.

- Comment était-il comme patron ?

- Comme tous les patrons.

- Il paraît que vous êtes venu chercher la bonne sœur, ce lundi matin.

- Pas faux. Conduire les gens, faire le poireau dans la limo, c’est mon boulot.

- Vous connaissez une « Marie-Charlotte » ?

- Non. De toute manière, je fréquente que des gars. Les femmes, je m’en sers le moins possible. Les gonzesses, c’est un peu comme les piscines, ça revient cher en entretien pour le temps qu’on y passe dedans.

- La bonne prétend que votre patron aurait appelé cette personne la veille de sa mort.


Le chauffeur ricane :


- Ouais, j’étais là quand elle a dit ça. Vous savez, la plupart du temps, Paula raconte que des salades.

- Vous ne croyez pas à sa version ?

- Je sais pas trop. C’est pas seulement un missile, cette fille, c’est une sacrée baratineuse aussi. Mais, allez savoir, peut-être que c’est pas des conneries, cette fois.

- Comment ça ?

- Bah, le vieux était blindé, répond le chauffeur. C’est un secret pour personne. Et le fric, c’est un aimant à femelles. Qu’elles s’appellent Marie-Charlotte ou non, elles mouillent toutes leur culotte dès qu’il s’agit d’oseille. Comme disait mon vieux, si l’argent poussait dans les arbres, les femmes épouseraient des singes.


L’interrogatoire se prolonge quelques minutes, puis Widjet fouille dans la poche intérieure de son imper et sort sa carte de visite qu’il tend au chauffeur.


- Si quelque chose vous revient, appelez-moi à ce numéro, dit-il.


Edmond prend la carte, pose un œil distrait dessus, avant de hausser les sourcils et de lever les yeux vers le flic, interloqué.


- Le “Big Nibar’s club”?


Les joues écarlates, Widjet arrache le petit carton des doigts de l’ancien boxeur, replonge la main dans son vêtement, vérifie, et remets le bon bristol.


- Contactez-moi, répète-t-il, puis il quitte la pièce avec la méchante impression d’être passé pour un con.


10 h 06. Le jour même au commissariat du XIe arrondissement. C’est un sacré bordel, ce matin. Au sous-sol, on entend les ivrognes chanter, les putes se foutre sur la gueule et les drogués hurler à la mort. Dans une cellule isolée, Christian Morin (accusé de « péter les couilles » à tout le voisinage avec sa clarinette) essaie d’adoucir les marginaux, en apportant avec son instrument un peu de mélodies dans ce lieu gangréné par la paperasserie et la détresse.


Enfermé dans son bureau, ne prêtant pas attention à Jamal qui lui fait face, Widjet parcourt le feuillet qu’on lui a remis en fin de matinée. Ce sont les résultats d’analyse de l’autopsie. Son instinct ne l’a pas trompé. Des résidus de potassium ont été retrouvés dans la flotte et dans le corps de la bonne sœur. Du cyanure . Mais ce n’est pas tout. Sur la robe de la religieuse, on a trouvé des poils. Canins. Le vétérinaire et ami du flic, Jacques Resseul est formel : ce sont bien des poils de berger allemand.


L’inspecteur ferme un instant les paupières, attendant que la douleur qui lui barre le front se dissipe. Hier soir, il s’est encore bien chargé le museau. Widjet lève enfin les yeux vers le cuisinier aveugle.

Assis sur une chaise, l’homme a l’air nerveux. Il transpire. Il s’agite. Il grimace. Hugues, son chien, n’est pas à ses côtés, ce qui augmente sa nervosité. Le flic a demandé à ce que le molosse patiente derrière la porte. Il l’interrogera après, histoire de voir si les deux témoignages concordent. À quelques mètres, le gendarme Lucien Tropé surveille l’animal.


Jamal O’Krane. 41 ans. Né en Côte d’Ivoire. Parle couramment le savo, un dialecte finlandais. Orphelin. Se prétend être le fruit d’un amour entre un acacia et une antilope. A perdu la vue après avoir lu un roman de Guillaume Musso. Bien outillé, il a fait une courte carrière dans le X « romantique » (nouveau concept où les acteurs s’offrent des fleurs avant de forniquer). Reconverti depuis dix ans dans la gastronomie (il bat les œufs en neige comme personne… avec sa fourchette). Élu « meilleur pâtissier de France » en 1999.


- Bon, faudrait penser à vous mettre à table.

- Pardon ? fait l’homme.

- Dites-moi la vérité, pourquoi avez-vous flingué la religieuse ?

- Vous vous trompez, inspecteur. Je suis innocent !

- Vous voulez que je vous colle en garde à vue ? menace le flic.

- Je vous jure ! se défend l’aveugle. Je n’ai pas tué Jeanne Epachingé !

- Conneries. Les poils de votre chien retrouvés sur le corps de la nonne prouvent le contraire.

- Quoi ? Mais c’est… c’est une erreur, bafouille le cuistot. J’ai toujours veillé à ce qu’Hugues ne s’approche pas de la sœur Jeanne.

- Pourquoi ça ? demande le flic soupçonneux.

- Je la connaissais bien, inspecteur. Je suis catholique pratiquant et je vais souvent à son église. Je sais que la sœur Jeanne avait la phobie des bêtes… et des chiens en particulier. Alors, lorsqu’elle est venue ce lundi pour voir monsieur Cizofeuye, je me suis débrouillé pour sortir Hugues au frais.


À cet instant, venu de nulle part, cheveux argentés et portant sa guitare en bandoulière, le chanteur français Hugues Aufray déboule dans le bureau. Se met à chanter le refrain de « Santiano ». Et disparaît aussi sec.


Impassible, le flic reprend son interrogatoire.


- Pourquoi votre patron voulait rencontrer une nonne ?

- Je l’ignore. Mais demandez à William, le majordome, il sait peut-être quelque chose. Cela fait longtemps qu’il était au service de monsieur Cizofeuye.

- Je le ferai. Qui a remis le verre d’eau à la religieuse lorsqu’elle a perdu connaissance ?

- Paula, je crois.

- Avez-vous remarqué des personnes rejoindre la bonne sœur dans la cuisine ?

- Voyons inspecteur, fait l’homme déstabilisé par la question, je… je suis non voyant.

- Ne cherchez pas d’excuse, dit le flic sèchement. Répondez.


Soudain, on fait irruption dans la pièce. C’est le gendarme Lucien Tropé. Le visage cramoisi, il a du mal à reprendre son souffle :


- Patron… Le ca… le cabot !

- Quoi, le cabot ?


Le pandore déglutit avec difficulté :


- Il… il vient de s’échapper !


20 h 41. Le jour même. Au 37 du boulevard Soult, dans le XIIe arrondissement. C’est là où vit le privé, Paul O’Ney.


Widjet attend l’ascenseur. À côté de lui, une femme. La trentaine, joli minois, chignon et jupe serrés, chemiser transparent et tétons au garde-à-vous. L’ascenseur arrive. Les portes s’ouvrent. Le flic et la femme pénètrent à l’intérieur. Les portes se referment. Soudain, dans la cage, une injure et un cri étouffé. Trois étages plus tard, les portes de l’ascenseur se rouvrent. Furieuse, la femme sort précipitamment. Le policier, lui, est à genoux, une grimace sur son visage congestionné et les deux mains plaquées sur ses couilles.


Sur le palier, Paulo accueille le flic avec un seau rempli de glaçons.


Paul O’Ney. Personnage de fiction créé par l’écrivain Daniel Angot dit « Togna ». Paulo est détective privé et irlandais. C’est un véritable mythe dans la profession. Forniqueur et bagarreur impénitent (c’est un spécialiste des arts martiaux), il a été l’amant de vedettes de Show-biz et des gens de la haute comme la comtesse Laure de Restaupieu. Dans sa vie professionnelle de fin limier, Paulo a tout vu tout connu. Il parle plusieurs langues et notamment celle des animaux et des volatiles.


Les deux amis sont assis face à face :


- Qu’est-ce que tu fous en ce moment ? grimace Widjet une serviette humide posée sur ses bourses endolories.

- Pas grand-chose, dit le détective, la mine sombre. Flagrants délits, filatures, coucheries, disparitions animales. De la merde, quoi.


Paulo semble mal en point, au bout du rouleau même. Il fait peine à voir. La tremblote, les joues creuses, la peau couleur huile de vidange et le regard d’un cocker dépressif. Avant de devenir son pote, Paulo a été le modèle de l’inspecteur Widjet, son mentor. Le flic a suivi toutes les aventures de son héros irish. Il a toujours admiré son sang-froid, sa redoutable technique de combat (sa célèbre prise de hanche, le « hitachi hyundai », Widjet l’avait bien essayée, mais s’était chopé une hernie discale), mais plus que tout enviait son succès auprès des femmes. C’est pour ça que le voir dans cet état lui fait vraiment mal au bide.


- Putain, dit-il, en sentant la colère monter en lui, qu’est-ce qu’il attend pour te filer un vrai boulot, ton scribouilleur ?

- J’en sais rien, mon vieux, fait le privé avec des sanglots dans la voix. Il m’a foutu en préretraite pour bosser sur un roman, l’enfoiré. Deux tomes, en plus ! Depuis, j’suis à la diète de sensations fortes. J’me fais chier, t’imagines pas comment, j’ai l’impression d’crever à p’tit feu.


Il marque une pause et d’une voix étranglée, il ajoute :


- J’suis même plus en état de taquiner de la coquine.


Pour un gars comme Paulo qui baisait à couilles rabattues, c’était bien la preuve irréfutable qu’il filait un mauvais coton.


- C’est moche, ça, fait le flic dépité.

- Ouais mec, répond Paulo amer, en jetant un regard morne sur son entrejambe. C’est moche. Tu restes dîner ?

- T’as du coleslaw ?

- Des crevettes seulement. T’aimes ?

- Ouais.

- Épicées ? demande Paulo.

- J’aime pisser aussi.


Tout en mangeant, l’inspecteur sort les cinq tirages qu’il avait pris le jour de la mort du millionnaire et les tend au détective.


- J’arrive pas à piger ce qui déconne avec ces pompes, rumine Widjet.


C’est dans ce genre de situation qu’on voit la différence entre un vrai professionnel, un vieux de la vieille avec un sens affuté de l’observation, et un tocard de seconde zone pochtronné qui… mais… mais… qu’est-ce qui…


(Widjet extrait une télécommande de sa poche « Comment il s’est procuré ça, lui ? » appuie sur le bouton « Pause », tourne la tête dans ma direction et me flingue du regard).


- Hé ho ?

- …

- Ho, toi, l’écrivain de mes deux, je te cause là.

- Moi ?

- Exact. Toi, ducon.

- Ducon ?

- Ouais, t’as bien entendu. T’es gentil, tu réécris ta phrase.

- Quelle phrase ?

- Me prends pas pour une quiche, OK ? Tu ne me traites pas de « tocard pochtronné ».

- Je fais ce que je veux, c’est moi qui écris, non ?

- Peut-être, mais vas-y mollo quand même. Déjà que je m’en sors pas avec ton intrigue foireuse, sans te parler que j’en ai plein le cul de claquer la moitié de ma paie dans les pressings.

- Tu préfères que je te balance des clés à molette ? Des parpaings ? Ça peut se faire, tu sais. Tu sais, un jour, mes gâteaux pourraient bien te sauver la vie.

- …

- Bon, ça va, ça va, je corrige.

- J’aimerais mieux, ouais.

- Sinon, où t’as trouvé la télécommande ? Je n’ai rien écrit là-dessus !

- Lâche-moi les dés, tu veux ? Fais juste ton boulot et redore-moi un peu le blason.


(Sur ces mots, Widjet appuie à nouveau « Retour rapide » puis sur « Play » du boîtier).


Le flic sort les cinq tirages qu’il avait pris le jour de la mort du millionnaire et les tend au limier.


- J’arrive pas à voir ce qui déconne sur ces pompes, rumine Widjet.


C’est dans ce genre de situation qu’on voit la différence entre un vrai professionnel, un vieux de la vieille avec un sens affuté de l’observation et… un inspecteur plein de promesses.


Paulo pose ses yeux quelques secondes sur les photos et dit d’un air blasé :


- Pas les pompes, le problème. Ce sont les lacets, mon pote. Les lacets.

- Quoi, les lacets ? fait le flic en fronçant les sourcils.

- Regarde les boucles. Elles sont trop tournées vers l’extérieur de la chaussure, là, au niveau de la pointe.

- Et alors ?

- Bah, c’est pas normal. Ton gars ne s’est pas sapé tout seul, c’est tout.

- Qu’est-ce que tu racontes, Paulo ?

- Regarde les boucles, j’te dis. C’est pas ton macchabée qui a lacé ses pompes : quelqu’un l’a habillé.

- Ça veut dire que…

- … Ton type plein aux as n’est pas mort en jogging sur son appareil : il a été buté.



Mercredi 6 février 2008 : 3 jours avant l’intervention de l’auteur


Un avis de recherche a été envoyé à la police. Partout dans la ville, le portrait du cabot germanique était placardé. Commissariats, devantures de magasins, gares, aéroports, chenils, bars à putes...


La même affiche. Le même descriptif.


Hugues. 6 ans. Beau pédigrée. Brun. Poils ras. Tatouage : 29M72. Président du parti « F.F - Fuck Facteurs » et vice-champion d’Europe de natation synchronisée avec Dimitri, un berger slovaque. Se nourrit essentiellement de Nuggets et de Sundae caramel. Prône le sexe à plusieurs. Considère Lassie comme une fiotte.


Pendant ce temps, plus largué que jamais, l’inspecteur Widjet poursuivait son investigation. Les témoignages du personnel se multipliaient. Paula, Jamal, William, Edmond et les toubibs siamois, il les avait tous pilonnés de questions. À chaque fois, il s’était cassé les dents. L’enquête piétinait, le flic perdait pied. Pas de preuves solides. Pas de mobile. Pas de suspect véritable. Le clébard en cavale était sa seule piste dans cette ténébreuse affaire.


Depuis deux jours, Widjet épluchait le dossier de la victime. Il y avait beaucoup d’informations, mais peu d’indices. Néanmoins, une chose était sûre : Pierre Cizofeuye était un salopard de premier ordre, un prédateur redoutable assoiffé de pouvoir. Un requin. L’homme d’affaires avait fait fortune en exploitant ses ouvriers. Il avait ruiné les petits commerçants, poussé ses concurrents au suicide et les autres à faire la manche. Ses méthodes étaient crapuleuses. Chantage. Détournement. Corruption. Il ne reculait devant rien pour obtenir ce qu’il voulait. Quiconque se mettait en travers de son chemin était écrasé comme de la vermine. Alors, c’est sûr, des ennemis qui souhaitaient lui faire la peau, Cizofeuye en avait un wagon. Mais, mis à part ça, le flic n’avait pas découvert grand-chose.


Paulo s’était proposé de filer un coup de main à son ami. Le privé déprimait sec, tout comme son chibre ratatiné qui restait bien planqué dans son étui. Widjet avait accepté son aide et lui avait renvoyé le dossier en lui demandant de creuser profond dans le passé du millionnaire. L’inspecteur passa la nuit à réchauffer son gosier avec sa boisson soviétique, en écoutant des morceaux mythiques de Dire Straits comme « Telegraph Road », « Tunnel of Love » ou « Private Investigations ».


Une question lui revenait sans cesse et foutait un sacré bordel dans ses méninges. Cette question, il le sentait, était la pièce essentielle du puzzle, une étrange inconnue dans cette équation. Cette question avait la forme d’une silhouette, d’une ombre chinoise. Et derrière cette ombre, un corps. Un visage de femme. Un prénom.


Qui était donc cette créature mystérieuse qui hantait ses nuits alcoolisées, obsédait ses pensées ?


Qui était cette… Marie-Charlotte ?



Jeudi 7 février 2008 : 2 jours avant l’intervention de l’auteur


Le lendemain, Widjet avait obtenu du labo d’autres éléments importants. Déjà, les empreintes de Paula Royid. Elles avaient bel et bien été retrouvées sur le verre remis à la bonne sœur quelques minutes avant sa mort. « Quand elle a perdu connaissance, je lui ai donné à boire, avait pesté la femme de chambre en agitant les bras, laissant apparaître deux larges auréoles de sueur sous ses aisselles. Vous allez m’arrêter pour ça ?! ».


Le flic avait ensuite réinterrogé le chauffeur qui tout en lustrant la Rolls Royce métallisée de feu son patron fredonnait d’une voix atroce :


Oh Macumba, Macumba,

Elle danse tous les soirs

Pour les dockers du port

Qui ne pensent qu'à boire,


Oh Macumba, Macumba,

Elle danse tous les soirs

Pour des marins largués

Qui cherchent la bagarre,

Oh Macumba.


Furieux d’être interrompu, Edmond avait rembarré le poulet : « Tout ça, ce sont vos oignons ! Ce que je vois, moi, c’est que je dois me démerder pour trouver un autre job, parce que j’ai plus un radis ! ».


Enfin, Widjet avait cuisiné le cuistot de plus en plus agité depuis la disparition de son compagnon canin : « Cessez de me harceler ! s’était-il indigné. Comment aurais-je pu me procurer du cyanure ? Demandez plutôt aux frères Tramuros, ce sont eux qui ont accès à ce genre de produits ! »


Pareil à un taulard qui fait les cent pas dans sa cellule étroite, Widjet tournait en rond. Il avait la désagréable impression qu’on le baladait, qu’on le manipulait comme un vulgaire pantin. Et il n’aimait pas ça.

En fin de matinée, suivant la recommandation du cuisinier, le flic se rendit au cabinet des docteurs siamois. En voyant le visage amoché d’un des deux toubibs, Alain, l’inspecteur ne cacha pas sa surprise. Le médecin avait la pupille gauche éclatée, le pif en compote et la bouche rouge et gonflée comme le cul d’un babouin. Alex, lui, la joue ventousée contre celle de son frangin, la paume de sa main plaquée contre son tympan, discutait au téléphone, prodiguant des conseils à un patient qui venait de tomber dans des sables mouvants quelque part au fin fond du Mexique.


- Vous avez passé la nuit avec Queen Latifah ? ironise le flic, en voyant la tronche tuméfiée du toubib.

- Non, répond-il du bout de ses lèvres enflées. C’est mon frère.

- Votre frère vous a tabassé ? fait Widjet en lançant un bref regard à son jumeau.

- Pas du tout. C’est Gaspard.

- Gaspard ?

- Oui, Gaspard Touzeur, l’entraîneur d’Alex. Il le prépare au championnat de kick-boxing qui commence le mois prochain. Je n’arrive pas encore à esquiver tous les coups.

- Je vois ça. Sinon, je voulais vous demander si…


Le docteur lève la main, interrompant le flic.


- Ne vous donnez pas cette peine, inspecteur. Je sais ce que vous allez me dire et je vais vous répondre sans détour : oui, le jour de la mort de monsieur Cizofeuye, j’avais emporté du cyanure dans ma mallette.

- Ah ! s’exclama Widjet, satisfait. Vous reconnaissez avoir empoisonné la religieuse !

- Effectivement, inspecteur. J’avoue, je voulais bien tuer quelqu’un ce jour-là. Mais pas la sœur Jeanne.

- Je ne pige pas, fait le poulet, la mine déconfite.


Alain jette un œil vers son frangin pour s’assurer qu’il est toujours en grande conversation, puis se penche vers Widjet et lui murmure d’une voix tremblante :


- Je peux vous le dire à vous : j’avais l’intention de me suicider en ingurgitant le poison. Mais, en rentrant chez moi, le cyanure avait disparu !

- Pourquoi vous vouliez vous supprimer ? demande le policier.

- Je suis désespéré, inspecteur, soupire Alain. Mon frère me rend fou. Voyez-vous, Alex est une personne extravertie, il déborde d’énergie, il pratique tous les sports de l’extrême, alpinisme, canyoning, parachutisme sans parler des arts martiaux. C’est un véritable athlète, un compétiteur. Pas moi. Je hais les activités physiques. Je préfère lire, nourrir les animaux, être en contact avec la nature, bref ce genre de choses, vous comprenez. Nous avons beau être frères, absolument tout nous oppose. Alex aime les femmes, je suis homosexuel. Je ne supporte plus cette vie, inspecteur. C’est pourquoi je voulais y mettre fin.

- Je vois, fait le policier en se passant la main sous sa barbe de trois jours. Vous avez une idée de la personne qui aurait pu vous voler l’arsenic ?


Alain hausse les épaules :


- Pas la moindre, hélas. J’ai été terriblement négligent. La sacoche a dû rester ouverte pendant que nous examinions monsieur Cizofeuye. N’importe qui aurait pu dérober le poison. C’est une faute impardonnable, je n’en dors plus la nuit.


Contre toute attente, Alain se met à chialer. Son frangin, toujours avec son client (qui n’en finit plus de s’enliser), ne se rend compte de rien.


- Calmez-vous, mon vieux, fait le flic, guère emballé à l’idée de réconforter le toubib. Prenez un bol d’air, changez-vous les idées.

- Justement, répond Alain tristement, en s’essuyant ses larmes. Alex s’est mis dans la tête de traverser la Manche à la nage, ce week-end.

- Excellent, ça vous fera du bien.


La mine du toubib s’assombrit.


- J’en doute, inspecteur. Je ne sais pas nager.


Dans la poche intérieure de son imper, Widjet sent une vibration suivie d’un petit air musical, celui de “Sultan of swing”. C’est un texto de Paulo. En lisant le message, la face du flic se met à blêmir.


Sa dernière chance vient d’exploser en plein vol : le corps sans vie du berger allemand a été retrouvé dans la forêt de Marly.


(Fin de la première partie)


 
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   jaimme   
24/10/2009
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel
"quelques pigeons décharnés errent en picorant dans le vide": comment ça dans le vide? D'accord un pigeon c'est très stupide, mais à ce point! (Ou alors il faut que je compulse mon traité de pigeonologie).
" Alex & Alain Tramuros. 76 ans à eux deux... Ils sont frères jumeaux. Et siamois.": mmhhh... "à eux deux", donc c'est une addition. Étant donné qu'ils sont siamois, l'un a dû naître quelques secondes avant l'autre. Le calcul est compliqué mais faisable. Non, je n'ai rien dit, c'est cohérent. Ou alors ils ont 38 ans chacun...
"3 février 2008, entre 23 h et 2 h 00": donc le 3 ou le 4, non?
J'arrête là ces fausses critiques. Je n'en ai pas vraiment à faire. Je prends en bloc.

J'adore les courtes biographies, elle me font penser à "Amélie Poulain", mais en plus trash.

Excellent:
"- Facile. L’auteur l’a marqué au-dessus. « Mythomane invétérée ».
- Bien joué, admet-elle..."
"le cuisinier (aveugle) essuie les verres de ses lunettes noires": un tic ou une nécessité!!!?
"Des chats de gouttière crasseux et aux pupilles crevées ": sont-ce des chats ivoiriens?...
"Les gonzesses, c’est un peu comme les piscines...": misogyne, mâ pas du tout!!
"C’est dans ce genre de situation qu’on voit...", là l'auteur tu t'es fait dominer par Widjet! Te laisse pas faire!!! Pfff!
Etc. Il y en aurait tellement.

C'est quoi une bonne nouvelle? Ben ça peut être le décès inopiné de son supérieur hiérarchique ou... un texte qui me fait passer une excellent moment. Qui ne faiblit pas dans l'humour et ça c'est très très difficile à faire!!! Encore que j'ai senti un léger recul dans le dernier quart avant de revenir sur la fin.
Et la suite c'est quand? Rapide j'espère.
Ici l'auteur a joué sur des registres qui me font vraiment rire: l'humour anglais, l'humour à la San Antonio, l'appel à l'auteur, etc. Tellement de décalages comme l'appel à un chanteur ringard qui intervient, l'auto-dérision, mais aussi l'hommage. Je suis impressionné.

edit: bien sûr on peut reprocher à ce texte d'être un grand "n'importe quoi". Un fourre-tout de "conneries". Mais si on rit, si on se laisse emporter par ce plaisir de rire... N'est-ce pas une des choses qui peuvent nous faire acheter un livre? Moi j'achète du Terry Pratchett parce que je ris à chaque fois.
Oui, un reproche quand même: les paroles des chansons, trop longues.

   wancyrs   
24/10/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Pour rire, on peut dire que j'ai bien ri. et même si les gens vont penser que c'est un fourre-tout, c'est un joli fourre-tout empreint d'humour, parfois noir ( attention aux jokes misogynes, ici au Québec je me suis fais taper sur les doigts, alors j'ose plus)
Un inspecteur sexuellement obsédé, ha ha ha ça m'a fait penser à Nicky larson qui se fait tabasser à chaque fois par les gonzesses car ses mains suivent ses obsessions.
J'ai aussi décelé la désinvolture de l'inspecteur Gadjet, les reflexions de l'inspecteur Colombo (à propos des lacets qui ont été faits par quelqu'un d'autres), et le mystère d'Agatha christie dans ces phrases énigmatiques avant de mourir, et ce personnage méconnu de tous, dont le nom revient dans les reflexions pour continuer à épaissir le mystère et aiguiser la curiosité, sans oublier le cyanure que l'auteure utilise à plusieurs reprise dans ses polars.
Bref un beau charivari, d'un humour tordant ( le froid pénètre ses os de poulet ) et dont la longueur même du texte n'êmpêche pas de lire jusqu'au bout.

J'ai aimé aussi que l'auteur sorte des sentiers battus, par cette idée originale, la causerie entre le personnage principale et le narrateur, par le biais d'une télécommande, comme si l'oeuvre n'était qu'une et même partition dont les rôles étaient partagé et équitable entre auteur et acteur, à tel enseigne que les êtres crés puissent faire des requêtes pour un changement de caractère. L'auteur peut-il donner ainsi une nouvelle orientation à l'écriture ?
J'ai juste trouvé le nom de l'ivoirien pas en phase avec le récit, car à moins que cet ivoirien n'ait de la parenté Irlandaise, je comprends mal comment il peut s'appeler O'Krane
néanmoins, j'ai passé un bon moment.
À quand le prochain ?

Wancyrs

   colibam   
24/10/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Même si le titre donne le ton plutôt badin de l'histoire, l'entame se décline comme un vrai polar. Le décor est clouté de phrases courtes, dans une ambiance délabrée et poisseuse (j'aime beaucoup « les pigeons décharnés qui errent en picorant dans le vide », une image très visuelle) où les mots résonnent.
La caméra plonge ensuite en mode focus au coeur de la scène.

Un premier nom.
Et là, l'humour fait son entrée. A chaque identité son jeu de mots (certains m'ont vraiment fait poiler : Le cuisinier ivoirien et aveugle, Jamal O’Krane, Alex & Alain Tramuros, Jeanne Epachingé, La femme de chambre portugaise, Paula Royid...).
D'autres sont limite blague carambar : Alex Blaise, Edmond Kucédupoulé, Hugues au frais mais qu'importe, les mots ne se prennent pas au sérieux et cela fait du bien.

Les portraits sont tracés au charbon, entre deux rasades de vitriol. Des vies banales, froides comme un macchabée oublié, décortiquées avec l'oeil goguenard et détaché du vieux flic blasé au coeur de formol.

« A vu 153 fois le film de James Ivory « Les vestiges du jour » : Merde, là, faut qu'je fasse gaffe, j'dois pas être loin du compte...

L'histoire est émaillée de savoureuses expressions :
« son visage est devenu plus pâle qu’un cul d’Irlandais albinos »
« elle est l’auteure de deux best-sellers « J’ai mal à la foi » et « L’Amour, ça sert d’os »
« Un caractère et des aisselles bien trempés, »
« prêt à mettre ses valseuses sur eBay »
« Les gonzesses, c’est un peu comme les piscines, ça revient cher en entretien pour le temps qu’on y passe dedans. »
« si l’argent poussait dans les arbres, les femmes épouseraient des singes. »
« A perdu la vue après avoir lu un roman de Guillaume Musso. »
« Corps de chêne, tête de gland. Visage bien rouge, langage bien vert »

Les apparitions décalées de l'auteur, des pâtisseries ou de certains personnages, en petites touches discrètes comme des interférences parfumées de Monthy Phyton, Mission Cléopatre ou Amélie Poulain (pour mes références) : c'est plutôt bien vu.

... de même que certaines répliques, complètement loufoques :
« Je vous interrogerai plus tard. Demain. Dès l’aube. À l’heure où blanchit la campagne. »
« Collectionne les bonbonnes de gaz d’après-guerre. »
« prodiguant des conseils à un patient qui venait de tomber dans des sables mouvants quelque part au fin fond du Mexique. »

Bon, inutile de préciser que si j'adore le thriller trash, tordu, explosif et politiquement incorrect, je raffole également de ces histoires décalées qui sont d'ailleurs loin d'être les plus faciles à écrire.
Il n'est jamais évident pour un auteur de se diversifier et je trouve qu'avec ce pastiche, tu y es parvenu pour notre plus grande joie. Ton texte est une bouffée d'oxygène dans la toile onirienne.

Allez, un petit bémol, faut pas déconner : perso, je n'aurais pas changé de temps à partir du mercredi 6. C'est tout ? Ben oui mec.

Les doigts de pied collés à la vitre du foyer, une perf daïquiri dans les neurones, je viens de passer un bon moment de rigolade en compagnie de l'inspecteur Coleslaw.
Alors, vivement la suite Sharp's man !

   poupoune   
24/10/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Quel régal !!
Drôle - très drôle, même - bien déjanté tout en restant clair, bien construit et facile à lire, avec une intrigue qui jusqu'ici tient parfaitement la route...
Que dire, sinon vivement la suite ?!

   aldenor   
24/10/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Ah, c’est très drôle. Les gags portent. Les siamois sont tordants. Ca fourmille de trouvailles. Le rythme est excellent. L’inspiration déferle.
En guise de réserves je proposerais d’épaissir le personnage du détective, s’attarder par exemple sur des monologues intérieurs. Et puis l’irruption de l’auteur et les quelques sauts dans l’absurde tombent un peu artificiellement. Il aurait fallu qu’ils soient plus consistants. De toutes manières le récit n’en avait nul besoin ; il s’en dégage par moments une impression de mélange des genres. De trop.

   littlej   
24/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Une nouvelle combinant le polar et la comédie qui me rappelle - comme "Hold-up" - le ton de la série animée "Bob l'éponge" que j'adore (j'ignore si l'auteur est fan...).

Des choses très bien trouvés autant au niveau de l'intrigue - je pense surtout à cette interaction originale entre l'auteur et ses personnages - qu'au niveau des répliques - manquant de naturel toutefois - et des présentations des personnages. Et le style est bon.

En ce qui concerne le gros moins de cette nouvelle c'est le fait que l'on ne sent quasiment pas à la lecture (je parle pour moi) le caractère "polar" du récit. En effet celui-ci est masqué par l'omniprésence d'un humour et d'une ironie clairement affichés qui fait que l'on n'oublie derrière l'affaire de meurtre. Franchement, je me moque complètement de l'identité de l'assassin.
De plus il n'y a pas assez de rebondissements pour éviter un éventuel ennuie. J'en note deux : la mort de Jeanne et du chien...

Enfin je trouve dommage que l'auteur n'ait opté à aucun moment de son récit - particulièrement long - pour un changement de registre . On reste du début à la fin (exception faite des premiers paragraphes en italiques) sur un ton comique.

Ca reste tout de même une agréable lecture.

-j-

   Xrys   
25/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bonjour Widjet

Tout d'abord et en guise d'excuse je suis absolument insensible à l'humour des Monty Python enfin non pas insensible ça m'agace. Et je prie l'auteur de m'en excuser.
Sur la forme je vais faire très court:
Cette phrase je l'aurais mise au présent :Maintenant, il était trop tard. Le millionnaire venait de passer sur l’autre berge,"
Je n'ai relevé aucune autre maladresse

Pour en venir au texte j'aime bien le début. Les italiques c'est de l'humour comme j'aime.
Sauf "Un hiver. Une ville. Un matin." Vu que juste au dessus tu donnes la date et en dessous l'heure et le lieu, je me suis dit que c'était un trait d'humour mais j'ai pas compris ou plutôt j'aurais aimé que tu dises si tu avais mis ça vraiment pour des lecteurs au Qi un peu moyen.

Bon les jeux de mots sur les noms propres oui ok... ça passe sauf Jeanne Epachingé il m'a fallu 10 mn de réflexion intense pour trouver...

J'aime assez les présentations en italiques y'a juste un truc qui me chiffonne sur la présentation de Widjet : le coup des pâtisseries c'est une bonne idée toutefois j'aurais préféré que cela se passe en "direct live " sous mes yeux (plutôt que dire il vient de se prendre le montrer en train de se prendre) je pense que l'effet de gag en aurait été renforcé (et quitte à faire dans ce genre d'humour y ajouter au cours du texte la répétition)

Bien aimé ça : 3 février 2008, entre 23 h et 2 h 00. Le jour de la saint Blaise.
J'ai trouvé assassin moi c'est le Jazzophobe évidemment on peut pas être Jazzophobe impunément nomého

Pour les dialogues et interrogatoires je les aurais préférés plus absurdes tant qu'à faire lais c'est très personnel (genre en plus subtil "vous avez l'heure? - oui -merci, au suivant )

Reprenons bon le coup des photos j'ai failli passer à côté du gag parce qu'à ce moment là l'écriture n'est pas asses déjantée je crois et je commençais à décrocher.

AH l'invective à l'auteur : le coup d la télécommande j'ai bien aimé mais pas le fait de faire intervenir l'auteur déjà que ton inspecteur s'appelle Widjet - Justement j'en parlerais plus tard de ce choix...

Bon au final j'ai pas mal souri à certains passages, il m'a manqué pour apprécier cet humour toutes les référence cinéma et musicales que je n'ai pas.

Je reviens sur le personnage central : Le problème de la nommer Widjet c'est que tu ne peux pas en faire un anti-héros total (Widjet étant TA représentation sur Oniris) donc à partir de moment là il manque d'épaisseur. Tu lui donnes un peu trop d'intelligence dans les dialogues pour quelqu'un qui est imbibé de Vodka, tu ne le rends pas assez haïssable pour justifier sa misogynie et surtout tu ne rends pas assez ridicule.

De plus et ce qui est dommage compte tenu du mal que tu t'es donné à tracer leurs portraits les autres personnages ne sont que des faire valoir.

Bon tout ceci ce sont mes impressions donc elles sont à prendre avec tout le recul nécessaire car elle viennent de quelqu'un qui n'a pas d'humour ou pas celui-là en tout cas.

Bref un bon Opus mais je ferais pas le siège de la Centrale pour avoir la suite

Xrys

   xuanvincent   
25/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Après une lecture rapide * - d'ordinaire je ne lis pas les textes policiers - cette nouvelle m'a paru dans l'ensemble plutôt réussie, bien écrite (y compris les dialogues) et amusante.
* je ne me suis pas attardée sur l'intrigue.

L'auteur s'est risqué à mettre en scène un double de lui-même. Le texte à mon avis aurait pu fonctionner sans cela, mais pourquoi pas ? Une fois le moment de surprise passée, ce choix m'a amusée et pas déplu.

La forme, une intrigue policière sous forme d'un journal, a retenu mon attention. Et l'écriture de ce journal m'a paru réussie dans l'ensemble.

Bref, voilà me semble-t-il belle histoire policière pour Togna... sans oublier les autres lecteurs !

PS : Je lirai volontiers la suite.

   coquillette   
25/10/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonjour Widjet

Bon, désolée, j'ai lu le texte et j'ai lu les commentaires au fur et à mesure qu'ils se présentaient.
Je suis en tout point d'accord, au mot près, avec le commentaire de colibam.
Et ce que j'ai remarqué en lisant ce commentaire, c'est que ce texte est vraiment bon parce que chaque phrase qu'il a souligné, et donc, sortie de son contexte, reste drôle.

C'est vrai que l'histoire policière passe u second plan, le nom de l'assassin m'est totalement indifférent.
Un plaisir de lecture, des moments d'humour vraiment très bons mais... une ou deux chose quand même :

Les blagues sur la pilosité portugaise... je m'en serai passée, franchement c'est lourd, aussi lourd que les blagues sur les blondes. (quoiqu'il y en ait des vraiment drôles...) Goût personnel évidemment.

J'ai vraiment aimé (gros point fort) l'intrusion de l'auteur et la remise à zéro de la cassette. J'ai vraiment apprécié cette remise au pas de l'auteur, très amusante.

Deuxième point fort : l'intrusion de Paulo. Et ses réflexions concernant son propre auteur. Cette partie est vraiment excellente.

Détails :
Le majordome n'est pas le maître des lieux. Pour moi, le proprio reste le maître des lieux.
Je ne suis pas certaine qu'on puisse se confesser à une bonne soeur.
"Maintenant il était trop tard". J'aurais préféré "Maintenant, il est trop tard."
De la façon dont entrent en scène les deux toubibs, j'ai pensé qu'ils étaient médecins légiste. Il n'est précisé nulle part que le majordome appelle la police et le (les) docteurs de son patron. Donc partant du principe qu'ils étaient légistes, j'ai été étonnée d'apprendre que le mort était leur patient depuis quelques années.
Le kilométrage du vélo d'appartement... Une question manque à l'appel : est-ce que chaque jour, le compteur est remis à zéro ?
Il s'entraîne souvent, le compteur devrait donc cumuler les kilomètres, à moins que...
Le coup de la tache lorsqu'il presse le sein... oui... dans un registre comique ou fantasmatique mais bon, peu crédible à moins qu'elle ait accouché il n'y a pas longtemps.
"dit William qui a retrouvé son flegme, avant de sortir de la cuisine en bondissant." Bon... ici j'ai l'image d'un majordome british, donc flegmatique par essence. Ici, "il retrouve son flegme" donc toute sa froideur et toute sa raideur, ce qui ne colle pas avec la suite "s'en va en bondissant". Je le verrai plutôt partir vers la fenêtre et peut-être siffler ou appeler, je ne sais pas mais je le vois mal partir en "bondissant" (tout ça à cause de "a retrouvé son flegme".

L’auteur a aimé écrire cette histoire, il s’est amusé et le résultat est très plaisant. Au second épisode !

   Anonyme   
25/10/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Je ne vais pas épiloguer des heures, j'ai pour la majeure partie expliqué ma note à l'auteur directement...

Cela dit... certaines choses sont bonnes à redire...

Je trouve que l'idée de donner une vie parallèle à Paulo est excellente (je sais l'admiration que W l'auteur manifeste pour Togna le "père" de Paulo... ce qui me rend la démarche encore plus... noble, dans le bon sens du terme), et je trouve que l'alter Ego/Personnage créé par W pour rendre cette vie parallèle possible terriblement risquée... pour une fois, la prise de risque n'étant pas la qualité que j'accorderai en premier sur la pourtant terriblement longue liste des + à W.

Risque?
Risque, oui. Parce W, en plus de se créer un alter égo, drôle (tellement qu'il en est presqu'absurde et on sait mon amour pour l'absurde), en fait une vraie caricature de lui-même (et caricature est même limite, je pencherai plus pour une autocritique, ou un autoportrait critique, acerbe, comme on le connait dans sa manière d'évaluer).

De lui même et de ce qui fait "Widjet, le personnage Onirien, évaluateur orange+, grande gueule, comique un peu lourd, de mauvaise foi, etc..." oui, là c'est non seulement une prise de risque (oui par le côté obscurément narcissique de la démarche de se mettre en nouvelle, soi-même...) mais en plus, une remise en question de sa propre image. Et là la recherche est intéressante. Parce qu'il a réussi à maintenir un équilibre entre le "vrai" Widjet, le "vrai" Paulo, et l'auteur et son propre humour (dans l'intervention de l'auteur) que j'ai reconnu aussi.

Voilà. Le style ne se discute pas, le ton misogyne, crétin, les passages interpellant le lecteur, tout est calculé pour mettre en évidence les deux "comparses"...

Agatha Christie ou Antoine de Caunes (l'auteur/animateur "père" de l'inspecteur Murchisson que j'adoooooore) en influences littéraires pour l'intrigue et l'ambiance, bien dosés là aussi...

Merci W, ça fait du bien de lire à nouveau de toi quelque chose ayant une âme bien ancrée...

Note subjective, un peu, mais note quand même.

   florilange   
25/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Bonjour widjet,
Cette histoire se lit comme 1 San Antonio, dans lequel la verve a + d'importance que l'intrigue policière en elle-même.
Je me suis bien amusée à la parcourir, j'ai même carrément ri à plusieurs reprises & je lirai volontiers la suite, en espérant que le flux ne se ralentira pas.
J'espère que vous vous êtes bien fait plaisir en l'écrivant, changer de registre de manière aussi drastique est intéressant, voire passionnant. Bravo pour l'exercice.
Florilange.

   Colinede   
25/10/2009
 a trouvé ce texte 
Faible
OUille! Je sens déjà la volée de bois vert que je vais me prendre ! Je ferais mieux de m'abstenir de commenter, mais comme j'aime bien dire ce que je pense, et que je suis une nana courageuse, j'y vais quand même : je n'ai aucun a priori ni favorable ni défavorable envers Widjet, je ne compare pas ce texte aux précédent puisque je ne les ai pas encore lus, je commente donc seulement ce que j'ai sous les yeux et je trouve ça terriblement lourd, plein de clichés de blagues éculées et réflexions...limites !
Dommage ! Il y a indéniablement une structure qui tient la route ( j'ai beaucoup aimé la façon de faire intervenir l'auteur, de faire arrêt sur image, bref le côté cinématographique m'a plu. Mais on dirait du Michaël Youn !)

Ca m'a paru terriblement j'm'en foutiste et paresseux,
dépit de quelques bonnes trouvailles.Désolée, une autre fois sans doute ...

   Meleagre   
26/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
Classer une nouvelle policière dans la catégorie "humour" peut sembler paradoxal, et cela fait attendre au lecteur la rencontre de deux codes d'écriture normalement distincts.
Ici, l'intrigue policière est bien menée, claire et intéressante ; on a envie de connaître la fin, de savoir qui a pu vouloir tuer ce requin, et déguiser ce meurtre en crise cardiaque (bien trouvé, le coup des lacets).
Mais le côté humoristique me semble largement inférieur. J'ai souri plusieurs fois, ri deux ou trois fois, mais pas à gorge déployées. Beaucoup d'effets comiques m'ont semblé un peu lourds, maladroits, désordonnés. Les noms des personnages m'ont trop fait pensé aux "monsieur et madame" des blagues carambar. Je ne vois pas trop l'intérêt des pâtisseries qui tombent sur l'inspecteur... Cet inspecteur semble un vrai goujat, et certains running gags sont un peu trop répétitifs à mon goût.
Cela dit, quelques belles pointes d'humour (les blagues misogynes, le désespoir de Paulo abandonné par son auteur...).
Bref, le tout mériterait d'être allégé un peu, pour être plus lisible, et ne pas se perdre en digressions.
Mais j'attends la suite avec impatience !

   Anonyme   
26/10/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Un texte remarquablement écrit. Ce style est particulièrement agréable. J'ai hésité au début, je lis, je lis pas, faut dire que quelquefois trop d'humour peut desservir. Mais là non. C'est un bon vieux polar caustique, avec un trois fois rien de suranné, c'est vivant, tout est bien campé et j'ai eu l'impression de visionner un téléfilm à minuit, sauf qu'il est quinze heures. Avec ce texte, même si je préfère quand tu organises les mardis ou fait sauter des crêpes dans la cuisine des femmes tristes, tu te démarques en pointure (et crois-moi, vu comme je suis sévère et exigeante avec toi j'ai réfléchi avant de poser ma réflexion). J'espère pour toi que la deuxième partie sera de la même teneur cher Widj... (Elle le sait madame Widjet que ton personnage il pelote les seins en tous genres ? -;) )

   nico84   
26/10/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Alors je suis agréablement surpris par cette nouvelle qui sort de l'ordinaire par bien des idées. Tout d'abord par l'esprit de l'auteur lui même qui prend cette nouvelle à la fois comme une enquête policière classique (un meurtre, des suspects, une intrigue qui devient de plus en plus sombre, un scenario qui fait réflechir le lecteur ...) mais aussi comme un grand plaisir.

D'abord les personnages. Passons l'inspecteur, j'y reviendrai tout à l'heure.

"Alex & Alain Tramuros. 76 ans à eux deux. Médecins officiels de la victime. L’un est hétéro. L’autre est gay. Ils sont frères jumeaux. Et siamois. " C'est lé symbole du ton de cette première partie, il y a beaucoup de potentiel dans ce(s) personnages. A la fin tu l'exploites bien : ils ont des gouts différents à tout point et j'adore ces deux moments qui sont vraiment hilarantes :

"- Inspecteur, je dois rendre visite à d’autres patients. Puis-je partir ?
- OK, fait Widjet d’une voix sèche. Mais je pourrais avoir de nouvelles questions. Alors, ne quittez pas la ville cette semaine.
Puis s’adressant à l’autre jumeau :
- Vous non plus. "

L'auteur fait preuve d'une originalité décoiffante, le récit est frais, on prend plaisir à voir widjet écrire et continuer à fond dans son intention d'éc-rire.

Autre passage bien amené :

"Justement, répond Alain tristement, en s’essuyant ses larmes. Alex s’est mis dans la tête de traverser la Manche à la nage, ce week-end.
- Excellent, ça vous fera du bien.
La mine du toubib s’assombrit.
- J’en doute, inspecteur. Je ne sais pas nager".

L'auteur exploite à merveille son personnage. Il est pas certain n'en plus que le suicide de l'un n'entraine pas la mort de l'autre. Widjet les décrit comme s'il s'agissait de deux corps physiques distincts et indépendants. Et ce décalage est tout simplement trés bien trouvé. Bravo.

Ensuite, sans dévelloper autant, les autres personnages aux noms lougoques ont des caractères trés à part ce qui ajoute un trait "absurde" à la nouvelle et un plaisir pour le lecteur.

L'auteur s'est d'ailleurs trés impliqué dans sa nouvelle et à deux niveaux : dans le choix de son personnage principal où on peut noter une autodérision dans la personalité de cet inspecteur presque pas fait pour ce métier. Sensible aux charmes féminin, tu appuie peut être d'ailleurs un petit peu trop sur ce point. Néanmoins la qualité de ton écriture évite de voir cela comme une redondance mais comme un défaut appuyé.

La deuxiéme implication est bien entendu la présence cachée de cette plume, qui influe sur la nouvelle (comme l'échange entre l'auteur et l'inspecteur et entre le narrateur et Paula sur sa mythomanie).

Le narrateur est présent comme s'il était entendu de tous. Absurde, délicieusement absurde. L'apparition du nouvel inspecteur décrédibilise un peu l'inspecteur widjet. Je ne vois pas encore l'intention de l'auteur à part peut être ajouté de l'absurde dans une nouvelle qui en regorge déjà. Un incapable, alcoolique, pervers et dont le principal témoin est un chien qui s'est sauvé.

Et mort à la fin. "Mort" est d'ailleurs trés utilisé (pas trés etonnant vu le contexte), trop utilisé même surtout au début.

Les descriptions des différents personnages sont originales et créent un paradoxe entre le fond et la forme. Le lecteur en vient presque à se demander la raison de la présence de tous ses personnages dans cette histoire. Le seul qui soit crédible est Paul O'Ney qui a un rôle mineur pour l'instant.

Ce délire artistique assumé jusqu'au bout ne doit pas nous détourné du fond de la nouvelle : L'enquête. L'auteur ne s'y trompe pas dans sa phrase de présentation mais je vois plutôt ça comme un flot de "conneries" mais avec une trame policière avec beaucoup de travail tout de même. Car, en effet, si widjet a pris beaucoup de plaisir sur le forme, on peut noter sa rigueur sur le fond, à la fois dans le rythme, dans la recherche du jeu de mot (en rapport avec le cuisinier ou encore carotide / carottes sont cuites), la fluidité de l'écriture qui nous permet de lire sans se poser un instant et sans se fatiguer un seul moment.

Et je tiens ici à le féliciter car c'est un double défi : amuser et faire rire le lecteur tout en le faisant réfléchir. La réflexion de l'inspecteur O'Ney nous rapelle d'ailleurs le pourquoi de la nouvelle et l'intrigue ne patit pas beaucoup de l'ominoprésence de l'humour de Widjet. Pas beaucoup mais "un peu" tout de même. Il faut doser à bon escient afin que le côté burlesque ne prennent pas trop le pas sur le fil conducteur de la nouvelle (j'ai eu cette légère sensation au milieu de ma lecture) et donc il faut trouver un équilibre au milieu de ses déséquilibrés.

Les témoignanges et les dialogues en particuliers sont trés bien maitrisés, cohérent avec le langage parlé et donne une dimension supplémentaire au récit.

En résumé : Un grand plaisir pour le lecteur que je suis de découvrir une nouvelle complétement décalé à la fois dans sa forme mais aussi avec l'image même que je me faisais de l'auteur avec pour autant une intrigue qui continue à se dérouler et à captiver. Un mélange harmonieux et cette première partie est une vraie réussite. Le suspense est aussi maintenu par ces sous titre en compte à rebours. Bravo !

   Kaos   
27/10/2009
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel -
Ca devait arriver, je savais que ça devait arriver! Widjet écrit enfin un texte de lui qui LUI ressemble vraiment.

Je ne pense pas du tout à la misogynie, à la poisse assumée et ce genre de choses, car la fiction reste de la fiction, mais je viens pour la première fois de lire un Widjet drôle, simple, direct et surtout un Widjet qui est du Widjet.

Passé cette assertion il y a beaucoup de choses à dire sur ce texte.

Un défaut majeur à mon sens, pas rédhibitoire, mais agaçant, la multiplication de "il", ça devient un peu énervant à la longue, mais peut être est ce voulu?

Autre défaut: une partie de la fin (actuelle), me semble un peu "expédiée", mais est il possible de garder son souffle intact sur une telle longueur et avec une telle densité? Je n'en suis pas sur.

Des trouvailles superbes par contre: "Des chats de gouttière crasseux et aux pupilles crevées se bastonnent pour des poissons aux odeurs rances."
que je trouve magnifique personnellement.

Bref, un texte de haute tenue où je sens enfin ce dont l'homme Widjet est capable.
Et il est capable de tout....

La note est élevée, mais certainement pas complaisante.

   Selenim   
13/1/2010
 a trouvé ce texte 
Bien
Un texte choral, comme on dit dans les milieux intello-parigot-apéro.
Une ambiance à la San Antonio, un langage fleuri brut de décoffrage et un alter égo de l'auteur aussi hirsute que sa pseudo barbe.

Depuis Bande décimée, l'auteur a troqué son écriture pour un phrasé sec et percutant. Des rafales de mitraillettes où les mots se changent en balles, plutôt du gros calibre et incendiaire. Même si le virage opéré peut paraître séduisant et surtout adapté à ce genre de récit, je n'en suis pas friand.

Dans cette histoire, nous avons l'auteur, qui s'amuse comme un gosse et manipule ses Playmobils en leur donnant des noms au fort relent de calembours. De l'autre, nous avons l'inspecteur Widjet, alter égo de l'auteur, projection virtuelle du personnage que l'auteur s'est construit sur le site. J'ai trouvé jubilatoire de voir comment l'auteur mettait en scène son propre personnage dans cette vision forcement fausse que les oniriens ont de lui. Un vrai cas d'école pour un psy. Vraiment délectable.
Le mélange de cette personnalité virtuelle et du moi de l'auteur fait des ravages et n'épargne personnes. C'est lourd, buldozer ascendant dinosaure, mais ça fonctionne pour qui laisse sa raison de côté et passe Benny Hill en musique de fond.


Car il y a dans ce texte une foule de n'importe quoi, c'est une parodie d'une caricature d'un pastiche.
Difficile de s'identifier ou même d'identifier une réalité tangible. On se rapproche plus d'une BD Fluide Glacial que d'une véritable enquête. L'imagination du lecteur est tellement sollicitée par ses multitudes de détails et de digressions qu'il lui est impossible de s'accrocher au fondement de l'intrigue. Les personnages sont si colorés et explosifs qu'ils annulent l'idée même d'intrigue. Qui voudrait d'une histoire crédible et raisonnée dictant la marche à suivre à cette pléiade de joyeux excités ?

J'ai trouvé l'humour facile, balourd, redondant. Mais c'est un choix narratif qui colle tellement bien aux situations qu'il est difficile de le condamner. Ce n'est qu'un question de goût et dans ce menu-là je reste végétarien.


Une dernière chose, les portraits sont truculents mais répondent toujours au mêmes principe de répétitions et deviennent à la longue redondants. Je trouve dommage de cloisonner une imagination si foisonnante dans un seul registre descriptif.

Au final, un texte qui m'a une fois de plus démontré la grande aisance littéraire de l'auteur. Je regrette juste que cette maestria soit mise au profit d'une histoire et d'un humour qui me parle assez peu. J'attends la deuxième partie pour voir si l'intrigue arrivera à prendre l'avantage sur les personnages.

Je n'évalue pas pour l'instant car ce texte est amputé de sa fin, donc incomplet.

Selenim

   jphil   
28/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Bonjour Widj',

Bon, j'ai finalement pris mon courage à deux mains, retenu ma respiration et plongé dans ton texte dont la longueur m'avait fait reculer jusqu'à présent...

Et maintenant, bien sûr, je suis censé donner un avis éclairé, car je ne doute pas que tu l'attendes impatiemment (euh... au cas où, je précise que je blague !).

Je trouve que tu tentes quelque chose de difficile, surtout sur un texte relativement long, le pari de l'absurde et du loufoque peut vite lasser car il finit par sembler vain, souvent. A ce niveau-là, pour moi, tu t'en sors pas mal, même si, je le reconnais, mais ça vient peut-être de moi, vers la fin j'ai eu tendance à lorgner vers le bas de l'écran pour voir si on arrivait bientôt.

Ce qui est très agréable, c'est le plaisir évident que tu as eu à écrire, à trouver tes personnages et à en brosser un portrait aussi improbable que possible. J'ai apprécié çà et là les références à Tintin (je peux le dire sans risquer la censure ?), avec les frères siamois qui ressemblent aux dupont/d, avec Nestor, l'attention délicate à Karen Blixen (si je ne me trompe pas - le savo - même si je crois qu'elle était danoise, mais pas sûr) et les descriptions des personnages à la Amélie Poulain (j'ai cru entendre la voix de Dussolier), même si cette référence est tellement employée maintenant qu'elle en devient un peu lassante. Et je suppose que j'ai raté d'autres références.

En fait, ton histoire ressemble à un sketch des Robins des bois je trouve (entre autres), avec l'irruption inopinée de Hugues Aufray par exemple, les jeux de mots indignes (mais drôles). Du coup, et c'est mon principal reproche sur ton texte, le lecteur - en tout cas moi, en tant que tel - a tendance à attendre la prochaine excentricité et à trouver les parties où il ne se passe rien d'extravagant, où aucun clin d'oeil ne lui est adressé, un brin monotones et plates. Le fait que le héros poursuive vaille que vaille son enquête, et que l'auteur continue son intrigue, ben finalement, on se demande un peu pourquoi, on est juste spectateur des facéties littéraires de l'auteur, ça a un côté un peu exhibitionniste je trouve. Mais c'est une impression très personnelle.

En fait (et j'ai conscience que ça peut paraître contradictoire), j'attends de voir si tu vas te lacher dans la seconde partie et abandonner le prétexte de l'histoire pour laisser tes personnages partir en live.

Sinon, détail, j'ai trouvé la phrase signalant l'absence de la soeur maladroite, de même que le choix du retour à l'imparfait "Maintenant, il était trop tard..." inutile.
Pour le reste, je souligne quand même encore l'inventivité, le dynamisme et la jubilation d'écrire qu'on sent dans ton texte.

   LeopoldPartisan   
28/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Un fois dedans, on y est même si j'ai eu un peu de mal pour y entrer. Le problème avec la caricature, c'est que justement pour la réussir, il faut bien tirer sur des grosses ficelles, ce dont l'auteur use et oserai-je un p'tit abuse... En fait je me suis assez vite retrouvé au fil des paragraphes dans me semble t'il une série bien connue (de ma pomme en tout cas). Les aventures de l'inspecteur Canardo. Une bd de Benoît Sokal, dont les premiers épisodes parurent en 1978-79 dans le mensuel "A suivre" des éditions Casterman. C'est un peu ennuyant, car avec cela en tête plus moyen d'être surpris tant tous les stéréotype du genre, s'y retrouvent de la boniche dont on pourlècherait bien le popotin au Canardo de service plus ravagé et Alllumé qu'un bérurier sous Elroy Traitement intensif.
En plus c'est A suivre grrhhh...

   Filipo   
30/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Évidement c'est cousu de grosses ficelles blanches. Le texte m'a fait sourire, rire à certains moments. Malgré tout c'est parfois assez inégal. Le très bon côtoie le "réchauffé". On peut bien sûr considérer que le style volontairement outrancier de la narration veut ça... Un gros travail d'écriture, une très grande aisance dans la narration. On sent que Widjet s'est fait plaisir et a pris le parti de la déconne à pleins tube comme fil conducteur. Un hommage à Togna, plus qu'un pastiche.

   Val   
30/10/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bon moi j'ai vraiment beaucoup beaucoup ris ou souris, je suis cliente de ton humour widj, facile, gouailleur, potache, cela me fait le même effet que les gags d'un clown se prenant les pieds dans le tapis, je ne résiste pas ^^ ...
Et puis, il y a une intrigue qui se tient, un inspecteur widjet consistant, et des présentations de personnages exubérantes à souhait d'humour pouet pouet ^^, mais encore une fois j'adore !
Tout est tellement "caricaturale" que justement on en oublie la caricature pour quelque chose d'inattendu, une sorte d'univers parallèle ou règne l'absurde et les coussins péteurs... auquel on finit par adhérer sans s'en rendre compte, parce-que... bah malgré tout c'est bien écrit quoi...
Voilà, j'aurai bien aimé te coller un moyen moins, parce-que y'en a marre ! mais y'a pas moyen... justement... Euh bon ça va hein ? chui moins douée que toi pour l'humour potache mais j'ai le droit d'essayer nan ? (j'attends "The" suite, comme tout le monde)

   Farfalino   
31/10/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
J'ai retrouvé toutes les références citées par Widjet : l'humour ZAZ, un peu se San Antonio, etc. Je ne suis pas forcément un bon client mais il faut bien avouer que cela me fait rire.
Certes ça ne fait pas toujours dans la dentelle (franchement certains jeux de mot sur le nom ne volent pas bien haut).

J'aime bien l'absurdité inventive.

J'ai adoré en particulier les jumeaux siamois et le dialogue auteur-personnage.

Au niveau de l'intrigue je m'attends à un dénouement aussi décalé que les personnages. Je pensais vraiment que le chien qui ronronne avait fait le coup ! (quoiqu'avec des intrigues à tiroir...). Bien que j'ai été prévenu qu'il y avait une vraie intrigue, si on retire toutes les fioritures, il y a un vrai mystère (attention toutefois, j'ai déjà vu le coup des lacets je ne sais plus où).

Il est vrai toutefois que le niveau de langue familier et le ton sarcastique m'a un peu ennuyé un peu au bout d'un moment.
Je retiens plutôt les phrases du genre "Le froid lui griffe les joues et pénètre tous ses os de poulet. (...)
La pupille blanche de la nuit est aussi pleine que ses orbites imbibées. Elle le dévisage. Ce soir, on dirait que la lune lui cherche des noises. Pas le temps pour le flic d’en griller une qu’un clafoutis à la cerise vient s’écraser sur sa gueule défaite… "

J'ai noté que Paulo ne réagissait pas à la vue de la photo intime du flic glissée parmi les photos de chaussures.

J'ai beaucoup aimé la séquence avec ce Paulo. Que deviennent les personnages oubliés par leurs auteurs ?

   nyqueldan   
2/11/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonjour Widjet
J’ai parcouru les autres commentaires (il devient au bout d’un moment impossible d’éviter les redites mais on peut essayer), et également le forum consacré à la Mort d’un requin.
La référence à Agatha Christie, qui n’était pas forcément claire pour tout le monde, m’est venue sous forme d’un pastiche de pastiche : le personnel de maison et les "invités" au garde-à –vous autour du cadavre, c’est très Cluedo : l’assassin, le maître d’hôtel ou le colonel Moutarde ?
Je me suis délecté à la lecture de ces portraits-mini-biographies-exécutions sommaires qui n’épargnent personne, où l’absurde "campe" juste sans un mot de trop ("collectionne les bonbonnes de gaz d’après-guerre"), de ces notations descriptives, avec leurs comparaisons insolentes et hyperboliques (on n’a pas cité "chiant comme un concert de harpe", le canapé "qui couine comme une fraîche pucelle"), des plaisanteries onomastiques et aphorismes misogynes assumés, des associations loufoques ("Egocentrique, provocateur, prétentieux et circoncis"… "montées d’adrénaline. Et de lait."), des variantes poétiques (pupille blanche, œil cyclopéen) et sonores (regard-clébards-blafard, aime la mer Caspienne-déteste son père casse-couilles)… et j’essaie de ne pas reprendre tout ce qui a déjà été cité !
J’ai également beaucoup aimé l’arrivée claudicante du double docteur siamois, et la prise de contrôle momentanée de Widjet sur Widjet…(attention au parpaing !), le petit tour d’Hugues Aufrey (avant qu’il ne passe aujourd’hui dans le journal de France 2)
Alors forcément le panier est si rempli lors des premières pages, les procédés si variés, que fatalement, ça retombe un peu. Est-ce au détriment de la trame policière ? Je crois qu’elle est toujours là, qu’elle se réaffirme même après l’entrevue avec O’Neal, et qu’on a envie de savoir (Marie-Charlotte !!!…O’Pom ?)
Mais peut-être la loufoquerie est-elle par essence un obstacle à une nécessaire dose de "réalisme", que nos codes de lecture nous imposent inconsciemment ?… Ça me fait un peu penser à cette oscillation entre les San-Antonio du tout début, plus noirs, ceux dont ado je dévorais les pages pour savoir comment il allait se sortir de la situation désespérée où Dard l’avait mis au chapitre précédent, et les autres, plus marrants mais parfois moins prenants, ou plus pour les mêmes raisons. L’équilibre à trouver est subtil…
A défaut d’être constructives, mes commentaires émanent de deux lectures attentives et extrêmement plaisantes !

   NICOLE   
28/11/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien -
J'ai tardé à me décider à lire cette nouvelle (une vieille allergie aux romans policiers), et puis les trois plumes m'ont fait craindre de passer à côté de quelquechose.
Bon l'intrigue est d'une banalité affigeante, et en plus on a même pas de cléf à la fin (autre truc que je déteste : les histoires à suivre)....mais on s'en fout complétement, parceque cette non-intrigue est littéralement truffée de bons mots et de clins d'oeuil savoureux.
Je découvre un autre Widjet, juste déjanté comme j'aime. J'attend avec impatience de pouvoir lire la suite. Pas pour savoir qui est l'assassin, ça je m'en moque ; mais bien pour le verbe, truculent et irrésistiblement drôle.
Merci.

   ANIMAL   
12/12/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Un bon moment que la lecture de cette prose incisive, bourrée de bons gros jeux de mots à la louche. C'est simple, j'ai passé mon temps à les chercher :-)

C'est outrancier, c'est voulu, c'est très plaisant. Une hybridation de l'inspecteur Beaugat, de Canardo, de la Panthère Rose, de Sana, de l'inspecteur Gadget et bien d'autres. J'ai souri plus d'une fois.

Le style, rien à y redire. ça se lit facilement, c'est succulent par moments, moins à d'autres. Mon gag préféré, un monument de cynisme :

"- Avez-vous remarqué des personnes rejoindre la bonne sœur dans la cuisine ?

- Voyons inspecteur, fait l’homme déstabilisé par la question, je… je suis non voyant.

- Ne cherchez pas d’excuse, dit le flic "

Bravo donc pour ce texte déjanté, plein de vie (et de morts).

   Anonyme   
20/12/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
une belle créativité, le genre d'humour, décalé, déjanté, le héros est d'une bêtise irrésistible, les personnages sont tout aussi délirants et mystiques, des noms inspirés des devinettes "monsieur et madame ont un fils..."me font bien rire, pas une seule fois tu ne tombes dans l'humour gras que je déteste.
Des situations cocasses, aberrantes qui m'ont amusé, exemple l'apparition subite d'Hugues Aufray dans la salle d'interrogatoire, aussi la conversation sidérante du héros avec son auteur.
L'humour traité ici me fait penser au film comique " y'a t-il un flic pour sauver la reine".
En tout cas ce genre d'humour j'en suis fan, de plus c'est bien écrit, l'histoire est cohérente à sa manière, je m'en vais lire la suite.

   Cortese   
7/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Drôle, bien écrit, rempli de bonnes idées, mais un peu cabotin, je dirais...
Nan, c'est VRAIMENT drôle ! J'ai été morte de rire toutes les 10 lignes pendants au moins 3-4 pages. Mais que d'idées ! Ca fourmille de tous ces à-côtés qui font les meilleurs polars (les blagues sur les noms, les pâtisseries, les toubibs siamois, knopfler, la présentation des personnages...). Le coup archi-classique du flic , alcoolique, mamophile et matcho, par exemple, fallait oser ! Mais ça marche... Enfin, jusqu'à un certain point : au bout d'un moment, on fait presque une overdose de toutes ces bonnes idées. Tu veux pas en garder un peu pour un autre polar ? D'autant plus que, avec un tout petit peu moins de digressions du côté de l'humour, le récit gagnerait en épaisseur, à mon avis.
Parce que pour l'instant, côté trame narrative, on est un peu en reste. Je veux dire par là qu'il se passe pas grand chose, même si 2 personnages sont déjà morts. J'imagine que tout est planifié, et que la suite me satisfera (je vais la lire très bientôt), mais je crains que le lecteur ne puisse tenir le rythme de ton inventivité très longremps... Moi non, en tout cas !
C'est là que j'en viens au cabotinage : faudrait pas que tout ça soit là pour masquer une faiblesse dans le scénario. Voilà, c'est dit.

Rien à voir, mais j'ai relevé 2 erreurs, je les mets ici, même si je me dis que quelqu'un les a peut-être déjà relevées (je n'ai pas eu le courage de lire tous les autres commentaires) :
"Un verre de flotte collée (collé ?) dans sa pogne tremblante déjà bouffée par l’arthrite"
"Sa casquette de chauffeur vissée sur son crâne chauve, Edmond, répond aux questions du flic avec son tact habituel" : la virgule après Edmond est de trop.

Quoi qu'il en soit, j'ai passé un très très bon moment avec ce texte, et j'ai hâte de découvrir la suite...
Cortèse

   Luluberlu   
19/3/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Tiens ! Un humour potache de bon aloi. Mon commentaire sera du même tonneau (de vodka).

Citation :
« son gros berger allemand dont les testicules énormes ressemblent à des brugnons »


Quel sens de l'observation ; si j'en juge par la grosseur des brugnons, l'été cette année là fut chaud.

Citation :
l’animal fouette l’air avec sa queue.


Ça vaut mieux qu'avec ses brugnons.

Et puis de la culture : Russo, Angot...

Excellente idée que les incursions de l'auteur dans le récit. De toute façon c'est lui le maître, alors.

Citation :
J’suis même plus en état de taquiner de la coquine.


Un texte parfumé à l'herbe de bison qui taquine bien la coquine.

Merci pour ce moment de rigolade potachère.

   Ninjavert   
5/7/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Bon, tu l'auras attendu ce commentaire, mais hein, reste calme ou tu prends une tarte dans la gueule :)

Que dire sinon que j'ai passé un excellent moment ?

Déjà, l'humour. Je suis assez difficile en humour, et pourtant je me suis marré tout du long. Alors c'est plutôt réussi (ou alors c'est nase, mais au moins, on a le même humour ^^). Bon je le savais déjà, mais ça fait toujours plaisir de s'en rappeler.
Que ce soient les situations, les jeux de mots pourris avec les noms, les descriptions des protagonistes, hautes en couleurs, j'ai vraiment passé un bon moment de lecture.

Tout est très visuel, les persos sont brossés à merveille et tu animes leurs caricatures vivantes avec brio. Pas seulement par leurs descriptions, mais les mises en scène sont vraiment réussies. Que ce soit dans les dialogues (l'échange avec le boxeur m'a vraiment fait marrer), ou les petits détails (la scène de l'ascenseur, ou la photo de Widjet en train de se mesurer la bite (sigh, même si des fois je regrette d'avoir une imagination performante)), tout contribue à poser une véritable atmosphère au récit.

Bon, l'intrigue ne casse pour l'instant pas trois pattes à un canard (même si le suspens reste intact) mais c'est plus un prétexte que le propos et l'humour est tellement omniprésent qu'on se laisse porter tout seul.

Au passage, j'ai aimé le petit hommage à l'ami Paulo et à son créateur. Parce qu'ils le valent bien, tous les deux.

Ton écriture est toujours aussi agréable : acérée, directe juste ce qu'il faut, mais sans se départir de cette verve (qui elle ne se mesure pas au double décimètre), qui te permet de faire de belles envolées lyriques à l'occasion.

C'est du burlesque comme je l'aime, un hommage au polar San Antonio-tognatesque, bien écrit et aussi inspiré que le genre le permet. Des dialogues qui claquent comme les gifles que reçoit notre inspecteur. Bref, une belle réussite, sans prétention, et dans laquelle le lecteur se gave du plaisir qu'on te sens avoir prit à l'écrire.

Quelques critiques ? Pfff... des jeux de mots parfois inégaux ? Je ne suis pas fan des interactions personnage-auteur, mais c'est perso et on a l'impression qu'elles vont avoir en seconde partie une place plus importante... quelques phrases moins réussies, mais bon. C'est du détail.
Non, le truc serait à la rigueur un certain manque d'envergure. Le but était (je suppose) d'être drôle, et il est parfaitement atteint. Si la partie policière n'est pas décevante (je verrai avec la suite), ça me suffit amplement.

Merci, Widj'

Ninj'

 

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